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L'idée d'empire

279 pages
L'idée d'empire a été utilisée pour désigner des contextes historiques très différents, et afin d'élucider des logiques politiques extrêmement variées. Ces contributions de philosophes, d'historiens, de politistes et de juristes tentent de la clarifier. Politique, elle apparaît nécessairement se fonder sur la domination ; cependant, qu'est-ce qu'une politique d'empire ? Et tout empire est-il nécessairement impérialiste ? Si la notion d'empire semble constituer un outil approprié pour penser certaines configurations et certains moments de civilisation, pourrait-on penser l'histoire du monde sans y faire référence ?...
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L'idée d'emPire dans la pensée politique) historique) J"uridique et philosophique

RHONE-ALPES
lE f

Ouvrage publié avec le concours de la région Rhône-Alpes

DANGER

LE

PHOrOCOPlLlAGE rUE LE LIVRE

Le « photocopillage » tue le livre Le code de la propriété intellectuelle n'autorisant, a, d'une part, que les « copies ou reproductions

aux termes strictement

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Textes

réunis et présentés

par

Thierry

MÉNISSIER

L'IDÉE D'EMPIRE DANS LA PENSÉE JURIDIQUE POLITIQUE, HISTORIQUE,

ET PHILOSOPHIQUE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
L'Harmattan Hongrie

Espace L'Harmattan

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L'Harmattan

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Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16

Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa - RDC

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1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

1053 Budapest

www.librairiehanllattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fi harmattan 1(à),wanadoo. i f (QL'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-00843-7 EAN : 9782296008434

La

Librairie

des HUlnanités

Collection dirigée par Alain Pessin, Vice-président chargé des Formations et de la vie universitaire, et Pierre Croce, Responsable de la Cellule d'Aide à la Publication à l'Université Pierre Nlendès France, Grenoble 2. La Librairie des Humanités est une collection co-éditée par les Éditions L'Harmattan et par l'Université Pierre Nlendès France de Grenoble. Destinée à recevoir, dans ses diverses séries, des textes couvrant tout le champ des sciences sociales et humaines, son caractère universitaire lui fait devoir et privilège de promouvoir des travaux de jeunes auteurs autant que de chercheurs chevronnés.
Membres du Conseil scientifique de la collection: Thierry Ménissier, Sciences de l'HomJJJe Alain Spalanzani, Gestion Fanny Coulomb, Economie Jérôme Ferrand, Pierre Kukawka, Déjà parus:
Jérôme Ferrand et Hugues Petit (Dir.)

Droit Politique et Tenitoire

Jean- Luc

L'0r/)'ssée des Droits de l'homme (2003) 1'. l - Fondations et naissances des Droits de l'homme T. II - AJises en œuvre des Droits de l'homme T. III - EI!feux et perspectives des Droits de l'homme Alain Blanc et Alain Pessin
L:4rt du teTTain. J'Jélanges

Chabot, Philippe Didier et Jérôme Ferrand (Eds) Le Code civil et les Droits de l'homme (2005) Dominique
Le Christ

Rigaux
Histoire d'une image médiézJale

du dimanche.

(Dir.)
Beck£>0 2003

(2005) Liliane Bensahel et Pascal1\larchand (Eds)

rfferts à H01pard

Charles Amourous (Dir.) Que faire de l'hôpital? (2004) Yves Chalas (Dir.) L'Imaginaire aménageuren mutation (2004) Jean-Luc Chabot et Christophe Tournu (Dir.)
L'héritage religieux et spirittlel de l'identité euroPéenne (2004)

L..es régions de &ISSie à l'épreuzJe des théon'es et pratiques économiques (2005)

Claude l\lartin et a!.
Pol({~ne, la longue marche (2005)

J\;Iai Lequan

(Dir.)

E\va Bogalska :f\1artin
Entre mémoire (2004) et oubli. Le destin croisé des héros et des lJictimes

Préface de J .-1\1. Lardic Afétap0'sique etphilosophie transcendantale selon Kant

(2005) Henri Leroux
De la phénoménologie à la sociologie de la connaissance

Améziane Ferguène (Ed.)
Gouve171ance locale et développement tenitorial (2004)

(2006) Olivier Forlin Les intellectuelsrançais et l'Italie 1945-1955 (2006) f

Claudine Offredi (Dir.)
LA rfJmamique de l'évaluation face au développement durable

(2004) Ladislau Dowbor Préface de Pierre
LA mosaïque

Dans la série « Côté cours»

Judet
au-delà des éqtlatio1lS

blisée ou l'économie

Frédéric Carluer
Pouvoir étXJllomiqtle et espace (2004)

(2004) Pierre Chaix
Le mg!!)' proftssionnel en France (2004)

Nader-Edeline
La pn'vatisation

Sadi
des entreplises publiques en Algélie (2005)

Yolla PolityT,Gérard Henneron et Rosalba Palermiti (Eds.) (2005)
L'organisation des connaissances. Approches tXJnceptuelles

Jacques Fontanel L/,globalisation en « anabse ) (2005)

SOMMAIRE

Présentation

des auteurs

9

Intraduction Thierry Ménissier

11

PARTIE I

L'invention de l'idée d'empire

dans la pensée

greco-latine

21

Marie-Laurence Desclos (( L'emPire athénien et les mots pour le dire)) Alain Fouchard (( L'idée d'empire appliquée à l'histoire grecque )) Pierre Cordier (( L'empire romain: lepluriel et le singulier ))

23

39

65

PARTIE Il L'idée d'empire dans un contexte théologico-politique 79

Thierry Ménissier
(( Monarchia de Dante: de l'idée ,nédiévale d'e112jJireà la citoyenneté universelle ))

81

Ghislain \Vaterlot (( )) Signification et cause de la défense de l'entpire chez Marsile de Padoue Jean-Yves Goffi (( Machiavel et la succession des Empires ))

97

111

PARTIE III L'idée d'empire à la lumière de l'impérialisme moderne 129

Gilles Bertrand
«(LJelnpire comme idée ou cOlnlnepratique?

Sur la «(domination )) vénitienne à l'époque de la Sérénissime République

))

131

Robert Damien
«(

VolnryJ ou IEurope entre l'Orient et les Etats- Unis: un nouvel emPire? ))

143

Mai Lequan «(EmpireJ république mondiale et confédération dans la philosophie de Kant ))

159

Blaise Benoit «(LJelnpire: unepolitique de la volontédepuissance? NietifcheJ la grandeur et le tragique))
Philippe
«( (~alu/o

191

Foro
al Duce) Fonda/ore delt!JJpero)J
))

))

:

l'idée dJempire dans l'Italie fasciste

201

PARTIE IV Quel avenir

pour

l'idée

d'empire?

213

Yves Charles Zarka
«(La question de l'emPire a'1/ourdJhui ))

215

Stefania Mazzone «(Le temps de l'empire. Ttravail, subjectivité, multitude )) Jean-Luc
«( L)idée

227

Chabot
dJempire dans la représentation de la construction euroPéenne ))

245

Massimo La Torre «(Citoyenneté globale? Les droits politiques en régÙneÙnPérial ))

263

PRÉSENTATION ALPHABÉTIQUE DES AUTEURS

Blaise BENOIT Agrégé de philosophie, chargé de cours à l'Université de Nantes Gilles BERTRAND Professeur d'histoire moderne à l'Université Pierre ~1endès France, Grenoble 2 Jean-Luc CHABOT Professeur de science politique à l'Université Pierre 11endès France, Grenoble 2 Pierre CORDIER Professeur d'histoire ancienne à l'Université Toulouse, Le :NIirail Robert D.AAfIEN Professeur de philosophie à l'Université de Franche Comté Marie-Laurence DESCLOS Professeur de philosophie ancienne à l'Université Pierre Mendès France, Grenoble 2 Philippe FORO :Nlaître de conférences d'histoire contemporaine à l'Université Toulouse, Le Mirail Alain FOUCHARD Professeur d'histoire ancienne à l'Université Pierre Mendès France, Grenoble 2 Jean-Yves GOFFI Professeur de philosophie à l'Université Pierre Mendès France, Grenoble 2

MassÙno L4 TORRE Professeur de droit aux universités de Catanzaro (Italie) et de Hull (G.-B.) l\1ai LEOUAN Maître de conférences de philosophie n10derne à l'Université Lyon III, Jean Moulin Stefania NfA.ZZONE Professeur d'histoire de la pensée politique à l'Université de Catane (Italie) Thierry MÉNISSIER Maître de conférences de philosophie politique à l'Université Pierre ~1endès France, Grenoble 2 Ghislain WATERLOT ~1aître d'enseignement et de recherche en éthique et en philosophie à l'Université de Genève, Faculté de théologie Yves Charles ZARK/-l Professeur de philosophie politique à l'Université de Paris V

INTRODUCTION
Thierry MÉNISSIER

I
E VOLUJ\tlE comprend les actes du colloque consacré à « L'idée d'empire dans la pensée politique, historique, juridique et philosophique» organisé par le centre de recherches Philosophie} Langages et Cognition à l'université Pierre Mendès France - Grenoble 2, les 10 et 11 mars 2004. Ce qui avait en premier lieu motivé cette rencontre était l'étonnement devant le spectaculaire retour en force de cette notion dans le langage courant de l'analyse politique internationale; or le résultat de la rencontre - qu'expose le présent volume - accroît la surprise: sous le terme unique d' « empire» réside une très grande diversité de significations, on découvre qu'il a été employé dans des contextes historiques et selon des logiques politiques extrêmement variées. La recherche collective a mis en lumière le fait que l'idée d'empire renvoie à des « expériences impériales» d'une considérable importance historique aussi bien qu'à des élaborations intellectuelles nombreuses et stimulantes, mais les unes et les autres variées au point de se trouver parfois contradictoires entre elles. Si bien qu'une réelle difficulté surgit: le chercheur rencontre-t-il jamais « l'idée d'empire », ainsi formulée au singulier et clairement définie? S'il y a eu dans le passé de l'humanité des expériences impériales diverses, si ce qu'on entend dans diverses langues par « empire» a fait l'objet de très nombreuses entreprises intellectuelles, est-on fondé à parler de la sorte d'une idée d'empire? À considérer les choses en rigueur de termes, évoquer une idée d'empire semble en tout cas moins difficile que d'en proposer un concept. Pour reprendre la terminologie de IZant, l'empire paraît relever d'une multiplicité d'expériences non synthétisées en concept, peut-être même non synthétisables sans faire violence aux configurations historiques particulières. En tout cas, si des expériences variées sont tant bien que mal résumées sous le terme « empire », elles ne semblent pas constituer une unité synthétique claire à l'entendement; une unité, surtout, qui serait susceptible, comme c'est le cas pour le concept selon IZant, de fournir une règle au

C

12

L'IDÉE D'EMPIRE

jugement destinée à reconnaître un empire quand il en rencontre unI. Si elle disposait d'un tel instrument, la science sociale se trouverait nantie d'un critère sûr pour juger et pour connaître. Cette difficulté, qui n'est pas mince, explique peut-être la surprenante rareté des ouvrages de synthèse récemment consacrés à cette notion fondamentale envisagée pour elle-même2. À défaut de résoudre intégralement cette difficulté, les auteurs dont les contributions sont réunies dans ce volume l'ont du moins affrontée. Spécialistes de disciplines différentes (droit, philosophie, histoire, science politique), ils ont préservé la spécificité des expériences impériales et des logiques politiques qu'ils ont étudiées, tout en proposant de solides éléments en vue de la constitution de l'idée d'empire. Il apparaît ainsi qu'une telle constitution est possible à condition d'envisager méthodologiquement l'idée d'emPire sur le mode probléJliatique. Le présent volume, on va le voir, apparaît à maints égards comme une entreprise de constitution problématique de l'idée d'empire. Ici les perspectives ouvertes par les quatre disciplines invitées à la rencontre permettent d'affiner le questionnement: formuler les questions afférentes aux dimensions respectivement politique, historiographique, juridique et politique de l'idée d'empire, envisagées séparément, éclaire singulièrement le propos. Politique: Toute différente de l'idée de fédération, l'idée d'empire paraît nécessairement se fonder sur la domination; celle-ci en semble même le critère distinctif. Sur quelles réalités humaines, sociales et politiques cette domination est-elle susceptible de s'exercer ~es échanges économiques, les flux financiers qui les alimentent, les faits sociaux, les dogmes et les rites religieux, les langues, les mœurs) ? Qu'est-ce qu'une politique d'empire? Sous le même terme trouve-t-on plusieurs modèles impériaux ? Existe-t-il une relation essentielle entre la politique internationale des nations ou des aires de civilisation puissantes et le modèle de l'empire? Particulièrement, tout empire est-il nécessairement impérialiste? Si tel est le cas, doit-on reconnaître que l'emploi de la notion d'empire a surtout une vertu critique (en ce qu'elle permet de dénoncer l'entreprise hégémonique des plus puissants sur les moins puissants) ? Historiographique: La notion d'empire constitue-t-elle un outil approprié pour penser certaines configurations et certains moments spéciaux de la civilisation? Lesquels? Et le savoir historique peut-il dire s'il existe des réalités plus déterminantes que d'autres quant à la mise sous tutelle d'une nation par un empire? À

1 Sur la définition

que donne

Kant

Livre l : Analytique des concepts, 1944, 11 c édition 1986,« Quadrige

du concept, cf Critique de la raison pure, Analytique transcendantale, chapitres 1 et 2, trad. fro A. Tremesaygues et B. Pacaud, Paris, PUF, », en particulier p. 87-106

2 La dernière tentative significative de ce genre en langue française remonte en effet à vingt-cinq ans: un important colloque s'était tenu à l'Université de Paris l en décembre 1977 dans le cadre du Centre d'Analyse Comparative des Systèmes Politiques, au cours duquel d'éminents historiens (par exemple Pierre Lévèque, Paul Veyne, Pierre Chaunu ou Jean Tulard), anthropologues (Georges Balandier, Jacques Gernet) et politistes (Nlaurice Duverger, Alain Besançon) avaient envisagé la notion d'empire dans ce qu'on pourrait nommer ses contextes civilisationnels de référence. Voir l'ouvrage collectif issu de ces travaux, dont le titre met justement en avant la tentative de proposer un concept de la notion: Maurice Duverger (dir.), Le conceptd'eJJ'pire, Paris, PUF, 1980, 488 p.

INTRODUCTION

13

partir de quand le monde doit-il être pensé comme empire? Et comment se fait le « passage à l'empire» ? L'idée d'empire n'est-elle pas, d'autre part, constituée rétrospectivement, et à ce titre typique d'une certaine historiographie? Juridique: Parce qu'elle désigne une unité qui coordonne des nations particulières éventuellement antagonistes (en tout cas selon le modèle romain), la notion d'empire ne s'accommode-t-elle pas du régime national démocratique tandis que les rapports internationaux sont pacifiés et régulés? Ainsi ne doit-elle pas être envisagée comme la cheville qui fait défaut aux modèles juridiques et philosophiques qui tentent de penser le droit international par référence aux droits nationaux démocratiques? Est-il possible de justifier l'empire, en s'appuyant par exemple sur le fait que, dans plusieurs expériences du passé, l'organisation impériale de pouvoirs étroitement hiérarchisés n'a pas interdit l'existence d'une certaine forme de citoyenneté? Ou bien la souveraineté impériale du pays dominant est-elle définitivement négatrice des souverainetés nationales et des libertés de ceux qui lui sont soumis? Philosophique: On sait que, dès l'Antiquité, les doctrines stoïcienne et chrétienne ont l'une et l'autre développé une thématique universaliste s'appuyant sur l'idée d'humanité. Par là elles ont lié de manière originale réflexion sur la civilisation, pratique d'une spiritualité et représentation du monde comme unité. Une telle conception de l'empire offre-t-elle une alternative à la notion envisagée à partir de la puissance? L'idée moderne d'universalité des Droits de l'homme est-elle cohérente ou contradictoire avec un tel modèle? Par ailleurs, dans le cadre d'une approche philosophique du devenir humain, quelle est la fécondité de la notion d'empire en vue de penser les «âges du monde»? Et quels sont les savoir qui sous-tendent une telle entreprise? (selon un exemple privilégié, quels sont les rapports entre la philosophie, la théologie et la prophétie dans le Christianisme vétéro- ou néotestamentaire ?).

II
Dans tous les cas, cette difficulté à se représenter l'idée d'empire de manière claire et univoque contraste avec le retour récent du terme: ces dernières années, la presse d'information et de réflexion ainsi que de nombreux essayistes et universitaires ont consacré des travaux à cette notion, notamment dans le but de décider si l'on devait ou non affirmer que le monde est entré dans une phase impériale3. Or,
3 Quelques éléments bibliographiques qui vont en ce sens: Pierre Nlélandri et Justin Vaïsse, L'empire du

milieu, Paris, 2000 ; Antonio Negri et Michaël Hardt, Empire, trad. fro Paris, Exils, 2000 ; Olivier Todd, Après l'empire. Essai sur la décomposition du s)lstème américain, Paris, Gallimard, 2002 ; Anthony Pagden, Peoples and Empires. Europeans and the Rest of the ff7orld, from AntiqttiD' to the Present, Londres, Phoenix Press, 2002 ; Geoffrey Parker, En2jJire, War and Faith in Earb' i\Joderne r.urope, Londres, Penguin Press, 2002 ; Hubert V édrine, Face à l'!J.ypnpuissance, Paris, Fayard, 2003 ; Pierre Hassner, La terreur et l'empire (La lJiolenceet la paix, II), Paris, Le Seuil, 2003 ; Revue l\1.ultitudes, n °3/ novembre 2000, dossier Europe et empire; Revue Filosojia politica (Bologne, Il Mulino), numéro 1/ avril 2002, dossier i\lateliali per un lessico europeo: « impero)); Revue Actuel hIar:x: (paris, PUp), n033/2003: dossier Le nouvel ordre impéJial ; Revue Cités (paris, PUp), n020/2004 : dossier Enpires et ÙnpéJialismes. Liste évidemment non exhaustive.

14

L'IDÉE D'EMPIRE

son emploi par des auteurs de sensibilités très variées repose non seulement sur l'imprécision relevée plus haut, mais elle s'effectue de plus en fonction d'une certaine confusion. La production bibliographique récente semble se trouver considérablement troublée par des considérations extrinsèques, ou plus exactement ses lignes d'analyse sont brouillées par la représentation d'un état du monde particulier, luimême perturbé. Comme l'idée d'empire est intuitivement assimilée à un pouvoir mondial de contrôle qui ne connaîtrait aucune limite claire et distincte, elle renvoie à la fois à l'emprise politique et idéologique que les U.S.A., première puissance mondiale, peuvent avoir sur un monde qui y résiste, et à l'adoption « globale» du système économique du libre-échange. En dépit de leur imprécision dans l'usage du terme, et par-delà leurs divergences, la plupart des écrits contemporains sur l'actualité de l'empire sont donc caractérisés par une même tendance, d'ailleurs intéressante en elle-même: ils interprètent l'empire par rapport à l'impérialisme, sinon assimilent l'un à l'autre. L'empire est toujours pensé par référence à l'expansion d'une conquête. Une telle manière de faire engendre certaines conséquences importantes. Conséquence majeure, l'empire est nécessairement perçu comme ce qui nie les particularités locales en uniformisant tous les comportements humains, et comme ce qui anéantit les souverainetés nationales, support historique de la liberté politique. Or ces analyses sont toutes, quelle que soit l'orientation qu'elles adoptent, redevables d'une manière ou d'une autre à une façon d'envisager l'empire qui a été le fait de la pensée politique de la première partie du XXe siècle, et qu'on voit à l'œuvre aussi bien dans le marxisme (par exemple Lénine, dans le texte intitulé L'imPérialisme) stade suprême du caPitalisme) que dans la pensée d'Hannah Arendt (le second volume des Origines du totalitarisme s'intitule justement L'impérialisme)4. Le politique russe et la philosophe américaine se retrouvent dans une analyse critique de l'impérialisme moderne, appelée à valoir avec une grande postérité en tant que disqualification de la notion d'empire: celle-ci est devenue, dans les prises de position modernes, synonyme d'une totalisation illégitime, qui met sous tutelle l'action et la liberté, qui s'accapare les biens et qui exploite les hommes. Je n'affirme évidemment pas que ces analyses sont erronées, je dis qu'avant savoir si elles sont pertinentes ou non (et tel est un des enjeux de cette recherche collective), il est nécessaire de revenir en amont: en premier lieu, il convient de dissocier méthodologiquement empire et impérialisme. Si la plupart des empires que l'histoire a connus se sont effectivement fondés en premier lieu sur une conquête et sur la tentative de dominer d'autres peuples, dans de très nombreux cas voire pour la majorité des empires cette conquête s'est accompagnée d'une construction politique et juridique. Peut-être même que la conquête s'est en quelque sorte dépassée dans cette construction. C'est cette dernière qu'il est intéressant
4 Lénine, L'imphialisme) stade suprême du capitalisme, 1916-1917, trad. fro sans nom Arendt, de traducteur, Paris,

Éditions sociales, et Moscou, Éditions du Progrès, 1979 ; Hannah tome II : L'impérialisme, 1951, trad. fr. NI. Leiris, Paris, Fayard, 1982.

Les o17gines du totalitalisme,

INTRODUCTION

15

d'examiner: s'agissait-il, s'agit-il d'un simple appareil idéologique (destiné à masquer la conquête, et à rendre acceptable l'insupportable), ou bien d'un ensemble théoricopratique pertinent quant au fonctionnement d'un grand ensemble de citoyenneté différenciée, du fait de la coexistence de peuples irréductibles les uns aux autres? Un tel questionnement a notamment motivé l'ordre même de nos interventions dans ce colloque: il est nécessaire de revenir sur les différentes expériences impériales, afin de les examiner dans leur singularité et dans la spécificité de leurs justifications, afin de caractériser à nouveaux frais l'idée d'empire et peut-être de la réévaluer. Ce qui est certain, c'est que la perspective récente a fait perdre de vue la nécessité d'une recherche plus vaste sur les caractéristiques des expériences impériales qui se sont revendiquées comme telles ou qu'on a identifiées rétrospectivement comme telles. À cet égard, il paraît nécessaire au moment d'engager la recherche d'évoquer une caractéristique fondamentale de la notion d'empire, présente dans la plupart des expériences impériales. Cette caractéristique consiste en l'ajustement de deux réalités: l'ajustement d'un territoire de grande taille mais délimité, d'une part, et d'un pouvoir fort et hiérarchisé, de l'autre. Ce pouvoir se trouve lui-même assis sur la réalité d'un réseau de communication et d'information qui facilite la décision et la rend efficace. Ici l'exemple romain doit être cité: il a perfectionné l'idée d'empire en se fondant sur le réseau rationnel et concret de voies terrestres et maritimes, et en s'appuyant sur le réseau non moins rationnel et concret d'une administration centrale bien relayée localement. Ce qui semble caractériser l'idée empire, c'est en tout cas la volonté de parvenir à un tel ajustement entre l'espace et la raison, qui se traduit par la mise en œuvre de structures adaptées à ce dessein. Comme cette tentative stimule une certaine forme de rationalité politique, ainsi y at-il lieu de parler du « système politique des empires », par référence à un ouvrage devenu classiques. Ainsi envisagée, la question posée par l'empire est celle de la rationalité des grands ensembles humains. Cette rationalité s'exprime de diverses façons: aussi bien dans des logiques politiques spécifiques que par des formalisations juridiques, tout autant par des constructions historiographiques que par des réflexions philosophiques. Les participants à la rencontre, issus des quatre disciplines évoquées dans cette énumération, se sont réunis afin d'examiner les modes de cette rationalité. Or c'est une question de ce type que doit affronter notre monde, de plus en plus réglé et rationnel du point de vue de la communication et de la logistique. La forme impériale, qui n'est après tout qu'une des formes que peut prendre le rapport entre la rationalité et la globalisation d'un ensemble humain, à quels titres est-elle pertinente? Si ce volume s'inscrit historiquement dans la vague d'ouvrages récemment consacrés à l'empire, on aura compris qu'il entend en réalité énoncer leurs conditions de possibilité. Et de ce fait il peut contribuer à évaluer le recours à la notion

5

Cf Shmuel

Eisenstadt,

The Political Sj/stems

of Entpires, Ne\cv Yark,

1963.

16

L'IDÉE D'EMPIRE

d'empire pour représenter la réalité politique contemporaine: notre monde (envisagé du point de vue politique, économique, médiatique, moral et religieux) est-il en voie de devenir un empire? L'est-il déjà? Dans une certaine mesure, les relations internationales ne sont-elles pas de nos jours pensées dans le cadre de « l'empire du droit », et comme réglées comme telles par l'ONU? Ou bien les guerres récentes ou en cours sont-elles le reflet de l'impossibilité de la puissance à se faire impériale? Quoi qu'il en soit, la mainmise internationale ne pouvant être parfaite ni définitive, l'empire est-ilIa part maudite de la puissance, quelque chose comme le rêve qui habite toute nation ou civilisation capable d'influencer les autres de manière décisive, mais jamais absolue? Peut-on en ce cas évaluer les effets du «rêve d'empire» ? Et pourtant, chacun sait combien les empires sont éphémères: il est très intéressant de questionner la raison pour laquelle la notion d'empire, sans cesse démentie pas les faits sur la « longue durée », revient sans cesse. Est-ce à dire qu'il est impossible de faire le deuil de l'aspiration à la maîtrise universelle? Pourquoi le fantasme de la totalisation revient-il sans cesse sous cette forme dans l'expérience humaine? Ici il convient de rappeler que l'idée d'empire a servi d'autres desseins que la domination politique: dissociée de l'impérialisme, cette idée d'empire a eu également une portée historiographique ou philosophique, ce qui rend d'autant plus passionnant le questionnement sur le rapport qu'elle implique entre les parties et le tout. À cet égard, la dernière question qu'il est tenant de poser est la suivante: peuton penser l'histoire du monde sans faire référence à l'idée d'empire?

III
Ces nombreuses questions posées à la science sociale par l'intermédiaire de quelques-unes de ses disciplines de référence, le présent ouvrage tente de les formuler adéquatement, mais il envisage également plusieurs pistes de réponse crédibles. Il définit plus exactement deux niveaux de réponse, l'un concernant le plan méthodologique, l'autre celui de l'examen des caractéristiques de l'idée d'empire. Sur le plan méthodologique, il s'est agi, même pour les contributions qui concernent le monde contemporain, de trancher résolument avec la manière récente de procéder dont j'ai commencé à énoncer les conditions: en premier lieu, cet ouvrage reprend l'étude de l'idée d'empire selon la longue durée, en second lieu il envisage les situations impériales enfonction de leur cohérencepropre. Il entreprend ainsi de donner à la notion un contenu substantiel, aussi bien par l'examen des caractéristiques propres au modèle impérial que grâce à l'analyse des expériences

historiques

des empires

du passé, qu'il s'agisse de l'histoire

ancienne

-

celle

d'Athènes et de Rome -, ou moderne - la chrétienté médiévale, le rêve d'un empire fasciste, la construction européenne. L'originalité de l'ouvrage en termes méthodologiques apparaît alors: les auteurs n'ont jamais séparé la restitution des conditions concrètes de l'expérience historique et politique à laquelle ils s'attachaient de l'examen des raisons produites en leur temps pour expliquer (et souvent justifier)

INTRODUCTION

17

cette expérience. S'il existe par la restitution du travail situations impériales - ou sentait ou se sent voué à être

une idée d'empire, elle est susceptible de se constituer permanent d'élaboration théorique engendré par les par les situations d'inquiétude du monde lorsqu'il se régi de nouveau par un empire. quatre traits

Sur le plan de l'examen des caractéristiques de l'idée d'empire, majeurs apparaissent comme les acquis de notre recherche:

(1) La singularité de l'usage de la notion d'empire dans le contexte de l'Antiquité gréco-romaine. On estime souvent, c'est même devenu une sorte d'intuition spontanée des esprits cultivés, que la notion trouve dans ces expériences anciennes un de ses types historiques et théoriques fondamentaux. Or, les trois interventions qui en reprennent l'analyse attestent toutes, sinon de la diversité considérable des situations politiques communément considérées comme impériales (diversité qui interdit qu'on les assigne à un modèle unique), du moins de la perturbation qui existe en cette matière entre les faits, les mots et les idées (perturbation ressentie même par les auteurs qui en ont été contemporains)6. Au lieu de fournir à la réflexion un type unique et intangible, l'examen conjoint des situations vécues et des constructions mentales de l'Antiquité délivre donc une image troublée de l'empire; il faut se garder de croire qu'il existe un modèle impérial aisément délivré par les expériences grecques et romaines. C'est sans doute une des raisons qui font que les tentatives de reprise littérale de l'empire romain reposent sur une illusion une illusion ayant des effets réels extrêmement intéressants, ainsi qu'en témoigne l'exemple privilégié du rêve impérial des tyrannies modernes7. (2) La fécondité des constructions intellectuelles qui ont visé à donner à la notion d'empire une pertinence en la distinguant de l'impérialisme, et qui par là ont mis au premier plan une de ses caractéristiques fondamentales: l'unité potentielle de l'humanité sous une même norme. La représentation médiévale de l'Empire en tant que communauté civique universelle a notamment constitué un puissant vecteur en ce sens, si bien que des élaborations théoriques même tardives portent la trace d'un tel projet. C'est ce dont atteste l'interprétation des œuvres de Dante et de Marsile de Padoue8. Et il n'est finalement pas surprenant que l'on retrouve chez

I<.ant, auteur moderne

de référence

-

sinon auteur dont l'œuvre symbolise la

modernité philosophique elle-même - de nombreux éléments susceptibles d'explorer un pareil dessein9. Un des enjeux de cette perspective réside dans le fait de déter-

6 Voir dans ce volume les contributions de l\Iarie- Laurence Deselos, d'Alain Fouchard et de Pierre Cordier. 7 Voir la contribution de Philippe Fora consacrée à la « doctrine impériale» du régime mussolinien

et

à ses effets réels, sensibles jusque dans l'urbanisme de la capitale romaine. s Voir la contribution de Ghislain \Vaterlot consacrée à Marsile, et la mienne consacrée à Dante. 9 Voir la contribution de l\fai Lequan consacrée aux relations qu'entretiennent dans l'œuvre de Kant les notions d'empire, de république et de confédération.

18

L'IDÉE D'EMPIRE

miner s'il est possible ou impossible de se doter d'une idée d'empire débarrassée de la domination, ou suffisamment débarrassée de la domination; au-delà, il s'agit de savoir si cette idée comprend des modalités sociales et civiques capables de la transformer en ce qu'on pourrait nommer un schème d'unification volontaire de l'humanité. Dans tous les cas, au cœur de ces élaborations se joue manifestement un rêve d'empire qui promet une alternative au fantasme de la puissance qui habite couramment de tels songes. (3) La force heuristique de la notion d'empire: le fait qu'elle donne à penser des situations finalement fort éloignées des représentations communément associées à l'idée politique d'empire. C'est ainsi que, dans la philosophie moderne de l'histoire comme dans l'histoire politique contemporaine, la construction de l'Europe des nations peut être interprétée en des termes qui développent certaines caractéristiques traditionnelles de la notion d'empire, mais également qui les réinterprètent, les mettent en travail afin d'accoucher de nouvelles configurations intellectuelleslO. Cette force heuristique se manifeste aussi par le fait que certaines caractéristiques de l'idée d'empire permettent de rendre intelligibles les aspects de la réalité auxquels s'attache la philosophie. C'est vrai en ce qui concerne la représentation de l'histoire: par exemple, la thématique théologique et cosmologique de la « succession des Empires» est utilisée par Machiavel dans le but d'entendre certains traits particuliers de l'histoire mondiale qui seraient sans cela demeurés invisibles11. C'est également vrai en matière d'analyse des modalités du pouvoir: la notion d'empire contribue chez Nietzsche à une analyse critique de la puissance, qui démasque littéralement le désir de domination comme un contre sens commis à propos de la nature12. (4) Le défi intellectuel lancé par l'idée d'empire à notre monde, c'est-à-dire à un monde qui, par certains aspects, est unifié ou en voie d'unification, et qui par d'autres est tout à fait fragmenté, et de ce fait se trouve à maints égards en contradiction avec lui-même. À ce titre, la notion d'empire constitue un remarquable stimulant pour la construction intellectuelle contemporaine en théorie politique. Tout se passe comme si l'idée d'ordre qu'elle contient était susceptible d'être envisagée à nouveaux frais et en fonction des réalités du monde actuel, qu'on l'envisage en termes contemporains13 ou post-modernes14. Ici, l'histoire moderne
10Voir, Volney, pour la philosophie l'histoire moderne politique de l'histoire, la contribution celle de Jean-Luc au penseur au rapport de Robert Chabot Damien consacrée à la logique à de

et, pour

contemporaine,

consacrée

la construction européenne. 11Voir la contribution de Jean-Yves Goffi consacrée 12 Voir la contribution de Blaise Benoit consacrée

florentin. entre l'idée

d'empire

et la volonté

de

puissance chez Nietzsche. 13 Voir à ce sujet les contributions d'Yves Charles Zarka et de j\1assimo La Torre. 14 Voir la contribution de Stefania lVlazzone qui, dans la perspective ouverte par Antonio Negri et j\1ichael Hardt, construit le concept postmoderne d'Empire, en restituant la tension qu'il entretient avec celui de « multitude ».

INTRODUCTION

19

délivre une étrange leçon: l'examen approfondi de ce qu'il apparaît bien difficile d'identifier catégoriquement comme « l'empire vénitien »15donne à penser de quelle manière l'expansion marchande est susceptible de se combiner avec une construction politico-idéologique complexe. Ces quatre points devraient contribuer à une analyse renouvelée de l'idée d'empire, c'est du moins ce qu'espèrent les auteurs. Mais au moment de donner la parole à ces derniers, une remarque supplémentaire peut être utile: on s'aperçoit que les cinq points ne se conçoivent pas selon une représentation unique de cette idée. En effet, on pourrait affirmer que les trois premiers l'envisagent à la manière d'un type idéal wébérien: ils entendent par «idée d'empire» quelque chose de comparable à 'ce que Max Weber nommait «l'esprit du capitalisme»: une construction mentale synthétique méthodiquement produite, qui renseigne sur les comportements de référence de l'agent social dont la conduite tend à s'imposer là dans tout régime impérial (quelles que puissent être les différences sensibles d'une expérience historique à l'autre), ici en Europe à partir du début de la Modernité. Telle a été de fait notre démarche commune: ne pas séparer l'interprétation des événements et des comportements observables de l'analyse des motifs théoriques complexes tend finalement à constituer un modèle sociologique de l'empire16. Par là notre démarche est indicative, et invite le lecteur à cOIJJjJléterla caractérisationu type idéal « empire ». d De leur côté, les deux derniers point semblent moins des acquis que des axes pour une réflexion ouverte, voire pour une méditation qui est perpétuellement à enrichir. Aussi correspondent-ils à une idée d'empire entendue selon la signification que Kant donne précisément à ce terme: si le concept correspond à une synthèse de connaissances issues du donné sensible et réalisée par l'unité de l'entendement, l'idée est une abstraction construite par la raison au nom de sa propre tendance à postuler de l'ordre et du sens dans les phénomènes de la nature et de l'histoire. IZant a montré combien il est nécessaire de l'envisager de manière non dogmatique leur permettre de mettre - les idées de la raison ne délivrant aucune connaissance, en ordre le monde ou d'entreprendre de lui donner du sens grâce à elles est nécessairement illégitime. Il a cependant établi la fécondité de leur emploi critique: l'idée est susceptible de donner à penser ce qu'on ne saurait connaître, c'est-à-dire qu'elle figure rationnellement ce qu'il est impossible et illégitime de synthétiser en un concept. Aussi son régime d'efficience est-il moins le réel que le possible17. Or
15Voir la contribution de Gilles Bertrand. 16Sur le type idéal tel que l'entend 1\1ax\Veber, de if. par exemple Économie et société,tome I, Les catégories la sociologie, trad. fro sous la direction de J. Chavy et d'E. de Dampierre, Paris, Plon, 1971 ; Pocket
« Agora », 1995, chapitre I,

propos de ce type idéal méthodologiquement privilégié qu'est « l'esprit du capitalisme », cf. L'éthique protestanteet l'espritdu caPitalisme,I, 2, trad. fro1. Kalino\vski, Paris, Flammarion, p. 85-126. 17Sur la définition que Kant donne de la notion d'idée, cf. Critique de la raisonpure, Dialectique transcendantale, Livre l : «Des concepts de la raison pure », en particulier Première et Deuxième section, trad. citée, p. 262-273.

~ 1,

A : «Fondements

méthodologiques

», en particulier

p. 48-52.

À

20

L'IDÉE D'EMPIRE

c'est également sous cet angle que les auteurs de ce volume ont considéré l'idée d'empire: à savoir, comme un modèle que la raison, sous l'effet de ses propres aspirations à l'ordre et au sens, produit sans cesse au fil de son histoire, et qu'elle est souvent tentée d'imposer indûment au réel. Grâce à la recherche collective dont témoigne ce volume, nous espérons avoir montré que l'emploi réglé d'une telle idée de la raison offre cependant d'appréciables ressources pour la libre interprétation du monde.

***
REMERCIEMENTS

Nous remercions vivement Emmanuelle Faucilhon, Anne-Laure Issartel et Julien Vandewattyne, étudiants de 2e année des Masters « Histoire de la philosophie» et «Philosophie et Langages» de l'Université Pierre Mendès France - Grenoble 2, pour l'aide précieuse qu'ils ont apportée à la mise en forme éditoriale de ce volume.

PARTIE I

L'invention de l'idée d'empire dans la pensée gréco-latine

Marie- Laurence

DESCLOS

L'EMPIRE ATHÉNIEN ET LES MOTS POUR LE DIRE

« Du vivant même de Périclès, les Athéniens convoitaient (ÈTTESUlJ.OUV)a l Sicile. [...] j\1ais celui qui acheva d'enflammer leur désir (TOV Ep0JTa) et leur persuada d'entreprendre la conquête entière de l'île [...] ce fut Alcibiade. Car Alcibiade, qui rêvait (OVE lPOTTOÀWV) Carthage et de la Libye, et qui, fort de de ces conquêtes une fois réalisées, se jugeait dès lors capable de dominer l'Italie et le Péloponnèse, ne voyait guère dans la Sicile qu'une base de ravitaillement pour la véritable guerre. Les jeunes, tout de suite exaltés par ces espérances (Talc ÈÀTTLCJlV ÈTTTlPlJ.Évouc), étaient déjà gagnés à son avis, et ils écoutaient leurs aînés, qui leur racontaient force merveilles (TTOMà Sa ulJ.â CJla) sur l'expédition, en sorte que beaucoup d'Athéniens, assis dans les palestres et les hémicycles, dessinaient sur le sable la forme de l'île et la position de la Libye et de Carthage» 1.

ÊVE DE CONQUÊTE et désir de domination. Illusion collective, jeunes et vieux Rmêlés. Émerveillements anticipés de victoires accomplies sur le sable des palestres. Résistance du réel, aussi, sur lequel viendront se briser les visions de grandeur. Quelque chose comme le condensé de tout expansionnisme impérial, qu'il soit d'ici ou d'ailleurs, d'hier ou d'aujourd'hui? Ou la projection anachronique sur le passé de l'Hellade d'un présent qui peut être le nôtre, mais également celui d'un « aristocrate grec sous l'occupation romaine »2 ? Quelques dates, tout d'abord, pour tenter, si ce n'est de répondre déjà à ces questions, du moins de cerner mieux comment l'elnpire - si tant est qu'empire il y ait - est advenu aux Athéniens. 484 : Xerxès prend la décision de marcher contre la Grèce; c'est le début de la seconde guerre médique. 481 : les représentants des
1 Plutarque, Alcibiade, 17, 1-4. À la maîtrise - romaine - de l'espace, Plutarque semble ici opposer son fantasme cartographique. Fantasme grec, il va sans dire. 2 Où l'on reconnaîtra le titre d'un ouvrage de J. Boulogne (1994) consacré à Plutarque.

TI

24

MARIE-LAURENCE

DESCLOS

diverses

cités décidées

à résister

se réunissent

à l'Isthme

de Corinthe,

et confient

l'hégéJnoniade l'alliance militaire aux Lacédémoniens. 480 : les Thermopyles, l'incendie de l'Acropole d'Athènes par les Perses, la victoire de Salamine. 479 : les victoires grecques de Platées et du cap Mycale. 478 : en raison du comportement du Spartiate Pausanias, les alliés retirent l'hégéJ110nia Lacédémoniens pour l'offrir aux Athéniens; aux c'est la création de la Ligue de Délos, dont le but avoué est de continuer la lutte contre le Perse. Pour dire les choses rondement, les Athéniens commandent la flotte et, par l'intermédiaire des « trésoriers des Grecs », les Hellènotames, gèrent les finances communes; quant aux cités alliées, elles fournissent des trières ou s'acquittent d'un tribut, le phoros, dont le montant est versé au trésor fédéral de Délos. Toutes siègent et délibèrent au Conseil commun, et toutes sont autonomes. Les choses n'iront pas toujours aussi bien, et l'on assistera, jusqu'en 456, à l'extension de l'hégémonie maritime athénienne, et à l'apparition d'une politique durement répressive vis-à-vis des alliés qui font défection. En 454, le trésor fédéral est transféré à Athènes, tandis qu'en 449, la « paix de Callias» marque la fin des Guerres Médiques, privant la Ligue de Délos de son objet. Provoqués par son maintien, mécontentements, soulèvements, affrontements se succèdent, jusqu'à la conclusion, en 446, de la « paix de Trente ans» entre Athènes et Sparte. Elle ne durera que quinze ans, un nouveau conflit de grande ampleur opposant les deux cités dès 431. Pendant la période d'une cinquantaine d'années (la Pentékontaétie) qui sépare la fondation de la Ligue de Délos du début de la Guerre du Péloponnèse, l' hégémonia d'Athènes s'est transformée en archè, c'est-à-dire en ce que, précisément, nous nommons un eJ11pire, t les alliés des Athéniens, les xummakoi, sont devenus leurs sujets, e leurs huPèkooi. Ainsi s'expliquerait que les rayons de nos bibliothèques soient envahis d'ouvrages et d'articles en toutes langues et de toutes périodes sur l'empire, ou sur l'impérialisme, athéniens. Et pourtant, dans le même temps, les bons auteurs soulignent l'inadéquation de l'une et l'autre appellation pour décrire, et pour penser, la réalité historico-politique qu'elles sont censées désigner. On ne saurait donc les utiliser « que dans un sens conventionnel »3. De fait, pas plus qu'en Égypte, il n'y eut en Grèce de mot signifiant « empire »4. Vérité d'évidence, dira-t-on peut-être, puisque ce mot, comme chacun sait, est un mot latin, et qu'à travers lui, selon l'heureuse expression d'Hélène Ahrweiler, « nous projetons le monde romain dans notre espace mental »5. Quant à l'impérialisme, dont on crédite Périclès et ses contemporains, c'est un concept qui « ne doit s'appliquer », Claude Nicolet a raison de le souligner, « qu'aux politiques "impériales" du XIXe siècle »6. Trop romain, ou trop moderne, l'empire et l'impérialisme semblent donc vêtements de confection, impropres à l'usage qu'on prétend en faire. Il convient néanmoins de ne pas se
3 E. \Vill (1972), p. 172. 4 Pour l'Égypte, cf. J. Leclant (1980), p. 50 ; pour la Grèce, S H. Ahf\veiler in Nf. Duverger (1980), 47. 6 C. Nicolet (1983), p. 163.

C. Herrenschmidt

(1980), p. 70.

L'EMPIRE

ATHÉNIEN

ET LES MOTS POUR LE DIRE

25

méprendre: le problème que nous rencontrons ici n'est pas seulement lié à la nécessité de traduire, et à la nécessaire imperfection de toute traduction. Toujours, en effet, quelque chose se perd, ou s'ajoute, dans ce transport d'une langue à une autre, d'une culture à une autre, d'un temps à un autre. Mais les vocabulaires de la philosophie, de l'histoire et de la réflexion politique - si tant est qu'il y ait entre eux,

du moins en ce qui concerne la période qui m'occupe, quelque différence

-

nous

placent devant une autre difficulté: les mots que nous utilisons dans nos traductions ne sont, bien souvent, que « des reflets directs ou des doublets de mots anciens »7. La chose est vraie, comme chacun sait, pour les champs du savoir ainsi que pour leurs objets; elle l'est également, au premier chef, pour le lexique politique. L'antiquité gréco-romaine, pour emprunter encore à Claude Nicolet, est ainsi « présente, de manière réflexive, dans les instruments mêmes que nous employons », non seulement pour l'exprimer, mais également pour la comprendre8. L'elnpire athénien et les 11tots our le dire: on comprendra p que l'embarras tient autant aux mots qui sont les leurs qu'à ceux qui sont les nôtres. Plutôt que de nous fier à une improbable transparence onomastique, je proposerai donc d'aller regarder du côté de ce qui, pour les Grecs du ve siècle, constituait le paradigme d'un pouvoir sans commune mesure avec celui qui faisait l'ordinaire des cités, tant par sa nature - centralisé, conquérant, dominateur -, que par l'étendue du territoire et la diversité nombreuse des hommes sur lesquels il s'exerçait: le pouvoir tel qu'on le parle, tel qu'on le prend, et tel qu'on l'impose chez les Barbares. Comment le nommait-on? Quelles en étaient les principales caractéristiques? Mais aussi comment, et pourquoi, les Grecs, et après eux les Modernes, en sont-ils venus à le considérer comme un modèle bon pour penser la tournure, le trop os, de la souveraineté athénienne? Qu'il y ait eu là volonté propagandiste, et que la propades gande se soit - n'est-ce pas toujours le cas? - appuyée sur «le détournement mots »9, c'est ce dont il ne faut pas douter. Il reste néanmoins à s'interroger sur les modalités de ce « détournement ». Peut-être découvrirons-nous alors que, à défaut d'avoir inventé ce qu'avec les Romains nous appelons l'elnpire, nos Grecs ont inventé les catégories permettant de le concevoir. Regard grec, par conséquent, et, compte tenu de l'état de nos sources, regard hérodotéen, sur le pouvoir barbare. Regard hérodotéen seulement, parce que je ne suis pas iraniste, et parce qu'il importe moins, pour mon propos, de savoir ce qu'il en fut vraiment des empires mésopotamiens ou de l'empire perse achéménide, que de me pencher sur ce que les Grecs en connaissaient, ou croyaient en connaîtrel0. Il est, dans les Histoires, trois mots pour dire le pouvoir: àpXrl, de très loin le plus

7 C. Nicolet (1990), p. 8. 8 C. Nicolet (1990), p. 8. 9 C. Nicolet (1990), p. 9. 10 Sur ces questions, on pourra consulter, entre autres et pour une première approche, P. Briant et (1996), J. Nf. Cook (1983), P. Garelli (1980), C. Herrenschmidt (1980), E. Herzfeld (1968).

(1992)

26

MARIE-LAURENCE

DESCLOS

fréquent (68 occurrences), llYE~OV( Tl (18 occurrences), et KpaToç (15 occurrences). Première remarque, au sujet de l'àpXTl : nous sommes en présence d'un pouvoir

souverain constamment associé chez Hérodote à la royauté - qu'elle soit grecque ou barbare11 - ou à la tyrannie - qu'elle soit ou non affectée d'un signe négatif,
qu'elle désigne un type de souveraineté s'exerçant « sous l'autorité des Perses »12, ou qu'elle renvoie à ces « personnages» qui disposent, ou qui aurait souhaité disposer, « en Grèce» de ce qu'Edmond Lévy nomme « un pouvoir inhabituel »13. On constate par ailleurs que si ce pouvoir est souvent pouvoir personnel - le pouvoir de Crésus (KpoLaou àpXTl, I, 95), le pouvoir de Darius (~apELoç àpXTl, III, 38) -, il ne l'est pas toujours, et peut renvoyer à la domination qu'un peuple impose à un ou plusieurs autres peuples. C'est ainsi qu'il est fait mention de l'àpX~ A uowv, de l'àpX~ TIEpaÉwv, de l'àpX~ MTlowv, de l'àpX~ 'AaaupLwvl4, où l'on reconnaîtra ce que les historiens contemporains ont l'habitude d'appeler l'en1jJire perse, l'en1pire as.ryrien, etc. Troisième remarque, l'àpXTl n'est pas un état, mais un processus; elle est, au sens strict, c[ynan1ique. C'est elle, en effet, qui donne à celui qui la possède sa puissance, sa ovva~lç: c'est ainsi que Darius, avant de prendre possession de l'àpXll, n'a aucune ouva~lç (III, 140) ; et que Maiandros, reçoit dans le même temps l'àpXTl de Polycrate, et la 8uva~lç qui l'accompagne (III, 142). Voilà qui explique que les détenteurs de l'àpXTl, peuples ou gouvernants, ne puissent, comme le dit la reine Nitocris, se tenir tranquilles, c'est-à-dire immobiles, à l'intérieur des limites géographiques de leurs territoires: OÙKàTpE~L(ouaav (I, 185)15. Plus que l'intempérance ou la démesure des individus, qui n'en est, je crois, qu'un effet, c'est ce caractère dynamique, sorte de loi de développement interne de l'àpXTl, qui suscite en eux le (I, 73), ou désir de la terre d'autrui: l' rL~EpOÇ y~ç de Crésus pour la Cappadoce l'ÈTTl8u~LTl XeD PTlÇ de Cambyse pour l'Éthiopie (III, 21), par exemple. Le cas de Darius est, sur ce point, paradigmatique. Le voici devenu roi; « tous les peuples de l'Asie [...] devinrent [donc] ses sujets (KaT1ÎKool), en raison des conquêtes de Cyrus d'abord, puis de Cambyse» (III, 88). Dès lors, ajoute Hérodote quelques lignes plus loin, « tout fut plein (ÈTTl~TTÀÉaTo) de sa puissance (8uva~loç) ». Remarquons - ce

dont Platon, j'aurais à y revenir, saura se souvenir

-

que le verbe TTL~TÀTl~l, est T qui

ici utilisé, est le verbe de la pléthore, de l'engorgement, et, en hippocratisme, de l'enflure par les humeurs. Il ne me semble pas indifférent qu'il revienne au médecin crotoniate Démokédès, par l'intermédiaire de la reine Atossa, de trouver la cause de cet état quasi pathologique: il ne convient pas à une telle puissance (ToaaUTTlV
11 Royauté grecque: celie de Théras, ou de Cléomène à Sparte (IV, 147 ; V, 49) ; d'Erechthée à Athènes

(VlII, 44) ; de Perdiccas en ~lacédoine (VlII, 139) 12Aristagoras de NIilet 01, 49), Polycrate de Samos (III, 42) 13 E. Lévy (1993), p. 10. Polybe et Adraste de Sicyone (v, 67) ; Pisistrate (VI, 35), 14 Peut-être faut-il voir là, comme le pense J. Hellegouarc'h (1974), p. 72-73, l'origine de la « théorie des quatre monarchies ». Cf également L. Pernot (1997), p. 33-40, et les indications bibliographiques des notes 74 et 76. 15 Sur la négation barbare du « partage fondamental entre les différentes régions de la terre », il faut lire C. Darbo-Peschanski (1987), p. 52-56 et (1988), p. 109-116 (citation p. 112), ainsi que G. Nenci (1958).

L'EMPIRE

ATHÉNIEN

ET LES MOTS POUR LE DIRE

27

8u vafJ. LV) de demeurer inemployée, et à celui qui la détient de rester inactif, immobile, inerte (KciTTlŒaL). Et d'en établir tout aussitôt le traitement: acquérir pour les Perses un nouveau peuple (TL Ë8voç TTPOŒKTWfJ.EVOÇ)une puissance, une et 8VVafJ.Lç accrue (III, 134)16. Xerxès ne dira pas autre chose, à la veille de son expédition contre la Grèce: ne jamais rester dans l'inaction (où8afJ-à àTPEfJ.L(ELV) et toujours acquérir plus de puissance (TTpoŒKTaa8aL 8UVafJ-L jusqu'à ce que, tous v) les pays n'en faisant plus qu'un seul, la terre des Perses soit limitrophe au firmament de Zeus et qu'aucun autre territoire n'ait avec elle commune frontière (VII, 8)17. On comprend que, dans cette situation de constante dilatation de la 8UVafJ-Lç et d'expandit le sionnisme conquérant, 1'1) YEfJ.OVLl qui, dans la majorité de ses attestations, T commandement militaire, puisse commuter avec l'àpX1l18. Notons enfin, avant que d'abandonner Hérodote, que le Grand Roi dispose sur la foule nombreuse de ses sujets d'une autorité souveraine, le Kpâ TOÇ, qu'il peut temporairement déléguer à ceux qui commandent en son nom aux armées19. Avisons-nous de surcroît que cette supériorité conférée à un homme « sur ceux de son camp ou sur ses ennemis »20, est, en raison de son absoluité même, pouvoir barbare. De fait, lorsque, le KpaToç est attribué à un Grec, dans trois cas sur quatre il va de pair avec la vénalité, l'exercice de la TupavvLç, la soumission aux exigences des Perses (III, 142 ; VI, 35 ; VI, 73)21. On retrouve de nombreux éléments de cette représentation grecque du pouvoir barbare dans la description thucydidéenne de ce que les historiens sont accoutumés d'appeler « l'empire des Athéniens ». Il n'est d'autre possibilité, en vertu d'une loi de nature énoncée dès le premier livre de La GuelTe du Péloponnèse(76, 2), que de dominer ou d'être dominé: toujours, en effet, le plus faible est sous l'emprise du plus puissant (aLE'L TGV flŒŒW UTTà TOV 8uvaTWTÉpoU KaTELPYEŒ8aL),l'àpXTl appartenant par nécessité naturelle à celui qui est le plus fort, à celui qui a le Kpâ TOÇ (V, 105, 2)22. Pour cela, il n'est qu'un moyen: avoir suffisamment de puissance, avoir suffisamment
16Sur l'importance de Démokédès pour l'écriture hérodotéenne de ce que nous appelons l'histoire

(encore un bel exemple de« mot doublet »), je me permets de renvoyer à lYL-L. Desclos (2003), p. 75-86. 1ï Notons-le, c'est un souverain barbare que Sénèque dépeint lorsqu'il trace le ponrait d'un Alexandre, qui, « parce qu'il ne peut tenir en repos (non potest stan:) », « s'en va renverser çà et là d'autres villes et promener ses armes par toute la terre sans que nulle pan sa cruauté épuisée s'arrête» (Lettres à Lttcilitts, XV, 94, 62-63). 18 Hdte, I, 7 ; III, 65 ; VII, 2. 19 Le pouvoir absolu et permanent du Grand Roi: l, 129 ; III, 117 ; VII, 3; 187. Le pouvoir temporairement délégué aux chefs de l'armée: VII, 96 ; IX, 42. Il est trois exceptions à cette règle: le faux Smerdis, qui doit le Kpa TOÇ qu'il détient à son usurpation (III, 69) ; la reine Atossa, qui le doit à son statut de fille de Cyrus et de femme de Darius (VII, 3) : peut-être peut-on considérer qu'il s'agit là aussi d'un KpaToç par délégation; la femme-serpent qui, avant l'arrivée d'Héraklès et la fondation de la lignée des rois Scythes, est maîtresse du pays (IV, 9). 20 E. Benveniste (1969), II, p. 75. 21 lYlême Eurybiade, dont le jJ.ÉYLGTOV KpaToç est la conséquence de 1'1lYEjJ.ovLTl qui lui est accordée sur la flotte des Grecs, ne fait pas vraiment exception à la règle. En VIII, 5 Hérodote souligne, en effet, sa vénalité, trait qu'il partage d'ailleurs avec Thémistocle, finira par se réfugier auprès de Xerxès. 22 air également Thuc., I, 76, 1 : il faut « commander '1 accepter de « se trouver en danger (KLV8UVEVELV) ». dont on sait, par Thucydide vigoureusement (I, 135-138), qu'il

(aPXEL V È"YKpaTwç)>> ou