//img.uscri.be/pth/3b43282f3e1f0e7b79c6a9152202bba22f61822c
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 12,38 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

L'esprit arabe enchaîné

De
162 pages
L'esprit arabe enchaîné parle des obstacles qui se posent entre l'esprit arabe et la civilisation moderne. Il traite des faiblesses et des failles culturelles et sociales qui ont mené la majorité des sociétés arabophones contemporaines à s'isoler et à rester barricadées dans leurs convictions. Comment pourra-t-il se libérer de ses chaînes et s'intégrer dans le monde ? La région connaîtra alors la vraie démocratie rêvée par le "Printemps arabe" et pourra la vivre.
Voir plus Voir moins

Tarek HEGGY
L'esprit arabe encha né
L’esprit arabe enchaîné parle des obstacles qui se posent entre
l’esprit arabe et la civilisation moderne. Il traite des faiblesses L'esprit arabe encha né
et des failles culturelles et sociales qui ont mené la majorité
des sociétés arabophones contemporaines à s’isoler de l’âge Traduit par Leila Henein
et à rester barricadées dans leurs convictions. Ce n’est qu’en
surmontant ces obstacles que l’esprit arabe pourra se libérer
de ses chaînes, et que les peuples pourront avancer vers
leur intégration complète dans le monde. C’est alors que la
région connaîtra le sens de la vraie démocratie rêvée par le
« Printemps arabe », et pourra donc la vivre.
Tarek Heggy est un penseur égyptien vu par plusieurs comme
prôneur principal de la modernité des sociétés arabophones
contemporaines. Il est l’auteur de nombreux livres publiés
en plusieurs langues, et lauréat du prix italien « Grinzane
Cavour ». Ancien chef d’une entreprise de pétrole majeure,
il est « Distinguished Senior Fellow » à l’Institut Gatestone
(Conseil de politique internationale à New York), professeur et
professeur invité à des universités mondiales, et co-fondateur
de la Chaire d’études coptes à l’Université américaine du Caire.
L’Université de Toronto a établi la bourse « Tarek Heggy »
pour les MA et PhD en relations juives-musulmanes.
ISBN : 978-2-336-00279-8
16,50
HC_PF_HEGGY_DOS12_ESPRIT_ARABE_ENCHAINE.indd 1 06/09/12 15:00
Tarek HEGGY
L'esprit arabe encha né





L’ESPRIT ARABE ENCHAÎNÉ


Tarek HEGGY








L’ESPRIT ARABE ENCHAÎNÉ


Traduit par Leila Henein










L’Harmattan




































© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2- 336-00279-8
EAN : 9782336002798






Préface

« L’esprit arabe enchaîné » parle des obstacles qui se
posent entre l’esprit arabe et la civilisation moderne. Il
traite des faiblesses et des failles culturelles et sociales qui
ont mené la majorité des sociétés arabophones à s’isoler
de l’âge et à rester barricadées dans leurs convictions. Ce
n’est qu’en surmontant ces obstacles que l’esprit arabe
pourra se libérer de ses chaînes, et que les peuples
pourront avancer vers leur intégration complète dans le
monde. C’est alors que la région connaîtra le sens de la
vraie démocratie, et pourra donc la vivre.










CHAPITRE I
INTRODUCTION À
LA PROBLÉMATIQUE DE L’ESPRIT ARABE

La plupart des gens ont plus d'une personne vivant en
eux. A l'exception des fanatiques qui croient être les
gardiens de la vérité absolue et qui ne doutent pas un
instant que leur point de vue soit l'unique à être vrai, nous
avons, pour la plupart, ce qui semble être deux personnes
en nous, chacune voyant les choses d'une perspective
différente. Ceci est un phénomène sain, car douter des
choses, ou plus précisément douter de notre
compréhension des choses, est l'un des moteurs principaux
de l'évolution. Le doute mène la race humaine à essayer
constamment d'élargir les horizons du savoir, d'apprendre
et de réexaminer sa compréhension à la lumière du
nouveau savoir qu'elle acquit, afin d'atteindre une maturité
intellectuelle toujours supérieure.
En ce qui me concerne, par exemple, je me trouve
toujours tiraillé entre les directions opposées des deux
personnes vivant en moi. L'une représente un homme du
monde de l'administration, formé dans une société
multinationale avant d'atteindre le poste de cadre supérieur
(PDG) d'une compagnie de pétrole internationale. La
compagnie qu'il dirigeait avait une culture provenant, en
mesures égales, de ses racines européennes vénérables et
de la vaste expérience internationale qu'elle a construite
partout dans le monde depuis sa fondation au XIXe siècle.
La deuxième personne représente un homme qui se
livre à sa soif insatiable du savoir depuis son jeune âge, un
9
lecteur vorace fasciné par les sciences sociales et les
grands chefs-d’œuvre de la créativité humaine. Souvent,
les idées de ces deux personnes sont contradictoires,
parfois même conflictuelles. L'une des questions à propos
desquelles elles se heurtent fréquemment est la politique
américaine et européenne envers le Moyen-Orient. Tandis
que l'intellectuel est plein d'admiration envers la
sophistication européenne, l’administrateur est plein de
rage envers l'inefficacité des politiques occidentales. La
rage augmente à cause de sa conscience des motifs et
intérêts économiques derrière ces politiques qui, aux
habitants naïfs du tiers monde, semblent être basées sur
une approche globale idéaliste, pour ne pas dire utopique.
Et tandis que l'intellectuel en moi désespère du manque de
sophistication et souvent de la désinformation des
politiques américaines, l’administrateur croit que l'action
créative et décisive peut affecter les politiques, et en fin de
compte, la mentalité américaine en général.
L'intellectuel aspire à un ordre mondial où toutes les
décisions et les actions sur la scène mondiale seraient
revêtues d'une légitimité internationale, alors que
l’administrateur déplore l'incapacité de la légitimité
internationale à agir rapidement et efficacement dans les
neuf dixièmes des cas.
Lorsque je professe dans des universités et des centres
de recherche aux Etats-Unis, je me trouve parfois à penser
qu'il est dommage que tant de développement ne soit pas
accompagné d'un niveau équivalent de sophistication.
Mais lorsque je professe dans des institutions similaires en
France, je me demande pourquoi tant de sophistication
demeure dans le champ de l'abstrait, pourquoi elle se
contente de s'arrêter à la formulation d'idées élaborées
dans un beau langage sans les traduire en actions efficaces
10
et créatives. Elle semble incapable d'agir, certes ne pas
vouloir agir en premier lieu, car beaucoup de Français,
comme beaucoup d'Arabes, en sont venus à croire que le
son peut remplacer la substance, que les mots parlent plus
fort que les actions !
Je sais que beaucoup de lecteurs dans les pays arabes
seraient choqués que je dise que si j'étais obligé de choisir
une de ces deux approches, je choisirais sans aucune
hésitation l'approche américaine. La raison est que
l’administrateur en moi ne me pardonnerait jamais de
choisir le chemin de l'inaction plutôt que celui de l'action.
A ses yeux, l'action, même si parfois mal guidée, est
préférable à la paralysie qui est malheureusement venue à
caractériser plusieurs positions françaises et arabes
récemment. Il est en même temps conscient, cependant,
que les actions décisives ne peuvent engendrer que des
résultats positifs si elles sont effectuées par ceux qui
rêvent d'un monde gouverné par la primauté du droit, où la
justice et la stabilité règnent, et où chacun sur terre a le
droit de combattre pour le développement et la prospérité,
et de jouir d'une liberté d’opinion sans discrimination et
sans oppression.
Cette approche idéale serait un mélange de l’approche
américaine, l’approche française-européenne et l’approche
arabe, sans les aspects négatifs déployés par chacune. La
conscience me dicte d'inclure dans ce mélange les
éléments positifs de l'approche israélienne, bien que je
sache que ceci offenserait beaucoup de lecteurs arabes.
Evidemment, il faudra d'abord ôter de l'approche
israélienne les défauts qui l'assaillent, résultant de
l'ascendance de l'aile droite, alimentée par le fanatisme
religieux. A vrai dire, en ce qui concerne le fanatisme,
l'intégrisme islamique a plus que trouvé son égal dans
11
l'extrême droite juive. Mais à cause des liens proches que
le Judaïsme a avec la culture occidentale, l'extrémisme
Juif a réussi à projeter une image beaucoup moins
négative que celle de sa contrepartie islamique qui est vue
comme (et est effectivement) détachée du siècle et hostile
à la civilisation occidentale.
Si je devais lister ces approches par ordre de priorité me
basant sur la logique et le pragmatisme, je les classerais
comme suit :
L'approche idéale serait celle qui mélange les
avantages de l'approche européenne à ceux de
l'approche américaine, en évitant tous ou la plupart
de leurs défauts.
Ensuite viendrait l'approche américaine telle quelle
malgré ses aspects négatifs.
Ensuite viendrait l'approche européenne telle quelle
malgré ses aspects négatifs.
Au bout de la liste viendrait ce qu'on appelle
l'approche arabe qui, en fait, n'existe pas. Quelqu'un
pourrait-il prétendre qu'il existe une position arabe
cohérente lorsqu'il s'agit des relations avec le monde
extérieur de la démocratie, du progrès et de la
modernité ? Des droits humains et des droits de la
femme ?
J'ai placé l'approche arabe à la fin car en fait ce n'est
pas du tout une approche, mais un mélange d'émotions,
d'excitabilité et de pensée confuse caractérisée par une
imagination excessive, totalement divorcée de la réalité,
enracinée dans le passé et basée sur des considérations
sectaires et idéologiques, dans un siècle où le sectarisme et
l'idéologie reculent rapidement. De plus, la plupart des
12
xxxx
positions arabes incarnent les défauts que la mentalité
arabe endure (pensée conformiste, rhétorique emphatique,
un manque d'objectivité, une tendance malsaine à fuir dans
le passé dans une tentative nostalgique de reprendre les
gloires qui sont parfois dépourvues de base historique,
etc.)
Pour que tout blâme affleuré contre les politiques des
Etats-Unis soit crédible, le critique doit prouver que son
jugement se veut constructif, et non destructif. Il ne peut
faire ceci qu'en admettant au départ que, malgré les
défauts de leurs politiques, les Etats-Unis sont la puissance
dominante dans le monde, scientifiquement,
technologiquement, militairement et économiquement, et
qu'ils n'auraient pas pu atteindre cette position s'ils
n'étaient pas plus qualifiés que d'autres à la tenir. De plus,
la société américaine fournit l'environnement idéal où ces
compétences et ces talents peuvent fleurir et atteindre les
buts auxquels elles aspirent, et qu'elles méritent. Il est
aussi important d'ajouter qu'alors qu'il n'y a nulle part de
démocratie parfaite, le système démocratique des Etats-
Unis est le plus proche de l'idéal que tout amateur des
libertés démocratiques puisse espérer.
Toutefois, les Etats-Unis sont loin d'être parfaits, et
beaucoup de ce qui se passe dans leur cuisine politique
doit être rectifié. Il en est de même pour l'Europe de
l'Ouest en général et pour la France en particulier. Le
citoyen arabe qui admire certaines des positions françaises
n'est pas conscient que les motifs derrière ces positions
n'ont rien à voir avec la justice et l'intégrité, ou avec la
rage vertueuse pour les droits arabes. Tout en écrivant, j'ai
devant moi plusieurs comptes rendus concernant les
affaires commerciales extensives que les Français et les
Allemands avaient avec l'Irak de Saddam Hussein, ainsi
13
que des rapports sur les revendications de la France d'une
part du butin de la guerre de l'Irak sous forme de contrats
de reconstruction, tous refusés par les Américains. La
mentalité arabe, qui reste isolée du siècle et qui est le
produit d'une culture de poésie grandiloquente invoquant
des gloires imaginaires, est incapable d'assimiler la réalité
d'une manière sobre, réfléchie et dépourvue d'émotions.
Les millions d'Arabes qui se lamentent sur le fait que le
monde est actuellement gouverné par une unique
superpuissance et qu’il se désole de la chute de l'autre
superpuissance - l'Union soviétique - oublient
commodément que les deux premières nations à avoir
reconnu Israël furent les Etats-Unis et l'Union soviétique.
Ils oublient aussi que c'est lorsque le lien Soviet Arabe
était à son plus fort qu'ils subirent la pire défaite de leur
histoire, et qu'ils payent encore le prix de ce qui les
accabla le 5 Juin 1967.
Il est clair d'une lecture objective de l'histoire que la
prééminence dont l'Empire romain a joui dans le passé
lointain, dont l'Empire britannique a joui dans un passé
plus récent et dont les Etats-Unis jouissent aujourd'hui n'a
pas eu lieu grâce à des idées et des théories, mais comme
un résultat impérieux de l'histoire, de la géographie et de
l'économie. Il est donc aussi inutile de protester contre la
suprématie américaine dans le monde d'aujourd'hui, qu’il
ne l'était de protester contre celle de Rome dans le monde
ancien. Protester contre l'inévitable est auto-indulgent et
naïf ; une erreur commise par la majorité écrasante de
l'intelligentsia arabe.
Ce dont la mentalité arabe a besoin à ce stade est une
direction qui puisse la concilier avec le passé (qui ne fut
jamais aussi glorieux que les contes tissés par une
imagination hyperactive ne nous le feraient croire), et le
14
présent qui n'est pas pire qu'il ne l’était auparavant lorsque
d'autres grandes puissances dominaient. Ce dont elle a
besoin, en somme, c'est une direction qui l'induise à jeter
les yeux sur une cible plus réaliste.
En se demandant comment ils peuvent changer la
réalité pour convenir à leurs aspirations, les Arabes se
cognent la tête contre un mur de pierre. Ce qu'ils devraient
se demander à la place, c'est comment se trouver un rôle
dans le contexte de cette réalité. Car, comme on ne peut
espérer changer le fait que le soleil se lève à l'est et jamais
à l'ouest, on ne peut pas non plus changer la réalité du
monde comme il est vraiment.















15