L'Asie demain

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Où en est l'Asie, cinq ans après la crise financière et économique qui l'a si fortement éprouvée? Où va-t-elle au moment où les grands équilibres géopolitiques sont remis en question? Cet ouvrage analyse le concept d'Asie et sa pertinence actuelle, puis le redéploiement de la croissance régionale qui donne un rôle prééminent à la Chine et soulève la question d'organisation économique de l'Asie du Nord-Est . Il décrit les prémices d'un face à face sino-américain et ses conséquences sur la géostratégie asiatique; il présente enfin les liens qui s'instaurent entre l'Europe et l'Asie.
Publié le : lundi 1 septembre 2003
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EAN13 : 9782296331631
Nombre de pages : 236
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L'ASIE DEMAIN permanences et mutations

Collection Points sur l'Asie dirigée par Philippe DELALANDE
Déjà parus Laurent METZGER, Les sultanats de Malaisie, 1994. Richard SOLA, Birmanie: la révolution kidnappée, 1996. Laurent METZGER, Stratégie islamique en Malaisie (1975-1995), 1996. Firouzeh NAHAVANDI, Culture du développement en Asie, 1997. Frédéric GRARE, Le Pakistan face au conflit afghan, 1997. Kham VORAPHETH, Chine, le monde des affaires, 1997. Jacques HERSH, Les Etats-Unis et l'ascension de l'Extrême-Orient. Les dilemmes de l'économie politique internationale de l' après-guerre, 1997. Kham VORAPHETH, Asie du Sud-Est, 1998. Jérôme GRIMAUD, Le régionalisme en Asie du Sud, 1998. A. WILMOTS, Lil'Chine dans le monde, 1998: Patrice COSAERT, Le centre du Vietnam: du local au global, 1998. Fabrice MIGNOT, Villages de réfugiés rapatriés au Laos, 1998. Jean-Jacques PLUCHART, La crise coréenne. Grandeur et décadence d'un modèle de performance, 1999. Michel BLANCHARD, Vietnam-Cambodge: une frontière contestée, 1999. Corine EYRAUD, L'entreprise d'Etat chinoise: de "l'institution sociale totale" vers l'entité économique ?, 1999. Leïla CHOUKROUNE, La Chine et le maintien de la paix et de la sécurité internationales, 1999. Alexandre MESSAGER, Indonésie: Chronique de l'Ordre nouveau, 1999. Alexandre MESSAGER, Timor oriental, non-assistance à un ,peuple en danger, 2000 Jean-Claude PETER, Comment échouer en Chine, 2000. Hélène PIQUET, Le droit du travail dans la Chine des réformés, 2000. Philippe DELALANDE, Le Viêt Nam face à l'avenir, 2000. A. WILMOTS, Gestion Politique et Centres du Pouvoir en République Populaire de Chine,2001. Alain HENRIOT et Sandrine ROL, L'Europe face à la concurrence asiatique, 2001. Thierry COVILLE, L'économie de l'Iran islamique: entre ordre et désordres, 2002. Kyong-Wook SHIM, La Russie D'Orient à la dérive, 2002. Association d'Amitié Franco-vietnamienne, Ombres et lumières sur le Vietnam actuel, 2003. Laurent METZGER, La minorité musulmane de Singapour, 2003.

Asie 21 - Futuribles international

L'ASIE DEMAIN permanences et mutations
Préface de Hugues de Jouvenel

L'Harmattan 5-7, nIe de I'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava) 37 10214 Torino ITALIE

~L'Harmattan,2003 ISBN: 2-7475-4940-2

PREFACE

Hugues de Jouvenel *

Le Groupe Futuribles (les "futurs possibles") a été fondé en 1960. C'est le label d'une entreprise intellectuelle, un think tank comme disent les Anglo-saxons, un centre indépendant de réflexion interdisciplinaire et prospective pour une meilleure compréhension du monde contemporain. Il a pour objectif de répondre à deux questions récurrentes: d'abord, que peut-il advenir? Quels sont les futurs possibles qui peuvent découler de la situation présente? C'est la prospective exploratoire. Ensuite, que pouvons nous faire? ou mieux: que voulons nous faire? Ce qui renvoie au registre de la politique et de la stratégie, l'objectif étant d'éviter l'avènement de futurs que l'on considèrerait comme néfastes et, au contraire, de promouvoir ceux que l'on estimerait souhaitables. "L'anticipation au service de l'action", telle est la raison d'être du Groupe Futuribles. L'anticipation qui n'est jamais certaine et qui doit être discutée, permet d'être averti des enjeux émergents ou des tendances lourdes avant qu'elles n'aient pris des formes trop contraignantes, bref, avant qu'il ne soit trop tard. Rappelons-nous le mot de Talleyrand : "quand c'est urgent, il est déjà trop tard". L'anticipation permet, soit d'infléchir le cours de l'évolution, soit de se préparer à faire face à des défis majeurs; c'est le gage d'une véritable liberté d'action. Sans anticipation, il n'y a plus de liberté
*

Directeur Général du Groupe Futuribles.

de manœuvre: les décideurs sont amenés à subir les conséquences des événements, à s'ajuster tant bien que mal aux circonstances et à se replier dans une simple fonction de gestion des affaires courantes. L'anticipation est l'un des préalables indispensables à l'exercice de la politique et de la stratégie. La première étape de tout effort de réflexion sur l'avenir c'est la veille. Elle consiste à analyser la situation présente et à essayer d'y déceler les tendances, plus ou moins affirmées ou émergentes, susceptibles d'avoir un impact important sur l'avenir à moyen et long terme, de distinguer entre le conjoncturel et le structurel, l'anecdotique et l'essentiel. Une grande partie des tâches du Groupe Futuribles en général et d'Asie 21 en particulier consiste avant tout, et notamment avant de faire des scénarios sur les futurs possibles, à essayer de comprendre le monde contemporain et à se livrer à un véritable travail de "re-ingénierie" de l'information le concernant. Pour assumer cette fonction de "vigie", Futuribles s'est doté d'un dispositif de veille au niveau mondial capable d'analyser les faits, les idées, les évolutions et d'émettre un diagnostic aussi précis et pertinent que possible sur le monde contemporain et sa dynamique. L'avenir n'étant pas pré-déterminé, la discussion des différents points de vue sur le futur est indispensable. Ayant constaté l'existence de fortes divergences entre les points de vue relatifs à l'évolution de la République populaire de Chine exprimés isolément, ici ou là, par différents gourous et "chapelles", Futuribles a éprouvé le besoin de réunir des gens de disciplines, d'idéologies ou d'horizons très divers pour les amener à confronter leurs opinions sur ce pays et évaluer ainsi les arguments et les perspectives des uns et des autres. C'est ainsi qu'est né Asie 21, qui a ensuite étendu son territoire de travail à des espaces plus vastes. Au sein du dispositif de veille sur la situation internationale, Asie 21 joue un rôle fondamental. Il n'est pas nécessaire, en effet, d'insister sur l'ampleur prise aujourd'hui par le phénomène de mondialisation de l'économie. La montée des interdépendances à l'échelle mondiale nous empêche de raisonner sur l'avenir de la France ou de l'Europe sans tenir compte de son environnement

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géopolitique. Il n'est pas non plus nécessaire d'insister sur l'importance de l'Asie, continent certes hétérogène, mais où vit près de 60 % de l'humanité. Ceux qui essayent de comprendre le monde contemporain, doivent être au courant des idées qui y ont cours, des acteurs qui s'y manifestent, des tendances qui s'y développent... L'activité de veille et de réflexion prospective que mène Futuribles et, en son sein, le groupe Asie 21, me paraît donc essentielle, aussi bien pour les entreprises que pour les instances publiques. Elle constitue le préalable indispensable à la construction d'un avenir choisi. Le contenu du présent ouvrage, pour l'essentiel, est le résultat d'une journée d'études organisée par Asie 21 le 10 octobre 2002 à Paris, au Centre des conférences internationales du Ministère des affaires étrangères. Elle a su réunir experts et acteurs des questions asiatiques parmi les meilleurs spécialistes en France. Leurs contributions ont été revues et quelquefois complétées pour composer un ouvrage cohérent et constituer l'étape initiale d'une démarche prospective *.

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* Édition des textes: Rémi Perelman.

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PRESENTATION
ANNE ANDROUAIS

DES AUTEURS

Docteur d'État ès sc. économiques, chercheur au CNRS; membre de l'École doctorale "économie organisations et société", responsable du séminaire sur les économies asiatiques, fondateur du Centre de recherches en économie de l'Asie et du Pacifique de l'Université Paris I et du Centre d'études asiatiques de l'Université Lille I, expert et conseiller scientifique auprès de l'Université des Nations Unies à Tokyo, création du Bureau du CNRS au Japon. Sophie BOISSEAU DU ROCHER

Chercheur associée au Centre asie de l'ifri, maître de conférence à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris. Auteur de "L'ASEAN et la construction régionale en Asie du Sud-Est" (L'Harmattan, 1998) ; derniers articles parus: "Crise économique et régionalisation en Asie orientale" (Revue tiers monde, t. XLIII, n° 169) ; "Crise politique en Asie du Sud-Est" (t. 29 - 113/114, 2001) ; "L'ASEAN et les nouvelles règles dujeu" (Revue internationale de politique comparée, vol. 8 , hiver 2001). JEAN-MARIE BOUISSOU

Ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure. Chercheur au Centre d'Etudes et de Recherche Internationale (CERI) et maître de conférence à I'lEP de Paris. Il a publié notamment Le Japon depuis 1945 (2de éd. 1997), L'Expansion de la puissance japonaise (1992 - co-auteur), Japon: le déclin (1996 - co-auteur), L'Envers du consensus (1997 - directeur) et Japan - The Burden of success
(2002). Il prépare actuellement un ouvrage sur la crise au Japon depuis 1990.

PHILIPPE

DELALANDE

Diplômé lEP Paris, docteur d'État ès sciences économiques. Economiste conseil (Relations avec l'Asie du Sud-est). Précédemment, durant cinq ans, Directeur du Bureau régional Asie Pacifique de l'Agence intergouvernementale de la francophonie, à Hanoï. Directeur de la collection Points sur l'Asie aux éditions L'Harmattan. Auteur, parmi d'autres ouvrages, de Le Viêt Nam face à l'avenir (L'Harmattan, Paris 2000).

HENRI EYRAUD,

GENERAL(CR)

Ancien élève de St Cyr/Coëtquidan, Ecole sup. de Guerre, Paris (BEMS - BT 1966) , Ancien Auditeur CHEM - IHEDN 1978-1979, diplômé de l'INALCO et de Hong Kong University, licencié ès-Lettres. Auteur notamment de Chine, 25 ans, 25 siècles (Le Seuil, 1974) ; La Fin de la Guerre froide. Perspectives (P.U.L., déc.1992) ; Chine, la réforme autoritaire (2001) ; China, thinking the
possible futures (AEI

-W ashington-1994)

; éditeur

sur Internet

de la lettre

mensuelle Question Chine: http://questionchine.free.fr.

GUY FAURE
Politologue et économiste, chargé de recherches au CNRS, membre de l'Institut d'Asie Orientale, responsable du programme DUMEOC (Diplôme Universitaire du Monde Extrême-Oriental Contemporain à I'lEP de Lyon, coresponsable pédagogique du DESS Affaires asiatiques de la Faculté de Sciences Économiques et de Gestion de l'Université Lyon 2, ancien directeur général de la Chambre de Commerce et d'Industrie Française du Japon. ANNE GARRIGUE Diplômée de I'lEP de Paris, du Centre de formation des journalistes, licenciée en japonais, DEA de psychosociologie (échange interculturel, EHESS). Journaliste (Paris, Tokyo, Séoul), puis journaliste d'investigation (questions de société). Publications: Japonaises, la révolution douce (1998, trad. jap. 2000) ; Japon, la fin d'une économie (2000, en collaboration avec P. A. Donnet) ; Asie, les nouvelles règles dujeu (1999, participation). En préparation: Besoin d'Asie. PIERRE GENTELLE Directeur de recherche émérite, CNRS, associé au Centre de Recherches sur la Chine Moderne et Contemporaine de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales; directeur de la collection Asie Plurielle (Belin). Derniers ouvrages parus : La Chine, un continent et au-delà? (La Documentation Française, 2001) ; Géographie de la Chine (SEDES, 1999) ; Chine, dans Chine, Japon, Corée (tome V de la Géographie Universelle, Belin-RECLUS, 1994). ALAIN

HENRIOT

Responsable de la division analyse et prévision du Centre d'observation économique de la Chambre de commerce et d'industrie de Paris. Ses recherches se concentrent sur l'économie internationale et notamment sur la compétitivité sur le marché mondial. Il a publié avec Sandrine Roi: L'Europe face à la concurrence asiatique (L'Harmattan, Collection Points sur l'Asie, Paris, 2001).

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JEAN-FRANÇOIS

HUCHET

Docteur en économie, Univ. Rennes 1, maître de conf. à l'Univ. Rennes 2 ; chargé de cours EHESS (économie chinoise). Réside 14 ans en Asie: Hong Kong (Centre d'études français sur la Chine contemporaine, revue Perspectives Chinoises) ; Tokyo (pensionnaire de la Maison franco-jap.) ; Université de Pékin (doctorant-chercheur). Articles: les réformes du secteur d'État et de l'économie en Chine; co-auteur de Japanese Management System under the Globalisation Era. MICHEL JAN École de l'Air, diplômé ENLOV/Paris (chinois) et Université de Hongkong. Ancien AFA adjoint près l'Ambassade de France à Pékin. Breveté ESGA. Dirigeant de sociétés à Pékin. Président de l'Association des sociétés françaises en Chine. Chercheur indépendant, écrivain: Le Milieu des empires (avec R. Cagnat, 1979-1990) ; Le Voyage en Asie centrale et au Tibet (1992) ; L'Atlas de l'Asie orientale, histoire et stratégies (avec G. Chaliand et J-P. Rageau, 1997) ; Le
Réveil des Tartares (1999) ; La Grande Muraille de Chine
(2000).

MARC MEN GUY
Ancien ambassadeur, ministre plénipotentiaire, en poste à Hong Kong, Karachi, Pékin, Jakarta, Hanoi, Washington - services à la direction d' AsieOcéanie, chef de mission diplomatique à Port-Vila, Vientiane, directeur de l'Institut français à Taiwan, cycle de conférences à Harvard et à la Rand Corporation, président de Stratégies Asie-Pacifique. Auteur de : Les Minorités nationales de la Chine (La D.F. 1965), Economie de la Chine Populaire (QueSais-je? PUF 1968-1971). Contributions au site Sources d'Asie. REMI PERELMAN Ingénieur agronome INA, breveté ORSTOM (sc. humaines), CHEAM 1985. Délégué général de Stratégies Asie-Pacifique, création du serveur Internet Sources d'Asie. Précédemment: responsabilités en aménagement du territoire rural et urbain (DATAR et divers) puis en relations internationales/Asie (Direction des affaires internationales, ministère de l'Equipement, ministère des Affaires étrangères, Conseil Général des Ponts-et-Chaussées).

JEAN PERRIN Ministre plénipotentiaire, Ambassadeur (E.R.). mission EHESS au Bhoutan, administration centrale (Asie-Océanie), consul adjt à Hong Kong, chef du service d'information/presse, en poste en Birmanie, Inde, Japon, Malaisie, Thaïlande, Iran. Ambassadeur en Malaisie, Azerbaïdjan. Secrétaire Gl de la Conférence Internationale sur le Cambodge, mission scientif. en Sibérie, chef de mission de l'OSCE (Europe, Estonie). Pdt de l'Association des amis de l'Azerbaïdjan.

Il

FRANÇOIS RAILLON lEP de Paris, directeur de recherche au CNRS et à l'École des hautes études en sciences sociales. Spécialiste de l'Asie du Sud-Est et plus précisément du monde malais/insulindien. Auteur, entre autres, de L'Indonésie 2000, pari

industriel et technologique (Paris, Presses du CNPF, 1988)
l 'horizon 2020 (Revue Hérodote, 1998).

,.

L'Indonésie à

CHRISTIAN T AILLARD Docteur en géographie, Directeur de recherche CNRS (Lab. Asie du SE et Monde Austronésien (LASEMA), codirection du programme "Nouvelles organisations régionales en Asie Orientale" depuis 1997. Au CNRS: membre du département des Sc. de 1'Homme et de la Société depuis 2000 et depuis 2001, du conseil scientifique de ce département. Nombreuses publications, dont: Le Laos, stratégie d'un Etat-tampon (1989) ; Atlas du Viêt-nam (avec Vu Tu Lap, 1993) ; L'Atlas de la RDP Lao (avec Bounthavy Sisouphanthong, 2000), les chapitres Laos et Viêt-nam de la Géographie Universelle et d'Asies Nouvelles (éd. Belin). XAVIER DE VILLE PIN

HEC et Harvard Business School. Industriel (1950-1986). Sénateur (Français de l'étranger) depuis 1986. Pdt de la Comm. des affaires étrangères, de la défense et des forces armées jusqu'en juin 2002. Membre de la Délégation parlementaire pour l'Union européenne et de nombreux groupes sénatoriaux, en particulier franco-asiatiques. Pdt de la Son française de l'Association internationale des parlementaires de langue française, du Comité Amérique Latine du MEDEF, du Groupe de l'Union Centriste au Sénat.

ALAIN WANG Sinologue, dirige Beijing Dragon Consulting à Pékin de 1993 à 1998 (aide à l'implantation en Chine des entreprises françaises, notamment dans le domaine de l'automobile). En 1995, il créée la société Paris Dragon Consultants (préparation de chefs de projets d'investissement ou de directeurs d'entreprise en Chine, à Hongkong, à Singapour ou à Taiwan). Il intervient auprès de grands groupes français, de PME-PMI et d'écoles supérieures de commerce. ***

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INTRODUCTION

L'IMPORTANCE

DE L'ASIE

Xavier de Villepin*
UN ENVIRONNEMENT ATTRACTIF, VOIRE FASCINANT Sa population: l'Institut National d'Études Démographiques précise dans sa définition de l'Asie que 3.720 millions d'habitants vivent sur une superficie de 31.796.000 km2. En 2025, ce chiffre passerait à 4.714 millions sur une population mondiale estimée à 7.818 millions, soit 60,30 %. La croissance économique: 7 % en Chine, 5 % en Inde, positive dans les autres pays sauf au Japon. Les exportations de la Chine atteindront 300 milliards de dollars en 2002. Une puissance financière considérable: d'une part, les banques centrales des dix principaux pays de l'Asie émergente disposent de réserves de change qui totalisent 884 milliards de dollars. D'autre part, l'épargne est particulièrement importante en Asie.

Une ascension régulière: le FMI utilisant la méthode de la parité du pouvoir d'achat classe récemment ainsi les plus grands pays: 1, les Etats-Unis, 2, Chine, 3, Japon, 4, Inde, 5, Allemagne.

* Sénateur, ancien Président de la Commission des Affaires Étrangères, de la Défense et des Forces Armées du Sénat.

DES RISQUES!.

Compétition entre les deux géants du XXle siècle. Les EtatsUnis. La Chine: ambitieuse et remarquablement patiente, relativement bien adaptée à la mondialisation. La rivalité entre ces deux pays doit être étudiée tout particulièrement. Notons deux ouvrages remarquables en anglais: The Coming Collapse of China, The China Youth. En français: lire le général Eyraud. En un mot, ces ouvrages montrent l'extraordinaire contradiction entre un capitalisme de plus en plus "américain" sous l'égide de l'OMC et un régime politique encore très fermé. Le 16è Congrès du PCC, en novembre 2002, a été d'une extrême importance. Les prévisions de ceux qui pensaient que le partant serait, non pas Jiang Zemin, mais Zhu Rongji, le républicain modernisateur, ont été confirmées. Son départ risque de changer considérablement la donne. Les achats d'armement sont en hausse régulière dans les principaux pays: Inde et Pakistan mais aussi le Japon, qui s'équipe avec les meilleures technologies. Les conflits régionaux sont nombreux: Inde/Pakistan: de loin le plus grave et le plus difficile à régler - haine profonde entre pays

nucléaires-, mais aussi: Chine/Taiwan, Corée du Nord - un Etat proliférant -, Birmanie.
Des regroupements convaincants entre pays et des traités de sécurité collective font défaut. On peut se poser la question de savoir si l'ASEAN, rassemblant des pays très différents, est vraiment un regroupement. Il est vrai que tous, Chine et Japon compris, veulent participer à une zone de libre-échange, mais qui n'aurait pas grand chose de commun avec un regroupement type Union européenne, ALENA 2 ou Mercosur3. A entendre nombre de personnalités asiatiques, les pays de la région sont pris entre un grand désir d'imiter ces grands regroupements et une certaine incapacité d'aboutir à des solutions durables.
1 sur ce terrain, consulter les organismes de cotation spécialisés et la COF ACE plus que les télégrammes diplomatiques. 2 Accord de libre échange nord-américain North America Free Trade Agreement, NAFTA. 3 Marché commun d'Amérique du sud.

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REEQUILIBRAGE

DU SYSTEME INTERNATIONAL

L'attentat du Il septembre 2001 a eu des conséquences en Asie. Poutine a clairement fait le choix d'une "Sainte Alliance" avec les Etats-Unis. Le Kremlin, malgré des tensions internes, n'a pas cherché à s'opposer au déploiement de forces américaines au Caucase et en Asie Centrale. C'est une première indication de la force américaine dans la région. La Chine n'a pas hésité non plus à se rapprocher de l'Amérique car elle doit faire face à ses propres problèmes d'irrédentisme au Xinjiang et au Tibet. Elle entend surtout se consacrer à son développement économique et à la solution de ses immenses problèmes sociaux. Pékin a joué un rôle déterminant auprès du Pakistan pour qu'il cesse d'apporter son soutien aux talibans. Le général-président Moucharraf coopère aussi avec les Etats-Unis afin que la bombe nucléaire ne tombe pas entre les mains des islamistes. La guerre américaine en Irak a cependant remis beaucoup de choses en question. Malgré les alliances de l'après-Il septembre entre États, se pose encore et probablement pour longtemps le problème des "cellules dangereuses", des réseaux dormants, des associations islamistes en Asie du Sud-Est et, notamment, à Singapour, aux Philippines, en Indonésie, en Malaisie, où la succession de Mahatir risque de provoquer des changements importants, voire en Thaïlande. Dans ces pays réputés modérés on voit parfois naître aux côtés d'un "islam rural", un "islam des villes" avec un discours plus militant et agressif, exacerbé par la crise économique, destiné aux jeunes et aux habitants des banlieues pauvres.
LES THEMES DE L'OUVRAGE

Il est logique de commencer par tenter de définir l'Asie et ses caractéristiques identitaires. C'est un vrai débat, et qui n'est pas seulement académique. La vision que nous avons de cette région n'est pas indifférente à la manière dont est conduite l'action publique, notamment dans le domaine des affaires étrangères. La croissance économique, le commerce international de la zone, sera le second thème. L'arrivée de la Chine à l'OMC est un

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événement fondamental comme les regroupements possibles entre les pays. Le modèle de pouvoir et les valeurs en Asie, situées par rapport à nos propres références, formeront le troisième thème. Sommesnous capables de nous comprendre et de dépasser nos certitudes? Le quatrième thème traite des relations que les Etats-Unis, dont l'approche n'est pas simple à saisir, établissent avec l'Asie et singulièrement avec la Chine. C'est un sujet essentiel si nous voulons sonder l'avenir de la paix dans l'immensité asiatique. L'Europe et l'Asie, cinquième thème. L'histoire des relations très anciennes entre leurs pays reste à écrire dans le registre des mentalités comme dans l'aventure communautaire. En forme de conclusion, les tendances dominantes qui caractérisent l'évolution de cette région servent de toile de fond aux nombreuses questions qui s'y posent, des questions pour la prospective. Chacune d'elles devrait interpeller l'Europe et la France et les amener à prendre place dans les débats de demain. A cet égard, je terminerai en regrettant le retard de la France en Asie. Malgré des efforts indiscutables, nous n'arrivons pas, sauf exception au Vietnam, à franchir le cap des 2 % de part de marchés. Il en est de même pour l'investissement. En effet, nous abordons l'Asie avec nos faiblesses. Mais il faut réagir: éveiller notre conscience à la réalité des situations et réfléchir aux erreurs commises dans notre approche de l'Asie pour relever le grand défi de notre présence dans cette région, car le grand problème du monde au XXIe siècle, ce sera l'Asie.

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PREMIERE PARTIE

ESPACES ASIATIQUES

L'ASIE ET SES ESPACES GEOPOLITIQUES

Guy Faure

*

L'Asie va-t-elle rejoindre le cimetière des concepts obsolètes et désuets au cours du XXIe siècle? Le schéma continental, comme le pensent certains géographes de la nouvelle vague, n'a jamais bien fait sens. En effet, l'Asie, qui sur une mappemonde ne se distingue pas clairement de l'Europe est tout simplement trop vaste et trop diverse pour constituer une unité d'analyse intelligible. De plus, les bouleversements subis par l'Europe et l'Asie au cours du XXe siècle ont contribué à accroître la complexité de leurs espaces. Il en est résulté, après la seconde Guerre Mondiale une terminologie nouvelle pour définir ces nouveaux espaces, sans effacer pour autant celle qui prévalait auparavant. Trois points vont articuler mon propos. D'abord, dire l'Asie: le dessous des mots, la signification exacte des mots ou expressions employés quotidiennement. Ensuite, penser l'Asie: Asiatiques eux-mêmes? quelle est la vision de l'Asie pour les

Enfin, et en conclusion: comment l'Europe doit-elle repenser l'Asie?

* Chercheur (CNRS, Institut d'Asie Orientale)

DIRE L'ASIE

Peut-on parler de l'Asie? Si l'on pense au titre d'un ouvrage récent, "Atlas Asies nouvelles", le pluriel employé pose le problème d'une définition elle-même plurielle. On assiste en fait à une véritable inflation terminologique. Dans notre propre pays, les médias, les organisations internationales, les administrations, dont le ministère des affaires étrangères, ont chacun leur propre glossaire. La lecture des situations ne s'en trouve pas facilitée. Chacun a la sienne. Le découpage des espaces asiatiques et leur désignation diffèrent sensiblement selon que l'on est diplomate, homme d'affaires, journaliste ou universitaire, et dans ce cas, que l'on est géographe, politologue ou économiste. Un exemple, la Commission économique et sociale des Nations Unies pour 1'Asie-Pacifique, la CESAP, a défini l'Asie comme la résultante de l'Asie du Nord-Est, l'Asie du Sud-Est, l'Asie du Sud et l'Asie centrale, auxquelles s'ajoutent dix-neuf îles au titre du Pacifique. La Banque mondiale, elle, parle de l'Asie de l'Est, correspondant grosso modo à l'Asie du Nord-Est et à l'Asie du Sud-Est et ainsi de suite, selon les entités qui ont à traiter de l'Asie. Ces termes ne sont ni interchangeables ni neutres. Ils sont tous connotés. Le renouveau du vocabulaire doit beaucoup aux Américains, qui, depuis l'après-guerre se sont fortement impliqués en Asie dont ils ont redéfini les espaces, alors qu'avec la fin de l'époque coloniale, les Européens en sortaient. On ne retiendra que trois termes: "Asie du Sud-Est". Ce concept stratégique anglo-saxon, émanant du Quartier Général pour l'Asie du Sud-Est, a été utilisé pendant la seconde guerre mondiale. Il est d'importance stratégique, car il a permis de visualiser cette zone complexe en vue de l'action. Puis, dans les années 60 : "Asie-Pacifique", un concept japonais défini par le professeur Kojima et adopté par le ministère japonais des affaires étrangères. C'est la façade asiatique du Pacifique, ce que l'on appellera "l'Asie utile", recouvrant l'Asie du Nord-Est et l'Asie du Sud-Est. Troisième terme, le "bassin du Pacifique", sur lequel on s'arrêtera quelques instants. Utilisés à partir de 1975, avec la nouvelle doctrine américaine du Pacifique, ces mots expriment l'idée qu'il existe une communauté autour de ce "bassin". Le

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discours enthousiaste que l'on a pu entendre sur ce thème peut en effet être compris comme le reflet des intérêts stratégiques de l'économie globalisée contemporaine, qui réclame toujours plus de grands marchés, de libre-échange et s'accommode de moins en moins des barrières nationales, tarifaires ou réglementaires. On peut faire ici deux remarques. La première, c'est que les Américains raisonnent en termes d'océan plus que de continent, basculant selon les cas de l'Atlantique au Pacifique. A partir des années 80, c'est devenu la nouvelle théorie dominante. Les Américains sont parvenus à populariser leur point de vue selon lequel le principal foyer d'activité économique de la planète s'était déplacé de l'Atlantique au Pacifique. On est ainsi passé de la prévision à la vérité historique, faisant, par là-même, rentrer les Européens dans la phase du déclin, même si l'actualité récente a montré que les jeux n'étaient pas faits. La seconde remarque se situe sur le plan intellectuel. On peut constater aux Etats-Unis un déplacement de l'approche de recherches académiques à partir des "aires culturelles", Area Studies, vers une approche plus "transfrontalière", des relations entre les zones, comme l'illustre le programme de l'Université Duke intitulé "Oceans Connect: Culture, Capital, and Commodity Flows across Basins" ("Les liens entre les océans: culture, capital, flux de biens entre les bassins"). En définitive, on parle malheureusement d'une Asie restreinte, l'Asie orientale (Asie de l'Est, East Asia), dynamique, "utile". Même quand les Américains évoquent le Bassin du Pacifique, ils ne pensent en fait qu'à sa moitié septentrionale, c'est-à-dire Canada et Etats-Unis d'un côté, Chine, Taiwan, Japon, Corée et un peu d'Asie du Sud-Est de l'autre. On est donc très loin du souscontinent indien et de l'Asie centrale, non qu'il n'y ait pas de préoccupations ou d'intérêts à leur endroit, mais le discours organisé sur l'Asie ne s'applique en fait qu'à un périmètre beaucoup plus limité. Notre "radar" européen, plus étroit encore que l'américain, connaît, lui aussi, des zones d'ombre, les mêmes: le sous-continent indien et l'Asie centrale. La diplomatie et la stratégie des entreprises ne s'y intéressent que très peu ou très mal. Dans une perspective longue, on voit des interactions et des recompositions se faire dans cette zone où de nouveaux territoires économiques se constituent. On assiste aux prémices d'une

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véritable recomposition de l'espace géopolitique asiatique classique, car les frontières nationales sont devenues plus perméables. De nouvelles formes de coopération régionales sont en train d'émerger. Un exemple parmi d'autres, celui de l'un des plus importants projets de développement de la planète, concerne les pays du bassin du Mékong (Thaïlande, Birmanie, Viêt Nam, Cambodge, Laos et la province chinoise du Yunnan). Il était difficile d'imaginer que des pays aux niveaux de développement aussi différents, aux régimes politiques si divers, aux antagonismes historiques multiples puissent oeuvrer dans un projet commun, avec l'appui financier de la Banque asiatique de développement et soutenu d'ailleurs par de nombreux pays (Japon, Australie, France...). Plus généralement on assiste à une floraison de "Nouveaux Territoires Economiques" (New Economic Territories ou NETs), désignés dans d'autres publications par "triangles de croissance", étudiés par divers centres de recherche et des think tanks de la région. Le régionalisme asiatique en gestation peine à imposer ses références terminologiques. Il n'est pas toujours simple de définir ce que ces pays ont en commun, en dehors de leurs succès et leurs crises économiques. Par ailleurs, il se trouve des pays animés du désir d'abandonner un ensemble sous-régional peu attrayant, au profit d'un autre contexte plus dynamique sur le plan économique. L'émergence économique et, demain politique, de l'Asie est en train de s'accomplir, ce qui explique en partie l'état d'instabilité de notre vocabulaire de référence.

PENSERL'ASIE Les visions asiatiques de l'Asie Orientale Que représente l'Asie pour les habitants de cette partie du monde? Partagent-ils un sentiment d'appartenance à un espace géographique commun? Pensent-ils vivre sous un même toit, selon la vision japonaise de l'époque sombre de la "sphère de coprospérité" de la Grande Asie? On serait tenté de ranger le concept d'Asie dans le thésaurus géographique occidental, car sans grande réalité pour les intéressés, qui semblent avoir du mal à se 22

l'approprier. Selon Pierre Gentelle, "la Chine n'a cure de l'Asie". L'Asie comme continent n'existe pas et l'on se rend bien compte à écouter les Chinois, que le concept d'Asie est vraiment européen. La Chine a moins besoin de l'Asie orientale que cette dernière d'elle. Cet avis est à rapprocher d'une formule également lapidaire de Jean-Luc Domenach: "sans la Chine, l'Asie serait simplement importante. Avec la Chine, elle pourrait devenir puissante." 1 On peut donc s'interroger sur l'utilité pour un Chinois, un Indien ou un Japonais de se reconnaître asiatique Selon les pays, on se trouve en présence de discours, de points de vue ou de visions plus ou moins élaborées concernant l'entité régionale Asie dans laquelle va s'inscrire une ambition nationale. Mais c'est au Japon que l'on va trouver, en analysant le discours asiatiste, de ses origines jusqu'à ses avatars actuels, la vision la plus élaborée. Au XXle siècle, les Japonais sont rentrés dans la modernité en rejetant l'Asie, "sortons de l'Asie, entrons en Europe", en se pensant comme les "Extrêmes-Occidentaux". En même temps, ils ont développé une réflexion sur l'Asie. Au XXe siècle, l'expansion impériale dans la sphère dite de co-prospérité asiatique, déj à évoquée, a alimenté cette réflexion. En fait, la maturation de cette idée va aboutir à ce que la théorie devienne aujourd'hui un outil de promotion de l'intégration régionale. On comprend que la contribution japonaise au débat sur l'identité asiatique soit manifeste et radicale. Elle s'appuie sur un projet de construction régionale, zone coloniale et zone d'influence, voire zone réservée et préservée de l'influence européenne. Le Japon est donc le seul pays a avoir abordé cette région en terme géopolitique, en lui donnant un sens qui va s'affiner avec le temps, au cours de l'après-guerre. Dans les années 60, le concept d'Asie-Pacifique rappelant les mauvais souvenirs des occupations nipponnes dans la région, a été très mal accueilli en Asie. Il a cependant fait son chemin dans la plupart des pays d'Asie du Sud-Est, au point que quelqu'un comme le Premier ministre de Malaisie, Mahatir, ait adhéré à l'idée d'une communauté d'Asie-Pacifique. Il est allé d'ailleurs jusqu'à vouloir
1 DOMENACH, Jean-Luc, Le retour ambiguë de la Chine en Asie, in CAMROUX, David, DOMENACH, Jean-Luc, éd., L'Asie retrouvée, Seuil, 1997, p.252.

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