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L'assemblée des peuples camerounais

De
284 pages
L'auteur de cet ouvrage a été la première femme à se porter candidate à une élection présidentielle au Cameroun. Le Pouvoir a refusé sa candidature, de peur qu'elle n'apparaisse à son peuple comme leader d'une alternative crédible. Aujourd'hui, elle veut organiser une 2e Assemblée parallèle à l'Assemblée Nationale : L'Assemblée des Peuples camerounais. Ces 50 chroniques constituent un appel au Peuple camerounais pour l'édification d'un Etat juste, au service de tous ses citoyens qui en seront les principaux artisans.
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POUR UNE ASSEMBLEE DES PEUPLES CAMEROUNAIS LE CAMEROUN QUE NOUS VOULONS

MARIE LOUISE ETEKI OTABELA

POUR UNE ASSEMBLEE DES PEUPLES CAMEROUNAIS LE CAMEROUN QUE NOUS VOULONS

Du même auteur

Misère et Grandeur de la Démocratie au Cameroun, L’Harmattan, 1987 Le totalitarisme des Etats Africains : Le cas du Cameroun, L’Harmattan, 2001. Face-A-Face Manqué. L’Harmattan, 2005. Cameroun Présidentielles 2004,

Au Journal « Le Messager » et à son fondateur Pius Njawe qui a pris le risque politique de m’ouvrir sa page 2 pour ces chroniques dans la rubrique « Perspectives

© L’Harmattan, 2009 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Par http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanado.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-07808-6 EAN : 9782296078086

Avant-propos

Se souvenir des belles choses
Chose promise, chose due : je reviens donc sur madame Royal. A la page 2 de son livre il est dit : qu’un livre ne suffirait pas à décrire la folie qui s’empare de certains lorsqu’on évoque le nom de Ségolène Royal. Eh bien ça n’a pas raté : aussitôt la chronique de mardi dernier publiée, aussitôt j’ai reçu vos réactions dont deux absolument incroyables qui, en gros, me conseillaient –comme cet ami qui vous veut du bien- de ne pas mêler mon nom, mon combat aux siens, afin de ne pas ternir mon image auprès de nos concitoyens qui me prennent au sérieux. En famille, au travail comme en politique c’est comme si certaines personnes avaient de la peine à se souvenir des belles choses de la vie, des sortes de mutilés du cœur comme elle dit : du plaisir à faire de la politique. Au commencement était le père. Chaque fois, on sent chez vous ce goût inné pour l’épreuve qui forge ou qui transcende ! On en revient à l’enfance et particulièrement à votre père. Ça ne vous gêne pas ? « Non, pas du tout. Et vous savez pourquoi ? Parce que je suis véritablement la fille de mon père. Je m’en rends compte jour après jour. C’est lui qui m’a complètement structurée. C’était un guerrier et un combattant. Je le ressens aujourd’hui. Ce courage qu’on vante tellement chez moi, c’est à lui que je le dois. Hors idéologie, simplement de père à fille. Je suis sa fille. J’en suis fière » (p.191). Mais aussi la figure de la « mère » ou plus précisément de ma grand-mère, Mbomboé, comme modèle… La confiance en soi parce qu’on représente quelque chose, donc la conscience que probablement l’on est 7

une valeur et par conséquent un énorme sens de ses responsabilités vis-à-vis des autres. En fait, quand je vous écoute, je pense que vous avez une grande conscience de vous-même et une grande confiance en vous. En ce qui me concerne d’aucuns auraient même prétendu que je manque d’humilité… « Ce n’est pas faux – répond Ségolène Royal- Je suis en fait très sûr de moi. Je sais qui je suis. Je connais mes limites, je suis comme tout le monde, avec mes faiblesses. Mais il en faut beaucoup pour me déstabiliser… C’est un cadeau précieux que m’ont fait mes parents. Solide. Je m’affole rarement. En fait, j’aurais eu les mêmes moyens- les relais médiatiques, le parti en ordre de marche- que Sarkozy, j’étais élue haut la main à 55%, sans problème… » (p37) Alors, est-ce qu’on peut écrire de vous : « petite déjà, elle se voyait à l’Elysée » ? Absolument pas, répond-elle. Il y a là tout de même une différence fondamentale entre nous. J’ai des amis d’enfance qui pourraient vous expliquer que depuis toute petite, au village je dirigeais les autres et que mes lettres de 15 pages leur ont servi de guide toute leur vie…une sorte de vocation à l’autorité. C’est à cause de toutes ces belles choses de la vie, que Ségolène affirme page 238 : je ferais un très bon chef d’Etat. Je suis allée dire au revoir à mes petits enfants hier avant de voyager, vous savez ce qu’il m’a dit Maxime-René (7ans) ? Mamaman, tu as vu la pleine- lune ? Surprise, je lève les yeux au ciel, là dans l’escalier, devant leur porte : Ouah ! C’est magnifique ! Je crois que la relève est assurée. Pour Ségolène Royal faire la politique autrement c’est d’abord faire la politique en vrai professionnel pas en amateur (P.249). La politique c’est une science pas un art comme en France ! C’est vrai que chez nous aussi chacun se lève et veut être à la place de Biya sous prétexte que nos deux présidents n’ont pas montré une grande expertise en la matière. Comme si chaque citoyen s’improvisait médecin ou avocat sous prétexte qu’il ya du travail dans ce pays, que le pays est par terre et que tout est à refaire. Mais ça fait bien des années maintenant que je suis 8

votre périple. Comment expliquez-vous que vous générez toujours ça, des polémiques interminables… des réactions extrêmement violentes, une colère à la hauteur de l’adhésion des gens ? « Parce que les gens sentent que j’ai un potentiel. Que ce que je dis a de l’impact. Parce que je suis sincère. Je ne suis pas dans l’habillage, pas de circonvolutions. Mais quand je dis quelque chose, c’est cash. Et comme je parle sans détour, j’ai la force que confère l’authenticité. Je suis innovante. J’ai parfois dix trains d’avance et les autres galopent derrière. Ça crée de la réaction chimique, de la colère, de la panique aussi. Ensuite c’est compliqué de gérer les rapports hommes/femmes en politique » (p224). « Leur psychologie est très simple en fait. Elle est liée à une conception profonde qu’ils ont de la politique. Ils pensent très basique ment : je suis mâle, je suis dans le cursus, j’ai fait les bonnes études, j’ai tous les mérites, je suis l’homme qu’il faut. C’est une conception patrimoniale et possessive de la politique, comme le capitalisme des héritiers. La possession personnelle d’un pouvoir qui leur serait dû ». (p.148) Chez nous c’est bien pire. C’est ce que j’ai appelé le syndrome du meilleur opposant : chaque Camerounais attend d’être président : chacun se dit, si ce miracle s’est produit pour X, Y, pourquoi pas moi ! Enfin, toute femme fait la politique autrement à cause d’une différence fondamentale, liée à la notion du temps. « Un rapport au temps typiquement féminin et paradoxal...On est à la fois dans l’urgence, dans l’immédiat, il faut donner à manger, nourrir, inscrire à l’école, aller chercher au sport ou au piano, courir et en même temps dans la transmission générationnelle, on est dans le long terme. On se projette. Qu’est-ce qu’ils vont devenir ? Comment ça va se passer ? C’est un temps long. Les hommes sont rarement dans ce rapport à l’urgence, dans ce rapport au temps. Jamais. La contrainte de l’urgence est quelque chose qui leur est étranger. C’est une différence fondamentale, cette double détente ». Voilà pourquoi Ségolène Royal pense qu’une femme dirige un pays différemment en raison aussi de 9

cela (p136) sans compter que ça fiche la trouille une femme jolie au pouvoir… J’aime la politique déclare-t-elle (p.67) mais les hommes n’acceptent pas le leadership féminin. C’est profond, si profond et si inconscient, le machisme. Même les hommes les plus ouverts, ou qui se vivent comme tels, ne le réalisent pas. Par exemple, lors d’une grande réunion, l’un de mes soutiens a fait un discours enflammé…Pas une seule fois, vous m’entendez bien, pas une seule fois il ne m’a citée…. C’est un oubli, en fait c’est un refoulement. (p.136-137)Pourtant depuis douze ans que la CFA (notre parti) existe, c’est toujours moi qui suis allée les chercher pour constituer le Comité national d’action civique qui voulait sauver le Cameroun en 1999 et qui a organisé un contresommet France-Afrique en 2001 ; pour former un « Front » des forces alternatives qui a fait peur au régime en 2003…C’est encore moi qui ai proposé aux femmes des partis politiques présents à l’ Assemblée nationale en 2002 de lancer le « Cri » qui voulait une majorité de cent femmes au Parlement sans oublier notre projet actuel d’ Assemblée des Peuples que d’autres tentent déjà de récupérer. Souvent nos compatriotes qui n’ont aucune idée de ce qu’est qu’un projet de société ni même un programme politique et qui vous contestent vos tentatives de leadership vous balancent : mais il faut un projet de société, un programme politique. Bien sur Ségolène a ses fondamentaux et nous les nôtres…mais elle dit aussi qu’elle a des idées magnifiques pour changer le monde, la société française et même son rapport à l’Afrique : l’image de l’Afrique d’aujourd’hui…ça me tord le ventre. Déclare-telle dans ce livre. Le fameux penser globalement et agir localement (p250) : je me disais que le monde aurait pu avoir une autre face avec Angela, moi et Hillary dans les sommets internationaux. Nous aurions certainement impulsé autre chose…P241 10

« Je voudrais pouvoir faire progresser la beauté dans mon pays »dit-elle. Comme disait une de mes amies parlant de ma famille : rien n’est trop beau pour les Eteki ! Il y a plus de 40 ans, sur un banc public, quelqu’un me disait : Regardes la lune. Et comme je ne voyais pas pourquoi au milieu d’une conversation sérieuse qui concernait notre avenir à savoir si on voulait des enfants ou pas, on a failli passer la nuit sur ce banc public. Eh bien, la conclusion de ce livre de Ségolène Royal pour moi c’est quand elle dit: vous avez vu la lune ? Regardez…c’est sublime.

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08.01.2008 Olympiades au char des dieux

Elle s’appelait Olympes, du nom d’une montagne que les dieux s’étaient réservée : les hommes lui ont coupé la tête pour avoir voulu mettre l’amour, la beauté et le courage au fondement de la politique, c’était en 1789 dans un pays nommé la France. Elle s’appelait Bénazir, l’irremplaçable : elle voulait faire de son pays un Etat moderne ; libérer son peuple de toutes sortes de fanatismes : les hommes lui ont tiré une balle dans la nuque (!) pour ne pas avoir à l’affronter une troisième fois. Le jour se lève : il va falloir la remplacer. Notre peuple à nous a refusé de voter en juillet dernier. Depuis 5 siècles on lui dit « tu gagneras ton…à la sueur de ton front » mais nous continuons à travailler comme des Nègres, c'est-àdire pour rien ou pire pour d’autres ! Depuis 50 ans on lui dit « vous êtes indépendant » mais nous savons tous que c’est faux ! Depuis 25 ans Paul Biya nous raconte les mêmes histoires à chaque discours: tenez sa dernière découverte : les violences contre les femmes ! « Enfin, il serait souhaitable que disparaissent au sein de notre société les multiples manifestations d’incivilité, telles que les violences faites aux femmes et…aux enfants, le manque de respect aux personnes âgées, la brutalité qui caractérise les 13

désaccords de toute nature dont les conséquences sont parfois dramatiques » Si notre président découvre à 78 ans que guillotiner une femme, assassiner une femme…n’est qu’une manifestation d’incivilité ! Si notre président, parce que personnellement concerné, préconise enfin du respect pour les personnes âgées, et que la brutalité qui caractérise sa politique n’a que des conséquences dramatiques pour notre Peuple et notre pays, mieux vaut tard que jamais. Le discours totalitaire a ceci de particulier qu’il ne peut s’appréhender au niveau du contenu. Il n’ y a rien à comprendre, rien à analyser dans le message de fin d’année 2007 du président; cela ne sert à rien d’essayer d’y trouver un sens, une signification quelconque : ce qui compte c’est de nous anéantir, de continuer à assassiner et son peuple et les femmes camerounaises in vitam æternam. Pire, d’aucuns souhaitent même qu’il organise le massacre et comment cela doit continuer à se passer après lui…comme ce fût le cas pour son illustre prédécesseur ! Voilà pourquoi des partis politiques ont dit : « il faut envahir le stade » Voilà pourquoi le très traditionnel Ngondo (l’Assemblée des Sawa) a dit : « Paï o Madiba* » Biya est bien obligé de reconnaître que : l’heure est à l’action. Mais quelle action au bout de 25 ans d’un pouvoir sans partage et d’une gestion catastrophique du pays ? On cherche en vain une moindre réalisation qui restera attachée au nom de Paul Biya.

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Voilà pourquoi les femmes Camerounaises ont lancé un Appel pour une Assemblée Constituante. La construction d’une démocratie doit être le fait de personnes représentant toute la diversité des opinions de l’ensemble des citoyens (de l’Union, disent actuellement les Européens). De plus, une Constitution démocratique doit être établie par une assemblée indépendante des pouvoirs en place. L’histoire montre qu’un processus existe pour cela, il se nomme Assemblée constituante.

Dans sa déclaration solennelle des droits de la femme et de la citoyenne, Olympe de Gouges disait il y a trois cents ans que : toute société, dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution ; la Constitution est nulle, si la majorité des individus qui composent la Nation, n’a pas coopéré à sa rédaction (article 16). Alors de quoi parlons-nous exactement aujourd’hui ? De réviser une Constitution ? Quelle Constitution ? Une Constitution que nous n’avons jamais eue ? Il faut arrêter de nous mentir à nous-mêmes. Nous connaissons tous notre pays. L’Etat est créé au Cameroun par décret n° 57-501 du 16 avril 1957 du gouvernement Guy Mollet, sous la tutelle de la France, puis transformé en « Etat du Cameroun » par ordonnance n° 581375 du 30 décembre 1958 du gouvernement français avec Michel Debré comme Premier ministre sous l’autorité du Général De Gaulle. Cet Etat, annoncé aux Camerounais le 1er Janvier 1960, est mué en « République Fédérale du Cameroun » en 1961 pour finir par être « La République unie du Cameroun » depuis 1972 , aujourd’hui, République du Cameroun… 15

« La Constitution du Cameroun, adoptée par un simili référendum le 20 mai 1972 et promulguée le 2 Juin de la même année, a été révisée par l’Assemblée nationale le 23 décembre 1995 et promulguée à nouveau par le chef de l’Etat, son excellence Paul Biya, le 18 Janvier 1996 » disent les griots patentés. Cette loi fondamentale consacre : 1- la valeur suprême de la dignité humaine de citoyens réduits en zombies et d’un Peuple dont le seul destin est de subir ? 2- la séparation et l’équilibre des pouvoirs : nous savons qu’il n’en n’est rien puisque le président de la république concentre en ses mains tous les pouvoirs. 3- ainsi que la décentralisation : avec ses délégués du gouvernement, et le sort qui leur est réservé… elle n’a jamais connu même un début de réalisation ! 4- dans le cadre d’un Etat unitaire fort : la question anglophone reste sans réponse. L’idée même d’une armée nationale est battue en brèche : le simple soupçon que nos enfants, nos soldats aient pu être liquidés par leurs compagnons d’armes devrait donner lieu à des éclaircissements prioritaires et immédiats. Au lieu de cela, on nous « baratine » pour noyer le poisson au risque de faire courir un danger de déstabilisation de tout le pays. 5- dont le chef, élu directement par le peuple : quand est-ce que Mr. Biya a été réellement élu par le Peuple camerounais ? 6- est l’incarnation de l’unité nationale : par quelle magie ? Dans un pays où la question de l’unité nationale cache mal la dissection de la nation en entités tribales campées chacune dans son délire schizophrénique en guise d’identité culturelle. 16

7- et de la volonté générale du pays, un pays réduit à l’impuissance politique totale. Cette même Constitution, après avoir tenté de définir dans son préambule, ce qu’est le Peuple Camerounais, fait procéder la Souveraineté nationale (article 2) de l’ Etat (article 1er) : Un Etat créé par un décret étranger et au service des intérêts étrangers ! Un Etat dont nous avons démontré la nature totalitaire parce qu’il confisque tout ! un Etat dont nous connaissons tous le fonctionnement pour l’avoir subi chacun d’entre nous, parfois jusque dans notre chair et au quotidien ! En un mot cette « fausse constitution » confisque depuis 1972 la souveraineté du Peuple camerounais c'est-à-dire notre capacité à agir, notre capacité à avoir des droits et à les faire respecter et même notre identité nationale. Voilà pourquoi nous devons refonder notre pays sur des bases plus saines, plus démocratiques et plus modernes. Au bout de 50 ans de résistance et de combat contre ce régime, nous avons réussi à re-arracher notre souveraineté à cet Etat-Parti : souvenez-vous, sous la première république, nous n’avions pas le droit à l’abstention : il fallait présenter la carte d’électeur (du parti unique) sur la voie publique ! L’histoire d’un Peuple s’inscrit dans la longue durée avec quelque fois des accélérations inattendues. Nous ne nous sommes pas placées par hasard sur ce char des dieux pour vous souhaiter une Bonne et Heureuse année 2008 ! ---------------------Publié le mardi le 8 Janvier 2008 dans « Le Messager »

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15.01.2008 L’Autre façon d’être Humain

Le Peuple Colombien résiste à un régime politique. Hugo Shavez, nouveau président du Vénézuela , élu démocratiquement, réussit à négocier – en paix- avec cette organisation la libération de deux otages de la manière la plus légale possible. Fort de cet exploit, il propose que cette résistance soit reconnue comme telle et ne soit plus qualifiée d’organisation terroriste. Il y a des précédents : en Palestine, au Zimbabwe. Le président Shavez a une grande ambition pour les Etats d’ Amérique du Sud. Pour l’instant le Pouvoir colombien ne veut rien entendre. Le Peuple Camerounais aussi résiste à un régime politique. Il a refusé de la manière la plus légale qui soit d’élire une nouvelle Assemblée Nationale le 22 Juillet dernier. Se prévalant de cet exploit, trois propositions lui sont faites actuellement : une déclaration de guerre contre les tenants de ce régime, un Contre-pouvoir et une Assemblée constituante. Le Pouvoir camerounais passe outre ce taux d’abstention record et se prépare à faire voter par une Assemblée illégitime la modification de la Constitution afin que le Président Biya se représente illégalement en 2011 et reste président à vie en se donnant les moyens d’installer lui-même son successeur ! 1- Le CODE annonce une série de mesures « pour conjurer le mauvais sort du Biyaisme : des cellules opérationnelles clandestines ( ?!) au désir de renverser Paul Biya par tous les 18

moyens possibles y compris, les expéditions punitives, la confiscation des biens » et comme il fallait s’y attendre, par…la délation : nous sommes là en plein délire de la gestapo de feu papa Fochivé ! Bref, les Camerounais ne savent plus à quel saint se vouer et chacun y va de son couplet. 2-La création d’un Contre-pouvoir La proposition d’Abel Eyinga est intéressante parce que dit-il, « je ne suis candidat à rien… ». Il faut reconnaître que pour beaucoup, c’est la lutte pour le leadership qui mine l’Opposition camerounaise depuis les années 90. C’est vrai que la tradition dans notre mouvement de résistance veut que si tu n’es pas « premier de classe », c'est-à-dire à l’initiative d’une action, tu n’y participes pas ! Et ceux qui reprennent le discours du Pouvoir là-dessus estiment qu’en face du président du RDPC, il n’y a personne. Tout ce que nous avons fait depuis 20, 30, 40 ans ça ne compte pas. Il va falloir rafraîchir notre mémoire collective sur nos 50 ans de… prouesses individuelles mais aussi collectives face à ce régime. Hélas en politique un contre-pouvoir ne se créé pas : il existe (sous un Etat de droit) ou il n’existe pas (sous un Etat totalitaire). En science politique cette « chimère insaisissable** » a un nom : la Société Civile. Or notre drame est qu’en 50 ans d’existence de cet Etat-ci, même la Société Civile a été confisquée sinon détruite. Résultat tout le monde fait de bons diagnostiques de la situation mais personne ne prescrit un remède approprié.

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3- la tenue d’une Assemblée Constituante C’est une revendication historique et fondamentale de notre Peuple : nous la réclamons depuis les années 50…elle nous a été encore refusée dans les années 90…C’est le droit de tout Peuple à disposer de lui-même et à réaffirmer cette souveraineté en tant que Nation. Nos nations premières doivent réaffirmer que nous voulons constituer une seule et même Nation… Qu’aujourd’hui, on ne puisse plus parler ni d’une consultation générale ni d’une conférence nationale souveraine, l’Assemblée Constituante reste incontournable si nous voulons entrer dans l’Histoire (de l’humanité) autrement que comme esclaves, colonisés et donc sous-tutelle de nos dominateurs – qui de cet fait, peuvent se permettre de « décréter » quand nous pouvons avoir un Etat, un président, comment cet Etat doit fonctionner, et nous traiter comme l’a fait dernièrement le nouveau président des Français ***. C’est un cadre de concertation sur notre vécu ensemble. Ce n’est pas un nouveau processus électoral (ni un référendum ni une élection présidentielle anticipée) : tout le monde ne peut pas en être et pourtant elle doit être représentative…chaque citoyen, chaque citoyenne doit se sentir représenté(e). Mais à partir de quelles données ? Actuellement chacun joue avec les mots. Même une entreprise fait son inventaire périodiquement. Il n’y a même pas un recensement pour savoir qui est électeur au Cameroun ? Qui est Camerounais ? Quels sont les instruments pour mesurer les scores. Tout se passe comme si nous sommes une abstraction. Une candidate à qui l’on dit tu peux présenter ta candidature, on étudie son dossier mais au moment de voter, elle n’est pas sur la liste électorale : on met sur les listes qui on veut en disant que les gens refusent de s’inscrire.

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C’est la coordination d’un certain nombre d’initiatives. Cette coordination doit être absolument indépendante du pouvoir et des institutions actuelles (ni Tripartite, ni une organisation clandestine). Ce n’est pas non plus une organisation de plus (ni autorisation, ni plan d’action ne seront nécessaires) mais il faut la mettre en œuvre. Nous ne pouvons faire l’économie de cette Assemblée Constituante parce que c’est elle qui va définir, les données de base qui permettront de savoir qui représente quoi, c’est elle qui peut permettre de sortir de l’impasse actuelle sur tous les plans, nous aider à trouver des solutions aux problèmes et aux tares que nous avons accumulées depuis des décennies, etc. Ce n’est donc pas juste une nouvelle « idée » de Mme Eteki comme semblaient s’en réjouir nos jeunes journalistes l’autre jour, entendu comme « une pure vue de l’esprit », donc rien d’inquiétant. Il s’agit de prendre notre courage à deux mains et de refonder notre vécu ensemble sur cette terre, notre mèrePatrie …dont on ne sait même pas actuellement où elle commence et où elle finit. Bakassi ? Guinée Equatoriale ? Cette Assemblée Constituante peut aussi bien décider que « le Cameroun n’est plus le Cameroun… Mboua Massok estime d’ailleurs que s’appeler « Crevette » n’a rien d’un attribut digne de nos martyrs. Il s’agit d’inscrire dans notre réalité sociale cette autre façon d’être Camerounais. Et pourquoi l’autre façon d’être humain ne commencerait-elle pas chez nous, pour embraser les Etats- Unis d’Afrique et se répandre jusqu’aux Amériques. C’est cela pour moi, avoir une grande ambition pour son pays.
-------------------------Publié le 15 Janvier 2008 dans le Messager

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Notes : (*) Collectif des Organisations Démocratiques et Patriotiques des Camerounais de la Diaspora. (**) L’expression est de Karl Marx. (***) Discours de Dakar du président Français, Nicolas Sarkozy.

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22.01.2008 Je veux que tu sois

Pour consoler les Africains, on nous dit souvent que l’Histoire d’un Peuple s’inscrit dans la durée. La « longue durée », ça va chercher dans le passé mais ça s’inscrit aussi dans l’avenir. Des voix autorisées nous ont définitivement fossilisés. Nous avons de ce fait un sérieux problème : il nous faut des gens sérieux pour nous en sortir. Ce qui se passe actuellement relève, disons d’un malentendu : chacun y va de son interview, de sa déclaration, de ses marches sans parler des interdictions et des manœuvres d’intimidation. D’accord nous sommes à l’ère de la communication. Cela ne signifie pas n’importe quelle gesticulation stérile. Pour tenir une Assemblée Constituante, il nous faut des gens qui participent du savoir universel, des gens qui ont à leur actif des réalisations de portée nationale, des gens qui représentent au moins notre identité commune même parcellaire. Ce n’est pas ce que nous avons sous les yeux. Une image d’Epinal. Voici comment certains humains sur cette Terre nous voient encore aujourd’hui:« l’Afrique est le pays de la substance immobile et du désordre éblouissant, joyeux et tragique de la création. Les nègres, tels nous les voyons aujourd’hui, tels ils ont toujours été. Dans l’immense énergie de l’arbitraire naturel qui les domine, ni le moment moral, ni les idées de liberté, de justice et de progrès n’ont aucune place ni statut particulier. Celui qui veut connaître les manifestations les plus épouvantables de la nature humaine peut les trouver en Afrique. Cette partie du monde n’a, à proprement parler, pas d’histoire. Ce que nous comprenons en somme sous le nom d’Afrique, 23

c’est un monde anhistorique non développé, entièrement prisonnier de l’esprit naturel et dont la place se trouve encore au seuil de l’histoire universelle »(1). Les odeurs de Chirac à côté, c’était du petit lait ! Pour le reste, c'est-à-dire les « nouvelles élites françaises » dont certaines sont africaines… « l’ Afrique est essentiellement rurale, féérique et fantôme, mi-bucolique et micauchemardesque, peuplée de paysans, faite d’une communauté de souffrants qui n’ont rien en commun sauf leur commune position à la lisière de l’ histoire, prostrés qu’ils sont dans un hors-monde- celui des sorciers et des griots, des êtres fabuleux qui gardent les fontaines, chantent dans les rivières et se cachent dans les arbres, des morts du village et des ancêtres dont on entend les voix, des masques et des forêts pleines de symboles, des poncifs que sont la prétendue « solidarité africaine», « l’esprit communautaire », « la chaleur » et « le respect des aînés. »(2) Ils ont progressé un peu : on nous parle actuellement de « politique de civilisation ». Cela ne vous rappelle pas une certaine « mission » civilisatrice ? Je tiens à ma photo. J’essaye donc de dire ici que je ne me reconnais pas de communauté ni avec cet Afrique-là ni avec ces Africains négréffiés ; que mon féminisme, relève aussi bien de ma grand mère- paysanne !- que de Simone de Beauvoir. Si nous collectionnons quelques spécimens de masques dans une forêt de symboles, c’est par pur « Correspondances » comme disait l’autre- dans un restaurant, où se répondent depuis 10 ans le bon goût, un parfum d’éternité devant l’immensité de la mer. Rien à voir avec l’Afrique de Sarkozy. Rien à voir avec l’insoutenable légèreté de l’image que Nathalie (3) nous a présentée cette semaine. 24

La façon africaine d’être humain c’est une pyramide nommée Kéhops, un des passages obligés des grands de ce monde… C’est vrai que nous sommes tombés bien bas depuis le temps des pharaons. Vous savez, quand on tombe d’une pyramide ça fait mal mais ce n’est pas comme si l’on ne sortait de rien. C’est tout notre problème avec l’Occident et ses fondés de pouvoir en Afrique : nous savons d’où nous venons, pas eux ! Voilà pourquoi nous avons baptisé Cheik Anta Diop, le dernier des pharaons. Il voulait renouer avec nos racines de Grandeur. Après avoir construit le pays le plus puissant du monde, les Noirs africains vont peut-être réinscrire dans la réalité sociale des Etats- Unis d’ Amérique cette autre façon d’être humain…Nous disons que ça peut aussi commencer par chez nous. Avec la mise en œuvre de cette Assemblée Constituante, nous avons là une occasion en or de montrer à la face du monde que l’humanité peut fonctionner sur d’autres valeurs et être enfin une humanité moins souffrante. Une pyramide nommée Assemblée Constituante. D’abord, nous devons réunir toutes les personnes qui ont déjà démontré de trente six mille manières que les Africains n’ont pas toujours été nègres. Tous Ces camerounais et Camerounaises qui ont produit des œuvres extraordinaires dans tous les domaines de la vie sont actuellement présents dans l’encyclopédie du savoir universelle d’aujourd’hui que l’on appelle Internet. Juste un exemple : si vous tapez « EtekiOtabela Marie Louise» dans le moteur de recherche «Google », vous auriez eu au 26 décembre 2007, 2540 références en 0,36 secondes, dont une particulièrement intéressante : mon livre « le totalitarisme des Etats africains, le cas du Cameroun » est classé dans la bibliothèque du Collège Interarmées de Défense de l’Armée française sous le descripteur : art de la guerre…(4) 25

Ensuite si nous admettons que « les manifestations les plus épouvantables de la nature humaine se trouvent en Afrique », il faut bien convenir que ces manifestations ont pour nom : l’esclavage, la colonisation et les fascismes africains et qu’elles trouvent leur origine dans notre relation à l’ Occident…Ce dernier estime- comme dans toute fausse relation amoureuse – que pour être soi , il faut nier, tuer l’autre : il est vrai que les hommes de ce continent ont été jusqu’à mutiler les femmes pour les « avoir » pour toujours! Cependant, à chaque extermination, à chaque interdiction, à chaque assassinat, commence toujours une nouvelle vie, une nouvelle tentative, une lueur d’espoir qui surgit et se met en quête de son humanité, de notre humanité détruite par ces pouvoirs. Il suffirait juste une fois, une seule fois, comme par le miracle des imprévisibles hasards de l’amitié et de la sympathie ou encore la grande et incalculable grâce de l’Amour, qui affirme avec Saint Augustin : « je veux que tu sois »(5), sans pouvoir donner de raison précise à cette suprême et insurpassable affirmation pour que dix, quinze, les vingt millions de Camerounais et de Camerounaises et peut-être même plus d’Africains basculent du « monde du mourir » à la vie, sortent de la « vallée de la mort » et renouent avec la créativité humaine. Enfin, j’ai appelé cela une Assemblée Constituante parce qu’il s’agit de refonder notre pays, de réaffirmer nos fondamentaux : arracher notre Souveraineté nationale à la France, instituer un Etat de droit avec séparation réelle des trois pouvoirs, et indépendance du quatrième, afin de freiner la tentation de toutes sortes de limitation du droit à l’information ; une passation du pouvoir moins aléatoire et moins tragique pour sortir de « l’immense énergie de l’arbitraire naturel … » Réorganiser une Société plurielle sur la base d’un Nouveau Contrat social. Ça prend –comme disent les Québécois, au moins un décret étranger à faire abolir, une fonction (présidentielle ?) à bannir, 26

et … des tribus à libérer de l’emprise des quatre nations premières. Cela s’appelle faire la politique autrement.
Notes 1Extraits de la critique cinglante qu’Achille Mbembe a fait du discours du président français à Dakar ; 2Le « respect des aînés » que nous souhaitait récemment un autre poncif… 3« Je vois du soleil dans tes yeux », de Nathalie Etoke, aux Presses de l’Université Catholique d’Afrique Centrale, janvier 2008 http://www.biblio.college.interarmées.defense.gouv.fr/Document.htm &numrec=0310 5Citation de Hannah Arendt reprise dans la conclusion de ce fameux « livre de guerre », chez l’ Harmattan, 2001. Réaction Je suis très touché par votre texte "Je veux que tu sois" De : Envoyé : À: malonga bonissat (bonimalonga@gmail.com) mar. 22/01/08

mle_otabela@hotmail.com

Bonsoir Madame suite à a lecture de votre texte au sein Du Messager je tenais à vous remercier pour la qualité de votre réflexion au sujet de notre continent l'Afrique .La jeunesse africaine souhaite l'émergence d'une Afrique réconciliée avec elle-même et ce combat prendra encore de nombreuses années; Chacun doit prendre ses responsabilités à son niveau. Mon nom c'est Malonga Bonissat Dominique. Voici le lien du forum sur lequel vous pourrez découvrir l'action de jeunes africains unis à Lille dans le Nord de la France pour une Cote -d'Ivoire et une Afrique debout.

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29.01.2008 Il est réaliste de vouloir l’impossible.

Un raciste, certainement, a fait circuler il y a quelque temps déjà parmi les gens qui lisent encore au Cameroun, un texte disant que la meilleure façon de cacher quelque chose aux nègres, c’est de l’écrire. Je n’écris pas pour me cacher. C’est eux qui n’arrivent même pas à prononcer le nom de Tsonga. J’essaie juste de dire que nous avons été là aussi et que nous avons le devoir de l’inscrire dans notre réalité sociale. La Société civile, c’est du réalisme, quand elle existe. La mobilisation de notre peuple, c’est du réalisme, quand ça arrive. Des gens sérieux aujourd’hui, c’est cela qui semble relever de l’impossible, dans notre pays. La Société Civile, du réalisme. Tous les gens qui nous veulent du bien, et il y en a ; et ceux qui se cachent derrière Biya et ceux qui se revendiquent de la Société Civile, souvent ce sont les mêmes, ils sont tous d’accord pour accuser les partis politiques de l’Opposition. Comme si hors RDPC, on est forcément de l’Opposition. Là aussi nous avons été jusqu’à réussir l’exploit de faire apparaître au moins deux Oppositions : une institutionnelle, faites des « héritiers », qui veut juste réformer le régime. Cette Réforme commence par : après Biya, c’est notre tour, ou plus précisément, après Biya, c’est moi ! Donc venez vous mettre derrière moi ; pour cause : « Biya must go ». Ceux-là sont forcément contre la modification de la Constitution article blabla-bla. On les attendait, pour mettre le « Non » à la Une. Nos « non » à nous, ça compte pour des prunes. L’autre Opposition, (la vraie, n’ayons pas peur des mots) donc certains d’entre nous 28