L'EUROPE FACE À LA CONCURRENCE ASIATIQUE

De
Publié par

Pendant plus de deux décennies, l'Europe s'est sentie menacée par la montée en puissance des " dragons " puis des " tigres ". La crise de 1997 a ébranlé les certitudes. Quelles seront désormais les stratégies concurrentielles privilégiées par les pays éme

Publié le : jeudi 1 novembre 2001
Lecture(s) : 308
EAN13 : 9782296271104
Nombre de pages : 186
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

REMERCIEMENTS

Nous tenons à remercier le Commissariat Général du Plan pour son soutien financier, ainsi que le SESSI du Secrétariat d'Etat à l'Industrie pour la mise à disposition de données statistiques sans lesquelles ce travail n'aurait pu aboutir. De nombreuses personnes nous ont permis de mener à bien cette étude; qu'elles soient également remerciées. Soledad Zignago, chercheuse au TEAM -Université de Paris 1-, a largement concouru à la rédaction de la partie relative aux échanges intragroupe dans le cadre d'un stage au COEl. La détermination de la méthodologie et le calcul des résultats de l'enquête Image du CaE ont été réalisés par Jacques Anas, responsable de la Division statistiques et enquêtes du CaE, et Bertrand Legait, statisticien au CaE. Lors de son séjour au CaE, André Wolanovski a contribué aux travaux sur l'approche logistique présentés dans le chapitre 3. Enfin, que toutes les personnes qui ont aidé à la réalisation matérielle de cette étude soient ici remerciées. Nous tenons particulièrement à exprimer toute notre gratitude à Mélanie Plat, qui a assuré la mise en forme du manuscrit, ainsi qu'à Christiane Cassel et à Jean-Marie Nays pour la réalisation des graphiques.
A.H. et S.R.

1 Ce stage a donné lieu à un rapport disponible sur demande auprès du secrétariat du COE.

PREFACE

par Jean-Michel

CHARPIN*

En Europe, on a trop tendance à voir l'Asie d'abord comme une menace. Quand elle est dynamique, ce sont ses capacités concurrentielles qui sont mises en avant. Quand elle traverse une passe difficile, on s'inquiète de sa fragilité et des risques de propagation. C'est pourquoi je me réjouis de la publication de l'ouvrage d'Alain Henriot et de Sandrine RoI. Cet ouvrage s'appuie sur un travail de recherche réalisé dans le cadre d'un programme lancé il y a environ deux ans par le Commissariat général du Plan, en collaboration avec le Service des études et des statistiques industrielles du ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie. Consacré à la place de l'industrie française dans l'économie mondiale, ce programme a été piloté par le comité scientifique « Économie internationale », présidé par Daniel Lebègue. La publication de cet ouvrage témoigne que nous avons à cœur de faciliter la diffusion dans les meilleures conditions possibles auprès des économistes mais aussi des décideurs des secteurs public et privé des principaux résultats produits par ces travaux de recherche.

* Commissaire

au Plan

L'ouvrage arrive à point nommé, à un moment où la globalisation de l'économie suscite de nombreux débats quant aux enjeux et contraintes qu'elle peut impliquer pour les économies française et européennes, notamment pour leurs entreprises. Dans ce cadre, apprécier la concurrence qu'exercent les pays asiatiques vis-à-vis de l'Europe constitue un élément clé d'analyse, utile au diagnostic comme à l'élaboration de préconisations. Dans ce domaine, le constat généralement fait est que les marchés européens et asiatiques sont faiblement intégrés, l'Europe ayant, a priori, moins à craindre de la concurrence des pays émergents d'Asie que les Etats-Unis et surtout que le Japon. L'analyse qui nous est proposée ici va à rebours d'un tel constat en montrant que l'Europe est loin d'être une forteresse imprenable. En effet, ses frontières sont suffisamment ouvertes pour que ses marchés soient contestables et que ses entreprises soient en situation de concurrence assez directe avec celles de la zone asiatique. Ainsi, certaines branches européennes apparaissent en position de forte confrontation avec la Chine et des nouveaux pays industrialisés comme la Corée du Sud, Taïwan ou Singapour pour ce qui concerne les produits du cuir, de l'habillement et de l'électronique grand public. Mais cette confrontation semble encore plus marquée pour des produits technologiquement avancés. En conséquence, du fait des contraintes imposées par la concurrence asiatique, l'Europe connaît une perte de spécialisation dans la production de composants électroniques et de matériel informatique. Par ailleurs, la mise en évidence de cette concurrence, qui semble d'ailleurs aujourd'hui tourner à l'avantage des firmes asiatiques, est la preuve que régionalisation et mondialisation ne sont pas incompatibles. Un tel constat se trouve renforcé par le fait que les nouveaux pays industrialisés d'Asie de la première vague, mais aussi ceux de la seconde vague, sont devenus au fil du temps des partenaires assez importants pour les Etats-Unis et privilégiés pour le Japon. Dans ce contexte, il semblerait que l'intégration de la sphère réelle rattrape celle de la sphère financière. Il est vrai que le processus de convergence entre ces deux dimensions de

8

l'intégration économique n'est certainement pas achevé, tant la crise financière asiatique de 1997-1998 s'est diffusée rapidement à l'échelle planétaire. Cette crise financière constitue également un exemple caractéristique des fortes interdépendances qui peuvent exister entre intégration financière et intégration réelle. En effet, elle a suscité des réformes économiques trop longtemps différées et permis ainsi de rationaliser l'outil de production dans les pays asiatiques. Cette nouvelle donne économique conduit à s'interroger sur la nature du commerce qui s'établira à l'avenir entre l'Asie et l'Europe. S'appuyant sur leurs travaux économétriques, les auteurs concluent à une montée en gamme progressive dans le futur des produits des pays émergents d'Asie. Ne va-t-on pas alors assister à une intensification des échanges intra-branche entre l'Europe et l'Asie? Dans ce cadre, le commerce croisé de produits similaires pourrait également s'accompagner d'une recrudescence des flux d'investissements directs. Il semble que le processus se soit déjà engagé puisque les firmes européennes cherchent à intensifier leurs relations commerciales avec cette zone et n'hésitent plus à y investir. À terme, les accords de partenariat permettant de faciliter le développement et les échanges de nouvelles technologies entre l'Europe et l'Asie constitueront à n'en pas douter un enjeu de taille dans la mesure où les entreprises devront faire face à une concurrence de plus en plus globale. Aux dimensions de la concurrence commerciale et de l'interdépendance macroéconomique, s'ajoutera alors progressivement celle des coopérations industrielles.

9

AVANT PROPOS

par Christian de BOISSIEU*

L'Asie impressionne, au point de faire peur aux autres (Américains, Européens, etc.) par son dynamisme, son poids démographique, une flexibilité aux multiples facettes (des bonnes mais aussi de plus discutables...). Certes, l'idée de «miracle asiatique », promue dans les années 1980 et 1990 par plusieurs organismes internationaux, a du plomb dans l'aile depuis la crise de 1997-1998 et les ajustements qui ont suivi. Mais, par-delà toutes les autres explications, dotées de leur part de vérité, il faut interpréter cette crise aussi comme une transition d'un régime de croissance à 8-10 % par an pour les plus dynamiques des pays émergents d'Asie, -un rythme non soutenable à long terme- à un autre régime de croissance, proche en moyenne de 5 % par an, plus compatible sur la longue période, compte tenu du rattrapage déjà effectué, avec la donne économique, les contraintes sociales et le contexte politique. Pour l'Europe comme pour les Etats-Unis, il s'agit de trouver avec l'Asie -entendue à la fois au sens large et dans l'acception plus restreinte des pays émergents d'Asie du Sud-Est auxquels on rajoute la Chine- le bon équilibre entre la logique de concurrence
* Professeur à l'Université de Paris I (Panthéon-Sorbonne), directeur scientifique du COE

et la logique de coopération (ou de partenariat). Le grand mérite de l'ouvrage d'Alain Henriot et Sandrine RoI est d'analyser, de façon calme (influence de la devise de la Corée du Sud?) mais intellectuellement engagée et stimulante, cette dialectique concurrence/coopération entre l'Europe et l'Asie avant 1997 et depuis. Après le temps nécessaire des indicateurs de concurrence et de compétitivité (prix et hors prix), globaux et sectoriels, vient celui, presque suffisant, des interprétations. C'est là que se mêlent fort habilement les considérations macroéconomiques et les comportements microéconomiques (voir, par exemple, la lumière jetée sur les échanges commerciaux « captifs », spécialement ceux internes aux firmes multinationales), la mise en évidence des convergences et des disparités constatées sur l'échantillon de pays retenus, l'utilisation des outils de l'analyse économique au service d'une démarche d'économie appliquée très éclairante. Sans oublier les perspectives (voire la prospective) esquissées dans le dernier chapitre, riches en anticipations et en hypothèses sur le thème déjà cité des convergences et des disparités. Ce livre est exemplaire non seulement par la richesse des résultats et des interprétations, mais aussi par les méthodes qu'il propose, d'application générale, et par l'intégration, exceptionnellement réussie, de l'analyse et de l'empirisme.

12

INTRODUCTION

L'émergence des économies asiatiques sur la scène internationale a été l'un des principaux faits marquants de l'évolution de l'économie mondiale au cours des trois dernières décennies. Les pays émergents d'Asie2 représentent aujourd'hui près d'un tiers du PIB mondial, contre à peine 10 % au début des années 1970. Pour une large part, ce développement a reposé sur une forte intégration dans les échanges internationaux. Toutefois, la montée en puissance des économies asiatiques sur le marché mondial a souvent fait l'objet de polémiques, la concurrence menée par ces pays étant parfois jugée déloyale. Il faut reconnaître que leur insertion internationale s'est essentiellement appuyée sur l'atout que constituait la faiblesse de leurs coûts salariaux. Cette situation correspondait cependant à un véritable avantage comparatif pour ces pays, caractérisés, au moins au début de leur phase de développement, par une abondance relative de la maind'oeuvre. Le bas niveau des salaires ne représentait pas forcément un avantage absolu, puisqu'il avait pour corollaire une faible productivité du travail. Le développement rapide de certains pays d'Asie, comme la Corée du Sud ou Taiwan, le renchérissement graduel des coûts salariaux qui lui est inhérent et l'entrée en jeu de nouveaux compétiteurs -souvent de la même zone d'ailleurs- ont, certes, progressivement conduit ces économies à revoir leur stratégie concurrentielle, en la basant davantage sur des critères autres que les prix (montée en gamme, amélioration de la qualité des
2 Le terme « pays émergents d'Asie» se réfère ici à l'Asie hors Japon. Dans la suite de ce livre, le terme « Asie» fait référence à ce même ensemble, sauf mention contraire.

produits, etc.). Mais ce repositionnement sur la compétitivité hors prix n'en était qu'à ses débuts lorsque la crise de l'été 1997 est intervenue. Les pays asiatiques apparaissaient alors encore peu compétitifs en la matière, notamment vis-à-vis des pays européens. Les conséquences de cette crise sur les stratégies concurrentielles menées par les pays asiatiques seront sans doute beaucoup plus complexes qu'on pourrait le croire. On peut ainsi s'interroger sur la façon dont ces pays -et surtout leurs entreprisesont tenté -ou vont tenter- de sortir de la crise. A priori, les gains de compétitivité-prix engrangés par les pays concernés peuvent les conduire à privilégier cet atout dans la compétition internationale. Mais les économies asiatiques vont-elles réellement baser leur insertion internationale uniquement sur une pression supplémentaire sur les prix, faute de ressources disponibles pour poursuivre sur la voie d'une transformation de leur spécialisation internationale? Ou la stratégie privilégiée sera-t-elle une sortie «par le haut », se fondant sur la restructuration des entreprises, voire des systèmes productifs, et qui serait susceptible de conduire à un positionnement sur des produits à plus forte valeur ajoutée? Ces questions sont naturellement au cœur des préoccupations des décideurs européens. Jusqu'ici, en effet, la concurrence qu'ont pu exercer les pays asiatiques vis-à-vis de l'Europe est restée relativement contenue. D'une part, l'Europe et l'Asie sont les deux régions du monde pour lesquelles le commerce intra-zone est le plus développé. D'autre part, leur spécialisation sectorielle diffère sensiblement. Cette dernière caractéristique s'explique cependant en partie par le fait que l'Europe a progressivement été supplantée par l'Asie dans certains de ses points forts traditionnels, comme le textile par exemple. L'orientation des stratégies d'après crise des pays asiatiques conditionne ainsi la façon dont les pays européens vont devoir se situer pour affronter cette concurrence: un positionnement sur des produits hauts de gamme sera-t-il suffisant pour continuer à échapper à une concurrence frontale avec l'Asie? Cet ouvrage a pour ambition d'apporter quelques éléments de réponse à cette interrogation majeure. Cela nécessite avant toute chose de mesurer la concurrence asiatique entre l'Europe et l'Asie

14

et d'en définir les caractéristiques (dans quels secteurs et zones géographiques est-elle la plus intense? Est-elle surtout basée sur les prix? A-t-elle évolué au fil des années? etc.). Ce n'est que dans un second temps, à la lueur des multiples conséquences de la crise de 1997 sur les pays émergents d'Asie, qu'il sera possible de déterminer les nouveaux types de concurrence auxquels seront confrontées les entreprises européennes dans les années à venir. Compte tenu des difficultés statistiques pour appréhender la production et le commerce international de services, cet exercice se limitera à l'étude des biens échangés. L'analyse s'articule autour de quatre chapitres. . dans le premier chapitre, nous cherchons à mesurer l'intensité de la concurrence asiatique, notamment vis-à-vis des pays européens, à partir des flux d'échanges du commerce. D'abord réalisée à un niveau agrégé, l'analyse est ensuite complétée par une approche à un niveau sectoriel et géographique plus fin. Nous examinons alors les différents facteurs susceptibles d'expliquer la structure de la concurrence, tels que l'écart de développement entre l'Asie et l'Europe, la distance qui sépare ces deux zones ou leurs dynamiques de spécialisation sur les trente dernières années; . le deuxième chapitre est consacré à l'analyse de la nature des échanges entre l'Europe et l'Asie. A partir de deux exemples, nous tentons de mettre en évidence l'influence des caractéristiques microéconomiques des échanges sur le commerce entre les deux zones considérées, et donc sur la concurrence qui s'exerce entre ces deux zones. Nous étudions ainsi successivement le rôle du commerce intra-branche et du positionnement par gamme des exportations, puis, en se limitant au cas français, celui des flux d'échanges intra-firme ; . les atouts et faiblesses respectifs de l'Europe et de l'Asie en matière de compétitivité-prix et hors prix sont plus particulièrement mis en évidence dans le troisième chapitre. Pour cela, l'observation comparée de plusieurs indicateurs traditionnellement représentatifs de la compétitivité hors prix est complétée par l'utilisation d'une enquête originale: l'enquête

15

Image du COE. Destinée à positionner les produits de différents pays les uns par rapport aux autres sur les marchés européens, sur la base de critères prix et hors prix, celle-ci permet aussi d'évaluer le potentiel de pénétration des produits asiatiques en Europe; . c'est dans le quatrième et dernier chapitre de cet ouvrage que nous essayons d'apporter quelques éclairages sur les stratégies concurrentielles que les pays émergents d'Asie semblent avoir adoptées depuis 1997 et, plus encore, sur les perspectives d'évolution de ces stratégies au regard des transformations induites par la crise. Rapidement affectée par les conséquences de la crise du seul point de vue des prix, la compétitivité asiatique l'a aussi été au niveau des critères hors prix et est encore appelée à se modifier. Après avoir rappelé les différents canaux de transmission de la crise sur la compétitivité asiatique, nous nous attachons donc à en évaluer l'impact potentiel sur les stratégies concurrentielles menées dans la région. Les quelques scénarios ainsi proposés, différents selon les pays considérés, devraient permettre aux entreprises européennes de se préparer à affronter cette nouvelle concurrence asiatique.

16

CHAPITRE I

COMMENT MESURER LA CONCURRENCE ASIATIQUE?

Durant les trois dernières décennies, la part des pays émergents d'Asie dans le commerce mondial a enregistré une très forte croissance, à travers différentes vagues. Depuis le début des années 1970, les exportations de ceux que l'on a surnommés «les quatre dragons »3 ont connu une vive expansion. Leur part dans les exportations mondiales, proche de 1,5 % au milieu des années 1960, a crû de manière très rapide pour avoisiner 7 % juste avant la crise4. Les années 1980 ont été marquées par l'arrivée sur la scène mondiale de nouveaux pays, comme la Malaisie, la Thaïlande ou l'Indonésie5, qui présentent comme caractéristique principale d'être nettement plus peuplés que leurs prédécesseurs.

3 Corée du Sud, Hong Kong, Singapour et Taiwan, encore appelés Nouveaux Pays Industrialisés (NP/). 4 Les réexportations, particulièrement importantes pour Hong Kong et Singapour, sont déduites des données d'ensemble dans la banque de données Cepii-Chelem. 5 Par la suite, ces trois pays et les Philippines seront appelés les « tigres ».

Leur part de marché mondial reste encore modeste, autour de 4 %, mais elle a crû très rapidement. Ce phénomène a encore pris davantage d'importance avec l'entrée en scène de la Chine. Réduit à la portion congrue au début des années 1980, le géant chinois a connu une remarquable expansion de ses exportations au cours des vingt dernières années, ce qui lui a permis de multiplier par plus de quatre sa part dans les exportations mondiales (3,9 % en 1998 contre 0,9 % en 1980). Enfin, l'Inde commence aussi à occuper une place croissante dans les exportations mondiales, même si elle reste encore modeste. Graphique 1 - Part dans les exportations mondiales
en%
8 8

6

6

4

4

2
--= -;...a ......;. ...:,

- -..:.. ...::.
hors

-=-

- .:..-

.,.--- _ _ _ ..-'

..-

2

_ _ _ _ _____ _
88 Chine
I

o

1Source:

68

73 NPI
ASEAN

78
Singapour

83

- -- -- - . Inde
,.

93

98

o

banque de données Cepii-Chelem

calculs CaE

Cependant, même si les exportations des pays asiatiques ont connu une remarquable expansion depuis trois décennies, la concurrence directe que ces derniers exercent sur les autres compétiteurs, notamment les pays européens, doit faire l'objet d'une évaluation spécifique, en tenant compte en particulier des différences de spécialisation géographiques et sectorielles.

18

Il STRUCTURE DE LA CONCURRENCE DES PRINCIPAUX PAYS INDUSTRIALISES

1 - Analyse

de l'ensemble

des échanges

L'évaluation de la structure de la concurrence à laquelle sont confrontés les principaux exportateurs mondiaux nécessite d'établir une méthodologie appropriée. Sur le marché intérieur, la démarche est simple: la structure de la concurrence se réfère à la ventilation géographique des importations. Sur les marchés extérieurs, les méthodes les plus intuitives consistant à définir la structure de la concurrence, soit à partir de la structure géographique des exportations, soit en se basant sur la part des compétiteurs dans les échanges mondiaux, sont inappropriées sur le plan théorique. Seule une méthode dite « à double pondération» se révèle pertinente. Elle consiste à établir la structure de conCU1Tencesur chaque marché du pays de référence, puis à pondérer le poids de chaque marché par son importance dans les exportations du pays de référence. L'originalité des calculs effectués dans le cadre de cet ouvrage, dont les résultats sont commentés ci-dessous, est double: d'une part, on établit une structure exhaustive de concurrence (et non pas relative seulement à quelques partenaires) ; d'autre part, après une analyse traditionnelle portant sur l'ensemble des échanges, on affine les calculs en tenant compte des différences de spécialisation sectorielle. Afin d'éviter tout biais lié au choix d'une année de référence, les calculs sont effectués sur la période 1995-1997. Ils correspondent donc à la situation qui prévalait avant la crise6.

6 Pour une présentation détaillée de la méthodologie utilisée dans ce chapitre, se référer à Henriot et Roi (2000), rapport disponible sur demande au Centre d'Observation Economique (COE) de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris.

19

En Europe, la prédominance du commerce intra-régional laisse une place relativement modeste aux autres partenaires commerciaux. La part des pays émergents d'Asie dans les importations totales de l'Union européenne (UE) est toutefois équivalente à celle des Etats-Unis et représente le double de celle du Japon. La Chine occupe le premier rang parmi les fournisseurs asiatiques de l'Europe, devançant Taiwan et la Corée du Sud. Les cinq pays asiatiques les plus touchés par la crise7 (Corée du Sud, Philippines, Thaïlande, Malaisie et Indonésie) comptent pour environ 2,4 % dans les achats des pays de l'Union (7 % hors commerce intra-communautaire). La pénétration du marché français par ces pays (1,9 %) se situe un peu en deçà de la moyenne européenne, alors qu'à l'inverse celle du marché britannique est significativement supérieure (3,6 %). Les petits pays de l'UE, hormis l'Irlande, ne sont pas plus ouverts que les autres pays membres aux produits asiatiques. Sur les marchés extérieurs, les pays européens apparaissent nettement moins exposés à la concurrence asiatique que les EtatsUnis et le Japon. Dans le cas de la France ou de l'Allemagne, le poids des pays asiatiques dans la structure de la concurrence avoisine 10 % (5 % pour les 5-FMI). Pour l'UE prise comme un ensemble, c'est-à-dire en éliminant le commerce intracommunautaire, le poids des pays asiatiques dans la structure de la concurrence ressort sensiblement renforcé, mais l'intensité de la concurrence asiatique n'en reste pas moins plus faible que pour les Etats-Unis et, surtout, pour le Japon. Dans la structure de la concurrence européenne, le poids des pays asiatiques est alors légèrement supérieur au poids des Etats-Unis (21 % contre 18 %) et deux fois plus élevé que celui du Japon (10 %), ce qui fait de la zone asiatique le premier concurrent extra-communautaire de l'UE. La prise en compte de la dimension sectorielle dans le calcul de
7

On désignera ces pays ultérieurementpar 5-FMI, chacun ayant dûfaire face, à

un moment ou à un autre, à un plan d'ajustement du Fonds Monétaire International.

20

la structure de la concurrence sur les marchés tiers conduit à nuancer les propos précédents. La concurrence exercée par les pays asiatiques apparaît moins marquée pour les Etats-Unis, alors qu'au contraire elle se renforce pour le Japon. Dans le cas de la France, ce type d'approche se traduit par une augmentation du poids des pays européens comme concurrents, au détriment des pays émergents: le poids des pays émergents d'Asie retombe à 9,1 % et celui des 5-FMI à 3,7 %. Cet effet, qui reflète des différences de spécialisation sectorielle, est encore un peu plus prononcé pour l'Allemagne et pour le Royaume-Uni. En revanche, il joue en sens inverse pour l'Italie, ce qui suggère une certaine proximité de spécialisation sectorielle avec les économies émergentes d'Asie. Un phénomène comparable est d'ailleurs observé pour l'Irlande. Mais c'est pour le Portugal que l'introduction de la dimension sectorielle renforce le plus fortement le poids de la concurrence de l'ensemble des pays émergents d'Asie8.

8 Les ordres de grandeur sont comparables aux résultats obtenus par Guimbert (1998).

21

Tableau 1- Poids des pays émergents d'Asie dans la structure de la concurrence sur les marchés tiers (1995-1997, en O~)
Etats-Unis
Pays
émergents

Japon
Pays
émergents

UE 15*
Pays 5-FMI 12,0 14,1
émergents

Allemagne
Pays
émergents

5-FMI 10,3 9,3

5-FMl 8,3 7,9

5-FMl 4,8 3,5

d'Asie Méthode standard En intégrant la dimension sectorielle 23,2 21,1 France Pays
émergents

d'Asie 27,8 30,5

d'Asie 21,3 20,0

d'Asie Il,9 13,5

Italie
Pays 5-FMI 4,6 3,7
émergents

R.-Uni
Pays 5-FMI 4,8 4,7
émergents

Espa2ne
Pays 5-FMl 5,2 4,5
émergents

5-FMI 3,7 3,5

d'Asie Méthode standard En intégrant la dimension sectorielle Il,3 9,1 Portugal Pays
émergents

d'Asie Il,6 13,5

d'Asie 13,0 Il,8

d'Asie 9,4 8,3

Irlande
Pays 5-FMI 3,3 4,7
émergents

5-FMI 4,6 5,2

d'Asie Méthode standard En intégrant la dimension sectorielle 8,6 13,9

d'Asie Il,7 14,4

* Hors commerce intra-communautaire Source: calculs COE à partir de la banque de données Cepii-Chelem

Compte tenu de la polarisation géographique des échanges internationaux, ces analyses peuvent être affinées en tenant compte de la spécificité de la structure de la concurrence selon les marchés considérés. Il s'agit, dès lors, de recalculer la structure de concurrence à l'exportation par grandes zones géographiques, afin de déterminer si l'intensité de la concurrence asiatique est différente selon les marchés considérés. Pour tenir compte de manière concomitante de la spécificité de la spécialisation sectorielle, ces calculs sont effectués en considérant comme marché élémentaire un secteur dans un pays, et ce, pour six grandes zones géographiques (Europe

22

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.