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L'implantation coloniale au Gabon

120 pages
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Ajouté le : 01 janvier 0001
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EAN13 : 9782296276949
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DOMINATION

COLONIALE

AU GABON

la résistance d'un peuple

NICOLAS METEGUE N'NAH

DOMINATION COLONIALE AU GABON
la résistance d'un peuple

(1839-1960)

Tome 1 Les combattants de la première heure (1839-1920)

Editions L'Harmattan 7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 PARIS

Du même auteur
Economies et sociétés au Gabon dans la première moitié du X/Xe siècle, préface de Hubert Deschamps, Editions L'Harmattan, 1979, 104 pages.

@ L'Harmattan, ISBN:

1981

2-85802-187-2

Au peuple gabonais dont le travail a permis ma formation. Avec l'expression de ma profonde gratitude.

Si tu joues arrête-toi un moment si tu flirtes arrête-toi un moment si tu fêtes arrête-toi un moment si tu pries arrête-toi un moment si tu erres arrête-toi un moment le jeu dans l'oppression le flirt dans l'oppression la fête dans l'oppression la prière dans l'oppression l'errance dans l'oppression Tuent la conscience Akendengué, dans Ezélé, disque 33 tours « Eséringila }), Sonepran, Libreville, 1978.

Introduction

que nous appelons

Le 17

août 1960, lorsque se ferme pour le Gabon ce
«

la parenthès.e coloniale », c'est le fruit

de plus de cent vingt ans de lutte continue que recueille ainsi une génération de Gabonais éprise de liberté et plongée dans le courant irrésistible de la vague anticolonialiste d'après la Seconde Guerre mondiale. Mais l'histoire de cette lutte du peuple gabonais contre le régime colonial est restée jusqu'ici très mal connue. Certes, quelques rares travaux (1) ont-ils un peu abordé ce sujet, mais, très souvent, ceux qui se sont intéressés aux réactions de notr'e peuple contre la domination coloniale n'ont fait q~'énumérer quelques-uns des conflits qui ont opposé les autochtones aux colonisateurs sans en dégager les caractéristiques .essentielles, la signification profonde et les principales leçons. On a ainsi un certain nombre d'études plus ou moins superficielles dont on ne peut tirer grand profit parce qu'elles privilégient le côté événementiel par rapport au côté analytique et explicatif. Or, une étude comme celle de la lutte du peuple gabonais contre l'oppression coloniale ne présente un intérêt certain que dans la mesure où, par sa profondeur, elle permet au lecteur de saisir pleinement les enseignements que renferme l'expérience rapportée. Le premier de ces enseignem.ents c'est que, dès le début de l'installation française dans nos contrées, les peuples de ce qui allait devenir le Gabon quelques années plus tard

(1) Voir, par exemple, les deux études suivantes: FI. MBOUMBA-BoUASSA, Genèse de l'Eglise du Gabon, Etude historique et canonique, thèse de doctorat d'Université, Strasbourg, 1972; A.-F. RATANGA AToz, Les résistances gabonaises à l'impérialisme de 1870 à 1914, thèse de doctorat en Histoire, Ecole Pratique des Hautes Etûdes, Paris, 1973. 7

se sont levés pour défendre leur indépendance et ce n'est pas sans peine que les Français ont pu s'imposer et se maintenir dans le pays. En outre, on est amené à constater que c'est sous la pression de la lutte continuelle du peuple gabonais - et des autres peuples anti-impérialistes - que les colonialistes français ont été obligés de jeter peu à peu du lest et d'accorder finalement l'indépendance à notre pays. Cela met en évidence la nature de la lutte menée par le peuple gabonais sous la période coloniale: cette lutte a été une lutt'e de libération, une lutte pour la défense et la reconquête de son indépendance. Les term'es « bandits», « pillards» et « sauvages», souvent utilisés dans les documents coloniaux pour désigner les résistants gabonais, ne servaient qu'à discréditer l'action de ces derniers et à justifier la répression hystérique qu'exerçaient les fonctionnaires coloniaux pour essayer de mettre fin au développement de la lutte anticolonialiste au Gabon. Cette lutte, qui s'est intensifiée au fil des années, a essentiellement pris trois formes: lutte armée jusque vers 1920, elle est devenue par la suite beaucoup plus politique, tandis qu'à ces deux formes prédominantes se trouvait toujours intimement associée la résistance passive d'un peuple qui, même dans les moments d'apparente accalmie, n'avait jamais renoncé à son indépendance. Enfin, il faut noter que la lutte du peuple gabonais, d'abord marquée par des actions individuelles - ou, en tout cas, limitées au cadre d'un village ou deux - a peu à peu mis en mouvement des groupes sociaux de plus en plus importants (groupes de villages, de clans ou d'ethnies) pour devenir finalement une lutte de masse, une lutte nationale, dans les années 50 de ce siècle. Toutes ces caractéristiques de la lutte du p'euple gabonais sont dues à l'évolution socio-économique de notre pays: en effet, la période coloniale, période de changement économique, est aussi forcément une période de mutation sociale, au cours de laquelle, plongées dans la situation coloniale, les petites unités sociales où prédominait la conscience clanique se dissolvent peu à peu sous l'effet des transformations économiques, du développement de la conscience nationale et de l'apparition de nouvelJes classes sociales où la communauté d'intérêts tendait à l'emporter sur les liens de sang qui prévalaient dans ce que nous avons 8

appelé les « sociétés néo-communautaires » (2) du Gabon pré colonial. C'est cette évolution socio-économique du Gabon qui explique l'évolution générale de la lutte menée par le peuple gabonais sous la période coloniale. Elle en explique aussi les difficultés et les vicissitud,es. En effet, si cette évolution socio-économique s'est traduite par une montée de la conscience nationale dans toutes les couches de la société gabonaise, elle n'entraîna cependant pas d'emblée la disparition de la conscience ethnique ou « micro-nationalisme}). Cette conscience ethnique reste très vivace et constitue pendant toute la période coloniale un élément de division et d'affaiblissement de la lutte anticolonialiste du peuple gabonais. La virulence du sentiment micro-nationaliste fut tout simplement tempérée sous la période coloniale par le fait que l'enn'emi commun ne portait aucun voile, qu'il était donc parfaitement discernable. Profitant de cette situation, la classe montante des petits commerçants, planteurs, petits exploitants forestiers, employés de commerce et petits fonctionnaires de l'administration coloniale, qui aspirait à la direction du pays, a toujours su faire jouer ses intérêts propres pour prendre la direction de la lutte et infléchir celle-ci dans le sens qui lui était le plus favorable. C'est ainsi qu'on verra se constituer après la Seconde Guerre mondiale, des partis politiques et des syndicats comprenant des éléments appartenant à des ethnies différ'entes et défendant les intérêts d'une classe sociale bien déterminée. En fait, certains de ces intérêts correspondaient à ceux des autres classes de la société gabonaise et c'est ce qui expliqu'e le caractère massif que prend la lutte après la Seconde Guerre mondiale. Avant cela, l'histoire de la lutte anticolonialiste au Gabon est celle d'une lutte m'enée par un agrégat inconstitué de peuples désunis. D'une société divisée, elle porte les marques et traduit les difficultés. D'une société en devenir, elle rapporte l'expérience et fait jaillir l'espoir: expérience d'une lutte difficile mais constante et acharnée; espoir d'un lendemain meilleur et radieux. En définitive, on peut dire
(2) Cf. N. METEGUEN'NAH, Economies et Sociétés au Gabon dans la première moitié du XIXe siècle, Ed. L'Harmatttan, Paris, 1979, p. 84 9

que l'histoire de la lutte du peuple gabonais contre le régime colonial est indissolublement liée à celle de la formation de la société gabonaise moderne dont il devient alors indispensable de saisir les étapes depuis l'établissement de la domination coloniale au Gabon.

10

I
L'établissement de la domination coloniale française au Gabon et l'évolution de la condition sociale des autochtones entre 1839 et 1920

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