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L'individu dans les relations internationales

De
177 pages
La médiation internationale vise, par l'insertion d'un tiers médiateur, la résolution pacifique des conflits. Mais quelle est la part revenant en propre à l'individu-médiateur dans cet exercice délicat qu'est la médiation entre deux parties en conflit ? Centrée sur l'analyse du médiateur finlandais Martti Ahtisaari, prix Nobel de la paix en 2008, cette étude rend compte des déterminants qui façonnent l'action médiatrice et des facteurs qui assurent une marge de liberté à l'individu-médiateur.
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L’individu dans les relations internationales Collection « Inter-National »
dirigée par Denis Rolland avec
Joëlle Chassin et Françoise Dekowski

Cette collection a pour vocation de présenter les études les plus récentes
sur les institutions, les politiques publiques et les forces politiques et
culturelles à l’œuvre aujourd’hui. Au croisement des disciplines
juridiques, des sciences politiques, des relations internationales, de
l’histoire et de l’anthropologie, elle se propose, dans une perspective
pluridisciplinaire, d’éclairer les enjeux de la scène mondiale et
européenne.

Série premières synthèses – jeunes chercheurs (dernières parutions) :

Odile TANKERE, La conservation du mobilier archéologique : un enjeu
scientifique, culturel et social, 2012. Concours Sciences-Po 2011-2012.
Barbara ATLAN, Politiques, affichez-vous !, 2012. Concours Sciences-Po
2011-2012.
Louis LE BRIS, Le Western. Grandeur ou décadence d’un mythe ?, 2012.
Marie NEIHOUSER, La défense des intérêts régionaux en Europe, 2011.
Aurélien LLORCA, La France face à la cocaïne. Dispositif et action
extérieurs, 2010.
Guillaume BREUGNON, Géopolitique de l’Arctique nord-américain :
enjeux et pouvoirs, 2011.
Alicia BRUN-LEONARD, Constance d'EPANNES de BECHILLON,
Albert Brun, un reporter insaisissable. Du Cuba Libre d'Hemingway à la
capture de Klaus Barbie. 40 ans d'AFP, 2010.
Estelle POIDEVIN, L'Union européenne et la politique étrangère. Le haut
représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune : moteur
réel ou leadership par procuration (1999-2009) ?, 2010.
Namie DI RAZZA, L'ONU en Haïti depuis 2004, 2010.
M. HOBIN, S. LUNET, Le Dragon taiwanais : une chance pour les PME
françaises.
A. MARTIN PEREZ, Les étrangers en Espagne.
A. CEYRAT, Jamaïque. La construction de l’identité noire depuis
l’indépendance.
D. CIZERON, Les représentations du Brésil lors des Expositions
universelles.
J. FAURE et D. ROLLAND (dir.), 1968 hors de France.
A. PURIERE, Assistance et contrepartie. Actualité d’un débat ancien.
G. BREGAIN, Syriens et Libanais d’Amérique du Sud (1918-1945).
A. BERGERET-CASSAGNE, Les bases américaines en France : impacts
matériels et culturels, 1950-1967. Milena Dieckhoff





L’individu
dans les relations internationales



Le cas du médiateur Martti Ahtisaari


















L’HARMATTAN



























© L'HARMATTAN, 2012
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-96439-6
EAN : 9782296964396 SOMMAIRE

Préface ........................................................................................ 9
Liste des acronymes utilisés ..................... 13

INTRODUCTION .................................................................. 15

PREMIÈRE PARTIE : LES DÉTERMINANTS FAÇONNANT
L’ORIENTATION DE L’ACTION MÉDIATRICE ................ 25

Chapitre 1 : Le contexte de l’intervention du tiers médiateur
dans le système conflictuel ....................................................... 27

Chapitre 2 : Le statut du médiateur : contraintes et opportunités
dans la pratique de la médiation ............... 51

Chapitre 3 : La perception des parties en conflit sur
le médiateur et son action ......................................................... 69

DEUXIÈME PARTIE : LA MARGE DE LIBERTÉ
ET D’AUTONOMIE CONSTRUITE PAR L’INDIVIDU-
MÉDIATEUR ........................................................................... 85

Chapitre 4 : Une conception personnelle de la médiation ........ 87

Chapitre 5 : Une méthode de travail et des techniques
de médiation propres ............................................................... 105

Chapitre 6 : Le style Ahtisaari : une manière d’agir et de se
présenter .................................................................................. 123

CONCLUSION ..................................................................... 141

Annexes .................. 149
Bibliographie ......... 155
Remerciements ........................................................................ 167
Table des matières 169




PRÉFACE



Milena Dieckhoff s’est donnée comme mission de remplir
un vide. « L’individu », nous dit-elle, « a été passablement
oublié dans l’étude des phénomènes internationaux, et
notamment dans la médiation internationale ». Pourquoi cet
oubli ?

C’est parce que le travail d’un médiateur, par sa nature, doit
rester confidentiel. Il est possible d’observer en détail un
peintre, un sculpteur, un musicien, un footballeur, un menuisier
ou un boxeur faire son travail. Mais un médiateur opère à huis
clos. On ne le voit pas au travail. Très peu de gens savent, au
juste, ce qu’il fait ni comment il le fait.

L’objectif d’un médiateur dans des situations de conflit
violent consiste à trouver des solutions qui puissent satisfaire
les parties en conflit. Ces solutions requièrent souvent des
compromis difficiles. Le métier d’un médiateur vise surtout à
persuader les parties d’accepter ces compromis.
Durant ces tractations, les négociateurs adoptent des
positions qui cachent souvent leurs vrais intérêts : ils ne veulent
pas que leur adversaire connaisse le point à partir duquel ils
seront obligés de céder. Un médiateur cherchera à désagréger
intérêts et positions, mais les négociateurs hésiteront à dévoiler
leurs intérêts et à entretenir des formules de compromis s’ils
n’ont pas l’assurance que ce travail d’exploration restera
confidentiel : la crédibilité d’un médiateur repose donc sur sa
discrétion.

L’art ou la technique d’un médiateur – peu importe, dans la
pratique, s’il s’agit de l’un ou l’autre – se déploie de façon à
convaincre des négociateurs souvent récalcitrants. Un
9 médiateur s’exprime souvent d’une voix feutrée, mais si besoin
doit avoir la capacité de hausser le ton – tout médiateur étant un
peu comédien. Il choisit soigneusement ses mots afin d’induire
la réponse souhaitée, fréquemment avec des sous-entendus qu’il
souhaite que son interlocuteur finisse par comprendre. Le
médiateur évite parfois les paroles, préférant le langage
corporel ou les expressions faciales.
Lorsqu’un accord devient possible, un médiateur doit avoir
l’habileté d’exprimer par écrit et de façon cohérente les
compromis qui commencent à se dégager, en évitant le plus
possible les ambiguïtés qui peuvent entraver, le moment venu,
la mise en œuvre d’un accord.

Dans l’après guerre froide, la plupart des conflits sont
internes, ce qui donne au règlement pacifique une complexité
qu’il n’avait pas auparavant. En effet, les parties en conflit,
après avoir déposé les armes, sont condamnées à cohabiter avec
des groupes et des personnes qu’ils cherchaient, la veille
encore, à tuer.
Ainsi, pour que le règlement soit durable, les parties doivent
faire l’effort de se pencher sur les causes profondes qui les ont
menées à la guerre et s’assurer qu’il y aura, après le cessez-le-
feu, des moyens institutionnels permettant désormais une
résolution pacifique des disputes.

La boîte à outils dont se sert un médiateur dans la recherche
d’un règlement de cette nature est forcément plus grande et
comprend plus de compartiments que celle des médiateurs
d’autrefois. Il doit se poser en gestionnaire multidisciplinaire –
en chef d’orchestre.
Il faudra du temps et des épreuves avant qu’il soit possible
d’affirmer que le règlement est bien viable. Les résultats d’une
médiation ne peuvent donc pas se mesurer au lendemain de la
fin des combats mais au fil des années.

Il va de soi que les possibilités d’atteindre ces objectifs
s’accroissent si les solutions trouvées sont perçues comme
émanant des parties en conflit. C’est ce que les Anglo-Saxons
appellent ownership : il faut que les parties au conflit et les
10 populations qu’elles représentent se sentent propriétaires du
règlement obtenu, afin de contrecarrer ceux qui pourraient dire
qu’il s’agit de formules importées ou imposées. Les parties
seront ainsi mieux équipées pour mettre en œuvre des accords
qui requièrent parfois des concessions et des sacrifices
douloureux.
Ainsi, pour que les parties au conflit puissent, le moment
venu, se vanter d’avoir été les auteurs de la paix, le médiateur
doit savoir s’éclipser. Son travail doit rester dans les coulisses.
Il doit faire preuve d’un degré d’humilité inhabituel.

Au-delà d’une recherche documentaire exhaustive,
Milena Dieckhoff n’a pas fléchi face au défi d’esquisser le rôle
joué par un individu dans les relations internationales, en
rendant compte à la fois des contraintes qui s’imposent à lui et
de la marge de liberté qu’il peut néanmoins conserver. Elle n’a
pas hésité non plus à proposer une analyse du travail d’un
médiateur, sans l’avoir vu à l’œuvre directement.
Elle aurait eu du mal à choisir un meilleur exemple pour
personnifier un médiateur de nos jours : Martti Ahtisaari est en
effet un médiateur chevronné comme peu d’autres, qui a, selon
le Comité qui lui a décerné le prix Nobel de la paix en 2008,
contribué à la paix sur trois continents au fil de trois décennies.
Milena Dieckhoff apporte par cet ouvrage une contribution
importante dans un domaine largement inexploré et difficile à
cerner, tant le travail d’un médiateur demeure, par nature,
largement confidentiel.

Alvaro de Soto

Paris, avril 2012


Alvaro de Soto quitta l’ONU en 2007 après vingt-cinq années durant
lesquelles il participa à la recherche de la paix dans plusieurs régions du
monde. Il dirigea notamment, en tant que représentant du Secrétaire général,
les négociations qui aboutirent aux accords de paix de janvier 1992 mettant
fin à la guerre au Salvador, ainsi qu’aux négociations sur Chypre qui
débouchèrent sur le référendum de 2004. Il enseigne depuis 2011 à
Sciences Po Paris.
Liste des acronymes utilisés


Aceh Monitoring Mission AMM
African National Congress ANC
Association of Southeast Asian Nations ASEAN
Crisis Management Initiative CMI
COHA Cessation of Hostilities Agreement
Democratic Turnhalle Alliance DTA
GAM Gerakan Aceh Merdeka : Mouvement de libération
d’Aceh
Groupe d’assistance des Nations Unies pour la période GANUPT
de transition
Henry Dunant Center : Centre Henri Dunant HDC
Center for Humanitarian Dialogue : Centre pour le HD center
dialogue humanitaire
Irish Republican Army IRA
MINUK Mission d’administration intérimaire des Nations
Unies pour le Kosovo
Memorandum of Understanding MoU
ONG Organisation non-gouvernementale
Organisation des Nations Unies ONU
Référence aux « Nations Unies »
OSCE Organisation pour la sécurité et la coopération en
Europe
Organisation du Traité de l’Atlantique Nord OTAN
SWAPO South West African People’s Organization
Union européenne UE
United Nations Interim Administration Mission in UNMIK
Kosovo
United Nations Transition Assistance Group UNTAG
United Nations Office of the Special Envoy for Kosovo UNOSEK
Union des Républiques socialistes soviétiques URSS


13



INTRODUCTION



Le conflit caractérise-t-il, comme l’affirme Julien Freund,
1
une « relation sociale marquée par le tiers exclu » et doit-on
avant tout y voir, selon les termes de Georg Simmel, une forme
2de socialisation ? Quelle que soit l’analyse que l’on fait du
conflit, une chose est certaine : la médiation, elle, met au cœur
de son système l’insertion d’un tiers, le médiateur, et vise
3l’établissement ou le rétablissement d’un lien social pacifié .
La médiation, de même que le conflit, n’est en rien un
phénomène uniquement visible dans la sphère du politique et
des relations internationales. Les médiateurs sont très actifs
dans le cadre social, juridique ou entrepreneurial. Mais il est
vrai que les questionnements sur la façon d’éviter la guerre et
de faire la paix n’ont cessé d’interroger les chercheurs
s’intéressant aux phénomènes internationaux. Avec la fin de la
guerre froide et les réflexions sur les nouvelles formes de
conflictualité, les études portant sur les modes de règlement
pacifique des conflits, comme la médiation internationale, ont
connu un nouvel essor.

Mais qu’entend-on exactement par médiation internationale ?
Il nous semble qu’une bonne définition se doit de nous éclairer
à la fois sur l’objectif et les méthodes de ce mécanisme de
résolution des conflits. Ainsi, la définition de Jacob Bercovitch,
qui met en relation le but de la médiation avec les processus à
l’œuvre lors de son exercice, nous paraît-elle convaincante.
Selon cet auteur, la médiation internationale fait référence à
« un processus réciproque de management d’un conflit, en lien,

1
Julien Freund, Sociologie du conflit, Paris, Presses universitaires de France, 1983,
p. 288.
2
Georg Simmel, Le conflit, Strasbourg, Circé, 1992.
3
Michèle Guillaume-Hofnung, « Fondements conceptuels d’une pratique de médiation »,
Agir « Médiation et négociation », No. 24, janvier 2006, p. 1.
15 mais distinct des négociations entre les parties ; où les parties
en conflit recherchent l’assistance, ou acceptent l’aide, d’un
individu, d’un groupe ou d’une organisation pour changer leurs
perceptions et leurs comportements, ou résoudre un conflit sans
avoir recours à la force physique ou invoquer l’autorité de la
1loi ».
On le comprend avec cette définition, le médiateur n’est ni
un juge ou un arbitre – qui imposerait une décision aux parties –
ni un conciliateur cherchant simplement à rapprocher les
parties. Le médiateur a pour objectif d’aider les parties à
trouver une solution au conflit qui les oppose, en créant une
relation triadique entre lui-même et les deux parties et en usant
2des ressorts que lui donne notamment la négociation .


Ce qui a motivé notre recherche dépasse bien sûr amplement
le simple enjeu que représente la définition même de la
médiation. Lorsque l’on regarde la manière dont la médiation
internationale a été étudiée, plusieurs constats s’imposent.
Tout d’abord, il faut noter que la littérature sur la médiation
internationale est presque exclusivement anglo-saxonne et
scandinave. La recherche en langue française sur cette question
n’est, comparativement, que balbutiante – ce qui ne préjuge en
rien, il faut le préciser, de sa qualité. Cette prédominance des
universitaires anglophones a eu pour conséquences d’entraîner
une certaine uniformité dans les méthodes utilisées pour
analyser ce phénomène. Les études théoriques et quantitatives
sont largement privilégiées au détriment d’un travail de fond se
3basant sur des cas d’études empiriques .

1 La définition de la médiation internationale donnée par Jacob Bercovitch connaît
quelques fois des variantes. Celle-ci se base essentiellement sur Jacob Bercovitch (ed.),
Resolving International Conflicts: The Theory and Practice of Mediation, Boulder et
Londres, Lynne Rienner Publishers, 1996. Toutes les citations originellement en anglais
ont été traduites par l’auteure.
2
Jacques Faget (dir.), Médiation et action publique : La dynamique du fluide, Pessac,
Presses universitaires de Bordeaux, 2005, p. 13.
3
On pourra consulter, en guise d’illustration de ces propos, les deux grandes revues des
études sur la paix, à savoir le Journal of Peace Research et le Journal of Conflict
Resolution.
16 Ensuite, ce qui manque plus fondamentalement dans la
littérature existante est une analyse approfondie des personnes
qui effectuent la médiation. Alors que certaines personnalités
politiques ont pu témoigner de leurs actions médiatrices dans
1des mémoires , les chercheurs, eux, ne se sont pas réellement
attelés à retracer le travail mené par un médiateur. De là
découle notre volonté d’aborder la médiation internationale par
le prisme de l’acteur, en rendant compte de l’action entreprise
par un médiateur dans différents cas de médiation.

L’absence d’une telle approche de la médiation
internationale n’est qu’à moitié surprenante si l’on constate que,
parallèlement, peu d’attention a été accordée au rôle que les
individus peuvent avoir dans les relations internationales. Du
fait du rôle prédominant qu’a joué l’approche réaliste dans la
constitution de la discipline des relations internationales – où
l’État se voit accorder « une place privilégiée sinon
2exclusive » – l’individu, comme catégorie d’analyse mais
surtout comme sujet empirique singulier, a été passablement
oublié dans l’étude des phénomènes internationaux.
Il y a bien sûr des exceptions. James Rosenau a bien cherché
à montrer comment l’analyse microsociologique avait toute son
importance dans la compréhension des phénomènes globaux, et
considère les individus à la fois comme « la source et le produit
3de la politique mondiale ». Michel Girard a pour sa part dirigé
un ouvrage, dont les différentes contributions visent notamment
à rendre compte des « conditions qui rendent, selon les cas,
4l’intervention individuelle effective ou illusoire ». Dans une
approche un peu différente, des auteurs ont voulu montrer
l’influence que certains acteurs politiques ont eue, en tant

1 On peut penser par exemple à Jimmy Carter qui a écrit de nombreux livres pour relater
son action en tant que président des États-Unis mais également pour rendre compte de
ses tâches post-présidentielles, notamment dans le domaine de la médiation
internationale.
2
Guillaume Devin, Sociologie des relations internationales, Paris, La Découverte,
2007, p. 12.
3 James N. Rosenau, Turbulence in World Politics: A Theory of Change and Continuity,
Princeton, Princeton University Press, 1990, p. 144.
4
Michel Girard (dir.), Les individus dans la politique internationale, Paris, Economica,
1994, p. 18.
17