L'identité en Europe et sa trace dans le monde

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A travers différents regards, ce livre met en évidence le rôle essentiel de l'identité européenne dans l'histoire et s'interroge sur sa place dans un monde globalisé. En insistant sur les aspects sociaux, historiques, géopolitiques et psycho-sociaux de l'identité européenne, il s'agit de constater l'impact qu'elle a sur l'ensemble du monde, particulièrement en Afrique, Asie et Amérique Latine.
Publié le : vendredi 1 septembre 2006
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EAN13 : 9782296147782
Nombre de pages : 367
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L'IDENTITÉ EN EUROPE ET SA TRACE DANS LE MONDE

Collection «Inter-National»
dirigée par Denis Rolland avec Joëlle Chassin, Françoise Dekowski et Marc Le Dorh.

Cette collection a pour vocation de présenter les études les plus récentes sur les institutions, les politiques publiques et les forces politiques et culturelles à l' œuvre aujourd'hui. Au croisement des disciplines juridiques, des sciences politiques, des relations internationales, de l'histoire et de l'anthropologie, elle se propose, dans une perspective pluridisciplinaire, d'éclairer les enjeux de la scène mondiale et européenne. Série générale (déjà parus) : Z. Haquani, (entretiens avec S. Brabant, M. Hecker, P. Presset), Une Vie d'Afghanistan. 1. de La Barre, Identités multiples en Europe? Le cas des lusodescendants en France. F. Chaubet,La politique culturellefrançaise et la diplomatiede la langue. A.-A. Jeandel, Andrée Viollis: une femme grand reporter. Une écriture de l'événement. 1927-1939. D. Rolland, M. Ridenti, E. Rugai Bastos (coord.), L'Intellectuel, l'État et la Nation. Brési/- Amérique latine - Europe. M. Le Dorh, Djibouti, Érythrée, Éthiopie. Pour un renforcement de la présence française dans la Corne de l'Afrique. M. Hecker, La défense des intérêts de l'Etat d'Israël en France. E, Anduze, La franc-maçonnerie au Moyen-Orient et au Maghreb. Fin XIXdébut x.xe. E. Anduze, La franc-maçonnerie de la Turquie ottomane. E. Mourlon-Druol : La stratégie nord-américaine après Il-septembre. S. Tessier (sous la dir.), L'enfant des rues (rééd.). L. Bonnaud (Sous la dir.),France-Angleterre,un siècle d'entente cordiale A. Chneguir, La politique extérieure de la Tunisie 1956-1987 C. Erbin, M. Guillamot, É. Sierakowski, L'Inde et la Chine: deux marchés très différents? B. Kasbarian-Bricout, Les Amérindiens du Québec P. Pérez, Les Indiens Hopi d'Arizona. D. Rolland (dir.), Histoire culturelle des relations internationales. D. Rolland (dir.), Political Regime and Foreign Relations. D. Rousseau (dir.), Le Conseil Constitutionnel en questions.

Pour tout contact: Denis Rolland, denisrolland@freesurf.fr Françoise Oekowski, fdekowski@freesurf.fr Marc Le Oorh, marcledorh@vahoo.fr

Sous la direction de Miriam APARICIO

L'IDENTITÉ EN EUROPE ET SA TRACE DANS LE MONDE
Une approche interdisciplinaire

L'Harmattan 5-7, me de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

FRANCE
L'Hannattan Hongrie Espace L'Harmattan Kinshasa L'Harmattan Italia L'Harmattan Burkina Faso

Kônyvesbolt Kossuth 1. u. 14-16 1053 Budapest

Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa

Via Degli Artisti, 15 10124 Torino

1200 logements vina 96 12B2260 Ouagadougou 12

- RDC

ITALIE

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr @ L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-00641-8 EAN : 9782296006416

SOMMAIRE

PRÉFACE
Miriam APARICIO

.........

7

PREMIÈRE PARTIE
L'EUROPE ET L'IDENTITÉ
L'identité de l'Europe Gérard-Francois DUMONT 39

13

......

15

L'influence de l'Europe dans l'identité plurielle de l'Amérique latine. Birgitta LEANDER

L'Amérique latine: champs favorables pour le renforcement de ,. ,. . . 1 1 en t 1e ext erleure d e l' U nlon europeenne. d t' '? .......... 63 Sebastian SANTANDER

DEUXIÈME PARTIE EUROPE ET LE MONDE
Identité Africaine: ethnie, nation et état. Nilda ANGLARILL
Les signes d'identités
européens.

89

........

91

des peuples africains après le passage des
115

............................................................... . . . . . . . . . . . . ..............

Carlos GARCiA FAJARDO Asean: à la recherche d'une identité régionale en Asie du Sud-Est?. Olivier DUPONT L'identité asiatique dans le contexte euro-américain Sarlito SARWONO 145

........

179

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Identité et modernité des peuples" criollos" Norberto RAS: L'identité nationale de l'Argentine et de sa dépendance à l'Europe. Un cas dans le cadre latino-américain Juan Carlos AGULLA Globalisation et intégration culturelle: l'Amérique latine doit-elle suivre le modèle européen ? Alfredo JIMENEZ BARROS Deux axes pour l'analyse de l'importance de la trace européenne en Amérique latine, avec référence spéciale au cas argentin. Populationstratification-immigration Miriam APARICIO ... ...

191

215

225

263

TROISIÈME PARTIE LES ORGANISMES INTERNATIONAUX
L'IDENTITÉ. ... .... ............... .. .... ... ..... .. .... ....

ET
.. ... ....
3 Il

Les intégrations régionales dans le multilatéralisme : parades ou
re lais?

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . .

3

13

Olivier DUPONT

RÉFLEXION FINALE L'IDENTITÉ ET LE DÉVELOPPEMENT

HUMAIN
développement humain Santiago QUEVEDO

... ...
..........................

... 339
341

La construction de l'identité, comme un obstacle ou un promoteur du

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PRÉFACE
Miriam APARICIO.

Quel monde au XXIèmesiècle? Un monde uniformisé, standardisé, qui supprime les différences sous des discours promouvant, paradoxalement, la diversité? Ou bien un monde qui cherche le développement humain et la paix sans estomper les identités? L'avenir dépendra, en grande partie, de la perspective d'identité soutenue et construite. Dès ce point de vue, l'identité apparaît - en paraphrasant Wolton (1993) - comme « ... la plus grande question anthropologique de cette fin de siècle ». De là, l'importance de connaître ses racines sans perdre de vue la diversité et de valoriser les multiples aspects concernés, selon des perspectives et des plans différents: historique, politique, socio-psychologique, sociodémographique, sociologique, philosophique, anthropologique et culturel. Ce ne sont pas des sujets qui sont traités ici, mais des problèmes, et « les problèmes peuvent dépasser les limites des objets d'étude ou des disciplines» (Popper). Et puisque personne ne peut dominer toutes les sciences de I'homme, aucune science ne saurait, donc, isolément considérée, offrir que des approches réductionnistes. L'intolérance, issue de la fragmentation et de la spécialisation, pose un grand dilemme aux hommes de science.

Conseil National des Recherches Scientifiques et Techniques. CON/CET Universidad Nacional de Cuyo. Académicienne. Argentine

. Professeur-Chercheur

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Face aux approches partielles ou hybrides, l'axe de l'ouvrage repose sur la complémentarité interdisciplinaire. Dirigé par Miriam Aparicio, ce volume a bénéficié de la collaboration de nombreux auteurs et propose une approche transversale de cette problématique dans des contextes différents, capable de dépasser le cadre des identités nationales, qui tente de dégager les valeurs communes selon différentes approches théoriques et méthodologiques. C'est donc la voie pluraliste qui a été privilégiée tout en faisant le détour du ghetto des sciences qui refuse tout type de rapprochement ou de travail interdisc iplinaire. Or, pourquoi l'identité? Les processus d'identité ont connu des fluctuations différentes. L'histoire, notamment à partir du XIXèmesiècle, a vu les différences et les oppositions s'accentuer; la notion d'identité est, donc, pour certains, un retour au passé. La mondialisation, de son côté, atténue toute spécificité; elle comporte le risque d'un effet unificateur, qui réduit la diversité de l'humanité. A l'heure de la mondialisation, de la communication massive sur la planète, de la diffusion des mêmes produits partout dans le monde, de la diffusion mondiale d'une information qualitativement unifiée malgré la croissante segmentation, la connaissance de l'identité jaillit comme une priorité capitale. La problématique, trop complexe, de l'identité l'exige ainsi. Dans cette recherche de l'identité, s'entrecroisent des refus violents des héritages des origines - ibérique, indigène, africaine ou européenne - jusqu'à des processus de mythification du passé qui ont laissé leur empreinte sur l'image des identités nationales; des processus d'hybridation interraciale, parfois, omniprésents; des moments de calme et des conflits très durs dont la solution révèle la présence d'un facteur d'unification et dont le résultat est le grand « paideuma » (= ethos) de millions d'habitants du globe, divisés à leur tour en une mosaïque de types - plus ou moins unis, mais non uniformisés de ce fait. Plusieurs questions jouent le rôle de fil conducteur: y a-t-il une identité commune entre les Européens et les Latino- 8-

américains, où cohabitent des cultures, des façons de penser et de vivre différentes? Est-ce vraiment penser à l'identité - tel que certains critiques l'ont signalé - quand on veut « uniformiser la réalité politique, sociale et culturelle des pays qui font partie d'une union ou d'une région» ? Ou bien, tel que le signale M. José Maria Robles y Gil-Delgado, c'est vraiment en favorisant notre identité commune que nous pourrons soutenir, avec une certaine garantie de succès, la survie des spécificités de chaque nation dans un monde qui va vers la mondialisation, notamment sur le plan culturel, et qui renferme des tendances uniformisatrices ? Ces identités, se sont-elles forgées, toutes, dans un contexte commun? Si non, chacun de ces contextes a-t-il une spécificité propre en rapport avec les nations qui sont à la recherche de leur union et en rapport avec le reste du monde? Est-il possible de prétendre à une unité dans la diversité? Dans ce vaste contexte, l'identité, européenne, latinoaméricaine ou autre, émerge comme réceptacle commun des différentes identités qui cohabitent sur les continents ou dans les régions et le résultat de leurs interactions. C'est le produit des siècles d'histoire pendant lesquels les peuples ont parcouru la nuit des temps. « Dans ce contexte chronologique - comme le souligne Robles y GiI-Delgado -, soutenir l'existence des identités pleinement différenciées en s'appuyant sur l'appartenance à des États ou à des nations qui ne comptent, sous leur forme actuelle, que quelques siècles d'histoire, peut être une prétention catégorique d'un point de vue politique, mais difficile à soutenir d'un autre point de vue ». En outre, peut-on unir l'Europe et l'Amérique latine seulement à travers leur géographie ou leur histoire? Peut-on le faire à travers une forte volonté politique ou à travers une économie mettant au jour que les continents atteignent des paramètres de développement économique et/ou des processus (urbanisation, industrialisation, croissance démographique) assez homogènes, indépendamment des frontières? Ou, plutôt, l'effet unificateur commun sera-t-il celui qui reposera sur l'héritage culturel, sur la communauté des valeurs, que ce soit la liberté, la démocratie, le progrès... ? Est-ce que l'homme sera -9-

enfin, c'est-à-dire le facteur humain et la valeur même de la vie humaine comme communauté de destin, la base d'une identité différente de celle qui repose, surtout, sur la responsabilité de l'individu? Peut-on encore aborder la question à l'échelle universelle? Dans ce sens, les contributions des auteurs sont fort pertinentes, d'une part, parce qu'elles supposent des réflexions profondes, parfois éloignées des topiques courantes et, d'autre part, parce que les auteurs réflechissent à une époque où l'on a l'impression que l'Europe ou l'Amérique se réduisent à des constructions économiques et monétaires, ou presque, où la seule chose en commun est l'ambition d'avoir recours aux autres pour en tirer profit. Quelque complexe que soit la question, il semblerait qu'il existe un facteur unificateur, une identité commune, grâce auquel il a été possible de surmonter les conflits et de corriger les erreurs, d'entasser un trésor difficile à réduire. À présent, le défi qu'il faut relever, consiste à profiter de ce trésor pour dire, avec Renan, l'identité, « c'est une âme, un principe spirituel (...) la possession en commun d'un riche legs de souvenirs» et« le désir de vivre ensemble ». Plonger dans les identités complexes pour mieux comprendre les processus, différenciés certes, s'avère une priorité mondiale. C'est peut-être en renforçant les identités que l'histoire commencera à nous sourire... Ce sujet tellement controversé a été enrichi par l'effort et la responsabilité d'auteurs remarquables et dont la provenance est fort différente:

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Gérard-François DUMONT (Président-La Sorbonne). Auteur de : Les Racines de l'Identité européenne, 1999. (Approche démographique) Birgitta LEANDER (Fonctionnaire à l'UNESCO, à Paris, et à l'ONU, à New-York). (Approche anthropologique)

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Sebastian SANTANDER (Université Libre de Bruxelles, Parlement européen). (Approche philosophique) Nilda ANGLARILL (UNESCO - Paris / Argentine). (Approche transversale de la problématique en Afrique) José Carlos GARCIA FAJARDO (Universidad Complutense - Madrid. Président des ONG Solidaires pour le Développement) Olivier DUPONT (Belgique). (Analyse transversale de la problématique en Asie) Sarlito SARWONO politique ) (Indonésie). (Approche SOCIO-

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Norberto RAS (Académicien, historique et anthropologique)

Argentine).

(Approche

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Juan Carlos AGULLA (Académicien. CONICET. Argentine) (Approche sociologique, historique et politique) Alfredo JIMÉNEZ BARROS (PARLATINO, Équateur). (Approche philosophique) Santiago QUEVEDO (Consultant OEA, IICA, FLACSO, COTESU - COSUDE - UNESCO, Parlement latinoaméricain, CEPAL, BID - Quito - Équateur) (Approche psycho-sociologique) Miriam APARICIO (Chercheuse au Conseil National pour la Recherche Scientifique - Académicienne. Argentine) (Approche psycho-sociologique)

.

-Il-

PREMIÈRE PARTIE

L'EUROPE

ET L'IDENTITÉ

L'IDENTITE

DE L'EUROPE

Gérard-François DUMONT.

L'idée qui prévaut souvent est que l'Europe est une réalité récente, issue de la volonté de quelques hommes qui ont lancé, dans les années 1950, la construction européenne. En réalité, l'Europe a des racinesl fort anciennes, et nombre de ses us et coutumes, comme le montre par exemple l'iconographie, sont antérieurs aux nations qui la composent actuellement. Dans des temps où la prégnance donnée à l'information économique conjoncturelle contribue à une certaine méconnaissance de la géographie culturelle, il n'est pas inutile de chercher, à travers les faits historiques, les mythes et les sources de l'Europe, l'héritage de croyances et symboles dont les Européens restent collectivement porteurs. Il est impératif de réveiller la mémoire d'une Europe2 qui doit savoir qu'elle est à la fois ancienne et future. Cette nécessité conduit d'abord à considérer la géographie, puis l'histoire. Enfin, la question fondamentale consiste à chercher les caractéristiques de cette identité. Le mot « Europe» a d'abord une signification mythologique, puisqu'il est le nom de la fille d'un roi dont le Dieu des Dieux s'éprit. Zeus enleva la fille d'Agénor, roi de Phénicie (le Liban d'aujourd'hui), sœur de Cadmos, pour la conduire en Crète et s'unir à elle. Ils eurent ensemble trois enfants, dont deux, Rhadamante et Minos, juges aux enfers,
Professeur à l'Université de Paris-Sorbonne. 1 C'est le terme que nous avons utilisé pour le livre: Dumont, G.-F. et al. (1999). Les racines de l'identité européenne. Paris: Economica. 2 « Nous devons dire à nos enfants qu'ils vivent dans un monde qui ne commence pas aujourd'hui.» Bayrou F. (1996). Le Monde. p. 16.

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sont les symboles de la justice. Le troisième, Sarpédon, gouverna avec sagesse la Lycie. 1.- Une identité géographique? Le Petit Robert écrit3 que l'Europe est« le plus mal délimité» des continents. Va-t-elle de Brest à Brest-Litovsk, en Biélorussie, naguère polonaise? Va-t-elle « de l'Atlantique à l'Oural », selon la formule du Général De Gaulle?« Depuis plusieurs siècles, c'est à la Russie que l'on demande de fixer les limites symboliques du continent européen. Le critère est, là, politique. Les monts Oural ainsi que le fleuve Oural qui se jette dans la mer Caspienne, sont, par tradition, considérés comme les supports orientaux du continent. Ce choix ne relève pas de la géographie, mais de l'histoire» (Foucher: 1993 : 16)4. En effet, l'Histoire considère la Russie, à partir du XVIIIèmesiècle, comme faisant partie de l'Europe: Pierre Le Grand a ouvert un débouché sur la Baltique aux dépens de la Suède et, à la suite de cette action militaire, a fondé sa capitale Saint-Pétersbourg, marquant son ancrage volontariste à l'Europe5. La nouvelle capitale, fondée exactement le 14 mai 17036, symbolise la Russie européenne, passionnément... y compris dans ses pires utopies. En fait, l'Europe culturelle a une aire géographique flottante. Avec l'Empire romain, elle se diffuse, à partir de Rome, ville européenne, sur toute la Méditerranée, et monte jusqu'au Nord de l'Angleterre et à l'Est jusqu'à la Dacie, ce qui n'empêche pas chaque province de contribuer de manière singulière à une romanité multiple. Sur cette partie que la
3 Dans son édition de juillet 1995. Le même constat vaut, bien entendu, pour le continent asiatique, notamment avec toutes les îles qui le prolongent. 4 Foucher M. (1993). Fragments d'Europe. Paris: Fayard, 16. 5 Ce qui ne l'empêche pas d'étendre sa suprématie vers l'Orient au-delà de l'Oural. 6 Berelowitch W. et Medvedkova O. (1996). Histoire de Saint-Pétersbourg. Paris: Fayard.

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géographie appelle l'Europe, Rome étend donc son empire de l'Écosse à la Sicile et de la Galice à la future Roumanie. En même temps cet espace romain intègre un clivage entre l'Occident latin et l'Orient grec, clivage politique qui va s'approfondir. Certes, il existait déjà avant la romanité des différences culturelles. Mais elles vont prendre une dimension politique, par exemple avec la rivalité entre Antoine et Octave. Plus tard, le clivage impérial va se dédoubler en deux christianismes avec le schisme d'Orient en 1054. C'est la séparation entre la papauté romaine et le monde grec orthodoxe.? Au cours du XXèmesiècle, la fixation d'une frontière à l'Europe a failli se traduire dans « l'avenir radieux ». En alliant le pire de l'utopisme européen au pire de l'activisme politique, Lénine a essayé de séparer la technique occidentale de production matérielle et industrielle de sa matrice culturelle, en faisant« table rase du passé» culturel. On sait comment la tentative a implosé et par quels canaux les valeurs héritées sont réapparues, de façon d'ailleurs variée, selon les héritages propres aux lieux. En définitive, le regard géographique conduit à conclure à l'impossibilité de donner une frontière terrestre incontestable à l'identité européenne. L'absence de définition géographique ne varietur prouve, au contraire, que l'Europe ne peut se reconnaître que dans une identité, c'est-à-dire dans un ensemble de valeurs qui font sa personnalité, des valeurs issues d'un mélange de religion et de philosophie, mais aussi d'une pratique particulière du politique. Si les apports religieux sont souvent implicites et forment une base solide, ceux de la philosophie, bien que plus tardifs, ne le sont pas moins.

7Qui ont, après plusieurs centaines années de guerre théologique, signé à Paris une reconnaissance mutuelle, avec échange de diplomates, le 4 octobre 1996.

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2.- Les sources historiques Des philosophes grecs jusqu'à nos jours, l'histoire est parcourue par une « philosophie européenne» patiemment élaborée par plus de 2500 ans d'efforts individuels qui deviennent, au cours du temps, des acquis collectifs. 2.1- Les sources politiques D'un point de vue politique, l'Europe conserve, à travers les siècles, la marque de l'Empire romain, qui a laissé le souvenir d'une dimension spatiale considérable et d'une organisation efficace pour parvenir à maîtriser et régenter des territoires et des peuples fort variés. De la Syrie à la Gaule, ce sont les mêmes temples, les mêmes portiques, les mêmes aqueducs, les mêmes arènes. Ainsi, tout un ensemble de villes et de pays sont imprimés d'un héritage de romanité, et ont conservé sur leur sol l'influence de Rome dans l'architecture et l'urbanisme, mais aussi dans les mœurs, la société, les institutions, la pensée, ou le droit. Une Rome qui, elle-même, avait puisé largement dans le monde étrusque et dans le monde grec. L'influence de la romanité s'arrêtait aux limes, aux frontières de l'Empire romain au-delà desquels il n'y avait que des peuples barbares, ce qui signifie des peuples n'ayant pas subi cette influence. Les migrations8 de ces peuples barbares et les faiblesses inhérentes à l'Empire allaient conduire celui-ci à être disloqué, car devenu incapable d'opposer des forces suffisantes aux nouveaux arrivants afin de les assimiler tout en assurant l'expansion de sa civilisation. Même si les barbares finirent par adhérer à certains aspects culturels des espaces conquis, cet Empire sombrera. La chute de l'Empire romain provient essentiellement de l'intérieur avec un déclin démographique certain, avec une incapacité croissante à pérenniser les méthodes et l'état d'esprit
8 Sur la complexité de cette question, cf. Dumont, G.-F. (1995). Les migrations internationales. Paris: Éditions Sedes.

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permettant de gérer un empire aussi vaste. Alors le sentiment d'appartenance commune connaît un déclin et disparaît finalement sous la poussée de la régionalisation germanique. Le partage de l'Empire sous Théodose en 395 entérine ce déclin. Plus tard, le rêve d'une Europe unifiée sur le mode impérial est davantage qu'un rêve de clerc. La première tentative d'une construction européenne connaissant un certain succès est la grande œuvre de Charlemagne, couronné empereur à Rome par le pape Léon III, le jour de Noël de l'an 800. Naît alors le« Saint Empire romain », auquel on ajoute les termes de « nation germanique» après 1356 (Bulle d'Or). Bénéficiant des actions des moines de Saint-Benoît9, l'Empire carolingien parvient en effet à administrer dans une paix toute relative des peuples différents qui le composaient. Mais, parce que les peuples qui sont censés vivre ensemble n'ont guère de conscience européenne, la tentative d'unification de Charlemagne est destinée à l'échec. Plus tard, à la fin du règne de Louis le Pieux (818-840), le partage de cet empire d'Occident entre ses fils est le ferment de futurs antagonismes. Le traité de Verdun de 843 consacre la coupure linguistique entre les mondes de la Francie au sens strict et celui de la germanité. Face à l'unité européenne rêvée, incarnée par Lothaire qui conserve le titre impérial, les différents peuples commencent à s'ériger en nations et s'opposent pour la suprématie politique. Les guerres civiles européennes des siècles suivants, y compris celles du XXème siècle, résultent notamment des discordes alors introduites lors de ce nouveau partage de l'Europe au long du Rhin. Au Xe siècle, une autre tentative de rassemblement est conduite par Othon 1er, couronné par le pape en 962. D'autres tentatives suivent pour imposer une autorité politique européenne unique. Les princes de Saxe, de Hohenstaufen et de Habsbourg souhaitent s'approprier une prérogative impériale.
9

Ce qui explique pourquoi, à l'intention de ceux qui croient au ciel, Jean-Paul
patron de l'Europe.

II a institué Saint-Benoît

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La France, de François 1er jusqu'à Louis XIV, se bat avec succès contre cette prétention au pouvoir européen universel. Puis la France du XVIIIe siècle devient hégémonique. Napoléon 1er, s'appuyant sur l'idéologie de la Révolution et sur la force de l'idée de la nation léguée par les rois de France, veut être un Européen. Plus récemment, au XXe siècle, Hitler, bien que poussé par une idéologie anti-humaniste et païenne, l'autre volet du pire utopisme européen, tente d'apparaître comme l'héritier du Saint Empire romain en se faisant présenter ses emblèmes après l'Anschluss de l'Autriche. ID Depuis la Deuxième Guerre mondiale, la nouvelle construction européenne entreprise, qui vise un objectif d'unification, comme les précédentes, se veut dans l'optique démocratique une démarche volontariste des peuples, même si des résidus d'impérialisme administratif et bureaucratique apparaissent lorsque les décisions européennes omettent le respect de la subsidiarité. La recherche d'une unification politique européenne, après la chute de Rome, est donc une longue histoire, ponctuée par des échecs retentissants. Aussi les fils religieux, artistiques et universitaires de l'Europe apparaissent-ils bien plus essentiels dans la construction identitaire de l'Europe. 2.2- Les sources religieuses La diffusion du message chrétien et le mode d'organisation sociale et culturelle de cette diffusion ont tissé sur l'Europe des liens très forts, au-delà des diversités linguistiques. D'abord, parce que la chrétienté s'organise sur le modèle de l'Empire romain. Ensuite, l'Eglise se pérennise grâce à l'existence d'un double réseau prenant en compte les particularités locales, sans cesser d'affirmer le caractère universel du catholicisme. Les échanges entre les monastères et les pèlerinages, tel celui de Compostelle, ont donné à la religion une dimension européenne, et brassé les hommes des différents
10

Toynbee A. (1996). L 'histoire. Paris: Payot, 625.

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territoires de l'Europe dans un monde spirituellement unifié dans la chrétienté. 2.3- Les sources artistiques Ce modèle se retrouve dans la diffusion des façons artistiques. L'art roman, puis l'art gothique, même s'ils connaissent une étonnante diversité régionale et une géographie variée, transcendent les peuples de l'Europe. Plus tard, l'art de la Renaissance et l'art baroque, l'art en général jusqu'à aujourd'hui, participent d'une certaine harmonie culturelle qu'on peut considérer européenne, quelles que soient les expressions nationales, régionales ou locales que manifestent les créations à ces diverses époques. 2.4- Les sources intellectuelles Au Moyen Âge, l'Europe constitue un espace culturel composé de liens certains, avec une langue de communication commune, des universités complémentaires et des réseaux Il urbains. Le latin reste la langue commune des élites, non la langue unique, pratiquement jusqu'au milieu du dix-septième siècle. Et le développement des langues nationales ne détruit pas les caractères unitaires de cet espace culturel, notamment grâce à la découverte de l'imprimerie, vers 1440, qui permet de diffuser des traductions. Les premières Universités12- Bologne en Italie, Salamanque en Espagne, Coimbra au Portugal, Oxford en Angleterre, Paris en France - se conçoivent dans un esprit d'ouverture transnationale, dans un esprit qu'on ne dénomme pas alors Europe mais« chrétienté». Apparaissant à la fin du XIIe et du XIIIe siècle, les Universités sont des institutions d'un type nouveau constituées en corporations de maîtres et d'étudiants ayant des statuts et des programmes, des manuels,
Il Sur la question des racines linguistiques, Cf. Henriette W. (2000). Les langues de l'Europe, une histoire d'amour... , Colloque sur l'enseignement international, Saint-Germain-en-Laye. 12Rappelons que le terme université vient du latin médiéval et signifie communauté.

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. 13 ." des examens. L es U nlversltes europeennes sont d es universitates magistrorum et seo/arum, où l'on insiste sur la généralité des branches du savoir. Disposant du latin comme langue de savoir et d'échange, elles diffusent à travers l'Europe entière un enseignement aux fondements communs à la fois classiques et chrétiens. Ce sont à la fois des centres de renaissance du droit romain, et de discussion philosophique fondée sur l'enseignement de l'Église, dont saint Thomas d'Aquin écrira La Somme. Ainsi une élite intellectuelle européenne se dégage-telle progressivement, unie dans une même soif de connaissances, et qui va finir par chercher la voie de l'autonomie scientifique en dehors des dogmes de l'Eglise.14 On peut alors parler d'une « civilisation de l'Europe à la 15 Renaissance ». Tous ces fils politiques, religieux, territoriaux, mettent en évidence qu'une Europe existait avant les nations. D'ailleurs, son nom apparaît pour la première fois dans un texte d'HésiodeI6, poète grec, né en Béotie, au pied de l'Hélicon, d'un père ionien, vers le milieu du VIlle siècle avant JésusChrist. L'obscurité des origines du mot Europe n'a jamais empêché personne de l'employer, même si ses frontières géographiques ont souvent été mouvantes.

Et parfois des règles qui donnent à réfléchir. Ainsi, dans « la réforme des statuts de l'Université de Paris» de 1366, on demande aux étudiants, de s'asseoir à terre devant leurs maîtres et non sur des bancs... afin de préserver la jeunesse de toute occasion d'orgueil». Cf. Carpentier J. et Lebrun F. (1990). Histoire de l'Europe. Paris: Seuil. 14(1993). Aux sources de l'identité européenne. Bruxelles: Presses Universitaires européennes, 80. 15 Hale J. (1998). La civilisation de l'Europe à la Renaissance. Paris: Perrin. 16Hésiode, Théogonie, 357. Europe et Asie figuraient parmi les filles aînées enfantées par Thétys à Océan, qui étaient des rivières ou des territoires bordant des rivières.

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3.- Les idéaux européens Un héritage de valeurs considérable, caractérisé par quatre spécificités, se retrouve au fur et à mesure du déroulement de l'histoire: d'abord la valeur reconnue à chaque personne humaine, manifestée dans la pitié et la charité, exprime au fond le respect de l'autre; ensuite, la liberté découle d'une certaine conception de l'homme; troisièmement, la créativité et l'aptitude à inventer sont des valeurs justifiées par le droit à la liberté individuelle; enfin, une quatrième valeur essentielle est la séparation des pouvoirs temporels et spirituels. Prendre la mesure de ce quadruple héritage permet de discerner son utilité pour le futur. 3.1- L'égalité, le respect et la tolérance L'intérêt porté aux autres, à tous les autres, n'est pas facile à dater dans le calendrier de l'humanité. En effet, l'idéal démocratique grec, qui reposait sur la conviction que la bonne gestion de la communauté, et partant le bonheur collectif ou le bien commun, naissent d'une participation active du citoyen à la vie de la cité, ne s'appliquait qu'à une partie de la population, excluant en conséquence les métèques ou les esclaves. Par exemple, dans l'optimum démographique de Platon ces derniers ne sont pas non plus pris en compte. Cependant, il reste de l'héritage grec que, pour la première fois dans l'histoire, l'individu est pensé comme citoyen et a une place dans le processus politique. Une autre forme de la prise en compte de la personne humaine en tant que telle est franchie lorsque Rome invente une sorte de minimum vital économique. On connaît la formule panem et circenses, qui correspond - ceteris paribus - en français contemporain, à une sorte de revenu minimum d'insertion (R.M.!.). Mais surtout, on voit apparaître, à Rome, des lois sociales très élaborées ou des aspects nouveaux très importants dans certaines lois, comme les lois Papia et Julia de l'empereur Auguste. L'Empire (bien que ne pouvant être

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considéré comme démocratique) se met en devoir de mettre en ., . œuvre une certaIne charlte pu bl lque. 17 ' Cette prise de conscience en faveur de la personne en tant qu'individu se généralise avec le christianisme qui concrétise l'association de l'économique et du social. Même si la charité n'est pas toujours gratuite en termes de pouvoirs, elle s'installe comme une valeur essentielle dans une civilisation considérant que chacun doit pouvoir bénéficier de protection. La preuve irréfutable de l'adhésion à cet idéal réside dans les rivalités et les discussions sur le meilleur moyen de l'atteindre. Par exemple, en Angleterre, la polémique se développe, à la fin du XVIIIèmesiècle, entre les tenants de la loi des Pauvres et ceux qui, comme Malthus, adoptent une tout autre approche, considérant qu'il faut une « contrainte morale» pour que chacun travaille et pour empêcher les naissances18 supposées en trop grand nombre. En fait, l'identité européenne ne se concrétise pas dans les mesures sociales particulières à chaque nation, mais s'inscrit dans l'idée même que tous les êtres humains sont égaux du fait qu'ils sont tous des hommes. Nier le caractère humain d'un autre que soi, c'est prendre le risque de se priver soi-même de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. Celle-ci, contrairement à ce que l'on a pu dire ou écrire, s'inscrit d'ailleurs dans un message ancien déjà porté par exemple dans la philosophie antique par Cicéron et, bien entendu, dans le christianisme, par Jésus. Ce dernier vient affirmer l'égalité entre tous les hommes, corollaire du monothéisme, l'amour des hommes corollaire de l'amour de Dieu. La Déclaration des Droits de l'Homme de 1789 ne s'affiche pas officiellement comme étant inspirée par le christianisme, et certains de ses auteurs se présentent même en opposition; néanmoins, elle se place sous une autorité spirituelle souveraine, sous une sorte de
17 Dumont G.-F. (2000). Les défis de la lutte contre l'exclusion sociale. Population et avenir, 647 bis.
18Dumont G.-F. (1992). Démographie. Paris: Dunod.

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patronage monothéiste« en présence et sous les auspices de 19 l'être suprême». Le préambule de la Constitution française du 5 octobre 1958, se référant à la Constitution française antérieure du 27 octobre 1946, comprend implicitement la Déclaration de 1789. Cette égalité devant un principe supérieur, cette égalité devant l'autre, cette idée fondatrice européenne en quelque sorte, déjà présente dans la démocratie grecque, mais aussi, à un autre niveau, dans la démocratie germanique des hommes libres, demande une autre valeur centrale, celle de la liberté. 3.2- La liberté La liberté telle que nous la connaissons en Europe est le fruit d'un long processus. Déjà les Grecs, au temps des grands Empereurs perses, se battaient pour leur liberté et contre la tyrannie orientale. Rome, en dépit des périodes qui donnent une place inégale à la liberté au sein même des trois grandes périodes (royale, républicaine et impériale), laisse en place le concept et la pratique du Cursus honorum. Bien qu'il soit fondé sur le statut social et la richesse, sous la République comme sous l'Empire, et ne concerne donc qu'une frange de la population, ce système de promotion des élites donne la possibilité, aux citoyens concernés, de contribuer à la tâche commune en exerçant diverses charges, avec la chance de départ d'une égalité entre tous; cette égalité suppose de pouvoir prévenir les abus de pouvoir: ainsi la durée de la charge est limitée dans le temps. Puis, au début du premier millénaire, le message chrétien donne une sanction universelle signifiant, en particulier, la condamnation de l'esclavage déjà inscrite dans la philosophie païenne avec Sénèque et, à sa suite, l'école stoïcienne. Ce message ajoute la nullité devant Dieu de tout mariage forcé, ce qui équivaut à donner l'égale dignité à chacun
19

Nombre d'obédiences maçonniques,à l'exception de cellesdu GrandOrient

de France et du Droit Humain, se placent explicitement sous des auspices semblables, celles du « Grand Architecte de l'Univers ».

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sans distinction de statut et de sexes, et la liberté de la recherche du bonheur dans la paix de sa conscience. La création des monastères, en dépit de la diversité des règles et du caractère strict de la vie monacale, concourt à la liberté, car la conception du chapitre fait place à chacun et une « démocratie monastique» voit le jour. La grande créativité du monachisme provient largement de sa liberté par rapport aux pouvoirs, ainsi que de sa capacité d'organisation du travail, mais aussi de la liberté de création donnée à ses membres. Nombre de monastères, souvent fondés par des rois, tel ceux de Clovis à Paris (Saint Apôtres, Sainte-Geneviève) vont prendre leur autonomie et exercer cette liberté pour leurs propres fins, organisant des régions entières (tel le défrichage de la Bourgogne sous l'impulsion des cisterciens), et même l'Europe, en raison de leur appartenance à des ordres sans frontières. Tandis que les pèlerinages participent aux échanges culturels européens. Quant aux Universités précédemment citées, elles contribuent à la liberté de réussir, en fondant la situation sociale de chacun sur le succès aux examens et non sur la naissance. De cet effort de pensée dans tous les domaines, effort monastique et universitaire, naît ce que Jean-Baptiste Duroselle2o appelle la Troisième Renaissance (après la carolingienne et celle du XIIèmesiècle) : elle part de l'Italie du Quattrocento, se répand dans l'Europe entière, diffuse I'humanisme, pendant que, dans certains pays, la Réforme renforce, certes, les États modernes, mais développe chez les Européens l'esprit de liberté. Même du côté des barbares européens, les Germains notamment, les hommes libres jouissaient d'une autonomie personnelle sans commune mesure avec celle d'un sujet de l'Empire perse par exemple. Puis le Moyen Âge voit s'installer ce système de liberté germanique en Europe, notamment dans la Confédération helvétique, première entité européenne démocratique, à partir du Xmèmesiècle.
20Duroselle J.-B. (1990). L'Europe, Histoire de ses peuples. Paris: Perrin.

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À partir de ce fonds romain et germanique commun et comme évoquée précédemment, la conquête de la liberté en Europe passe politiquement par les autonomies communales, droit spécifique de l'Europe. En obtenant peu à peu son indépendance vis-à-vis du pouvoir féodal, la ville médiévale acquiert la liberté du commerce et de l'industrie. L'évolution de l'Europe marque donc une différence importante par rapport aux villes des autres continents, ainsi que Max Weber l'a souligné.21 Les villes acquièrent très tôt en Europe un rôle économique et politique significatif et autonome en raison du peuplement relativement dense de ce continent qui favorise le rendement de la productivité agricole. Il induit également un progrès technique nécessitant, à son tour, le développement d'activités plus différenciées que l'agriculture. À la fin de ce processus centré autour des villes, nous constatons, aux époques modernes et contemporaines, « une combinaison de routes maritimes et terrestres [qui] fait naître une Weltwirtschaft (économie-monde) européenne dominée par les Italiens et les Hanséates ».22 Dans d'autres territoires plus ruraux, cette liberté inclut une importante dimension politique lorsque le pouvoir est détenu par des assemblées d'hommes libres ou de citoyens, comme c'est le cas chez les peuples germaniques. Ainsi, la Suisse naît à partir de la volonté d'assemblées de citoyens de rester indépendantes, de rester libres, et de ne pas être mises en tutelle par des royautés ou des empires extérieurs. L'alliance perpétuelle conclue en 1291 entre trois cantons de la Suisse centrale, Uri, Schwyz et Unterwald, c'est-à-dire du cœur de l'Europe, est le premier pas de la construction de la Confédération helvétique. D'un autre côté, en 1215, avec la célèbre Magna Carta (Grande Charte), l'Angleterre sanctionne

21 Weber

M. (1982). La ville, 1921. Paris, trad. Aubier-Montaigne. 22 Le Goff 1. (1994). La vieille Europe et la nôtre. Paris: Seuil, 25.

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la difficile recherche d'un équilibre entre pouvoir monarchique et liberté individuelle.23 Au XVlèmesiècle, les nations marchandes de la façade atlantique de l'Europe ouvrent au monde de nouvelles voies indépendantes de l'Espagne, ce qui permet aux ProvincesUnies, dès 1609, de vivre leur Siècle d'or; gouvernées collégialement par les représentants d'une bourgeoisie prospère et industrieuse, elles instaurent un îlot de liberté et de tolérance dans une Europe où s'instaure lentement un pouvoir absolutiste. Au plan politique, les révolutions anglaises assurent quelques progrès décisifs: elles garantissent notamment les droits judiciaires des citoyens contre l'arbitraire de l' administration et de l'État (Habeas Corpus de 1679), ce qui jette les bases d'une monarchie parlementaire, la première forme durable d'État moderne dans le monde (Bill of Rights de 1689). La dimension politique de la liberté continue désormais son processus d'évolution vers ce que nous connaissons aujourd'hui. Elle prend une importance intellectuelle considérable en France au moment même où le pouvoir va avoir tendance à centraliser en supprimant les corps intermédiaires. La liberté devient ainsi un des thèmes fondamentaux de la Révolution. Adoptée le 26 août 1789, la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen peut être comprise comme l'aboutissement des évolutions précédentes. En tout cas, elle a un retentissement immense en Europe. Portée par deux idées, celle de la nation et celle du droit des peuples à disposer d'euxmêmes, appuyées sur un droit indéniable de la personne humaine, elle guide les mouvements de libération nationale du siècle, puis inspire l'esprit de la Déclaration Universelle XIX ème des Droits de I'Homme de 1948. Même si les excès de la Révolution française, avec la Terreur, ont des conséquences néfastes, cela ne l'empêche pas de véhiculer dans le monde entier l'idée de liberté. C'est
23 Europe et Liberté Magazine, janvier 1995.

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également sous le signe de la liberté qu'est menée l'unification italienne bercée par la fameuse musique de Giuseppe Verdi extraite de Nabucco, qui a été donnée pour la première fois en 1842. Mais la liberté ne s'arrête pas aux seuls hommes et citoyens. Le statut des femmes se voit changé vers la fin du XIXème siècle. En Grande-Bretagne, les femmes mariées ont désormais des droits sur leur propriété. Dès les années 1830 et notamment en 1848, des femmes, surtout urbaines, se sont mobilisées pour leurs droits, au sein d'associations, en publiant des journaux. Avec l'éducation généralisée, les perspectives d'emploi pour les femmes augmentent. Dans de nombreux pays européens naissent des mouvements féministes qui réclament le droit de vote pour les femmes. La Finlande le leur accorde en 1906, la Norvège en 1913. En Grande-Bretagne, les suffragettes fondent l'Union sociale et politique des femmes. Cependant, des considérations politiques immédiates peuvent momentanément freiner cette émancipation justifiée. Ainsi, « des socialistes français pensent que l'émancipation de la classe ouvrière passe avant celle de la femme »24. Les autres partis se désintéressent de cette question ou prônent le suffrage familial. En France, les femmes n'obtiennent le droit de vote qu'en... 1945 ! En fait, les fondements même de la démocratie moderne sont garants de l'exercice des libertés: séparation des pouvoirs, élections libres au suffrage universel, pluralisme politique et indépendance de la justice. Il faut cependant d'autres institutions pour empêcher les dérives autoritaires possibles et préserver l'individu contre l'arbitraire. Les démocraties européennes disposent de ces garde-fous qui valent la façon dont les hommes les utilisent. Ainsi, en France, les cours et tribunaux et la Cour de cassation jugent des différends d'ordre judiciaire, alors que les tribunaux administratifs, les cours administratives d'appel et le Conseil d'État, ont compétence pour statuer sur les différends avec les organismes publics. Le Conseil Constitutionnel apprécie la conformité des lois avec les
24 Histoire de l'Europe. op. cit., 319- 320.

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principes fondamentaux qui régissent le fonctionnement de la République. Pourtant, ces organes institutionnels ne suffisent pas à assurer, en toute circonstance, le maintien et le plein exercice des droits de I'Homme et du citoyen. La protection des libertés s'exerce aussi par d'autres canaux. Le droit d'association permet, par exemple, aux syndicats et aux associations de consommateurs ou d'usagers de défendre leurs intérêts et d'agir d'autant plus efficacement qu'ils sont représentatifs de larges courants de l'opinion. Les moyens d'information, enfin, et la presse en particulier, peuvent être des instruments décisifs pour mettre à jour les dysfonctionnements des systèmes, informer des abus et des corruptions et tenir l'opinion publique en éveil, à condition que leur liberté et leur indépendance soient garanties, que leur déontologie soit respectueuse, et qu'ils ne puissent faire l'objet de pressions. Des institutions intergouvernementales garantissant les libertés ont également été mises en place au niveau européen, tel le Conseil de l'Europe créé en 1949. Sous son égide est entrée en vigueur, en 1953, la Convention européenne de sauvegarde des Droits de l'Homme et des libertés fondamentales. Une Commission européenne des droits de l'Homme, une Cour européenne des droits de l'Homme, et un Comité des Ministres assurent l'application des dispositions des États qui y ont souscrit, et permettent aux particuliers d'avoir recours aux juridictions compétentes. L'Europe véhicule principalement trois niveaux de liberté complémentaires à partir de la personne individuelle: la liberté de pensée, droit inaliénable de chaque personne, la liberté d'agir, dans le respect de la liberté des autres, et la liberté de choisir librement un gouvernement par l'application des principes démocratiques. Fondamentalement, la liberté constitue le socle de l'initiative et de la créativité, et donc le moteur de tout progrès scientifique, technique et matériel.

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3.3- La créativité et l'ouverture La capacité à inventer et la créativité ont leur base dans la liberté individuelle qui a comme corollaire une ouverture à l'universel. C'est, selon Rémy Brague, la spécificité culturelle essentielle de l'Europe, pour laquelle il reprend le terme de romanité25. Effectivement, l'esprit européen se caractérise par un génie de l'invention stimulé par la curiosité, apport décisif des Grecs, symbolisé par la fameuse phrase de Socrate: « Je sais que je ne sais rien» ou par l'étonnement aristotélicien, origine de toute interrogation humaine. Rome, en plus prosaïque, continue dans cette démarche, puisqu'elle n'hésite pas à recourir, tout simplement, à une échelle beaucoup plus grande, à nombre de techniques des Étrusques ou des Grecs. Pour que le savoir puisse exercer une certaine influence sociale, il faut des voies de transmissions, des chemins, des réseaux. Dès l'aube des temps (routes de l'ambre et de l'étain), l'organisation des transports terrestres est un élément majeur des échanges européens. Les Romains couvrent l'Europe de routes stratégiques et commerciales. Plus tard, l'ouverture de la voie alpestre du Gothard, au début du XITIèmeiècle, donne à s l'Europe, et en son cœur, un axe de communication rapide et facile entre le Nord et le Sud en pleine expansion économique. L'esprit d'ouverture et de la recherche du « nouveau» est, bien entendu, symbolisé par les voyages du franciscain Jean du Plan Carpin, envoyé par son ordre chez les Mongols en 1246, de Marco Polo qui atteint Pékin en 1275, de Vasco de Gama. Puis de Christophe Colomb qui permet la découverte d'un nouveau continent, auquel Amerigo Vespucci donnera son nom. Cette mobilité géographique se retrouve dans une mobilité intellectuelle: un Abélard ou un saint Anselme refusaient, dès le XIIèmesiècle, de considérer le savoir comme une mine aux ressources limitées, mais y voyaient une méthode pour aller plus loin dans la connaissance.
25Brague, R. Europe, la voie romaine. (1992). Paris: Critérion.

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À la Renaissance, l'innovation rebondit sur une ouverture renouvelée vers le passé. Il ne s'agit pas de répéter un passé - proche ou lointain - mais d'y puiser des forces et des éléments permettant d'accomplir un avenir nouveau. L'étude renouvelée des textes grecs et latins n'a pas pour objet de se transformer en vulgate, mais d'aider à l'élaboration d'un modèle humain adapté. Auparavant, ce qui est dénommé - au XIXèmesiècle seulement - l'art roman, aura été le fruit d'une invention permanente qui n'hésitera pas à puiser dans certaines techniques venues de l'Orient ou de l'Extrême-Orient via le monde arabe et l'Espagne. L'esprit de créativité inclut la capacité à assimiler intelligemment des concepts et des compétences venues d'ailleurs. Le Moyen Âge voit l'Europe s'ouvrir par l'Espagne et la Sicile aux techniques, aux sciences et à la philosophie que les Arabes avaient héritées des Grecs, des Indiens, des Iraniens, des Égyptiens ou des Juifs. En adoptant, en retravaillant, en recréant et en démultipliant ces compétences, l'Europe réalise l'extraordinaire essor médiéval. L'esprit européen ne se satisfait jamais définitivement de quelque chose, même pas dans l'art. L'art roman, par exemple, nouveau à l'époque, se transforme, dès le XIIème siècle, précisément avec le chœur de la cathédrale de SaintDenis (1140-1143) en art gothique, programme architectural centré sur la symbolique essentielle de la lumière en tant que présence de Dieu. Le désir de comprendre, l'envie d'avoir et de savoir toujours davantage dans un contexte de liberté (relative mais de plus en plus réelle) de la personne permettent une créativité exceptionnelle qui, à son tour, est à la base d'une croissance durable dans tous les domaines, et, en fin de compte, le moteur du progrès de l'humanité.

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3.4- La séparation des pouvoirs Enfin, une dernière pratique essentielle qui fait la spécificité de l'Europe est la séparation des pouvoirs. Ainsi Montesquieu inspire-t-il les rédacteurs de la Constitution des États-Unis d'Amérique, première à instituer, en 1787, la séparation effective des pouvoirs, législatif, exécutif et judiciaire, ce qui fait de cette Constitution la fondatrice de la démocratie moderne. À la base de ces considérations se trouve, outre l'idée qu'il faut protéger la liberté individuelle des citoyens, un principe beaucoup plus fort qui avait été annoncé par le christianisme, principe dont la traduction se révèle souvent incomplète ou tardive: la formule exprime que l'homme doit remplir ses devoirs quels qu'ils soient et surtout face à l'autorité politique. Mais en même temps, ce principe implique une séparation entre le pouvoir temporel et spirituel. La mise en œuvre du principe de séparation est une longue histoire, et son application a très tôt été soumise à rude épreuve. En 380, l'édit de Thessalonique impose la foi romaine, comme pour clôturer une période heurtée entre des phases d'hostilité, et même de persécution, et des phases de tolérance. Le risque de confusion entre César et Dieu devient alors grand, puisque le christianisme est proclamé religion d'État, ce qui conduit César, chef d'un empire officiellement chrétien, à se présenter comme une image terrestre de la monarchie divine. Or, les Pères de l'Eglise les plus attentifs vont savoir prendre leurs distances par rapport à toute conception théocratique et affirmer de plus en plus nettement l'autonomie de l'Eglise. En particulier, l'empereur n'a pas le pouvoir de nommer les évêques, d'intervenir dans l'administration du patrimoine ecclésiastique, de contrôler les prédications ou de fixer la foi26. Dans le droit et le vécu, les situations sont extrêmement variables. Juridiquement, en France, la séparation stricte de
26Zenhacker H., et Fredouille J.-C. (1993). Littérature latine. Paris: P.D.F.

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l'Eglise et de l'Etat date de 1905. En réalité, elle est le résultat d'un long processus non linéaire marqué par l'attentat d'Anagni (le pape Boniface vm souffleté par l'envoyé du roi Philippe le Bel) en 1303, la constitution civile du clergé le 12 juillet 1790 condamnée par le pape Pie VI le 10 mars 1791, ou le Concordat de 1801 (26 messidor an IX). Qui plus est, la laïcité revêt aujourd'hui des formes légales différentes en Alsace et en Moselle, et dans plusieurs départements et territoires d'outremer. La frontière entre l'État et les Églises est donc mouvante et doit s'apprécier dans les faits. La Révolution pense enlever un pouvoir aux prêtres en prenant en charge l'état civil par la loi du 20 septembre 1792. En réalité les prêtres sont souvent les premiers à apprécier ce changement qui les libère d'un travail administratif7 qui est considéré comme relevant de l'autorité publique. Au XX ème siècle, les accords de Latran du Il février 1929 illustrent une version contemporaine de la séparation des pouvoirs. Cette dernière n'empêche pas les Eglises, et particulièrement l'Eglise catholique, de faire savoir ce qu'elles pensent en fonction de leurs référents, voire d'user de leur autorité morale pour ce qu'elles entendent être essentiel. Quoi qu'il en soit, la volonté des peuples d'Europe de construire un espace commun permettant à chacun de vivre selon ses aspirations et selon ses croyances est une réalité forte que François Bayrou appelle la« laïcité de réconciliation ».28 Effectivement en France, la séparation des pouvoirs s'inscrit depuis la Révolution dans la construction de la laïcité, terme français qui résiste à toute anglicisation.29 Et pourtant, nombre de pays font de la laïcité sans le savoir, selon des formules
27Dupâquier J., et Michel (1985). Histoire de la démographie. Paris: Perrin, 58. 28Le Monde (1996), 16. 29En proposant en 1996 une réforme de la royauté britannique lui enlevant le titre de chef de L'Église anglicane, la reine Élisabeth II a fait un pas vers la laïcité.

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propres à chaque peuple. Par exemple, la séparation qui est légale en France est institutionnelle aux États-Unis, comme évoqué ci-dessus. Mais en tout cas, nul ne songerait en Europe à instaurer un État théocratique, principe tout à fait opposé aux pratiques politiques de ce continent. 3.5- Le génie des peuples Il serait bien absurde de penser que les quatre réalités et valeurs de l'identité européenne: l'égalité, avec son corollaire l'humanisme, la liberté, qui permet l'épanouissement personnel de l'homme, la créativité, avec son corollaire l'ouverture, et la séparation des pouvoirs furent totalement absentes dans les autres civilisations. Arnold Toynbee en dénombre 33, y compris les civilisations aujourd'hui disparues, comme l'Égéenne ou l'Indussienne, l'ethnologue Hewes en compte 76, dont 44 sont restées à un niveau pré-néolitique. Mais dans aucune civilisation, l'on ne retrouve une telle intensité et une telle complémentarité entre les quatre valeurs précitées. Cette construction des valeurs de l'identité européenne jusqu'au XVIème siècle est le fruit de plusieurs phases communautaires de nature culturelle, religieuse et/ou politique paneuropéennes, telles que les relève Jean-Baptiste Duroselleo30 Déjà la phase des mégalithes avec les dolmens qui s'étend de 4000 à 2000 était européenne dans son extension; celle des Celtes du Vlèmeau 1er siècle avo J.-Co ; la civilisation grecque, gréco-latine, puis l'Empire romain couvrent une période allant du Vlèmesiècle avoJ.-C. au IVème siècle après J.-C. ; la phase des Germains, Vème_VllIèmesiècle après Jo-C; la chrétienté siècle; la Renaissance (XVlèmesiècle) occidentale, Xème_XVème l'étaient également. Aux XVèmeet XVIèmesiècles, l'Europe, à travers des nations-phares (Portugal, Espagne, France, ngleterre et A Hollande principalement), est allée à la rencontre du monde, tout en connaissant, aux XVlèmeet XVIIèmesiècles, la Réforme et l'absolutisme, mais surtout, aux XVIII ème XIX èmesiècles, et les Lumières et le développement des idées de liberté, au
30 Duroselle J.-B. L'Europe, histoire de ses peuples. op. cit.

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XIXème

siècle, de siècle, la modernisation, et enfin, au XXème

1914 jusqu'en 1945, une sorte d'autodestruction. En même temps, l'essor technique et industriel permet la domination coloniale sur pratiquement le reste du monde. Cependant, la colonisation, entreprise dans un esprit où se mêlent l'intérêt matériel et les préoccupations spirituelles, se trouve contestée et finalement abandonnée parce qu'il n'était pas tolérable à la longue d'exclure une partie du monde de la liberté dont on jouissait chez soi. Depuis 1950, l'Europe se divise et s'ouvre à la fois, ce qui amène certaines difficultés, mais est aussi une situation fréquente dans son histoire géopolitique. L'identité européenne d'aujourd'hui en est le résultat, et sa connaissance peut nous aider à aller vers l'avenir. Elle s'est davantage affirmée dans les périodes non impériales ou en dehors des tentatives impériales nationales.3I Car la liberté signifie, en deçà d'un universel européen commun, une grande diversité culturelle qui se lit à différentes échelles. Les citésphares ont leur culture: celle de Paris, de Florence, de Vienne, sont faites d'un patrimoine commun, mais aussi d'un esprit et d'un air singuliers. Il va de même avec les cultures dans les provinces, de l'Andalousie, de la Bretagne, de la Bavière à l'Écosse, qui sont toutes liées à un cadre géographique, aux caractères du peuplement, et à un passé commun. On trouve, à un niveau supérieur entre l'identité européenne et la culture locale, une culture des nations, où la langue, la religion, les solidarités, exprimées différemment puisque nées de l'histoire locale, sont un ciment considérable. *** Diversité et pluralisme sur un fond philosophique commun caractérisent donc l'Europe. Depuis le XVIèmesiècle notamment, elles sont aux sources de son rayonnement culturel,
31Est-il besoin de préciser que l'esprit impérial a toujours exacerbé des guerres civiles européennes désastreuses. À noter qu'un groupe d'anciens auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (I.H.E.D.N.) a pris l'initiative en 1994, de promouvoir une « identité européenne de sécurité et de défense », ce qui sous-entend la référence à une identité européenne. Cf. Administration, 171, avril-juin 1996.

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