//img.uscri.be/pth/bb5a5a0412e4ea6dc024aa35389a5ebcaa50f78a
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 17,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

L'ÉLARGISSEMENT DE L'EUROPE : UN RISQUE POUR LE SUD ?

De
284 pages
L'Europe élargie à l'Est deviendra un vaste marché de 420 millions de consommateurs. Cet ensemble tirera la croissance, accroîtra l'investissement, augmentera la production dans l'Union. L'Afrique et les Etats du sud de la Méditerranée, par suite de leurs relations étroites avec l'Europe pourront bénéficier à terme des effets de sa prospérité. Mais ce résultat sera long et dans l'immédiat, le Sud appréhende les conséquences de l'élargissement. Il voit les pays de l'Est comme de redoutables concurrents.
Voir plus Voir moins

L'élargissement de l'Europe: un risque pour le Sud?

(Ç)L'Harmattan,

2001

ISBN: 2-7475-0143-4

Didier DOUCET
Chargé de cours à l'Institut d'études européennes Université de Paris VllI

L'élargissement

de l'Europe.

un risque pour le Sud?

Préface d'Henri Arphang SENGHOR

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

France

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y IK9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

PRINCIPALES ABRÉVIATIONS
ACP AFD AMF APD BAD BEI BERD CAD CEI CERC CFCE ClAN CICID CIG CNUCED DREE FAS FED FMI G7 HIPC IDE IDH lED INSEE MEDA NEI NPI OCDE OIT OMC ONG PAC PEC~ PHARE PMA PNB PNUD PPTE PTM PVD UE WIFO ZLE ZSP

UTILISÉES

Les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. Agence française de développement. Accords multi-fibres. Aide publique au développement. Banque africaine de développement. Banque européenne d'investissements. Banque européenne de reconstruction et de développement. Comité d'aide au développement. Communauté des états indépendants. Centre d'études des revenus et des coûts. Centre français du commerce extérieur. Conseil des investisseurs français en Afrique. Comité interministériel de la coopération internationale et du développement Conférence intergouvernementale. Conférence des Nations -Unies pour le développement. Direction des relations économiques extérieures. Fonds d'action sociale. Fonds européen de développement. Fonds monétaire international. Groupe des sept pays les plus industrialisés. Highly indebted poor countries. Investissement direct étranger. Indice de développement humain. Investissement étranger direct. Institut national de la statistique et des études économiques. Programme d'aide financière aux PTM. Nouveaux états indépendants. Nouveaux pays industrialisés d'Asie. Organisation pour la coopération et le développement économique. Organisation internationale du travail. Organisation mondiale du commerce. Organisation non gouvernementale. Politique agricole commune. Pays d'Europe centrale et orientale. Poland and Hungary assistance. Pays les moins avancés. Produit national brut. Programme des Nations-Unies pour le développement. Pays pauvres très endettés. Pays tiers méditerranéens. Pays en voie de développement. Union européenne. Institut économique de Vienne. Zone de libre-échange. Zone de solidarité prioritaire.

Je dédie ce /ivre à M Pierre Bas, mon maître et ami, à ceux que j'aime, à l'Afrique, pour que ses habitants gardent l'espoir en un monde meilleur sur
.

leur continent.

Préface d'Henri Arphang SENGHOR

ne littérature abondante concerne l'élargissement de l'Europe à l'Est. Cependant, en France, comme à l'étranger, peu d'ouvrages, du moins à ma connaissance, ont traité jusqu'à présent, de façon détaillée, des conséquences prévisibles de cet élargissement sur l'AtTIque et sur les pays de la rive sud de la Méditerranée. J'aimerais saluer la créativité, la richesse d'information, la rigueur dans l'analyse et la perspicacité dans la prospective dont fait preuve Didier Doucet dans le cadre de son étude. L'auteur emploie un style simple et entraînant qui danse sous sa plume au fil des pages. TI semble avoir voulu se limiter à une seule idée avec une belle logique intellectuelle et animé du souci de la rattacher à un ensemble pour parvenir à englober un «tout ». Ce «tout », qui constitue, en fait, l'objet de cet ouvrage, est de fournir les éléments d'information et de compréhension sur les rapports présents et futurs de l'Europe avec l'Afrique et avec les pays tiers méditerranéens (PTM) à la lumière des progrès et des handicaps de ces pays du Sud, aujourd'hui plongés dans le tourbillon de la mondialisation.

U

Préface

Le problème de fond, tel qu'il est exprimé dans ce livre, n'est-il pas de savoir si l'élargissement de l'Europe à l'Est sera un risque ou une chance pour les pays du Sud? L'auteur nuance sa réponse en fonction de la façon dont se fera cet élargissement. Didier Doucet a su profiter des perspectives de l'élargissement pour lier la réalisation de celui-ci à la situation incertaine des pays du sud, et pour envisager la façon d'apporter à l'Ouest, à l'Est et au Sud des «bienfaits partagés ». Le lecteur lira, sans doute, avec quelque intérêt l'analyse au plus près à laquelle se livre l'auteur à l'aide d'une quantité de statistiques inédites et impressionnantes des conséquences économiques et sociales de l'élargissement pour le Sud. Il a aussi montré, avec une finesse toute particulière, les principaux problèmes politiques et stratégiques que cette incitation pourrait engendrer sur des politiques de développement du Sud par les pays du Nord. Nul doute que ce travail très élaboré fera avancer la recherche en ce domaine, à un moment crucial où la France vient d'assurer la présidence de l'Union européenne. Il me plaît aussi de souligner que Didier Doucet a par ce travail mis en lumière, avec une espèce de sens prophétique, une problématique qui sera l'un des grands défis à relever par les pays du Sud au cours des prochaines décennies. Ce livre a une autre particularité: celle d'être à la fois un ouvrage techniqué et une symphonie de vie qui bouscule les idées reçues. Dans le chapitre 6 consacré à la thérapeutique de l'élargissement, il préconise notamment la priorité au maintien d'une aide efficace au développement d'un niveau suffisant, l'annulation de la dette des pays du Sud, la régulation des effets de la mondialisation, l'humanisation des plans d'ajustements structurels, l'accroissement des investissements privés, l'accélération au Sud de l'intégration régionale, l'accroissement des relations Sud / Sud, sans oublier les mesures spécifiques pour l'Afrique. Sa démonstration et son plaidoyer pourront, je l'espère, contribuer à renforcer les relations - 10-

L'élargissement

de l'Europe:

un risque pour le Sud?

entre les «décideurs» du Nord et du Sud, modifier et réajuster à terme les rapports de force, tout en restant audibles à ceux qui aiment l'Afrique et croient en une avancée significative de ce continent au 3ème millénaire. Cet ouvrage dont le solfège coule comme une mélodie bien sentie, mais emplie de gravité, de rigueur et de . . . cœur interpelle enfin les Africains eux-mêmes qui sont soucieux de s'informer pour mieux maîtriser leur processus de développement dans le cadre des échanges économiques internationaux.

Henri Arphang SENGHOR
Ambassadeur honoraire du Sénégal

- Il -

Introduction

UN CONTEXTE BROUILLÉ?

L'élargissement

de l'Europe:

un risque pour le Sud?

L'Union européenne va s'élargir aux pays d'Europe centrale et orientale (PECQ).

.

Des profits à terme?

Cet ensemble de 420 millions d'habitants devrait tirer la croissance en Europe, y accroître l'investissement, y développer les échanges, y élever la production. Cela créera probablement dans cette zone un mouvement général de dynamisme économique. Ce dernier profitera aux entreprises et aux agents économiques de ce continent. Et, cette prospérité pourrait gagner à terme d'autres zones, notamment les pays tiers méditerranéens (PTM) et l'Afiique, avec lesquels l'Europe entretient des liens privilégiés. Cette grande avancée européenne aura été précédée d'une autre: la mise en place de l'euro depuis le 1erjanvier 1999. Cette nouvelle monnaie devrait apporter à l'Union et à la zone franc une stabilité monétaire, dont les effets positifs pourraient s'ajouter à ceux provoqués par l'élargissement, et générer un environnement économique et financier profitable à tous.

.

Un doute dans l'immédiat

Cependant, les bénéfices que l'Union et les PECQ récolteront de l'élargissement n'apparaîtront qu'à long terme. Et, ceux-ci devront dans l'immédiat faire un effort d'adaptation considérable. Cette situation fait planer un doute sur l'élargissement. Et, cela d'autant plus que son contexte d'édification laisse des questions sans réponse.

.

Des traits brouillés

Trois traits dominants caractérisent l'élargissement. Il se construit dans un environnement politique, économique et financier international déstabilisé. Il suscite des interrogations non élucidées. Il concerne des acteurs circonspects et diversement motivés. ..
- 15 -

Introduction

1.

Un environnement

déstabilisé

L'élargissement prend forme dans un environnement économique et financier mondial plus déstabilisé que lors des élargissements précédents.

.

L'Europe: un géant aux pieds d'argile?

L'Europe dispose, certes, de solides atouts. Elle est la première puissance commerciale du monde. Sa part dans le commerce international ne cesse d'augmenter. Son produit intérieur brut (PIB) par habitant est supérieur de moitié à ce qu'il était en 1970. Ses perspectives de croissance pour les années à venir semblent relativement satisfaisantes'. Mais elle continue néanmoins de subir la «crise» économique. Elle doit relever nombre de défis: s'adapter à la mondialisation, corriger ses handicaps structurels, moderniser son appareil productif, résorber le déficit de ses régimes sociaux, endiguer le chômage, combattre l'exclusion. Ces contraintes accroissent les coûts économiques, sociaux, budgétaires, et humains de son économie. Elles handicapent la construction harmonieuse de son <<projeteuropéen».

.

L'euro: frein ou accélérateur de croissance?

L'euro exigera vraisemblablement des membres de l'Union la poursuite de politiques monétaires et budgétaires strictes nécessaires à la défense de sa valeur. Basées sur la réduction des déficits et la contraction de la demande, ces politiques risquent de freiner les perspectives de croissance de l'union. Elles laissent planer le doute sur ce que pourrait être le niveau de son activité économique à moyen et long terme.

/ Selon la Commission européenne, la croissance en Europe serait de 2,9 % en 2000 et 2001.

- 16-

L'élargissement

de l'Europe:

un risque pour le Sud?

.

Crise derrière ou crise devant?

La crise qui a secoué ces dernières années les marchés émergents d'Asie, de Russie, et d'Amérique latine n'a pas eu d'effets déterminants sur les économies européennes et semble désormais terminée. Cependant aucun pays, de par le monde, ne peut se prévaloir d'une immunité totale face à elle. Et nul ne sait quelles seraient demain ses conséquences sur l'Europe si des mesures propres à écarter son retour ne sont pas inventées.

.

Choix constants ou choix fluctuants?

Le vaste cahier des charges de l'élargissement risque d'entraîner une raréfaction de la ressource financière européenne. Il pourrait contraindre l'Union à réorienter ses priorités extérieures, à revoir ses arbitrages financiers, à réviser à la baisse sa coopération avec certains de ses voisins, notamment avec les PTM et l'Afrique, en vue de se redéployer vers les PEC~, jugés plus prometteurs sur le plan économique.

.

Guerre ou paix?

La crise au Kosovo - bien que nul n'en connaisse encore le dénouement - ne devrait certes ni remettre en cause le principe de l'élargissement, ni retarder sa mise en place. Et les investissements actuels de la communauté internationale dans la sécurité des Balkans sont un investissement pour la sécurité de l'Europe et donc indirectement pour son affermissement. Il n'en reste pas moins que cette guerre a eu des conséquences économiques et financières importantes sur certains pays candidats à l'adhésion, tels la Bulgarie2, la Roumanie et la Hongrie. Elle risque de ralentir l'effort de mise à niveau des économies de ces pays et de diminuer l'intérêt des investisseurs internationaux à leur égard.
2 La Bulgarie, par suite de la guerre au Kosovo, a subi une perte de 260 millions de dollars de recettes d'exportation par mois. Ce pays s'attendait à recevoir en 1999 1 million de dollars d'investissements directs. Il n'en a obtenu que la moitié.

- 17 -

Introduction

D'une façon générale, la BERD a estimé que la crise dans les Balkans a entraîné en 1999 dans certains PECQ une baisse de croissance de 3,5 % à 1,9 %.

2.

Des interrogations non élucidées
de questions

L'élargissement élude pour l'instant nombre primordiales.
2.1

L'épaisseur de l'enveloppe
se fera avec une enveloppe

Il est prévu que l'élargissement

budgétaireprédéterminée et limitée. Agenda 20003 énonce que la
contribution des membres de l'Union au budget communautaire ne pourra dépasser 1,27 % de leur produit intérieur brut entre 2000 et 2006. Compte tenu de l'ampleur de la restructuration de l'appareil productif des pays candidats et des efforts exigés d'eux pour s'adapter à «l'acquis communautaire», on peut se demander si cette perspective budgétaire sera suffisante et si elle permettra de procéder à l'élargissement dans de bonnes conditions? Le seul domaine de l'environnement, exemple parmi d'autres, permet de juger du besoin d'accompagnement financier considérable des PECQ, pendant leur période de pré-adhésion et d'adhésion à l'Union. Des estimations communautaires chiffrent à 100 milliards d'euros le total des besoins d'investissements des dix pays candidats en matière d'environnement pour satisfaire à l'acquis communautaire. Or, Agenda 2000, grâce au programme PHAREet au concours au développement agricole, prévoit seulement, au titre de l'aide pré-adhésion aux PECQ pour la période 2000-2006, une aide d'un milliard d'euros par an en matière d'environnement et de
3 2000-2006.

Document

de prévisions

financières

de l'Union

pour la période

- 18 -

L'élargissement

de l'Europe:

un risque pour le Sud?

transports. On voit là l'écart considérable qui existe entre l'offre de soutien de l'Union aux PECO et les besoins de ceux-ci.

2.2

La rigueur des budgets

L'élargissement sera probablement très dépendant des contraintes financières des États membres de l'Union. Celles-ci sont actuellement fortes. Elles obligent ces États à faire d'importantes économies budgétaires. Il est vraisemblable, que ceux-ci persisteront à l'avenir dans cette attitude, notamment à cause de l'euro dont il faudra défendre la parité. 2.3 Le calendrier n'est pas clairement

La date d'entrée des PECQ dans l'Union fixée.

Le premier groupe des six pays4 déclarés aptes à intégrer l'Union en premier devait entrer dans celle-ci en 2000. Cette date a été repoussée à 2002. D'autres informations5 ont indiqué ensuite que l'élargissement serait retardé à 2006 ou après. Désormais, selon les recommandations du sommet d'Helsinki (10 décembre 1999), les quinze «doivent se tenir prêt à accueillir de nouveaux membres à partir de la fin 2002. Mais, cette date pourra - t - elle être respectée compte tenu des strictes contraintes budgétaires
d'Agenda
2000

?

2.4

La préséance

L'ordre dans lequel les candidats intégreront l'Union n'est pas précisément établi. Al' origine, ce sont ceux du premier groupe qui étaient pressentis pour être admis en priorité. Mais il avait été
4 L'Estonie, la Slovénie, la Pologne, la Hongrie, la République tchèque et Chypre. 5 Entretien du Commissaire européen, Hans Van den Broek, donné à l'hebdomadaire allemand Wirtschaftswoche.

- 19-

Introduction

prévu que ceux du second6 pourraient rejoindre le premier si leurs efforts de mise à niveau de leurs économies étaient jugés satisfaisants. A l'inverse, les membres du premier peloton pouvaient être rétrogradés dans le second en cas de stagnation dans l'adoption de réformes. Depuis le sommet d'Helsinki, tous les candidats sont sur un pied d'égalité. Ceux-ci devraient adhérer à l'Union au rythme que permettra la négociation et en fonction de leur aptitude, selon deux ou trois vagues d'adhésion7.8. 2.5
Les dérogations

Les dérogations à l'acquis communautaire qui seront accordées aux nouveaux adhérents ne sont pas encore connues. L'Union a pourtant commencé «les négociations d'adhésion» avec les membres du premier groupe. Elle a procédé au screenin[f avec ceux du second, et négocie désormais également avec eux (depuis le 15 février 2000). 2.6
Les réformes

La réalisation instance.

de l'élargissement

dépend de «réformes»

en

Certes, au dernier Sommet de Berlin, les membres de l'Union ont adopté les dispositions d'Agenda 2000, indispensables à l'élargissement, qui établissent le cadre financier de l'Union pour la période 2000-2006. Certes, à cette occasion, un compromis a été trouvé sur les points de blocage en vigueur que constituaient la réforme de la politique agricole commune (PAC), la dotation à affecter aux Fonds
6 7 La Bulgarie, la Roumanie, la Slovaquie, la Lettonie, la Lituanie, et Malte.

Au Sommet d'Helsinki. 10 décembre 1999, les Quinze ont décidé de lancer les négociations d'adhésion avec tous les pays candidats. Ils ont aussi déclaré recevable la candidature de la Turquie. 8 Par ailleurs, les Quinze ont lancé le 17 mai 1999 à Bruxelles le projet d'un «pacte de stabilité» dans les Balkans, ouvrant la perspective «d'une pleine intégration des pays de cette zone dans les structures de l'Uniom>. 9 «Screening» : examen analytique de l'acquis communautaire.

- 20-

L'élargissement

de l'Europe:

un risque pour le Sud?

structurels et de cohésion, la révision des charges budgétaires entre les membres de l'Union. Cependant, malgré ces avancées, la réforme des institutions de l'Union prévue par le traité de Maastricht est toujours en courslO. Or, cette réforme est indispensable à la réalisation de l'élargissement. L'Europe à vingt-six ne peut fonctionner avec des institutions conçues dans les années cinquante et créées pour six pays. Le sommet européen de Nice du 7 décembre 2000 n'a pas totalement réglé cette question. 2.7 Le coût véritable Le coût financier de l'élargissement paraît sous-évalué

.

La somme de 75 milliards d'écu (soit 495 milliards de francs) prévue par Agenda 2000 pour la période 2000-2006, au titre de l'adhésion et de la pré-adhésion des PECQ à l'Union, semble insuffisante pour assurer un accompagnement financier satisfaisant de l'élargissement (voir le tableau ci-après).

2.8

Le choix des objectifs

.

L'élargissement privilégie des objectifs économiques

Il ressemble à une «fuite» en avant dans un grand marché unique. Il manque d'objectifs clairs et de «vision politique». Il n'a pas la cohérence nécessaire qui permettrait de tracer un horizon aux politiques communes. Il se fait avec des acteurs circonspects et diversement motivés.

IOLe 14 février 2000, les quinze ont lancé officiellement la conférence intergouvernementale (CIG). Celle-ci doit procéder en principe avant fin 2000 à la réforme des institutions européennes..

- 21 -

Introduction

Les propositions européennes d'aides à l'élargissement période 2000-2006
(en milliards d'Écu, prix 1997)

Dépenses pour la préparation à l'adhésion *

Part du budget de l'Union européenne Prévu pour les nouveaux États membres Après leur adhésion Dépenses agricoles Dépenses
structurell es

Programme PHARE

Dépenses agricoles Dépenses

10,5 3,5 7

12 38 3,8

Dépenses liées aux politiques autres internes Total

Total
*

21

53,8

Elles concernent tous les pays candidats jusqu'à la date de leur adhésion.

3. Des acteurs circonspects et diversement motivés...
Les acteurs de l'élargissement paraissent aborder celui-ci avec
morosité ou inquiétude, voire les deux à la fois. 3.1 Les PEC~: doutes, impatiences, et reproches

Les PECQ souhaitent entrer rapidement dans l'Union (Ie 1er janvier 2003). Mais, ils sont conscients du prodigieux effort qu'ils devront accomplir pour mettre à niveau leur économie et pour insérer l'acquis communautaire dans leur législation. Ils accusent un retard économique et social important par rapport à l'Union. Leur niveau de développement ne dépasse que de peu celui de certains pays du Sud. Ils se demandent s'ils pourront réaliser les transformations indispensables qui leur sont demandées. Ils attendent de l'Union un accompagnement financier conséquent; mais ils savent que celle-ci ne pourra pas supporter seule l'intégralité de leur effort de transition. Ils sont inquiets de ses tergiversations quant à la date de leur adhésion et de ses retards dans l'adoption des réformes - 22-

L'élargissement

de l'Europe:

un risque pour le Sud?

nécessaires à l'élargissement. Ils s'interrogent sur sa volonté politique de les intégrer rapidement. Ils lui reprochent ses atermoiements. 3.2 L'Union: lenteur, incertitudes, et diversité d'intérêts

Depuis le Conseil européen de Copenhague en juin 1993, l'Union a entrepris de s'élargir aux PEC~. Cependant, ce processus d'élargissement semble actuellement marquer le pas. L'Union fait preuve d'inquiétude et de morosité. Elle n'a pas encore pris toutes les décisions qui lui permettraient de procéder rapidement à son élargissement. Elle donne l'impression qu'elle n'est pas vraiment préparée à négocier de façon constructive avec les pays candidats. Elle paraît avoir entamé des négociations avec les postulants à l'Union, sans avoir une vue claire de la façon dont elle allait entreprendre ses réformes et dont elle financerait l'élargissement.

Dans le contexte actuel de limitation par Agenda 2000 de la pression fiscale européenne pour les années 2000-2006, elle semble désormais prendre conscience avec inquiétude de l'ampleur de la dimension financière de l'élargissement.
De plus, ses membres n'abordent pas l'élargissement avec un état d'esprit identique. Tous n'y ont pas le même intérêt; tous ne le réclament pas avec la même force. Ils sont diversement motivés à son égard. Certains d'entre eux, qui sont voisins des pays candidats, tels l'Allemagne et l' Autriche( avant l'élection de la nouvelle coalition), incitent fortement l'Union à s'élargir aux PEC~. Ils ne veulent rien entreprendre qui puisse retarder l'élargissement. D'autres, au rang desquels figure la France - pays qui s'est pour l'instant peu investi à l'Est - ont des intérêts politiques et économiques importants dans les pays du Sud. Ils ne s'opposent pas à l'élargissement mais ils semblent lui accorder un intérêt prudent. La France paraît souhaiter un élargissement maîtrisé. Elle avait en ce sens demandé en son temps au Conseil des ministres de l'Union - 23-

Introduction

de procéder à un débat politique, avant de décider de l'ouverture des négociations techniques avec les six premiers pays candidats. Elle conditionne l'élargissement à la réforme préalable des institutions. Elle juge irréaliste la programmation des premières adhésions avant 2004-2005. 3.3

Les PTM et l'Afrique: des craintes prononcées. . .

Les pays du Sud voient avec inquiétude l'élargissement se profiler à l'horizon. Ce réflexe défensif s'explique par leur situation politique, économique, financière, et sociale, qui est préoccupante. Ils sont d'autant plus anxieux que, selon un rapport de la Banque mondiale, ils vont déjà devoir subir les effets de la crise asiatique, qui risque d'entraîner un ralentissement important de leur activité économique pour les années à venirll. 3.3.1
Les PTM1J

_Difficultés économiques... Ceux-ci, et notamment les pays du Maghrebl\ éprouvent de graves problèmes économiques et sociaux. Ils ont des difficultés à sortir d'un développement insuffisant. L'économie montre chez eux, des faiblesses importantes dans de nombreux domaines: l'investissement direct étranger stagne ou régresse; le commerce extérieur, tourné à 60 % vers l'Union, connaît le déficit; le degré de spécialisation de la plupart des produits est insuffisant; la compétitivité des secteurs est faible; la dépendance alimentaire extérieure est forte; la croissance démographique est très élevée; le montant de l'endettement est
Selon la Banque mondiale, les objectift sociaux que celle-ci s'était fIXée à long terme dans les pays en développement (réduction de la moitié de la pauvreté, abaissement des deux tiers de la mortalité infantile, scolarisation de tous les enfants au niveau du primaire) risquent d'être remis en cause par la crise asiatique. /J Il s'agit des 12 pays qui ont participé à la conférence de Barcelone (27 et 28 novembre 1995) : Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Israël, territoires palestiniens, Malte, Jordanie, Liban, Syrie, Turquie et Chypre. 13 Maroc, Algérie et Tunisie. /I

- 24-

L'élargissement

de l'Europe:

un risque pour le Sud?

considérable. Celui-ci économiques efficaces.

empêche

de

sUIvre

des politiques

_et partenariat euro- méditerranéen. . .
Or, ces pays vont devoir faire face à un événement politique, économique, et social majeur pour eux: le partenariat méditerranéen conclu avec l'Union lors de la conférence de Barcelone les 27 et 28 novembre 1995. Ils devront, en application de cet accord, ouvrir leurs ITontières, sur une période de dix ans, aux produits industriels extérieurs. Cette situation risque d'accroître à court terme leurs difficultés. Il ne faudrait pas que s'y ajoutent celles qui pourraient provenir de l'élargissement.

3.3.2

Les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP/4

_ Sous- développement.

..

En dépit d'une aide financière considérable et d'avantages commerciaux importants accordés par les Conventions de Lomé, les A CP ne sont pas parvenus à casser la spirale du sousdéveloppement, malgré une légère amélioration de leur croissance (3,7 % en 1998 et 5 % en moyenne pour l'Afrique subsaharienne entre 1995 et 1998, conformément au tableau ci-dessous). Ils s'accommodent mal de plans d'ajustements structurels rigoureux qui appauvrissent leurs populations.

Ce sont les 71 pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique qui sont signataires de la Convention de Lomé avec l'Union européenne.

14

- 25-

Introduction

PIB de)' Afrique subsaharienne
en %) 1992 1993 1994 1995

(1992-1998)

1996

1997

1998 (est.)

(Taux de croissance %)

PIBréel PIBréel par habitant

0,0

1,2

2,0

4,8 2,5

5,8 2,8

4,9 1,9

4,5 1,3

- 3,6

- 3,8

- 1,4

Note: en raison de leur poids économique, l'Afrique du Sud et le Nigeria ne sont pas compris. Source: FMI,Perspective de l'économie mondiale, octobre 1998 (Washington)

Comme les PTM, mais avec encore plus de difficultés, les ACP ne parviennent pas à surmonter des handicaps qui semblent s'être accrus avec le temps: leur commerce extérieur, principalement orienté vers l'Union, est déficitaire; leur insertion sur le marché européen a régressé; leur participation au commerce mondial est très faible (elle ne représente que 4 % du PIB mondial et moins de I % des échanges mondiaux) ; ils reçoivent peu d'investissements directs étrangers (en 1997, sur 120 milliards de dollars d'investissements étrangers dans le monde, l' Amque n'en a reçu que 3 milliards); leur économie a une faible compétitivité; leur croissance démographique est galopante; leur endettement est excessivement élevé (l' Amque subsaharienne consacre au service de sa dette plus de 14 % de ses recettes d'exportation)15. Celui-ci freine leur développement. Il entretient la pauvreté (depuis 1980, la consommation par habitant en Afrique a chuté de 20 %) qui déstabilise le continent amcain et crée en son sein des conflits armés'6,I7.
15 La dette de J'Afrique représente 80 % du PNB de ce continent. Le poids de cette dette augmente de 216 millions de dollars par jour. 16 Selon le dernier rapport du Programme des Nations-Unies pour le développement (PNUD), la pauvreté va s'accroître en Afrique en 2000 et, en Afrique subsaharienne, 50 % des habitants vivront en - dessous du seuil de pauvreté. Un rapport récent de la Banque mondiale confirme cette analyse. Celui-ci note qu'en 1998 le continent africain a connu la crise du fait de la tourmente asiatique * et de la baisse du cours des matières premières.. que cette crise s'est manifestée par une baisse de la

- 26-

L'élargissement

de l'Europe:

un risque pour le Sud?

et mutations externes.

..

Or, malgré cette situation périlleuse, (que l'élargissement risque de détériorer davantage), les ACP sont confrontés à quatre grandes mutations, qui auront des effets importants sur eux à l'avenir:

. .

la montée du libre-échange mondiale, consacrée par la négociation de l'Uruguay round en 1995, et officialisée par l'Organisation mondiale du commerce (OMC); l'évolution des préoccupations de l'Union, qui semble désormais plus intéressée par la réalisation de ses objectifs internes (la recherche de la cohésion, l'accompagnement de l'Union économique et monétaire, la réalisation de l'élargissement, la réduction des déficits publics, l'amélioration de l'emploi, les réformes structurelles en cours) que par un souci de coopération au développement; la tendance mondiale au déclin de l'aide publique au développement (APD) observée, notamment, au Japon, aux États-Unis et en Europe, malgré une légère reprise en 1998 ; les nouvelles dispositions de la Convention de Cotonou (Bénin) qui inquiètent les ACpI8.

.
.

Ceux-ci redoutent que l'Europe les abandonne subrepticement au profit de zones comme l'Asie, l'Amérique Latine, l'Est, jugées plus prometteuses pour elle sur le plan économique.

croissance à 2,3 %, une réduction du revenu moyen par habitant, un accroissement de l'endettement, une chute de l'aide publique au développement. * Selon le FMI, cette tourmente financière n 'a touché que l'Afrique du Sud par le biais des flux financiers.. dans les autres pays d'Afrique, elle s'est manifestée par des chocs commerciaux. Cependant, hormis les pays exportateurs de pétrole, la chute des cours des produits primaires a eu des effets mineurs pour les pays africains producteurs. 17 A son rythme de croissance actuel, il faudrait 60 ans à l'Afrique pour retrouver son niveau de vie de 1975. 18 Selon Jean Fabre, directeur général adjoint du Programme des Nations-Unies pour le développement, «on ne peut pas à la fois demander à l'Afrique de s'ouvrir au monde et à la compétition, de libéraliser et de privatiser ses économies fragiles et, en même temps, fermer les yeux sur le choc en retour et lui refUser les moyens d'atténuer les dégâts sociaux crées par les réformes qui lui sont imposées».

- 27-

Introduction

Éviction et défis

En raison de sa complexité et de ses enjeux (donner à l'Europe du normal que l'élargissement, de même que son contexte, suscitent des incertitudes et des interrogations non encore levées. Il est possible que celles-ci s'effacent à mesure qu'il se concrétisera. Un effet d'éviction? Dans l'immédiat, plus que le contexte de l'élargissement, ce sont surtout ses conséquences qui préoccupent l'Amque et les PTM. Les affirmations rassurantes à leur intention ne sont pas parvenues à apaiser leurs appréhensions. Ils craignent que l'élargissement leur fasse subir un effet d'éviction. Ils se demandent si les PECQ ne concurrenceront pas leurs produits sur le marché de l'Union, s'ils ne détourneront pas à leur profit des investissements qui auraient dû leur être destinés, s'ils pourront encore bénéficier d'un montant identique d'aide au développement, si des obstacles supplémentaires à la migration de leurs ressortissants en Europe ne seront pas institués par suite de l'arrivée d'une nouvelle main-d'œuvre en provenance de l'Est sur le marché du travail de l'Union, si les nouveaux venus dans l'Union satisferont correctement à leurs obligations en matière de coopération au développement? Ils pensent, à tort ou à raison, que l'Union n'aura ni la volonté politique ni les moyens financiers de s'élargir à l'Est sans les délaisser; qu'elle ne pourra pas ou ne voudra pas suivre des «axes politiques» forts qui lui permettraient d'intégrer de nouveaux postulants sans les handicaper.

21e siècle un projet de prospérité, de paix et de fTatemité),il est

_ L'élargissement:

double défi pour l'Union?

C'est pourtant l'intérêt de l'Europe de voir les PTM et l'Amque se développer et connaître, grâce à ce développement, la démocratie, la paix, et la stabilité. - 28 -

L'élargissement

de l'Europe:

un risque pour le Sud?

L'élargissement est un double défi pour l'Union. Celle-ci ne réussira vraiment son extension à l'Est que si elle apporte la prospérité au Sud, au lieu de l'enfermer dans le sous-développement. _L'élargissement: défi pour la France?

La France entretient de longue date des liens politiques, économiques, financiers et culturels forts avec les PTM et l'Afrique. Elle a intérêt à ce que l'élargissement s'effectue sans nuire à ces zones. Étant donné le mélange de ses intérêts avec les leurs, tout ce qui pourrait leur être exagérément défavorable risquerait de lui porter préjudice. _L'élargissement: intérêt de tous?

L'élargissement est un enjeu commun pour l'Union, la France et le Sud19.A condition de se réaliser dans un «souci d'équilibre» à l'égard du Sud, il peut entraîner des gains partagés à l'Est, à l'Ouest et au Sud. Mais il conviendrait pour cela que des mesures fortes émanant de l'Union viennent compenser le préjudice qu'il occasionnera probablement au Sud en matière d'investissement, de commerce, de flux de population et d'aide publique au développement.

Selon Philippe Hugon, «L'Europe peut avoir intérêt à moyen et long terme à reconstituer en priorité des dynamiques dans ses espaces de proximité de l'Est et du Sud», in «L'Europe et le Tiers-Monde», Revue du Tiers-Monde, p. 743, décembre 1993.

/9

- 29-