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L'Orée d'un nouveau siècle

De
215 pages
Dans son discours qui annonce la réplique aux attentats terroristes du 11 septembre 2001, le président des Etats-Unis souligne bien que la guerre sera longue et mettra en oeuvre aussi bien des actions ouvertes et publiques que des actions secrètes. De plus, alors que le Congrès des Etats-Unis avait formellement interdit des actions clandestines et les meurtres, le même Congrès vota des pleins pouvoirs pour la lutte contre le terrorisme. En somme, la CIA et les principales agences de renseignement, d'espionnage et de contre-espionnage, ont à nouveau les mains libres pour opérer diverses manipulations et opérations...
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L'Orée d'un nouveau siècle
2001

Points de vue Collection dirigée par Denis Pryen Déjà parus Jean-Claude SHANDA TONME, Le Crépuscule sombre de la fin d'un siècle tourmenté. 1999-2000, 2008. Jean-Pierre MARA, Oser les changements en Afrique. Cas de la Centrafrique, 2008. René NGANOU KOUTOUZI (sous la direction), Problématiques énergétiques et protection de l'environnement en Afrique, 2008. Calixte BANIAFOUNA, La Bataille de Brazzaville. 5 juin-15 octobre 1997. Le coup d'Etat le plus long et le plus meurtrier du monde: 10 000 morts, 2008. Ange Edouard POUNGUI, A cœur ouvert pour le Congo Brazzaville, mon beau pays. Entretien avec Calixte Baniafouna, 2008. André CHAMY, Saddam Hussein: le crime et la potence, 2008.
Jean-Claude MA YIMA-MBEMBA, La Violence politique au Congo-Brazzaville. Devoir de mémoire contre l'impunité, 2008. Banianga MUNONGO, démocratie, 2008. Jean BRUNATI, nazis,2008. Congo-Kinshasa: le chemin de la

De l'esclavage

des Noirs à celui des camps

Jean-Roger ZIKA, Réflexions Gaston Kelman, 2008.

sur la question noire. Réponse à Libres propos sur les

Jean-Pierre AKUMBU M'OLuNA, réformes juridiques au Gabon, 2008.

Gaspard MUSABYIMANA, Rwanda: le mythe des mots. Recherche sur le concept « akazu » et ses corollaires, 2008. Pierre MANTOT, Le projet de société des Matsouanistes, Juste Joris TINDY-POATY, Claver Akendengué, 2008. À propos de l'œuvre 2008. de Pierre

Jean-Claude

SHANDA TONME

L'Orée

d'un nouveau
2001

siècle

L'Harmattan

DÉJÀ PARU DU MÊME AUTEUR

Le Crépuscule sombre de lafin d'un siècle tourmenté. 1999-2000, 2008.

@ L'HARMATTAN,

2008

5-7, rue de l'École-Polytechnique,

75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-06128-6 EAN : 9782296061286

JANVIER-FÉVRIER-MARS

2001

1. COOPERATIONOU CONSPIRATIONFRANCO-AFRICAINE? 2. MONDIALISATIONET DEVELOPPEMENTSEPARE 3. L'ULTIME MESSAGE DU CONGO AU SOMMET DE
YAOUNDE OU LA VERITE SUR LES SCANDALES POLITIQUES PERMANENTS DE L'IMPERIALISME 4. LE DESTIN DES CHEFS D'ETAT 5. LE DESORDRE DIPLOMATIQUE AMERICAIN 6. COMPRENDRE LE CONGO ET LE RESTE 7. FONDEMENTS DES TRANSITIONS POLITIQUES VIOLENTES 8. LE POUVOIR DE RESTER AU POUVOIR 9. DIALOGUE DE RAISON OU RUSE DE GUERRE?

1.

COOPÉRATION

OU CONSPIRATION AFRICAINE?

FRANCO-

L'histoire de la colonisation de l'Afrique, ne retient pas seulement le nom de la France, on retrouve aussi l'Angleterre, la Belgique, l'Espagne, et même l'Allemagne dans une moindre mesure. Pourtant, de toutes ces puissances colonisatrices, aucune n'a défrayé et ne continue de défrayer la chronique comme la France, à tel point que par moments, il apparaît dans l'esprit d'une perception immédiate, que ce pays assume seul, tant positivement que négativement, la responsabilité des liens entre l'Afrique et l'Europe, et détient la clé de son ouverture vers le reste du monde. Il faut tenter de comprendre ce phénomène, pour découvrir un héritage particulièrement délicat qui fait croire que les relations francoafricaines baignent dans une culture singulière et dans des pratiques particulières très loin des civilités universelles. Certes, d'un point de vue arithmétique, les pays de colonisation française sont majoritaires sur le continent, et ce fait justifie une prédominance de la France par rapport aux autres, ainsi qu'une prépondérance de son rôle sur les dossiers africains. Par ailleurs, outre la tendance des dirigeants à jouer les élèves assidus de l'ancienne métropole, la pléthore des cadres (de 70% à 90%) formés directement dans les écoles et universités françaises, constitue le meilleur ciment de l'influence de la France, et garantit l'impérialisme de sa culture et de ses valeurs. Pourtant, de plus en plus de personnes pensent aujourd'hui, que la France est tout, sauf un partenaire sérieux pour l'Afrique. La manière dont s'est déroulée la décolonisation, serait pour beaucoup dans perception négative de la France par les nouvelles générations, et serait le premier élément de différence avec les autres anciennes puissances coloniales. Ainsi, alors que les autres puissances ont décolonisé de bonne foi et ont laissé aux africains le soin de gérer leur destin, la France aurait distribué de fausses indépendances à la manière de celui qui vend un mouton en conservant le contrôle de la corde (le cas des Comores est éloquent).Cette tricherie historique aurait engendré des Etats de pacotille avec à leurs têtes des dirigeants manipulés à souhait par Paris. En somme l'évolution politique interne de toutes les anciennes colonies de la France, 7

laisse clairement penser qu'il n'a jamais été question de favoriser la construction de véritables Etats souverains. L'économie, la politique, la diplomatie et la défense sont demeurées soumises à divers réseaux des milieux agissants de ce qu'il est convenu d'appeler « la Françafrique ». Bien plus grave, ce visage de ménage incorrect et à la limite immoral, a de tout temps été renforcé par une propension de la France à ne rien faire pour favoriser l'accession aux affaires, des cadres compétents et nationalistes pour la plupart formés dans ses propres institutions. Les dures répressions dont nombre d'entre eux ont été et sont encore victimes, apparaissent ainsi comme le tribut d'une complicité, dont le but est le maintien des Etats dans un statut de dépendance éternelle et absolue, pas très éloignée des fameux DOM TOM. L'embastillement du professeur Alpha Condé en Guinée en témoigne; les assassinats des Roland Félix Moumié, Ossendé Afana, Ruben Urn Nyobe, Ernest Ouandié, et Thomas Sankara le prouveraient, tout comme le démontreraient maintenant, les victimes de l'ivoirité par ci, et les victimes des notions arbitraires d'autochtones par là. Dans cette logique, les bouffonneries d'un Bokassa, mises en scène avec la bénédiction implicite de la France, n'auraient d'autres explications, que la volonté discrète, de laisser faire tout ce qui permet d'avaliser l'infantilisme et l'absence de maturité des Africains, avec la conséquence logique qu'est la tutelle indispensable du maître. Jacques Chirac ne croyait pas si bien traduire cette réalité, lorsqu'en visite en Côte d'Ivoire, il déclarait que « l'Afrique n'est pas mûre pour la démocratie ». En somme, les intérêts pervers que cachent ces relations aux allures incestueuses, font souvent penser que les investissements français ne peuvent prospérer en Afrique que dans un environnement imparfait où le cadre institutionnel ne respecte aucun des grands principes universels, et où tout est fait contre les intérêts réels des populations. Ce sentiment est d'autant plus répandu, qu'on a aussi l'impression que la France privilégie les relations avec des individus plutôt qu'avec des Etats en Afrique, et surtout qu'elle ne porterait pas son choix toujours sur des individus recommandables selon les canons moraux que privilégient la société civile et les couches populaires. Parce que la France fait ainsi preuve d'un conservatisme dans tous 1es domaines et à

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tous les niveaux de considération dans ses relations avec l'Afrique, l'idée d'une conspiration entretenue à coup de trafics en tous genres, de guerres civiles, d'évasions organisées de capitaux et même de meurtres, semble gagner du terrain dans presque tous les ouvrages récents. Dans ce contexte, on comprend tous les mouvements d'humeur, les uns plus maladroits que les autres, qui s'étalent dès qu'on annonce une rencontre franco-africaine. Il faut dire que pour l'essentiel, la classe politique de l'opposition et la société civile dans tous les Etats du continent, contemplent avec suspicion et doute, toutes les initiatives diplomatiques de la France, dès lors que les principaux bénéficiaires semblent être les chefs d'Etats en fonction. La vérité sur le plan diplomatique, est sans doute beaucoup plus nuancée. Les sommets franco-africains ont changé de nature et ont même gagné en crédibilité et en sérieux. Initialement, il ne s'agissait que du rassemblement autour de la France, de toutes ses anciennes colonies du continent. C'était effectivement, le père et les enfants. D'un sommet à un autre, le système des Etats invités comme observateurs, en a fait une conférence de tout le continent sur ses relations avec la France. Aujourd'hui, l'évènement offre l'occasion d'une rencontre dont le prestige égale et dépasse par certains aspects, le sommet de l'OUA. L'évolution des relations internationales a rendu nécessaire, la multiplication des instances de concertation entre les Etats, et contraint les grandes puissances dans une stratégie de repositionnement mondialiste, à planifier leur coopération non plus à l'échelle d'un Etat, mais à l'échelle d'un continent. Par ailleurs, la fin de la guerre froide, la fin de la rivalité des blocs, l'atténuation subséquente de la course aux armements, et le nivellement de la compétition entre les peuples et entre les Etats sur la base des objectifs économiques, ont rendu inévitable, l'élargissement à un plus grand nombre d'Etats, des rencontres telles le sommet France Afrique, qui n'étaient jadis limitées qu'à quelques clients idéologiques ou à quelques obligés historiques. Il n'en demeure pas moins pas vrai, que si de tels sommets font dorénavant d'une nouvelle coutume de la diplomatie planétaire, le cas de la France sort de l'ordinaire pour toutes les raisons imbattables, tantôt mises en évidence. Un sommet Allemagne-Afrique ou Etats-Unis 9

Afrique, ne susciterait pas autant d'appréhensions négatives, de suspicions et de critiques, que le sommet. France Afrique. Il y a quelque chose de fondamentalement biaisé dans la manière de faire de la France avec l'Afrique. Ce n'est pas que 1es Africains ne croient pas à la sincérité et à la bonne foi de la France, c'est que les français eux mêmes ne se comportent pas de manière à rassurer les africains. Le doute vient donc d'abord de Paris, et remonte le temps jusqu'aux premiers contacts entre les deux continents. Ceux qui voient dans la coopération actuelle, plutôt une conspiration, ne bâtissent donc pas leurs arguments uniquement sur des humeurs d'universitaires déçus ou de nègres frustrés. Trop de faits, trop de déclarations, trop de morts, trop de désastres politiques et économiques, et trop de chefs d'Etats africains complaisants, incompétents ou peu soucieux du sort de leurs peuples, leur donnent raison. L'attitude particulièrement ambiguë de Paris sur les derniers développements politiques en Côte d'Ivoire, a encore démontré que les relations franco-africaines obéissent à une autre logique, teinte de cynisme et de paternalisme. Vu d'Afrique, point n'est donc besoin de savoir qui, quel parti, quelle idéologie, ou quelle secte est au pouvoir à Paris, pour déterminer la politique africaine de la France. De la monarchie à la cinquième république et après, de Napoléon à Jacques Chirac et après, le ton, les méthodes, les principes, les considérations et les motivations, demeurent les mêmes. Toutefois, des évolutions sont effectivement envisageables, compte tenu des exigences d'un environnement international fluctuant et imprévisible qui devra à brève ou longue échéance, s'imposer à tout le monde. De plus, il est certain qu'après la disparition de la scène du vieux personnel politique corrompu moulé aux combines des réseaux de l'hexagone, les choses changeront avec l'émergence d'une génération plus digne, plus compétente, mieux équilibrée et armée d'un nationalisme pragmatique. La coopération franco-africaine pourrait alors cesser d'être perçue comme une coopération de conspiration, pour être célébrée comme une coopération de développement. I.
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2.

MONDIALISATION ET DÉVELOPPEMENT SÉPARÉ

Dans le débat en cours sur la mondialisation dont Yaoundé vient d'être le théâtre d'une nouvelle passe d'armes à l'occasion du sommet France Afrique, on a de plus en plus le sentiment que l'élite dirigeante africaine particulièrement, se contente en fait de dénoncer une situation de marginalisation qu'elle a elle-même déjà contribué à créer, et dans laquelle elle ne trouve que des avantages. Si on comprend bien, ce que redoute la plupart des dignitaires étatiques qui se sont exprimés au nom des peuples du continent, c'est d'avoir à subir une évolution du monde caractérisée par la domination des nations fortes, les entreprises multinationales, et les spéculateurs financiers de toute nature, appliquant la loi du talion. En somme, ce qu'il est convenu de représenter sous le sigle de la mondialisation, ne serait autre chose qu'une dictature suprême de l'égoïsme des forts, au détriment des pauvres, des faibles, des damnés de la terre. Le développement séparé, concept très connu dans le droit international du développement politique et économique depuis sa mise en œuvre concrète en Afrique du Sud raciste sous les régimes précédents, traduirait toutes les craintes de ceux qui ici ou ailleurs, condamnent ou expriment leurs inquiétudes face à la nouvelle donne planétaire. Il convient, en toute convivialité intellectuelle et diplomatique, de s'arrêter un instant, pour s'interroger sur le statut, la qualité, la nature, le contexte, et les objectifs de ce débat. L'Afrique dans son organisation actuelle, ses dirigeants actuels, et sa configuration géopolitique actuelle, peut-elle valablement prétendre donner des leçons de solidarité à l'occident? Les élites politiques africaines sont-elles réellement qualifiées pour dénoncer les risques de marginalisation et de développement séparé que représenterait la mondialisation à outrance? Ces questions apparaîtront pour certains fanatiques des causes bruyantes, comme de la provocation, mais je suis convaincu, de ce que quelques justes garderont la tête suffisamment froide, pour accepter le miroir troublant d'une critique dont le but est essentiellement constructif. Il

En effet, pour autant que nous implorons le reste du monde de jeter un regard de justice sur l'agencement des règles devant gouverner la coopération et le commerce entre les nations, nous ne saurions nier, que les élites dirigeantes africaines ont bâti depuis plusieurs décennies, les modèles les plus choquants de développement séparé. C'est en Afrique, et surtout en Afrique, que les classes aisées, bourgeoisies administratives, potentats politiques, privilégiés intellectuels, et commerçants véreux, ont crée des îlots de prospérité où ils jouissent de tous les luxes, en confinant les zones rurales et les cités dortoirs, dans le dénuement le plus total. Partout sur le continent, les administrateurs publics ont confisqué les budgets des Etats, pour ériger des fortunes insolentes au détriment des programmes sociaux. Comment peut-on parler de pays pauvres, alors que règne ici et là en Afrique, des politiques de prédation qui ont conduit une petite minorité, à s'offrir des délices des dernières inventions technologiques avant même certains bourgeois des pays riches? Les Etats africains ont, dans les faits, et à cause des formes antidémocratiques et non transparentes de gestion politique et financière, imposé à leurs peuples un véritable développement séparé. Si l'occident est aujourd'hui montré du doigt, ce qui me semble justifié et logique, il importe pourtant de reconnaître au préalable que ceux qui se font nos avocats du moment, sont loin de réunir les conditions leur permettant de s'imposer par les seuls arguments de la pitié et de la solidarité. Nos pays sont des berceaux naturellement riches qui sont certes devenus pauvres par la faute d'une somme d'interactions allant de la colonisation jusqu'à la manipulation des régimes actuels, mais devrait-on oublier que le train de vie des hommes d'Etat en Afrique, frise un parfait scandale! Où a-t-on vu en Occident, une quarantaine de membres de gouvernements alignant chacun, une tout terrain VX Toyota, une Mercedes, et plusieurs autres véhicules pour madame, pour la famille, et pour les courses de la maison? Où a-t-on vu en Occident, des élites détentrices du pouvoir, fréquenter les meilleurs hôtels du monde au rythme de plusieurs séjours par an ? Le développement séparé, ce n'est pas une caractéristique de la mondialisation, laquelle n'est de fait, que la conséquence logique de 12

l'extension et de la facilitation des échanges liés aux progrès de la technologie. Le développement séparé, c'est l'œuvre des élites folles et égoïstes, insouciantes devant l'accroissement de la misère, et l'abandon de la majorité de leurs concitoyens dans l'obscurité de la pauvreté. Entre le discours et la réalité, il y a donc tout le fossé des écarts sociaux locaux. Il est tout simplement inacceptable que l'on puisse entendre les dirigeants africains parler de solidarité, juste en ce moment, où ils reconnaissent les faits de pauvreté dont leurs politiques sont responsables. Le plus grave dans cette orientation démagogique, c'est que l'on a pu induire des intellectuels respectables en erreur, leur faisant croire que le principal danger vient de Washington ou de Paris. A moins que ce ne soit un manque de courage, la dénonciation la plus dure devrait être concentrée sur place. Ceux qui tuent les systèmes éducatifs, payent des dizaines de millions, avec l'argent public détourné, pour inscrire leurs enfants dans les écoles à l'étranger. Ceux qui refusent d'alimenter nos dispensaires et hôpitaux en médicaments, vont se faire soigner à Paris ou à Londres. Il faut donc éviter cette facilité qui consiste à crier contre ce qui est loin, parce que l'on veut ménager ceux qui sur place font pire. L'apartheid pratiqué par les régimes racistes que l'on a connu en Afrique du sud, sévit dans des conditions plus graves dans de nombreux pays africains. Il ne faudrait pas craindre de critiquer les critiques opportunistes de la mondialisation. De nombreux villages n'ont jamais vu une seule goutte d'eau potable, et ne connaîtront pas de si tôt comment fonctionne un interrupteur pour allumer une ampoule. Des citoyens qui ont toujours payé l'impôt, meurent faute de soins. Des enfants qui chantent l'hymne national à tue tête, ne savent pas que leurs parents n'ont jamais voté librement. Des grands-mères n'ont de l'Etat, qu'une vision brutale et oppressive. A côté des lycées et des collèges sous équipés des cités urbaines, des zones rurales n'ont rien à la place, sinon des collèges crées sur le papier, mais dont les fonds pour les salles de classe, ont été détournés par les réseaux des marchés fictifs. La vie des nations dites pauvres, mais avec des administrations riches et des hauts fonctionnaires aisés, se résume en un développement séparé qui fait croire, que la mondialisation perçue comme une ultime ouverture et comme une occasion incontournable de transparence, ne 13

serait finalement pas une si mauvaise chose pour les populations africaines. A défaut d'avoir mieux par ceux qui gèrent aujourd'hui si mal le continent, peut-être que le retour à un système de domination totale des anciens maîtres donnerait au moins l'occasion à ceux qui ont des compétences claires à vendre, d'émerger et de se faire connaître. Les colons reconnaissaient et récompensaient quand même le contre maître méritant et travailleur. Le capitaliste qui vient fructifier son argent, cherchera à s'attacher les services de celui qui s'investira le mieux à la tâche. A quoi sert-il de se gausser d'un nationalisme qui ne vous nourrit pas, et qu'une poignée de cancres et de parvenus a confisqué pour son seul profit et n'hésite pas à brader au premier venu pour conserver ses privilèges de pouvoir? L'Afrique que l'on présente dans le débat sur la mondialisation en position de contestataire de l'évolution du monde vers un modèle de coopération inégalitaire, est très loin de montrer le chemin des justes et des compassions. Ce continent dont on ne connaît de noms de villes que les lieux de résidence et de travail des classes dirigeantes, est très mal parti pour donner des leçons. L'inégalité a été érigée en crime public sur la terre de nos ancêtres. Il ne faut plus demander à l'Occident d'avoir mauvaise conscience pour ses autoroutes, ses grattes ciels, et ses laboratoires, alors que des fortunes privées ici sont en mesure de financer tout cela. De Dakar à Bangui en passant par Abidjan, Nairobi, Abuja et Yaoundé, il y a un autre débat plus urgent, et ce débat là mérite toutes les attentions des pourfendeurs de la mondialisation. Pour revendiquer que l'évolution du monde bénéficie à tous les peuples, il faut déjà tout faire pour que l'évolution de son pays, le fruit de son travail, les revenus de ses ressources naturelles, profitent à tous ses citoyens. On ne peut pas dénoncer le développement séparé là-bas, et l'accepter ici. Les intellectuels qui se lancent dans ce débat devraient faire attention de ne pas se faire piéger. I.

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3. L'ULTIME MESSAGE DU CONGO AU SOMMET DE YAOUNDÉ OU LA VÉRITÉ SUR LES SCANDALES POLITIQUES PERMANENTS DE L'IMPÉRIALISME

C'est, à celui qui tient l'épée, que revient la possibilité de donner la mort. C'est à celui qui tient les moyens de communication, que revient le privilège de donner l'information. C'est à celui qui contrôle l'information, que revient le monopole de la vérité. C'est au plus fort, au plus puissant et au plus riche, que revient le droit de dicter au reste du monde. L'histoire n'aurait jamais pu être autant cruelle pour le sommet Franco-africain de Yaoundé, si elle n'obéissait pas, par une articulation dont seul Dieu a le secret, à un si pénible souci de rappeler à l'ordre, tous les participants à cette grande fête, à travers l'assassinat brutal de Laurent-Désiré Kabila. Parce que c'est au Congo que fut définitivement scellé le sort de l'Afrique moderne avec l'assassinat de Patrice Emery Lumumba, c'est encore du Congo que provient aujourd'hui, la démonstration la plus exemplaire du scandale politique permanent, de la dépendance éternelle, et de l'impossible réalisation du rêve nationaliste africain à cause de l'emprise du complexe de domination colonial et occidental. En 1960, la triste puissance coloniale belge, après l'avoir minutieusement préparé et programmé, fut la première à annoncer la mort de Lumumba qu'elle s'empressa à mettre au compte des règlements de comptes entre des nègres sauvages. Aujourd'hui, c'est encore la nostalgique Belgique, plus revancharde que jamais, qui a été la première à informé le monde entier de la mort de Kabila. Hier, les Occidentaux ne supportèrent pas la gifle infligée par Lumumba au Roi Baudouin dans un discours improvisé le jour de l'indépendance, il paya de sa vie. Aujourd'hui, les mêmes n'ont pas digéré les velléités unitaires, indépendantistes et panafricanistes de Kabila, il a connu le sort de l'autre. Au moment où à Yaoundé, on tente en deux jours et en quelques jolis discours, de faire avaler aux Africains la couleuvre venimeuse d'une mondialisation à sens unique, le traitement de l'information sur 15

l'assassinat du président de la République Démocratique du Congo, justifie toutes les réserves par rapport à ce projet. Les intellectuels, patriotes et citoyens africains de foi doivent connaître la vérité sur les événements du Congo, sur leurs origines et leurs significations profondes, et sur le personnage exact de Laurent-Désiré Kabila. Le scénario mis en place au Congo, était connu d'avance dans ses moindres détails. Kabila n'était pas le dictateur classique et l'assoiffé de pouvoir que nous présentent les médias occidentaux. C'est tout le contraire de la réalité, et il est absolument faux de prétendre qu'il n'a pour unique ambition que de reprendre à son compte les méthodes et les habits de Mobutu. La vérité c'est sans doute qu'il a péché par précipitation dès son entrée dans Kinshasa, mais pouvait-il d'ailleurs faire autrement. Il s'est ouvert trop tôt sur ses projets pour l'unité du Congo et l'intégration politique et économique de l'Afrique. Cette lancée a complètement désorienté les occidentaux et en premier lieu les américains qui croyaient détenir à travers lui, une tête de pont pour renforcer les pions ougandais et rwandais dans leur stratégie de construction d'une influence dans la sous région. Pire encore, il commit la faute alors qu'il venait de s'installer au pouvoir et que le sommet France Afrique devait avoir lieu à Paris, de déclarer cette rencontre inappropriée et de la traiter de surcroît de forum néocolonial. Les conséquences immédiates de ses manifestations de dignité et d'indépendance du leader congolais ne se firent pas attendre. Comme hier, les nations unies dans un rôle ambiguë que personne n'explique sinon par le cynisme, rentrèrent dans un jeu de faux faiseurs de paix pour distraire l'opinion publique internationale, pendant que se mettaient en place des plans précis pour occuper et dépecer le Congo, et contraindre son gouvernement à une guerre sur toute l'étendue du territoire. Comment pouvait-on refaire le pays, repenser les institutions, et organiser valablement des élections, alors qu'une coalition de forces étrangères réactionnaires téléguidée par des revanchards, assiégeait les frontières? Aujourd'hui comme hier, les TSHISEKEDI. Etienne, éternelle cinquième colonne armée et encouragée par l'impérialisme, agitaient les populations de l'intérieur au nom des droits de l'homme, paralysant ainsi tous les efforts de réconciliation, et bloquant tous les plans de relance de l'économie.

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Cette stratégie là, on l'a vue à l' œuvre contre Cuba, contre le Chili de Salvador Allende, contre le Nicaragua des sandinistes, contre l'Angola de Neto, le Mozambique de Samora Machel, et le Burkina Faso de Thomas Sankara. La mécanique consiste en une guerre sans pitié, de l'intérieur comme de l'extérieure, avec tous les moyens louches et sales, et pour les mêmes résultats. On vous crée tellement de problèmes qu'ils dévient impossible de faire autre chose que de vous défendre. On finit par assassiner le leader nationaliste, et à défaut, on paralyse complètement le pays. Des syndicats et des organisations politiques bidons financés de l'étranger fleurissent et développent une capacité de nuisance satanique. On appelle Amnesty international à la rescousse, et des rapports sur les violations des droits de l'homme sont lus quotidiennement sur les ondes des grandes stations de radio à travers le monde. Bientôt, on vous colle des crimes contre l'humanité, et des mandats d'arrêt vous empêchant même de voyager arrivent. Le tribunal pénal international prend donc le relais, et vos ennuis n'en finissent plus. Tout ce scénario a été appliqué avec un parfait machiavélisme dans le cas du Congo. Il y a moins de trois mois, Kabila a du trouvé un autre poste à son brillant et compétent ministre des affaires étrangères, Abdoulaye Yerodia, parce que la Belgique avait monté une pacotille de plainte contre lui pour crime de génocide. On a tout dit du régime du Congo, mais sauf la vérité. C'est tout le pré carré français en Afrique et particulièrement en Afrique centrale, qui s'est trouvé en réalité menacé avec le renversement de Mobutu par des révolutionnaires endurcis. Kabi 1a est en effet arrivé sur l'échiquier po 1itique continenta 1, dans un élan que seuls ont égalé Sankara, Murtala Mohamed du Nigeria, et Nelson Mandela. Et si Mandela n'a pas été assassiné, c'est du à son âge, au contenu des accords toujours secrets passés avec les occidentaux avant sa 1ibération, et 1a mise en app 1ication parfaite desdits accords dans le cadre de la commission vérité et réconciliation, astucieux poudre aux yeux du monde. Le sort du Congo demeure préoccupant, et épouse sur tous les plans, exactement les mêmes contours qu'en 1960, avec la différence notoire, que la complexité des enjeux géostratégiques dans la bande qui s'étale de l'Afrique centrale à l'Afrique australe, place dorénavant

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l'Angola, pays révolutionnaire authentique, dans une confortable situation d'arbitre, malgré la passivité inexplicable de l'Afrique du sud. Par delà tous les commentaires et les appréhensions, l'assassinat de Kabila ne fait pas que troubler la conscience de ceux qui sont réunis à Yaoundé pour célébrer une amitié franco-africaine nourrie de soupçons et d'arrières pensées, elle vient rappeler au monde entier, que les auteurs des pires crimes contre l 'humanité commis en Afrique n'ont pas encore été ni jugés ni punis. Pour s'asseoir confortablement à la table du diable, il faut l'avoir déjà dénoncé et identifié ouvertement comme étant le diable. Comment nous inviter avec nos vélos en bois de singe, dans une mondialisation où on roule à la vitesse supersonique? Personne ne refuse et ne conteste que la France aime vraiment l'Afrique et parle plus que quiconque en son nom, mais ce seul fait est-il aujourd'hui suffisant pour enrayer un passé non encore entièrement éclairci et assumé? Clamer à longueur de journée que l'on adore son épouse et lui tenir ostensiblement la main partout en public, constituent-t-ils des preuves d'amour et de ménage parfait? Le sort du Congo rappelle qu'il est temps que les colonialistes belges soient proprement et internationalement jugés. Ils sont responsables de l'éclatement en cours et de tous les autres complots contre le peuple congolais. Les Belges sont en effet responsables, au même titre que l'Organisation des nations-unies et tous les autres complices qui de loin ou de près, implicitement ou explicitement, contribuèrent à supprimer la dignité du peuple congolais et à compromettre durablement son destin. Ainsi, de scandale naturel pour ses immenses ressources naturelles, le Congo est devenu un véritable scandale politique permanent pour la pérennisation des complots impérialistes. Aujourd'hui comme hier, et sans aucun doute mieux que hier, le sort du Congo va bouleverser la carte géopolitique de toute l'Afrique, et conditionner toutes les projections géostratégiques. Le Congo n'éclatera pas, et ne sera pas définitivement balkanisé, parce que comme le répétait si bien Patrice Lumumba, son peuple ne s'est pas encore levé, et n'a pas encore dit son dernier mot./.

18

4.

LE DESTIN DES CHEFS D'ÉTAT

Les changements intervenus durant le mois de Janvier 2001 à la tête de certains Etats, notamment le Ghana, les Philippines, le Congo Démocratique, et les Etats-Unis d'Amérique, permettent pour une fois, au regard de leurs particularités respectives, d'esquisser une typologie du destin des Chefs d'Etat. Nous savons déjà qu'au Ghana, le président Rawlings a quitté pacifiquement le pouvoir après avoir assumé deux mandats comme l'autorise la constitution du pays; aux philippines, le président a été chassé du pouvoir par le peuple descendu expressément dans la rue ; au Congo démocratique, le président a été assassiné par le chef de sa garde rapprochée; aux Etats-Unis, le président a prêté serment dans un concert de manifestations et de protestations. Ce qui est fort marquant dans tous les cas de figure, c'est le fait que quel que soit le pays, la stature personnelle, le style, la culture et l'intelligence individuelle de chaque souverain, détermine grandement sa place dans l 'histoire, sa considération auprès de son propre peuple, et sa respectabilité sur la scène internationale. Cependant, il est indispensable de faire une distinction entre les Chefs d'Etat des pays totalitaires, et ceux des pays démocratiques, s'agissant d'une part, de la probabilité de finir sa vie dans un bain de sang ou dans un exil forcé, et d'autre part, de la probabilité de jouir d'une retraite paisible entourée de tous les honneurs. C'est donc comme on dit dans le jargon populaire, chacun qui trace lui même son chemin et les conditions de la fin de ses jours au pouvoir et après le pouvoir. Une observation attentive du cas des Chefs d'Etat africains est à ce sujet révélateur, d'une instabilité troublante qui fait croire que très peu d'entre eux gouvernent dans la sérénité, et ils sont encore plus nombreux à redouter la fin de leurs jours sur la terre. A ce propos, on peut distinguer deux groupes: d'une part les Chefs d'Etat qui vivent dans la peur permanente d'un renversement violent, d'un complot ou d'un assassinat, et d'autre part les Chefs d'Etat qui affichent une confiance dans leur destin et cultivent ouvertement une communion avec leur peuple. En effet, les premiers se reconnaissent 19

facilement à la militarisation excessive de leurs régimes. Généralement, l'armée régulière, tout comme les autres forces de sécurité, est délaissée au profit d'une garde prétorienne puissamment équipée et «bien entraînée ». Dans ce cas de figure, on voit le complot partout et on suspecte tout le monde. Le président ne travaille avec personne de façon durable, et son équipe subit des modifications au gré des ambitions réelles ou supposées prêtées par ses informateurs très intéressés, à tel ou tel collaborateur. Et pour bien garder le pouvoir, personne n'est jamais consacré oh confirmé comme puissant dans le régime en dehors du prInce. Dans cette logique, il est clair que le Chef de l'Etat cultive et accumule des rancœurs qui en fin de compte, le fragilise à long terme, et ne présage pas d'une fin heureuse, ni d'une retraite tranquille. On retrouve ici aussi bien des civils que des militaires, tant ceux qui sont arrivés au pouvoir par les armes, que ceux qui y sont arrivés par des élections, mais qui ont plongé peu après dans la dictature, la corruption, le tribalisme, ou l'incompétence. Il n'est point besoin de citer les Mobutu, Bokassa, et autres, pour ajouter que l'exil et tout son cortège de chagrin, est bien souvent leur voie de sortie naturelle. Le deuxième groupe est représenté par des Chefs d'Etat qui tranchent complètement avec les pratiques courantes d'abus et d'accès au pouvoir par la force, ou par des combines diverses. Il n y a aucun doute que.! 'on retrouve ici, des Chefs d'Etat qui tiennent leurs pouvoirs d'élections libres et transparentes, et qui sont par conséquent perçus comme les purs produits de processus démocratiques incontestables. Logiquement, la projection du destin d'un Chef d'Etat dans une perspective heureuse n'est concevable qu'en se situant dans des pays qui ont atteint un haut niveau d'évolution politique, de construction étatique, de consécration des droits de 1'homme et des libertés fondamentales. On ne peut donc pas s'empêcher dans ces conditions, de reposer le problème sous un autre angle, en modifiant toute la problématique. En réalité, ce qui est en cause, c'est la qualité de Chef d'Etat, compte tenu des usages qui entourent d'un pays à un autre l'exercice de la fonction, et les abus qui en résultent. On en arrive ainsi à penser que les Chefs d'Etat seraient sous certains cieux, de véritables chefs de gangs, ce qui

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expliquerait tous les risques d'attentats, les renversements violents, la mort ou l'exil au bout du compte. En somme, devrait-on définitivement admettre qu'il existe aujourd'hui, un fossé entre ce que l'on appelle président de la République en France, en Allemagne ou aux Etats-Unis, avec ce que l'on désigne ainsi en Afrique, en Asie ou ailleurs? Quoi qu'il en soit, il est indiscutable que la fragilité et l'instabilité des dignitaires, offrent une idée de la réalité de leurs statuts et surtout du contenu de ceux-ci. Personne ne conteste qu'il soit difficile pour de nombreux Chefs d'Etat africains, de dormir d'un bon sommeil chaque fois qu'ils séjournent à l'étranger. Certains gardent un contact téléphonique

d'heure en heure avec le terroir, et d'autres prennent tout simplement le
soin d'embarquer dans leurs suites, tous les rivaux et comploteurs éventuels. Il s'agit de ne pas laisser derrière, des fauteurs de troubles potentiels. En fait, les Chefs d'Etat qui sont convaincus d'être contestés parce qu'ils se maintiennent au pouvoir par la force, vivent un calvaire permanent. Ce ne sont pas des hommes libres, ni pendant, et surtout ni après le pouvoir. Pendant le règne, la peur constante du complot rend tous les moments dangereux, et toutes les amitiés éphémères. Après le pouvoir, c'est le cauchemar. Ce qui aggrave la situation et conditionne sans doute l'alternance, c'est la probabilité des vengeances et des procès interminables. La plupart des dictateurs rendraient leurs tabliers s'ils étaient convaincus qu'ils ne seraient pas poursuivis et traqués par les nouveaux régimes. Les situations connues des Pinochet et autres Mobutu ne rassure les seigneurs de l'autocratie. La pratique à laquelle on assiste de plus en plus, est celle des mesures spéciales dites d'amnistie pour conférer une certaine protection à d'anciens dignitaires, en les mettant à l'abri avec leurs familles. Il faut avouer que cette pratique a beaucoup de limites, et l'on ne voit d'ailleurs pas comment elle pourrait tenir dans certains contextes. La gestion du pouvoir se traduit pour certains clans, en abus grossiers qui ne sont susceptibles d'aucun pardon plus tard. En Afrique, le, pouvoir est une affaire presque privée qui génère des plaies difficiles à refermer par une simple loi votée hâtivement. En effet les exactions quotidiennes d'individus jouissant de privilèges insolents et se proclamant tantôt de la

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