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L'Euro-Méditerranée

De
193 pages
Cet ouvrage vise à revisiter l'espace euro-méditerranéen à travers une analyse pluridisciplinaire qui invite à le penser moins comme un espace géographique, que comme un espace de sens. Ce choix méthodologique est le dénominateur commun aux différentes contributions réunies qui proposent une nouvelle conception de l'action économique incorporant d'emblée la dimension sociale, permettant ainsi de penser différemment des modèles entrepreneuriaux.
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L'EURO-MEDITERRANEE
DE L'ESPACE GEOGRAPHIQUE AUX MODES DE COORDINATION SOCIO-ECONOMIQUES

:

@ L'Harmattan, 2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris

http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattanl@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-03764-9 EAN : 9782296037649

Bernard

Paranque,

Sous la direction de Corinne Grenier et Nadine Levratto

L'EURO-MEDITERRANEE DE L'ESPACE GEOGRAPHIQUE AUX MODES DE COORDINATION SOCIO-ECONOMIQUES

:

L'Harmattan

CONTRIBUTEURS

Bernard Cova est Professeur de Marketing à Euromed Marseille Ecole de Management et Visiting Professor à l'Università Bocconi de Milan. TI a en charge l'axe de recherche «Diversité» à Euromed. Ses recherches se concentrent sur la sociologie de la consommation et notamment les conséquences des évolutions dites postmodernes de la société sur les pratiques de consommation et les actions de marketing. Ses travaux sur les approches tribales/communautaires de la consommation font aujourd'hui autorité. TI a publié sur le sujet dans de nombreuses revues internationales comme l'International Journal of Research in Marketing, Ie Journal of Business Research, l'European Journal of Marketing, l'International Marketing Review. Son dernier ouvrage, Consuming Experience, en collaboration avec sa collègue Antonella Carù a été publié chez Routledge début 2007.

Corinne Grenier est Professeur d'Innovation et de Stratégie à Euromed Marseille - Ecole de Management depuis novembre 2002 et est rattachée au Laboratoire Tech-ClCO (FRE 2848, CNRS), UTT. Elle a en charge le Cluster de programmes d'enseignement et d'axes de recherche sur les secteurs Santé/Social. Ses recherches portent sur la structuration des organisations réticulaires (réseau d'acteurs ou d'organisations), le rôle des outils technologiques dans l'accompagnement des processus d'innovation, et la gestion des connaissances au sein de ces structures nouvelles, entre diversité des pratiques et nécessaires intégrations en explorant en particulier les dispositifs de coordination de la gestion de la diversité.

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Dominique Leroux Sorrente est Professeur de Management Interculturel et de Créativité à Euromed Marseille - Ecole de Management. Sa double formation de poète et dans le domaine du droit et de l'économie, lui permet d'enseigner en particulier la place de l'art et de la rhétorique dans les pratiques managériales des entreprises. Dominique Leroux-Sorrente est également un poète reconnu qui a publié dans des revues spécialisées. TI est organisateur et animateur du Prix Oscar Ghez «Ethique et Conscience Universelle» qui récompense chaque année les meilleurs essais à caractère philosophique réalisés par les étudiants.

Nadine Levratto est Chargée de Recherche au CNRS affectée à l'IDHE (Unité Mixte de Recherche 8533 CNRS-Ecole Normale Supérieure de Cachan), Professeur affiliée à Euromed Marseille - Ecole de Management et chargée d'enseignements à l'Université de Paris 10 Nanterre. Ses domaines de recherche portent sur le fmancement des PME, l'intermédiation bancaire et les faillites d'entreprises. Elle est l'auteur d'ouvrages sur le financement des PME et les économies insulaires et a participé à la réalisation de plusieurs ouvrages collectifs sur les liens entre l'économie et le droit, en matière de faillites notamment. Enfin, elle intervient comme expert auprès du Ministère des PME en France et de l'OCDE.

Bernard Paranque est Professeur de Finance à Euromed Marseille Ecole de Management depuis Septembre 2004. TIest Directeur du Programme ESC et il a en charge l'animation de l'axe de recherche «Entrepreneuriat et Responsabilité ». TIs'intéresse plus particulièrement aux enjeux et modalités du développement territorial en lien avec les besoins de coordination de l'action économique dans le domaine du comportement de financement des PME et de l'accès au crédit de cette catégorie d'entreprise. TIest aussi membre du Comité de Rédaction des revues Techniques Financières et Développement de l'Association «Epargne sans Frontières », du Journal of Business & Globalisation, d'EuroMed Journal of Business et d'Euro-Mediterranean Economics and Finance Review. TIest membre de l'Académie des Sciences De New York (NYAS). TIreprésente Euromed Marseille - Ecole de Management au sein du Global Compact de l'ONU.

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Maarouf Ramadan est Doctorant en économie à l'Ecole Normale Supérieure Cachan dans le Laboratoire IDHE (UMR 8533 CNRS-ENSC) et titulaire d'une bourse Egide du Ministère des Affaires étrangères. Ses travaux portent sur l'internationalisation des PME appliquée à l'espace euromédiderranéen et plus particulièrement au cas des pays du Moyen-Orient.

Martine Tomassetti est Historienne, spécialiste de la Méditerranée Contemporaine, auteur d'articles sur le traitement des minorités en temps de guerre, Ingénieur d'Etude au CNRS. Elle intervient à l'Université de Provence et à Euromed Marseille - Ecole de Management depuis 2003 et participe au projet Bibliothèque de la Méditerranée dans le cadre du projet européen Ramsès2 (Réseau d'Excellence des centres de recherche en sciences humaines sur la Méditerranée).

Pierre Paul Zalio est Professeur de sociologie à l'Ecole Normale Supérieure de Cachan, membre de l'Institut Universitaire de France et chercheur au Laboratoire IDHE (UMR 8533 CNRS-ENSC). TIa conduit des enquêtes sur le patronat familial marseillais. Ses recherches actuelles croisent l'analyse biographique de trajectoires d'entrepreneurs et celle de territoires productifs pour proposer une théorie sociologique de l'activité entrepreneuriale, en replaçant cette dernière dans les dynamiques de transformation de la société salariale. TIest rédacteur en chef de la revue Terrains & Travaux et animateur du réseau thématique de sociologie économique de l'Association Française de Sociologie.

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Aussi bien, pour qui prétend à l'intelligence du monde actuel, à plus forte raison pour qui prétend y insérer une action, c'est une tâche «payante» que de savoir discerner, sur la carte du monde, les civilisations aujourd 'hui en place, en fixer les limites, en déterminer les centres et périphéries, les provinces et l'air qu'on y respire, les «formes» particulières et générales qui y vivent et s 'y associent. Sinon, que de désastres ou de bévues en perspectives! Dans cinquante, dans cent ans, voire dans deux ou trois siècles, ces civilisations seront encore, selon toute vraisemblance, à peu près à la même place sur la carte du monde, que les hasards de l 'Histoire les aient, ou non, favorisées ... sauf évidemment si l'humanité, entre temps, ne s'est pas suicidée, comme malheureusement elle en a, dès aujourd'hui, les moyens.

Fernand Braudel (1969) Ecrits sur l'Histoire

INTRODUCTION GENERALE: L'EURO-MEDITERRANEE EST-ELLE PORTEUSE DE MODES DE COORDINATION PARTICULIERS ?1 Bernard Paranque, Corinne Grenier, Nadine Levratto

Marquée par la durée et la complexité, la relation entre l'Europe et la Méditerranée a souvent donné lieu à une conception idéaliste qui voit dans la Méditerranée l'origine de l'Europe occidentale. Poétique et souvent fondée sur des discours de voyageurs s'inscrivant dans une Méditerranée rêvée (on notera la quasi absence de texte s'inscrivant «contre» la Méditerranée), cette vision s'est d'autant plus répandue que des états du Nord comme le Saint Empire RomainGermanique ont délibérément tourné le dos à cet espace maritime et que les découvertes des Amériques ont considérablement réduit l'attrait exercé par cette mer intérieure. Redevenu un enjeu stratégique au cours de la Seconde Guerre mondiale, l'actualité récente et la forme d'angoisse que connaît l'Europe à propos de ses frontières semble susciter un regain d'intérêt pour la Méditerranée dont le processus de Barcelone constitue la partie la plus visible d'un point de vue diplomatique et financier. Ces évolutions récentes aboutissent pourtant dans le paradoxe suivant. Le tourisme méditerranéen n'a jamais été aussi fort, alimenté par le besoin de découvertes des différences et des curiosités que recèle ce bassin, d'un point de vue architectural, folklorique, cultureL.. Or ce sont bien ces mêmes différences qui sont craintes car pouvant donner naissance aux mouvements fondamentalistes, terroristes, migratoires et de pratiques concurrentielles « déloyales» quand les relations économiques sont basées sur les écarts de salaires et de réglementations fiscales. Cet ouvrage vise à produire une analyse de

1. Cet ouvrage, publié avec le soutien d'Euromed Marseille Ecole de Management, fait suite au séminaire sur le thème « Entrepreneuriat en Méditerranée» tenu le 30 novembre 2004 à Marseille. Merci à Claude Morey pour la mise en page et à Joëlle Paranque pour sa relecture du manuscrit. Les erreurs et fautes qui subsisteraient néanmoins, nous sont totalement imputables. 2. Le processus de Barcelone est présenté dans l'annexe 1 du chapitre 4. 13

la Méditerranée qui tienne compte de cette ambiguïté et qui la retienne comme intrinsèquement liée à cet espace-frontière au sens où elle joue le rôle d'un mécanisme de régulation et de coordination des échanges ou des flux3, et donc des diversités (sociales, économiques...) qui alimentent tout autant qu'elles expliquent ces flux et ces échanges. Pour cela, l'ouvrage s'inscrit dans le droit fil de travaux antérieurement conduits sur la construction de l'Euro-Méditerranée en tant que concept qui emprunte à différentes disciplines tout en cherchant à repérer, dans la littérature disponible, les points durs qui permettront d'identifier les faits stylisés dont pourra émerger la notion d'Euro-Méditerranée. Nous verrons donc dans quelle mesure l'Euro-Méditerranée est, non seulement, un espace géographique suffisamment caractéristique pour prétendre être saisi de manière conceptuelle (section 1). Nous considérons ainsi ce concept comme «remarquable» (définissable et original) pour questionner les principes et mécanismes d'une diversité, source de croissance et d'innovation et d'une coordination appropriée (section 2) et comme ancré épistémologiquement dans une interpellation de l'holisme (section 3).
1. L'EuRO-MEDITERRANEE : DE L'ESPACE AU CONCEPT

La volonté de se démarquer du tropisme géographique pour poser la Méditerranée comme un construit qui incorpore une dimension culturelle, historique, institutionnelle, organisationnelle et, ainsi, se départir d'un regard uniquement spatial pour accéder au statut de modèle n'est pas nouvelle. Les historiens et les politistes se sont très tôt engagés dans cette voie qui leur a permis d'identifier trois niveaux d'appréhension de l'Euro-Méditerranée:

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Une vision idéaliste qui met l'accent sur son statut de zone de communication, d'échanges (la Sicile sous Roger IT ou l'Andalousie à certaines époques) et promeut une image délibérément positive. Cet idéal trouve son apogée dans les villes cosmopolites qui ont existé autour de la Méditerranée, et qui représentaient la quintessence de la capacité humaine de vivre ensemble (Istanbul, Alexandrie, Beyrouth, etc.). La modernité y aurait malheureusement mis un terme en raison du regain du nationalisme notamment, Marseille constituant, de ce point de vue, une exception dans un mouvement de cosmopolitisme dont le centre de gravité se déplace vers le Nord (paris, Londres).

3. Cette définition rejoint celle des frontières écologiques: « The regulation of flows across hereterogeneous space », Cadenasso et a!. (2003) p. 757. 14

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Une conception polémogène comme lieu de confrontation (Horden et Purcell, 2000). Pour la seule fois dans l'histoire, la prééminence romaine va créer une unité qui ne cessera de se déliter au cours du temps puisque, après le démembrement de l'Empire romain, les deux parties auront une évolution divergente, accentuée par la conquête arabe, puis par les Croisades qui inaugureront le refoulement de l'Islam hors d'Europe. La prise de Constantinople par les Ottomans, qui voient dans les Balkans un espace possible d'extension, va marquer l'un des temps forts de cette approche conflictuelle qui, sur la période moderne, s'enracine dans le phénomène de la colonisation puis de la décolonisation, amorçant le transfert d'un grand nombre d'aspects négatifs (pauvreté, guerres, drogue...) vers le Sud. Une conception post-moderne qui, tout en étant définie comme un ensemble hétérogène de religions, de modes d'alimentation, de genres musicaux, etc., voit les forces centrifuges qui la caractérisent, contrecarrées par un sens du contact et de la proximité. A la fois juxtaposition d'éléments disparates4, culturellement (pays tournés vers l'intérieur et pays très ouverts) et physiquement (alternance d'un littoral composé de plaines et de zones montagneuses), la Méditerranée reste aussi et, peut-être surtout, une petite mer fermée (3 % de l'océan Atlantique) qui, pour reprendre encore la vision braudelienne, se distingue du reste du monde.

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Ces trois approches sont inconciliables car, selon Aymard (2002), entre ces trois visions, c'est à trois Méditerranées que nous avons à faire. C'est pourquoi la Méditerranée donnée immuable, ou presque, à laquelle il est devenu usuel de se référer, est en fait en permanence à réinventer. Clef de lecture et de réécriture du passé, elle est, du même coup, objet de l'insertion de ses différentes composantes dans un temps collectif, placé sous le double signe de la continuité et des ruptures. Ce qui est vrai pour I'histoire, l'est aussi pour la géographie. Sans nier la diversité qui y prévaut, Bethemont (2001) souligne, lui aussi, l'unité de la Méditerranée à travers la géographie même si ses frontières sont difficiles à établir, unité « au niveau de l'espace et des rythmes temporels» bien que celle-ci puisse être contredite « non seulement par les fractionnements culturels mais aussi par les antagonismes ou les conflits» (ibid., p. 295).

4. Cf. Braudel (1979) qui la considère comme l'objet d'une histoire: «La Méditerranée est un ensemble de mers entouré par des côtes déchiquetées ». 15

Les autres sciences humaines et sociales ne sont pas en reste comme le rappellent les oppositions que les commentateurs se plaisent à souligner quand ils évoquent les écarts existants entre les deux rives de la Méditerranée et tout particulièrement sur les points suivants: 1. La fracture économique entre les pays membres de l'Europe industrialisée et les pays du Sud qui s'illustre en particulier par le fossé énorme du point de vue du Produit Intérieur Brut régional, de la dépense de recherche et développement, de l'investissement et d'autres marqueurs de la vie économique. Au-delà des problèmes de déséquilibre de la balance commerciale engendrés par ces écarts, c'est à l'intensification d'une dépendance inégale que l'on assiste, les pays du Sud étant largement plus tributaires des échanges avec ceux du Nord que l'inverse. 2. Le déséquilibre démographique entre un Nord vieillissant et un Sud plus jeune (même si le taux de fécondité y est en diminution régulière) engendre des problèmes de gestion des flux migratoires. Certes ces flux ne sont pas nouveaux comme l'atteste l'importance des communautés italienne, grecque, française dans le Sud de l'Europe. Toutefois, la nouveauté tient en ce que ces migrations prennent place désormais dans un contexte de forte sensibilité au thème de l'insécurité et de la protection de l'emploi dit «national» et alors que se construit l'idée de «forteresse européenne» comme élément de référence des politiques intérieures des Etats européens. 3. La divergence urbaine qui, à une métropolisation explosive de la rive sud de la Méditerranée nourrie par un exode rural en direction de la bordure littorale, oppose une relative stabilité démographique de la rive nord. Les problèmes écologiques et environnementaux qui en résultent, dépassent les cadres nationaux et possèdent une dimension au moins régionale qui appelle les pays de l'Union Européenne à collaborer avec les pays non membres. De même, les sciences économiques attirent l'attention sur les différences dans les niveaux et genres de vie qui sont - paradoxalement - également les moteurs des échanges, pas forcément égaux comme le souligna Samir Amin dès les années soixante-dix (Amin, 1976). Fondamentalement, les termes des échanges sont demeurés inégaux. Ainsi, si 50 % des échanges des pays du bassin méditerranéen se font avec l'Union Européenne, ce qui semblerait confirmer l'idée d'une intensité des relations entre l'Europe et les pays de la Méditerranée,

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en 2002, la CNUCED relevait encore la permanence des déséquilibres. « Fondamentalement, le problème majeur de politique économique qui continue à se poser à la plupart des pays en développement est de trouver les meilleurs moyens de canaliser les forces élémentaires du commerce et de l'industrie pour qu'elles contribuent à la création de richesses et à la satisfaction des besoins humains» (CNUCED, 2002, p. 6). A l'appui de cette affirmation, il est précisé que si « les produits manufacturés offrent de meilleures perspectives de recettes d'exportations» pour autant les pays en voie de développement n'« interviennent souvent [qu']aux stades, àfaible niveau de qualification, de l'assemblage dans les filières de production, mises en place par les sociétés transnationales. Par conséquent, ce qui est exporté c'est le travail et non le produit» (ibid., p. Il). En outre, un tel positionnement expose ces mêmes pays à une concurrence accrue puisque positionnés sur les mêmes types de marché. Depuis l'époque des conquêtes coloniales, rien n'aurait donc fondamentalement changé puisque, si la contribution des pays en voie de développement au commerce mondial est croissante, la dépendance de ces derniers à l'égard des produits de base est toujours importante. Plus grave encore, pour les pays qui ont réussi à «passer des exportations de produits primaires aux exportations de produits manufacturés », la transition s'est opérée sur des produits qui manquent de dynamisme sur les marchés mondiaux (CNUCED, 2002, pp. 10-13). Nous avons donc à faire à un terme « Euro-méditerranéen» marqué par des contradictions: à des déséquilibres et des inégalités s'opposent ainsi des volontés de «faire avec ». Elles sont portées par des choix politiques et économiques, et sous-tendues par un ensemble de ressources formelles (économique, sociale, financière.. .), mais aussi (et surtout) informelles, issues de l'histoire (voire de l'imaginaire) de cet espace, en faveur de la coopération, de la richesse et de la dynamique qui peut en être retiré. C'est pour cette raison que l'idée d' «Euro-Méditerranée» nous paraît constituer une notion féconde. Elle est porteuse d'un contenu conceptuel qui va au-delà de cet espace géographiquement et historiquement situé, pour caractériser tout autre espace marqué par ces ambivalences entre déséquilibres et inégalités. Elle s'inscrit dans des dynamiques intrinsèques qui en font un projet politique susceptible d'être dupliqué, du moins dans son élaboration, sur d'autres territoires. Cette démarche est pertinente pour viser un modèle « euro-méditerranéen» dont les caractéristiques seraient dotées d'une portée qui dépasserait le cadre spatial pour prétendre avoir une portée générale.

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Nous allons donc voir que ce concept se décline alors en deux sens forts. Le premier porte une dimension sociale, politique et économique et embrasse des situations qui vont de l'inégalité à la diversité alors que le second contient une dimension organisationnelle puisqu'il envisage le glissement d'une situation éclatée à une coordination organisée.
2. L'EuRO-MEDITERRANEE CONSTRUITE : DE L'INEGALITE CONSTATEE A LA DIVERSITE

Notre hypothèse de départ est que les écarts de développement existants, que l'on peut seulement constater, s'inscrivent pourtant dans une proximité des échanges, structurée dès l'Antiquité et qui perdure jusqu'à nos jours. C'est pourtant cela même qui peut constituer le fondement d'une volonté politique, économique et sociale de construire une diversité (à la fois culturelle et socioéconomique) porteuse de richesse et de dynamique. Cette proximité se retrouve autant dans les flux migratoires (par exemple la main-d'œuvre saisonnière en Espagne) que dans les flux commerciaux. La question est donc de passer d'une inégalité constatée (non forcément voulue) à une diversité construite comme un projet. Ainsi, dès lors que l'on évoque les pays de la rive sud de la Méditerranée, vient à l'esprit la question des moyens à mobiliser pour assurer le développement des entreprises (et autres structures d'activité économiques) et des acteurs pouvant y contribuer. L'entrepreneuriat peut être le moyen de promouvoir une activité économique qui compense les contraintes issues de l'insertion dans la division internationale du travail, en permettant l'émergence d'un tissu socio-économique seul susceptible d'offrir de réelles perspectives de développement. Il y a là un espace pertinent d'action comme le montre, paradoxalement, tout à la fois l'absence de grands projets et la volonté, pourtant affirmée, de créer d'ici 2010, une zone de libre échange (voir Drevet, 2003) qui ouvre sur le monde (Escallier, 2003). Cette problématique trouve sa justification dans les besoins de développement économique des pays du bassin méditerranéen et les enjeux liés à la création de la zone de libre-échange euro-méditerranéenne. Toutefois, pour éviter de reproduire les inégalités liées aux écarts de développement et afin d'améliorer les échanges, il faut identifier les règles d'action économique permettant l'expression des producteurs, l'affirmation de leur pluralité et leur non-soumission à des modèles industriels dominants et, ainsi, poser les bases d'une diversité choisie et construite politiquement, socialement et économiquement. L'enjeu consiste alors à transformer les formes anciennes de 18

coordination en des formes modernes explicitant les règles, acceptant leur diversité et favorisant leur appropriation aussi bien par les producteurs, euxmêmes, que par leurs clients. Il s'agit, en définitive, de passer de la communauté des producteurs à celles des populations. En d'autres termes, quelles pourraient être les modalités de reconnaissance (puis de mobilisation, ce que nous verrons ci-après avec la question de la coordination) des ressources nécessaires à la promotion d'une (de) diversité(s) choisie(s) et promue(s), porteuse(s) de projets? Ces modalités sont celles des acteurs qui veulent apporter une contribution aux défis qui s'y posent particulièrement mis en évidence par le processus de Barcelone. Cette reconnaissance impose de fait, une coordination de l'action économique informelle ou formalisée, c'est-à-dire exprimant une volonté d'objectivation des modalités et conditions d'échanges, comme le montre le processus de Barcelone, y compris dans les difficultés de sa mise en œuvre. Cette nécessaire coordination relève à la fois de la gestion d'un marché incertain, du fait des distances, tant géographiques que culturelles et sociales, et de la réduction des écarts de développement. Elle appelle aussi une réflexion sur la gestion des normes et des règles de l'échange, sur l'accès aux débouchés et sur la mobilisation des technologies. Si ces éléments possèdent une dimension technique évidente, leur apport à la construction dans un espace euroméditerranéen appelle également la reconnaissance de leur dimension culturelle, laquelle passe par le jeu d'institutions comme les métiers, les corporations, les fédérations professionnelles ou les syndicats.
3. L'EuRO-MEDITERRANEE : UNE EPISTEMOLOGIE DE LA COORDINATION ET DE LA DIVERSITE ENTRE INDIVIDUALISME ET HOLlSME

Nous entendons proposer modèle alternatif de coordination de l'action économique susceptible de se substituer, d'une part, à l'individualisme méthodologique sur les plans épistémologique et ontologiqueS et, d'autre part, au contrat comme mode unique de traitement des conflits sur un plan méthodologique.

5. En suivant Sève (2004) «l'épistémologie est proprement réflexion sur la science, la gnoséologie réflexion sur l'ensemble des fonnes du connaître (...)>> (souligné par nous). 19