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L'illusion démocratique en Afrique

De
258 pages
Il y a plus de quarante ans, l'indépendance politique a fait naître sur le continent africain l'espérance d'un futur prospère. Aujourd'hui, l'Afrique lutte toujours pour se libérer d'une pauvreté abjecte, de la faim, de la maladie et de l'ignorance. Les Etats africains semblent être condamnés à des régimes autoritaires, pourtant contestés et impuissants à assurer le développement économique et le progrès social. Dans une analyse sans langue de bois, ce livre expose les aberrations, scandales et paradoxes du drame africain et dénonce les "sans-scrupules" qui l'entretiennent.
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L 'ILLUSION

DÉMOCRATIQUE

EN AFRIQUE

Etudes Africaines Collection dirigée par Denis Pryen
Déjà parus
Magloire SOMÉ, La christianisation de l 'Ouest- Volta: action missionnaire et réactions africaines, 1927-1960, 2004. Aboubacar BARRY, Alliances peules en pays sarno (Burkina Faso),2004. Régis GOUEMO, Le Congo-Brazzaville de l'état de postcolonial à l'état multinational, 2004. Timpoko KIENON-KABORE, La métallurgie ancienne du fer au Burkina Faso, 2003. Céline V ANDERMOTTE, Géopolitique de la vallée du Sénégal: les flots de la discorde, 2003 J.A. DIBAKANA MOUANDA, L'État face à la santé de la reproduction en Afrique noire: l'exemple du CongoBrazzaville, 2003 Samba DIOP, Epopées africaines, 2003. Niagalé BAGA YOKO-PENONE , Les politiques de sécurité française et américaine en Afrique subsaharienne: les stratégies occidentales à l'épreuve de la conflictualité ouestafricaine,2003. Mahamadou MAÏGA, Pour la survie de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, 2003 Antoine Ndinga Oba, Les langues bantoues du CongoBrazzaville, tome 1: Phonologie, 2003. Antoine Ndinga Oba, Les langues bantoues du CongoBrazzaville, tome 2: Les classes nominales, 2003. Abraham Constant Ndinga Mbo, Pour une histoire du CongoBrazzaville,2003. Jean-Rodrigue-Elisée EYENE MBA, L'Afrique sur le chemin de la croissance et de l'évolution, 2003. Alain et Edgar HAZOUME, Lettre discourtoise aux souverainetés africaines, 2003. Vincent Sosthène FOUDA, Les médias face à la construction de l'État-nation en Afrique noire: un défi pour le Cameroun, 2003. Catherine COQUERY-VIDROVITCH (prés.), La découverte de

l'Afrique, 2003.

Mathurin C. HOUNGNIKPO

L'ILLUSION

DÉMOCRATIQUE

EN AFRIQUE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

@ L'Harmattan,

2004

ISBN: 2-7475-6266-2 EAN : 9782747562669

Des mots comme démocratie, république, suffrage universel, etc., contiennent des substances galvaudées dans notre continent, et les Africains assistent impuissants à ce scandale qui déchire l'Afrique... L'intellectuel organique, au sens gramscien du terme, habité aujourd'hui par un attentisme divinatoire, a presque démissionné de son engagement actif dans l'équilibrage politique de l'Afrique, alors qu'il doit participer à l'explication et à la gestion de la transition historique du continent vers l'instauration de la démocratie. Issakha Diouf, Sociologue sénégalais (Wal Fadjri du 23/02/2004)

INTRODUCTION

Depuis la chute du Mur de Berlin en novembre 1989 et le retour consécutif des libertés individuelles, le vent du renouveau démocratique parti de l'Europe de l'Est souffle sur l'Afrique. Après plusieurs décennies de résistance aux nombreuses revendications de leurs compatriotes, les dirigeants politiques africains ont fini par céder aux pressions aussi bien internes qu'externes. Dans un premier temps, le léger relâchement du rouleau compresseur de la machine étatique a été perçu par beaucoup, à tort il s'est révélé, comme une véritable aube nouvelle sur le continent1. Désormais, d'aucuns pensaient, l'Afrique devrait enfin retrouver sa dignité d'antan, à travers une nouvelle classe de leaders démocratiquement élus et commis aux tâches de redressement national. Mais au lieu d'un ouragan qui pourrait balayer tout sur son chemin, il s'est plutôt agi d'une brise qui a à peine ébranlé les leaders africains. Le vent du renouveau a simplement manqué d'apporter du vrai

nouveau, car les « mordus du pouvoir» en Afrique ont eu le
temps de jongler avec l'histoire en réussissant à conserver leur « trône» grâce à des élections « démocratiques », à leurs yeux évidemment mais aussi et surtout aux yeux de leurs supports régionaux et internationaux. Comme par malédiction, l'Afrique qui devrait profiter de cette opportunité nette pour enfin modifier le cours de son
1 Voir Jean-Pascal Daloz et Patrick Quantin, dirs. Transitions Démocratiques Africaines: Dynamiques et Contraintes (1990-1994), Éditions Karthala, Paris 1997; aussi Olivier Vallée, Pouvoirs et Politique en Afrique, Desclée de Brouwer, Paris 1999; Gérard Conac, L'Afrique en Transition vers le Pluralisme Politique, Economica, Paris 1993; ou encore Samuel Decala, « Back to Square One: The Re-Democratization of Africa », Africa Insight Vol. 21, No.3 (1991), pp. 153-161.

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destin, voit celui-ci, une fois encore, confisqué soit par des « dinosaucrates», à savoir d'incapables dinosaures d'une époque révolue qui se sont convertis en démocrates parce qu'ils ont de la peine à se séparer du pouvoir, soit par une nouvelle classe de parvenus dont le seul mobile semble être le pouvoir politique pour des buts personnels. Les intrigues de l'ancien Président Frederick Chiluba, pourtant l'espoir du renouveau démocratique en Zambie, pour s'éterniser au pouvoir, et les dérives autocratiques observées chez de jeunes leaders comme le Président Issaias Afewerki de l'Érythrée et son voisin et ancien ami, le Premier Ministre et véritable « maître» de l'Éthiopie, Méles Zenawi, ou chez Yoweri Museveni qui a institué une «démocratie sans partis politiques» en Ouganda, ou encore chez Paul Kagame qui a habilement mis les Hutu politiquement «hors-jeu» au Rwanda, constituent tous des actes et comportements à mettre plutôt au passif de la démocratisation en Afrique. Que des leaders tels que Bongo du Gabon, SassouNguesso du Congo, Éyadéma du Togo, QuId Taya de la Mauritanie, Conté de la Guinée, Mugabe du Zimbabwe, pour ne citer que quelques exemples, soient encore en train de s'agripper au pouvoir qu'ils ont quand même gardé pendant plusieurs décennies frise simplement la dérision. Pourquoi n'ont-ils pas fait plus tôt ce qu'ils pensent faire maintenant? Ceux-là mêmes qui pourtant prétendaient agir pour le bienêtre de leurs peuples, se sont en fait enrichis copieusement sur le dos de ces derniers. Depuis la relève manquée du leadership africain dès les premières heures de son indépendance, l'Afrique semble continuer sa descente lente mais sûre en enfer. De par le bilan catastrophique depuis les indépendances, on peut présumer que, soit le développement économique leurre le continent, soit l'Afrique, à travers le manque de vision de ses dirigeants inconscients et/ ou

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Introduction malhonnêtes, ne fait pas encore les efforts nécessaires pour atteindre ce développement2. Par contre, il y a eu des exploits d'enrichissement personnel ahurissants. Au milieu d'un appauvrissement honteux, il y a ceux qui exhibent une opulence insolente. En Afrique, ce ne sont pas nécessairement les hommes d'affaires, au sens conventionnel du terme, ou ceux qui s'adonnent vraiment à des activités lucratives qui sont riches, mais plutôt des politiciens, ou « politicards» pour être plus exact, et leurs acolytes. En connivence avec leurs « maîtres», des dirigeants politiques africains continuent de dépouiller, avec une adresse exceptionnelle, leur continent de ses importantes ressources. En même temps, de soit disant hommes d'affaires, grâce à la complicité de leurs amis politiques, sont autorisés à continuer leurs «affaires» dans une opacité transparente et révoltante. Mieux, ces hommes d'affaires sont en train de prendre d'assaut les parlements africains afin de bénéficier de privilèges légitimes exceptionnels qui leur permettront de continuer à vaquer à leurs sordides « affaires ». À la déception de beaucoup, l'Afrique a vu et continue de voir ceux qui l'ont sciemment ou inconsciemment ruinée, (re)prendre les rênes du pouvoir à travers des acrobaties et mascarades électorales qui sont désormais connues de tous. En fait, la situation actuelle du continent est pire que le régime politique paternaliste qui sévissait jadis. En échange d'une dictature avouée et répressive, l'Afrique s'est aujourd'hui retrouvée pratiquement entre les mains d'une
« démocrature», à savoir une dictature

sournoise qui s'est

camouflée sous un accoutrement de démocratie et qui continue de diriger sans partage et sans contrepoids politiques réels. C'est comme si, ironiquement, l'ère du

2 Voir Samir Amin, La Faillite du Développement en Afrique et dans le TiersMonde, L'Harmattan, Paris 1989. 9

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renouveau démocratique a au contraire enfoncé davantage le clou. Grâce à leur habilité extraordinaire, la plupart des leaders africains contemporains ont réussi à modifier les règles du jeu démocratique ou à en inventer, afin de garder le pouvoir. Qu'il ait «amendé» la constitution avec le concours du
« peuple », grâce aux «honorables»

députés parlementaires

dont certains donnent l'air de mafiosi, pour s'éterniser au pouvoir, ou qu'il ait simplement truqué les élections avec l'aide d'une cohorte de piètres mais intéressés individus autour de lui, le président africain contemporain profite du vent du renouveau démocratique pour renforcer son pouvoir personnel et autoritaire. D'ailleurs, la notion d'opposition disparaît malheureusement petit à petit du vocabulaire politique africain puisque l'opposition, quand elle se bat pour prendre sa place sur l'échiquier national, se retrouve très souvent sur le banc de touche, incapable de réellement influencer le jeu démocratique. Même quand il lui arrive d'entrer dans le jeu, l'opposition est déclarée «hors-jeu» avant même d'avoir touché au ballon à cause de ses critiques jugées parfois acerbes. Tout est mis en œuvre pour que la relève, si relève il doit y avoir, se fasse par cooptation, c'est-àdire à travers un choix conséquent et judicieux de candidats du sérail, voués à la cause de la médiocratie et aisément manipulables, plutôt qu'à travers une réelle alternance politique. Corollaire de ce manque d'équité dans le jeu démocratique, une royauté qui ne dit pas son nom, a simplement usurpé la volonté populaire. Avec la continuité assurée de leur «règne », des leaders politiques africains se permettent toutes sortes d'abus et de grossièretés dans leur comportement. Sans pudeur, les dés sont pipés à l'avance et les résultats anticipés sinon arrangés, si bien que les urnes, même quand elles sont transparentes, ne laissent paraître 10

Introduction aucune transparence dans la délibération des élections. Depuis le début des années 1990 où des élections « démocratiques» ont lieu en présence d'« arbitres» internationaux, à peine quelques-unes ont été sans irrégularités, même si la plupart des consultations populaires, pour des raisons idéologiques et/ ou politiques, reçoivent plutôt le sceau d'approbation des « observateurs» internationaux. Il semble que ceux qui voudraient donner des leçons de démocratie sont prêts à piétiner cette dernière quand leurs intérêts entrent en jeu. Contrairement à ce que la fameuse « Conférence de la Baule », tenue en juin 1990 sous la houlette de l'ancien Président français, François Mitterrand, a voulu insinuer, il ne suffit pas aux pays africains de devenir démocratiques pour bénéficier des bonnes grâces des pays européens. L'attitude des «partenaires au développement» des pays africains à l'égard de la démocratie sur le continent dépend plus de l'état des rapports bilatéraux et des enjeux politiques ou stratégiques que de l'évolution même de la démocratie3. Conscients de cet élément très important dans les rapports nord-sud, ou entre pays développés et sous-développés, en réalité, en voie de sous-développement, plusieurs dirigeants politiques africains ont su jouer de leur dextérité en sacrifiant la démocratie sur l'autel des intérêts égoïstes et personnels. Dans le même temps, ceux qui détiennent les ficelles de leurs « marionnettes» atteignent aussi leur objectif principal, à savoir protéger les intérêts stratégiques de leurs pays. Du coup, les intérêts des uns et des autres se confondent, au détriment du peuple africain bien sûr. C'est ceci qui explique que quatre décennies après les indépendances et malgré les « aides» sous plusieurs formes apportées au continent
3 Voir Mathurin C. Houngnikpo, to St. Democracy», Australian (2003), pp. 197-210. «Pax Democratica : The Gospel According Journal of Politics and History Vol. 49, No.2

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africain, rien ne semble véritablement bouger, puisque la plupart des «aides» et prêts s'évaporent sans que les responsables politiques aient à en rendre compte. Si le fait que les dirigeants politiques africains ne veuillent pas du développement de leur continent devient de plus en plus apparent, il reste à se poser la question de savoir si ceux qui « aident» le continent africain ont vraiment jamais voulu d'un réel décollage de ce dernier. Sinon, comment comprendre leur silence coupable sur tous les scandales politico-financiers qui minent le continent? Comment expliquer que des prêts continuent d'être alloués pour des projets dont les études de faisabilité laissent déjà à désirer, parce que non fiables, et dont les avancements sont au mieux douteux? Comment concevoir que la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International continuent de soutenir des projets fictifs dont les financements sont plutôt détournés? Un survol des prêts, dons et autres gestes humanitaires en Afrique, et de leurs impacts, laisse croire que les bailleurs de fonds sont ou incompétents, ou simplement complices. Alors que l'Afrique est l'un des continents les plus endettés au monde, ni l'état des infrastructures sur le continent, ni le niveau des revenus en Afrique ne sauraient prouver ce à quoi les emprunts ont servi. Par contre, l'inventaire des biens meubles et immeubles de dirigeants politiques sur le continent et sous d'autres cieux donne une idée concrète de la destination des différents prêts octroyés aux pays africains. Crise et dilapidation aidant, l'aide financière s'est transformée en un trou sans fond où les nouveaux emprunts ne servent plus au mieux qu'à régler les arriérés de la dette ou sont détournés vers des comptes privés. Malgré ce Secret de Polichinelle, des leaders qui devraient en réalité être décriés et dénoncés par les gouvernements occidentaux qui prétendent avoir à cœur les principes de transparence politique et économique et la bonne gouvernance, continuent de jouir de 12

Introduction privilèges exceptionnels auprès de leurs «ordonnateurs». Des menaces de rupture de rapports diplomatiques ou de soutiens financiers quand elles sont proférées, servent plutôt à renforcer les régimes menacés car les intérêts de part et d'autre empêchent, alors sans conséquence fâcheuse, une vraie rupture. Ce n'est alors pas étonnant que certains dirigeants politiques africains continuent de se comporter en « roitelets» installés, comptant sur l'appui tacite ou implicite

de « pays amis4 ».
Entre-temps, les populations africaines, à qui l'on continue de mentir, végètent tranquillement dans une pauvreté abjecte. Joindre les deux bouts dans la plupart des pays africains devient une difficulté quotidienne, sinon un numéro acrobatique que certains ne peuvent plus exécuter, parce que demandant désormais des talents exceptionnels. Les fonctionnaires africains, après de hautes et chères études, se retrouvent très souvent aux mains de responsables de moindre acabit et surtout sans l'intégrité adéquate pour apprécier ces cadres supérieurs. Ils sont aussi assujettis à des salaires véritablement minables pendant que les politicards puisent allègrement, et maintenant officiellement démocratie aidant, dans les caisses de l'État. Les paysans, eux, ont graduellement perdu leur position centrale dans la société. Ils sont non seulement lésés par les différents cartels internationaux dans la fixation des prix des produits à l'exportation, mais aussi volés par des organismes étatiques supposés venir à leur secours. Les femmes, quant à elles,

continuent de subir la loi du « plus fort sexe », et voient leur
vie se désagréger au fil des ans. Malgré les heures innombrables qu'elles passent à s'occuper et des enfants et de leurs maris, qui parfois se comportent en enfants, nos mères ne sont pas encore respectées comme il se doit. En dehors
4 Voir Paul Heutching, Démocratie, J'écris ton Nom: « Présidents Africains? », Biblieuropej ABC, Paris 1998. Faut-il Juger les 13

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d'actes symboliques comme la création de ministères des affaires sociales ou de la « femme», les mentalités en Mrique sont encore loin d'accorder à la femme le statut social qui devrait être le sien. Quant aux jeunes, c'est simplement le comble. Alors que l'espoir se trouve être la dernière chose à perdre sur terre, la plupart des jeunes Mricains ne savent plus où donner de la tête. Alors que l'enfant d'aujourd'hui fera le jeune et l'adulte de demain, les jeunes souffrent de conditions d'enseignement déplorables. Dans trop de pays africains, l'école est au mieux une espèce de garderie-dépotoir, où des classes à effectifs pléthoriques, sans matériel pédagogique adéquat et sans maîtres motivés laissent les enfants sans éducation et sans issue. Qu'ils soient intellectuels, paysans, citadins, ou ruraux, beaucoup de jeunes Mricains continuent de se demander à quel saint se vouer. Après plusieurs années sur les bancs, le jeune intellectuel africain qui s'attend à une vie de bonheur se retrouve au chômage. D'ailleurs il y a en Mrique un euphémisme très approprié pour désigner cette horde de chômeurs: les diplômés sans emploi. À ces derniers s'ajoutent les jeunes ruraux qui sont leurrés par « le bien-être urbain ». Dans leur illusion, nombre de jeunes paysans abandonnent la terre et envahissent les villes en quête d'un emploi hypothétique. Étant donné que ceux qui y vivent ont de la peine à trouver ce fameux emploi, les jeunes ruraux viennent plutôt grossir le nombre des sans-emploi, diplômés ou non. Il y a quelques rares cas de jeunes qui, placés par les leurs, ou grâce à leur fortune inexpliquée, intègrent le système politique et attendent sans trop de sûreté leur tour de dépouiller le pays. Ceux-là, qui ironiquement se prennent pour la relève de qualité de demain et qui sont pour la plupart impliqués dans des activités illicites et obscures, « se débrouillent» pour intégrer le cercle des incultes. Voilà le genre de relève qui attend les Mricains si rien n'est fait pour 14

Introduction barrer la route aux incapables et autres «voyous» qui n'ont pas encore compris que la récréation est terminée. Même l'histoire du continent a échappé à plusieurs dirigeants politiques qui se sont succédé à la tête des pays africains. Sinon, la débâcle économique, politique et sociale du continent ne s'explique pas quand on se réfère aux exploits économiques et commerciaux du passéS. Avec seulement un minimum d'amour-propre, il y a des actes et comportements que les leaders africains devraient pouvoir éviter. Est-ce que l'image périodique, sur les chaînes de télévision occidentales ou à la une de journaux occidentaux, d'enfants chétifs «crevant» de faim que des charognards et vautours attendent patiemment d'achever, perturbe les dirigeants africains? Est-ce que la sécheresse presque permanente dans des pays pourtant avec des cours d'eau importants gêne leurs dirigeants politiques? Est-ce que les inondations fréquentes de nos villes et villages depuis des décennies leur disent quelque chose? Est-ce que l'état désastreux de nos infrastructures routières et de nos établissements publics interpelle qui que ce soit au niveau des administrations politiques en Afrique? Le fait que certains pays continuent d'avoir leur monnaie émise hors de leurs frontières, alors que la monnaie joue un rôle central dans toute économie, gêne-t-il ? Que le paludisme continue de faire des ravages ou que le SIDA fasse des hécatombes ne demeure-t-il pas un fait divers? Quelle est la préoccupation des dirigeants politiques africains devant le pouvoir d'achat de plus en plus dégringolant de leurs concitoyens alors que le train de vie de l'État croît? Comment expliquer la richesse des dirigeants africains devant la paupérisation sans cesse croissante de leurs concitoyens? Voilà autant de questions qui laissent les chercheurs sérieux sans réponse satisfaisante.
5 Voir Richard Hull, Modern Africa: Change and Continuity, Prentice-Hall, Englewood Cliffs, N.J. 1980.

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Le « chacun pour soi» qui continue de battre son plein sur le
continent ne vient que démontrer Yinexistence ou la confiscation de YÉtat africain, qui, au lieu de servir Yintérêt commun, sert plutôt quelques intérêts personnels. Et c'est là, Yun des grands drames de YAfrique: Yabsence de la notion de la chose publique, la res publica. Au nom de YÉtat africain, des responsables politiques s' approprient tous les biens publics à commencer par YÉtat lui-même. Ainsi, Yautorité qui doit veiller au bien-être de ceux qui ne peuvent pas se prendre en charge s' éclipse, laissant ces derniers à euxmêmes. Des leaders politiques africains font leur Yactif de YÉtat sans vouloir prendre en compte son passif. ils se donnent des airs de monarques sans monarchie, mais n'ont cure du bien-être social de leurs «sujets6 ». Que des « dinosaures» politiques africains continuent de se battre pour un ultime mandat pour apparemment entamer ce qu'ils auraient dû faire pendant vingt ou trente ans de «règne» dénote simplement du manque de pudeur de la part desdits dirigeants, et montre aussi que leur préoccupation se trouve ailleurs. Ce sont ces dirigeants de petite vertu qui ont institué la paupérisation en Afrique à travers la politique de la main tendue. Le choix en Afrique est très souvent, ou s'abonner à « la politique de la médiocrité », ou « faire la manche» quand on choisit Yintégrité, et dans ce cas, les intègres heureusement il y en a encore

-

ont tendance

à choisir

de se

contenir dans leurs actions et paroles, contraints de subir. En dehors de YAfrique du Nord, où malgré Yatmosphère politique à peine passable, la situation économique semble au moins donner quelque espoir, le reste du continent vit un véritable cauchemar. D'une main de fer, la médiocratie règne,
6 Voir George B.N. Ayittey, Africa Betrayed, New York: St. Martin Press, 1993; ou encore George B.N. Ayittey, Africa in Chaos, New York: St. Martin' s Press, 1998. 16

Introduction sévissant sur les pauvres populations, et emportant tout ce qui dénonce ou résiste à ses excès. La plupart des régimes politiques de l'Afrique sub-saharienne sont de ce fait des dictatures dont les maîtres à penser ne songent qu'à vider les caisses de leurs États. Pires que des pieuvres, ces dirigeants politiques pillent et gaspillent en toute impunité, au vu et au

su de tout le monde. Ils se sont constitués en « associations de
malfaiteurs» avec pour objectif de rendre la vie extrêmement difficile aux citoyens honnêtes et sérieux. Avec une Afrique politique minable dont les économies exsangues sont impuissantes devant un social en détresse, l'heure des discours mielleux doit arriver à sa fin. Si le présent permet d'imaginer l' avenir, le sort actuel de l'Afrique n'est pas un bon augure. Les imperfections criantes sont à corriger le plus tôt possible car la mondialisation qui vient à toute vitesse fera de l'Afrique une calamité. Obliger, par tous les moyens légitimes, les leaders politiques africains à mettre fin à leurs fourberies devient urgent. L'Afrique appartient à tous les fils et filles du continent et il faudra le faire savoir à ceux qui continuent de feindre l'autorité alors qu'ils sont défaillants sur tous les bords. Le crépuscule de ces crapules point à l'horizon et il faut les forcer à sortir enfin de l'arène politique. L'évaluation de l'état actuel de l'Afrique peut se faire à travers deux sortes de lentilles et pourrait donner deux points de vue presque contradictoires. Selon les gouvernants, l'Afrique a certes des difficultés comme tous les autres continents en ce moment, et devra les surmonter sous peu. En tant que fossoyeurs des économies de leurs pays, des responsables politiques africains veulent évidemment mettre leur performance exécrable sur le dos du colon ou de la conjoncture internationale. Or la réalité est tout autre. C'est dans cette même économie internationale sans pitié que d'autres continents s'en sortent pourtant mieux, très souvent au détriment de l'Afrique et des Africains. Ces derniers, dans 17

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leur majorité, voient leurs intérêts fondamentaux bafoués et leur avenir obstrué. Pour l'Africain de la rue, il n'y a plus rien à attendre des politicards actuels qui ne veu1ent pas du développement de leur continent7. Les quarante dernières années ont simplement démontré que beaucoup de chefs d'État africains agissent avant tout comme des chefs de tribus, des chefs de bandes, des « proxénètes» politiques, des gangsters, des «boss» de mafias, et non en tant qu'hommes politiques dignes et capables d'engager leurs États dans des actes concrets de développement, au point où l'on peut se demander parfois s'ils sont des leaders ou des «dealers». C'est d'ailleurs pourquoi, après plusieurs décennies, la plupart des chefs d'État africains continuent d'attendre, et risquent d'attendre leur Godot8 pendant encore quelques siècles, pour un éventuel sauvetage, car les indicateurs sont loin d'être prometteurs. Des progrès économiques et financiers, quand il y en a, n'ont pratiquement aucune retombée financière positive sur les foyers africains. Les pays africains restent d'une manière générale tributaires de l'exportation d'un tout petit nombre de produits de base, et la dégradation de leurs termes de l'échange a encore réduit leur capacité à réaliser les investissements nécessaires en capital humain et en infrastructures matérielles. Les niveaux d'épargne nationale et d'investissement actuels sont insuffisants pour alimenter le
7 Voir Axelle Kabou, Et Si l'Afrique Refusait le Développement, L'Harmattan, Paris 1991 ; aussi Claude Ake, Democracy and Development in Africa, The Brookings Institution, Washington, D.C. 1996. 8 Dans une comédie dramatique, En Attendant Godot, publiée en 1952 et mise en scène en 1953 par Samuel Beckett, les deux personnages principaux, Vladimir (Didi) et Estragon (Gogo), ont attendu en vain un personnage imaginaire, Godot, supposé venir les empêcher de se suicider.

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Introduction
processus d'accumulation qui placerait l'Afrique sur la voie d'une croissance durable. Malgré les engagements pris par la communauté internationale d'aider l'Afrique dans ses efforts pour accélérer sa croissance, l'appui fourni a été bien loin de répondre aux attentes. De fait, l'aide publique au développement n'a cessé de diminuer, pour tomber à moins d'un tiers des objectifs internationaux convenus. De plus, malgré de récentes mesures prises par l'Union Européenne et l'Organisation des Nations Unies pour réduire la dette des pays africains, dont l'initiative PPTE9 renforcée, la perspective d'une solution durable aux problèmes d'endettement de l'Afrique reste des plus incertaines. Des rencontres périodiques de la Coordination pour l'Afrique de Demain (CADE) permettent aux chercheurs et universitaires de se pencher sur le sort du continent africain. C'est dans ce cadre que SalI et Giri, très optimistes, ont estimé que l'avenir de l'Afrique n'est pas encore totalement joué, car il reste du domaine de la liberté et de l'indétermination et va dépendre des Africains et de l'évolution du monde. Ils ont d'ailleurs travaillé sur le «Projet de Futurs Africains », dont le but est d'explorer ce qui peut advenir et de rechercher les perspectives à long terme afin de dégager un avenir qui réponde aux aspirations des populationslo. Giri voit une Afrique en train de reprendre sa place dans le monde. Selon lui, un simple retour en arrière permet de voir que l'explosion démographique africaine des cinquante dernières années n'est qu'un rattrapage de la place que la population africaine occupait autrefois dans le monde: 15% en 1600, 7% en 1950, 10% en 2000, avec 640 millions d'hommes. En 2025, la
9 Pays Pauvres Très Endettés dans lesquels les habitants vivent avec moins d'un dollar américain ( $1) par jour. 10Voir Alioune SalI et Jacques Giri, L'Afrique au début du XXlème siècle: Un état des lieux, « Projet de Futurs Africains », Compte-rendu de la rencontredébat du 6 mars 2002, CADE, Paris 2002. 19

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population de l'Afrique sub-saharienne devrait retrouver l'effectif de la Chine qu'elle avait il y a quatre cents ans. Ce rattrapage provoqué par la concomitance d'un fort taux de natalité et de la baisse de la mortalité adulte et infantile, est plus brutal qu'il ne l'a été partout ailleurs. Toutefois, ce phénomène ne fait pas de l'Afrique une exception, car d'ores et déjà, les signes de la transition démographique qui affecte tous les autres continents apparaissent: dans les taux de fécondité, dans le comportement des femmes dans les villes et maintenant dans les campagnes, ainsi que dans l'attitude des pouvoirs publics à l'égard des politiques de régulation de la natalité qu'ils refusaient à Bucarest en 1974. La rapidité de l'urbanisation qui est passée de 10% en 1950 à 33% en 2000, soit une multiplication par 3, et qui a fait naître 25 villes millionnaires, confirme que l'Afrique rattrape là aussi son retard sur le reste du monde. Ces tendances au rattrapage démographique s'accompagnent de quatre caractéristiques qui sont spécifiques à l'Afrique: la poursuite de l'accroissement de la population rurale, car l'urbanisation ne vide pas nécessairement les campagnes, l'ampleur des migrations en direction de l'étranger, l'impact encore mal apprécié mais redoutable des effets du SIDA, enfin le poids des inactifs, en particulier des jeunes, sur les actifs, qui est double de celui de l'Asie (1 contre 0,5)11. Dans son étude des images contrastées de l'économie africaine, Giri estime que la réflexion ne peut utilement porter que sur les économies des pays qui ne sont pas en guerre. À les regarder à travers les lunettes de la macroéconomie, ce qui apparaît d'abord c'est la tendance lourde de la stagnation de la productivité. La partie visible de ces économies rentières contrôlées par l'État, montre qu'elles ont conservé les traits de leurs origines coloniales et qu'en dépit des indépendances,
11SalI et Giri, op. cit. 20

Introduction elles sont restées dominées par l'économie de plantation ou par l'extraction minière, par la faiblesse des industries de transformation et manufacturières, par la prédominance de l'import-expoFt. Cette économie a bien fonctionné jusqu'au début des années 1970 et connu des taux de croissance comparables à ceux de l'Asie, mais la chute brutale et durable des cours des matières premières et la crise pétrolière ont cassé la dynamique de ce modèle. Si on parle aujourd'hui de marginalisation du continent africain, c'est parce que sa part dans le commerce international qui n'était que de 4 % en 1960 n'est plus aujourd'hui que de 2%. Mais par tête d'habitant, l'Africain exporte plus que le Chinois ou l'Indien. Ce qui est pénalisant, c'est que l'Afrique est restée seulement exportatrice de matières premières alors que les marchés porteurs sont ceux des produits manufacturés et des services, qu'elle n' a bénéficié que de très peu d'investissements extérieurs et qu'elle est restée à l'écart de la division internationale du travail. Elle est devenue très dépendante de l'aide publique au développement, au moment où celle-ci a commencé à diminuer et elle s'est enfoncée dans la spirale de l'endettement extérieur. Mais ce tableau ne rend que très imparfaitement compte de la réalité économique. Les indicateurs de revenus révèlent une situation de grande pauvreté pour le plus grand nombre, l'agriculture n'est pas restée immobile et a réussi, tantôt par augmentation de sa productivité, plus souvent par l'extension des surfaces, à nourrir les populations, en ville et dans les campagnes. D'une façon plus générale, les Africains ont fait face aux immenses besoins qui sont nés avec la croissance de la population et de son installation dans les villes. Une économie basée sur les réseaux traditionnels s'est développée en marge de l'économie officielle afin de répondre aux besoins de la population que l'économie officielle ne couvrait pas: logements, biens de consommation courante et services 21

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quotidiens, notamment de transport. Depuis la crise des années 1980, cette économie populaire est devenue une composante essentielle des sociétés africaines: c'est elle qui fournit aujourd'hui la majorité des emplois et donc des revenus. Mais elle n'a pu empêcher que l'augmentation de la pauvreté et l'augmentation du nombre des exclus du système de redistribution ébranlent en profondeur le système social. Les mesures d'ajustement structurel imposées par les institutions internationales ont semblé mettre fin aux graves dysfonctionnements des économies administrées et rentières des vingt années qui ont suivi les indépendances. Toutefois, les mesures de déréglementation et de privatisation n'ont pas encore réussi à modifier en profondeur les structures et les modes de gestion de l'économie: l'assainissement qui devait enclencher un cycle vertueux de reprise de l'investissement et de croissance de la productivité a largement échoué et souvent provoqué une réduction des revenus et une crise de confiance dans les remèdes imposés de l'extérieur. Le nouvel objectif prioritaire que s'est fixé la Banque Mondiale de lutter contre la pauvreté révèle le désarroi des bailleurs de fonds; il ne suffira pas à sortir l'Afrique de la crise, qui ne pourra être surmontée que par une profonde transformation au sein même de la société africaine, dans ses rapports avec ellemême et avec ses États12. Dans son étude sur les changements sociaux et le jeu des pouvoirs, SalI estime, quant à lui, que les structures lignagères, sont encore aujourd'hui, non seulement dans les campagnes, mais aussi dans les villes, la base du système social, et donc le fondement des systèmes de production et de l'économie populaire. L'appartenance au lignage qui s'inscrit dans des territoires et des terroirs, commande l'accès aux ressources de tous ordres et sous-tend l'organisation de la
12SalI et Giri, op. cit. 22

Introduction production, donc de l'emploi et des marchés. Ce système recherche d'abord à minimiser le risque alors que le système capitaliste moderne tend plutôt vers la maximisation du profit et de la productivité. il donne donc logiquement la priorité à l'investissement dans le lien social et au jeu des solidarités intra et inter-générationnelles. En ce vingt-etunième siècle naissant, l'Afrique vit ce formidable paradoxe de pratiquer une économie qui est encastrée dans la société face à un monde où la société est de plus en plus encastrée dans l'économie. Comment et combien de temps ce paradoxe résistera-t-il à la montée de l'individualisme qui porte les jeunes, en particulier dans les villes? Le système traditionnel est soumis à de très fortes tensions, mais il résiste à l'eurasianisation par un double effort de retour à la culture native et d'adaptation de celle-ci aux techniques modernes et aux attentes des jeunes: des associations culturelles, une multitude d'églises afro-chrétiennes, des confréries islamiques qui résistent aux courants fondamentalistes, sont les acteurs de cette résistance. Quant aux systèmes politiques autoritaires, SalI estime qu'ils n'échapperont pas à une remise en cause, à savoir précisément celle des rapports entre l'État et la société africaine. Car si l'État africain de la fin du vingtième siècle est incontestablement l'héritier de l'administration et de l'État coloniaux, il a été adopté, légitimé et réinterprété par la société africaine, en une version autoritaire et patrimoniale, marquée par le culte du chef, le parti unique, la redistribution des ressources publiques, l'accession des cadets aux filières du pouvoir. Ni les élections, ni le multipartisme, ni l'alternance ne suffiront à établir de véritables démocraties qui soient autre chose que des constructions factices destinées à satisfaire les bailleurs de fonds, à installer des institutions

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L'Illusion

Démocratique

en Mrique

qui assurent la participation des populations à la gestion de leurs affaires13. Toujours selon SalI, les États africains sont en crise, une crise paradoxale, elle aussi, car ils sont sommés de réduire leur champ d'activité et en même temps appelés à répondre aux exigences des bailleurs sur la dette, la lutte contre la pauvreté, la sécurité intérieure et extérieure. Cette crise est fille de l'histoire qui a vu les États africains jusqu'en 1970 comme les symboles de l'indépendance conquise ou réalisée, puis à partir de la guerre froide, comme les otages, mais aussi les bénéficiaires du conflit Est-Ouest. Tant dans le camp socialiste que dans le camp occidental, les États africains ont été traités comme des partenaires légitimes dans leur version autoritaire et socialisante, car ils assuraient la stabilité géopolitique et ils paraissaient plus efficaces pour assurer le développement dont ils étaient chargés. La fin de la guerre froide a mis fin à cette complicité, et complètement modifié les règles du jeu: l'Afrique se trouva banalisée, contrainte de compter sur ses propres ressources, ses États furent privés de la rente de l'aide extérieure et condamnés à traiter à leurs conditions avec les grandes firmes occidentales et les institutions financières internationales. Le champ politique s'est alors ouvert à des conflits intérieurs, mais aussi extérieurs pour le pouvoir et l'accès aux richesses. Conflits arbitrés par des élections plus ou moins régulières qui ont permis une transition pacifique au Sénégal, au Ghana, au Botswana, au Bénin, conflits arbitrés pendant quelque temps par des coups d'État, au Niger, au Mali, en Guinée, au Nigéria, en Côte d'Ivoire, situations bloquées ou démocratures au Togo, au Gabon, au Cameroun, au Zimbabwe, dégénérant en guerres civiles en Angola, au Rwanda, au Burundi, au Congo, au Liberia et en Sierra-Leone, parfois compliquées de
13SalI et Giri, op. cit.

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Introduction guerres frontalières en Somalie, en Éthiopie, en République Démocratique du Congo. Un Africain sur cinq vit une situation de guerre et la violence gagne du terrain: elle est en train de devenir le mode usuel des relations sociales, entre cadets et aînés, riches et pauvres, ethnies et religions différentes. L'État en Afrique semble n'être plus qu'une fiction, voire une utopie14. La marche vers la démocratisation paraît en panne, mais il n'en demeure pas moins que la référence démocratique s'est imposée en dépit des restaurations autoritaires et des conflits aigus. Une prise de conscience s'est opérée en Afrique et à l'extérieur, la reconnaissance que la première condition et manifestation du développement est la liberté, et que la démocratisation ne peut se réduire ni à des partis manipulés ni à des élections truquées mais doit permettre une véritable appropriation du pouvoir par les citoyens. L'émergence des multiples associations qui ont pris la relève des États défaillants dans tous les domaines et qui parlent et agissent aujourd'hui au nom de la société civile, travaillent à restaurer la paix, la démocratie et le développement. Elles n'y parviendront que si elles s'accordent avec les politiques pour refonder un État ayant le monopole de la violence légitime, qui ait l'autorité de faire appliquer la loi et de prélever l'impôt au nom du bien commun, avec la participation et sous le contrôle des citoyens. il reste que l'Afrique demeure un continent singulier, marginalisé, qui continue de chercher sa place dans le monde. Décalage démographique, originalité culturelle, tels sont les traits qui font la singularité de l'Afrique aujourd'hui, car pour ce qui est des aptitudes à la bonne gouvernance et à l'esprit d'entreprise, l'Afrique ne souffre d'autre singularité que d'être toujours un continent dominé, assujetti à une compétition dont les enjeux et les règles lui sont imposés par
14SalI et Giri, op. cit. 25