L'industrie dans la tourmente de la finance

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L'auteur nous entraîne à la découverte des processus amenant à la domination de la finance privée et de ses critères de gestion sur l'industrie. La puissance des fonds d'investissement et le fameux montage financier d'acquisition avec effet de levier (LBO) sont analysés. Un chapitre est consacré à EADS et sa filiale Airbus. Sont étudiées la dérégulation financière et sociale engagée par les autorités françaises depuis 1982, ainsi que la place de l'Union Européenne dans la politique économique des Etats membres.
Publié le : jeudi 1 mai 2008
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EAN13 : 9782336274492
Nombre de pages : 163
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L'INDUSTRIE DANS LA TOURMENTE DE LA FINANCE

Collection « L'esprit

éconoDlique

»

fondée par Sophie Boutillier et Dimitri Uzunidis en 1996 dirigée par Sophie Boutillier, Blandine Laperche, Dimitri Uzunidis Si l'apparence des choses se confondait avec leur réalité, toute réflexion, toute Science, toute recherche serait superflue. La collection « L'esprit économique» soulève le débat, textes et images à l'appui, sur la face cachée économique des faits sociaux: rapports de pouvoir, de production et d'échange, innovations organisationnelles, technologiques et financières, espaces globaux et microéconomiques de valorisation et de profit, pensées critiques et novatrices sur le monde en mouvement... Ces ouvrages s'adressent aux étudiants, aux enseignants, aux chercheurs en sciences économiques, politiques, sociales, juridiques et de gestion, ainsi qu'aux experts d'entreprise et d'administration des institutions.

La collection est divisée en cinq séries: Economie et Innovation, Monde en Questions, Krisis, Clichés et Cours Principaux.

Le

Dans la série Economie et Innovation sont publiés des ouvrages d'économie industrielle, financière et du travail et de sociologie économique qui mettent l'accent sur les transformations économiques et sociales suite à l'introduction de nouvelles techniques et méthodes de production. L'innovation se confond avec la nouveauté marchande et touche le cœur même des rapports sociaux et de leurs représentations institutionnelles. Dans la série Le Monde en Questions sont publiés des ouvrages d'économie politique traitant des problèmes internationaux. Les économies nationales, le développement, les espaces élargis, ainsi que l'étude des ressorts fondamentaux de l'économie mondiale sont les sujets de prédilection dans le choix des publications. La série Krisis a été créée pour faciliter la lecture historique des problèmes économiques et sociaux d'aujourd'hui liés aux métamorphoses de l'organisation industrielle et du travail. Elle comprend la réédition d'ouvrages anciens, de compilations de textes autour des mêmes questions et des ouvrages d'histoire de la pensée et des faits économiques. La série Clichés a été créée pour fixer les impressions du monde économique. Les ouvrages contiennent photos et texte pour faire ressortir les caractéristiques d'une situation donnée. Le premier thème directeur est: mémoire et actualité du travail et de l'industrie; le second: histoire et impacts économiques et sociaux des innovations. La série Cours Principaux comprend des ouvrages simples, fondamentaux et/ou spécialisés qui s'adressent aux étudiants en licence et en master en économie, sociologie, droit, et gestion. Son principe de base est l'application du vieil adage chinois: « le plus long voyage commence par le premier pas».

Denis LANGLET

L'INDUSTRIE DANS LA TOURMENTE DE LA FINANCE

L'HARMATTAN

Pour réaliser ce travail, J'ai bénéficié de l'avis de proches et d'amis. Franchise de la critique, Exigence de clarté, Volonté de démontrer et non d'affirmer, Connaissance précise d'évènements et de faits économiques, Adresse à trouver une meilleure tournure de phrase, Patience de relire et relire, Simple attention de s'enquérir de l'état de travail, Sans oublier, La dextérité au clavier, La maitrise du logiciel de traitement de texte, La détection des fautes d'orthographes et de grammaIre, Et bien sûr des encouragements toujours agréables à receVOIr. Que celles et ceux qui m'ont ainsi apporté leur aide et soutien soient, ici, sincèrement remerciés.

« Voyez mes frères, le printemps est venu,. la terre a reçu l'étreinte du soleil et nous verrons bientôt les fruits de cet amour! Chaque graine s'éveille et de même chaque animal prend vie. C'est à ce mystérieux pouvoir que nous devons nous aussi
notre existence,. c'est pourquoi nous concédons à nos voisins animaux le même droit qu'à nous d'habiter cette terre. Pourtant, écoutez-moi, vous tous, nous avons maintenant affaire à une autre race, petite et faible quand nos pères l'ont rencontrée pour la première fois, mais aujourd 'hui grande et arrogante. Assez étrangement, ils ont dans l'idée de cultiver le sol et l'amour de posséder est chez eux une maladie. Ces gens là ont établi beaucoup de règles que les riches peuvent briser mais non les pauvres. Ils prélèvent des taxes sur les pauvres et les faibles pour entretenir les riches qui gouvernent. Ils revendiquent notre mère à tous, la terre, pour leur propre usage et se barricadent contre leurs voisins,. ils la défigurent avec leurs constructions et leurs ordures. Cette nation est comme un torrent de neige fondue qui sort de son lit et emporte tout sur son passage. Nous ne pouvons vivre côte à côte. » Sitting Bull Chef sioux hunkpapa

1875

@ L'HARMATTAN,2008 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-05484-4 EAN : 9782296054844

INTRODUCTION

L'année 2007 a été marquée pour les grands groupes industriels par des résultats financiers record et des annonces de délocalisations en cascade. Début décembre 2007, M. Edelstenne, PDG de Dassault Aviation, a déclaré qu'il envisageait « des délocalisations » et qu'il préparait pour début janvier 2008 «des mesures d'adaptation de la société à la nouvelle situation créée par les derniers dérapages du dollar ». Les secteurs concernés et délocalisables sont le petit usinage et l'assemblage de petits éléments d'aérostructures ainsi que les structures « non nobles» comme les écritures de code informatique. Le jeudi 10 janvier 2008, M. Gallois, président exécutif d'EADS, présente, du siège allemand d'Eurocopter, ses vœux à la presse. M. Gallois affiche « le sourire des grands jours ». L'année 2007 a été la meilleure de l'histoire du groupe, toutes les divisions annoncent des chiffres d'affaires supérieurs à 2006, et la trésorerie du groupe dispose d'un excédent de plus de 5 milliards d'euros. Et pourtant le même jour, la direction du groupe met la priorité sur la délocalisation en zone dollar et la poursuite en 2008 du plan power 8, plan de réduction des coûts et de suppression de postes. Les délocalisations sont chiffrées. La direction d'EADS veut 20% de ses effectifs hors Europe et 40% de ses achats en zone dollar avec un objectif de 10% de marge* d'exploitation avant 2015. Telle est la nouvelle stratégie du groupe. Cette stratégie s'appelle vision 2020.

« Ce n'est pas un rêve» déclare le président Gallois. Le 16 janvier 2008, la direction d'Airbus, principale division d'EADS confirme l'année 2007 comme année record pour l'industrie du transport aérien et pour Airbus. Avec 453 appareils livrés et 1341 commandes enregistrées portant à 3421 le niveau de carnet de commandes, l'année 2007 est effectivement une année record même si la première place mondiale revient à Boeing. Et pourtant le même jour, la direction d'Airbus confirme la délocalisation de l'assemblage de l'avion Cargo A330 aux USA. Selon «la dépêche du midi» du 28 janvier 2008, l'équipementier aéronautique Latécoère, principal fournisseur d'Airbus « prépare la construction d'une nouvelle usine implantée en Tunisie» avec à terme un millier d'emplois. Depuis le 19 décembre 2007, Latécoère a été choisi comme repreneur des deux sites français de Méaulte et Saint-Nazaire cédés par EADS dans le cadre du plan power 8. Fin novembre 2007, deux fonds d'investissements avaient acquis 14% du capital du groupe Latécoère. Le 15janvier 2008, la direction du groupe Safran déclare: «Safran a enregistré un excellent chiffre d'affaires consolidé au 31 décembre 2007. Nous avons enregistré une forte croissance en aéronautique et une prise de commandes record ». Le groupe Safran est spécialisé dans les domaines de la propulsion aéronautique et spatiale, des équipements aéronautiques, de la sécurité défense et des communications. Pourtant dans sa présentation la direction de ce groupe annonce que « les effectifs du groupe baisseront d'environ 1000 personnes sur 39 400 en France au profit des implantations à l'étranger» et conclut que « par ailleurs Safran a poursuivi son recentrage stratégique dans un objectif de création de valeur» . L'expression est lâchée. En quelques années, «le recentrage stratégique dans un objectif de création de valeur» a gagné tout le monde industriel. Tous les groupes se fixent des objectifs «de création de valeur» aux comptes des actionnaires. Expression du recentrage de sa stratégie, le groupe Safran a finalisé le 17 janvier 2008 la vente de sa filiale Sagem Communications au fond d'investissement nord américain The Gores Group. 10

Sagem Mobiles, filiale du même groupe Safran, fait fabriquer tous ces téléphones GSM en Chine au sud de Shanghai en collaboration avec le premier fabriquant de mobiles chinois, Bird. Une partie de la recherche et du développement se trouve d'ailleurs en Chine. Le jeudi 24 janvier 2008, le président du groupe Safran a inauguré une nouvelle usine de fabrication de cartes à puce au cœur de la zone industrielle de Noida, à 45 minutes du centre de Delhi en Inde. En 2008, le groupe va ouvrir trois nouveaux sites d'équipements aéronautiques en Chine et une nouvelle usine de pièces de moteurs d'hélicoptère en Caroline du Nord aux USA. La veille, le 23 janvier 2008, la société Aircelle, filiale du groupe Safran, signe une convention d'investissement avec l'Etat marocain afin de doubler la capacité de production de son usine au Maroc de manière à répondre au programme de l'Airbus A3 80. Le 25 janvier 2008, le groupe français JPR-CAP signe un accord avec l'Etat marocain portant sur la création d'une usine de tôlerie fine prés de l'aéroport de Casablanca. Qui aurait imaginé, ne serait ce qu'il y a quelques mois, que des secteurs aussi solides que ceux de l'aéronautique déclencheraient une telle vague de délocalisations, de réduction des emplois et des coûts? Cette situation se répète depuis début 2008. A chaque annonce des résultats financiers d'un grand groupe, la direction de celui-ci annonce de nouvelles délocalisations. Ainsi dans la branche automobile, le groupe Valeo annonce un bénéfice net pour l'année 2007 de 81 millions d'euros, en baisse de moitié, et un résultat opérationnel en hausse de 18%. Lors de cette présentation, M. Morin PDG de Valeo a qualifié l'exercice 2007 «de très bonne facture». Pour l'année 2008, Valeo « vise à nouveau une amélioration de sa rentabilité, dans un contexte de marchés automobiles plus incertains et de prix des matières premières stabilisés». L'objectif du groupe est d'atteindre une marge* opérationnelle de 6% pour 2010. Pour ce faire, Valeo, qui dispose déjà de douze sites en Chine, treize en Europe Centrale et de trois en Inde, veut faire passer sa part des achats dans les pays à bas coûts de 33% actuellement à 70% d'ici 2010. Comme beaucoup de groupes, Valeo est sous la pression de ses actionnaires et notamment du fond d'investissement américain Pardus. Il

Le 13 février 2008, le groupe PSA Peugeot Citroën a annoncé le quintuplement de son bénéfice net atteignant ainsi 885 millions d'euros, une progression de sa marge* d'exploitation de 2 à 2,9% du chiffre d'affaires et le maintien de l'objectif de doublement de sa marge* d'ici 2010 grâce au plan Cap 2010. Ce plan prévoit un fort développement des investissements et des implantations industrielles de PSA en Europe Centrale et en Chine. Même stratégie pour le groupe Michelin: ce groupe annonce une augmentation de 35% de ces bénéfices pour l'année 2007 qui atteignent 772 millions d'euros et déclare par la voix de son gérant M. Rollier: « Concernant les pays de l'Est, la Russie et l'Asie, notre objectif est effectivement, sur la zone, de doubler nos capacités de production notamment dans le pneu de tourisme. (...) En Chine, nous aurons investi 800 millions d'euros d'ici à 2011. Nous allons doubler la capacité de production de pneus poids lourds de notre site de Shenyang. Et nous réfléchissons à créer une quatrième usine pour le pneu de tourisme. » ( « Le Journal du Dimanche» du 17 février 2008.) Ce même groupe qui annonce l'augmentation de ses bénéfices a décidé la fermeture de l'usine Kléber à Toul d'ici 2009 entraînant la suppression de 826 emplois. D'une part, des délocalisations, des licenciements et des démantèlements, d'autre part, des résultats financiers exceptionnels, tel est le visage actuel et difforme des grands groupes industriels en France. L'industrie devient une cible de la spéculation financière. Les années 80 ont vu le développement des multinationales par fusions-acquisitions avec son cortège de licenciements et de restructurations, conséquence des politiques de réduction des coûts au compte de la « compétitivité» et de la marge*. Depuis la fin des années 90, avec les fonds d'investissement, une étape est franchie. L'industrie devient la cible de la spéculation financière. Les gains réalisés imposent une stratégie fondée sur l'endettement des sociétés conquises et leur revente totale ou partielle (activité par activité) deux à cinq ans plus tard. Leurs objectifs de retour sur investissement* de 10, 15% et plus, poussent aux délocalisations et aux réductions des coûts. L'industrie est dans la tourmente de la finance. 12

A propos du plan «power 8» décidé en 2006 par la direction d'EADS: « Pour beaucoup, la source du mal vient de la reprise de l'Aérospatiale par Matra (c'est à dire sa privatisation ndlr) et du mariage à parité avec Deutsch Aerospace pour créer EADS. Les industriels, et avec eux toute une génération d'ingénieurs français de l'armement, ont alors laissé la place aux financiers. « Nous sommes passés à une logique des marchés financiers et des plus-values» résume crûment un responsable. » ( «Les Echos» , 24 et 25 juin 2006) En 2007, à la question «Pourquoi Aker veut-il vendre les chantiers de Saint Nazaire ? »: « Dans une logique financière c'est le bon moment. L'action est au plus haut: achetés pour 50 millions, le prix des 40 % d'actions que détient la holding (Aker) est de 600 millions ...c 'est aussi le bon moment du point de vue social: les carnets de commande sont pleins jusqu'à 2010/2011 ». Répond M. Guy Sallenave, ancien directeur de ces chantiers de 1989 à 1998 (Ouest Syndicaliste du 16 mars 2007). Cette logique financière est en totale adéquation avec les pratiques des fonds d'investissement, notamment les fonds <<private equity» redoutés pour leurs techniques dites du LBO (achat avec effet de levier). En France, plus de 5 000 sociétés sont passées sous contrôle des fonds d'investissements. La France est devenue le premier pays d'Europe continentale et le troisième au monde quant à l'investissement des fonds. Symboliquement, le 10 mai 2006, a été inaugurée à Paris la Maison du Capital Investissement. Pour les six premiers mois de l'année 2007, les fonds français avaient une activité en hausse de 56% par rapport à l'année précédente sur la même période. Comment la finance privée a-t-elle pu accéder à une telle puissance? Comment a-t-elle pu acquérir une telle liberté d'action hors de tout contrôle des Etats et des gouvernements? Quelles sont les conséquences pour l'industrie de cette domination des marchés financiers? Ce document, faits et chiffres à l'appui, tente de répondre à ces questions à travers l'exemple de la France. A partir de 1982 en France, la dérégulation financière a bouleversé l'environnement économique, juridique et fiscal des 13

entreprises ouvrant l'époque d'une libre circulation quasi totale et sans contrôle des capitaux du monde entier. Les décisions politiques prises en ce domaine par les gouvernements successifs depuis les années 80, ont permis « la liberté d'action de la finance» et ont assuré «la liberté des échanges internationaux ». «La liberté des échanges internationaux» n'est-elle pas aussi le fondement de la création de la communauté européenne dès le traité de Rome en 1957 et de son fameux article 110 ? Quelles sont les conséquences des directives, recommandations et communications de la Commission européenne dans le domaine de la politique industrielle en France? Quelle est la responsabilité de l'Union européenne dans la désindustrialisation que connaissent la France et l'Europe? A partir des traités et des textes officiels européens, le chapitre « les institutions européennes et l'industrie» établit le poids de l'Union européenne sur la politique industrielle des Etats membres de celle-ci. Dans le chapitre « désindustrialisation et déréglementation en chiffres» est dressé le panorama de la situation de l'industrie en France: diminution de la population active occupée dans l'industrie de 1,8 millions d'emplois en 26 ans, développement de la sous-traitance, précarité pour plus de 2,5 millions de travailleurs, baisse des salaires de la majorité des salariés alors que ceux des niveaux supérieurs ont explosé. La course à la marge* et à la compétitivité fait de toute l'industrie la proie de la spéculation, rend éphémères et « courttermistes» les décisions des grands groupes et précarise la situation de tous les salariés et l'existence des sites industriels. Du sommet de Davos 2006, le PDG de Mittal avait lançé une OPA* inamicale sur le groupe sidérurgiste Arcelor. Une fois réalisée avec l'accord de l'Union européenne, la fusion donnait naissance au géant Mittal Steel, numéro un de l'acier dans le monde et provoquait une nouvelle restructuration d'Arcelor, dont la fermeture partielle du site de Gandrange fait partie. Nouvelle restructuration aussi au sein du groupe Alcatel: les coupes sombres dans les effectifs de ce groupe continuent avec un nouveau plan de 400 suppressions d'emplois annoncé le 1er février 2008. Quelle meilleure preuve de la volatilité des sites industriels et de cette situation de restructuration devenue permanente, que 14

la déclaration de M. Terry Gou, président du groupe chinois Foxconn, annonçant que son groupe a de grands projets de délocalisation au Vietnam. Le groupe Foxconn est le principal fournisseur d'Apple et de Nintendo. M. Terry Gou a construit son empire grâce à la course à la compétitivité des multinationales nord américaines à la recherche de pays à bas coût de production. Et lui aussi, pour les mêmes raisons, annonce une délocalisation massive de la Chine vers le Vietnam. Selon «Bilan du Monde 2008 », édition hors série du journal le Monde, voici une des devises de M. Gou: «je dis toujours à mes employés: les bénéfices du groupe sont plus importants que vos propres bénéfices ». La compétitivité est effectivement le mot clé des directions générales des grandes entreprises. Lors des négociations 2006/2007 avec les confédérations syndicales sur les restructurations, le MEDEF proposait une redéfinition du licenciement économique qui devrait résulter selon lui «d'une suppression d'emploi destiné à rétablir, à sauvegarder ou améliorer la compétitivité de l'entreprise ». La compétitivité d'une entreprise étant dans le langage patronal la capacité de celle-ci à dégager des bénéfices. Sa recherche exige des économies d'échelle, des gains de productivité et une politique de réduction des coûts. Revendiquer, comme le fait le Medef, que l'amélioration de la «compétitivité» devienne un motif de licenciement économique revient à assujettir tous les paramètres sociaux à l'exigence économique de l'amélioration de la rentabilité immédiate du capital investi. Ces derniers mois, la crise de l'immobilier aux Etats Unis a été le déclencheur de la crise financière. Celle-ci s'est propagée à tout le réseau bancaire mondial. Certains économistes ou dirigeants d'organismes internationaux, tel M. Pascal Lamy, directeur de l'Organisation Mondiale du Commerce COMC), estiment que le risque de récession aux Etats Unis n'est pas encore avéré et doutent que la situation se dirige vers une crise économique mondiale ouverte. « Il y a un risque de récession aux Etats Unis qui, pour l'instant, n'est pas matérialisé (...) Est-ce que cela suffit à prévoir un ralentissement? Cela n'est pas sûr non plus. L'économie mondiale d'aujourd'hui est plus diversifiée qu'il y a vingt ans. Il y a des raisons de penser qu'il y a un certain 15

découplage entre la conjoncture américaine et le reste du monde.» Interview de Pascal Lamy au Journal du Dimanche 17.02.08 D'autres estiment: « Nos politiques se confondent en déclarations rassurantes. Selon eux, l'économie européenne serait encore décorrelée de l'économie américaine. La réalité est toute autre. Nous allons vers des problèmes économiques majeurs.» Interview de Philippe Dessertine, professeur de finance à l'université de Paris X dans le« Journal du Dimanche» du 27.01.08. La gravité des dégâts déjà provoqués par la crise financière, l'ampleur des plans de licenciements effectués et ceux prévus, la tendance à la compression de la masse salariale vont contribuer à fortement diminuer le revenu disponible des ménages. L'âpreté des exigences de rentabilité des détenteurs de capitaux, la liberté d'action conquise par la finance privée rendent imprévisibles les formes et le rythme de la crise en formation mais n'enlèvent en rien la certitude de son arrivée. Décortiquer les mécanismes économiques et les intérêts en jeu, démontrer le rôle de la finance privée et le poids des décisions politiques à l'origine de la situation actuelle, à travers l'étude des bouleversements industriels de ces trente dernières années, telles sont les ambitions de ce livre.

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CHAPITRE I LES FONDS D'INVESTISSEMENT

«Tous les groupes français se sentent à la merci d'actionnaires minoritaires qui leur dicteraient leur loi. » titre un quotidien économique. « La crainte de prise de contrôle rampante se diffuse. Pas un cénacle patronal, pas une assemblée générale où la menace ne soit pas mise en avant. La situation leur semble d'autant plus délicate que les acteurs ont changé. Désormais, ce sont les fonds d'investissement qui peuvent jouer les trouble-fêtes et exiger des remises en cause profondes des stratégies menées. Pour se protéger, beaucoup tentent de faire adopter des dispositifs de protection. Dix-neuf sociétés du CAC 40 ont ainsi déployé un dispositif anti-OPA *. » poursuit ce quotidien. Selon un avis de l'Autorité des Marchés Financiers (AMF*) du 28 novembre 2007, deux fonds sont montés au capital de l'équipementier aéronautique Latécoère. Ces deux fonds, la société financière Prigest et le fonds Mondrian Investment Partners ont acquis un peu plus de 14 % du capital du groupe Latécoère, principal sous-traitant d'Airbus et récent acquéreur des usines airbus de Méaulte et de Saint Nazaire ville. Ces deux fonds, associés aux banques d'affaires internationales, affichent des taux de retour sur investissement* à deux chiffres. La société financière Wendel, le 28 novembre 2007, a annoncé détenir prés de 18 % du capital de Saint-Gobain devenant ainsi le premier actionnaire du groupe de matériaux et de construction. «La société (Wendel) compte intervenir dans la stratégie du groupe et siéger au conseil d'administration. Par la suite,

« Wendel fera son métier» indique sa porte-parole. C'est-àdire qu'il analysera la stratégie et fera des propositions pour doper les performances du groupe. La direction de SaintGobain, affirme, quant à elle, que la politique du nouveau directeur général visant à recentrer le groupe sur la fabrication et la distribution de matériaux pour l 'habitat, s'accélère. La vente de l'activité conditionnement a déjà été annoncée en juillet.» note le journal Le Monde dans son édition du 30 novembre 2007. Le 8 février 2008, un conseil exceptionnel du groupe SaintGobain accepte «sous conditions» les demandes du holding financier Wendel: passage de sa participation de 17,87 % à 21,50 %, nomination de trois administrateurs de Wendel, création d'un comité stratégique présidé par l'un d'entre eux. En cas de départ de Wendel du groupe, un pacte de nonagression pour six mois entrerait en vigueur. Le fond américain Pardus, déjà actionnaire à hauteur de 9,7 % de la SSII française Atos Origin, repart à l'attaque début décembre de l'équipementier automobile Valéo. Détenant prés de 20 % du capital de ce groupe, le fonds Pardus explique par la voix de son président: « Valeo bouge dans la bonne direction mais pas assez vite et pas assez loin. Nous voulons que Valeo soit plus fort pour le bien de ses salariés, de ses clients et de ses actionnaires. » «Le fonds Pardus prône une stratégie en deux temps: primo, vente des activités dans lesquelles l'entreprise n'est pas leader,. secundo, focalisation sur les segments sur lesquels Valeo peut devenir un champion à l'échelle du globe.» complète le journal Les Echos du 3 décembre 2007. Numéricable, unique cablo-opérateur français, est contrôlé par un holding dont 70 % appartiennent au fonds Cinven. Selon la presse économique de début décembre 2007, ce fonds a reçu des offres d'achat de deux autres fonds, les fonds d'investissement américains Carlyle et Prudence. Le fonds Cinven pourrait leur céder la moitié de sa participation soit un peu plus d'un milliard d'euros. Après avoir récupéré, par encaissement des dividendes, les 500 millions d'euros engagés (<< investis ») pour la prise de contrôle de Numéricâble et de ses sociétés, ce fonds pourrait encaisser un milliard d'euros de gain, soit l'équivalent de son chiffre d'affaire annuel. A travers cette actualité, il apparaît que de plus en plus de groupes industriels font l'objet de prises de participation par des 18

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