L'Europe de la Défense

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Cet ouvrage fait revivre l'aventure de la défense européenne depuis 1992, à travers les initiatives des diplomates et des militaires pour relancer l'Union de l'Europe Occidentale créée en 1955. L'auteur décrypte le cheminement de la politique européenne de sécurité et de défense jusqu'à l'heure du choix auquel la ratification du Traité confronte les Européens. Chapitre après chapitre, de portraits incisifs en anecdotes véridiques, le lecteur découvrira les arcanes des institutions où s'ébauche l'Europe de la Défense.
Publié le : mercredi 1 juin 2005
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EAN13 : 9782336262550
Nombre de pages : 278
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L'Europe de la Défense Il était une fois. ..

Histoire de la défense Collection dirigée par Sophie de Lastours
Cette collection se propose d'étudier les différents aspects qui composent l'histoire de la défense. La guerre, la technologie, la sécurité n'ont cessé de se transformer, de se construire et même de se détruire les unes par rapport aux autres. Elles sont en perpétuelle mutation. L'apparition de nouvelles menaces a toujours conduit les sociétés à tenter de s'adapter avec plus ou moins de succès et parfois à contre-courant des idées reçues. Des questions seront soulevées et des réponses données, même si beaucoup d'interrogations demeurent. L'histoire, la géographie, le droit, la politique, la doctrine, la diplomatie, l'armement sont tous au cœur de la défense et interfèrent par de multiples combinaisons. Ces sujets contribuent à poser les défis et les limites du domaine de la défense à travers le temps en replaçant les évènements dans leur contexte. On dit par exemple que dans ce XXle siècle naissant, les guerres entre Etats sont en train de devenir anachroniques au bénéfice de conflits tribaux ou religieux, mais seules des comparaisons, des études détaillées qui s'étendent sur le long parcours de l'histoire permettront de le vérifier.

Déjà parus
Marc DEFOURNEAUX, Force des armes, force des hommes, 2005. Olivier POTTIER, État-Nation: divorce et réconciliation? De la loi Debré à la réforme du service national, 1970-2004,2005. Jean-Paul MAHUAULT, L'épopée marocaine de la légion étrangère, 1903 -1934, ou Trente années au Maroc, 2005. Association nationale pour le souvenir des Dardanelles et Fronts d'Orient, Dardanelles Orient Levant 1915-1921. Ce que les combattants ont écrit, 2005. Jean-Pierre MARTIN, Les aigles du Frioland, 2004. Marie LARROUMET, Mythe et images de la légion étrangère, 2004. Olivier POTTIER, Les bases américaines en France (1950-1967), 2003. Honoré COQUET, Les Alpes, enjeu des puissances européennes. L'union européenne à l'école des Alpes ?, 2003. Jacques BAUD, Les forces spéciales de l'Organisation du Traité de Varsovie (1917-2000), 2002. Amaury CARRE de MALBECK, Le Cadre juridique des Opérations extérieures de la France aujourd'hui, 2002.

Jean-Philippe Roux

L'Europe de la Défense Il était une fois...

Préface d'Alain Genestar Directeur de la rédaction de Paris Match

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan

Hongrie

Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, IS 10124 Torino ITALIE

@ L'Harmattan,

2005

ISBN: 2-7475-8720-7 EAN: 9782747587204

Remerciements:

A Arnaud Jacomet et à Gérard Déjoué A ceux qui m'ont reçu et aussi bien aidé A tous les relecteurs patients et avisés, Car grâce à leurs conseils et toute leur amitié Aujourd 'hui cette histoire peut être publiée.

Préface

Sous le pont de Mostar coule la Neretva

Les guerres ont toutes des histoires de pont. Pont sur la rivière Kwaï, « Pont trop loin» en Allemagne, pont en Bosnie, à Mostar, superbe édifice jeté au dessus d'un précipice au fond duquel coule bleue la Neretva. Un pont est toujours un symbole. Sa construction réunit deux rives, deux villages, deux mondes, deux populations que l'on imagine, grâce à lui, installées dans la paix. Sa destruction est l'image brutale et cruelle d'une scission, d'une rupture, d'un abandon. Bâtir un pont est une œuvre de civilisation; le conquérir est une victoire guerrière; le détruire un acte barbare. Mostar. On se souvient de ce reportage d'actualité auxjoumaux télévisés, où le téléspectateur européen assistait en direct à la mort du pont, le regardait trembler puis s'affaisser dans un nuage de fumée. L'Europe, ce jour-là, tombait au fond du gouffre. C'est à Mostar que le général Jean-Philippe Roux, alors directeur adjoint de la cellule de planification de l'Union de l'Europe occidentale (UEO), arrive en mission en avril 1994. Avec deux de ses camarades, il réussit un exploit: négocier une réconciliation spectaculaire des deux chefs ennemis de la police. Des mesures de confiance mutuelle sont prises. Le général Roux et la délégation de l'UEO sont parvenus à jeter un pont entre les deux berges de la guerre. De retour à Bruxelles, ils n'auront pas la parole et leur rapport ne sera jamais étudié. Quelques temps plus tard, c'est l'échec de la tentative européenne d'administrer Mostar et la démission de Hans Koschnick, l'ancien maire de Brème qui avait accepté cette mission impossible. L'Europe a fait exploser, une seconde fois, le pont de Mostar.
C'est le cri de ce livre, la thèse détaillée, exposée page à page par le général Roux. De Mostar au Rwanda il dénonce, dans une démonstration magistrale et passionnée où jamais il ne se met lui-même en valeur, l'incapacité des politiques à imposer à leurs chancelleries une diplomatie européenne. Ce livre, quand je l'ai lu en pleine bataille électorale pour le référendum sur la Constitution, résonne comme un appel urgent à un besoin d'Europe pour maintenir la paix dans ses propres frontières et, au-delà, à ses portes ou sur d'autres continents. 9

Préface

Souvent les hommes politiques, à cours d'arguments, évoquent le passé sanglant des deux guerres mondiales pour justifier, par l'Histoire, la nécessité de construire l'Europe et de lui dire oui. Le général Roux est dans le même camp des partisans et des amoureux de l'Europe, mais il parle, lui, des guerres d'hier, d'aujourd'hui et de demain. Des guerres en Bosnie et au Kosovo qui auraient pu être, sinon évitées, du moins vite maîtrisées et arrêtées si l'Europe avait su être à la hauteur. il parle des massacres et du génocide au Rwanda, que l'Europe, si elle l'avait décidé, aurait pu empêcher. Il parle enfin des guerres à venir, des risques de conflits qui grondent, enflent à quelques centaines de kilomètres des limites de l'Europe, comme la rivière sous le pont de Mostar risque, en période de grande crue, de déborder faute d'être contenue dans ses digues. L'Europe, explique le général Roux, doit, pour renforcer sa garde, appliquer avec « sincérité» sa politique de sécurité commune. « Sincère ». Peut-être est-ce l'adjectif qui qualifie le mieux ce beau livre de Jean-Philippe Roux. Le jeune général, trop jeune pour être à la retraite - mais allez comprendre ces règlements qui privent l'armée des hommes d'expérience - n'attaque pas ce qu'il a servi. Il ne détruit rien. Il demande, fermement et poliment, que la politique européenne de Défense soit menée et dirigée avec sincérité, ce mot qui lui manque pour être comprise et davantage efficace.
L'Europe a besoin d'un surcroît de sincérité. armer sa Défense. D'un supplément d'âme pour

Jean-Philippe Roux raconte l'histoire d'un échec, identifie les erreurs, les fautes, les manquements pour espérer que les hommes politiques les corrigent. Les réparent. Tout est possible. Le pont de Mostar a été reconstruit.

La reconstruction d'un pont est un autre symbole. Celui de la renaissance, de l'espoir. Il était une fois...Une Europe à renaître.

Alain Genestar Directeur de Paris Match

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Les hommes d'Etat ont le souci de bien faire, et surtout d'être tirés d'embarras, mais ils n'ont pas toujours le goût ni le loisir d'imagination.

Jean Monnet, Mémoires

PROLOGUE

« Un témoignage ne vaut que fixé dans sa première fraîcheur et je ne puis me persuader que celui-ci doive être tout àJait inutile N.

Marc Bloch, L'Etrange

déJaite (1940)

Prologue Le premier coup de canon gifle les vitres de la tour de contrôle, faisant cesser les conversations et monter aux yeux les jumelles. L'AMX 30 tonnes tous freins serrés, fanion rouge claquant au vent, effectue une légère courbette crachant par son tube des volutes de fumée brune qui noient un instant les autres chars du peloton Bleu impeccablement alignés sur sa droite. Emergeant du halo, le traceur gracieusement mis en courbe revient sur terre comme à regret, pour disparaître dans un bref éclat de poussière. Un minuscule carré orange et blanc, 2000 mètres dans l'axe des tubes, se couche lentement. «But, Paré 2...» Le hurlement du chef de char retentit sur le pas de tir et traduit la jubilation de l'équipage. La déflagration du deuxième char Bleu ébranle à son tour le bâtiment.
Nous

Amandiers du camp de Canjuers. Le 1er escadron du 501 èmeRégiment de Chars

sommes

au Printemps

1974,

au champ

de tir flambant

neuf

des

de Combat de Rambouillet effectue le premier vrai contrôle de tir de son existence. Les nouvelles cibles Saab télécommandées viennent d'y être installées par dizaines, invisibles au repos dans leurs petites alvéoles. En une minute, les équipages doivent détecter dans un fouillis d'ondulations herbeuses et d'arbustes, l'apparition soudaine de trois de ces carrés en toile orange et blanche, les télémétrer et les atteindre. Avant Canjuers, les exercices de tir étaient laissés à l'imagination de chaque régiment et exécutés lors des séjours dans les camps de Champagne ou d'Allemagne situés à proximité des garnisons de blindés. Le tir se résumait alors à expédier tranquillement les obus dans des ferrailles gisant à travers le champ de tir : carcasses de Sherman ou de Patton, vieilles cloches de la ligne Maginot, dont les distances au mètre près se repassaient discrètement au fil des ans, de chef de char en chef de char. La haute hiérarchie de l'Armée de terre n'y voyait pas malice, n'ayant connu dans son immense majorité que les campagnes à pied d'Algérie et d'Indochine. A l'usage du télémètre de char était préférée la bonne vieille méthode d'appréciation des distances, qui avait si bien fait ses preuves sous d'autres CIeux. Les nouvelles cibles fraîchement importées, résultat des travaux d'une poignée de jeunes officiers d'Etat-major férus de tir, bouleversèrent ces habitudes trentenaires, comme le prouvèrent les résultats désastreux des unités blindées qui essuyèrent les plâtres. Seul inconvénient à cette heureuse amélioration de l'instruction, la réaction du Commandement qui, sorti de sa torpeur, n'eut rien de plus pressé que de sanctionner les malchanceux. « Pour encourager les autres », aurait dit V oltairel .

1

A propos d'un amiral britannique, fusillé pour l'exemple 15

Prologue
L'ensemble du détachement régimentaire du 501, des pelotons «Bleu» et «Vert », sur le pas de tir, jusqu'au chef du Bureau Instruction dans la tour, sans oublier l'équipe d'évaluation du camp, tous ressentent la tension des grands jours. «Bleu» semble en forme, l'espoir d'un bon score se profile. Après les coups de flambage2, courts, les traceurs sont entrés dans les cibles, les faisant disparaître au fur et à mesure. L'excitation monte encore d'un cran. «Vert », qui attend son tour à la droite de « Bleu », rompt brutalement le silence radio: «Vert à la Tour: Fumée 3000 mètres à 11 heures. » Une fine fumerolle s'élève effectivement au loin, rapidement balayée par le vent qui semble bien établi ce matin là. Quelques secondes de conciliabule dans la tour: Trop bête de gâcher une série qui s'annonce excellente. L'officier de tir du camp tranche: «Tous ici la Tour, on finit la série. Piquet d'incendie - démarrage dans 15 minutes. Terminé.» Deux camionnettes, à l'ombre sous les arbres en arrière du pas de tir, mettent le moteur en marche et quatre légionnaires3 montent à bord, avec le calme des vieilles troupes. Lorsque la série s'achève un quart d'heure après, la fumerolle a été rejointe par d'autres et barre une trentaine de degrés dans l'axe d'observation. L'officier de tir prend la décision d'envoyer l'escadron au complet renforcer l'action du piquet d'incendie: «Rassemblement. Tous les équipages à terre. Pas de gymnastique. Embarquez dans les camions .» « Mission: Suivre les légionnaires et débarquer à l'endroit du départ d'incendie. Renvoyer les camions, puis éteindre avec des branches. Exécution immédiate. Retour à l'issue pour reprendre le tir.» Il faut une bonne vingtaine de minutes pour être à pied d'œuvre. Les légionnaires ont bifurqué à un coude de piste, après avoir vaguement indiqué la route à suivre. A l'endroit fixé ou ce qui semble en tenir lieu, car dans le fouillis des éboulis et des buissons le paysage a cessé d'être la carte postale entrevue dans les épiscopes de tourelle, les tankistes, pompiers d'un jour, débarquent en souplesse. Les gros Simca font demi tour, se dandinent un moment sur la piste et disparaissent. Rapidement munie de branches coupées dans les buissons alentours, l'unité s'aligne et tape sur ce qui commence à être un somptueux feu de broussailles.

2

Au premier coup de canon le tube froid freine légèrement mais de manière aléatoire la trajectoire de l'obus. Par économie ce « coup de flambage» entre quand même dans la série contrôlée. 3 La Légion étrangère fournit des équipes de soutien au camp de Canjuers. Ce sont de vieux soldats.

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Prologue
Les hommes sont de bonne humeur, le feu les excite et ce dérivatif offre une récréation bienvenue. Un chef, une mission, des moyens, un point d'application. Tout semble conforme au règlement, sauf que le petit vallonnement, dans lequel a été envoyé l'escadron, ne permet pas de voir grand chose autour des 200 mètres de front battu. Mais surtout, il est face au vent. Le capitaine, qui a pris un peu de recul, ne peut manquer de remarquer la tendance détestable des arbustes à s'enflammer sur les arrières, sans qu'il y ait nécessairement contact avec un foyer. Tant pis pour les ordres, on ne peut rester là : « Halte, en arrière tout le monde. Derrière moi pas de gymnastique! » Un peu surpris par ce brusque changement, les hommes exécutent avec l'habitude de l'entraînement et la petite chenille de l'escadron s'ébranle en bon ordre. Le simple changement de position envisagé devient un véritable cross en zigzag, à la lisière de ce qui s'avère un incendie de première grandeur. Deux bonnes heures seront nécessaires pour émerger sur les flancs du foyer. Le battage des flammes peut alors reprendre, mais la course effectuée sans carte a fait perdre tous les repères. La silhouette rassurante de la tour de contrôle, seul point saillant dans la garrigue, s'est évanouie du paysage. Soudain, un vrombissement dans le ciel fait dresser toutes les têtes. Comme à la télévision, deux grands avions jaunes ventrus sautent la crête face à l'unité et lui foncent droit dessus. Quelques secondes et le réflexe joue. Dans une débauche de hurlements, le capitaine, bien relayé par quelques cadres qui ont compris, réussit à faire reculer l'ensemble de l'escadron de quelques centaines de mètres. Les Canadairs sont maintenant proches de la verticale et ne manifestent aucun signe permettant de penser qu'ils ont repéré les fourmis qui s'agitent au sol. Dans une gigantesque débauche d'écume, ils lâchent ensemble leur cargaison. Les tonnes liquides percutant les flammes et la pluie de projectiles qui fusent au sol évoquent plus un barrage de grenades qu'une rassurante lance à incendie. Le «Canadair fan club» de l'unité a brusquement fondu et des imprécations bien senties saluent le départ des grands avions. Ils reviendront plusieurs fois, mais classés maintenant « hostiles », ils seront détectés comme à l'entraînement et salués d'un retrait encore plus large. L'après-midi tire à sa fill, et l'exercice sans nourriture ni eau potable commence aux yeux de tous à perdre de son charme. Il est temps de profiter du soleil couchant pour prendre un cap permettant de rallier la civilisation. Soulagement bien humain quand quelques heures plus tard se dessine enfin sur la crête la silhouette réconfortante de la tour de tir. La nuit est tombée lorsque l'unité se rassemble sur le terre-plein, au pied des chars abandonnés le matin. Un attroupement, où les lumières de la tour font
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Prologue scintiller de nombreuses barrettes, forme une masse silencieuse à quelques mètres des blindés. En fin de mission, la reprise de contact avec les autorités est toujours un moment délicat: celui où se confrontent deux approches d'une même réalité. «Escadron rassemblé, personne ne manque à l'appel, à vos ordres mon colonel.» En quelques enjambées, le lieutenant-colonel, chef du Bureau Instruction, se précipite sur le chef de détachement qui lui fait rapport au garde à vous: «Vraiment je n'ai jamais été aussi content de vous voir» dit-il en lui serrant la main avec effusion. Puis il se retourne vers une silhouette galonnée plus loin dans l'ombre: «Mon colonel, vous voyez qu'il n'y avait pas de souci à se faire: il n'obéit jamais vraiment aux ordres.» Quelques secondes plus tard, on a le fin mot de l'histoire. Impuissante du haut de la tour de tir, toute la « strass» du camp a vu se développer l'incendie. Compte tenu des ordres donnés et des renseignements des légionnaires, elle avait progressivement perdu tout espoir de revoir l'unité vivante.
Quinze ans plus tard, le Général commandant l'Ecole d'application des blindés de Saumur appellera à ses côtés son ancien capitaine, pour remplir le poste vacant de Général Adjoint Opérations (GAO). Tout se passe au mieux, quand un beau matin de printemps rentrant de Paris, le Général convoque son adjoint. Un peu ennuyé, il lui annonce qu'il a dû accepter son inscription sur une liste de candidats pour le tout nouveau poste de Directeur Adjoint de la Cellule de Planification de l'Union de l'Europe Occidentale (UEO). Le Général se veut rassurant: c'est probablement une démarche de pure forme. Les résultats obtenus par l'Ecole en informatique opérationnelle et en simulation tactique sont une bonne garantie d'un maintien à Saumur. Le Ministre de la Défense et le Chef d'Etat-Major de l'Armée de terre4, en personnes, n'ont-ils pas reconnu tout récemment l'intérêt des travaux menés sous la houlette du GAO? Sagement assis depuis de longues minutes dans un ravissant petit salon de l'Hôtel de Brienne5, le visiteur d'un jour a eu le temps de méditer ce message, quand survient un grand jeune homme pressé qui, après s'être courtoisement excusé pour son retard, lui demande de le suivre. A peine assis, le conseiller diplomatique du Ministre se lance dans une description chatoyante du poste de Directeur Adjoint d'une «Cellule de Planification» européenne, qu'il est chargé par le Ministre de pourvoir. Il en ressort que cet Etat-major international, le premier du genre, va jouer un rôle
4 Pierre Joxe et le Généra] d'anTIée Moncha!. 5 ]4 rue St Dominique, où sont situés les bureaux du Ministre de]a défense et de son cabinet. 18

Prologue
vital dans la relance de l'Europe de la Défense. La parfaite entente de la France et l'Allemagne garantit le succès de l'entreprise. Quant au candidat qui aura les qualités requises pour le poste, il n'aura pas à le regretter. Dans les quelques minutes qui sont ensuite imparties au visiteur, le conseiller du Ministre écoute attentivement une rapide démonstration de l'intérêt d'un maintien à l'Ecole pour mener à leur terme les travaux en cours. Après s'être assuré avec tact que la position exposée ne cache pas une fin de non recevoir, il souligne toute l'attention que l'on porte en haut lieu au développement de l'instruction des élèves de l'Ecole, comme aux progrès de l'informatique de commandement. En conclusion, il y a d'autres candidats pour le poste et l'on agira au mieux des intérêts de la Défense. L'interview ainsi terminé, il tient à raccompagner le visiteur jusqu'au salon d'attente, dans la meilleure tradition de courtoisie de la haute fonction publique. Au retour de son adjoint, le Général commandant Saumur est rassuré et le cours des choses reprend sur les bords de la Loire. Un mois plus tard, l'ordre tombe: Prendre ses consignes à l'Etat-Major des Armées puis se présenter au Ministre de la Défense, avant de gagner Bruxelles le 1er octobre 1992.

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Chapitre I

La Question du Corbeau
Débarquement Outre Quiévrain

Le 1er octobre 1992, au poste de garde du sévère et majestueux Institut Royal
Supérieur de Défense de Bruxelles (IRSD) se presse la cohorte habituelle du matin avant le début des cours. Le Mp1 de permanence contrôle avec flegme les badges et son œil exercé s'attarde plus particulièrement sur un petit groupe aux cheveux courts, en blazers et pantalons gris, étranger à l'établissement. Avant même de demander leurs passeports, il peut sans effort les cataloguer: officiers supérieurs en tenue civile « OTAN2 - réunion de travail ». Les nuances dans les tons des blazers indiquent même qu'il s'agit d'un groupe international. Il est en effet en présence du détachement d'avant-garde de la Cellule de Planification de l'Union de l'Europe Occidentale3 . Le reste de l'organisation est encore installé à Londres à deux pas de Victoria station, au 9 Grosvenor Place, car les discussions entre les capitales sur le financement du nouveau siège ne sont pas terminées. Pour amorcer le mouvement et aussi ne pas retarder la mise sur pied de la première tentative de planification militaire européenne, le Chef d'Etat-Major des Armées belge, le général Charlier, a proposé un hébergement provisoire à l'IRSD. Le Conseil des ambassadeurs de l'UEO n'a été que trop heureux d'agréer cette offre qui lui permettait de maintenir l'installation en Belgique à la date prévue, en dépit du blocage sur le reste. Le Commandant en second de l'Institut, impeccablement sanglé dans son uniforme de la force aérienne belge, est sur le perron du bâtiment PC pour accueillir ses invités.
I Military Police 2 Organisation du traité de l'Atlantique nord ou NATO North Atlantic Treaty Organisation. 3 L'Union de l'Europe occidentale est formée à ce moment de 9 membres à part entière: Allemagne, Belgique, Espagne, Italie, France, Luxembourg, Pays-bas, Portugal, et Royaume Uni. Le protocole d'adhésion de la Grèce, à la suite de Maastricht, a été accepté fin 92, mais son accession ne sera effective qu'à l'issue du processus de ratification des neuf Etats membres, soit en mars 95. 21

La Question du Corbeau
Quelques heures plus tard face au photographe de service, le détachement militaire européen - deux généraux, sept colonels - et son hôte immortalisent la décision des membres de l'UEO de mettre en œuvre les dispositions du traité de Maastricht qui doivent redonner vie à cette minuscule sœur aînée de l'OTAN4. En marge des importantes dispositions politiques du traité du 7 février 1992 figurent, en effet, des mesures permettant à l'UEO de se joindre au développement spectaculaire de l'Union européenne, en lui apportant une sorte de parallèle militaire. Dans un souci notable d'efficacité, les gouvernements des neuf pays membres à part entière de l'Union de l'Europe occidentale, réunis sur les hauteurs de Bonn au mois de juin suivant, ont décidé de les mettre en œuvre sans attendre l'entrée en vigueur du traité, le Il novembre 1993. Cette déclaration de Petersberg5 est tout simplement remarquable. Ecrite sous présidence allemande, dans un langage allant à l'essentiel, elle assigne à l'UEO trois grands types de missions au service de la paix impliquant l'usage de moyens militaires: missions humanitaires ou d'évacuation de ressortissants missions de maintien de la paix missions de force de combat pour la gestion des crises y compris des opérations de rétablissement de la paix La date de mise en œuvre est tout aussi ambitieuse, puisqu'elle a été fixée à la mi-93. Le transfert du siège de Londres à Bruxelles constitue une autre décision d'importance. L'UEO en s'installant aux côtés de l'Union européenne et de l'OTAN pourra servir de trait d'union entre deux organisations également puissantes - l'une au plan économique et l'autre militaire - mais dont les stratégies œuvrent jusque-là sans point de recoupement.
Cette vision est parfaitement réaliste dans les circonstances du moment. L'OTAN, toute récemment auréolée de sa victoire à froid sur le Pacte de Varsovie, ne souhaite pas revenir dans l'immédiat sur ses plans de défense. Les opérations proposées par la déclaration de Petersberg sont considérées par les
4 La signature du traité de Bruxelles du 17 mars 1948, précède d'un an celle du traité de Washington qui permettra la création de l'OTAN. La modification du traité de Bruxelles en octobre 1954 donna naissance à l'UEO en mai 1955. 5 Annexe I
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La Question du Corbeau planificateurs de SHAPE6 comme le type même de ce que l'OTAN ne doit jamais entreprendre, sous peine de se laisser bafouer comme l'ONU en ex-y ougoslavie. La direction des Opérations de l'OTAN, acquise à la doctrine militaire américaine du bad gu/- à écraser par tous les moyens - ne veut pas risquer la crédibilité de l'Alliance dans la nébuleuse politico-militaire, inhérente aux opérations de maintien de la paix. Quant à l'Union Européenne, malgré des moyens financiers considérables, elle n'a aucune capacité à traiter de crises qui impliquent des options militaires. L'UEO dispose ainsi d'une fenêtre d'opportunité exceptionnelle, justifiant tous les espoirs. Sa taille et la modestie de ses ambitions la désignent pour être l'honnête courtier en maintien de la paix, entre l'OTAN et l'Union Européenne, sans empiéter sur les vastes prérogatives des Gouvernements et des Etats-majors nationaux. Enfin, le Corps franco-allemand, à la veille de s'appeler - sur forte insistance française - «Corps européen », semble tout indiqué pour fournir les premières troupes multinationales aux futures opérations de l'UEO. C'est la traduction de small is beautiful dans le domaine politico-militaire. Le déjeuner d'honneur auquel sont conviés les nouveaux arrivants, dans l'imposante salle à manger du mess de l'Institut Royal, donne à chacun le sentiment d'écrire un peu I'Histoire. Au toast de son hôte, le général de corps d'armée aérien italien, Marcello Caltabiano, premier Directeur de la Cellule de Planification (D/PC)8, répond avec simplicité et chaleur en soulignant sa conviction d'être à l'orée d'une
grande aventure. Pour elle, il quitte sans regret le commandement de la belle école de guerre aérienne de Florence et se réjouit de l'honneur qui lui a été fait de commander le premier organisme européen de planification militaire.

A l'issue du déjeuner, tout le monde se rassemble pour écouter le discours inaugural du Secrétaire Général délégué de l'UEO venu spécialement de Londres bénir la naissance de la Cellule de planification. Horst Holtoff s'impose immédiatement à son public, et sa silhouette de reître bon vivant s'encadre vigoureusement derrière le pupitre de conférencier. Ancien numéro deux de l'ambassade d'Allemagne en Algérie, il partage sans effort son discours entre l'anglais et le français, les deux langues de travail de
6 Supreme Headquarters Allied Powers Europe. Etat-major sous commandement à Mons et chargé de la planification militaire des opérations de l'OTAN. 7 Sale type, à l'opposé il yale «good guy.» 8 « Director/planning cell.» 23

américain, situé

La Question du Corbeau l'DEO, marquant ainsi la différence avec l'OTAN où la même règle est tombée en déshérence. Sa conviction de voir l'Europe de la défense prendre un nouvel essor est communicative et les applaudissements ne lui sont pas mesurés à la fin de sa performance. Les officiers ont le sourire, ce qui n'empêche pas quelques réalistes au moment du départ de l'illustre visiteur pour Londres, de se demander mezzo voce comment ces bonnes paroles vont meubler leurs prochains jours. Ils n'ont pas vraiment tort, et la petite équipe ainsi rassemblée va expérimenter à ses dépens le goût prononcé des dirigeants de l'UEO pour les symboles, au détriment des réalisations concrètes. Ainsi la nation hôte a incontestablement été généreuse en offrant un toit pour abriter dès l'automne les pionniers de l'Europe militaire, mais pas au point de leur donner un statut. Jusqu'à plus ample informé, il s'agit pour la Belgique d'un détachement de touristes en séjour de longue durée. En outre, lors de l'adoption des textes fondateurs de la Cellule de planification, aucun consensus ne s'est dégagé sur la prise en charge financière, par l'DEO, des personnels militaires qui y seront affectés. Chacun va devoir négocier, en national, un poste budgétaire qu'aucune administration n'a eu le temps de prévoir depuis les décisions de Petersberg. L'officier britannique de la Cellule s'est d'ailleurs fait conseiller discrètement par sa hiérarchie de garder son appartement à Londres, en prévision de l'échec de l'implantation à Bruxelles.
Les improvisations Le Secrétaire Général délégué à peine reparti pour Londres, le premier souci du détachement est tout simplement de s'installer, tant bien que mal, dans les quelques pièces sommairement meublées qui lui ont été dévolues au dernier étage d'un bâtiment d'instruction. Les moyens techniques sont réduits au strict minimum: aucune archive, quelques téléphones prêtés par l'Institut mais sans budget pour les faire fonctionner, impossibilité d'envoyer des messages ou d'être relié au réseau télégraphique de I'DE09. A ce stade, point n'est besoin d'être Clausewitz pour s'interroger sur la façon dont est organisée la montée en puissance de la Cellule de Planification. En fait de détachement précurseur il s'agit de l'équipe de direction au grand complet qui semble chargée de déblayer le terrain, assistée de deux sous-officiers

secrétaires - un belge, un français - encouragés, il est vrai, par l'aide de camp
et le chauffeur italiens du Général. Les experts de Londres, pressés par le
diplomatique 9 Les capitales de l'UEO sont reliées depuis longtemps par un réseau télégraphique classique de bonne qualité (Réseau WEUCOM).

24

La Question du Corbeau
temps, ont opté pour ce huis clos entre le Général Directeur, son adjoint et les sept colonelsJO, plutôt qu'une organisation par étapes qui aurait retardé le

discours inaugural du 1eT octobre. La première réunion plénière fait tout de suite apparaître que, faute de place et de structure administrative, il faudra repousser à plus tard l'arrivée des rédacteurs et des personnels de soutien, comme renoncer dans l'immédiat à tout travail d'Etat-major. Le Général Caltabiano, ancien pilote du très délicat Starfighter version bombardement nucléaire, et nourri des procédures opérationnelles OTAN les plus strictes est proprement abasourdi. Persuadé d'abord qu'il s'agit d'un malentendu facilement réparable, il entreprend, dès les premières semaines, une série de démarches vigoureuses tant vis-à-vis de ses autorités nationales que du siège londonien de l'DEO. Le Secrétaire Général et son cabinet lui prêtent une oreille attentive, mais l'échelon administratif pourtant supervisé par le Secrétaire Général délégué, est nettement plus lent à s'émouvoir. On ne met guère plus d'empressement à Rome pour s'intéresser à la situation et lui venir en aide. Après plusieurs semaines d'effort il ne peut offrir à son équipe que cette constatation toute britannique: «La Cellule de planification est sur le brûleur du fondl1 .» Ne voulant pas s'avouer vaincu et pour être au diapason des dernières prises de position de l'UEO, il veut lancer sa petite équipe sur une étude générale de la situation en ex-Yougoslavie.
Lors de la réunion du Petersberg, l'UEO a en effet publié une déclaration soulignant l'importance de la résolution 758 des Nations Unies préconisant d'établir une zone de sécurité autour de Sarajevo. Les ministres des neuf pays membres ont même déclaré que leur organisation était «prête, dans les limites de ses possibilités, à contribuer à la mise en œuvre effective des recommandations du Conseil de Sécurité sur l'ex-Yougoslavie.» Dans la même veine, ils ont exprimé «leur détermination de mettre en œuvre de manière appropriée les sanctions contenues dans la résolution 757. » Un groupe ad hoc a été créé à cet effet.

Dans l'esprit du Général il est possible, malgré la faiblesse de ses moyens, d'apporter une première contribution à cette action essentielle de l'UEO. Elle consisterait en une présentation militaire générale du problème, tirée de la
10 Soient un officier général ou un colonel par pays membre de I'DEO. Il « On the back burner» : affaire laissée à mijoter le plus longtemps possible.

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La Question du Corbeau
documentation disponible à l'Institut Royal, et d'une liste des conséquences tactiques des déclarations ministérielles. Quand il découvre qu'il est impossible de trouver une carte significative de la région pour l'afficher dans son bureau, il n'y tient plus. Il décide de se rendre immédiatement à Londres pour solliciter une confirmation de sa mission. Le moment lui semble d'autant plus favorable que s'y réunissent justement les «Directeurs des affaires étrangères12 ». La chaleur des propos tenus à son égard, au lendemain de sa nomination, renforce encore sa certitude de recevoir tout l'appui nécessaire. Il en revient fort pensif: les Directeurs n'ont pas été choqués par la situation partir de laquelle la Cellule doit être opérationnelle. Aucune mission ne lui sera confiée avant. Décontenancés par cette situation, les colonels se rassemblent en un groupe homogène peu disposé de prime abord à s'en laisser conter par les deux généraux, auxquels ils attribuent en toute équité militaire la responsabilité de la situation. Hier encore, affectés à des univers bien ordonnés, OTAN ou nationaux, ils avaient une mission claire, des moyens adaptés, une organisation rationnelle du travail. Aujourd'hui, ils sont priés d'occuper leur journée sans plan ni moyen, en prenant de surcroît le risque de voir s'affadir leur foi atlantique au contact quotidien d'un général français. A cela s'ajoute leur statut de touristes qui les ulcère et nourrit d'ailleurs le gros de leurs rancœurs. Les rumeurs sur le futur statut envisagé en haut lieu ne sont pas faites pour les calmer. Profitant du flou complet régissant la venue de l'UEO à Bruxelles, les autorités belges ont en effet décidé d'utiliser l'occasion pour montrer leur réprobation vis-à-vis des privilèges et exemptions accordés par le passé aux organisations internationales, et particulièrement à l'OTAN. La petite DEO arrive à point nommé pour être le premier exemple de ce regain de vertu tarifaire. Le siège de l'UEO, empêtré à Londres dans ses problèmes de déménagement, ne peut accorder qu'une attention distraite à ces difficultés, sans pour autant se cacher qu'il aura bientôt à les résoudre pour ses propres personnels. Horst Holtoff appelé un soir à la rescousse par le Général, résume sobrement la situation vis-à-vis des autorités belges en grommelant: « Quand on monte avec une dame, il faut se mettre d'accord sur le prix avant! »

du détachementprécurseur et se sont estimés liés par le 1er avril 1993, date à

12Ce « Groupe de travail spécial» des Directeurs était à Londres le véritable mentor politique du Conseil de l'DEO. Le fonctionnement de ce groupe est explicité plus loin (Chapitre 3 la machine de Papin). 26

La Question du Corbeau Dans ce climat pour le moins agité, il faut pourtant avancer. Le premier organisme de planification militaire européen - même au tout premier stade ne peut rester en contemplation de ses problèmes, alors que le drame yougoslave fait la une quotidienne de tous les journaux. Le Général Caltabiano, dont le bureau a quand même [mi par s'orner d'une carte de la région, demande à son adjoint, malgré la pénurie, d'entamer l'organisation interne de la Cellule avec les sept colonels, lui-même continuant ses efforts vers les échelons supérieurs. Les cinq chefs de Section13, Ie Group Captain Rimmer, Ie Kapitan zur See Poesze, Ie Coronel Oliver, Ie Capitâo-de-mar-e-guerra Figueiredo, Ie Colonel Wolters, avec le chef de cabinet, le Colonel de Jaeger de la force aérienne belge, et le Lieutenant-colonel Nuremberg de l'armée de terre du Luxembourg, commencent ainsi à se réunir tous les après-midi, autour du « Deputy Director Planning Cell (DD/PC)14». Pour ne pas ajouter une difficulté relationnelle supplémentaire aux frustrations du moment, le DD/PC a en effet laissé l'anglais s'établir comme langue de travail, étant admis implicitement que l'on reviendrait au bilinguisme quand la Cellule serait au complet. Une portion de couloir glacial jouxtant les bureaux du Général, une table et des chaises spartiates éclairées par un néon aussi chaleureux qu'un scialytique, tiennent lieu de salle de réunion. Faute de documents à étudier ou d'archives à consulter, il faut les premiers après-midi laisser arriver sur la table les sujets les plus divers, même si les difficultés de tous ordres rencontrées quotidiennement par les «WEU Pilgrim Fathers »15, comme se désignent parfois les colonels, ne les incitent pas à la bonhomie. Elles permettent en revanche une étude in vivo des cultures militaires européennes et de leur influence sur la manière d'envisager la ffilSSlon. Heureusement, et grâce à toutes les méthodes possibles d'animation de groupe, l'éventail des sujets traités se resserre au fil des après-midi et devient plus professionnel. Arrive enfin le moment où l'on peut aborder de front, avec la sérénité requise, la liste des questions techniques à résoudre en urgence. La première, et non des moindres, consiste à se mettre d'accord sur la meilleure manière de remplir les missions prévues, compte tenu de l'organigramme arrêté à Petersberg.

13Voir Annexe I bis Schéma de la Cellule de planification. 14 Directeur adjoint de la Cellule de planification. 15 Les « Pères Pèlerins », premiers colons européens à mettre le pied en Amérique 27

du Nord.

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