L'Iran pluriel

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Cet ouvrage constitue une investigation fouillée, composée de trois parties : la première présente certains ressorts de la situation intérieure de l'Iran ; la deuxième élargit l'analyse aux principales composantes de l'hétérogénéité interne du pays et donc son environnement immédiat ; enfin, la troisième partie étudie la potentialité du chiisme iranien d'accroître son influence sur l'ensemble du monde musulman.
Publié le : vendredi 1 avril 2011
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EAN13 : 9782296804111
Nombre de pages : 434
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L’IRAN PLURIEL
   
                 
 
Du même auteur   Géopolitique de l’Arabie saoudite : des Ikhwans à Al-Qaïda , Paris, Armand Colin, 2005.  L’Arabie Saoudite : un géant ensablé , Paris, Olympio Editions, 2003.                           Carte de la couverture d’après Iason Athanasiadis       © L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris  http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr  ISBN : 978-2-296-54461-1 EAN : 9782296544611
                      
 
David Rigoulet-Roze         L’IRAN PLURIEL
Regards géopolitiques
Préface de François Géré
 
          
 
Collection lIran en transition Dirigée par Ata Ayati    La collection « LIran en transition » sinscrit résolument dans lobjectif de développement du pluralisme dans la culture iranienne. Elle le fera en portant un regard objectif sur les aspects économiques, politiques, sociaux et culturels dun pays en gestation. Cette ambition est devenue une nécessité tant dans lobservation et lénonciation des faits que du point de vue de la recherche et de la confrontation des idées.   LIRAN  sous la présidence de Mahmoud Ahmadinejad. Bilan et perspective . Sous la direction de Djamshid ASSADI, 2009.  M. A. ORAIZI, LIran : un puzzle ? 2010.  Hassan PIROUZDJOU, LIran au début du XVI e siècle, 2010.   
 
 
   Pour ma femme Magali et mon fils Aurélien
               En mémoire de Neda Agha"Soltan tuée le 20 juin 2009 à 26 ans en manifestant pacifiquement à Téhéran pour contester les résultats de l’élection présidentielle iranienne.  
 
  Avec mes remerciements tout texte aussi attentive qu’avisée.
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  0 $ /% ./   Depuis bientôt dix ans, le nombre des ouvrages sur l’Iran s’est accru de manière remarquable. Ce phénomène témoigne d’un intérêt nouveau en raison de la crise nucléaire mais aussi des profondes convulsions politiques et sociales qui secouent le pays. Les élections controversées de juin 2009 ont exacerbé les tensions, ranimé les illusions et renforcé les critiques tant à l’intérieur qu’à l’étranger. Mais dans l’ensemble cette littérature reste pauvre soit parce qu’elle est excessivement partisane, soit parce qu’elle néglige la réalité de l’Iran actuel, et plus encore son évolution au fil des trente dernières années, ce qui, dans un Iran encore fécond, correspond quasiment à deux générations. L’esprit partisan peut se répartir entre trois sources : es Iraniens en exil, et ils sont nombreux tant en France qu’en Grande Bretagne et aux Etats=Unis. Comme tous les émigrés forcés d’une révolution complexe, ils rêvent de retour et parfois du retour au pouvoir dans un pays perdu de vue depuis trente ans. Leur diversité et leurs divisions anciennes demeurent. Nostalgiques du Shah et de l’Iran impérial, anciens du parti communiste Toudeh et des syndicats ouvriers, extrémistes encore virulents des Moujahedin du peuple (d’obédience marxiste=léniniste) cherchent à obtenir des soutiens et des subsides avec, en retour, des informations « de terrain » dont la qualité et l’objectivité restent à prouver. La deuxième source, qui entretient des liens avec la précédente, rassemble tous ceux qui aux Etats=Unis ont cherché à obtenir le renversement du régime actuel. Ils rêvent et militent encore activement en faveur d’un changement de régime qui permettrait de revenir à une situation antérieure à 1980, sans avoir la moindre idée de ce à quoi elle pourrait ressembler en dehors d’un effroyable chaos dont le gâchis irakien ne serait par comparaison qu’un pâle avant=goût. Pour ce courant aujourd’hui minoritaire mais très actif, l’option militaire reste sur la table et deviendra sans doute inévitable. Les liens avec les dirigeants israéliens radicaux restent très profonds. Certes, il existe aux Etats=Unis un courant plus modéré dans ses orientations, plus sage dans ses analyses. Toutefois, il a été jusqu’à ce jour incapable d’effectuer une percée dans le dialogue tout juste entamé et jamais approfondi avec des dirigeants iraniens, manifestement divisés, incertains de leurs buts, suspects de ne pas vraiment vouloir parvenir à une solution juste, équilibrée et durable d’une crise de dix ans.
Préface
La troisième source, de loin la plus sérieuse sinon la plus puissante, se divise en deux catégories : les ennemis géostratégiques voisins de l’Iran mais aussi les rivaux religieux sunnites (le wahabbisme saoudien, le salafisme violent d’Al Qaida ). Les occasions d’affrontement ne manquent pas qui touchent à la propagation de la religion chiite, à la définition des frontières et aux richesses énergétiques qui lui sont liées. Curieusement l’affrontement avec Israël relève essentiellement du radicalisme idéologique plutôt que de la compétition géostratégique.   Considérons maintenant ce que signifie la formule « négliger la réalité de l’Iran » ? C’est s’abandonner au découragement devant l’extrême complexité de cet Etat et de ce pays riche d’autant d’hydrocarbures que de contradictions spirituelles et de tensions ethniques. C’est substituer des jugements a priori  à l’analyse de la situation telle que David Rigoulet=Roze l’a produite. Il serait tentant de chercher à établir une comparaison avec la complexité de la Chine dont les dirigeants et les diplomates ne sont pas aisément décryptables. Mais le pays est ethniquement homogène, le pouvoir solidement hiérarchisé et, par delà les luttes de factions opaques au sommet du seul et unique parti communiste, l’observateur étranger finit par retrouver la ligne générale. Rien de tel en Iran. La complexité tient à une constitution qui associe la république (par opposition à l’empire traditionnel) à un islam chiite spirituellement très riche. Les débats politico=théologiques occupent donc une place considérable entre « experts ». A cela s’ajoute le goût culturel iranien pour le seul plaisir de la discussion raffinée et complexe. Cette constitution repose elle=même sur le principe du velayat"e"faqih  qui confère une dimension eschatologique à la politique iranienne. En effet, l’autorité suprême n’est conférée à un Guide qu’autant qu’il est le vicaire forcément temporaire en l’absence de l’imâm caché dont le retour est attendu par la communauté shiite en Iran même mais aussi à travers la diaspora shiite dans le monde arabe. Enfin, pour mieux asseoir son arbitrage de Guide suprême, la subtilité de l’ayatollah Khomeiny a consisté à créer plusieurs centres de pouvoirs, certes complémentaires, mais forcément concurrents. Il en résulte une dilution des capacités de décision qui rend souvent difficilement lisible la volonté réelle de l’autorité suprême incarnée par un Guide qui, dans les domaines de la diplomatie et de la défense, mais aussi des orientations économiques majeures, impose sa marque. Ce sont ces principes subtils et ces équilibres fragiles que les incertitudes électorales de l’été 2009 ont bousculé. Au terme d’une crise d’un an, l’architecture semble s’être reconstituée mais le rapport entre les instances de pouvoir a bougé. Les Gardiens de la Révolution se sont affirmés. Favorisés par Khamenei, accédant à la main=mise sur des secteurs=clés de l’économie, ces paramilitaires, associés aux milices bassidje , ont montré que la créature s’affranchissait de son créateur et entendait faire du chef incontesté une autorité dépendante de leurs intérêts, obligée de satisfaire à leur volonté. Dans ces conditions l’homme politique, le diplomate américain, français, russe, chinois peuvent céder au découragement, voire à l’exaspération à l’égard
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L’Iran pluriel  d’interlocuteurs qui changent de position en fonction des directives reçues d’un côté ou d’un autre. Il en résulte un détournement d’attention à l’égard des processus internes de la société politico=religieuse iranienne et des dynamiques profondes qui animent l’Iran. Il en résulte aussi une schématisation : ici les « méchants », à savoir le pouvoir en place ; là les « contestataires » dont on a vu l’extrême diversité et les fortes contradictions depuis les élections présidentielles de juin 2009. M. Moussavi n’a pourtant rien d’un libéral. Et le débat actuel se situe essentiellement entre les différentes factions du camp conservateur. Le découragement à l’égard de la complexité conduit à une réduction des relations au seul dossier de la crise nucléaire, de l’obtention et de la mise en œuvre de sanctions laissant de côté un aspect que je tiens personnellement, avec beaucoup d’autres collègues français et iraniens, pour fondamental, à savoir la sécurité de l’Iran. On dit parfois, au travers d’une comparaison péjorative avec la Corée=du=Nord, que les mollahs et les Gardiens de la Révolution ne songent qu’à conserver leur pouvoir et leurs privilèges. Mais quel est le régime qui ne cherche à persévérer dans son être dès lors qu’il a plusieurs décennies d’existence et que, de ce fait, une génération de décideurs se trouve en transition vers la relève ? Or, bien trop souvent, faute de contacts et de dialogue approfondis, les Occidentaux tiennent encore sur les responsables iraniens un discours qui date des débuts de la révolution. Il faut donc y voir de plus près, dans le détail, ce que fait cet ouvrage.  0  .1  $% &'  Plutôt que de produire une grande synthèse par trop générale, David Rigoulet=Roze a fait le choix d’envoyer des coups de projecteurs éclairant au plus profond certains éléments essentiels de la complexité iranienne. L’ouvrage constitue donc une investigation minutieuse, têtue, qui en sa première partie commence à éclairer la situation intérieure de l’Iran, pour élargir ensuite sur les composantes de l’hétérogénéité de l’environnement immédiat et pour finir, en troisième partie, par l’examen critique de la potentialité du chiisme iranien à élargir son influence sur l’ensemble du monde musulman. Qu’est=ce donc qui motive les dirigeants ? De quoi l’Iran est=il capable face aux sanctions votées par les Nations= Unies ? Quelles sont ses fragilités intérieures et quelle est l’étendue de son influence au travers du chiisme ? Sur toutes ces questions, l’ouvrage procède à une sorte de relevé d’arpenteur auquel certains pourront reprocher sa distance comme une froideur proche de l’indifférence. Et cependant, qui s’engagerait dans de telles recherches si une passion ne le motivait ? Point de grande théorie brillante se voulant définitive, point d’a priori mais la volonté d’approcher au plus près de la situation réelle, par l’exposition méticuleuse des constituants et la confrontation des points de vue. L’auteur fait converger sur chacun des domaines choisis d’innombrables sources qui permettent au lecteur de se faire un jugement. Je prendrais ici quelques exemples.  
 
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Préface
Les convictions spirituelles de l’actuel président Ahmadinejad : Le président élu en 2005 puis réélu en 2009 dans des conditions difficiles est un « laïc mais certainement pas, nous avertit David Rigoulet=Roze, au sens » républicain français. Il n’appartient pas au clergé mais c’est un croyant, on pourrait dire un dévot. Soutenu par les Gardiens de la Révolution, il incarne leur pouvoir montant et manifeste une différence à l’égard des ayatollahs traditionnels, ce qui explique ses conflits avec le haut clergé. Foncièrement hostile à l’Occident, il affirme une conception sociale du Chiisme où se retrouve la pensée des « ingénieurs pieux » qui entendent affirmer leur mainmise sur l’économie et faire évoluer le pouvoir religieux dans un sens favorable à leurs intérêts. Bien évidemment, les conflits d’intérêts, y compris les plus sordides, jouent ici un rôle éminent, sans être encore forcément décisif. Le sujet présente donc un caractère central pour accéder à une compréhension de la lutte pour le pouvoir politique. Le président semble croire en toute bonne foi, si l’on peut dire, que le Mahdi est déjà sur le chemin du retour. Ceci revient à annoncer que le principe du velayat"e"faqhi  évoqué plus haut est proche de l’obsolescence. Du coup, c’est la constitution iranienne qui est appelée à disparaître et avec elle la fonction de guide suprême. Ceci explique qu’une large part des religieux traditionalistes et de la droite conservatrice multiplie les attaques contre le président. Ici, faisant preuve d’une extrême érudition, David Rigoulet= Roze entre dans le détail des différents courants rivaux du chiisme. Il insiste sur la société de l’ Hojjatieh attachée à hâter le retour du Mahdi y compris à travers le chaos politique que Khomeyni rejeta catégoriquement. Mohammed Mezbah Yazdi, mentor spirituel du président, s’inscrirait dans cette mouvance sectaire eschatologique. Mais il est bien difficile, relève David Rigoulet=Roze, de faire la part entre ce qui relève de la foi et de la superstition, pour ne rien dire de la manipulation politique. Toujours est=il que des sommes considérables sont investies dans des infrastructures de transport permettant la rencontre entre le Mahdi et la foule des célébrants. Quand ? Bientôt… Enfin, l’auteur est trop sérieux pour associer cette eschatologie à l’arme nucléaire. Récemment, un livre de Yazdi datant de 2005 a été réimprimé et largement diffusé. L’auteur, en des termes somme toute plutôt pondérés, considère qu’il serait légitime face à l’ennemi qui en est détenteur que l’Iran se dote des armes « les plus destructrices ». Mais d’emploi, il n’est point question. Reste à savoir comment ces croyances sont reçues par les très sérieux, très pragmatiques mais très pieux « Gardiens de la Révolution » qui soutiennent le président et ont veillé à sa réélection. L’étendue du territoire iranien en fait un de ces Etats contraints de veiller à la stabilité de frontières qui séparent artificiellement des ethnies linguistiquement et culturellement homogènes. Le souci de s’opposer à toute remise en cause des frontières conduit à des alliances complexes avec des Etats voisins, parfois rivaux, partageant le même souci. Ces convergences de nécessité purement locales et limitées ne débouchent pas pour autant sur une entente profonde et durable sur des buts politiques de plus grande ampleur. Les cas kurdes et azeris sont relativement connus.
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