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L'ex-Yougoslavie en Europe

358 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1997
Lecture(s) : 415
EAN13 : 9782296334281
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L'EX-YOUGOSLAVIE

EN EUROPE

DE LA FAILLITE DES DÉMOCRATIES AU PROCESSUS DE PAIX

@ Éditions L'Harmattan, 1997 ISBN: 2-7384-5076-8

Collection «Aujourd'hui l'Europe»

L'EX-YOUGOSLAVIE

EN EUROPE

DE LA FAILLITE DES DÉMOCRATIES AU PROCESSUS DE PAIX

SOUS LA «

RESPONSABILITÉ

DU COMITÉ

D'ORGANISATION

DU COLLOQUE

L'EX-YOUGOSLAVIE EN EUROPE PARIS 15-17 DÉCEMBRE 1995
FRANÇOIS LIONEL XAVIER AGNES ET

»

MARIE-FRANÇOISEALLAIN, OLIVIA FRANK JÉRÔME GÉRARD CUSTER, DEBIÉ, GAUTIÉ, TOULOUSE

CALoR!

CHARLES GALMICHE NORDMANN

PAUL

WINDEY

COORDINATION AVEC

TECHNIQUE:

LIONEL

CHARLES D'IsABELLE

ET AGNES THOMAS.

NORDMANN,

LA COLLABORATION

AVEC LE CONCOURS FONDATION

DE LA FONDATION

ROBERT

SCHUMAN, DE LA MAISON

DE LA DES

POUR LE PROGRÈS SCIENCES

DE L'HOMME, DE L'HOMME DE L'EUROPE

ET DU CONSEIL

L'Harmattan 5-7, me de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, me Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

C'est dans l'image et dans la signification du Vieux Pont (de ces quatre cent vingt-sept années d'existence) que sont condensés l'esprit et le sens de la Bosnie. Le trait essentiel du pont, c'est la rencontre et la réunion, le contraire de la divergence et de la séparation... Le monde sans le Vieux Pont de Mostar n'est pas un monde en tier.

IVAN LOVRENOVIC, Le Monde sans pont

Illustration de couverture: le pont de Mostar @ Musée Albert-Khan. Département des Hauts-de-Seine. . Nous remercions Jeanne Beausoleil, Conservateur et Directeur du Musée Albert- Khan, pour son prêt gracieux d'un cliché noir et blanc d'une plaque auto chrome d'Auguste Léon datant du 19 octobre 1912 (tirage UNESCO).

TABLE

DES MATIÈRES

Remerciements Programme du colloque

Xl
XIII

AGNES NORDMANN PréSentation
LIONEL CHARLES ET GÉRARD TOULOUSE

Genèse d'un colloque

Il

I

L'ÉTRANGE FAILLITE DES DÉMOCRATIES

ET DE L'EUROPE

PAUL GARDE

La logique du conflit
VLADIMIR DJURO DEGAN Larbitrage juridique ignoré: PIERRE HASSNER Institutions, États, sociétés:
GEORGES-MARIE CHENU

19

la jurisprudence

de la Commission

Badinter

31

une culpabilité

partagée

45

Les limites des interventions européennes
DIDIER FAU :LAdministration
PATRICE CANIVEZ

59

de l'Union

européenne

de Mostar

71

Logique du pire

79

VUl

TABLE DES MATIÈRES

ALAIN

JOXE
99

La peur de la guerre et la paralysie stratégique de l'Europe
FLORENCE HARTMANN Chronologie d'une négligence JEAN COT Guerre et après-guerre

criminelle:

le génocide

de Srebrenica

113

123

II

LES PERSPECTIVES OUVERTES PAR L'ACCORD DE DAYTON

TADEUSZ

MAZOWIECKI

Une chance pour la paix?
JOHN J. MARESCA Perspectives pour la paix et la démocratie WEN-QI ZHU Le développement HANS STARK Difficultés
JACQUES

133

en ex-Yougoslavie

141

du Tribunal

pénal international

pour

l' ex-Yougoslavie

149

à venir

167

RUPNIK

Dayton comme précédent: considérations régionales
MARY KALDOR

173

Reconstruction
ZARKO P APIC

en Bosnie-Herzégovine

183

Le programme d'aide à l'économie et à la reconstruction
IVAN DJURIC

191

L'avenir de l'Europe ou un Américain à Paris
JASMIN IMAMOVIC

203

L'ex-Yougoslavie, la Bosnie-Herzégovine

et Tuzla en Europe

209

TABLE DES MATIÈRES

IX

III

QUESTIONS

EN SUSPENS

XHAFER

SHATRI

La question du Kosovo
MUHAMEDIN KULLASHI

217

Silence autour du Kosovo
BASHKIM ISENI

221

Les Albanais en Macédoine:
PAUL GARDE

entre coexistence et conflit

231

État national et État multinational RAJKO ZIVKOVIC Les citoyens de nationalité serbe dans la Fédération croato-bosniaque: analyses et objectifs du Conseil civique serbe
ZLATKO LAGUMDJIJA

249

253

Lettre ouverte
FAHUDIN KREHO Point de vue sur la situation
GABRIEL BElS

261

en Bosnie-Herzégovine

263

Les mythes: pièges de l'histoire et pièges de l'esprit
MARC GJIDARA La succession

271

d'États

et les nouveaux

défis au droit en ex-Yougoslavie

279

FRANCK DE BlÉ Guerre et paix dans les Balkans:

fausses leçons et véritables

responsabilités

295

IV

APPENDICES

CHRONOLOGIE
BIBLIOGRAPHIE

311 325

Les membres du Comité d'organisation du colloque, Florence Hartmann, ses amis bosniaques Damir Becirevic, Amir, Jesenka, Dragana, Sandra, Armin, Rejjha... souhaitent rendre un hommage à XAVIER GAUTIER, décédé prématurément à l'âge de 35 ans le 19 mai 1996. Grand reporter au Figaro, Xavier Gautier a largement contribué à informer l'opinion publique sur les réalités du conflit ex-yougoslave. Journaliste courageux et passionné, animé d'une grande générosité, il a aussi beaucoup aidé des étudiants qui ont réussi à quitter Sarajevo bombardé en leur permettant de surmonter la transition entre la vie de guerre et la vie normale. Il avait présidé et animé la table ronde du colloque consacrée aux médias face à la guerre, à laquelle ont participé également Florence Hartmann (Le Monde), William Pfaff (International Herald Tribune) et Marc Semo (Libération).

REMERCIEMENTS

Cet ouvrage fait suite au Colloque International «Lex-Yougoslavie en Europe» qui s'est tenu à l'École Normale Supérieure et à l'Institut Curie à Paris les 15, 16 et 17 décembre 1995. Il regroupe une très large partie des interventions prononcées à cette occasion, qui pour la plupart ont été remaniées par leurs auteurs entre décembre et juillet 1996 ainsi que plusieurs textes inédits. Certaines interventions au colloque n'ont malheureusement pu être publiées comme n'ont pu l'être, faute de temps et de place, les débats dont ont été l'occasion ces deux journées et demie. De ce fait les points vue contradictoires qui se sont exprimés au cours de ces débats, souvent très animés, ne sont qu'imparfaitement représentés. Cependant nous espérons que la diversité des textes rassemblés dans ce volume reflète suffisamment l'éventail des points de vue des participants au colloque. Lorganisation de ce colloque n'a été possible que grâce au soutien de la Fondation Robert Schuman et de la Fondation pour le Progrès de l'Homme. Qu'elles en soient ici remerciées. Nous remercions chaleureusement les membres du comité de parrainage, Alexandre Blokh, Bogdan Bogdanovic, Paul Garde, Antoine Garapon, Hannifa Kapidzic, Jacques Le Goff et Paul Ricœur, pour la confiance qu'ils nous ont témoignée et tout particulièrement Pierre Hassner pour son aide attentive et ses conseils à chaque étape de ce projet et Florence Hartmann qui nous a fait profiter de ses conseils. Nous remercions également Daniel Tarschys, Secrétaire général du Conseil de l'Europe et Michel Fluckiger son conseiller spécial chargé de l' ex-Yougoslavie. Nous avons bénéficié du soutien amical de Maurice Aymard et de la Maison des Sciences de l'Homme, de la Fondation de l'École Normale Supérieure, de la Revue Esprit et du Comité EN S ex-Yougoslavie, du Comité Vukovar-Sarajevo, du Comité Kosovo, de l'Association Paris X-Sarajevo, du théâtre du Radeau, de la déclaration d'Avignon, de Mort Abramowitz et de l'association américaine Council

XlI

Remerciements

for peace in the Balkans. Jacques Lautman, ancien Directeur-adjoint de l'École Normale Supérieure, Jean-Robert Armogathe, directeur de l'Institut Bossuet, Yezekiel Ben-Ari, directeur de recherches à l'INSERM, l'Institut Curie et M. Constant, Laurence Chable et l'Association Étudiants pour Sarajevo nous ont apporté leur aide précieuse. Nous remercions Emmanuel Wallon, Véronique Nahoum-Grappe, Joseph Krulic et Michel Feher, qui ont accepté de présider les différentes séances du colloque, ainsi que l'ensemble des intervenants et des participants. Nous remercions toutes les personnes, associations ou institutions qui ont contribué à la réalisation des rencontres de décembre 1995, et plus particulièrement Catherine Schubert, Ellie Schaffer et Julie Wornan. Nous sommes particulièrement reconnaissants à Dominique de Libera, Emmanuelle Saada, Virginie Sèchépine pour leur aide efficace à la préparation du manuscrit, dans des conditions souvent difficiles ainsi qu'à Raphaëlle Maison. Nous tenons enfin à remercier l'Hôtel Crillon, l'Hôtel du Louvre et l'Hôtel Paris-Sofitel-Saint- Jacques, qui ont généreusement accueilli et hébergé les intervenan ts étrangers. Nos remerciements vont enfin à Denis Pryen, Directeur de l'Harmattan, sans la confiance duquel cet ouvrage n'aurait pu voir le jour et à Catherine Durrandin, Directrice de la collection «Aujourd'hui l'Europe », qui a bien voulu l'accueillir.
LES ÉDITEURS

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1 - Répartitions des nationalités majoritaires en Yougoslavie en 1991

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Les accords
territoires qui

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restitués it la Croatie avant novembre 1997

devront

CARTE

4 - La Bosnie-Herzégovine

et la Croatie

selon les accords de paix

de Dayton

et d'Erdrut (Automne 1995)

PRÉSENTATION
AGNES NORDMANN

A

PRÈS quatre années de guerre, d'agressions nationalistes et de pratiques génocidaires en diverses régions du territoire ex-yougoslave, dont la cruauté a culminé en Bosnie-Herzégovine, faisant près de 300 000 morts et des centaines de milliers de blessés et de handicapés, détruisant ou endommageant 80 % des logements et déplaçant ou exilant 3 millions de personnes (plus de 60 % de la 1995, qui affirme à la fois l'unité de la Bosnie-Herzégovine et sa division en une Fédération croato-musulmane et une République serbe. Après des années de tergiversations et d'échecs de la «communauté internationale», les accords de Dayton réussissaient enfin à imposer un réel cessez-le-feu, la présence des Américains et des Européens devant assurer l'application des différents points des accords en moins d'un an, avant le retrait prévu des troupes de l'IFOR dicté par l'échéance des élections présidentielles américaines en novembre 1996. Huit mois ont passé. Les aspects militaires des accords sont à peu près réalisés. En revanche, la reconstruction sociale et économique n'est pas très loin du point mort. Malgré les efforts du Tribunal pénal international de La Haye et les
Philosophe, ayant enseigné plusieurs années à l'Université de Picardie, AGNES NORDMANN est coanimatrice d'un comité de réflexion sur l'ex-Yougoslavie à l'École normale supérieure. Elle est par ailleurs membre fondateur du « Pont des arts et de la philosophie» visant à favoriser la recherche et les échanges avec l'Université et l'Académie des beaux-arts de Sarajevo. 1. Le terme «Bosnian» ou «Bosnien» désigne l'ensemble des citoyens de Bosnie-Herzégovine

population bosniane) 1, un « accord de paix global» a été signé en décembre

quelle que soit leur nationalité, croate, serbe ou bosniaque. La nationalité appelée « bosniaque »
actuellement était appelée jusqu'à il y a peu «Musulmane» (avec majuscule). Certains continuent

donc à employer le terme «Musulman» pour la nationalité et le terme «Bosniaque» pour désigner les citoyens «bosnians».

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Agnes Nordmann

mandats d'arrêt internationaux lancés, la plupart des criminels de guerre sont toujours en liberté. La restauration de la liberté de circulation sur l'ensemble du territoire de la Bosnie-Herzégovine, qui devait à la fois permettre le retour des réfugiés et des personnes déplacées et conditionner la tenue d'élections « libres et démocratiques », n'existe pas. Les partis politiques nationalistes au pouvoir, dont la responsabilité fut engagée dans le conflit, dominent la scène. Le calendrier du plan de paix faisant obligation, les élections générales ont été néanmoins fixées au 14 septembre 1996; seul l'échelon municipal du scrutin ayant été finalement repoussé au printemps 1997, devant l'importance manifeste des manipulations préélectorales, en tout premier lieu en République serbe. En décembre 1995, au lendemain même de la signature des accords, le colloque international que nous avions organisé à Paris s'était proposé, premièrement, de clarifier et d'analyser avec rigueur les données pouvant expliquer la violence et la durée de la tragédie yougoslave, c'est-à-dire aussi et surtout les divers aspects de la faillite et de la responsabilité internationales; deuxièmement, d'évaluer les perspectives nouvelles et ambiguës ouvertes par les accords de Dayton, tout en prenant en considération un certain nombre de questions négligées, foyers potentiels de nouveaux conflits, qu'ils avaient laissées en suspens; et, troisièmement, d'interroger l'avenir tout à la fois de l'Europe, des démocraties et des relations internationales à la lumière des révélations de ce conflit mais aussi de la tolérance à l'égard de l'intolérable, de la non-spontanéité démocratique (contrairement à la thèse libérale) et de la «banalité du mal», pour reprendre la formulation d'Hannah Arendt. La rédaction des textes des conférences, en vue de la publication de cet ouvrage s'étant échelonnée de décembre 1995 à août 1996, l'occasion a été saisie par certains auteurs d'étendre leurs considérations à l'état actuel des situations économiques, sociales, politiques et militaires, ainsi qu'au contexte des premiers mois d'application - et de violations - des accords de Dayton. C'est un intérêt supplémentaire de cet ouvrage que de permettre une telle confrontation des analyses et, notamment, d'apporter des éléments précis de réponse à la question de savoir si les difficultés d'application du plan de paix n'étaient pas déjà contenues dans ses ambiguïtés, pour ne pas dire dans ses contradictions. Faut-il le préciser? Si les auteurs ici réunis sont de différentes nationalités mais surtout de différents métiers et disciplines - sciences politiques, diplomatie, linguistique, histoire, droit international, philosophie, économie, journalisme, professions politiques ou militaires - et si chacun développe des analyses depuis un point de vue propre et apporte l'éclairage original de son expérience, tous ont néanmoins en commun d'inscrire leur parole sur le fond d'une culture politique

Présentation

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républicaine mesurant actes et discours à l'aune non seulement du réel, du possible, de l'efficace et des intérêts bien compris, mais aussi d'un certain nombre de valeurs, notamment de pluralisme et de droit, sur lesquelles l'Europe a voulu construire son avenir après sa dérive fasciste des années 20 et 30 et sa chute dans. les pratiques génocidaires et totalitaires il y a un demi-siècle.
L'EX-YOUGOSLAVIE EN EUROPE

La guerre qui a sévi au cœur du continent européen de juin 1991 à octobre 1995 a pris une autre forme que celle qui avait focalisé les craintes et motivé une dissuasion par «l'équilibre de la terreur» durant la guerre froide. En Bosnie- Herzégovine tout particulièrement, des armées et des formations paramilitaires et de façon non exclusive quoique au tout premier che£: les forces nationalistes extrémistes serbes de Bosnie soutenues par l'ex-armée nationale yougoslave aNA) et des milices de criminels serbes contrôlées par Belgrade - se sont attaquées à des populations civiles; des viols organisés, la torture et l'internement en camps, des massacres et des déplacements forcés de populations, sans précédent depuis la seconde guerre mondiale, ont été commis au nom d'une idéologie de purification ethnique; les principes de l'inviolabilité des frontières et du non-recours à la force ont été impunément bafoués. Comment une telle atteinte à la paix et à la sécurité européenne et plus encore un tel retour à des pratiques génocidaires réputées intolérables depuis 1945 ont-ils été possibles et tolérés? Et ce au moment même où «l'heure de l'Europe» - forte du resserrement des relations franco-allemandes - pouvait à certains sembler venue et où l'effondrement de la plupart des régimes «communistes» d'Europe de l'Est et la fin de la guerre froide semblaient avoir éloigné toute menace, et même pour certains promettre l'avènement d'un «nouvel ordre mondial»? Comment le reste de l'Europe et l'ensemble des États ont-ils pu laisser se développer un tel drame, alors même qu'ils se sont impliqués en ex-Yougoslavie depuis 1991 au prix de la vie de certains de leurs émissaires et soldats -, que ce soit dans le cadre de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), de l'Union européenne occidentale (UEO), de l'Organisation des Nations unies (ONU) ou de l'Alliance atlantique (OTAN), pour y remplir tour à tour des missions d'observation et de surveillance, d'arbitrage du droit international, de négociations, d'imposition de la paix, d'action humanitaire ou de maintien d'une paix qui n'existait pas? Comment expliquer, malgré l'engagement soutenu d'un certain nombre de citoyens, de personnalités et de collectifs ici et là, qu'aucun parti politique im-

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Agnes Nordmann

portant ne se soit réellement mobilisé, qu'aucun mouvement européen ne se soit constitué et que les sociétés n'aient aucunement infléchi les politiques menées? Comment comprendre aussi que la confusion des esprits, la propagande et l'idéologie aient pu étouffer le jugement critique pendant si longtemps et soient allées non seulement jusqu'à remplacer «agression nationaliste », «conquête armée », «génocide» et «purification ethnique» par «guerre civile», «conflit interethnique» (prétendument séculaire) et «guerre de religion» 2, mais aussi jusqu'à confondre les agresseurs et les agressés, la perspective d' «ajouter la guerre à la guerre» et celle d'user de force dissuasive pour l'arrêter? Un tel retour de la guerre interroge donc de multiples manières l'Europe, tant dans sa conjoncture présente que dans la perspective de son avenir, tant dans sa région ex-yougoslave que dans l'ensemble de ses différentes parties. Outre qu'il met en jeu sa place et son rôle dans les relations internationales, il l'interroge de façon insistante, du point de vue à la fois de ses nouvelles fractures intérieures et de son identité problématique, sinon fantomatique 3, c'est-à-dire des types de communautés et de citoyenneté et des solidarités - non seulement économiques - que les États mettent et veulent mettre en œuvre ou refusent. En effet, si la fin du «communisme réel» et du totalitarisme peut sembler avoir conduit à un dépassement (ou déplacement?) de l'ex-fracture Est-Ouest, on peut en revanche douter qu'elle ait ouvert à une progression de l'unité européenne et à une avancée démocratique. Bien plus, on peut se demander si l'effondrement politique et économique des États «socialistes» ne se conjuguerait pas avec la crise générale des «États-Providence» pour déboucher sur des «paniques identitaires», selon l'expression d'Etienne Balibar, et sur une prolifération de replis nationalistes nouveaux auxquels l'Europe de l'Ouest, et notamment la France, n'échappe pas. Il n'est peut-être aujourd'hui d'européennes que ces questions qui traversent la Bosnie, l'ex-Yougoslavie et l'Europe d'est en ouest et vont bien au-delà puisqu'elles mettent en jeu l'avenir même de la démocratie et de l'État de droit, ou, pour le dire autrement, la paix entre les peuples et la liberté des individus, mises indissociablement en péril par les efforts, plus ou moins violents ici et là selon les
2. Que les idéologies nationalistes aient surexploité des différences culturelles et tenté, avec un certain succès, à la fois de réduire les individus à une mono appartenance identitaire figée et exclusive et de les lier conjointement par une allégeance politique et étatique déterminée ne saurait faire ignorer que les ex-Yougoslaves ne sont pas tant partagés selon des clivages «interethniques» que selon des choix politiques opposés «inrra-ethniques» si l'on veut, dont certains seulement sont «ethnicistes» ou nationalistes. 3. Voir à ce sujet l'essai de Predrag Marvejevic, «Le fantasme de l'Europe centrale», in Le Monde «ex » Confessions (Fayard, 1996) et ce qu'écrit de «l'Europe fantôme» Etienne Balibar dans Les

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Frontièresde la démocratie(La Découverte, 1992), p. 221 sqq.

Présentation

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conjonctures, pour faire coïncider «communauté culturelle» et «destin politique».

UNE

ÉTRANGE

FAILLITE?

Après une introduction rappelant l'histoire et dégageant la logique de guerre rigoureuse et implacable qui ont conduit à l'éclatement de la République socialiste fédérale de Yougoslavie (RSFY), à l'exploitation et à la manipulation politiques des nationalités, la première partie de cet ouvrage s'attache à présenter des analyses précises, des révélations d'enquête, plusieurs interprétations et divers témoignages de cette faillite des démocraties et de l'Europe. Au fil des textes, l'apparence étrange et surprenante des échecs répétés - eu égard, entre autres, aux dispositions du droit international fixées par les avis de la Commission Badinter qui semblaient devoir orienter une action concertée et efficace, eu égard aussi aux espoirs que pouvait donner l'ampleur des moyens et des efforts déployés par l'Union européenne à Mostar - ne paraît plus être qu'un effet de surface supplanté tantôt par la réalité d'une incohérence protéiforme, tantôt par une logique tout aussi terrifiante. De cette faillite - dont l'abandon des populations de la «zone de sécurité» de Srebrenica,livrées au massacre par l'ONU le Il juillet 1995 en violation même de ses engagements, restera le symbole et le degré maximal en même temps que l'arbre qui cache la forêt -les figures et les causes invoquées sont multiples et de différents niveaux. Elles vont de l'inexistence d'une politique commune et des oppositions d'intérêts entre les États aux ambiguïtés et contradictions des missions des institutions internationales; de l'imbroglio des chaînes de commandement, de la faiblesse et de l'inadaptation des moyens consentis au poids des décisions personnelles de certains responsables; des visions à courte vue à l'absence de volonté politique des États, de la peur de la guerre à l'anesthésie de l'esprit critique des médias et des citoyens; de l'efficacité de la propagande de l'agresseur serbe au crédit donné aux points de vue nationalistes; du traitement partiel, et par là même partial, des informations à la manipulation des concepts et à la complicité. Enquêtes et coups de sonde au sein de l'opacité protégeant les politiques étrangères des États font ainsi notamment émerger non seulement la question complexe de leur transparence et du contrôle démocratique de leurs orientations, mais aussi celle d'un éventuel besoin de réforme des institutions internationales.

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DAYTON ET SES SUITES

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La deuxième partie de l'ouvrage est consacrée à l'examen des différentes perspectives ouvertes par l'initiative qui - grâce aux offensives croato-bosnianes, à l'intervention de l'OTAN et à la mise sur pied de la Force de réaction rapide durant l'été 1995 - a permis d'aboutir successivement à un début de rééquilibrage militaire, à un réel cessez-le-feu début octobre et à la signature des accords de Dayton à Paris le 14 décembre 1995.
« La

paix, en vérité, n'étant pas simplement une absence de guerre», selon la

formulation de Spinoza, l'issue du drame est à venir et dépend de l'application en cours des différents points des accords, c'est-à-dire, indissociablement, de la résolution donnée à leurs ambiguïtés. Qu'annonce, en effet, l'atypique «division dans l'unité» stipulée par les accords qui reconduisent le compromis sur lequel furent basés les multiples plans de paix ayant échoué de 1992 à 1994? Une réunification de la Bosnie-Herzégovine conforme à la volonté de vie commune d'une partie de la population bosniane? Ou, au contraire, sa partition en deux, voire en trois entités? On sait quelle est la solution la plus injuste et scandaleuse, celle qui assurerait par d'autres moyens les fins poursuivies par la guerre, porterait atteinte - cette fois-ci de jure et non plus seulement de facto - à l'obligation de respecter l'intangibilité des frontières, pourtant absolue en Europe, et créerait un précédent d'une gravité imprévisible pour l'avenir des relations internationales. Lexamen des priorités effectives de la «communauté internationale» et des différents moyens qu'elle met en œuvre, confrontés à une évaluation de l'ampleur et de la nature des problèmes et des besoins, se propose d'appréhender quelle solution est en passe d'être imposée et de quelle stabilité pour la région elle est porteuse. Les analyses ici réunies prennent ainsi chacune en compte divers aspects du contexte, dont on citera quelques exemples. La limitation à un an de la présence de l'IFOR en est un. Peut-on, en effet, envisager de régler en quelques mois les problèmes majeurs de reconstruction économique, de restauration de la confiance et de réconciliation sociale, le retour des réfugiés, le développement d'une atmosphère démocratique conditionnant la possibilité d'une relève des élites nationalistes au pouvoir? Le développement du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, ses succès et ses limites, alors que la plupart des criminels de guerre vivent en toute tranquillité grâce à une interprétation restrictive du mandat de l'IFOR qui lui évite d'avoir à les arrêter, est un autre aspect des choses. Le degré d'effondrement des économies, les problèmes liés à la fin de la pla-

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nification et de l'autogestion «socialiste», le chômage quasi total des populations, mais aussi le développement des mafias et du marché noir à la faveur des embargos et des blocus, dessinent encore un autre aspect de la situation auquel confronter s'ils existent - la volonté d'implication et la solidarité internationales ainsi que les efforts de coopération régionale. L'évaluation des chances que le cessez-le-feu actuel se transforme en paix stable et durable suppose enfin d'examiner les implications régionales du conflit et des accords de Dayton en Grèce, en Turquie et dans l'ensemble des Balkans, où des tensions existent entre des «minorités ». Quels en sont les effets dissuasifs ou incitatifs du point de vue des facteurs de déstabilisation et des revendications? L'engagement des puissances dans la région suscite-t-il de nouvelles orientations et des rapprochements géopolitiques susceptibles de reconfigurer divers «axes» en Europe?
QUESTIONS EN SUSPENS

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Enfin, un certain nombre de problèmes majeurs pour la paix et la sécurité dans la région n'ont pas été pris en compte par les négociateurs des accords de Dayton, pour des raisons qu'il appartient d'interpréter. On peut en mentionner quatre principaux, de nature très différente, qui, à n'être ni résolus ni même posés, non seulement font perdurer des situations inacceptables, mais aussi risquent de remettre le feu aux poudres. Le premier concerne les atteintes aux droits commises à l'encontre des citoyens de nationalité albanaise dans les régions du sud de l'ex-Yougoslavie. Le problème le plus aigu et explosif à cet égard est celui du Kosovo, dont la population à 90 % albanaise vit depuis une dizaine d'années dans la terreur, l'oppression et l'apartheid qu'y fait régner le régime de Milosevic, en particulier depuis 1989, quand la Serbie, par un acte anticonstitutionnelpremier acte de la déstabilisation de l'équilibre yougoslave par la politique grand serbe -, a supprimé le statut de province autonome du Kosovo. Malgré les appels pressants des représentants kosovars albanais et leurs demandes d'une protection internationale transitoire et d'un conditionnement de la levée des sanctions internationales contre la Serbie à un règlement du problème, la question du Kosovo reste entière. Divers scénarios de résolution sont envisagés, de la restauration d'un statut d'autonomie à l'accession à l'indépendance. Les problèmes du Kosovo sont aussi l'occasion d'émergence d'une question transversale plus large dont la confusion fut au cœur des causes de la guerre et reste souvent l'objet d'une incompréhension tant en ex-Yougoslavie qu'ailleurs.

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Agnes Nordmann

La question nationale se pose en effet à plusieurs niveaux: celui notamment de l'obligation qu'a tout État (notamment multinational) d'assurer une égale jouissance de tous leurs droits à l'ensemble des citoyens et donc, au même titre, de respecter ceux des « minorités» - ce qui semble mettre en question la pertinence de la notion de «peuple constitutif)), consacrée par la Fédération croatobosniaque par exemple -; celui, d'autre part, du «droit des peuples à disposer d'eux-mêmes )), dont l'interprétation est éminemment problématique. Par quel type de communauté, en effet, définir un peuple4? Comment y inclure ou en exclure ces êtres pluri-identitaires que sont les individus? Par quoi l'exercice de ce droit est-il conditionné? Par la seule volonté sécessionniste d'un groupe? Par la violation étatique effective des droits fondamentaux d'un certain nombre d'individus? Par l'expression de la volonté de tous les citoyens d'une «entité existante)) sans distinction ethnique ni d'aucune sorte? Par l'exclusion de toute modification de frontière par la force? La manipulation des opinions publiques est un autre problème transversal majeur qui appelle la réflexion et des initiatives, non seulement de la part des institutions européennes, mais aussi notamment de la part des historiens et des journalistes. On le sait, cette guerre n'aurait pu avoir lieu, du moins sous cette forme, sans l'impact d'une mythologie victimaire serbe et d'un trafic de la mémoire, sans une falsification de l'histoire de la seconde guerre mondiale favorisée par un défaut de recherches historiques et sans une mainmise des partis nationalistes sur les médias. Ce dilemme d'une information pluraliste ou d'une désinformation par imposition d'une vision monolithique, capital pour les résultats des élections de septembre 1996 en Bosnie-Herzégovine et à plus longue échéance pour les chances d'un avenir démocratique en ex-Yougoslavie, est tout aussi crucial pour l'existence d'un débat démocratique ailleurs en Europe, comme le soulignent certains textes et comme l'a démontré la prétendue neutralité de la couverture du conflit par certains de nos médias. Un quatrième problème en suspens, plus circonscrit quoique impliquant un très grand nombre d'États et d'institutions internationales, concerne la succession de la République socialiste fédérale de Yougoslavie (RSFY) défunte. La répartition
4. Le fait qu'en Yougoslavieles mêmes individus ne déclaraient pas toujours, semble-t-il, la même nationalité d'un recensement à l'autre, selon des stratégies conjoncturelles, peut indiquer la complexité de l'identification à un peuple ou à une nation - ce qui d'ailleurs n'est pas la même
chose. Voir à ce sujet: et Larose, Paris, 1985. Marie-Paule Canapa, « La politique de l'État socialiste yougoslave envers les

critères de l'identité nationale...» in Paysans et Nations

d'Europe

centrale

et balkanique,

Maisonneuve

Présentation

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des avoirs, des biens immobiliers et des dettes entre les nouveaux États, en partie bloquée par l'État fédéral de Serbie-Monténégro (RFY), qui prétend être seul continuateur de la RSFY, annonce en effet une série d'atteintes potentielles au. droit et d'injustices. S'il serait sans doute naïf de croire que l'histoire ne se répète et ne s'acharne dans ses «erreurs» que parce que les hommes n'ont pas pris la mesure des processus et des logiques qui la parcourent sous la disparité de faits incomparables, néanmoins le développement de l'histoire comparative et du travail qui mène à plus de lucidité est nécessaire. S'il est vrai que le pessimisme de l'intelligence n'a pas de meilleure compagne que l'optimisme de la volonté, cet ouvrage atteindrait sa visée si citoyens et responsables politiques pouvaient y glaner matière à tirer non seulement quelques inquiétudes et motifs de vigilance, mais aussi des projets d'initiative et quelques raisons d'inciter la «communauté internationale» à prolonger sa présence en ex-Yougoslavie, afin qu'une chape de silence ne s'abatte bientôt sur ses quelques forces vives authentiquement démocrates, que le sort qui est fait aux populations ex-yougoslaves soit moins indigne et que l'histoire internationale et européenne du XX]e siècle commençant ne soit pas une nouvelle répétition du pire. Paris, juillet 1996

GENÈSE
LIONEL CHARLES

D'UN

COLLOQUE
TOULOUSE

ET GÉRARD

A VIE des sociétés est ponctuée de crises et de catastrophes qui amènent à s'interroger en profondeur sur le devenir collectif: Ainsi, l'affaire Dreyfus, la Grande Guerre, la grande dépression, la guerre d'Espagne, la défaite de mai 40, Vichy, Auschwitz, Hiroshima, les conflits coloniaux, l'oppression soviétique... Au bout de la liste vient s'inscrire le conflit armé en ex-Yougoslavie, tel qu'il s'est déroulé sous nos yeux depuis juin 1991. On a affaire là à des crises historiques, incontestablement diverses par leur nature et leur ampleur, mais qui présentent deux traits communs. Ce sont des drames douloureux, exigeant des décisions adaptées et des soins précis, alors que règne dans les esprits une extrême confusion. De plus, ce sont des accidents révélateurs, offrant une occasion de réflexion et d'avertissement global à nos sociétés

L

en quête de cohérence et de civilisation. Churchill remarquait: « Il arrive que
l'homme trébuche sur la vérité, mais la plupart du temps, il se relève et passe son chemin». Cependant, pareille conduite inconséquente n'est pas fatale. Sans prétention aucune à l'exhaustivité, bien sûr, on peut évoquer ici quelques

exemples mémorables de conscience civique: le « parti des intellectuels» dreyfusards, qui ont peut-être évité à la France de devenir fasciste dans les années trente, le logicien Bertrand Russell que sa réflexion sur les massacres de la première guerre mondiale a conduit à rédiger, quarante ans plus tard, le fameux Manifeste RussellEinstein, texte fondateur du mouvement Pugwash et première expression institutionnelle d'une reconnaissance de responsabilité par les scientifiques, l'historien Marc Bloch, modèle de lucidité et de courage après.la défaite de 1940, ou encore Alfred Kastler, Andrei Sakharov et Vaclav Havel, dans les tourmentes de l'aprèsguerre et du totalitarisme communiste. Le drame en ex-Yougoslavie a renouvelé l'urgence de cette interrogation et obligé à tirer les leçons de ce retour inquiétant des horreurs de la guerre, au sein d'une Europe désemparée.

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LES ÉTAPES D'UNE INTERROGATION

Lionel Charles et Gérard Toulouse

Il appartient aux historiens de démêler l'écheveau des faits et des respon-. sabilités qui ont conduit à l'éclatement de la Fédération Yougoslave. Pour une Europe qui assistait médusée à l'effondrement du communisme et à la réunification allemande, participait en ordre dispersé aux opérations de la guerre du Golfe et avançait à petits pas vers son unité politique sur fond de préoccupation économique, la crise yougoslave est arrivée au mauvais moment. LEurope, prise au dépourvu, s'est à l'évidence montrée incapable d'y faire face. Lincoordination des structures, l'impréparation des États constituent-elles cependant à elles seules une explication suffisante? Elles n'exonèrent pas les hommes dont les prises de position, les discours, les choix clairement énoncés ont introduit les orientations déterminantes. De ce point de vue, la responsabilité française est d'autant plus lourde que la France se posait comme l'un des pivots de la construction européenne. Dès 1991, il y eut le fourvoiement initial des dirigeants français, le président Mitterrand et le ministre des affaires étrangères Dumas, qui adoptaient sans réserve les thèmes de la propagande officielle serbe, sur un complot de revanche croate, encouragé par l'Allemagne et le Vatican. Pourquoi cette propagande serbe a-t-elle si bien pris chez nous? Parce qu'elle a pu rencontrer nos propres penchants à la mauvaise foi, trop aisément sollicités. De 1991 à 1993, Mitterrand et son fidèle ministre ont persisté dans leur erreur. Entrait sans doute dans cette persistance une bonne dose de paresse intellectuelle associée à une incapacité tenace à se reconnaître le moindre tort. S'ensuivirent deux opérations de couverture peu honnêtes, mais promises à une grande fortune médiatique: la cause du mal était attribuée sans nuance à une reconnaissance prématurée par l'Allemagne de la Slovénie et de la Croatie, l'aide humanitaire était présentée comme la solution, la moins mauvaise forme d'intervention possible, légitimant ainsi l'absence d'implication militaire contre l'agresseur serbe en Croatie ou en Bosnie. Au vu de la manière dont ces thèses ont été reprises et déclinées, on mesure l'ampleur des effets de courtisanerie en cette fin de règne mitterrandien. Mais on a observé aussi une confusion, plus inattendue et peut-être plus préoccupante encore, dans les rangs des experts et des journalistes, marqués par une évidente difficulté à saisir l'ampleur et les enjeux de la crise, son importance et sa proximité par rapport à la réalité européenne. Au fil du temps, la vérité commençait cependant à percer sur l'histoire et l'évolution des mentalités en Yougoslavie, en particulier en Serbie, dans les années quatre-vingt: la question du Kosovo, ce nouvel apartheid, introduit en Europe dans le temps où prenait fin celui d'.Afrique

Genèse d'un colloque

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du Sud, acquérait toute sa dimension et sa signification; le Mémorandum de l'Académie serbe, l'ambition et la montée en puissance de Milosevic et le recours au nationalisme pour accéder au pouvoir, la propagande effrénée, la cécité occidentale se mettaient en perspective. En 1993, les massacres au Rwanda élargirent brusquement le champ de la suspicion à d'autres aspects de la politique étrangère française, apparue soumise à de fortes inerties et peu ou mal contrôlée. Les élections législatives de 1993 avaient fait lever quelques espoirs de changement. Le nouveau ministre des affaires étrangères, Alain Juppé, dans son ouvrage La tentation de Vénise, avait su formuler un impeccable diagnostic du fourvoiement mitterrandien. Son nouveau langage, distinguant agresseurs et agressés, puis l'ultimatum de février 1994 pour dégager Sarajevo, firent un temps illusion. Mais il s'avéra qu'Alain Juppé n'était nullement disposé à faire courir un risque à sa carrière pour une lointaine affaire balkanique. La cohabitation, au demeurant, était période propice au double langage. Une habileté élémentaire permettait de glisser de la fermeté: «Il fallait agir plus tôt», à la résignation: «C'est plus tôt qu'il au-

rait fallu agir. » :Lesquivedes responsabilités entre les capitales occidentales et les
instances internationales (ONU, OTAN,...) devint une sorte de comédie rituelle pratiquée par l'ensemble des acteurs politiques, diplomatiques et militaires. En même temps se répandait, du bas en haut des hiérarchies, l'insinuation que les «Musulmans», perfidement et systématiquement, tiraient sur leur propre camp afin d'émouvoir les opinions étrangères et obliger nos soldats à intervenir. Bien entendu, ceux-ci, avertis, restaient l'arme au pied, évitant soigneusement le piège qui leur était ainsi tendu... :Lopinion française n'était pas à l'unisson de ses dirigeants quant au rôle de la France dans la crise yougoslave, et, lorsqu'elle fut consultée, elle manifesta son souhait d'une intervention militaire. Quelques intellectuels prirent très tôt position en faveur d'une approche du conflit radicalement différente de celle des dirigeants français. Ces initiatives restèrent cependant limitées, la masse des universitaires et des gens de culture évitant une implication importante. Un mouvement de la société civile se constitua progressivement, malaisément, plutôt provincial que parisien, largement ignoré des médias, organisant des rassemblements symboliques et des manifestations souvent restreintes, participant au convoyage de l'aide humanitaire, sans moyens, sans rôle politique véritable. La crise yougoslave a divisé, pour des raisons diverses, l'ensemble des partis politiques. Au fil des années, elle fit ressortir le peu d'indépendance des médias, l'asthénie de l'opinion, l'absence de relais politiques et les limites des initiatives citoyennes.

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DES OBJECTIFS AMBITIEUX

Lionel Charles et Gérard Toulouse

En décembre 1994, lors d'une manifestation à l'UNESCO dans le cadre du bicentenaire de l'ENS, un groupe de normaliens, littéraires et scientifiques, de promotions et de spécialités variées, interpellèrent leur camarade Juppé, en faisant valoir que «ces catastrophes ne sont pas naturelles», et en le priant instamment de ne pas «déshonorer l'Ecole dans une affaire où des principes sont en jeu». C'est à la suite de cette initiative qu'émergea au sein de ce groupe l'idée d'un colloque destiné à mobiliser la communauté universitaire, le monde académique français et étranger, le mouvement de solidarité avec les Bosniaques et ses partenaires européens. Ce colloque visait expressément à favoriser une réflexion commune, transcendant les clivages classiques entre universitaires, journalistes, écrivains, acteurs politiques et militaires, en présence d'un public comportant notamment des étudiants. Lobjectif de ce colloque n'était pas de mettre sur pied une rencontre de spécialistes en sciences politiques, mais d'abord d'affirmer une prise de position face à la dérive majeure qui se manifestait à l'évidence en Yougoslavie: trois ans d'intervention européenne n'avaient eu pour résultat que de ralentir un processus de partition mené inexorablement, au mépris du droit, avec la plus extrême brutalité, sans aucune opposition sérieuse, traduisant une acceptation de fait du point de vue de l'agresseur serbe. Lambition de ce colloque était donc de rappeler la responsabilité majeure des Européens dans le désastre yougoslave, de dénoncer la propagande mensongère développée jour après jour pour irréaliser une situation dramatique; il était aussi de manifester une solidarité vis-à-vis des populations otages de projets politiques jamais annoncés comme tels, jamais proposés à examen ou décision collectifs, projets unilatéraux mis en œuvre et poursuivis par la purification ethnique et visant le déplacement forcé et massif des populations. Face à un maelstrom de violence, il s'agissait de rappeler les engagements historiques de la France en matière de Droits de l'homme et le peu de cas qui en était fait, de s'interroger sur le contrôle démocratique de la politique étrangère française, sur le fonctionnement des institutions internationales, de faire le lien avec la situation intérieure française marquée par une montée du chômage menaçant la conception française de la citoyenneté, mais aussi par une montée du Front national, dont les thèses de préférence nationale ne pouvaient qu'être encouragées par une trop longue complaisance à l'égard des instigateurs du nettoyage ethnique. Cherchant à procéder à un constat sans complaisance de la situation en ex-Yougoslavie et dans les Balkans, le colloque visait donc à une analyse critique, aussi rigoureuse que possible, de «l'étrange faillite» des démocraties. Il avait éga-

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Genèse d'un colloque

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lement pour but de rechercher les moyens, institutionnels notamment, d'éviter le retour de pareilles catastrophes à l'avenir. La tâche eût pu apparaître démesurément ambitieuse n'était le haut précédent de L'étrange défaite, ouvrage rédigé par Marc Bloch pendant l'été 1940, avant son entrée en résistance. Ce témoignage admirable par sa clairvoyance et sa rigueur constitue un exemple qui oblige: «Nous savions tout cela. Et pourtant [...] nous avons laissé faire [...]. Nous avons préféré nous confiner dans la craintive quiétude de nos ateliers [...]. Je pense à ceux qui me liront: à mes fils certainement, à d'autres, peut-être, un jour, parmi les jeunes. Je leur demande de réfléchir aux fautes de leurs aînés». Dans un climat lourd, étouffant, quelques lueurs se manifestèrent cependant à la fin du printemps 1995. Le 8 juin, à l'occasion d'une cérémonie pour la remise des doctorats honoris causa de Harvard, Vaclav Havel mettait en examen la série des tergiversations des démocraties face aux épreuves de ce siècle, et rappelait solennellement les États-Unis à leurs responsabilités de puissance dominante, en les exhortant à ne pas répéter les erreurs passées. En France, le 14 juillet, Jacques Chirac, président nouvellement élu, sut trouver des mots justes pour condamner sans équivoque la barbarie des agresseurs en Bosnie. Et deux jours plus tard, il se montrait capable de reconnaître enfin la responsabilité de l'État français dans les crimes commis sous Vichy. Au même moment, réunis au festival d'Avignon, tandis que tombait l'enclave de Srebrenica, chute dont on connaît aujourd'hui toute l'horreur soigneusement masquée sur le moment, de nombreux artistes rédigeaient une déclaration ferme et argumentée dans laquelle ils réfutaient les allégations d'impuissance des gouvernements et exigeaient des actions rapides et résolues sur le terrain, manifestant leur impatience par l'annonce d'une grève de la faim. Entamée début août par cinq artistes à la Cartoucherie de Vincennes et un enseignant retraité à Pau, poursuivie vingt-sept jours jusqu'au lendemain des premières frappes importantes de l'OTAN contre les forces de Pale, cette grève de la faim permit de réaliser la large convergence des efforts et des volontés qui avait tant manqué durant les quatre années précédentes: des personnalités de tous bords, hommes politiques, artistes, responsables culturels, militants ou citoyens ordinaires manifestaient leur hommage à l'action des grévistes et leur solidarité avec le peuple bosniaque. Ce mouvement apportait un arrière-plan de courage, de lucidité et de vérité aux prises de position du président de la République, quelques semaines après son élection, suivies d'initiatives significatives comme la création de la Force de réaction rapide. Rappelons cependant que, là comme ailleurs, l'action américaine fut déterminante, tant sur le plan militaire que diplomatique. Sur le plan militaire, le véritable tournant de la situation en Bosnie se situe avec les frappes aériennes

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Lionel Charles et Gérard Toulouse

de l'OTAN, massives, efficaces. Les raids de l'OTAN apportaient la claire démonstration de ce que certains affirmaient depuis quatre ans, à savoir que dans une situation de ce type, le recours à la force était indispensable. Par ailleurs, l'accord militaire croato-bosniaque allait permettre la récupération par les forces conjointes des deux armées d'une bonne partie du territoire tombé aux mains des Serbes. Sur le plan diplomatique, la disparition d'une première équipe de diplomates n'interrompait pas le processus entamé, qui allait se conclure avec la signature de l'accord de Dayton, ratifié officiellement à Paris. Celui-ci ouvrait la voie à une situation nouvelle en Bosnie et pour l'ensemble de la région.
UN COLLOQUE EN ACTES

Du fait de ces événements, la perspective du colloque se trouva profondément modifiée. Sa date, établie depuis des mois, coïncidait à un jour près avec la ratification à Paris de l'accord de Dayton. La signature de l'accord occupant tous les esprits, le colloque s'offrait comme une occasion privilégiée d'en faire l'analyse et d'en discuter les multiples aspects. Sans rien céder sur les orientations initiales du projet, l'évaluation et les implications possibles de l'accord furent donc largement présentes dans les interventions. Celles-ci permirent d'en dégager, à travers les discussions formelles et informelles, dans une ambiance ouverte, chaleureuse, sans animosité, les perspectives et les limites. Elles permirent de faire un premier constat sur ce tournant important, et d'analyser les chances nouvelles données à la Bosnie de réorienter enfin le cours des événements qui lui avaient été jusque-là si défavorables, même si l'héroïsme du peuple bosniaque fidèle aux autorités gouvernementales lui avait permis de maintenir un État face à la violence de l'agression dont il avait été victime. La publication des actes de ce colloque, dans le contexte d'une situation au moins momentanément apaisée mais lourde de si profondes blessures, nous replonge dans la tourmente d'un passé à la fois proche et déjà ancien. Puisse cet ouvrage aider à poser convenablement les grands problèmes de l'heure, même si ceux-ci sont difficiles à résoudre, à rechercher l'espace de réflexion, le ton juste sur la réalité de notre temps. Et puisse son influence s'exercer ensuite de façon diffuse en maints quartiers. Comme l'affirmait Fernand Braudel: «Pas de rationalité, en vérité, sans l'étude des problèmes qui nous secouent, nous entraînent, et dont nous semblons ignorer les données». Juillet 1996

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PREMIÈRE

PARTIE

L'ÉTRANGE

FAILLITE DES DÉMOCRATIES ET DE L'EUROPE

LA LOGIQUE

DU CONFLIT
PAUL GARDE

goslaves, et qui est le scandale majeur de notre fin de siècle puisque pour la première fois depuis cinquante ans il a plongé à nouveau notre continent dans la guerre et la barbarie, suscite d'ordinaire en France la sympathie certes, mais aussi la perplexité. «C'est trop compliqué, on n'y comprend rien», voilà ce qu'on entend le plus souvent. C'est ce sentiment de complexité inextricable, aggravé par de multiples préjugés, qu'il faut d'abord chercher à dissiper, parce qu'il empêche l'action et favorise toutes les manœuvres. S'il est vrai que dans le détailles faits sont effectivement complexes (et je puis témoigner que plus on approfondit l'étude de ces problèmes, plus on découvre de nouveaux détours du labyrinthe), en revanche l'ensemble de leur déroulement obéit à une logique rigoureuse et implacable qu'il faut essayer de déceler. LÉtat yougoslave, créé en 1918 seulement, était frappé depuis ses origines d'une contradiction fondamentale. Il était la réalisation simultanée de deux projets contradictoires: le projet «yougoslave» proprement dit, formé au XIxe siècle par des intellectuels sud-slaves de l' empire d'Autriche, principalement croates, consistant à réunir dans un même ensemble, volontairement et sur un pied d'égalité, les différents peuples slaves du Sud; et le projet «grand serbe» (parallèle aux projets similaires des autres peuples balkaniques: «Grande Idée» grecque, plans de «Grande Bulgarie », «Grande Roumanie », etc.) consistant à agrandir un État
Linguiste, professeur émérite de l'université d'Aix-en-Provence, PAULGARDE est spécialiste des langues slaves. Familier de l' ex-Yougoslavie dont il a maintes fois parcouru les régions depuis quarante ans, il a publié sur le conflit yougoslave plusieurs ouvrages (Vie et mort de la Yougoslavie, Fayard, 1992; Les Balkans, Flammarion, 1994; Journal de voyage en Bosnie-Herzégovine, La nuée bleue, 1995) ainsi que de nombreux anicles. Refusant de se confiner dans la quiétude de sa spécialité, il a fait des dizaines de conférences en France et à l'étranger afin d'éclairer et d'alerter l'opinion sur ce drame et ce scandale majeur au cœur de l'Europe.

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E DRAME

qui frappe la Bosnie-Herzégovine et les autres républiques ex-you-