L'avenir de l'Europe

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L’Europe (et par conséquent la France) se trouve à la croisée des chemins, après le départ du Royaume Uni qui est le reflet d’un malaise général. L’Europe, compte tenu des difficultés qu’elle rencontre (économiques, financières, sociales) dues à la mondialisation et aux effets de la crise financière qui s’est produite en 2008 et dont les conséquences ne sont pas encore totalement résorbées, sera-t-elle condamnée à un irrémédiable déclin, ou, au contraire trouvera-t-elle en elle-même les ressources nécessaires pour rebondir ? Les conditions nécessaires à la création d’une véritable Fédération ne nous semblent pas actuellement réunies : la libre circulation des personnes se heurte à l’afflux des migrants ; les Etats-Membres ne veulent pas mutualiser leurs fonctions régaliennes : sécurité, défense et surtout budget (recettes- dépense) tant que la situation financière de tous ne sera pas assainie.  Peut-être apparaîtra-t-il plus sage  pour l’instant, de renforcer l’unification commerciale interne et de créer une vaste zone Economique et financière Transatlantlique afin de relancer la croissance économique de tous. De plus, cela permettrait de peser sur les décisions à prendre au niveau mondial dans une économie qui s’est planétarisée et où beaucoup de problèmes sont devenus « systémiques ».
Publié le : mercredi 29 juin 2016
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EAN13 : 9791026206019
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JACQUES BLANCHET
L'avenir de l'Europe
Relance ou déclin ?
© JACQUES BLANCHET, 2016
ISBN numérique : 979-10-262-0601-9
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Introduction
Qu’est-ce que l’Europe ?
«Le Héros qui symbolise le mieux notre vieux Continent, c’est, me semble-t-il Prométhée : quand il dérobait le feu à Jupiter pour le donner aux hommes, peut-être offensait-il les dieux, mais il suscitait cette force secrète de notre civilisation occidentale, la révolte contre la fatalité et contre la soumission paresseuse, le jaillissement de l’invention technique, l’indiscipline créatrice »
André Siegfried. 1935
Selon Tzvetan Todorov dans « La peur des Barbares » (Robert Laffont. 2008), le continent européen porte le nom d’une jeune fille, Europe, qui aurait été enlevée par Zeus poussé par ses pulsions sexuelles et transformé en taureau. Ensuite la jeune fille aurait été abandonnée sur l’île de Crète, où elle aurait donné naissance à trois fils. Mais Hérodote raconte une autre histoire, certainement plus réaliste et qui ne met pas en cause les divinités de l’Olympe. D’après lui, Europe, fille du roi Agénor de Phénicie (terre correspondant de nos jours au Liban) aurait été victime d’une coutume alors fréquente : l’enlèvement des femmes. Des hommes bien ordinaires, des Grecs de Crête (et non des dieux à l’existence bien incertaine) se seraient emparés de la jeune fille qu’ils auraient installée sur l’île de Crête où elle vécut désormais. C’est là qu’elle donna naissance à une dynastie considérée comme royale.
Ainsi c’est donc une jeune fille du Proche-Orient venue par la force des choses (ou des hommes ) s’installer sur une île de la Méditerranée qui donnera son nom à tout un continent qui s’étendait bien loin au nord de son lieu de résidence. La légende est en elle-même tout un symbole. C’est une asiatique, une déracinée, d’origine étrangère, une immigrée involontaire qui dévoilera, depuis les temps les plus reculés, l’esprit, le sort, l’histoire, le devenir d’un sous-continent qu’elle ne connaissait pas, car trop loin de son île, trop excentré et qu’on appellera plus tard de ce nom incertain : l’Europe. Les Crétois en ont fait leur reine ; les européens, leur symbole. Cette légende (vraie ou fausse) devrait nous inspirer, nous les hommes du XXIème siècle à l’heure où l’Europe et le Proche–Orient ont renoué des liens qu’ils n’avaient pas voulus forcément mais qui leur ont été imposés par les vicissitudes de l’histoire. Cette légende symbolise la nature étrangère des origines de l’Europe et son ouverture aux autres, son hospitalité qui est devenue sa marque et les racines de son universalisme.
L’espace européen est mal déterminé, tantôt conquérant, tantôt rétracté ; ses frontières avancent ou reculent en fonction des évènements ; sa délimitation avec les vastes plaines du grand Est n’ont jamais été bien précises, ni définies. La Russie aurait pu jouer un rôle de transition entre l’Est et l’Ouest (si dissemblable, comme nous le montrerons plus loin). Mais elle n’a pas réussi à créer cette synthèse qui, au fond, était peut-être tout simplement impossible. L’Europe, de fait, est non pas un espace géographique, mais un espace abstrait, une idée qui s’est fixée en un lieu spécifique, où l’esprit a joué un plus grand rôle que les conquêtes. Espace porteur de civilisation, d’esprit de liberté et d’initiative, de recherche permanente, jamais satisfait, et toujours remis en cause, lieu d’interrogation permanente sur ce qu’est le monde, mais aussi espace d’une fécondité extraordinaire, lieu d’une création matérielle ininterrompue
pendant plusieurs siècles de gloire, d’ombre et de lumière et transmise au monde entier, y compris en Chine que pourtant l’esprit d’invention avait longtemps désertée.
Cette imprécision sur ce qu’est l’Europe, fait de cette partie du monde, avant tout un espace flou de civilisation. Mais ce n’est pas nouveau. Plutôt que de frontières, il s’agit de « limes ». L’empirisme des fragiles constructions politiques médiévales a inventé le terme de « marches » pour désigner les terres de transition entre l’Occident…..et les autres. Les limites de l’Occident, comme le montreront plus tard les opérations de colonisation, n’existent pas, ce qui a pu donner à penser aux autres peuples que l’Europe voulait conquérir le monde. En fait, elle voulait surtout l’exploiter et elle y est parvenue plus ou moins. Les limites géographiques ont été repoussées vers l’Atlantique par la conquête romaine, mais sans que la civilisation occidentale ait totalement atteint les limites océanes. L’Angleterre, malgré ses nombreuses interventions sur le continent ne s’est jamais vraiment sentie européenne. Un référendum prochain nous apportera d’utiles informations dans ce domaine. Le Channel, malgré le tunnel sous la Manche, sépare encore les pays de droit écrit des pays de Common Law…..C’est pourtant de ce côté du continent que les incertitudes ont été les plus grandes. L’Angleterre ne s’est vraiment sentie impliquée que pendant la période où elle avait pour mission de veiller à « l’équilibre européen ».
Les « limes » de l’empire romain ont été mal assurés dès que commençaient les grandes plaines ouvertes sur l’Asie, au-delà de la Germanie et de la Dacie. Les poussées issues de l’Asie, dont la plus organisée a été la conquête turque ont porté jusqu’aux abords de Vienne les avant-gardes de l’Orient. Mais chaque fois qu’il a été menacé dans son existence même l’Occident a réagi, reconquit ses « marches » sous l’emblème de la croix, car la seule unité durable de cet Occident pendant plus d’un millénaire, a été son appartenance globale à la chrétienté, quels qu’aient été ses déchirements internes. Mais c’est peut être seulement au XXème siècle, lorsque s’est dressé symboliquement le mur de Berlin, que l’Occident a compris que l’idéologie avait été plus puissante que les liens ancestraux et qu’on avait coupé le continent en deux. Il a compris aussi à ce moment là que ce n’était pas la religion qui rétablirait le lien.
Si l’Europe n’a pas d’existence géographique, elle a par contre, une dimension culturelle, intellectuelle, spirituelle, humanitaire qui s’est longtemps heurtée à d’autres civilisations cultivant l’absolu à travers l’exclusivisme et cette lutte n’est pas terminée. L’Europe, dans son esprit même est en danger non pas du fait d’une soudaine infertilité, mais parce qu’elle est confrontée à des cultures qui pour s’imposer la nient tout simplement. Pourtant si l’Europe s’est jusqu’à maintenant trouvée au niveau des pays de haute civilisation, c’est parce que pour elle, chaque mouvement de pensée devait générer son contraire, sous forme de négation, d’opposition, de dialectique, de relativisme, de scepticisme, de nihilisme ou autre et cette liberté accordée à la pensée de se contredire ou plutôt de se contrecarrer, outre qu’elle mettait ses adversaires en port-à-faut, fut la source d’une infinie richesse, car cela s’opposait à toute forme de monolithisme, toute espèce de pensée unique, définitive, totalitaire. Ce fut le rôle à toutes les époques des libres-penseurs, des opposants, ceux qui refusaient d’admettre l’existence d’une vérité définitive, ceux qui refusaient d’adhérer à la doctrine officielle, à la doctrine du parti. Au XXème siècle encore les philosophes de la contestation, les Derrida, Lypovetski, Deleuze, Lyotard, Barthes, Foucault, Castoriadis, Ricoeur, Freud, Lacan, Habermas, Honneth, Berdiaeff, Badiou… ne sont originaux que parce qu’ils refusent d’adopter
la pensée des autres. On ne peut pas dire qu’une pensée ne peut évoluer qu’en se contredisant elle-même, mais on peut avancer qu’une pensée qui se referme sur elle-même est condamnée à la sénescence.
Mais efforçons-nous sinon de donner une définition à l’Europe, de lui trouver, à tout le moins une personnalité. L’Europe, c’est l’ensemble des pays et surtout des peuples se recommandant de la grande civilisation méditerranéenne qui a réalisé, il y a plus de 2000 ans, le syncrétisme entre les apports des mystères de l’Orient, la réflexion grecque et le pragmatisme romain. Cette construction apparemment fragile, contestée, étendue par la conquête romaine sur la majeure partie d’une Europe à peine sortie des hésitations de sociétés encore mal sédentarisées, a survécu aux invasions, aux replis stratégiques sur des bastions locaux et s’est exprimée sous forme mouvements unitaires rassemblant l’ensemble des dépositaires d’une même conception de la vie et du monde.
Quel rapport y a-t-il entre la richesse de la pensée et la diversité des territoires ? Entre la variété des peuples et la multiplicité de leur rapport à l’existence ? La véritable identité de l’Europe réside dans son manque d’identité ou plutôt dans la variété assumée de son statut singulier. C’est ainsi qu’un fait purement négatif et relatif se transforme en qualité positive absolue ; la différence devient la pluralité-unité, à partir du moment où elle est tolérée comme base de l’union. Les pays et cultures cohabitent et ne se sont pas contentés de se tolérer mutuellement. Ils se sont engagés dans des interactions et en ont tiré une nouvelle richesse. Montesquieu insiste sur les bienfaits de la coexistence. Hume ajoute que cette coexistence aiguise l’esprit critique et le sens de l’auto-examen. On peut alors faire la distinction entre nature et culture, entre nature et coutume, tradition et raison. La volonté générale n’est pas la somme de la volonté de tous, mais la réconciliation des différences, l’ensemble des désaccords érigé à la hauteur de l’intérêt général. Ulrich Beck parle d’un cosmopolitisme intégrant les différentes manières de voir et de vivre l’altérite culturelle. Les diverses entités obéissent à une norme commune, celle du droit à la différence ; les oppositions possèdent un statut légal. Elles sont pourvues de droits égaux et surtout, elles répondent à la même volonté d’appartenir à une entité commune. « L’approche universaliste remplace la variété des diverses normes, classes, ethnies, religions par une désuniformisation générale. La bonne politique pour l’Europe consiste non pas à choisir le réalisme contre l’idéalisme ou inversement, mais à se réclamer des deux : poser un idéal, ici le bien-être des peuples européens et se donner les moyens pour y parvenir ». (Tzvetan Todorov)
L’Europe c’est une abstraction.
Paul Valéry écrivait au lendemain de la première guerre mondiale : «J’appelle européens les peuples qui, au cours de leur histoire, ont subi trois grandes influences : Rome, Jérusalem, Athènes. De Rome vient l’empire, le pouvoir étatique organisé, le droit et les institutions, le statut de citoyen du monde. De Jérusalem, ou plutôt du christianisme, les Européens ont hérité la morale subjective, l’examen de conscience, la justice universelle. Enfin Athènes leur a légué le goût de la connaissance et de l’argumentation rationnelle, l’idéal d’harmonie, l’idée que l’homme est la mesure de toute chose ».
De son côté, Denis de Rougemont au cours des années 1950 et 1960 a appelé l’attention sur deux conséquences supplémentaires de la doctrine chrétienne. Celle-ci rompt avec la conception cyclique du temps pour lui substituer l’idée d’un temps irréversible, donnant
naissance aux notions d’histoire et de progrès. Parallèlement, elle met l’accent sur l’importance de la réalité matérielle. Dieu s’est fait homme ; Il s’est incarné. De ce fait le monde ici-bas n’est pas maudit. Il mérite d’être connu. Mais Denis de Rougemont y ajoute trois autres traits qui lui paraissent importants : Les Européens ont reçu leur doctrine du bien et du mal de la tradition persane, leur idée de l’amour des poètes arabes, leur mysticisme des peuples celtes. Mais on ne peut passer sous silence, le siècle des Lumières qui a apporté l’idée d’autonomie de l’individu, de peuple souverain au sein de la démocratie, enfin d’humanisme, lequel consiste à faire de l’homme la finalité de l’action humaine. Désormais le but de l’existence n’est pas de chercher le salut de son âme dans l’au-delà, mais d’atteindre le bonheur ici-bas. A cela, il faut ajouter la reconnaissance de la pluralité légitime des cultures et des religions. En outre, la culture est un concept large qui intègre la langue, les traditions, la mémoire collective, même si chaque pays a vécu son histoire à sa façon. De même l’Europe a profité d’apports extérieurs d’importance qu’il s’agisse de la calligraphie, de la boussole, de la poudre, de l’imprimerie chinoise, des masques africains, des traditions bouddhistes et du réalisme magique des Caribéens. En outre des acquis plus récents paraissent devoir être pris en considération, comme la tolérance et la laïcité (celle-ci posant un problème à l’égard de toutes les cultures – qui sont maintenant parvenus jusque dans nos pays – et qui considèrent que c’est un crime de transgresser les normes religieuses ou sociales). Enfin il ne faut pas oublier l’influence anglo-saxonne de l’utilitarisme et du pragmatisme qui, mariée au progrès social ont fait de l’Europe un haut lieu de la science et de technologie, conduisant les principales nations de ce continent à conquérir et à coloniser une grand partie du monde pour y apporter « le progrès » avant d’être dépassées par ces pays mêmes.
L’Europe a repoussé trois tendances qui ont longtemps paralysé les autres civilisations : la première était la culture orientale (Bouddhisme, Brahmanisme) qui méprise la vie ici-bas et se réfugie dans une sorte de désintéressement immanent, où ce qui compte c’est l’immersion dans une conscience apaisée par l’approfondissement de son moi. La seconde est celle des Chinois (Confucianisme, Taoïsme) qui cultivaient la non-intervention au profit de la surveillance de l’évolution des choses du monde et du ciel. Une sorte de fatalisme les conduisait à considérer avec attention les évènements dans leurs transformations successives et à faire confiance à leur issue finale. Enfin à l’encontre de l’Islam, l’Europe s’est refusée à obéir à une théologie immuable qui aurait statufié des règles imprescriptibles, car sacralisées.
Mais toute position a ses inconvénients. Faire confiance à la pensée dans sa diversité et surtout à l’évolution de cette pensée dont le cours n’est nullement assuré, c’est se condamner à la diversité, à la divergence et à la difficulté de toute unanimité et de toute unité. L’Europe parcellisée par la nature, l’est aussi par les opinions et l’impossibilité de toute forme d’unanimisme. Voilà pourquoi, les Etats-nations européens peuvent coopérer mais refusent ostensiblement tout asservissement à une cause commune. Il n’existe pas véritablement une identité commune et si elle existait elle serait rejetée.
Malgré tout, on peut dire que tout n’est pas relatif : la science ne se prête pas à des interprétations fantaisistes. Il n’y a qu’une vérité scientifique : celle qui permet d’agir sur le monde et celle qui n’a pas prise sur les phénomènes naturels. C’est la raison pour laquelle l’Europe a été la souche première de la « révolution industrielle », le lieu des découvertes scientifiques et de l’invention des techniques qui ont eu des conséquences considérables sur l’évolution du monde dans son ensemble. Ce n’est pas seulement l’économie qui a été
bouleversée, c’est aussi la société, ce qui se traduit actuellement par un malaise sérieux qui correspond tout simplement à l’adaptation de la population à un contexte qui a fondamentalement changé. Dans ce domaine, l’Occident a dépassé ses limites concrètes et surpassé son génie propre et il en est résulté une confusion sur son identité, car la science, la technique, le progrès matériel n’ont pas de patrie. On ne peut plus dire que l’Europe c’est le continent de la modernité. Celle-ci est devenue sinon universelle, du moins transcontinentale. La civilisation n’est plus le bien exclusif d’un continent ; elle est un bien commun qu’il lui va falloir partager avec le monde entier, lui aussi bousculé par cette révolution et, actuellement en proie à un bouleversement dont il est difficile de prévoir les conséquences, les capacités de l’homme s’étant accrues dans de vastes proportions dans tous les domaines.
Ainsi l’Europe a été à la fois l’Europe de l’église et des philosophes, celle où, en des termes différents, on n’a jamais cessé de discuter de liberté, où sont nées depuis les petites républiques italiennes de la Renaissance, avec Machiavel, les théories politiques de l’Etat, de la démocratie et de ses dérives, des relations sociales entre les citoyens. Mais redisons-le, cette Europe est en retrait par rapport à l’Europe des géographes qui compas à la main, mesurent les distances de l’Atlantique à l’Oural, comme si cela correspondait à une certaine réalité géographique, alors que l’argument culturel serait devenu impuissant. Cette Europe, c’est l’Europe occidentale et centrale jusqu’à la Vistule et aux Carpates, l’Europe des régions et des pays, une mosaïque historique dans un même faisceau de lumière. Mais, de grâce, ne la confondons pas avec l’Europe géographique.
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