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L'Occident et nous et vice-versa

De
240 pages
Comment reprendre le fil d'un dialogue humaniste Islam-Occident, alors que les attentats djihadistes, les crises, les guerres, les fièvres nationalistes ou religieuses, les flux des migrants bousculent les esprits de tous côtés ? L'auteur examine un certain nombre d'idées reçues, fausses, ou à prendre en considération, au sujet de l'arabité, dans ses rapports en dents de scie avec les cultures du monde. Voici une contribution éclairante au grand débat du moment.
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Abdelaziz Kacem
L’OCCIDENTET NOUS et viceversa
Préface de Chedli Klibi Postface de Pierre Hunt L’OCCIDENT ET NOUS
L OCCIDENT ET NOUS
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Abdelaziz KacemL’Occident et nous Et vice-versa
Du même auteur En arabe : -al-shams Hasâd  (La Moisson du soleil) (poésie), Ed. Ben Abdallah, Tunis, 1975. - Nawbat hubb fî ‘asr al-karâhiyyad‘amour au temps (Accès de la haine) (poésie) M.A.L. Tunis, 1991 (Prix Ibn Zaydunde l’Institut Hispano-Arabe de Culture, Madrid). -NizarQabbânî, Châ‘ir al-tahaddî wa-l-tajâwuz(N. Q., poète du défi et de la transgression) (essai), Éditions Buchrâ al-Khayr, Tunis, 2010. -Al-hâla al-chi‘riyya ‘inda Nizar Qabbânî (L’état poétique chez N. Q.), dansNizar Qabbânî, al-châ‘ir al-mukhtalif, éd. ALECSO, Tunis 2016. En français : -Tendances de la poésie tunisienne contemporaine (essai, Arabica, 1970) -Le Frontal(poésie), préface de P. Emmanuel, M.T.E., Tunis, 1983. -Polo ou le nouveau livre des merveilles Marco  (roman télématique collectif), Circa / Solin, Paris, 1985 -L’Hiver des brûlures(poésie), Cérès Éditions, Tunis, 1994. -Science et conscience des mots(essai), Cérès Éditions, Tunis, 1994. -Culture arabe / Culture française : la parenté reniée(essai), L’Harmattan, Paris, 2002. -voile est-il islamique  Le ?/Le corps des femmes, enjeu de pouvoir, (essai), Chèvre-Feuille Étoilée, Montpellier,2004- (Avec Daniel De Smet)Lumières du Levant, Abû l-‘Alâ’ al-Ma‘arrî et son temps, (essai) édit. Centre Culturel Arabe de Bruxelles, 2006 - Réédition critique dela Chrestomathie arabe de Silvestre de Sacy (avec F. Desroche, A. El Ayed, H. Ouardi et Moh. Yaalaoui), PUF, Paris, 2008 -Enfances tunisiennes(collectif), Elyzad, Tunis 2010 -Al-Andalus : vestiges d’une utopie(essai), Riveneuve éditions, Paris, 2013. -Zajalspréface de F.-P Nizery Riveneuve éditions, (poésie), Paris, 2014. -L’Occident d’une vie / Rives et dérives (essai), préface A. Miquel, L’Harmattan, Paris 2016.
À Jean-Pierre Chevènement & Dominique de Villepin
PRÉFACE Pour une approche sereine des rapports Occident-Islam
Ce livre est d’une richesse remarquable. L’auteur y examine nombre d’idées – reçues, fausses, ou à prendre en considération – au sujet de l’islam, de ses relations avec les religions monothéistes qui l’avaient précédé. Ses analyses s’appuient souvent sur des informations peu connues, étonnantes parfois, mais toujours puisées à bonne source. On peut ne pas partager certains de ses jugements à l’emporte-pièce, concernant tel ou tel pays, ou groupe d’États. Mais on est toujours séduit par la qualité du propos, l’étendue de l’information, même quand on n’est pas d’accord avec certaines affirmations de l’auteur. Ainsi, quand il dit que l’islam est, somme toute, une religion modérée. Non, il n’y a pas de religion modérée. Une religion est ce qu’elle est. Un absolu en soi. Édulcorée ou radicalisée, elle trahirait son inspiration première. Et l’islam authentique est, essentiellement, une religion fondée sur un certain nombre de principes, dont la primauté de la raison, la liberté de pensée, l’interdiction de toute agression contre autrui. Et elle est aussi une religion qui condamne le suicide. Ce sont les pratiquants d’une religion qui la déforment, souvent en poussant à l’excès certains de ses prétendus enseignements. Et c’est à eux que doivent s’adresser les critiques ou les reproches. Et quand Abdelwahab Meddeb parle de « la maladie de l’islam », c’est de « l’amnésie des sociétés musulmanes » qu’il aurait dû annoncer qu’il traiterait : cette amnésie qui leur a fait, longtemps, oublier les enseignements fondamentaux de leur religion. Beaucoup de ceux-ci ne se sont exprimés, clairement ou de manière impérative, qu’avec l’avènement de la dernière des religions monothéistes – laquelle, nous dit-On, fut révélée pour les parachever.
Dans des milieux politiques ou culturels, en Occident, on tient souvent l’islam pour la cause des maux dont souffrent les sociétés musulmanes, et d’abord cette « barbarie » qui pousse des extrémistes à s’en prendre à leurs coreligionnaires – de manière sauvage – avant de s’attaquer à des nations étrangères. Ainsi, beaucoup d’intellectuels français, faute de consulter des travaux objectifs – et il n’en manque pas – croient que les sociétés musulmanes reflètent l’image vraie de l’islam : une religion « décalée », développant une civilisation « inférieure », « arriérée », représentée par des hommes et des femmes qui vivent hors de l’histoire qui se fait autour d’eux. Le statut de religion monothéiste est bien sûr refusé à l’islam. Benoît XVI allait jusqu’à se demander si notre Dieu et Celui des chrétiens sont les mêmes. Il a fallu attendre l’avènement d’un nouveau souverain pontife pas exactement d’extraction non-occidentale, l’actuel Pape François, pour entendre un langage différent, et d’ailleurs tenu devant un auditoire lui-même non-occidental. L’auteur de ce livre montre, brillamment, que toutes ces idées reçues sont fausses et que l’islam véritable a été recouvert par les sables d’une longue décadence, qui a fait oublier, à beaucoup de ses pratiquants, les belles valeurs sur lesquelles reposait la foi islamique, et qui a donné le change aux Occidentaux. Et, d’abord, la prééminence donnée à la réflexion, au droit, à la liberté de conscience ; et, chose qu’on oublie souvent, à la dignité humaine, privilège reconnu, par le Coran même, aussi bien à l’homme qu’à la femme. Qui, en outre, parmi les laudateurs des croisades, sait que, pour l’islam, la guerre doit toujours être un comportement de défense ?
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Ce livre, de mon ami Abdelaziz Kacem, aidera, j’en suis persuadé, à corriger une vision du monde qui empêche beaucoup d’Occidentaux d’entretenir des relations normales – et équilibrées – avec notre culture. C’est ce à quoi pensait un éminent ami français, qui avait vécu à Carthage, quelques années, Raymond Barre, quand il parlait de la communauté de destin entre les pays méditerranéens. Il faut lire ce livre sans préjugé, avec un esprit de responsabilité ; car ceux qu’il faut bien considérer, aujourd’hui, comme « barbares », sont certes les produits venimeux de l’obscurantisme, mais combinés aux effets néfastes de l’injustice internationale et d’un grave déficit de compréhension entre les peuples, conséquence lui-même d’un déficit inique de dignité frappant, de manière arbitraire, des peuples qui, comme tous les hommes, aspirent à être reconnus. Avec ses diverses « croisades » – religieuses, coloniales et impérialistes – qui semèrent la haine et la rancune parmi les peuples qu’il avait opprimés, l’Occident n’est donc pas sans responsabilité, dans l’apparition des « Barbares ». Il faut qu’il se résolve à favoriser, dans les meilleurs délais, la réforme de l’ordre économique et politique international, afin que les peuples de la planète n’aient plus de raison de se sentir inégaux. Sans oublier que, dans la tragédie actuelle de certains de nos pays, il faut voir aussi les contrecoups persistants du conflit arabo-israélien. Il faut aussi reconnaître qu’on aurait pu le régler – ou, du moins, le maîtriser – à la faveur d’une des quelques grandes occasions, fournies par l’histoire et qui ont été toutes, hélas, perdues, sciemment ou non. L’approche tunisienne, d’abord, énoncée par Habib Bourguiba, qui conseillait aux Arabes d’accepter la légalité onusienne, malgré ses injustices criantes ; mais
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