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L'Union européenne et le nouvel équilibre des puissances

213 pages
Au sommaire de ce numéro : The power of the European Union / Le retrait de l'Europe et la montée en puissance de la Chine en Afrique / L'Union européenne en Méditérranée / L'Union européenne, l'interrégionalisme et les puissances émergentes / Rivalry, Community, or Strained Partnership ? / The issue of identity in the EU-China relationship / L'Europe à l'épreuve des paritarismes
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°
N
do SSier N° 39 | 2013
8 Antoine Mégie et Frédéric Mérand
Introduction
L’Union européenne et le nouvel équilibre
des puissances
Po Litiq Ue
eUro PÉeNNe
22 Tuomas Forsberg
The power of the European Union
What explains the EU’s (lack of) infuence on Russia?
44 Catherine Gegout
Le retrait de l’Europe et la montée en puissance
de la Chine en Afrique
Une évaluation des approches réalistes, libérales
et constructivistes
76 Elena Aoun
L’Union européenne en Méditerranée
Puissance en repli, normes en déshérence ?
106 Sebastian Santander
L’Union européenne, l’interrégionalisme
et les puissances émergentes
Le cas du « partenariat » euro-brésilien
136 Niels Lachmann L’Union européenne
Rivalry, Community, or Strained Partnership?
Relations between the European Union and the United States et le nouvel équilibre 158 Reuben Wong
The issue of identity in the EU-China relationship
des puissances
c HaNtier S de rec Herc He
188  Josua Gräbener
L’Europe à l’épreuve des paritarismes
Usages différenciés du Fonds social européen par les
organismes et fonds paritaires pour la formation continue
en France et en Italie
Lect Ure S croi SÉeS
202  Franck Petiteville
La politique étrangère européenne entre recherches
empiriques, théorisation et essai d’interprétation
So US La directio N d’aNtoi Ne MÉGie et de Fr ÉdÉric MÉra Nd
ISSN : 1623-6297
ISBN : 978-2-343-00835-6
22  €
REVUE-POLITIQUE-EUROPEENNE_GF_N39_UNION-EUROPEENNE-ET-NOUVEL-EQUILIBRE-PUISSANCES.indd 1 22/05/13 14:10
L’Union européenne
N° 39 | 2013
et le nouvel équilibre des puissancesN° 39 | 2013
L’Union européenne
et le nouvel équilibre
des puissances

SOUS LA DIRECTION D’ANTOINE MÉGIE ET DE FRÉDÉRIC MÉRAND Revue publiée avec le soutien de l’Institut des sciences humaines et sociales du
CNRS, du laboratoire Pacte Grenoble et de la Fondation nationale des sciences
politiques.
Politique européenne
Centre d’études européennes de Sciences Po
28, rue des Saints-Pères
F - 75 007 Paris
Tél. (+ 33 1) 45 49 83 52
Fax (+ 33 1) 45 49 83 60
politique.europeenne@sciences-po.fr
<www.portedeurope.org/>
©L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’école polytechnique 75005 Paris
<www.librairieharmattan.com>
difusion.harmattan@wanadoo.fr
Harmattan@w.fr
ISBN 978-2-343-00835-6
EAN 9782343008356
ISSN 1623-6297Directeur de la revue
Antoine Mégie, Université de Rouen
Directeurs adjoints
Céline Belot, Pacte, IEP de Grenoble
Frédéric Mérand, Université de Montréal
Olivier Rozenberg, Centre d’études européennes, Sciences Po
Comité de rédaction
Céline Belot, Pacte, IEP de Grenoble
Didier Chabanet, Triangle, ENS de Lyon
Dorota Dakowska, IEP de Strasbourg, GSPE-PRISME
François Foret, Université Libre de Bruxelles
Sophie Jacquot, UCL-ISPOLE, Louvain-la-neuve
Antoine Mégie, Université de Rouen
Frédéric Mérand, Université de Montréal
Romain Pasquier, CRAPE, IEP de Rennes
Olivier Rozenberg, Centre d’études européennes, Sciences Po
Sabine Saurugger, IEP de Grenoble, Pacte
Antoine Vauchez, CNRS, Université Paris 1, CRPS/CESSP
Julien Weisbein, IEP de Toulouse, LaSSP
Conseil scientifique
Pierre Allan, Université de Genève
Richard Balme, Sciences Po
Stefano Bartolini, Centre Robert Schuman, Florence
Simon Bulmer, University of Shefeld
Renaud Dehousse, Centre d’études européennes, Sciences Po
Guillaume Devin, Sciences Po
Patrick Hassenteufel, Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines
Reinhard Heinisch, University of Pittsburgh
Bastien Irondelle, CERI, Sciences Po
Markus Jachtenfuchs, Hertie School of Governance, Berlin
Jean Leca, Sciences Po
Patrick Le Galès, Centre d’études européennes, CNRS
Christian Lequesne, CERI, Sciences Po
Paul Magnette, Université Libre de Bruxelles
Anand Menon, University of Birmingham
Yves Mény, Institut universitaire européen, Florence
Pierre Muller, Centre d’études européennes, Sciences Po
Claudio N. Radaelli, University of Exeter
Andy Smith, Centre Émile Durkheim, IEP de Bordeaux
Ezra Suleiman, Princeton University
Yves Surel, Université Paris II
Assistante édition
Claudette Gorodetzky, Pacte, IEP de GrenobleDOSSIER
Antoine Mégie et Frédéric Mérand
Introduction
L’Union européenne et le nouvel équilibre des puissances 8
1 — Tuomas Forsberg
The power of the European Union
What explains the EU’s (lack of) influenc 22 e on Russia?
2 — Catherine Gegout
Le retrait de l’Europe et la montée en puissance
de la Chine en Afrique
Une évaluation des approches réalistes, libérales
et constructivistes 44
3 — Elena Aoun
L’Union européenne en Méditerranée
Puissance en repli, normes en déshérence ? 76
4 — Sebastian Santander
L’Union européenne,
l’interrégionalisme et les puissances émergentes
Le cas du « partenariat » euro-brésilien 1065 — Niels Lachmann
Rivalry, Community, or Strained Partnership?
Relations between the European Union
and the United States 136
6 — Reuben Wong
The issue of Identity in the EU-China relationship 158
CHANTIERS DE RECHERCHE
Josua Gräbener
L’Europe à l’épreuve des paritarismes
Usages diférenciés du Fonds social européen par les
organismes et fonds paritaires pour la formation continue
en France et en Italie 188
LECTURES CROISÉES
Franck Petiteville
La politique étrangère européenne entre recherches
empiriques, théorisation et essai d’interprétation 202Dossier
L’Union européenne,
et le nouvel équilibre
des puissances
POLITIQUE EUROPÉENNE N° 39 | 2013POLITIQUE EUROPÉENNE
N° 39 | 2013
Antoine Mégie et Frédéric Mérand
[p. 8-21]
IntroductionIntroduction 9
L’Union européenne
et le nouvel équilibre des puissances*
Antoine Mégie
Université de Rouen
Frédéric Mérand
Université de Montréal
epuis quelques années, l’Union européenne (UE) n’est pas ménagée. En D moins d’une décennie, elle est passée d’une zone exemplaire de prospérité
et de paix ayant abouti à l’un des plus grand succès de l’histoire en matière
de coopération régionale, à un continent en déclin afigé d’institutions inca-
pables de juguler la crise économique ou d’apaiser la défiance des citoyens. À
la croissance fulgurante de la Chine et de l’Inde, à la résurgence de la Russie
et au défi des révolutions arabes sont venus s’ajouter le psychodrame de la
zone euro et la montée en apparence irrésistible des extrêmes droites dans
plusieurs pays de l’Union européenne. Il suft de lire les titres de textes
parus récemment, surtout en anglais, pour mesurer l’esprit du temps : The
Decline and Fall of Europe, Europe as a Small Power, The Coming Erosion of
the European Union, Has the European Experiment Failed?, After the Fall ‥.
Andrew Moravcsik (2010a) est bien le seul à continuer de décrire l’Europe
« comme une superpuissance. » Pour la plupart des observateurs, l’équilibre
edes puissances qui se dessine en ce début du xxi siècle ne sera pas tendre à
l’endroit des Européens, notamment en raison de leur incapacité à façonner
l’UE comme un véritable acteur stratégique.
* Ce numéro thématique est en partie issu d’une journée d’études organisée à
l’Université de Montréal le 21 septembre 2012, en collaboration avec le Centre
d’excellence sur l’Union européenne (CEUE), le Centre d’études sur la paix
et la sécurité internationale (CEPSI), et la revue Politique européenne. Nous
remercions les participants à cette journée, en particulier Sven Biscop, Michel
Fortmann, David Haglund, Catherine Hoefer, Antoine Rayroux et Marie-Joëlle
Zahar, ainsi que les évaluateurs anonymes de la revue.
POLITIQUE EUROPÉENNE N° 39 | 201310 Antoine Mégie et Frédéric Mérand
Les ambitions ratées d’une Europe stratégique ?
Ce numéro thématique aborde de front l’avenir de l’Europe dans l’ordre
mondial. Dans ce contexte, parler d’« équilibre des puissances » n’est pas un
choix innocent. Les lecteurs familiers avec la théorie des relations internatio-
nales (RI) reconnaîtront une expression propre au courant réaliste, celui-ci
décrivant un monde sans règle ni morale, dans lequel la puissance de l’un fait
la faiblesse de l’autre, la stratégie ne peut être que belliqueuse, et seuls des
jeux d’alliance subtilement gérés suspendent l’échéance d’une déflagration
générale (Aron, 1962 ). Cette représentation des relations internationales
nourrit l’esprit du temps : si le rival chinois monte, si l’allié américain se
retire, si les Européens se détournent de la politique de puissance, cela ne
peut se faire qu’aux dépens de ces derniers. Le jeu de la politique mondiale,
pour les réalistes, est forcément à somme nulle.
Cette pensée de la Realpolitik colore l’ensemble du débat sur le rôle de l’Eu-
rope dans le monde. Si certains, comme Jolyon Howorth (2010), appellent
depuis de nombreuses années à l’élaboration d’une « grande stratégie » qui
permettrait à l’UE de s’assurer une place de choix dans un nouvel ordre
multilatéral, on constate une forte polarisation des points de vue sur les
chances de succès de cette ambition. Cette polarisation se structure entre
les tenants d’une Europe jugée capable de se doter d’un statut de puissance
grâce à sa singularité historique, culturelle et politique (Rifin, 2004 ; Laïdi,
2008 ; Moravcsik, 2010a) et ceux qui considèrent qu’une telle possibilité ne
constitue qu’un mirage loin de toute réalité présente et future, l’Europe étant
fondée, selon l’expression de Zaki Laïdi (2011), sur « l’aversion au risque »
(voir aussi Allen et Smith, 2007 ; Menon, 2008 ; Manners, 2010).
Pour les défenseurs de la première interprétation, l’adoption du traité de
Lisbonne, qui définit un nouvel agencement institutionnel et politique en
matière de politique étrangère pour l’UE, peut être considérée comme une
étape cruciale dans l’engagement stratégique de l’UE sur la scène mondiale
(Biscop, 2009 ; Biscop, Howorth et Giegerich, 2009). Passant en revue les
avantages concurrentiels de l’UE dans un monde où l’émergence de nouvelles
économies ne signifie pas nécessairement le déclin des anciennes, Andrew
Moravcsik (2010b, 91) estime ainsi que :
« Europe is the only region in the world, besides the United States, able
to exert global influence across the full spectrum of power, from hard to
soft. Europe is the only region, besides the United States, that projects
intercontinental military power. And European countries possess a range
of efective civilian instruments for projecting international influence Introduction 11
that is unmatched by any country, including the United States. These
tools include European Union enlargement, neighborhood policy, trade,
foreign aid, support for multilateral institutions and international law,
and European values. »
Les sceptiques, en revanche, pointent le déclin relatif du poids économique et
militaire de l’Europe sur l’échiquier mondial. Pour l’internationaliste Stephen
Walt (2011), l’intégration européenne est menacée par l’échec de l’euro, la
résurgence du nationalisme, l’incapacité chronique des Européens à coordon-
ner leurs actions et surtout la disparition d’un ennemi commun. Estimant
que, pour exister, l’UE devrait se poser en contrepoids stratégique aux États-
Unis, l’historien et polémiste Niall Ferguson (2012, 10) juge que l’absence
d’une légitimité politique européenne comparable à celle dont jouissent les
États nations rend cet objectif illusoire. « The European experiment has been
a geopolitical failure » conclut-il en soulignant les carences institutionnelles
et la crise économique qui afigent l’UE depuis 2008. Dans le meilleur des
cas, selon le Norvégien Asle Toje (2010), l’UE ne peut aspirer qu’à être une
« petite puissance », caractérisée par ses divisions internes, sa dépendance
envers les autres (principalement les États-Unis) et son aversion au risque.
Mettant l’accent sur le déclin relatif de l’Europe, ces commentateurs ne
vont toutefois pas aussi loin que Walter Laqueur, qui estime que les jours de
l’Europe en tant que région sont comptés. Pour W. Laqueur (2007, 2012),
les racines du malaise européen sont profondes. La crise de la zone euro
vient confirmer un déclin économique et une abdication militaire en cours
depuis les années 1970. La « chute » de l’Europe n’est pas simplement due à
la montée de nouvelles puissances, mais à sa propre dévitalisation, exprimée
dans un déclin démographique, le recours à une immigration musulmane
selon lui peu désirable et la dépendance croissante des classes moyennes
envers l’État-providence. L’historien britannique défend l’idée que ce sont
ces « réalités » démographiques et économiques qui vont marginaliser l’UE
vis-à-vis de pays tels que la Chine et l’Inde.
Entre les optimistes et les pessimistes, on retrouve un certain nombre
d’européanistes qui avancent que le seul moyen de lutter contre le déclin ou,
selon l’expression de Richard Youngs (2010) du think tank espagnol FRIDE,
la « global irrelevance » de l’UE, serait de la doter d’une vigoureuse politique
extérieure, extrovertie, internationaliste, au service de valeurs universelles.
À la vue des mandats exercés par la Haute Représentante de l’Union pour les
afaires étrangères et la politique de sécurité et le président du Conseil euro-
péen depuis 2009, force est toutefois de constater qu’aujourd’hui, la plupart
POLITIQUE EUROPÉENNE N° 39 | 201312 Antoine Mégie et Frédéric Mérand
des observateurs doutent que le développement de l’UE en tant qu’acteur
stratégique par la voie institutionnelle soit possible. Cet argument institu-
tionnel renvoie aux divers échecs d’une Politique étrangère et de sécurité
commune (PESC) mais également à l’efacement progressif des représentants
de l’UE, et ce en dépit de l’adoption du traité de Lisbonne. Les événements
sur la scène internationale qui, de la Libye au Mali, auraient pu permettre à
ces instances d’afrmer leurs nouvelles ressources et de construire leur statut
par rapport aux États membres mais aussi vis-à-vis de leurs interlocuteurs
internationaux n’ont fait que confirmer les difcultés d’établir de manière
relativement rapide et sereine une représentation diplomatique régionale
dotée d’un véritable rayonnement.
Théorie des Relations internationales et visions de l’Europe
Dans un article remarqué, paru en 2009, Ulrich Krotz se demande si l’UE est
devenue un acteur stratégique global en matière de sécurité et de défense.
Après avoir fait la liste des éléments empiriques permettant de répondre par
l’afrmative ou par la négative, il conclut son évaluation par un bilan des
diférentes théories des relations internationales :
« Which larger theoretical perspective or intellectual tradition in inter-
national relations and political science does this article’s findings and
conclusions support or challenge? That states tend to expand their political
interests and external objectives as they grow stronger is a core tenet of
classical realist thought [...] States, in this view, turn wealth into power
and capabilities shape intentions [‥.] However, a great variety of other
variables conditions European political actorhood. Factors such as the
intricate complexity of the EU’s for eign policy apparatus and Europe’s
deficient inner consolidation after significant membership growth speak
to the importance of institutional contexts and historical trajectories
– the traditional realm of historical institutionalism [‥.]. Furthermore,
European constructions of “more Europe” in foreign policy and security
afairs as something generally desirable, or of “Europe-as-not- America”,
the tenacity of diferent national foreign policy traditions within the
EU and the pan-European “community and purpose deficits” all have
to do with historically shaped or politically fabricated and potentially
change – able aspects of spheres of belonging and collective identities –
the analytical stronghold of social constructivism [‥.]   » (Krotz, 2009,
570-571).Introduction 13
Comme l’illustre cet extrait, le débat sur le rôle de l’Europe dans le monde
ressemble au mieux à une auberge espagnole, au pire à un dialogue de sourds,
car il met face à face des positions qui reposent sur des postulats radicalement
diférents. Ces postulats peuvent être utilement éclairés à travers le prisme
des principales approches théoriques en relations internationales, soit le
réalisme, le libéralisme et le constructivisme. Structurant les débats que nous
avons évoqués dans la section précédente, chaque perspective théorique,
que ce soit celle de S. Walt, d’A. Moravcsik ou de Z. Laïdi, s’auto-justifie par
des éléments judicieusement choisis parmi les nombreuses manifestations
de l’Europe dans le monde. Il semble ainsi difcile de proposer une théo-
rie objective du rôle de l’Europe dans le système international qui ne soit
pas fondée sur une vision en partie subjective de l’UE, sur une conviction
ontologique qui cadre les perceptions. À cela s’ajoute la question de l’objet à
analyser. Lorsque l’on dit que l’Europe est un « nain politique », parle-t-on
de son organisation institutionnelle, de sa difculté à forger des consensus et
développer des positions cohérentes ? Dans une perspective plus économique,
parle-t-on plutôt du déclin et de la faiblesse de son attractivité ? Ou encore,
s’agit-il d’évoquer la misère de ses moyens diplomatiques et militaires ?
En fonction de la question que l’on pose, les réponses revêtent diférentes
formes dont la compréhension nous oblige à aborder la manière dont les
principales approches théoriques des RI définissent l’Union européenne
dans son rapport au monde.
Soulignons, tout d’abord, que les questions relatives à la place de l’Europe
dans l’ordre international sont généralement articulées avec celles concer-
nant la nature politique et institutionnelle de l’UE. Il s’ensuit une série de
questionnements : L’UE est-elle la somme de ses membres ? Un acteur rela-
tivement autonome ? L’instrument de quelques grands pays ? Entrave-t-elle
au contraire l’action de ces États ? Peut-on la traiter simplement à l’instar
d’une organisation internationale ? D’un côté, les réalistes, pour qui le système
international ne peut être constitué que d’États disposant du monopole de la
violence légitime, ont tendance à traiter l’UE comme la somme de ses parties.
De l’autre, les constructivistes pensent l’UE sur le thème d’une identité com-
mune qui, sans s’être substituée à celle de la France ou de l’Italie, comporte
néanmoins un certain nombre de caractéristiques propres issues du chris-
tianisme ou des Lumières : la démocratie, le libéralisme politique, l’État de
droit, etc. Entre ces deux positions, les libéraux décrivent une Europe certes
composée d’États mais dont les relations sont fortement normées par une
interdépendance toujours plus forte qui limite leur action individuelle mais
renforce leur capacité d’action collective. En guise de synthèse, Christopher
Bickerton (2012) propose de penser l’UE comme une forme de gouvernance
POLITIQUE EUROPÉENNE N° 39 | 201314 Antoine Mégie et Frédéric Mérand
qui a transformé la nature des États qui la composent, ceux-ci étant passés
du statut d’État- nation à celui d’État- membre.
L’autre dimension qui structure le débat théorique, et indirectement le débat
public, a trait au concept de puissance. Chaque théorie des RI propose un
étalon de mesure diférent de celle-ci. On peut d’ailleurs se demander s’il
est pertinent de mobiliser dans un dossier qui se veut pluraliste la notion
d’« équilibre des puissances », fortement connotée par son usage chez les
réalistes, pour qui elle réfère à une caractéristique structurelle des relations
internationales. Pour les réalistes, la puissance est principalement militaire,
et économique dans la mesure où la prospérité permet de garantir la sécu-
rité. Lorsque S. Walt, le penseur de l’« équilibre des menaces », parle d’un
déclin continu de l’importance stratégique de l’UE, ou que Sebastian Rosato
(2011), un élève du principal représentant de l’école « réaliste défensive »,
John Mearsheimer, parle même de sa disparition, ils identifient comme cause
l’absence d’ennemi extérieur. Si l’Europe géographique s’est construite sur les
jeux d’alliance et de rivalité entre la France, la Prusse, la Russie, l’Autriche
et l’Angleterre, l’intégration européenne peut se résumer pour les réalistes
à la formule de Lord Ismay, le premier secrétaire général de l’OTAN : « To
bring the Americans in, the Russians out, and the Germans down ». Afaiblis
économiquement, divisés par la domination allemande, et réticents à utiliser
leurs capacités militaires depuis la fin de la Guerre froide, les pays européens
sont marginalisés par le conflit à venir entre les États-Unis et la Chine. Ayant
abdiqué sur le terrain de la puissance, ils sont condamnés à un inexorable
déclin que les institutions européennes ne pourront enrayer.
D’un certain point de vue, l’Europe soufre chez les réalistes de la comparaison
avec son propre passé. Laissant les États-Unis prendre en charge la sécurité
du continent, elle semble avoir définitivement écarté de son vocabulaire toute
référence à la puissance, ce qui la rend méprisable aux yeux des Russes, peu
intéressante pour les Chinois et impuissante au Moyen-Orient. Pourtant,
les Européens, certes en rangs dispersés, continuent de disposer de 25 % des
capacités militaires dans le monde, un chifre qui doit être comparé aux 5 % de
la population mondiale qu’ils représentent. Les frappes franco-britanniques
en Libye et l’intervention française au Mali rappellent certes la difculté des
Européens à coordonner leur politique de défense dans le cadre de l’UE,
mais aussi la supériorité de l’arsenal militaire de certains États comme la
France et le Royaume-Uni sur celui des pays du sud. Si l’Europe n’est plus
la tête de pont des empires coloniaux, le mot de « petite puissance » utilisé
pour la décrire est probablement exagéré.Introduction 15
En fait, c’est dans le domaine économique que l’ordre mondial connaît ses
transformations les plus importantes. L’Organisation mondiale du commerce
(OMC), au sein de laquelle les Européens ont construit leur réputation de puis-
sance civile, c’est-à-dire leur capacité d’influence à travers l’économie (Orbie,
2006), est plongée dans le désarroi depuis l’échec des négociations de Doha.
Forts de leurs capitaux gonflés et d’une croissance économique remarquable
depuis dix ans, les pays émergents réclament une part de l’influence euro-
péenne. Une perspective libérale braque ainsi les projecteurs sur le déclin de
la prépondérance économique de l’UE dans un monde qui se recentre sur les
puissances émergentes, dont les fameux BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et
Afrique du Sud) qui représentent désormais, selon les chifres du FMI, 20 % de
l’économie mondiale. Si les États-Unis peuvent espérer s’en tirer un peu mieux
à moyen terme (Brooks et Wohlforth, 2008), l’Europe soufre d’un « déficit de
compétitivité » (Schwab, 2013) aggravé par l’adoption hâtive de l’euro pour
des raisons politiques (Feldstein, 2012). Les fortes turbulences économiques
et leurs conséquences sociales, industrielles et politiques au sein des États
membres produisent de l’instabilité régionale. L’UE est dès lors présentée,
parfois de manière caricaturale, comme totalement dépassée par rapport au
1dynamisme des nouveaux acteurs économiques à l’échelle mondiale .
Si les libéraux sont souvent les premiers à observer ces transformations de
l’ordre économique, ils n’en tirent pas des conclusions aussi pessimistes
pour l’Europe que les réalistes. Pour ces théoriciens attentifs au rôle des
institutions internationales, la montée des BRICS vient réagencer l’équi-
libre des forces en créant les conditions favorables à un ordre multilatéral
fondé en partie sur le modèle de l’UE et dans lequel celle-ci aura sa place.
Le jeu à somme nulle des réalistes, par lequel le succès de la Chine signifie
ipso facto le déclin de l’Europe, devient un jeu à somme peut-être positive.
Mettre l’accent sur la part de l’UE dans les échanges économiques et les
institutions internationales nous amène à faire remarquer que, ici encore,
celle-ci demeure disproportionnée. Les États européens sont sur un pied
d’égalité avec les États-Unis au FMI ou à l’OMC ; l’UE demeure la principale
zone commerciale au monde et un exportateur net ; légèrement à la traîne
des États-Unis quant au PIB par habitant, elle laisse néanmoins le reste du
monde loin derrière en ce qui à trait à l’indice de développement humain.
L’Europe conserve donc une puissance civile incontournable dans la résolu-
tion des problèmes globaux, que ce soit sur les grands équilibres financiers,
le commerce ou l’environnement.
1 Pour une mise en perspectiv e et une discussion autour de cette émergence
supposée des BRICS, voir Thiollet (2012).
POLITIQUE EUROPÉENNE N° 39 | 201316 Antoine Mégie et Frédéric Mérand
Enfin, à la diférence des définitions militaire et économique de la puissance,
le constructivisme souligne la puissance normative de l’UE. La question,
pour les constructivistes, est de savoir si l’émergence de nouveaux acteurs se
traduit par la difusion de valeurs susceptibles d’entrer en conflit avec celles
promues par les Européens. Si on admet l’idée d’une Europe qui serait une
« communauté de pratique civilisationnelle » distincte par son identité et les
normes qu’elle afche (Adler, 2010), on ne peut s’empêcher de noter le moral
chancelant des opinions publiques et la difculté de plus en plus grande que
les institutions européennes éprouvent à faire la promotion des « normes
européennes » tant sur le plan intérieur que dans les relations extérieures.
Un tel constat conduit dès lors à rem ettre en cause l’hypothèse développée
au courant des années 2000 d’une puissance normative européenne au sens
d’une capacité communautaire à imposer par ses pratiques internes la dif-
fusion de normes universelles sur la scène internationale (Manners, 2002 ;
Laïdi, 2008).
Dans la perspective constructiviste, l’UE s’est fondée sur une volonté de
dépasser l’équilibre des puissances. Les préoccupations « déclinistes » ne
correspondent pas nécessairement à une disparition des moyens d’influence
de l’UE, mais peut-être à un appauvrissement des ressources normatives de
l’Europe via notamment un délitement de son identité particulière. Pour
plusieurs observateurs, le printemps arabe a ainsi mis les Européens face
à leurs contradictions morales (Tocci, 2011). Ni le modèle de coopération
régionale ni le modèle social européen ne semblent dorénavant exercer de
fascination. En outre, la politique d’élargissement s’est essoufée. Pourtant,
certains instruments du soft power – culture, éducation – n’ont pas été
fragilisés autant qu’on le croit par la concurrence venant d’autres régions
du monde, alors que les États-Unis semblent eux-mêmes en retrait. À titre
d’exemple, l’Europe demeure la principale zone d’attraction des étudiants
universitaires étrangers. Aussi, si on exclut l’anglais qui n’est plus véritable-
ment une langue européenne, le français et l’allemand demeurent par une
grande marge les langues les plus traduites dans le monde, suivies du russe
et de l’italien. Même si elles sont en croissance, les traductions venant du
chinois ou du russe sont toujours moins nombreuses que celles issues du
danois ou du tchèque (Unesco, 2009).Introduction 17
L’Europe, un acteur global aux répertoires d’action mul-
tiples
Nourries par les débats et les polémiques qui s’afchent dans les journaux et
les think tanks, c’est-à-dire par ce que nous avons appelé l’esprit du temps,
les théories de RI contribuent en retour à créer un certain « climat » dans
la sphère publique. Ce sont souvent les mêmes internationalistes et les
mêmes approches qui sont appelés à intervenir dans les médias, comme le
Financial Times ou Le Monde, ou encore dans les conférences publiques,
par exemple celles organisées par le Conseil européen des relations étran-
gères ou l’Institut des relations internationales et stratégiques. Face à une
telle situation, l’originalité de ce numéro réside dans la volonté de réunir
les diférentes approches explicitement posées comme théoriques afin de
vérifier/nuancer les afrmations des optimistes et des pessimistes sur le
rang de l’UE dans le monde.
Ce parti pris conduit, d’une part, à fournir un panorama relativement large
du rôle de l’UE dans l’ordre international à venir et, d’autre part, à poser les
termes d’un dialogue entre les approches théoriques, et donc à ne pas enfer-
mer notre raisonnement général dans l’une ou l’autre des visions. Comme
nous l’avons expliqué, chaque lecture tendant à amplifier une dimension
spécifique de la puissance et des mécanismes de l’ordre international, voire
une ontologie de ce qu’est l’Europe, les conclusions sont souvent antagonistes
et ne cherchent en aucun cas à interagir. Il ne s’agit donc pas de développer
un cadre et des instruments apparemment objectifs pour évaluer la place de
la puissance européenne, puisque cette mesure est fondée sur des systèmes
de croyances incommensurables.
Par ailleurs, soucieux de sortir d’un certain eurocentrisme via une étude
exclusive des institutions communautaires et nationales, nous avons opté
en faveur d’une perspective d’analyse résolument « globale » qui s’appuie
sur les relations entre l’UE et les diverses régions du monde. Notre objectif
est d’interroger de manière pragmatique, par découpage géographique, les
registres européens de puissance, leurs historicités, leurs hétérogénéités, mais
aussi leurs points communs. Il s’agit de dépasser l’approche exclusivement
sectorielle en termes de domaine économique (voir notamment Meunier
et Nicolaidis, 2006), ou de secteur militaire et stratégique (Kotz, 2009 ;
Irondelle 2011). Un tel choix se justifie enfin en raison de notre volonté de
rendre compte des diverses modalités d’interventions de l’UE (Petiteville,
2002) et d’apporter de nouvelles connaissances sur les politiques étrangères
européennes grâce à un rapport privilégié au terrain et au traitement des
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données empiriques (Petiteville et Irondelle, 2005). Afin de respecter cet
agenda, notre propos revient à nous pencher sur la façon dont les acteurs,
qu’ils soient européens ou étrangers, articulent leurs pratiques et croyances,
participant dès lors à la construction de l’avenir de l’UE comme acteur dans
un système international en mutation.
Un premier groupe d’auteurs réunis dans ce dossier inscrivent leurs contri-
butions dans la tradition réaliste, soit pour en valider les hypothèses, soit
pour les remettre en cause. Catherine Gegout propose ainsi une analyse
réaliste des actions européennes et chinoises sur le continent africain.
Documentant le retrait des Européens et l’influence croissante de la Chine,
à la fois dans les domaines économique et sécuritaire, C. Gegout souligne
les stratégies intéressées des Européens autant que des Chinois, et note
l’absence de coopération entre ces deux acteurs sur les dossiers africains.
De telles observations apparaissent conformes aux prédictions des réalistes
pour lesquels l’Afrique, terrain de jeu des grandes puissances avides de res-
sources naturelles, illustre le déclin relatif de l’Europe. À partir d’une analyse
théorique du pouvoir de l’UE sur la scène internationale qui accorde un rôle
déterminant aux relations avec la Russie, Tuomas Forsberg montre pour sa
part comment l’UE tente de combiner, voire de remplacer, les ressources
stratégiques classiques (tel que le pouvoir militaire) avec de nouvelles res-
sources (énergétiques notamment). Une telle stratégie n’entraîne pas alors
obligatoirement un accroissement de l’influence européenne.
Un second groupe d’auteurs souligne, quant à lui, les apories des notions
de puissance civile ou normative. L’Union produit des positions ambiguës,
voire contradictoires en matière de politique étrangère, ce qui peut avoir
pour efet de subvertir ses propres intérêts économiques ou ses valeurs.
Par exemple, Sebastian Santander explique comment, alors que l’UE a fait
depuis cinquante ans de l’interrégionalisme la clé de v oûte de ses relations
extérieures, les institutions communautaires inscrivent de plus en plus leurs
relations avec l’Amérique du Sud dans une logique de négociations bilatérales,
en particulier avec le Brésil, reléguant les enceintes multilatérales au second
rang. Interrogeant l’idée de la puissance normative à travers les tensions qui
existent entre acteurs européens et méditerranéens, Elena Aoun conclut, elle
aussi, à un décalage entre les discours et les réalités concrètes de la politique
de l’UE. Les comparaisons qu’elle développe autour du conflit au Sahara et
du conflit israélo-palestinien apportent un début de réponse à la question
de la relativité et de la diférence des normes construites et appliquées par
l’UE dans ses relations extérieures.Introduction 19
Enfin, s’éloignant de la notion de puissance normative, un troisième groupe
d’auteurs cherche à renouveler la réflexion constructiviste en mettant l’accent
sur les relations intersubjectives entre l’UE et ses partenaires, plutôt que
sur la puissance exercée par l’UE elle-même. Niels Lachmann souligne que
la relation transatlantique est marquée par un éventail de configurations
relationnelles allant de l’idée de communauté à celle de compétition et
même d’indiférence entre États européens et États-Unis. C’est dans une
démarche similaire que Reuben Wong analyse l’évolution et la diversité des
relations entre l’UE et la Chine. Il fonde sa réflexion sur l’étude des identités
et des représentations que chaque acteur construit de l’autre. La prise en
compte d’une telle dimension permet d’expliquer la relation entre actions
et au sein du registre européen de puissance et dans quelle
mesure les autres acteurs, en l’occurrence la Chine, participent également à
la définition de l’UE sur la scène mondiale. À l’instar de C. Gegout, R. Wong
met, lui aussi, en lumière le fossé qui existe entre ces deux acteurs.
À travers l’articulation de ces contributions aux visions théoriques plura-
listes, nous cherchons certes à proposer un regard exhaustif sur la question
de la place de l’UE dans le monde, mais également à ouvrir la possibilité de
mieux appréhender la manière dont les acteurs, dans leur diversité et leur
subjectivité, se représentent la place et l’avenir de l’UE dans le monde. À la
suite de ce panorama qui se veut cumulatif la question qui mérite d’être posée
réside dans le fait de savoir s’il est possible de faire converger ces représen-
tations, souvent très diverses, avec les attentes théoriques et, pourquoi pas,
une certaine réalité objective.
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