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L'Union européenne et la mer

De
154 pages
L'Europe est un continent lié à la mer, par sa géographie comme par son histoire. Alors que reculent les puissances maritimes traditionnelles, l'UE peut-elle devenir une puissance de la mer ? Liant l'aventure communautaire future à une meilleure appropriation des enjeux de la mer, cet essai se termine par des propositons de débat, dans une perspective "d'élargissement à l'Ouest" et de dépassement par l'UE des limbes de la puissance maritime.
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L’UNION EUROPÉENNE ET LA MER









































© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-55062-9
EAN : 9782296550629
Philippe DEPRÉDURAND







L’UNION EUROPÉENNE ET LA MER

Ou les limbes d’une puissance maritime







Préface de Pierre VERLUISE








« Diplomatie et stratégie »
Collection dirigée par Emmanuel Caulier

Ouvrages parus

Marie-Charlotte BURNET, Sarah Dubreil, Anaïs Mirval, Laura
Pajot Moricheau, La Gestion des fleuves dans la stratégie d’expansion
régionale de la Chine, 2011.
Valériane ÉTÉ, Clémentine LEPAIS et Samantha VACHEZ,
Géopolitique des technologies de l’information et de la communication
au Moyen-Orient. Entre compétitivité étatique et stratégie de contrôle,
2011.
Cristina AGUIAR et Khamliènhe NHOUYVANISVONG
(ambassadeurs), Guide pratique de la négociation internationale,
2010.
D'ABOVILLE (Robert), Investissements pétroliers chinois en
Afrique, 2010,
MIGNOT (Bruno), Il était une fois des militaires. Chronique d’une
mutation en cours, 2009.
LODDO (Jean-François), Le Nouvel Ordre du puzzle des Balkans,
2009.
MALLATRAIT (Clémence), en collaboration avec Thomas
eMeszaros, La France, puissance inattendue au XXI siècle dans le
Pacifique Sud, 2009.
DEREUMAUX (René-Maurice), L’Organisation internationale de
ela francophonie. L’institution internationale du XXI siècle, 2008.
COJOCARU (Doru), Géopolitique de la mer Noire. Eléments
d’approche, 2008.
LEFEBVRE (Jean-Luc), A la recherche du cinquième élément : du
feu à l’espace, une brève histoire de conquêtes, 2008.
MIGNOT (Bruno), Regard d’un militaire sur la société française.
La République nous appelle, 2007.
MEYER (Michel), La nouvelle diplomatie commerciale brésilienne.
Lula : danse avec le soleil, 2005.



PRÉFACE





Le monde de la mer est souvent fermé à ceux qui ne sont
pas marins. Philippe Deprédurand se fait ici « passeur » ou
« timonier » pour nous aider à comprendre l’importance de cet
univers pour notre avenir commun. Qu’il en soit remercié.

Cet essai de géopolitique européenne s’inscrit, en effet,
dans une démarche constructive : offrir à chacun tous les
éléments permettant de saisir l’importance des enjeux maritimes
pour le devenir de l’Union européenne. Peuplée de plus de 501
millions d’habitants, composée actuellement de 27 États, celle-
ci doit faire valoir au mieux ses atouts dans un monde en
recomposition.

Dans cette perspective, Philippe Deprédurand excelle à
proposer une synthèse accessible portant sur les pans civils de
la puissance maritime et sur ses aspects plus militaro-
stratégiques. Il invite ainsi à réfléchir aux relations entre les
nations, l’OTAN et l’UE.

Il attire l’attention sur une sorte d’effet de ciseaux à
l’encontre de l’UE. Sa « puissance civile de la mer », notion
que l’auteur introduit, prend progressivement forme, par le biais
des Livres vert puis bleu et d’une première politique maritime
intégrée. En revanche, sa puissance navale, celle qui dépend des
flottes militaires, demeure mal affirmée, notamment à cause du
- 7 -
poids de l’OTAN mais encore du fait de la faiblesse de la
PSDC.
Avec l’audace intellectuelle que l’on enseigne à l’Ecole de
guerre (ex – Collège interarmées de défense) – où je l’ai connu
dans le cadre de mon séminaire sur la géopolitique de l’Union
européenne et de l’OTAN – l’auteur fait des propositions. Il
avance quelques pistes qui permettraient à l’Union européenne
d’avancer sur la voie nécessaire de la puissance maritime.
Lisons-le avec soin, le monde ne nous attendra pas.

Philippe Deprédurand fait ici la preuve de fortes capacités
d’analyse, d’écriture et de proposition. Alors que le Service
européen pour l’action extérieure commence à sortir des limbes,
sous la direction de Catherine Ashton, souhaitons que les
citoyens, les États membres et les institutions européennes
sachent entendre cet Appel à une politique maritime européenne
plus cohérente et plus ambitieuse.



1Pierre Verluise



1 Fondateur en 2003 du séminaire « Géopolitique de l’Union
européenne et de l’OTAN » à l’École de guerre (ex-CID, Paris, Ecole
militaire). Docteur en géopolitique de l’Université Paris-Sorbonne,
Directeur du site géopolitique Diploweb.com, Distinguished Professor
de Géopolitique à GEM. Directeur de recherche à l’IRIS (Paris) et
chercheur associé à la Chaire Raoul Dandurand (Montréal). Auteur de
nombreux ouvrages, dont « Géopolitique de l’Union européenne »,
éditions Sedes, Paris.
- 8 -






A Anne, Camille-Alice et Amaury,
pour leur patience.















Avertissement : les idées et propositions développées
au long de cet essai n’engagent que l’auteur.


SOMMAIRE


TITRE I : L’UNION EUROPÉENNE, UNE PUISSANCE
MARITIME CIVILE QUI SE DÉCOUVRE .............................. 27

Chapitre 1 : L’émergence d’une puissance maritime civile ..... 31

Chapitre 2 : Perception européenne des enjeux maritimes plus
dynamique de la mer et première politique maritime intégrée 47


TITRE II : UN POTENTIEL NAVAL PEU UTILISÉ COMME
DYNAMIQUE DE PUISSANCE ............................................. 63

Chapitre 1 : Les retards de l’Europe navale .............................. 69

Chapitre 2 : Freins géopolitiques et récentes avancées de
l’intégration navale ................................................................... 87


TITRE III : LA MER, UN PROJET POLITIQUE POUR
L’UNION EUROPÉENNE ? ................................................ 103

Chapitre 1 : La définition d’une stratégie maritime pour
approfondir l’Europe maritime et navale ? ............................. 109

Chapitre 2 : Vers une gouvernance maritime
plus ambitieuse ? .................................................................... 125
- 11 -

INTRODUCTION GÉNÉRALE


Aux origines mythiques du continent européen, bien avant
sa progressive unification communautaire, la mer apparaît
comme un élément fondateur. Issue d’une famille royale
légendaire de Phénicie, jeune vierge cueillant des fleurs, c’est
sur le rivage phénicien qu’Europe est séduite par Zeus taurin.
C’est pour une île que ce dernier lui fait quitter Tyr la maritime
et l’installer en Crète, l’île de l’alliance et de l’enfantement de
2rois régnant sur les mers .
Minos, son fils et roi, est ensuite dépeint par Thucydide
comme le modèle des Hellènes, qui se nourriront d’un rapport
intime à la mer.


Section 1. - L’Europe et la mer, dans l’espace et le temps

Au-delà du mythe, l’Europe apparaît toujours étroitement
liée à la mer, par sa géographie comme par son histoire.

« La compénétration, pour ne pas dire l’enchevêtrement,
des terres et des mers est sans doute le trait le plus saisissant de
3l’image aérienne de l’Europe ». Cette observation aérienne de
4l’espace européen montre un « continent maritime »,
péninsulaire. Adossé à la masse continentale asiatique, il en
assure la terminaison bien avant le Cap Finistère. Ses archipels
britanniques et méditerranéens, ses péninsules scandinave ou
ibérique, ses « manches » (« Manche », Otrante, Botnie…)
permettent à un Européen de n’avoir pas plus de 800 kilomètres
à franchir pour se baigner en mer.



2 Jean CUISENIER, Ethnologie de l’Europe, Paris, PUF, 1993, p 3.
3 Michel MOLAT DU JOURDIN, L’Europe et la mer, Paris, Seuil, 1993,
p 18.
4 Citation de Manuel BARROSO, propos liminaires du Livre vert, Vers une
politique maritime de l’Union, une vision européenne des océans et des mers,
Com (2006) 275, 27 juin 2006, p 2.
- 13 -


Carte 1
Un continent péninsulaire
marqué par l’influence marine







: 800 Km



Cette relative proximité est encore renforcée par un littoral
largement dentelé de quelque 100 000 kilomètres, soit plus que
les côtes russes et américaines réunies. Le rapport de la
longueur des côtes à la superficie terrestre est alors de 4
kilomètres pour mille kilomètres carrés en Europe contre moins
de 1,7 en Asie.

- 14 -
C’est donc sur un continent à la taille modeste et à la robe
échancrée, encerclé de façon assez symétrique par un vaste
océan et de nombreuses mers étroites, que se développent les
civilisations de l’Europe. S’il faut se garder de tout
déterminisme absolu, il convient de mesurer l’importance peut-
être décisive du littoral dans la riche histoire du continent
européen. C’est la thèse originale de David Cosandey,
géopoliticien suisse, qui démontre le lien existant entre la
5« dentelle littorale » et le développement économique, à
travers l’analyse fractale (valeur mathématique du caractère
complexe d’une ligne brisée). Il en a déduit le concept de
« thalassographie articulée », qui peut être ainsi résumé : « sur
le long terme, cette configuration littorale a favorisé, en
Europe, la formation d’Etats rivaux durables, ainsi que le
développement du commerce ». Autrement dit, « le continent
européen offrait une véritable infrastructure naturelle de
6développement » .

*

D’où ce constat simple : parmi les plus brillantes des
civilisations européennes, de nombreuses furent maritimes.

Jusqu’aux Grandes Découvertes, l’honneur revient aux
sociétés riveraines de la Méditerranée, « poumon et nourrice de
7l’Europe antique et médiévale ».
Athènes, archétype de la Cité qui vit de la mer,
conceptualise la thalassocratie pour assurer son ravitaillement
en blé et satisfaire l’esprit d’aventure de ses commerçants.
Rome se navalise pour assurer son hégémonie sur ce qui va
devenir sa Mare Nostrum et pour lutter contre les pirates, hostis
ehumanis generis. Byzance, avec la renaissance justinienne (VI
siècle), est la puissance maritime dominante, bien que contestée
epar les Arabes, jusqu’à la IV Croisade ; avec le sac de la

5 David COSANDEY, Le Secret de l’Occident, du miracle passé au marasme
présent, Paris, Arléa, 1997.
6 David COSANDEY, Pourquoi l’Europe dominait hier …, Le Temps
Stratégique, n° 82, Genève, juillet-août 1998.
7 Michel MOLAT DU JOURDIN, op.cit., p 49s.
- 15 -