L'ÉTHIQUE DANS LA SOCIÉTÉ DE L'INFORMATION

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Le questionnement éthique surgit avec une acuité renouvelée dans les différentes sphères de la vie sociale. Les questions éthiques sont soulevées de partout comme des signaux d'alarme qui retentissent du cœur des nations, mais aussi et surtout du cœur des citoyens de la planète que d'aucuns nomment cyberplanète. En quoi nos pratiques communicationnelles individuelles, collectives et institutionnelles posent-elles des questions éthiques ? Quelles ont ces questions ? Et quelles sont les réponses avancées ou qui peuvent être proposées ?
Publié le : dimanche 1 juillet 2001
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EAN13 : 9782296222564
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LA SCCÉTÉ DE LIVOBIA ON»
?L'ÉTHIQUE
DANS
- « LA SOCÉTÉ DE L'IXFORWIATIO\
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PATRICK J. BRUNET
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http: / /www.ulaval.ca/pul TABLE DES MATIÈRES
Liminaire 1
CHAPITRE 1
L'éthique de la responsabilité individuelle dans
« la société de l'information »
PATRICK1 BRUNET 7
1 La redéfinition du réel et des rapports espace-temps 9
2 Les savoirs : nouveaux modes d'accès et d'acquisition 11
3 Deux visions, deux discours : l'angélisme ou le démonisme 12
4 La nécessité de l'éthique de la responsabilité individuelle
ou l'agir responsable 13
5 Vers un nouveau lien social (électronique) 14
6 Objectivation du sujet et instrumentalité de la raison 15
7 L'universalisme revisité 18
8 Que signifie « être responsable » ? 20
9 Développer un regard et une écoute éthiquement responsables 24
10 La nécessité d'une autorité 25
Bibliographie 29
CHAPITRE 2
L'éthique et la déontologie
comme éléments de la légitimité du journalisme
MARC-FRANÇOIS BERNIER 33
Le processus de légitimation 34 37
Dominer la règle dominante 38
Attentes réalistes 39
Le principe d'imputabilité 42
CHAPITRE 3
Remarques sur le journalisme et la presse au regard
de la discussion dans l'espace public
ALAIN LÉTOURNEAU 47
1 L'espace public : la position de Habermas (en 1962) 48
2 L'effort qui a consisté à dégager l'éthique de la discussion 50
3 L'espace public dans Droit et démocratie 52
3.1 La notion de société civile 53
3.2 Les attentes normatives à l'égard de la presse 59
VIII L'ÉTHIQUE DANS « LA SOCIÉTÉ DE L'INFORMATION »
4 L'espace public : remarques synthétiques 62
5 Les thèmes d'intérêt public 67
CHAPITRE 4
L'éthique de la communication organisationnelle :
une analyse paradigmatique et fondationnelle
Jo M. KATAMBWE 73
1 Le cadre conceptuel de l'analyse 74
1.1 Les paradigmes 75
1.2 Les métaphores 77
2 Processus et structures de communication 80
3 Les théories normatives de l'éthique organisationnelle 85
3.1 La théorie de l'agence 86
3.2 La théorie des enjeux 88
3.3 La théorie du contrat social 89
3.4 Les théories de l'agir communicationnel 91
4 L'éthique de la communication organisationnelle 93
5 Un test d'ambiguïté 98
Bibliographie 100
CHAPITRE 5
Les enjeux culturels et éthiques d'Internet
MARIE-CLAUDE VETTRAINO-SOU LARD 103
Éthique, morale, déontologie... et législation 103
1 Respect de la culture et des cultures 105
1.1 La quantité : une valeur en soi 105
1.2 La préservation des cultures 108
2 Respect de la vie privée 110
2.1 Le consommateur... avant le citoyen 110
2.2 Piratage des utilisateurs 111
2.3 Le respect de la vie privée du salarié 113
2.4 Le respect de l'image 114
2.5 Les États : premiers pirates des citoyens 7 115
2.6 La protection des enfants 116
CHAPITRE 6
L'éthique et le multimédia
CLAIRE BÉLISLE 119
Délimitation du champ multimédia considéré 121
Une réflexion éthique : cadre et horizon pour
la pratique médiatique 122
Questions éthiques ayant trait au contenu des multimédias 125
TABLE DES MATIÈRES I X
Questions éthiques ayant trait à la pratique du multimédia 125
Questions éthiques ayant trait à l'intégration
des technologies multimédias dans la culture contemporaine 126
Thèmes de questionnement 126
Rapport au réel que les représentations mutimédias
voilent/révèlent et transformation de l'équilibre
entre la sensibilité et la raison 127
Réappropriation de l'activité de penser et
développement de la pensée critique 128
Recomposition des identités ancrées
dans des réseaux relationnels 130
Vers une redécouverte de l'éthique 131
Bibliographie 132
CHAPITRE 7
À la recherche d'une éthique différente
pour les médias
GUY MARCHESSAULT 135
État de la question 136
Vers une approche plus globale de l'éthique par le langage 139
CHAPITRE 8
Le statut épistémologique de la morale et de l'éthique
dans l'appréciation de la réalité médiatique
STANISLAW SOKOLOWSKI 145
L'éthique et la morale chez Bochenski 146
La crise morale ou la crise de la morale 149
En guise de conclusion : la proposition critique de Karl Popper . . . 152
CHAPITRE 9
Les enjeux éthiques de l'aide internationale :
intervention utilitaire ou développement durable
SIBRY j. M. TAPSOBA 155
1 Les différentes formes de l'aide internationale 157
1.1 L'aide en nature 157
1.2 L'aide commerciale 158
1.3 L'aide financière ou en espèces 158
1.4 L'assistance technique 159
2 Les fondements stratégiques de l'aide 159
2.1 Les raisons politiques et géostratégiques 159
2.2 Les raisons économiques 160
2.3 Les raisons morales et humanitaires 161
X L'ÉTHIQUE DANS « LA SOCIÉTÉ DE L'INFORMATION
3 Pourquoi et comment assurer l'efficacité de l'aide 162
3.1 Une aide efficace ne bénéficierait pas qu'aux pays pauvres 162
164 3.2 L'aide peut être efficace
4 Médias et efficacité de l'aide 165
4.1 Diagnostiquer les problèmes des populations
et leurs implications 167
4.2 Servir de support à un dialogue interactif entre les acteurs 167
Bibliographie 168
CHAPITRE 10
L'éthique des comités d'éthique
dans les universités
YAO ASSOGBA 169
1 Le problème : les pièges qui guettent
les comités d'éthique en sciences sociales 170
2 Les fonctions fondamentales de la sociologie 171
3 «Le savant et le politique » 174
4 Repères pour la définition de l'éthique
des comités d'éthique de la recherche universitaire 177
Bibliographie 182
CHAPITRE 11
L'éthique de l'information scientifique :
le cas des organismes génétiquement modifiés (OGM)
SYLVESTRE-JOSÉ-TIDIANE MANGA 183
Les enjeux reliés à l'information du consommateur 186
Les arguments contre l'information du consommateur :
la position de l'industrie de la biotechnologie
et de certains pouvoirs publics 187
Les arguments en faveur de l'information du consommateur :
les craintes de la maladie et les enjeux éthiques et moraux 190
Le consommateur désire être renseigné sur les conséquences
de l'utilisation des OGM dans l'agriculture et l'alimentation. . . . 196
Les principaux canevas utilisés pour informer le consommateur 199
À propos d'information : clarté ou louvoiement 7 201
Limites des méthodes de détection des OGM 202
Le coût de l'information 205
Difficultés d'ordre politique 206
Et quand les médias et la publicité s'y mêlent,
on ne peut s'y démêler ! 208
Perspectives internationales de l'information sur les OGM 210
Notices biographiques 213
LIMINAIRE
BRUNET PATRICK J.
Université d'Ottawa
À l'heure où des réseaux d'information et de communication se
tissent autour de la planète; à l'heure où les organisations nationales et
internationales tentent, d'une crise à l'autre, de trouver des solutions
aux problèmes, par exemple, de la répartition des richesses, de l'équi-
libre économique et financier, et du respect des choix politiques, cultu-
rels et religieux des nations, le questionnement éthique surgit avec une
acuité renouvelée dans les différentes sphères de la vie sociale. En ce
début de XXIe siècle, il convient de s'interroger — dirons-nous par exi-
gence éthique ? — sur le surgissement de l'éthique, puisqu'il semble à
la fois revêtir un caractère d'urgence et de nécessité. Les questions
éthiques sont soulevées de partout comme des signaux d'alarme qui
retentissent du coeur des nations, mais aussi et surtout du coeur des
citoyens de la planète que d'aucuns nomment cyberplanète.
C'est de ce questionnement que les différents articles qui compo-
sent cet ouvrage se font l'écho, et ce, plus particulièrement en ce qui a
trait à la dimension communicationnelle de l'éthique. En quoi nos pra-
tiques communicationnelles individuelles, collectives et institution-
nelles posent-elles des questions éthiques ? Quelles sont ces questions ?
Et quelles sont les réponses avancées ou qui peuvent être proposées ?
L'ouvrage présente une synthèse des différents enjeux éthiques
soulevés par nos pratiques communicationnelles et culturelles, tant à
l'intérieur même de ces pratiques (depuis les énoncés de projets
jusqu'à leur exécution, en passant par l'ensemble des relais et des
intervenants-acteurs de ces pratiques) qu'à l'extérieur, c'est-à-dire
dans leur déploiement et leur portée sur le plan local, national ou
international (depuis le mode de diffusion-transmission jusqu'à 2 L'ÉTHIQUE DANS « LA SOCIÉTÉ DE L'INFORMATION »
l'accès aux différents récepteurs—observateurs—consommateurs, en
passant par les différents relais et acteurs de transmission).
Les articles' portent sur des thèmes concernant notamment le
questionnement et la redéfinition des fondements philosophiques et
théologiques de l'éthique dans la sphère communicationnelle, les pra-
tiques journalistiques à la remorque des scandales politiques, les cri-
tères présidant aux choix de programmation des télédiffuseurs (intérêt
public ou sensationnalisme), les choix esthétiques des messages publici-
taires et les inévitables enjeux éthiques qu'ils soulèvent, la responsabi-
lité individuelle et collective face à l'usage des nouvelles technologies
de l'information et de la communication, les disparités Nord-Sud en
matière de développement et d'implantation des réseaux électroniques
d'information, la qualité des relations interpersonnelles face aux
usages des technologies de la communication.
Mon article « L'éthique de la responsabilité individuelle dans "la
société de l'information" » montre en quoi la responsabilité indivi-
duelle en matière de conception et de réception des produits média-
tiques s'avère une des valeurs à la fois fondatrices et nécessaires au
maintien de la viabilité des sociétés modernes et postmodernes. Les nou-
velles technologies de l'information et de la communication instaurent
des façons précises de percevoir le réel. Dans cette perspective, com-
ment les rapports espace-temps sont-ils redéfinis ? Quels sont les nou-
veaux modes d'accès aux savoirs et d'acquisition de ceux-ci ? Sur quoi
le lien social repose-t-il ? Autant de questions que soulève l'intrusion
des technologies de l'information et de la communication tant dans la
sphère collective que dans la sphère individuelle. En contrepoint des
perspectives fonctionnalistes à courte vue qui visent à analyser ces
technologies, entre autres, en fonction de leur impact ou de leurs effets,
je porte plutôt ma réflexion sur le positionnement du citoyen face à
l'usage qu'il peut, qu'il doit ou qu'il veut faire de ces technologies. Ce
positionnement relève de l'agir et, implicitement, de l'éthique. À partir
de la présentation de discours dominants en matière de technologies
de l'information et de la communication et de ceux de l'éthique, mon ana-
lyse met l'accent sur la valeur de la responsabilité individuelle comme
valeur ultime et indispensable à l'organisation sociale planétaire.
1. La majorité a fait l'objet, en version abrégée, de communications présentées le
12 mai 1999, à l'Université d'Ottawa, au 67' Congrès de l'Association canadienne
française pour l'avancement des sciences, qui s'est tenu du 10 au 14 mai 1999.
LIMINAIRE
L'article de Marc-François Bernier « L'éthique et la déontologie
comme éléments de la légitimité du journalisme » fait le point sur la
crédibilité et la légitimité du journalisme. La société dite de l'informa-
tion fait appel à une multiplicité de modes communicationnels et
informationnels. Dans ce contexte, on assiste à une confusion des
genres communicationnels qui menace d'étioler la spécificité de la
fonction journalistique. Or, la tâche journalistique vise en premier lieu
à offrir aux citoyens d'un pays une information juste et d'intérêt
public. Cette double fonction est, semble-t-il, mise en péril; aussi, il est
à la fois nécessaire et urgent de retrouver et d'expliciter les sources de
la légitimité du journalisme. Pour traiter de cette question, l'auteur fait
appel aux notions de représentativité du contrat social, aux couples
liberté—responsabilité et éthique—déontologie, ainsi qu'à la notion
d'imputabilité des journalistes. À une époque où la tendance est à la
judiciarisation des conflits entre les organes de presse et des publics
victimes de la presse écrite, la réflexion sur l'éthique et la déontologie
de la profession journalistique, ainsi que le modèle présenté dans cet
article sont des plus pertinents.
Dans ses «Remarques sur le journalisme et la presse au regard de
la discussion dans l'espace public », Alain Létourneau, quant à lui,
s'attarde à l'éthique du journalisme à partir des concepts d'espace
public et de discussion. Pour ce faire, il est conduit à préciser le concept
d'espace public et à circonscrire la notion de délibération démocratique
dans le contexte d'une éthique de la discussion. Enfin, il montre en quoi
le journalisme peut être appelé à jouer un rôle plus réflexif, et comment
l'éthique du journalisme pourrait être renouvelée par les probléma-
tiques de l'éthique de la discussion. Dans cette perspective, l'apport des
travaux de Hans Jürgen Habermas est avantageusement traité et riche-
ment analysé dans cet article où l'argumentation fait loi.
Toujours en rapport avec les travaux d'Habermas, l'article de
Jo M. Katambwe, « L'éthique de la communication organisationnelle :
une analyse paradigmatique et fondationnelle », introduit la théorie de
l'agir communicationnel en complément des différentes théories norma-
tives de l'éthique organisationnelle. Il s'agit de retrouver derrière ces
théories les implicites ontologiques et épistémologiques qui justifient les
différentes conceptions du fonctionnement organisationnel. À partir de
ces conceptions, l'analyse permet de restituer les processus et les struc-
tures de communication qui y correspondent, de manière finalement à
déduire les impératifs éthiques de la communication organisationnelle. 4 L'ÉTHIQUE DANS «LA SOCIÉTÉ DE L'INFORMATION»
Cette démarche est innovatrice dans la mesure où il n'existe aucune
recherche systématique sur les fondements de l'éthique des systèmes de
communication organisationnelle. Le paradigme qu'il décrit est le fruit
d'un riche travail de synthèse des différents modèles de la communi-
cation organisationnelle et d'une analyse de leur portée dans la sphère
éthique.
L'article «Les enjeux culturels et éthiques d'Internet », de Marie-
Claude Vettraino-Soulard, aborde la question cruciale de l'éthique
associée au réseau électronique Internet, et ce, en rapport avec la
dimension culturelle. Puissant moyen de diffusion culturelle, Internet
soulève des questions qui relèvent de considérations éthiques et de
pratiques déontologiques. Faut-il réglementer Internet ou croire à une
autorégulation ? Les cas de la France et des États-Unis sont analysés et
permettent le développement d'une réflexion de portée universelle.
L'auteure préfère remplacer la formulation courante «On trouve tout
sur Internet » par « On trouve de tout sur Internet ». Cette distinction
d'apparence anodine pose en réalité une question de fond, celle des
contenus et de l'intérêt public. Il est en tout cas urgent et nécessaire de
s'interroger sur les relations entretenues par le réseau électronique
mondial de l'information et de communication et les préoccupations
éthiques individuelles et collectives.
C'est à partir d'une série de questions nouvelles propres aux
technologies de l'information et de la communication actuelles que se
déploie l'article de Claire Bélisle, « L'éthique et le multimédia ». L'accès
interactif qui fait de tout lecteur un auteur potentiel avec la possibilité
de copie invisible (seamless) de textes, de musiques ou d'images pose
des questions précises. Qu'est-ce qu'un auteur ? Doit-il rendre compte
de ses emprunts ? Si l'on considère le domaine de l'art par exemple, il
y a toujours eu réutilisation de matériaux existants, mais jamais avec
les possibilités actuelles de réappropriation qu'offrent les nouvelles
technologies. Qui est responsable de l'équilibre actuel du rapport entre
la stimulation sensorielle du multimédia et la stimulation intellectuelle
indispensable ? S'agit-il des auteurs, des usagers ou des distributeurs ?
Qui décide s'il faut stimuler la pensée ou l'engourdir, stimuler les sens
ou les mettre à l'écart par une distance critique ? Autant de questions
d'ordre éthique auxquelles l'auteure s'attelle en y apportant des
réponses.
LIMINAIRE 5
Guy Marchessault, dans son article « À la recherche d'une
éthique différente pour les médias », s'interroge sur la pertinence de
considérer l'éthique à partir de la structure même de la communica-
tion. Cette proposition est le résultat du constat selon lequel toute con-
sidération de valeurs unanimement reconnues est de nos jours rejetée
au bénéfice d'un relativisme ravageur et triomphant. Ce relativisme
s'est developpé en Occident à compter du XVIe siècle, s'est renforcé au
Siècle des lumières, et triomphe depuis la postmodernité. C'est à partir
de ce relativisme en matière d'éthique des médias que l'auteur entre-
voit la possibilité d'une approche de l'éthique qui tienne compte sur-
tout des jeux de langage, dont les travaux de John Langshaw Austin
parmi d'autres se font l'écho.
C'est dans le contexte de la communication publique que Sta-
nislaw Sokolowski pose la question du bien-fondé du discours éthique
dans le discours critique des médias. Son article «Le statut épistémolo-
gique de la morale et de l'éthique dans l'appréciation de la réalité
médiatique » fait valoir la difficile existence de tout discours éthique
dans le contexte actuel de crise de la morale. S'appuyant particuliè-
rement sur les oeuvres de Joseph Maria Bochenski et de Karl Popper,
l'auteur montre en quoi le vide moral éclipse du même coup l'objet de
réflexion de l'éthique. La question du droit en matière d'éthique des
médias émerge là où le vide s'est installé. Dans une telle situation, un
contrôle étatique des médias devient-il un mal nécessaire ?
Enfin, les trois articles qui terminent l'ouvrage traitent de
l'éthique communicationnelle dans des dimensions spécifiques à ce
que nous nommons la société de l'information. Il s'agit de l'éthique des
médias dans les rapports Nord-Sud, de l'éthique de la recherche uni-
versitaire et de l'éthique de la communication scientifique.
On ne peut traiter de l'éthique dans la société de l'information
sans entendre la voix du sud, à l'heure des réseaux planétaires. C'est
l'objet de l'article de Sibry Tapsoba, intitulé «Les enjeux éthiques de
l'aide internationale : intervention utilitaire ou développement
durable ». L'auteur s'interroge sur la portée de l'aide internationale et
les implications éthiques des médias occidentaux traitant des pays en
développement. Après la présentation et l'analyse des différentes
formes de l'aide internationale et de ses fondements stratégiques,
l'auteur revendique la nécessité de repenser la politique d'aide des
pays riches aux pays pauvres, dans la perspective d'une réelle efficacité.
L'ÉTHIQUE DANS « LA SOCIÉTÉ DE L'INFORMATION » 6
Ce qui apparaît, c'est que les rapports entre les deux mondes sont tou-
jours vus comme des rapports d'exploitation, au détriment de considé-
rations d'équité et d'éthique. Le devoir de justice des pays du nord à
l'endroit des pays du sud est une dimension quasi absente parmi les
mobiles dictant les politiques de l'aide internationale. Dans la perspec-
tive d'une vision nouvelle des rapports Nord-Sud, le rôle des médias
est capital et leur responsabilité éthique déterminante.
La recherche universitaire portant sur des sujets humains fait
l'objet, ces dernières années encore davantage, de questionnements
éthiques nombreux. Se sont constitués au fil des années des comités
d'éthique et de déontologie qui visent à répondre aux problèmes
propres aux recherches universitaires impliquant des êtres humains.
Dans son article «L'éthique des comités d'éthique dans les univer-
sités », Yao Assogba interroge la légitimité de ces divers comités et
l'autorité à partir de laquelle ils sont censés opérer. Quelle est l'éthique
des comités d'éthique ? Après un tour d'horizon des effets pervers de
ces comités, l'auteur propose une démarche et un contenu de la nor-
mativisation des comités d'éthique en sciences sociales et en sciences
humaines.
Enfin, l'éthique de la communication scientifique clôt l'ouvrage
avec l'article de Sylvestre-José-Tidiane Manga «L'éthique de l'infor-
mation scientifique : le cas des organismes génétiquement modifiés
(OGM) ». L'auteur fait la lumière sur l'épineuse question des OGM et
de leurs enjeux économiques et commerciaux. Au-delà de la logique
marchande, c'est de l'ordre de la création des règnes végétal et animal
dont il est question avec les OGM. Le mélange des espèces pose incon-
testablement une question éthique. La science associée aux intérêts
économiques purs ne peut faire fi de l'intérêt public lorsqu'elle
demeure silencieuse sur les risques liés à l'ingestion d'organismes
génétiquement modifiés. L'article soulève la question de fond de la
qualité de l'information scientifique livrée au public sur ce sujet.
Par les différents sujets traités dans chacun des articles,
l'ensemble des champs qu'embrasse l'éthique de la communication
nous semble couvert. C'est en tout cas le défi que l'ouvrage tente de
relever.
CHAPITRE 1
L'ÉTHIQUE DE LA RESPONSABILITÉ
INDIVIDUELLE DANS
« LA SOCIÉTÉ DE L'INFORMATION »
PATRICK,/. BRUNET
Université d'Ottawa
Le développement technologique en matière d'information et de
communication constitue sans contredit l'un des bouleversements
majeurs de la fin du XXe siècle. Prémisse ou signe avant-coureur d'un
changement plus radical, ce bouleversement que d'aucuns nomment
« la révolution électronique » ou « la société de l'information », suscite
craintes et réticences chez les uns et espoirs et enthousiasme chez les
autres. Les termes « autoroutes de l'information», « Internet », «numé-
risation des savoirs » ou «communautés virtuelles» font désormais
partie du vocabulaire. Avec les technologies de l'information, nous
sommes entrés dans une nouvelle ère postindustrielle, celle de la
société de l'information et du savoir qui se présente comme une révo-
lution psycho-socio-culturelle. Cependant, même si nous parlons
d'une nouvelle « réalité » ou d'une nouvelle perception de la réalité
instaurée par les réseaux de communication, nous pouvons nous
demander si les échanges en question ne répondent finalement en
priorité qu'à des intérêts économiques et commerciaux d'une part, et
ouvrent la voie à un flot d'informations incontrôlable qui précisément
posent des questions d'ordre éthique d'autre part. Les discours portant
sur « l'émergence de communautés virtuelles », « la reconnaissance des
intelligences collectives », « l'instauration de démocraties virtuelles »
occultent la dimension éthique associée à l'usage des nouveaux L'ÉTHIQUE DANS « LA SOCIÉTÉ DE L'INFORMATION » 8
moyens d'information et de communication. Sans être considérés
comme poudre aux yeux et leurres technologiques, ces discours
n'interrogent pas ces nouvelles pratiques communicationnelles sur le
plan éthique.
Du point de vue philosophique, l'éthique est la science des prin-
cipes de la morale, et la morale, l'ensemble des règles du bien et de
l'action humaine. L'usage du mot « morale » s'est peu à peu dilué jusqu'à
l'époque actuelle, que d'aucuns nomment la postmodernité, qui
rechigne à employer le terme de morale au bénéfice de celui d'éthique.
Nous nommerons ce mésusage un glissement sémantique propre à
une époque qui réfute les notions de bien et de mal. En effet, ce qui
sous-tend à la fois la multiplication des questions éthiques dans toutes
les sphères du social et l'émergence des discours associés à ces ques-
tions, c'est, selon nous, la réfutation légitimée des notions de bien et de
mal. Or, il ne peut y avoir de questionnement éthique sans qu'à la base
ne soient mises en jeu ces deux notions, même si elles sont déguisées
sous les vocables de tolérance ou d'intolérance, d'acceptable ou de non
acceptable, de permissif ou de non permissif. De plus, on préfère
parler de l'éthique au pluriel plutôt que de considérer celle-ci comme
« une », ce qui sous-entendrait une fixité de ses fondements. À la suite
de ces considérations, nous définirons l'éthique comme l'ensemble des
principes et des règles de conduite des êtres humains, et ce, quelles que
soient les époques et les lieux.
L'éthique s'inscrit dans toutes les sphères de l'activité humaine
dont la communication constitue l'un des rouages essentiels. Traiter
des enjeux éthiques des pratiques commurticationnelles, c'est consi-
dérer ce qui prévaut aux choix d'élaboration, de transmission et de
réception de messages dans la chaîne communicationnelle sur le plan
interpersonnel, organisationnel, médiatique ou multimédiatique. Comme
toute période dite de transition, la révolution électronique en matière
d'information et de communication que connaissent principalement
les sociétés occidentales — est-il utile de le rappeler ? — suscite bien
des interrogations. Cette révolution nous pousse à réfléchir sur les
enjeux et les changements en cours et à venir. Quels enjeux éthiques
posent les médias et les nouvelles technologies de l'information et de
la communication? Quelle est la participation du citoyen dans
l'implantation des réseaux de l'information? Quels usages est-il appelé
à en faire ? Cette réflexion s'impose non seulement pour les cher-
cheurs, mais aussi pour tout citoyen responsable. En effet, au-delà de
L'ÉTHIQUE DE LA RESPONSABILITÉ INDIVIDUELLE 9
l'élaboration de différents discours des plus scientifiques aux plus
prophétiques, c'est à cette responsabilité de type individuel qu'il con-
vient en définitive, selon nous, de faire appel face aux technologies de
l'information. Cette responsabilité individuelle est particulièrement
nécessaire à notre époque où le politique, censé représenter et orga-
niser le collectif, souffre d'un laxisme désolant et généralisé. Ce
laxisme est dicté par le pouvoir ravageur et séducteur de l'économique
et du financier, pouvoir qui a pris le pas sur le politique. Les technolo-
gies de l'information et de la communication séduisent et constituent
des marchés financiers colossaux, puisqu'elles participent de la mon-
dialisation actuelle des échanges.
Dans un premier temps, nous nous arrêterons sur les discours
dominants en matière de nouvelles technologies de l'information et de
la communication, en mettant de l'avant les perspectives nouvelles de
perception de la réalité : les rapports espace-temps, les nouveaux
modes d'accès aux savoirs et à l'information et leurs nouveaux modes
d'acquisition. À partir de la prise en compte de ces perspectives nou-
velles, notre réflexion portera alors sur l'éthique et ses enjeux posés par
les médias et par l'intrusion technologique actuelle. Enfin, nous propo-
serons la nécessité d'une éthique de la responsabilité individuelle
(l'agir responsable) face aux caractéristiques (technicisation, objectiva-
tion, instrumentalité) d'une société de l'urgence. En effet, à l'heure de
l'électronique et du numérique, c'est dans l'enracinement de la respon-
sabilité individuelle que peut se maintenir le lien social des sociétés
occidentales communément appelées « sociétés de l'information ».
Avant d'aborder la question de l'éthique, il convient de présenter
les spécificités des nouvelles technologies quant aux modifications de
perception et du rapport à l'espace et au temps qu'elles génèrent.
1 La redéfinition du réel et des rapports espace-temps
Les nouvelles technologies de l'information et de la communica-
tion repoussent les frontières du réel, de sa représentation et de sa per-
ception en remettant en question deux de ses composantes essentielles :
l'espace et le temps. En partant de l'idée selon laquelle nous considé-
rons le réel essentiellement à partir de la perception que nous en avons,
nous sommes conduits à nous interroger sur les modifications de cette
10 L'ÉTHIQUE DANS « LA SOCIÉTÉ DE L'INFORMATION »
perception que les technologies de l'information engendrent. À ce
propos, les notions d'espace et de temps sont en première ligne. Les
réseaux électroniques de l'information ouverts, tels Internet ou
Intranet (on line), ainsi que les réseaux numériques fermés, tels les
cédéroms (off line), mettent en oeuvre des caractéristiques qui contri-
buent à modifier notre rapport à l'espace et au temps. Il s'agit de l'inter-
activité et de la convergence des modalités (supports et formes) des
contenus. Interagir, en conversant avec des internautes aux quatre
coins du monde, ou en effectuant un exercice d'application sur un
cédérom qui nous introduit dans un monde créé virtuellement par des
images de synthèse, contribue, dans les deux cas, à modifier notre per-
ception de l'espace et du temps. « Être ailleurs, ici », tel est le principe
de la réalité virtuelle. Par l'illusion de l'immersion optique et sonore, la
réalité virtuelle plonge l'individu dans un monde construit virtuelle-
ment qui s'actualise par l'usage, c'est-à-dire par l'exploration technico-
sensorielle. En effet, la virtualité, précise Pierre Lévy (1997a), ne
signifie pas le non-réel, mais plutôt le non-actualisé. La réalité virtuelle
est une forme autre ou différente de ce qui nous est habituellement
donné pour réel. Elle porte en elle une réalité (potentielle et virtuelle)
qui s'actualise lorsqu'un utilisateur met en oeuvre, par le truchement
technique (informations numérisées), l'interactivité à partir des diffé-
rentes modalités (convergence multimédiatique). De son côté, Paul
Virilio se montre fort réservé, sinon méfiant, quant aux conséquences
que les réseaux de l'information peuvent entraîner. Associées à
l'instantanéité et à l'immédiateté, nous dit Paul Virilio, c'est à une
désorientation que nous entraînent les autoroutes de l'information.
Nous sommes, selon lui, à la veille d'une catastrophe planétaire,
« d'une explosion de l'information généralisée » (1996: 54), dont la
vitesse de transmission des informations constitue le moteur, et l'inter-
activité, le déclencheur. Vision quelque peu alarmiste, il est vrai, mais
néanmoins pertinente, lorsque nous considérons à quel point l'infor-
mation (ou la désinformation) transmise instantanément à travers la
planète peut conduire à une vision modifiée (erronée) de la réalité, ou
encore à une construction de la réalité. Nous parvenons à mieux con-
naître et à communiquer davantage avec notre « prochain virtuel »
situé à 3 000 km de nous qu'avec notre «voisin réel » de palier. En ce
sens, Virilio fait oeuvre à la fois de prophète et de visionnaire. Par delà
l'espace et le temps, ces modes d'activité informationnels et communi-
cationnels constituent du même coup de nouveaux modes d'accès aux
savoirs et de nouveaux modes d'acquisition de ceux-ci.
L'ÉTHIQUE DE LA RESPONSABILITÉ INDIVIDUELLE 1 1
2 Les savoirs nouveaux modes d'accès et d'acquisition
Aux lieux de savoirs traditionnels (institutions d'enseignement,
bibliothèques, musées, archives, etc.) s'ajoutent (et non se substituent)
de nouveaux espaces virtuels de savoirs. La numérisation de ce que
l'on pourrait appeler « la mémoire du monde » fait l'objet de contro-
verse en ce qui a trait, notamment, aux droits d'auteurs ou au piratage
d'informations. Certes, ces questions sont importantes et nécessitent
une législation internationale. En amont du processus de numérisation
des savoirs planétaires, l'accès à ceux-ci provoque un questionnement
sur les plans de la cognition et du mode de pensée. Dans cette perspec-
tive, nous nous référons aux travaux de Jacques Ellul (1980) concernant
les différences entre les modes de pensée par l'écrit et les modes de
pensée par l'image. Ellul opère une distinction entre le mode de pensée
associé à l'écrit qui est un mode linéaire, favorisant le raisonnement et
la réflexion, et le mode de pensée associé à l'image qui, lui, est global
et procède par association et évocation. À partir de cette distinction, on
peut s'interroger sur le mode de pensée que peut, sinon générer, du
moins favoriser le multimédia issu des nouvelles technologies de
l'information et de la communication. Si l'on considère les caractéristi-
ques du multimédia, à savoir sa structure non linéaire mais arbores-
cente ou composite, peut-on établir un lien avec le mode de pensée de
ses utilisateurs (autant que de ses concepteurs), en avançant que ce mode
de pensée est lui-même non linéaire mais arborescent ou composite.
Qu'est-ce à dire plus précisément? Il s'agirait, à ce stade-ci, d'évaluer, par
exemple, les capacités d'attention des adolescents d'aujourd'hui utilisa-
teurs réguliers du multimédia et des jeux numériques, ou leurs apti-
tudes à la lecture et à la mémorisation d'un texte, en comparaison de
leurs habiletés à naviguer dans les différents sites du réseau Internet
ou dans les mondes virtuels des cédéroms ou des jeux électroniques.
Les pages-écrans des réseaux électroniques ou des cédéroms où textes,
sons, images fixes ou animées se conjuguent et où, par la possibilité de
l'interactivité, l'accès (qui semble illimité) à de nouvelles pages et fenêtres
nous est offert, ouvrent-elles sur le plan cognitif et de l'imaginaire des
avenues donnant naissance à un mode de pensée inédit ? Un mode de
pensée où l'alternance, le parallèle et le multiple constituent la trame
sur les plans cognitif et imaginal. En d'autres termes, ne pouvons-nous
pas dire que les nouvelles technologies engendrent un mode de pensée
L'ÉTHIQUE DANS « LA SOCIÉTÉ DE L'INFORMATION » 12
qui procède par paliers, par couches successivesl, à la recherche d'une
ultime information, d'une ultime réponse, d'une ultime vérité ? Se
pose ainsi la question de la véracité des informations véhiculées sur les
réseaux. En ce sens, les nouvelles technologies utilisées ou analysées
par l'individu responsable conduisent peut-être celui-ci à se poser la
question philosophique ou théologique de la vérité : « Qu'est-ce que le
vrai ? », et la question éthique : « Que dois-je faire ? ». Du même coup,
ces technologies ont été évaluées d'un point de vue des plus optimistes
et angéliques, ce qui est fort louable et pertinent, mais guère partagé
par tous. Que penser, en définitive, du déploiement actuel des mul-
tiples moyens et réseaux d'information à l'échelle de la planète ?
3 Deux visions, deux discours : l'angélisme ou le démonisme
On peut relever deux discours dominants en ce qui a trait aux
nouvelles technologies et aux changements qu'elles génèrent : un dis-
cours optimiste et un discours pessimiste. La vision optimiste juge les
nouvelles technologies comme des outils extraordinairement perfec-
tionnés qui permettent par exemple un accès universel aux savoirs, ou
qui donnent naissance à des échanges instantanés à travers le monde
par le biais de communautés virtuelles (Lévy, 1997b), ou bien encore
qui participent à la création (virtuelle) de démocraties. Si l'acquisition
technique n'est pas toujours l'apanage des couches défavorisées éco-
nomiquement, elle l'est toujours pour les couches favorisées. À
l'opposé, la vision pessimiste juge les nouvelles technologies comme
des moyens puissants d'aliénation au service d'intérêts occultes
(cachés) privés, politiques et commerciaux. Plus encore que la télévi-
sion, l'utilisation de l'ordinateur par des millions d'adeptes constitue
un moyen formidable de contrôle social tant en raison du temps passé
devant l'écran (contrôle de l'activité) qu'en raison de l'exposition aux
contenus (marque idéologique et nouvelles stratégies publicitaires) ou
de la qualité des échanges (babillages communicationnels). À ces deux
visions, nous en proposons une troisième qui vise à peser la responsa-
bilité individuelle de chaque utilisateur actuel ou potentiel. À partir de
l'idée selon laquelle «il n'y a rien de mauvais en soi en matière de nou-
1. L'équivalent du « feuilleté d'images» dont parle Jean-Paul Fargier pour la vidéo
(1986).

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