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L'Etat providence face aux opinions publiques

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264 pages
Un vaste panorama des opinions sur l’État providence dans 50 pays, des années 1980 à aujourd’hui.
Pourquoi les Européens sont-ils aussi nombreux à soutenir un État providence fort ? Quels sont les pays où cet attachement est le plus prononcé ? Comment les attentes ont-elles évolué depuis les années 1980 ?
Dans un contexte d’austérité et de remise en question des politiques sociales, l’ouvrage fait le point sur les résultats de plusieurs enquêtes menées dans près de 50 pays du monde. Il dresse un panorama complet des opinions sur l’État providence et explique leurs variations dans le temps et dans l’espace.
Pour les étudiants, il passe en revue la littérature internationale et analyse comment les citoyens forment leurs préférences, en insistant sur les apports et les limites des sondages. Pour les enseignants chercheurs, il aborde également la question clef des dynamiques d’opinion : comment rendre compte des mouvements de l’opinion ? Quels sont les groupes qui les portent ?
Les acteurs du monde politique y trouveront de nombreuses informations sur la légitimité de l’État providence et de ses domaines d’intervention, mais aussi sur les attentes des Français en matière de fraude sociale ou de non-recours aux aides publiques.
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L’État providence face aux opinions publiques
Frédéric Gonthier
Un vaste panorama des opinions sur l’État providence dans 50 pays, des années 1980 à aujourd’hui.
Pourquoi les Européens sont-ils aussi nombreux à soutenir un État providence fort ? Quels sont les pays où cet attachement est le plus prononcé ? Comment les attentes ont-elles évolué depuis les années 1980 ?
Dans un contexte d’austérité et de remise en question des politiques sociales, l’ouvrage fait le point sur les résultats de plusieurs enquêtes menées dans près de 50 pays du monde. Il dresse un panorama completdesopinionssurlÉtatprovidenceetexpliqueleursvariationsdans le temps et dans l’espace.
Pour les étudiants, il passe en revue la littérature internationale et analyse comment les citoyens forment leurs préférences, en insistant sur les apports et les limites des sondages. Pour les enseignants-chercheurs, il aborde également la question clef des dynamiques d’opinion : comment rendre compte des mouvements de l’opinion ? Quels sont les groupes qui les portent ?
Les acteurs du monde politique y trouveront de nombreuses informa-tions sur la légitimité de l’État providence et de ses domaines d’inter-vention, mais aussi sur les attentes des Français en matière de fraude sociale ou de non-recours aux aides publiques.
FRÉDÉRIC GONTHIERest maître de conférences HDR de science politique à Sciences Po Grenoble, directeur de l’équipe Gouvernance et membre du conseil de direction du laboratoire Pacte-CNRS. Ses recherches portent sur les attitudes à l’égard de l’État providence et du libéralisme économique en France et en Europe.
9 782706 126635
Presses universitaires de Grenoble 15, rue de l’Abbé-Vincent 38600 Fontaine
ISBN 978-2-7061-2663-5(e-book PDF)
L’État providence face aux opinions publiques
Le code de la proprété ntellectuelle n’autorsant, auX termes de l’artcle L. 122‑5, 2° et 3° a, d’une part, que les « copes ou reproductons strcte‑ ment réservées à l’usage prvé du copste et non destnées à une utlsaton collectve » et, d’autre part, que les analyses et les courtes ctatons dans un but d’eXemple et d’llustraton, « toute représentaton ou reproducton ntégrale ou partelle fate sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants drot ou ayants cause est llcte » (art. L. 122‑4). Cette représentaton ou reproducton, par quelque procédé que ce sot, consttuerat donc une contrefaçon sanctonnée par les artcles L. 335‑2 et suvants du code de la proprété ntellectuelle.
Créaton de couverture : Cornne Tourrasse Relecture : Chrstne Bortot Mse en page : Mathlde Pruneault
© Presses unverstares de Grenoble, mars 2017 15, rue de l’Abbé‑Vncent – 38600 Fontane pug@pug.fr/www.pug.fr
ïSBN 978‑2‑7061‑2663‑5(e-book PDF)
L’ouvrage paper est paru sous la référence ïSBN 978‑2‑7061‑2662‑8
Frédéric Gonthier
L’État providence face aux opinions publiques
Presses universitaires de Grenoble
DANSLAMÊMECOLLECTION
Libres cours POLITIQUE T. Roufreyt,Les socîalîstes françaîs face à la Troîsîème voîe brîtannîque. Vers un socîal-lîbéralîsme à la françaîse (1997-2015),2016 P. Warn,Le non-recours aux polîtîques socîales, 2016 M. Arrgnon,Gouverner par les încîtatîons. Les nouvelles polîtîques socîales en Europe, 2016 A. Revllard,La cause des femmes dans l’État. Une comparaîson France-Québec, 2016 A. Franços, R. Magn‑Berton,Que pensent les penseurs ? Les opînîons des unîversîtaîres et scîentîiques françaîs, 2015 Y. Deloye, O. ïhl, A. Jognant (dr.),Gouverner par la scîence: perspectîves comparées, 2013 G. Gourgues,Les polîtîques de démocratîe partîcîpatîve, 2013 M. Hollard, G. Saez (dr.),Polîtîque, scîence et actîon publîque. La référence à Pîerre Mendès France et les débats actuels, 2010 C. Bdégaray, S. Cadou et C. Pna,L’élu local aujourd’huî, 2009 M. Chauchat,Vers un développement cîtoyen. Perspectîves d’émancîpatîon pour la Nouvelle-Calédonîe, 2006 J.‑L. Chabot,Aux orîgînes întellectuelles de l’Unîon européenne. L’îdée d’Europe unîe de 1919 à 1939, 2005
Introduction
n défnt souvent l’État provdence comme la réponse nsttutonnelle à O une queston de justce socale formulée de la façon suvante : comment une socété devrat‑elle allouer ses ressources à des ndvdus ou à des groupes dont les besons sont dfférents, et dont les attentes sont potentel‑ lement concurrentes ? Cette défnton d’nspraton économque masque un élément mportant. L’État provdence ne se lmte pas à dstrbuer ou à redstrbuer des bens et des rchesses. ïl vse auss à préserver le len socal en protégeant les ndvdus contre les rsques soco‑économques, et en compen‑ sant les négaltés générées par « le marché ». ïl repose en ce sens sur une économe poltque et morale (Mau, 2003 ; Svallfors, 2006) dont l’objectf est d’assurer la cohéson socale en garantssant des chances de réusste et des standards de ve qu permettent un égal accès auX opportuntés socales.
ïl est courant de vor dans l’État provdence une nventon européenne, caractérsée par la présence de poltques socales généreuses et d’attentes socales ben enracnées dans l’opnon. En Europe, l’État provdence s’est e construt à partr de la fn du xîx sècle autour de l’dée que le marché du traval état un marché partculer, et que le traval salaré devat être protégé par la garante de drots socauX. L’État est ans ntervenu dans la drecton de l’économe pour assurer, selon l’eXpresson de Karl Polany, l’« autodéfense de la socété » contre les dysfonctonnements du lbre marché du traval, de la terre et de l’argent (1983, p. 192). ïl a progressvement élaboré un système étendu de protectons socales, à partr des los sur les accdents du traval, l’assurance‑malade, les retrates et le chômage (Desrosères, 2003).
Aujourd’hu, pluseurs dagnostcs sont portés sur l’État provdence. Depus la paruton d’un rapport de l’OCDE nttuléLa crîse de l’État protecteur(1981), on a prs l’habtude de dstnguer tros grands types de dffcultés. Le premer a trat à la solvablté de l’État provdence : le ralentssement de la crossance économque et l’augmentaton des besons socauX ren‑ draent dffcle le fnancement des poltques socales. La fn du régme
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de crossance, ms en place après la seconde guerre mondale, entranerat une hausse néluctable des prélèvements oblgatores qu serat préjudcable à la prospérté économque.
Le second type de dffcultés est lé à l’effcacté de l’État provdence. Celu‑ c serat ncapable de résorber le chômage de masse qu s’nstalle partout en Europe. ïnadaptées auX besons des socétés européennes à la démographe vellssante, les poltques redstrbutves ne permettraent plus d’endguer la progresson des négaltés soco‑économques.
Enfn, l’État provdence ferat face à une profonde crse de légtmté : la soldarté natonale, basée sur un système jurdque de protecton collectve, ne suffrat plus à répondre à la progresson des valeurs ndvdualstes. De nouvelles attentes socales, fondées sur des formes plus nterpersonnelles de soldarté, se feraent jour. Les mécansmes de prélèvements et de pres‑ tatons socales ms en place par l’État provdence ne permettant pas de les satsfare, les ctoyens adopteraent de plus en plus volonters des logques de prvatsaton des rsques socauX.
Plus récemment, d’autres arguments ont été nvoqués pour soulgner les nouveauX enjeuX auXquels l’État provdence est confronté. À la pérode d’eXpanson de cnquante ans qu a suv la seconde guerre mondale, a suc‑ cédé ce que certans ont appelé une « ère d’austérté permanente » (Person, 2001, 2002). Celle‑c prend la forme d’une combnason de contrantes eXternes et de pressons nternes auX États natonauX.
La globalsaton des échanges et l’nternatonalsaton des économes remettent tout d’abord en queston les capactés redstrbutves des États provdence européens (Korp et Palme, 2003). Même s les effets de l’ntensfcaton de la concurrence nternatonale varent d’un pays à un autre, ls rédusent les marges de manœuvre des gouvernements pour répondre auX attentes ctoyennes en matère d’emplo, de sécurté socale ou d’égalté (Scharpf et Schmdt, 2000). Les contrantes supranatonales émanant de l’Unon euro‑ péenne restregnent elles auss l’autonome des États : dérégulaton fnancère dmnuant l’autonome des poltques monétares; lmtatons des poltques budgétares, notamment des dépenses socales ; développement des modes de régulaton collectve basés sur les normes de compéttvté, etc. Ben que la presson d’adaptaton auX normes européennes pusse être contournée (Saurugger et Terpan, 2015), l’nterventon crossante de l’UE transforme les condtons dans lesquelles les poltques socales sont produtes et négocées (Taylor‑Gooby, 2004).
D’autre part, pluseurs facteurs démographques, socauX et économques (comme l’allongement de l’espérance de ve, l’évoluton des modèles famlauX
INTRODUCTîON
et des formes de ve conjugale, les transformatons du marché du traval et des normes d’emplo, l’effrtement des soldartés de classe et de l’acton syndcale, etc.) se conjuguent pour entraner de « nouveauX rsques socauX » lés à la précarté et à l’eXcluson (Armngeon et Bonol, 2006 ; Taylor‑ Gooby, 2005). Le coût crossant des prestatons socales, la basse des recettes publques et la presson fscale accrue en pérode d’austérté économque produsent des effets cseauX qu contrbuent à durcr la tenson entre une eXgence de justce socale et un mpératf d’effcacté économque.
Crossance molle, chômage structurel, compétton nternatonale, vells‑ sement de la populaton, mmgraton et ntégraton européenne, etc., tous ces éléments nterrogent l’adaptaton du modèle socal européen auX socétés post‑ndustrelles. S lesscenarîîcatastrophstes prédsant un nvellement par le bas des poltques publques (race to the bottom) ne se sont pas réalsés (Castles, 2004), la phase d’eXpanson des États provdence a clarement cédé la place à un nouveau modèle poltque de l’État provdence (new polîtîcs of the welfare state). Celu‑c est centré sur un contrôle renforcé des coûts et de l’effcacté des dépenses, couplé à des réductons modérées de servces et de prestatons socales (Person, 1996, 2001 ; Taylor‑Gooby, 2002).
Jusque‑là plutôt contenues, ces réductons se sont accélérées dans pluseurs pays avec les mesures d’austérté renforcées sute à la Grande Récesson de 2008‑2009, pus avec la crse de la dette dans la zone euro depus 2010. Pour autant, ben qu’on observe une convergence nsttutonnelle autour de la queston de l’effcacté des prestatons et de la matrse de leurs coûts, les réformes mses en œuvre dans la plupart des États européens prennent des formes très varables. Elles se coulent le plus souvent dans les spécfctés des cadres jurdques, économques et culturels natonauX (Paler, 2010).
À l’argumentare des contrantes pesant sur la soutenablté de l’État pro‑ vdence, vennent s’ajouter des rhétorques plus normatves. La légtmté de l’État provdence fat depus longtemps l’objet de crtques nourres en 1 Europe . La queston de ses conséquences plus ou mons dysfonctonnelles est une queston récurrente dans le débat publc. Les détracteurs de l’État provdence consdèrent que ses effets négatfs l’emportent largement sur ses effets postfs. D’un côté, les économstes lbérauX estment surtout que les poltques redstrbutves font obstacle à la fleXblté du marché de l’emplo, et que les prestatons socales alourdssent le coût du traval (Gough, 2001). D’un autre côté, les tenants du lbéralsme moral mettent plutôt en avant
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C’est auss le cas auX États‑Uns, où la queston de la crse de l’État provdence travalle le débat publc depus au mons les années 1960 (Ren et Heclo, 1973).
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les conséquences moralement délétères de l’État provdence. Quand ls ne le rejettent pas en rason de ses effets prétendument désnctatfs sur l’autonome et la responsablté ndvduelles, ls l’accusent de dssoudre le len socal et les formes tradtonnelles de soldarté collectve. Ces argu‑ ments rejognent ceuX des chrétens‑démocrates et des communautarens, qu s’nquètent euX auss du fat que les programmes socauX pourraent mner les bases de la confance nterpersonnelle en favorsant l’égosme et l’solement ndvduel (Etzon, 1993).
Par alleurs, les référentels de justce socale moblsés par l’État provdence se sont multplés à mesure que s’est développé le cblage des poltques socales sur dfférentes catégores d’ayants drot. L’équté, la reconnassance, la dversté ou la dscrmnaton postve font désormas parte du répertore des justfcatons de l’acton publque, à côté du beson, de l’égalté ou du mérte (Benn Mchaels, 2009). Or, ces référentels sont susceptbles d’apparatre comme contradctores quand le fnancement des poltques socales pose problème. D’autant qu’ls font auss l’objet, dans le champ poltque, de stratéges d’appropraton symbolque et d’usages électoralement ntéressés. Oscllant souvent entre volontarsme médatque et mpussance face au marché, le dscours des éltes poltques peut par eXemple être perçu comme légtmant, snon un désengagement de l’État, au mons un réaménagement de ses modes d’nterventon. Ces facteurs tendent à brouller l’mage d’un État provdence réducteur des négaltés (Gonther, 2008).
ïl ne faut cependant pas surestmer l’mpact de ces rhétorques. Le dévelop‑ pement de l’État provdence et l’eXtenson des drots socauX ont produt une clentèle de bénéfcares très attachés au manten de leurs acqus socauX. À la dfférence des coaltons poltques précédentes qu s’appuyaent surtout sur des denttés et des ancrages partsans pour défendre les drots socauX (typquement, les parts poltques, le mouvement ouvrer et les syndcats), cette nouvelle clentèle recrute dans toutes les couches de la socété. Elle est davantage mue par ses ntérêts et par l’dée d’un contrat socal mplcte entre gouvernants et gouvernés.
Le large souten que les opnons publques européennes accordent à l’État provdence fat donc du désengagement de l’État une queston très rsquée pour les éltes poltques. Pour certans auteurs, les bénéfcares de l’État provdence et les groupes d’ntérêt formés autour d’euX, consttuent d’al‑ leurs un rempart très effcace contre la réducton des servces publcs et des prestatons socales (Person, 1994).
Mas les crtques récurrentes de l’État provdence ne sont pas sans effets. Elles mprègnent le débat ctoyen, mettant par eXemple aujourd’hu à l’agenda
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