L'attitude arabe face à la violence

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L'auteur ici s'attaque au problème de la violence et de l'attitude arabe à l'égard de celle-ci, mettant en exergue une multitude de réflexions, de conclusions et de conséquences qui se doivent de faire l'objet d'un sérieux examen, à la lumière de la conjoncture actuelle. Cet ouvrage inaugure une collection qui veut présenter les résultats de la création intellectuelle arabe contemporaine sur les questions d'actualité.
Publié le : lundi 1 janvier 2007
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EAN13 : 9782336252742
Nombre de pages : 202
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Wahid Abdel Méguid

L'attitude arabe face à la violence

Traduction et notes de Fouad Noma

Revu et corrigé par

Dr. Hanan MOUNIB
Professeur-Adjoint / Université de Aïn-Shams / Le Caire Conférencier / Sorbonne / Paris Enseignant / INALCO / Langues 0' / Paris

Maquette Chekib Abdessalam

(Q L'Harmattan, 2006
5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris
L'HARMATTAN, ITALIA s.r.1.

Via Degli Artisti 15 ; 10124 Torino L'HARMATTAN HONGRIE Konyvesbolt; Kossuth L. u. 14-16 ; 1053 Budapest L'HARMATTAN BURKINA FASO 1200 logements villa 96 ; 12B2260 ; Ouagadougou 12 ESPACE L'HARMATTAN KINSHASA Faculté des Sciences Sociales, Politiques et Administratives BP243, KIN XI ; Université de Kinshasa RDC http://www .librairieharmattan. COIn

diffusion.hannattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr ISBN: 2-296-02282-0 EAN : 978-2-296-02282-9 9782296022829

Présentation de l'éditeur

La maison d'édition Dâr AI-Thaqâfa s'est intéressée, au cours des cinq dernières années, aux publications concernant les questions sociales, en général. Depuis les événements du Il septembre, l'éditeur est soucieux de jeter les ponts du dialogue entre le monde arabe et l'Occident. Partant de ce point de vue, il a développé une nouvelle collection intitulée Le monde arabe et l'Occident, comprenant des publications portant sur les grandes questions vitales, posées sur la scène mondiale, et qui sont objet de préoccupation dans le monde arabe et à l'échelle mondiale. Nous souhaitons que ces publications soient le reflet de la pensée et de l'innovation arabes contemporaines. C'est dans cet esprit que l'éditeur a contacté nombre de maisons d'édition européennes et américaines, en vue d'envisager des publications communes, en langues française, anglaise et allemande, au sujet de ces questions. Les ouvrages de la présente collection sont destinés à être traduits et publiés à l'échelle mondiale, à travers la co-édition. Dans cette collection, l'on retrouve une véritable innovation intellectuelle et culturelle, révélant la diversité des orientations. C'est pourquoi, les idées qui y sont exprimées ne traduisent pas nécessairement les opinions de l'éditeur, au sujet de ces questions, mais sont considérées comme des idées nouvelles. Les éditions Dâr AI-Thaqâfa ont l'honneur de vous présenter un ouvrage parmi les plus précieux de sa collection, intitulé L'attitude arabe face à la violence, qui représente une nouvelle étude présentée par le célèbre chercheur, le Dr. Wahid Abdel Méguid, lequel a contribué, par sa pensée, à la formulation de l'opinion publique arabe, sur de nombreuses questions.

Introduction
J'ai achevé la rédaction de cet ouvrage le premier septembre 2004, avant même de terminer l'introduction que j'ai toujours eu coutume de laisser pour la fin, ce que font également de nombreux autres auteurs. Lorsque je décidai de la rédiger, de nombreux événements se succédèrent de manière précipitée, confortant la vision qu'offre le présent ouvrage. J'étais conforté dans mon idée selon laquelle une certaine tendance à la violence aveugle est soutenue par une certaine forme d'opinion dans le monde arabe, fondée sur un désir de revanche qui, lui-même, est alimenté par l'accumulation des échecs arabes imputés aux facteurs externes, sur un fond de fondamentalisme religieux qui consiste à attribuer une empreinte religieuse aux grandes causes de la nation arabe. Cette tendance de plus en plus présente génère une prise de position vis-à-vis de la violence, qui nuit aux Arabes avant toute chose. En dépit de ses lacunes essentielles, cette attitude tend à se propager dans les différentes contrées du monde arabe, en ce début du troisième millénaire, mettant en péril l' avenir de la nation. Cette attitude se fonde sur une réelle duplicité dans les critères. Elle tend même à se défaire de tout critère, voire des systèmes de valeurs de l'Islam qui incite à la droiture et interdit de faire porter à un individu le fardeau d'un autre individu. Le présent ouvrage propose une analyse de la crise de cette duplicité axiologique confirmée par la captivité des journalistes français Christian Chesnaux et Georges Malbrunot, prisonniers de groupes armés qui ont pratiqué la pire forme de terreur en Irak. La capture de ces deux journalistes, qui eut lieu lorsque je rédigeais cette introduction, n'est pas un simple épisode dans l'enchaînement des opérations de rapt, d'extermination par l'épée et de diffusion de photographies de ces décapitations barbares. Les réactions à la capture de ces deux journalistes ont révélé la portée d'une logique de deux poids deux mesuresl. La capture du journaliste italien
1 Il est fait allusion aux violentes réactions que l'enlèvement des deux journalistes ffançais a suscitées, parmi les journalistes, intellectuels, religieux et hommes politiques du monde arabe. L'auteur y trouve la cause réelle dans la sympathie dont ces derniers auraient témoigné à l'égard de la diplomatie française hostile à l'invasion américaine de l'Irak.

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Enzo Baldoni n'a suscité aucune réaction de la part de ces mêmes instances et personnalités politiques qui ont condamné la capture des deux journalistes français. Le journaliste italien a été décapité sans qu'aucune de ces personnes, qui s'étaient manifestées par leurs signes de magnanimité, ne s'y oppose. C'est à l'occasion de la captivité des journalistes français que ces dernières se sont rappelées que l'Islam proscrivait le meurtre des civils, sachant qu'il s'agissait de journalistes ayant risqué leur vie en vue d'informer les personnes du monde entier de ce qui se passait en Irak. Il a semblé que ces journalistes français étaient d'une autre espèce, tout simplement parce que leur gouvernement avait pris position contre la guerre américaine en Irak, et ce, en dépit du fait que le journaliste italien avait pris les mêmes positions envers cette guerre et avait dévoilé, lors de son activité, les pratiques inhumaines des forces américaines. La duplicité dans les critères a révélé une ignorance totale, tant des prises de position de ce journaliste, que des préceptes de l'Islam auquel injustice est faite, et de la gravité de pratiques qui n'existent de nos jours qu'en Colombie, où les cartels de la drogue et des trafics en tout genre pratiquent le chantage pervers. La capture des deux Français s'est faite en même temps que l'exécution de douze ouvriers népalais, issus d'un peuple considéré comme le plus pauvre d'entre les pauvres, sans qu'aucun des Arabes, qui se sont acharnés à rechercher les premiers et à les libérer, ne s'en soit soucié. Il s'agit d'une discrimination de type raciste entre les humains et que proscrit l'Islam. Nous pouvons en dire de même d'un événement qui s'est déroulé en même temps que la capture des journalistes français et sans qu'il n'ait attiré l'attention des Arabes: il s'agit de la prise en otage de centaines de personnes, en Ossétie, dans une école élémentaire, et qui se solda par un odieux massacre lors de l'assaut des forces spéciales russes. Cet événement révèle l'ampleur des dégâts causés, par cette violence, à l'Islam et aux Musulmans, dont certains admettent des pratiques que leur noble religion condamne et proscrit. TIfut précédé ou accompagné de deux autres fonnes de violence criminelle au cours de 8

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la période d'août/septembre 2004, ce qui réussit à créer un climat de terreur qui permit l'introduction, dans le lexique de la langue russe, d'un néologisme, celui de «Shakhidke », équivalent de «terroriste ». Le quotidien londonien Al-Sharq AI-Awsat, constate, dans son numéro daté du 8 septembre 2004, qu'il s'agit, à ce moment, du terme le plus utilisé dans la presse russe ainsi que dans les conversations quotidiennes de cette période. TIs'agit d'un terme utilisé, pour la première fois en 2003, à la suite de l'attentat du théâtre de Moscou, mais qui s'est largement répandu en 2004, portant atteinte aux valeurs de l'Islam. De telles opérations ont été favorablement accueillies, sur une autre scène, par l'opinion publique arabe, lorsque leurs victimes étaient américaines. Bien que la résistance violente du peuple palestinien revête la même légitimité que celle des mouvements de libération nationale contre le colonialisme, la banalisation d'une glorification, dans l'opinion arabe, de toute forme de violence contre l'ennemi, et cette tendance à considérer que cela représente le seul moyen de résistance, a contribué à créer un climat favorisant les actes fautifs commis par les factions années, ce qui a coûté et coûtera cher à la cause palestinienne, comme nous l'expliciterons dans le présent ouvrage. Il existe un trouble et une confusion de grande ampleur au sujet de la prise de position arabe vis-à-vis de la violence. La duplicité axiologique n'en est qu'un symptôme parmi d'autres. Cette duplicité atteint son paroxysme lorsque l'on considère une opération armée, tantôt comme une opération de martyr, et tantôt comme une opération terroriste, en fonction de l'humeur et non pas de critères précis et objectifs. Cette lacune structurelle de l'attitude dominante dans le monde arabe, vis-à-vis de la violence, résulte de la banalisation de cette dernière, surtout lorsque la victime fait partie d'une nation ennemie. Elle résulte aussi d'une manière confuse et arbitraire de définir l'ennemi, ainsi que de l'usage à mauvais escient de nombreuses notions liées à cette culture, telles que celles de <<Jihad»et de <<martyr», ce qui rend inéluctable la clarification de tels concepts. Il s'agit d'une culture de la violence, de la mort, du ressentiment, de la vengeance aveugle, de la haine de 1'homme et de la répression des droits de l'individu et de la société. Cette culture, qui incite au 9

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terrorisme, a connu une extension pour atteindre son paroxysme vers les débuts du vingt-et-unième siècle, pour des raisons multiples, dont essentiellement l'accumulation des échecs, dans tous les domaines, par les États arabes, et sur toutes les questions nationales et internationales. Certains diraient que ces États, ou certains d'entre eux, ont réalisé des succès dans certains domaines. Cela est vrai. Mais l'essentiel est qu'aucun d'entre eux n'a connu de succès entier dans un seul des domaines considérés. L'échec n'est ni total, ni absolu, mais il est constaté à des degrés divers. Si nous avions connu un succès total dans un seul domaine, notre sentiment d'échec n'aurait pas donné naissance à cette attitude négative, au sein des sociétés arabes, dont les caractéristiques sont le désespoir, le sentiment d'impuissance, la peur et la perte de confiance en soi. Avec la diffusion de l'explication conspirationniste de cette situation d'échec, nous en arrivons à imputer notre situation à des forces étrangères sataniques, agissant en vue de nous affaiblir et complotant à nos dépens, en vue de détruire notre identité. Ainsi, tout acte commis à l'encontre de ces forces est accueilli avec bienveillance, quelle qu'en soit la barbarie, quelles qu'en soient les conséquences réelles, et sans que l'on ne se soucie de savoir si cela peut nous nuire au lieu de nous servir. C'est à cause de l'accumulation des échecs et dans notre recherche d'un responsable de ces échecs que le ressentiment aveugle a produit un discours violent qui ne connaît que les cris, les vociférations et l'incitation, voire ce que l'écrivain libanais Samir 'Atallah désigne comme étant cette barbarie qui se fait passer pour une forme de lutte nationale. Cette culture n'est pas seulement étrangère à l'Islam, elle est également contraire aux valeurs arabes traditionnelles, comme la sagacité, le sens de l'honneur et l'aide au nécessiteux, dont nous étions fiers, par le passé2. Quel sens de l'honneur retrouve-t-on chez celui-

2 D'après un sondage effectué par Farès Braizat, pour le Centre d'Etudes Stratégiques de l'Université d'Amman, et datant de 2005, 88% des Libanais, 87% des Syriens, 77% des Égyptiens et 76% des Jordaniens manifestent leur hostilité à toute action violente prenant pour cible les populations civiles, dans le monde arabe, ou à l'étranger. Seule tâche sombre, l'opinion des sondés palestiniens n'est qu'à 640/0hostile à de telles attaques. Cela révèle l'importance du contexte politique propre à chaque société arabe. 10

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là même qui se fait exploser en vue de tuer des personnes qu'il ne connaît point et dont il ne sait même pas quelles fautes ces dernières ont commises. Quel sens de 1'honneur retrouve-t-on chez celui qui kidnappe des civils sans défense et les égorge devant des caméras, pour empaqueter leurs têtes coupées? L'accumulation des échecs et des défaites à tous les niveaux a mené à une situation maladive qui s'est aggravée, a atteint l'esprit même de la nation, à telle enseigne qu'un nombre grandissant de ses membres recherchent des justifications aux pratiques les plus terrifiantes et les plus barbares, n'éprouvant aucune horreur vis-à-vis de l'exécution, par l'Année Ansar Al-Sunna, de 12 népalais, parmi des nécessiteux dénués de tout. Cette situation pathologique, qui va en s'aggravant, s'appuie sur des facteurs historiques plus anciens. On retrouve l'immobilisme millénaire depuis le onzième siècle (le cinquième siècle de l'Hégire), voire, depuis que le Calife Abbaside AI-Qâdir Billâh, monta au créneau pour annoncer qu'il était désormais licite de persécuter les Mu'tazilites3. Il s'agit d'un point crucial dans l'histoire arabe, qui fut à l'origine d'un immobilisme historique sans précédent, et qui explique le fait que le monde arabe soit prédisposé à admettre l'attitude nihiliste contraire à toute noble idéologie, et non seulement à l'Islam. Cette attitude consiste à ne rien admettre autre que la victoire totale ou la mort violente, et, tant que nous sommes condamnés à mort, alors tuons tous ceux que nos bras peuvent atteindre avant de mourir. Quant à la recherche d'une victoire à travers la reconnaissance de nos points faibles et le développement de nos points forts, elle n'est pas présente dans la culture de la violence et de la mort qui tend à s'étendre dans le monde arabe, en dépit du fait qu'il s'agisse là de
3 Les Mu 'tazilites représentent un courant mystico-philosophique, qui trouve ses origines vers le milieu du 8ème siècle, avec le développement des thèses de Wasil Ibn' Ata, et se développe, au cours de l'ère Abbasside. Parmi les principales figures de ce courant, l'on cite' Abduljabbâr AI-Mu'tazili. L'une des caractéristiques de ce courant consiste en son souci de faire la synthèse de la foi religieuse et de la philosophie rationaliste, et de s'opposer à la conception populaire fataliste. Ce mouvement connut des persécutions, décidées par certains Califes Abbassides, dont la plus marquante fut celle menée par le Calife AI-Qâdir Billâh, qui adopta le point de vue opposé des Ash' arites. Il

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l'attitude de l'homme raisonnable et de la nation conduite sur la juste voie. Il s'agit d'une culture qui ne laisse pas de place à la raison. Celui qui se fait exploser ne sait pas que sa raison peut être une arme plus efficace, plus puissante et plus légitime que son corps qu'il transforme en bombe. Celui-là ne comprend le sens de la force qu'à travers la violence, le meurtre qui décime. TIne comprend pas que cela se retourne contre la cause de sa nation, et ne sait pas que le véritable Islam incite à la miséricorde et au pardon, car il n'a rien à voir avec cette noble religion. Il ne comprend pas que le développement de son intelligence en vue de réaliser un exploit scientifique ou de parvenir à une nouvelle invention renforce sa nation, alors que l'entraînement de son corps, afin que ce dernier se transforme en bombe, ne fait que l'affaiblir. Il ne pense qu'à la vengeance immédiate, passagère. Qu'elle est misérable cette nation dont un nombre croissant de ses individus ne trouve comme moyen de réaliser la fierté nationale qu'à travers la violence aveugle et la décapitation faite devant les caméras, dans le contexte d'une banalisation de la culture de la violence, de la mort, du mépris de la vie, de la recherche d'une référence religieuse factice ou d'une légitimation intellectuelle. Il s'agit d'une culture devenue courante auprès de certains orateurs, dans certaines salles d'enseignement, ainsi que sur de nombreuses chaînes de télévisions... Il s'agit d'une culture sans rapport avec la civilisation islamique à son apogée... Il s'agit d'une culture qui crée un état de violence infinie et des appels ouverts au meurtre. C'est ainsi qu'une nation est très facilement entraînée vers la violence aveugle, laquelle englobe des pratiques extrêmement barbares. Il est vrai qu'il n'existe pas de sondage d'opinion méthodologiquement crédible, élucidant les prises de positions adoptées en général, par les Arabes, au début du troisième millénaire, face à ces

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pratiques4. Il reste que certains indicateurs permettent de révéler que ces pratiques sont acceptées dans certains secteurs connus de l'opinion publique arabe. Cela n'est pas le résultat de la seule déprime, du seul désespoir, et ne résulte pas du seul sentiment d'injustice qui génère le désir de venger les victimes arabes et musulmanes. Aucun sentiment de désespoir ou de vengeance ne peut permettre de justifier l'acceptation de ce degré de barbarie, si ce n'est un contexte de sous-développement culturel, intellectuel, politique et social. C'est le sous-développement qui empêche cette même personne d'avoir honte de tout ce qui pourrait la lier à des « coupeurs de têtes» que rien ne dissuade d'égorger une personne tombée par hasard entre leurs mains, et de diffuser en intégralité cette exécution sur Internet. C'est le sous-développement qui ne l'empêche pas d'avoir honte de voir la décapitation devenir le langage du dialogue, comme cela eut lieu lorsque le groupe armé Al- Tawhîd wa AI-Jihâd, dirigé par AI-Zarqâwi, menaça, le 29 juillet 2004, de décapiter un otage somalien, si la société qui l'employait ne se retirait pas d'Irak. Le candidat aux élections présidentielles somaliennes menaça, le lendemain, d'inciter ses partisans à rechercher les Irakiens présents en Somalie, pour les décapiter! Ces pratiques n'ont pas suscité d'inquiétude, y compris lorsque l'un des meurtriers introduisit la tête d'une victime dans le congélateur, à côté du lait destiné aux enfants. Cet acte ne suscita pas une sérieuse remise en cause, dès lors qu'il fut commis par le dirigeant d'un groupe armé recherché et poursuivi en Arabie Saoudite, et qui prétendait œuvrer en vue de faire face à l'hégémonie américaine et en vue de libérer les pays musulmans de l'occupation des incroyants!
4 En effet, les sondages méthodiques sont ultérieurs à la publication du présent ouvrage. Ceux établis par l'Université d'Amman, ou encore par le Pew Research Center, datent respectivement de 2005 et 2006. Ils sont élaborés selon les méthodes académiques en vigueur et avec les mêmes degrés d'incertitudes. Ils montrent que plus des trois quarts des sondés arabes sont foncièrement hostiles aux attentats qui prennent pour cibles des populations civiles, et que, dans cette même proportion, les attentats du Il septembre sont considérés comme des actes terroristes injustifiables. 13

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De même, on n'a pas réagi lorsqu'un dignitaire irakien appela à la capture des soldates britanniques, en vue d'en faire des captives de guerre. Le pire est que cette déclaration fut faite dans l'une des mosquées de Bassora lors d'un prêche, dont beaucoup sont devenues, dans le monde arabe, le prétexte à l'ignorance, à l'extrémisme et à la sauvagerie, et qui sont contraires aux objectifs de l'Islam. Qu'il est immense ce fossé qui sépare beaucoup d'Arabes d'aujourd'hui de ceux des siècles passés, excepté ceux où ont prédominé les pratiques barbares. Mais, la différence entre l'attitude actuelle et les pratiques de ces dernières périodes est que, dans le second cas, il s'agissait d'une pratique imposée par les plus puissants lors de la conquête des pays plus faibles, et que dans, le premier, il s'agit de pratiques d'Arabes, qui sont aujourd'hui les plus faibles. L'essentiel est que ces dernières pratiques affaiblissent davantage la nation et démolissent tout ce qui est bon dans sa culture, dans ses valeurs, lorsqu'on les accepte du fait qu'il s'agit d'une réaction aux politiques colonialistes d'hégémonie. Le problème ne réside donc pas dans ces pratiques en ellesmêmes car ces dernières sont l'œuvre d'une minorité insignifiante. Il réside plutôt dans la sympathie que ces pratiques rencontrent et dans la tendance à les justifier, voire dans la croyance, chez certains, qu'il ne s'agit que d'une réaction à des politiques visant à nous humilier et à nous ôter notre dignité. Les éléments constitutifs de ce problème se sont accumulés avec la répétition de l'échec arabe, ce qui mena à un véritable retard dans la manière que beaucoup d'entre nous ont de penser le monde et de se penser. Nous pouvons définir deux formes de lacunes essentielles à ce sujet. La première consiste à croire que la puissance réside dans la force des armes, même s'il s'agit d'armes médiévales, et d'ignorer que la puissance des États et des sociétés réside dans le progrès scientifique et technologique, ainsi que dans les réalisations économiques. Lorsqu'une telle conception prédomine, au moment où nous sommes au plus bas de nos forces, elle devient nihiliste. 14

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Nous ne regardons pas autour de nous en vue de tirer les leçons de nos observations. La situation des Arabes aux débuts du vingt-etunième siècle est bien plus désastreuse que celle de la Chine de Mao Tsé-Toung, au troisième quart du vingtième siècle, avant même que ce pays ne change radicalement d'orientation et de trajectoire, vers la fin des années soixante-dix du même siècle. Il ne s'agit pas de la seule situation dont nous devons tirer des leçons, mais il s'agit de la plus significative. À cette époque, la Chine définissait sa puissance en fonction de son armement. Mao Tsé-Toung a apporté la théorie du complot, de la révolution permanente, des centres de détention et des potences. De la même manière, la tendance dominante au sein de l'opinion arabe du début du vingtième siècle n'a apporté que les cris de colère, la vengeance, le meurtre, les engins piégés et la décapitation. La différence notable est que la Chine a réussi à mettre en place un arsenal militaire puissant, comparé à ce qu'ont fait les Arabes. Malgré cela, cet arsenal fut menacé, un moment, de frôler la catastrophe et l'effondrement total, n'eusse été la sagesse des dirigeants qui succédèrent à Mao Tsé-Toung, notamment celle de Deng Xiaoping. Cette nouvelle équipe dirigeante a réussi à transformer la Chine d'un État sous-développé possédant un arsenal militaire et exposé à l'auto-destruction, si la pauvreté et la corruption avaient mené à une guerre civile, en une puissance capable d'envahir le monde entier, quotidiennement, par ses produits, grâce à l'épopée d'une réussite économique impressionnante. Lorsque les réalisations économiques atteignirent un seuil permettant de rassurer les Chinois au sujet de l'avenir de leur pays, ces derniers s'intéressèrent au deuxième pilier qu'était le développement scientifique et technologique. Ils sont fiers de la gloire que leur nation obtient, non à travers l'épée, la voiture piégée ou l'engin explosif, mais à travers l'économie et la science. Cette gloire s'est construite à travers la quantité et la qualité de leurs produits, et non pas grâce à l'arme nucléaire qu'ils possèdent, toutefois. Où en sommes-nous de cette nation grandiose où le commun des mortels prend pour guides les sages et non pas les ennemis de la raison? Comment avons-nous négligé la recherche et le dévelop15

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pement scientifiques, de sorte que nous soyons devenus incapables de nous rattacher au dernier wagon du train de la révolution scientifique actuelle? Croire à l'idée erronée que la puissance réside dans les armes n'est que le produit des lacunes de nos systèmes et de nos modes de vie, au premier rang desquels figure le peu d'égard pour la science et la recherche scientifique, à telle enseigne que nos pays, qui étaient prédisposés à prendre les devants des initiatives en la matière, se sont retrouvés à l'arrière-garde. Il est inutile de rappeler quelles en sont les conséquences. Personne ne s'est intéressé à l'appel fait par le président de la commission de l'enseignement et de la recherche scientifique au Parlement Égyptien, au cours de la session de travail portant sur la réforme de l'enseignement, organisée par la Bibliothèque d'Alexandrie, le premier août 2004. Ce dernier, évoquant l'état de la recherche scientifique en Égypte, affirma que, dans un pays comprenant plus de dix universités et des dizaines d'instituts et de centres de recherche, le nombre des publications scientifiques faites en 2003 n'aurait pas dépassé les cinq mille, et que la plupart d'entre elles n'étaient pas utilisées à l'échelle mondiale. La Chine, qui possède l'arme nucléaire, ne s'y est pas appuyée pour construire sa gloire et consolider sa position à l'échelle mondiale. Elle a davantage compté sur les cerveaux et les bras de ses producteurs. La seconde lacune, responsable de notre déchéance actuelle et de notre sous-développement, est notre vision étroite de ce que sont l'indépendance et la souveraineté nationales. Nous avons longtemps considéré qu'il s'agissait d'une fin ultime au-delà de laquelle il n'y avait rien, que notre objectif ultime n'était autre que l'absence d'influence étrangère dans nos pays. Nous n'avons pas compris que l'essentiel de l'indépendance d'un pays était son édification et la réalisation du meilleur cadre de vie pour ses habitants. C'est pourquoi, la plupart de nos pays ont subi un préjudice certain, à l'ère de l'indépendance, lorsque, dans certains d'entre eux, ceux qui se sont emparés du pouvoir politique ressemblaient davantage à des membres d'une bande organisée qu'à des dirigeants responsables d'un État, d'une société et d'un peuple. 16

INTRODUCTION

Nous avons cru que l'amour de la patrie passait par les hymnes et les chants patriotiques, d'une part, et par les discours publics vides de contenu, d'autre part. Nous n'avons pas compris que seule une bonne gestion du pays permettait de préserver son indépendance, et qu'une mauvaise gouvemance pouvait entraîner la détérioration de sa situation, ouvrant la porte à l'ingérence étrangère dans nos affaires. Le lexique, qui nous est disponible, ne suffit plus à rendre compte de l'ignorance, de la pauvreté, de l'état pathologique et du sous-développement, que nous connaissons, alors même que nous sommes seuls au monde, au plus profond du fossé et alors même qu'un nombre croissant de pays de l'Afrique Subsaharienne sont sur la voie du progrès. Il s'agit du triste sort d'une nation qui mérite beaucoup mieux, de par la civilisation qu'elle a connue dans le passé, de par ses potentialités inhibées ou non, au présent... Il s'agit d'un sort qui doit nous faire pleurer avant de faire rire le monde entier, tant nous sommes en retard. Avec la propagation de la culture de la violence et de la mort, une piteuse image de la nation arabe est perçue par de nombreuses personnes, dans le monde, mais seule une minorité d'Arabes en est consciente. Malgré cela, et en dépit de l'ampleur du sous-développement, dont les Arabes n'ont jamais connu d'égal à aucun autre siècle passé, il demeure possible de trouver une issue. L'attitude arabe vis-à-vis de la violence demeure le phénomène le plus significatif de ce sousdéveloppement; nous tenterons de le définir et d'en diagnostiquer la pathologie, avant d'en proposer le remède. Socrate avait lui-même commencé ses dialogues par la définition de l'idée. Il s'agit du point de départ d'une pensée méthodique dont on a peu d'exemples, de nos jours, dans nos pays. Il est, toutefois, possible et nécessaire de restituer cette manière de penser dans de nombreux domaines de notre vie, en ce début du vingt-et-unième siècle, y compris, pour remettre en cause l'attitude arabe vis-à-vis de la violence. S'il est admis que cette remise en cause est nécessaire, en vue de dépasser la situation actuelle que nous connaissons, alors il est tout aussi 17

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nécessaire d'en préparer les conditions fondamentales, car cela mènera à une attitude plus rationnelle, humaniste et adéquate au véritable Islam, ainsi qu'à l'intérêt arabe. Les États arabes peuvent encore reformuler leurs politiques d'ensemble, afin d'insister sur un domaine déterminé où ils pourront réussir, en vue de transformer l'humeur mélancolique et le sentiment d'échecs accumulés. Les intellectuels "islamistes" éclairés peuvent réellement œuvrer à sortir l'Islam de cette situation absurde, en distinguant ce qui relève de la religion de ce qui relève de la tradition, en réhabilitant la raison qui a faibli dans le monde arabe, ainsi qu'en restituant l'interprétation que fait le philosophe Muhammad Iqbal du sceau de la prophétie, en reconnaissant que la raison humaine, de par sa maturité, est aujourd'hui capable d'agir sans être guidée par la seule révélations. Il s'agit de l'essence du message de l'Islam que ses ennemis, parmi les partisans de la culture de la violence et de la mort, essaient d'étouffer. Einstein a bien affirmé qu'il ne suffisait pas de découvrir la vérité une seule fois, mais qu'il fallait l'élucider et la déployer sur un temps long. Elle ressemble à une statue de marbre en plein désert, menacée d'y être enfouie à tout moment, du fait des tempêtes de sable, raison pour laquelle elle a besoin d'être dépoussiérée par des mains infatigables. Où sont ces mains aujourd'hui? Où est leur contribution à dépoussiérer notre nation de cette tendance à la violence chaotique qui pénètre notre culture, influence nos attitudes et nous cause les plus grands préjudices? Wahid 'Abdel Méguid Le Caire, le 8 Septembre 2004

5 La catégorie d' «islamiste» réfère à un très large éventail de courants divers et hétérogènes. On a tendance à y placer les courants politiques modérés, favorables au jeu démocratique et peu désireux de mener une politique d'affrontement, aussi bien que des forces extrémistes qui n'ont rien de commun avec les premières. En fait, l'on a pour seule définition, le principe selon lequel les « islamistes» font du religieux leur principale référence symbolique dans l'action politique. 18

Chapitre I

L'attitude arabe face à la violence envers l'autre: la crise d'une pensée et la pensée de la crise
Jamais la rue arabe n'a autant admis la violence envers l'autre de la même manière qu'elle le fait en ces débuts du vingt-et-unième siècle. Il s'agit d'un fait constaté lors de l'exacerbation des grandes crises, notamment en Palestine et en Irak, suite à la guerre et à l'occupation de ces deux pays. L'ouvrage du libéral koweïtien Ahmad Rabi'i aborde ce phénomène en commentant ainsi la bataille de Falouja d'avriI2004, en Irak6 : « La raison Arabe aime toute forme de violence quels que soient ses objectifs et ses victimes. Elle s'exprime d'une manière nihiliste, dans le cas de Falouja. Si la cible n'est autre que les forces américaines, il n'en demeure pas moins que cette raison révèle beaucoup d'une histoire de la déception et est animée par la violence sans répit et sans repère ». AI-Rabi'i constate que ceux qui ont défendu les hommes armés de Falouja n'ont aucun horizon politique ou stratégique, car aucun de ces groupes qui ont recours à la violence n'a de programme qui nous permette de nous positionner par rapport à eux. Il s'interroge sur ce qui unit des combattants extrémistes sunnites et chiites, les restes du régime de Saddam Hussein et des brigands et terroristes arabes, tous ensemble réunis pour exercer la violence.

6 Il s'agit d'une référence à la bataille de Falouja d'avril 2004, à l'issue de laquelle les forces armées américaines sont parvenues à occuper cette ville d'environ 300 000 habitants. La victoire militaire américaine a été acquise au prix d'une destruction systématique de la ville. Le bilan chiffré réel n'est pas disponible. Le général Tommy Franks avait bien déclaré ne pas se soucier de compter les cadavres. Toutefois, quelques données ont été relatées. 1- La moitié des habitants de la ville ne l'avaient pas quittée. 2- les personnes de 15 à 45 ans n'y avaient pas droit. 3- la totalité de la ville a été dévastée par les bombardements massifs. 4- les forces américaines ont fait usage d'armes non-conventionnelles de destruction massive (dont les gaz toxiques et les bombes à uranium appauvri). 5- les hôpitaux et les journalistes (notamment arabes) ont été délibérément pris pour cibles 6- vu le nombre impressionnant de cadavres calcinés, nombre d'entre eux ont été jetés dans le fleuve ou dissous dans l'acide.

L'ATTITUDE

ARABE FACE À LA VIOLENCE

La disposition Arabe à admettre et à soutenir la violence n'est pas une règle générale, mais elle n'est pas une exception. Nous faisons face à un phénomène qui a pris de l'ampleur, bien qu'il ne soit pas massif et envahissant. Il s'agit d'un phénomène manifeste et visible aux yeux de tous, sujet à débat sous ses différentes facettes, et dont la plus connue est la haine des États-Unis, ce qui a déterminé les Américains à se demander «Pourquoi nous détestent-ils? ». Ceux qui, aux États-Unis, ont posé la question, ou ont tenté d'y répondre, n'ont pu aboutir à une réponse objective. Ils se sont contentés de s'auto-disculper et de voire tous les défauts du côtés des Arabes qui les haïssent. Telle est l'attitude envers l'autre, telle qu'élaborée de l'autre côté. Peu d'Américains ont reconnu que la politique étrangère de leur pays était la cause de ce ressentiment (arabe) et qu'elle alimentait l'attitude de soutien à la violence exercée contre ce pays. Cela ne signifie pas, toutefois, que l'attitude arabe favorable à la violence contre l'autre, américain, n'est qu'une réaction «innocente» à une politique agressive. Cette attitude connaît d'importants déséquilibres structurels qui révèlent la crise profonde de la pensée, de la manière de comprendre les événements, de les percevoir, d'y réagir. Ce déséquilibre a pour point de départ une distinction criante entre l'autre étranger et l'autre Arabe et Musulman. Autant il est possible de taire l'agression du dernier, quelle qu'en soit l'ampleur, la moindre agression du premier doit rencontrer une réplique violente, y compris lorsqu'elle nuit aux seuls Arabes. Quand un dirigeant criminel, comme Saddam Hussein, persécute des millions d'Arabes et de Musulmans en Irak, au Koweït, en Iran, il est possible, dans cette optique, de ne pas en tenir compte et de le soutenir, vu qu'il est le leader de la nation, du fait de son discours anti-américain trompeur7.
7 Pour être plus précis, le discours le plus courant des forces dites « religieuses» des années quatre vingt considérait le régime de Saddam Hussein comme un instrument aux mains des grandes puissances et reprochait à ces dernières leur soutien à un dictateur sanguinaire, capable de geler l'évolution historique de la région. Le soutien au régime de Saddam Hussein était loin de faire l'unanimité des intellectuels nationalistes arabes, à la veille de l'invasion américaine. Ces derniers devaient composer avec l'opposition religieuse chiite, qui considérait toujours ce régime comme un avatar sanglant de la modernité occidentale. 20

LA CRISE D'UNE

PENSÉE ET LA PENSÉE

DE LA CRISE

Des milliers d'intellectuels et de politiciens arabes ont soute11-u Saddam Hussein et se sont faits complices de ses crimes, étant donné qu'il faisait face aux ennemis de la nation. Son discours tumultueux était ce qui les attirait, même si l'on peut admettre que ses aides financières et les titres pétroliers qu'il possédait pouvaient en motiver certains. Lorsque les Américains occupèrent l'Irak, certaines personnalités, qui étaient silencieuses face à l'oppression de Saddam, devinrent subitement militantes. Nous pensons au phénomène de ce jeune religieux Muqtada Al-Sadr et qui mérite une attention particulière. Ce dernier n'avait pas résisté au régime de Saddam, et ne s'était pas exprimé lorsque ce dernier assassina son père et son cousin Muhammad Baqîr Al-Sadr. Mais il décida, dès les débuts de l'occupation américaine, de résister à ces derniers, d'abord par la voie pacifique, ensuite par la violence. Les cheikhs des tribus, épouvantés par le meurtre de dizaines d'Irakiens aux mains des Américains, n'avaient pas bougé le petit doigt lorsque Saddam Hussein en persécutait des centaines de milliers, et en déplaçait des millions8. Peu d'intellectuels et d'écrivains arabes ont constaté ce déséquilibre flagrant. Mais, ceux d'entre eux, qui s'en aperçoivent, ont tout de même une vision percutante. Nous citons l'auteur jordanien Salama Na'amat qui en a conclu que les massacres commis, dès l'ère de l'indépendance arabe, dans le «Croissant Fertile», par les régimes en place, n'étaient pas des massacres, car leurs auteurs faisaient partie de la société elle-même9. C'est pourquoi, à ses yeux, il était possible de s'allier à ceux qui ont commis de plus grands massacres, en vue de défaire ce qui en ont commis de moins grands.
8 En effet, avec l'assaut, dès 2004, des villes sunnites de la région d'Al Anbar (Falouja, AIQaim, Baqouba etc.), le nombre des victimes de l'armée américaine a dépassé celui de la répression sanglante de Saddam Hussein à l'encontre des chiites du Sud et des Kurdes du Nord. De plus, les derniers chiffres donnent plus de 300 mille déplacés, du fait des tueries intercommunautaires. 9 Le croissant fertile est la région comprenant la Syrie géographique (Bilâd Al-Shâm) et l'Irak. La dénomination provient du fait qu'il s'agit d'un croissant s'étendant des rives des deux fleuves irakiens (Tigre et Euphrate) au Sud de la côte est-méditerranéenne (c'est-àdire, de la Palestine). Il s'agit d'une référence utilisée par les historiens et par certains idéologues.

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L'ATTITUDE

ARABE FACE À LA VIOLENCE

Le principe est le même: je suis avec mon frère contre mon cousin et avec mon cousin contre l'étranger, quelles que soient les atrocités commises par mon frère ou mon cousin, comparées à celles de l'étranger. Ce déséquilibre, qui est l'objet principal de notre ouvrage, est alimenté par l'agressivité de la politique américaine, ainsi que par l'extrémisme des «néoconservateurs» qui sont au centre de cette politique, ce qui est de nature à créer un cercle vicieux dont rend compte le même auteurlO. Ce dernier évoque: «l'échange des accusations et des injures des deux côtés ». «D'un côté, dit-il, un Imam implore Dieu d'infliger la souffrance aux mécréants, d'un autre, un général occidental considère l'Islam comme une doctrine maléfique, ce qui, à son tour, suscite des articles offensifs à l'égard des Américains, incitant à se révolter contre ces derniers.» Il existe une tendance Arabe à se radicaliser contre l'autre étranger, et en particulier contre l'Américain, et que l'on ne peut occulter. Lorsque cette tendance est le pendant d'une radicalisation de l'autre côté, alors on tombe dans un cercle vicieux, particulièrement périlleux. C'est ainsi qu'on échoue dans le simplisme. Nous ne sommes arrivés à ce stade qu'en raison des déboires de la pensée politique arabe, dans ses courants libéral et gauchisantll, et en raison de la crise profonde de cette pensée qui a ouvert la voie à une pensée en déroute, justifiant la violence contre l'autre et y incitant d'une manière générale.

10 Yaron Brook, directeur exécutif de l'Ayn Rand Institute, soutenu par l'épouse de Dick Cheney, affirme que «les Etats totalitaires islamiques posent une grave menace à la sécurité des Etats-Unis», et que la seule façon de les vaincre est «de tuer jusqu'à des centaines de milliers de leurs partisans». Il est également possible de citer T. Tancredo, sénateur du Colorado, qui a proposé, en juillet 2005, de riposter à toute nouvelle attaque terroriste en territoire américain, par le bombardement nucléaire de la Mecque. Il Le terme arabe Yasâri, signifie littéralement, de gauche, et sert, dans le paysage politique arabe, à désigner les partis issus du mouvement communiste, ou ceux en relation avec l'idéologie marxiste. 22

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