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L'exode palestinien

De
192 pages
L'exode du peuple palestinien des années 1947, 1948 et 1949 est certainement le trait le plus conséquent du conflit israélo-arabe: déni du droit à l'organisation d'une nation, perte de la terre originelle, exode politique mais aussi social. Le droit au retour affirmé par les Nations Unies dès 1948 est depuis refusé par Israël. Ce manquement à la règle internationale ne peut se comprendre que par une étude serrée des représentations occidentales qui donnent liberté à Israël pour refuser le retour des réfugiés.
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L'EXODE PALESTINIEN

Construction d'une représentation occidentale du conflit israélo-arabe

@L'Hannattan,2003 ISBN: 2-7475-4036-7

COMPRENDRE LE MOYEN-ORIENT

MATHIEU BOUCHARD

L'EXODE PALESTINIEN
Construction d'une représentation occidentale du conflit israélo-arabe

L'Harmattan
5-7, nIe de 1'ÉcolePolyteclmique

75005 Paris

FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

AVANT-PROPOS

«je suis français, mais entièrement, sans jugement, je défends les Palestiniens. Ils ont le droit pour eux puisque je les aime. Mais les aimerais-je si l'injustice n 'en faisait pas un peuple vagabond? »

Jean Genet Quatre heures à Sabra et Chatila.

L'analyse du conflit israélo-arabe subit en règle générale deux perversions d'apparence antinomiques mais, si on y regarde bien, nécessairement complémentaires. La seconde est la justification intellectuelle de la première.

1. Le prisme de l'analyse n'est le plus souvent pas historique mais politique. La réflexion ne sert souvent qu'à faire admettre l'évidence d'une thèse considérée comme acquise par la seule force de sa positivité. L'impact des modes et le poids des lobbies priment. Le débat est alors désespérément stérile. 2. L'analyse n'est le plus souvent pas politique mais civilisationnelle. Un différend politique (y compris d'organisation religieuse ou d' expression culturelle) a une solution politique (colonisation et décolonisation, revendications contradictoires et compromis, exigences opposées et négociations.. .). Un différend civilisationnel n'a pas de solution politique. Fondé dans l'identité, il ne peut avoir de fin. Aussi, ce type d'explication revient à accepter le statu quo, l'état de fait, c'est-à-dire le droit du plus fort, la négation du plus faible. J'ai voulu restituer ici I'historicité du conflit et surtout ne pas considérer comme « normale », « naturelle », « logique », « évidente », « allant de soi », la façon dont les choses se sont passées. L'exode palestinien eut une réalité, dans sa conception, dans son origine, dans son interprétation et dans son souvenir, bien humaine. Elle a été faite de dilemmes, de décisions, de choix, de représentations conscientes et inconscientes qui sont ceux de l'Histoire. Le nier c'est vouloir en pure erreur bloquer I'histoire et s'éviter de devoir penser un lendemain. Exemple de cet état d'esprit, Raymond Aron écrivait en 1962: «Israéliens et Musulmans de Palestine ne peuvent former une seule collectivité et ils ne peuvent occuper le

8

même sol: les uns ou les autres sont voués à subir l'injustice. 1» Samuel Huntington théorise: «Les guerres de ligne de faille sont intermittentes,. les conflits de ligne de faille sont interminables. 2» L'acceptation de l'état de fait militaire est une constante de la réflexion sur le conflit israélo-arabe. Elle est l'excuse du soutien occidental à Israël. Ce soutien ne naît pas au moment du partage de la Palestine, elle se révèle à la première grande crise: l'exode arabe. L'Histoire s'adapte alors à l'Idéologie. Il s'agit ici d'une étude du regard, des regards. Le regard est une compréhension personnelle du monde, un rêve inachevé d'omniscience. Le mien de regard n'est pas parfait quand celui de l'autre serait imparfait. Le croire serait une perversion au moins aussi grande que celles que je dénonce par ailleurs. Je suis un produit de mon temps et de ma culture. En lui et en elle, je représente et exprime une certaine idéologie. Je dis «Occident» et «Moyen-Orient », témoignage d'une perception historique et sociale particulière du monde. Elle est mienne mais n'est pas de moi. Demain, peut-être, sûrement, d'autres historiens étudieront mon regard comme celui d'un homme du début du XXIèmesiècle. Cette idée, il faut déjà l'avoir en tête en lisant ce livre. Une histoire qui mettrait en concurrence, en contradiction et en correspondance, les différentes perceptions, les différentes écritures, les différentes mémoires d'un même événement est née pour moi dans le cours d'Histoire

1 Raymond Aron, Paix et guerre entre les nations, p. 87, Paris, CalmannLévy, 1984 (1962), 794 pages. 2 Samuel Huntington, Le choc des civilisations (traduit de l'américain), p. 324, Paris, Odile Jacob, 1997 (1996), 402 pages. 9

comparée des relations internationales de Gabriel Jandot tenu en 2001 à l'Université Paul-Valéry de Montpellier.
Bonne lecture.

10

INTRODUCTION

La question de Palestine provoque des tensions aux expressions multiples (politiques, militaires, culturelles) au Moyen-Orient et même au-delà. L'information en est l'un des champs de bataille. Qui contrôle l'accès aux médias ? Quelle version d'un événement triomphe auprès des opinions publiques et des gouvernements? Qui se verra assurer de la légitimation historiographique ? Tout nouveau travail sur la question est un enjeu. Il renforce certaines perceptions et en met à mal d'autres. Cet ouvrage peut donc froisser certaines susceptibilités. Il n'a pourtant ni été écrit dans une velléité de polémique ni au contraire dans l'idée de plaire à tous. Refuser la détermination politique et reconnaître son propre présupposé idéologique doit permettre d'éviter l'enfermement propagandiste. Il s'agit de comprendre les limites de sa pensée. Toute nouvelle étude de l'exode palestinien de 1948-1949 transcende la profession historienne et devient aussitôt un nouveau pôle autour duquel se dessinent à la fois des regroupements et des clivages à l'intérieur des sociétés israélienne, palestinienne, arabes et même dans une moins large mesure, il est vrai, occidentales. La querelle dite des

«nouveaux historiens» apparue en Israël au milieu des années 1980 au moment de l'ouverture des archives de la

guerre de 1948-1949 en est le meilleur exemple 1. La réelle
intention de l'auteur est souvent matière à débat. Quelle est la part politique de sa subjectivité? La calomnie est fréquente. Aussi, le choix des mots importe. Parler de « l'expulsion des Palestiniens» ou de «la fuite des Palestiniens» n'est pas la même chose. «L'exode palestinien» est plus neutre, plus apaisant, nul ne remettant en cause le fait du départ massif des populations arabes des territoires juifs de Palestine entre l'automne 1947 et l'hiver 1949. Parler de territoires « occupés» ou de territoires «administrés », parler de «Nakba» ou de « guerre d'indépendance », de « colonies », d' « implantations» ou de «bourgades », c'est choisir le langage de l'un et choisir un langage particulier et pas celui de l'autre c'est déjà prendre parti. Une étude critique de l'évolution de l'utilisation du vocabulaire (par les parties, par les observateurs) dans le conflit israélo-arabe serait opportune et intéressante. Des mots passent d'un camp à l'autre, des glissements sémantiques s'opèrent sans cesse. Les évolutions sont remarquables. « Terrorisme» ou « représailles» ne signifient pas la même chose en 1947 qu'en 2003. L'observateur peut s'y perdre. Qui peut dire, en effet, qui se cache derrière la Ligue française pour la Palestine libre? - Un comité de soutien à l'OLP 2? - Non, une
1 Ces historiens (Tom Segev, Ilan Pappé, Benny Morris, Avi Schlaïm, Simha Flapan...), auxquels il sera fréquemment fait référence dans cet ouvrage, ont mis à mal certaines légendes sionistes, en particulier le caractère miraculeux de la victoire israélienne contre les armées arabes et l'absence totale de responsabilité juive dans le départ des populations arabes. Voir à ce sujet Dominique Vidal, Le péché originel d'Israël (bibliographie ). 2 L'OLP (Organisation de Libération de la Palestine), créée en 1964, organisation d'expression et d'action arabe, cherche à créer un Etat arabe sur tout ou partie de la Palestine. Yasser Arafat en est son leader historique. 12

section de l'Irgoun I! Qui affirme « Il nous est impossible d'assurer des tâches de police au sein de notre propre communauté sans disposer d'un Etat»? - Vasser Arafat, dirigeant de l'OLP, durant l'Intifada Al-Aqsa ? - Non, Golda Meir, futur premier ministre d'Israël 2! Pourtant, malgré toutes les précautions, certaines expressions déjà employées ici même sont connotées. Il est en effet précédemment fait part de «Palestiniens », d'une société «palestinienne»... Ainsi, dans la spontanéité de l'écriture, dans la facilité du langage, un lien lexical apparaît

entre un sol et une population 3. Il est d'ailleurs frappant de
remarquer que la diplomatie et la presse israélienne préfèrent (cela est cependant de moins en moins vrai) le terme

d'« Arabe» ou de «réfugié» à celui de «Palestinien»

4.

Ces

constats ne sont pas neufs et Ilan Pappé, un des «nouveaux historiens» israéliens, préfère ne pas choisir entre les appellations usuelles et idéologiquement marquées de «Nakba » ou de « guerre d'indépendance» mais proposer le concept nouveau à base de références spatiale et temporelle (références on ne peut plus neutre) de «guerre de 1948-1949 en Palestine» 5.

1 L'Irgoun (Irgoun Tsvai Leoumi, Organisation militaire nationale) est une des milices armées de la communauté juive de Palestine sous le mandat du Royaume-uni. 2 Janvier 1947. Golda Meir (alors Meyerson) est alors chef du département politique de l'Agence juive. Elias Sanbar, Palestine 48. L'expulsion, p. 130 (bibliographie ). 3 Lien qui serait à analyser. Je me contente ici de renvoyer le lecteur à Xavier Baron, Les Palestiniens. Genèse d'une nation (bibliographie). 4 Quant à moi, j'essaierai le plus possible d'expliquer et de justifier le choix de l'emploi du mot «Arabe» (arabe) ou du mot «Palestinien» (palestinien) tout comme celui opéré entre «Juif» Guif) et «Israélien» (israélien). Cependant, pour des raisons de confort de lecture, afin d'éviter de trop fréquentes répétitions, ces mots seront quelquefois employés indifféremment. Notons déjà qu'ici «juif» désigne une personnalité religieuse, « Juif» une personnalité nationale. 5 Ilan Pappé, La guerre de 1948 en Palestine (bibliographie). 13

L'historien, dans l'étude d'un document, n'oublie jamais de s'intéresser au contexte historique de sa production. Il serait donc particulièrement malvenu ici de passer sous silence celui dans lequel est établie cette présente étude. L 'histoire du conflit israélo-arabe s'écrit parallèlement à sa poursuite. L'élaboration de cet ouvrage a pour cadre la seconde Intifada dite Intifada Al-Aqsa, période de recrudescence de la violence dans la région. Sa visibilité médiatique en Occident est grande. L'historiographie est un enjeu considérable. Les renouvellements théoriques tant dans l'Université israélienne qu'arabe et palestinienne ne se font pas sans heurts et constituent dans leur reconnaissance ou dans leur déni le pivot de la cohésion d'un camp ou au contraire le ferment de l'ébranlement de la doctrine officielle. Si le fait que l'objet de l'étude suscite encore des réactions passionnées et qu'à ce titre l'historien se doit de progresser prudemment, la chose ne lui en est que plus stimulante. La question des réfugiés palestiniens, plus de cinquante ans après le début de l'exode, est encore une donnée centrale du conflit israélo-arabe. Au 30 juin 2000, 3 737 494 de personnes sont officiellement enregistrées comme réfugiés palestiniens par les Nations unies 1. Ce fait est même le premier trait remarquable du conflit israélo-arabe. Des mouvements irrédentistes existent par ailleurs, des revendications autonomistes, sociales ou religieuses aussi. Mais on ne trouve nulle part une population entière à caractère national qui s'estime (à tort ou à raison, la question n'en est pas encore là) lésée de son propre territoire. Situation exceptionnelle, la tentation est grande de ne l'étudier que par un prisme rassurant. Conséquence
1 Rapport annuel du Commissaire-général de I'UNRWA (United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees in the Near East, Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient), 30 juin 2000. 14

immédiate, l'explication des causes du problème des réfugiés arabes n'est presque jamais historique mais politique. Une meilleure compréhension de la genèse du problème, ici une étude sur sa perception comparée, est donc, même à un modeste niveau, une initiative salutaire. On ne peut s'arrêter sur les seules perceptions israélienne et palestinienne (et arabes). Par sa situation géographique (la Terre sainte), par son contexte historique (la création de l'Etat juif vient peu après le génocide hitlérien), par certains aspects géopolitiques (importance militaire du désert du Sinaï dans le contexte de guerre froide, problématique de l'accès aux puits de pétrole), le conflit israélo-palestinien ne se circonscrit pas dans un seul jeu de rapport de force régional mais s'insère dans les schémas compliqués des relations internationales marquées par les politiques des grandes puissances. Les diverses résolutions de l'Assemblée générale et du Conseil de sécurité des Nations unies entraînent des reclassements et tendent peu à peu, au fil du temps, à cristalliser les grands antagonismes: Est contre Ouest durant la guerre froide, affrontement qui laisse depuis place à une opposition Nord-Sud VOIre centre-périphérie. Ces phénomènes n'apparaissent souvent qu'au bout d'une évolution lente et intègrent des facteurs aussi divers que les types de régimes en place dans les Etats, que l'évolution des relations entre les Etats fraîchement indépendants et leur ancienne métropole, ou tout simplement que les changements d'hommes à la tête des Nations. L'activité ou la passivité de certains Etats sont plus déterminantes que d'autres. Leurs choix, dans un vote à l'ONU, dans un soutien affiché à l'un des deux protagonistes ou dans un apparent désintéressement aux événements, ont valeur d'exemple à suivre ou a contrario à ne pas suivre. La France fait partie dans l'immédiat après-guerre de ces Etats. Les tractations autour de son vote à l'ONU en novembre 1947 sur l'adoption ou 15

non du projet de résolution (résolution 181) sur le partage du territoire de l'ancienne Palestine mandataire en deux Etats en témoignent. A tort ou à raison, la presse, les délégations arabes et juive estiment que le vote de la France peut faire pencher dans un sens ou dans l'autre le vote des Etats du Benelux et de nombre d'Etats d'Amérique latine. Le Royaume-Uni a aussi un rôle fondamental. Ancienne puissance mandataire (de 1920 à 1947), il est toujours considéré (au moins par les populations de la région et par... lui-même !) au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale comme la puissance prépondérante au Moyen-Orient (système de traités, régimes amis, emprise économique). Les Etats-Unis ont désormais conscience que leurs enjeux stratégiques ne sont plus limités à leur seul territoire national, ni même à la seule Amérique. Cette zone de confins (limite orientale de la Méditerranée et de l'Europe, fin des espaces africains, issue de l'Asie) et d'ouverture (le pétrole arabique) ne peut les laisser indifférents. Leur puissance économique, leur influence diplomatique, leur vigueur militaire (à la différence de la France et même du Royaume-Uni, les EtatsUnis ont une capacité croissante de projection militaire) sont autant de paramètres directs. La France, le Royaume-Uni et

les Etats-Unis possèdent (avec l'Union soviétique

1)

la

capacité d'internationaliser et de donner une primauté d'importance à tel problème local ou régional et pas à tel autre. Le choix de traiter en priorité la perception de ces trois Etats se justifie également par la place au premier plan qu'ils

1 L'Union soviétique n'est pas traitée ici d'une part parce qu'elle mérite une étude séparée (les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni présentent une certaine homogénéité fondée sur l'expression d'un ensemble de valeurs partagées) et d'autre part parce qu'il est de mon espoir de montrer avant tout les fondements d'un regard encore important aujourd 'hui dans la gestion du conflit israélo-arabe : le regard « occidental ». 16

occupent encore aujourd'hui quant à la recherche d'une

solution de paix 1.
Il n'est donc pas inutile d'étudier le comportement de ces trois puissances face aux différents épisodes du conflit israélo-arabe. Les bénéfices sont nombreux: premièrement, la compréhension d'un conflit né d'une décision internationale (en l'occurrence une résolution des Nations unies) ne peut faire l'impasse sur le jeu des puissances; mais aussi de manière secondaire, la distinction des évolutions des motivations de celles-ci au gré des transformations économiques et sociales, celles d'hier n'étant pas forcément celles d'aujourd'hui, entraîne des adaptations et des

décalages à dévoiler 2, et dans ce cas précis une analyse de
l'évolution de la place (perçue et auto-perçue) des EtatsUnis, de la France et du Royaume-Uni au Moyen-Orient. Les grandes puissances perçoivent la situation en Palestine selon leurs intérêts propres tels qu'ils sont définis en 1947. Les Etats-Unis doivent tenir compte d'un fort lobby intérieur juif. Le Royaume-Uni agit en fonction de son système d'alliances avec les monarchies arabes de la région. L'Union soviétique, dans une bien comprise politique de l'ennemi de mon ennemi britannique est mon ami, joue la carte sioniste. La France avance avec d'autres arguments et d'autres buts, notamment d'affirmation de prestige, nous les verrons. Nous verrons également la réalité de l'exode perçue des EtatsUnis, de France et du Royaume-Uni, sa compréhension et les agissements qui en résultent, étude de la formation d'une
1 Soyons honnêtes, ces Etats sont à la pointe du spectacle de la recherche de solution. Deux hypothèses: ou ils le sont vraiment et manifestement leur efficacité est faible, ou ils ne le sont pas et leur vaine agitation n'est qu'un écran de fumée. 2 Cela se manifeste notamment à travers l'écart entre les Etats-Unis et l'Europe dans la maturation intellectuelle des bénéfices comparés du colonialisme et du néo-colonialisme pour la pratique de la domination des échanges internationaux, politiques et économiques. 17

vision occidentale de la Palestine ensanglantée. Celle-ci sera à comparer et relier avec celles israélienne et palestinienne. En comparant ces trois perceptions (israélienne, arabe et occidentale) de l'exode palestinien, on progresse alors vers un objectif ambitieux et fondamental: la compréhension du mécanisme politique de contrôle (voire de monopole) du discours historique. Comme se le demande le grand poète palestinien Mahmoud Darwich : « L 'Histoire ne dit-elle que les récits des rois triomphants? 1»

1 Mahmoud Darwich, «C'est une chanson », Au dernier soir sur cette terre (traduit de l'arabe), p. 22, Arles, Actes Sud, 1994 (le poème a été écrit en 1985), 102 pages. 18

SAVOIR (OU PAS)