L'illusion de la paix

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Dans un monde inégal et turbulent, certains nous haïssent en raison de notre situation de peuples nantis, de notre arrogance, de notre richesse relative. Parmi ceux qui cultivent cette colère des faibles, qui l'exaltent et la diffusent, qui la soutiennent du poids de la ferveur religieuse, il y a la genèse du triangle de feu, la haine qu'ils nous portent, la combativité passionnelle et l'instinct suicidaire. Dans cette nouvelle forme de guerre il n'y a pas d'uniforme, pas de frontière, pas de croix-rouge ni de convention de Genève. On tue, on meurt en tuant, sans matricule, sans voltigeur de pointe, sans signe visible d'identification, de rang hiérarchique ou de valeur militaire. Nous sommes là sous le poids d'un risque colossal..
Publié le : dimanche 1 juin 2003
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EAN13 : 9782296323421
Nombre de pages : 164
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L'illusion de la paix
Enquête sur l'ennemi inconnu

Collection Questions Contemporaines dirigée par J.P. Chagnollaud, A. Forest, P. Muller, B. Péquignot et D~ Rolland
Chômage, exclusion, globahsation... Jamais les «questions contemporaines» n'ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la colJection « Questions contemporaines» est d'offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticlens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective. Dernières parutions

Points CARDINAUX, Manifeste pour l'égalité, 2002. Michel VERRET, Sur une Europe intérieure... ,2002. J.C. BARBIER and E. VAN ZYL (eds), Globalisation and the world of work, 2002. Nicole PÉRUISSET-FACHE, Professeures, l'État c'est vous /,2002. Bernard ROUX, Le département évanoui ?, 2002. Emile USANNAZ, La refondation du lien social, 2002. Joachim de DREUX-BRÉZÉ, Concilier l 'homme et le pouvoir, avec Bertrand de Jouvenel, Simone Weil et Henri Laborit, 2002. Jean-Luc BEQUIGNON, Psychologues à la Protection Judiciaire de la Jeunesse, 2002. Jean-François VENNE, Le lien social dans le modèle de l'individualisme privé. De chair et d'os, 2002. Paul ARlES, Pour sauver la Terre: l'espèce humaine doit-elle disparaître ?, 2002. Michel AROUIMI, L'apocalypse sur scène, 2002. Calixte BANIAFOUNA, Vers une éradication du terrorisme universel ?, 2002. Vincent Sosthène FOUDA, Notions de réussite et d'échec dans la filiation adoptive, 2002. Collectif Habitat Alternatif Social, L'insertion durable, pratiques et conceptions,2002. Robert DECOUT, Chronique d'une élection bouleversante, 2002. Jean-Michel DESMARAIS, Voter Chirac un cas de farce majeure, 2002. Alain REGUILLON, Avenir de l'Europe: une convention pour quoi faire ?, 2002. Jacques RENARD, Un pavé dans la culture, 2002. Lionel TACCOEN, Le pari nucléaire français, 2003. Alain MOREAU, Nucléaire: bienheureuse insécurité, 2003.

Alain DENIS

L'illusion de la paix
Enquête sur l'ennemi inconnu

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

du même auteur

- Sans les honneurs de la guerre (Presses de la Cité), 2000 - Guerre froide et mers chaudes (L'Hannattan), 2002

@L'Hannattan,2003 ISBN: 2-7475-4497-4

Dès lors qu Jil n y a plus déclaration de guerre il est vain de vouloir préconiser la paix

AVANT-PROPOS

Lorsque les événements changent brutalement le paysage habituel, l'opinion publique peine à s'adapter aux réalités du jour. L'individu tend à se raccrocher aux schémas anciens, admis et bien connus; la collectivité, qu'elle représente la cité, l'Etat, ou une civilisation, s'inquiète et cherche à minorer le danger pour apaiser ses craintes. Les moyens d'information dramatisent les faits pour accroître leur audience, mais ils les ignorent dès qu'ils se pérennisent, passant alors des hauteurs du sensationnel à l'ordinaire du quotidien. Le comportement de l'homme d'Etat est variable selon l'appartenance politique, le caractère ou l'expérience, mais il diffère surtout par l'ancienneté de la nation dont il fait partie. Le Vieux monde est attentiste, prudent, sensible aux réactions de ses concitoyens, le Nouveau monde est plus réactif, plus audacieux et plus explicite quant à ses intentions et aux procédés à mettre en œuvre pour les réali ser. Quand on en vient à jouer la pièce, il y a toujours deux ensembles distincts: sur le plateau, les acteurs; dans la salle, les spectateurs et, parmi les spectateurs, les critiques. 9

Ce livre, en forme d'essai, a d'abord pour objet d'exalter le rôle des acteurs, quelles que soient leurs performances, et de mettre en cause le parti pris des critiques et la passivité des spectateurs, prompts à rallier le camp des censeurs, parce qu'il leur paraît plus intelligent d'abonder dans le sens de ceux qui condamnent que de soutenir ceux qui ont eu le courage de prendre le risque et de créer l'événement. Pour contrer cette tendance, on est ainsi conduit à partir à la recherche d'un mode d'expression simple, en réfutant le vocabulaire ampoulé, complexe et imprécis, en limitant l'usage des mots à leur signification réelle, en redonnant toute leur valeur aux termes de stratégie et de politique. Le but est de faire barrage à ce qu'un philosophe contemporain appelait « la guerre sémantique », cette forme lexicale conflictuelle qui parvient à dominer la controverse et affaiblir l'opposant, le parti adverse, la nation ou un ensemble de nations, pour faire prévaloir une thèse fausse mais conquérante. Le présent essai tente alors de promouvoir un faisceau de convictions, non pour choquer ou contredire mais pour opposer l'antithèse aux thèses conventionnelles que les tragédies et les drames d'une nouveauté déconcertante ne parviennent pas à faire évoluer. L'intention est de conduire à l'indispensable analyse de la menace, objet principal de cet ouvrage, par le biais d'une réflexion sur des faits indéniables: les déséquilibres démographiques, l'inégalité économique, le fanatisme religieux. La logique du raisonnement est simple: on veut savoir qui est ou pourrait être notre adversaire et on veut être sûr de nos alliés. La démarche est réversible car si nous considérons que nous n'avons pas d'ennemi, il faut alors démontrer que nous ne sommes pas l'ennemi de quelqu'un. De même, si nous comptons sur l'aide des autres, nous nous devons de leur apporter la nôtre. 10

La tragique affaire du Il septembre est la première manifestation lourde de l'agression préméditée contre les symboles de la prospérité occidentale, conduite sur les villes de l'un des pays jusqu'alors protégé contre toute

action de guerre sur son propre territoire. Aucune nation
disposant du même niveau de développement ne peut plus se considérer comme étant hors d'atteinte. Quelle que soit l'attitude adoptée au regard de ce type de guerre, quelles que puissent être les réticences proclamées par des opinions publiques curieusement indifférentes aux dangers encourus, le risque est le même pour tous. Il faut en convaincre ceux qui ne veulent pas le savoir, qui nient l'évidence ou militent pour l'abstraction d'une paix désormais abrogée dans les faits. Si l'on parvient à lever l'indétermination entre terrorisme isolé ou terrorisme d'Etat et à reconnaître l'identité du perturbateur, la logique de l'intervention armée s'impose. Mais de telles entreprises guerrières ne peuvent aboutir, dans la durée, que si les technologies dont on dispose permettent de parvenir au résultat escompté. Science et Défense sont intimement liées pour apporter une réponse, en principe positive, à une telle interrogation. Le retour dans les vieux livres d'histoire a pour but de mettre en valeur de curieuses similitudes entre les temps anciens et le présent. Il incite à la modestie et tente de persuader que, lorsqu'il faut agir, il n'est pas inutile de connaître le passé, donc l'Histoire, pour se risquer ensuite à prévoir le futur avec de meilleures chances de succès. Ce regard en arrière pennet d'aborder avec plus de prudence la thèse contestable, mais certainement pas irrecevable, du choc des civilisations. Nombreux sont ceux, en France comme ailleurs, qui ont fait du « Huntington» avant même de connaître l'existence de ce philosophe. La question demeure posée, au sein de notre propre Il

civilisation: qu'est-il advenu chez nous de la ferveur religieuse qui anime d'autres peuples et dans quel état d'esprit se trouve une fraction notable de notre jeunesse, quand elle se prive de l'enthousiasme et des curiosités de son âge? La mise en cause des médias, fréquemment évoquée dans le texte, ne veut pas être polémique et délibérément antagoniste, mais elle a pour but de s'opposer aux exagérations, à la recherche systématique du sensationnel pouvant conduire à la déformation de faits réels mais secondaires, masquant ainsi ce qui relève de la menace principale. Le temps semble être venu de requérir la participation des censeurs à l'information objective d'une opinion publique qui ne veut pas voir la réalité du danger et à qui certains se plaisent à dire que ce danger n'existe pas. Quand les risques augmentent, quand ils se concrétisent, quand on constate que d'autres peuvent faire la guerre selon leurs méthodes à ceux qui refusent de la faire selon la leur, il est plus que temps de partir à la recherche de la vérité, celle du passé comme celle des probabilités de l'avenir, pour apprendre comment se tenir entre l'une et l'autre, dans le juste milieu.

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I Le silence et le bruit

« Le monde du silence» est le titre d'un film qui a connu, en son temps, un incomparable succès. Entraînant des spectateurs étonnés et ravis dans le calme insolite des profondeurs de l'océan, il est sans doute l'un des premiers à avoir soulevé les salles, au sens propre du terme, en recueillant les applaudissements d'un public debout et enthousiaste. Contraste extraordinaire que ce déchaînement des bravos succédant au calme du fond des mers. Instant d'apogée aussi pour le cinéma qui accédait ainsi à des ovations plus généralement réservées aux concerts classiques et aux grands opéras. Entrés depuis peu dans un siècle nouveau, nous voici insidieusement confinés dans l'ère du bruit: la pétarade des moteurs, symboles d'une puissance factice, le vacarme des mots voilant l'incertitude, la froide sonorité de la radio où un temps sans parole est une faute, le fatigant bavardage de la télévision, l'étrange agressivité de la chose écrite. On ne parle plus, on communique; on ne converse ni ne discute, on dialogue; on ne dit pas, on contredit. Le silence fait peur! 13

Dans les assemblées, les tribuns ont disparu: députés et sénateurs, soutenus par la sonorisation, débitent des analyses techniques préparées par des assistants parlementaires. Dans les grands procès, les avocats, chipotant sur la procédure, parlent moins volontiers à l'audience que devant les micros et les caméras. Pourquoi tant de raffut? D'où vient que la sérénité nous échappe, que seule la contradiction valorise? Qui nous oblige à suivre ce courant de l'instantané, ce vieillissement d'une actualité qui ne dure que le temps d'une émission? Comment le passé a-t-il pu disparaître de notre champ de vision et l'avenir n'exister que plus tard? Dans quel traquenard sommes-nous tombés? Force est de constater que la mondialisation, phénomène ancien, au moins par ses épisodes guerriers, n'est pas étrangère à la généralisation de ces comportements bruyants, en dehors même des manifestations brutales qu'elle génère souvent. Les progrès extraordinaires des supports de la communication font que tout peut se savoir dans la minute même. L'information à haut débit laisse peu d'espace à la réflexion et, la fonne primant le fond, le sensationnel l'emporte sur toute autre considération. A un instant donné, n'importe qui peut faire n'importe quoi, n'importe où. Il en a toujours été ainsi mais nos anciens n'avaient par les moyens de le savoir et ils ne s'en portaient pas plus mal. Désormais, que nous le voulions ou non, il faut qu'on nous le dise, même si nous n'avons rien à en faire. On poulTait s'accommoder de ces bruits assourdissants s'ils ne présentaient l'inconvénient grave de nous empêcher de voir clair dans ce tohu-bohu événementiel et donc de percevoir les risques réels et les dangers majeurs. Ces risques et ces dangers existent. La question se pose de savoir d'où ils viennent et de quels moyens nous 14

disposons pour les réduire. Si l'on veut tenter d'y répondre, il est préférable d'opérer dans le calme, donc de s'attacher à faire décroître cette effervescence médiatique qui inquiète, trouble et décourage le citoyen ordinaire, affaiblissant son aptitude à comprendre et à réagir. Il faut aussi distinguer ceux qui agissent, avec force et courage, de ceux qui regardent faire et prétendent que la solution choisie n'est pas la bonne. Le monde en effet est inégalement réparti entre ces deux catégories d'individus: d'un côté les acteurs, de l'autre les censeurs. Les acteurs créent l'événement. A terme, ils font l'Histoire. Comme tout être humain, ils sont faillibles et leurs erreurs peuvent être lourdes de conséquences. Mais ils s'engagent, ils combattent, ils construisent. Ils portent le poids de la responsabilité et connaissent ainsi l'ivresse du succès ou l'amertume de l'échec. Les censeurs sont d'une autre nature. Assis sur le bas-côté de la route, ils regardent sans observer, débattent sans savoir et jugent sans comprendre. Ils ne prennent jamais part. Ils sont incapables d'agir: ce n'est ni dans leur tempérament ni dans leurs possibilités. Spectateurs passifs et acerbes de l'action conduite par d'autres, ils n'ont de raison d'être que pour la critique, le procès et la condamnation. Leur vocabulaire est fondé sur la négation, leur humour sur la dérision. Ils ignorent tout du passé, mais ils sont capables de violer la vérité pour réécrire une Histoire qui soit conforme à leurs convictions, justifiant ainsi leur attitude critique. Nul ne conteste les critiques constructives; elles ont leur intérêt; elles apportent une contribution utile à l'acteur. Les autres, plus largement répandues, souvent stériles, parfois même systématiques, ont pour but essentiel de valoriser leurs auteurs, sans aucun égard pour l'analyse objective ou la recherche de la vérité. Elles font la 15

renommée des censeurs, portant les plus acides et les plus habiles d'entre eux au rang de professionnels de l' information. Au travers des âges, l'équilibre entre acteurs et censeurs est resté à peu près stable, donnant même aux premiers un avantage relatif sur les seconds. Dans les sociétés modernes, dites évoluées pour les opposer discrètement aux autres moins élaborées, la tendance s'inverse et le critique tend à prendre le pas sur l'homme d'action considéré parfois comme un élément perturbateur et passéiste. Cette culture de l'inaction, mélange d'assistanat, d'arrogance et de dérision, est destructrice pour une civilisation avancée. Il est temps de s'opposer aux critiques, aux censeurs, aux savants contempteurs des progrès spectaculaires réalisés dans le monde moderne. Dans le marais de ceux qui ne trouvent leur place ni dans le cercle des acteurs, ni dans le cénacle des censeurs, l'attitude est passive, le ton récriminateur, le réflexe volontiers quémandeur. Là se tiennent les électeurs indécis, portés à voler tardivement au secours de la victoire; là subsiste le parti des abstentionnistes, riant des engagements et des professions de foi, mais prompts à s'indigner des résultats d'un concours auquel ils n'ont pas pris la peine de participer. De ce magma émergent par périodes les apôtres de la repentance, prêchant la culpabilité collective, dont ils s'excluent soigneusement, niant les aspects positifs de notre participation à l'histoire du monde, nourris de complexes, abreuvés d'interprétations fantaisistes de la réalité des faits et claironnant des exigences absurdes sur l'obligation de contrition. Eh bien r s'il s'agit de battre sa coulpe, qu'ils le fassent eux-mêmes, qu'ils se confessent et se désolent tout 16

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