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L'entrée en Sarkozye

De
172 pages
Entre septembre 2006 et septembre 2007, la France a connu un basculement historique. La société politique paraissait engourdie, mais des idées nouvelles cherchaient à émerger : la recherche d'un renouvellement de l'élite dirigeante, la quête confuse d'un modèle social plus individualiste mais toujours solidaire, l'ouverture à de nouveaux types de comportement social, l'esprit d'innovation et d'entreprise, l'affirmation d'une nouvelle solidarité française... Cette chronique sans complaisance aidera à mieux comprendre les lignes de force de la France en mouvement.
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Entre septembre 2006 et septembre 2007, la France a connu un basculement historique. La société politique paraissait engourdie, enfermée dans ses conservatismes de gauche ou de droite. Les affidés de la génération Mitterrand et de l’écurie Chirac y défendaient leurs fonds de commerce et paraissaient barrer la route aux nouveaux appétits politiques. Mais, au-delà, d’autres forces s’évertuaient à sourdre des profondeurs : … la recherche d’un renouvellement profond de l’élite dirigeante pour secouer la monotonie des reconductions politiques, … la quête confuse d’un modèle social plus individualiste mais toujours solidaire, … l’ouverture à de nouveaux types de comportement social, moins hypocrites et plus tolérants, … l’appétit pour l’esprit d’innovation et d’entreprise devant la constatation de l’échec de notre modèle économique bureaucratique, … la recherche d’une nouvelle solidarité française ouverte et tolérante mais ni complaisante ni démagogue devant les tentations communautaristes. C’est cette lente émergence d’une nouvelle société que révèle cette « ENTREE EN SARKOZYE ».

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! #$%&$'()$ *++, La visite de Nicolas Sarkozy aux États-Unis ne cesse de faire des vagues. Jacques Chirac aurait qualifié d’irresponsables les déclarations de son ministre de l’Intérieur. Quant aux socialistes, ils ont rangé le président de l’UMP au rayon animalier : il serait pour Fabius le futur caniche du chef d’État américain et, pour Emmanuelli, un chiot couché devant son maître. Essayons de remettre un peu d’ordre dans ce débat qui touche au plus profond des orientations politiques. Observons tout d’abord qu’il est normal et même légitime qu’un candidat potentiel à la présidence de la République française se rende aux États-Unis. Qu’il l’ait fait dans la semaine du 11 septembre, au moment où le peuple américain était recueilli dans le souvenir de la tragédie du World Trade Center, ne peut qu’être approuvé. Il n’y a pas de concession dans la lutte contre le terrorisme et la barbarie. Et il faut avoir de la mémoire. Comme le dit justement Michel Sardou dans une de ses chansons : « Si les Ricains n’étaient pas là, vous seriez tous en Germanie, à parler de je ne sais quoi, à saluer je ne sais qui. » Il faut que les nouvelles générations aillent visiter, en Normandie ou ailleurs, les tombes de ces jeunes Américains fauchés dans la fleur de l’âge pour défendre notre liberté au moment où les dictatures nazies ou

communistes dressaient le voile noir ou rouge de leur oppression sur le monde. Les États-Unis et la France partagent les mêmes idéaux de justice et de liberté, et ce n’est pas parce qu’il est à la mode de hurler avec les loups anti-américains que la France doit confondre l’essentiel et l’accessoire. Cela ne signifie pas pour autant que la France doive couvrir les erreurs de Bush et notamment la guerre en Irak. Mais cela veut dire qu’il faut éviter les rodomontades guerrières, les expressions tonitruantes, les blessures inutiles. En d’autres termes, on peut, sans être le toutou de Bush, refuser d’aboyer avec la meute et préférer la discussion, le débat. Cela nous éviterait le ridicule, après avoir hurlé notre hostilité aux États-Unis, de nous faire tout petits pour ne pas gêner nos exportations de vin ou de foie gras. Au demeurant, les déclarations de Nicolas Sarkozy ont été plus mesurées que le condensé qui en a été publié. Sarkozy n’a pas critiqué la position française sur le fond – il est et reste hostile à l’intervention en Irak – mais sur la forme. Il y avait sûrement d’autres méthodes que le discours bravache pour faire entendre la différence de la France. Les sonorités désaccordées de la droite française ne sont pourtant pas nouvelles. Il existe depuis des lustres une droite française pro-Atlantique incarnée par le courant démocrate-chrétien puis centriste et une droite gaulliste qui cherche à affirmer l’indépendance de l’Europe par rapport aux États-Unis. Les déclarations de Nicolas Sarkozy manifestent à cet égard une évolution puisque le président de l’UMP se rapproche d’une position plus atlantiste. Mais la politique est tout d’abord une affaire de langage. Les paroles
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enflammées de Villepin au moment du déclenchement de l’affaire irakienne ont flatté l’ego des Français qui se sont imaginés redevenir le centre du monde. Il n’est pas certain que le réalisme de Nicolas Sarkozy ne soit pas plus proche des potentialités françaises. Pour reprendre le langage animalier que l’on évoquait en commençant : rien ne sert de se faire passer pour le roi lion quand on se contente de pousser le cri du coq.

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** #$%&$'()$ *++, Un directeur de journal laisse publier la photo de la femme de Nicolas Sarkozy en escapade, il est relevé de ses fonctions par le groupe Lagardère. Une journaliste de France 2 épouse le ministre Borloo et la voilà interdite d’antenne par le patron de la chaîne qui estime que ce lien conjugal risque de peser sur son objectivité dans le débat présidentiel. François Bayrou quant à lui met en doute l’objectivité des médias liés désormais à de grands groupes industriels, il est aussitôt tancé par les dirigeants de TF1. Tous ces faits illustrent une crise profonde des médias. Les nouvelles techniques de communication en sont en partie la cause. Quand on peut avoir accès en temps réel à l’information sur Internet, il est évident que l’imprimé a toujours un temps de retard. Mais des facteurs propres à la presse française expliquent aussi le déclin. Les journaux français n’ont pas su séduire les nouvelles générations, et leur qualité rédactionnelle laisse souvent à désirer. Dès lors, la presse française était mûre pour entrer dans la stratégie des grands groupes industriels, qui y voient un moyen pour renforcer leur emprise sur la société. Nous sommes aujourd’hui en présence d’une presse normalisée.

Le groupe Dassault a pris le contrôle de l’empire Hersant et de son emblématique Figaro, le groupe Lagardère contrôle Hachette et sa myriade de titres, le groupe Bolloré a conclu une alliance avec Le Monde, et Libération en difficulté a dû faire appel à un partenaire financier, TF1 et sa constellation audiovisuelle sont contrôlées par le groupe Bouygues. On peut, pour se rassurer tenter de minimiser l’impact de cette emprise. Les rédactions sont autonomes, et le propriétaire financier ne tient pas la plume des journalistes. Certes, mais les choses ne sont ni aussi simples, ni aussi claires. Si la plume est libre, les enjeux stratégiques et financiers commandent et influencent donc le contenu du journal. Les autorisations nécessaires pour exploiter les nouvelles technologies comme la TNT sont délivrées par le gouvernement, et on ne peut ignorer que s’ouvrent ainsi de subtils moyens de pression. La période pré-présidentielle explique la montée de la fièvre actuelle. Chaque candidat se préoccupe de sa politique de communication et cherche à pénétrer le subtil réseau d’influence qui construit l’opinion. On n’a pas fini de recenser les interférences entre les médias et les politiques. Mais une chose est sûre : la lutte pour le contrôle des médias est engagée, et on n’a pas fini d’en entendre parler.

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** #$%&$'()$ *++, À la différence des pays anglo-saxons, où il existe une très grande transparence de la vie publique, la tradition française voulait que l’on n’évoquât jamais la vie privée des hommes publics. La loi sur le respect de la vie privée est certes plus stricte en France qu’en Angleterre. Mais ce n’est pas la seule raison du silence sur les mœurs des politiques. Il existait, jusqu’à une époque récente, une frontière subtile entre la vie privée et la vie publique qui reposait sur un pacte non écrit entre journalistes et hommes publics. Les journalistes étaient acceptés dans le cercle intime des politiques à la condition de n’évoquer que les débats et de taire les ébats. Cela n’empêchait pas le tout-Paris d’évoquer dans les dîners en ville les dernières conquêtes ou les ultimes frasques de X ou de Y, mais ces propos ne franchissaient pas les murs des imprimeries ou des studios. Ainsi François Mitterrand a-t-il pu maintenir secrète sa double vie pendant la plus grande partie de ses mandats sans que l’opinion en soit informée. Le pouvoir n’en enquêtait pas moins sur la vie privée de la classe politique. Les rapports des Renseignements généraux comportaient toujours des relations sur le comportement privé des politiques. Tout pouvoir s’intéressait à rechercher des écarts dans la vie de ses adversaires pour y trouver des armes de pression. C’était

la zone rose du pouvoir politique, et il n’était pas bon de franchir la ligne rouge dès lors que l’on se situait dans l’opposition. Cette tradition de silence n’empêchait pas les rumeurs de croître ou de prospérer ou les coups tordus de fleurir. Georges Pompidou en fut ainsi la victime lorsqu’un clan gaulliste qui souhaitait ruiner son accession à la présidence de la République diffusa des photos, vraisemblablement trafiquées, qui exhibaient Claude Pompidou en très galante compagnie. Une première frontière allait assez rapidement être franchie au nom de la vérité : un homme public peut-il prêcher dans sa vie publique des comportements qui sont en contradiction avec sa vie privée ? Par exemple, un ministre peut-il demander la restriction de la loi sur le divorce alors qu’il a une ou plusieurs maîtresses ? C’est à partir de cette faille que les associations d’homosexuels ont menacé certains hommes publics hostiles au PACS de révéler leur penchant homosexuel. Chacun reconnaîtra qu’il faut, au nom du respect dû aux électeurs, exiger que l’homme politique qui se mêle de réglementer la vie privée des citoyens ait un comportement en accord avec ses prises de position. Un second verrou allait à son tour être gravi. De plus en plus de politiques se servent de leur vie privée comme d’un élément de marketing. Ils exhibent leur femme ou leur compagne, affichent leurs enfants, se font photographier sur les lieux de leurs vacances. Ils se déguisent en sportifs du dimanche pour des courses à pied, en cheval ou en voiture. La vie privée devenant ainsi un moyen de conquérir la faveur du public, le paravent qui cachait le côté intime de la personnalité devient transparent.
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La libéralisation des mœurs rétrécit elle-même le champ de la vie privée. Dès lors que la morale devient plus tolérante, il n’y a plus de raison de cacher au bon peuple ce qu’un grand nombre de citoyens pratiquent et, depuis que Michel Rocard a annoncé à tous et à chacun son divorce, les politiques affichent leurs séparations, leurs ruptures ou leurs rapprochements. Les enfants naturels ne choquent plus personne depuis que plus de la moitié des naissances se situent hors mariage, et le divorce ne surprend plus dès lors qu’il s’est banalisé. Un dernier pan de la vie privée des hommes publics est en voie de s’effondrer. Dans une société où la communication prend une part de plus en plus grande, les relations des politiques avec les journalistes sont de plus en plus fréquentes et, c’est la loi de l’espèce, les amours naissent et des couples mixtes journalistes-politiques se forment. La boucle est bouclée. Mais ce sont peut-être ces couples-là qui aspirent le plus au respect sde leur intimité.

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*- #$%&$'()$ *++, À juste raison, on assure qu’en politique un responsable n’est jamais mort. L’acharnement permet à l’homme politique de laisser passer les flux hostiles et de retrouver les vents favorables. L’exemple des Mitterrand ou Chirac qui ont essuyé de multiples échecs avant d’être élus à la magistrature suprême est là pour nous le montrer. C’est ce qu’a dû penser Jospin en amorçant sa candidature à l’élection présidentielle de 2007. Il a tenté de préparer son retour par une stratégie de communication progressive en espérant éveiller l’attention des électeurs et l’intérêt de son parti. Mais la mayonnaise n’a pas pris et il doit aujourd’hui renoncer, assuré qu’il est de ne pas trouver un degré de confiance suffisant. De nombreux handicaps plombaient en effet sa candidature. Son attitude lors de l’échec électoral de 2002 ne plaidait pas en sa faveur. Distancé par Le Pen au premier tour de l’élection présidentielle et éliminé ipso facto de la course, il a abandonné, sous le choc, ses troupes en rase campagne. Il n’a pas montré alors une grande force de caractère. Les partisans de la gauche n’ont pas oublié ce qu’ils ont considéré comme une désertion. Par ailleurs, Lionel Jospin n’a pas gardé une quelconque emprise sur le Parti socialiste alors que