//img.uscri.be/pth/a58eb885899017360b4ccd356f177c1276317e2d
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

La Chine et la mer

De
222 pages
La Chine d'aujourd'hui est très largement tournée vers la mer. Cette interface composée du littoral et des mers proches apparaît marquée par les conflits. Les enjeux balaient tous les secteurs : sécuritaires, mais aussi technologiques, énergétiques, commerciaux, le long d'une façade maritime qui s'adapte à vue d'œil. Les lieux de tensions demeurent et cet aspect des choses fait l'originalité de la situation : les vieilles querelles de voisinage se nourrissent de calculs planétaires. Une poudrière maritime ?Š
Voir plus Voir moins
LA
CHINE
ET
LA
MER
5-7,
rue
de
© L’Harmattan, 2011 l’École-polytechnique ;
75005
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-56394-0 EAN : 9782296563940
Paris
LA
Sous la direction de Hugues Tertrais
CHINE ET LA
Sécurité en Asie
MER
et coopération régionale orientale et du Sud-Est
Collection « Inter-National » dirigée par Denis Rolland avec Joëlle Chassin, Françoise Dekowski et Marc Le Dorh
Cette collection a pour vocation de présenter les études les plus récentes sur les institutions, les politiques publiques et les forces politiques et culturelles à l’œuvre aujourd’hui. Au croisement des disciplines juridiques, des sciences politiques, des relations internationales, de l’histoire et de l’anthropologie, elle se propose, dans une perspective pluridisciplinaire, d’éclairer les enjeux de la scène mondiale et européenne.
Série générale (dernières parutions) : Denis ROLLAND,La crise du modèle français, 2011. Georges CONTOGEORGIS,L’Europe et le monde. Civilisation et pluralisme culturel, 2011. Phivos OIKONOMIDIS,Le jeu mondial dans les Balkans. Les relations gréco-yougoslaves de la Seconde Guerre mondiale à la Guerre froide, 2011. Lucie PAYE-MOISSINAC, Pierre ALLORANT, Walter BADIER,Voyages en Amérique, 2011. Jean-Marc ANTOINE et Johan MILIAN (dir.),La ressource montagne, Entre potentialités et contraintes, 2011. Carlos PACHECO AMARAL (éd.),Autonomie régionale et relations internationales, Nouvelles dimensions de la gouvernance multilatérale, 2011. Denis ROLLAND (coord.),Construire l’Europe, la démocratie et la société civile de la Russie aux Balkans. Les Ecoles d’études politiques du Conseil de l’Europe. Entretiens, 2011. Aurélien LLORCA,La France face à la cocaïne. Dispositif et action extérieurs, 2010. Guillaume BREUGNON,Géopolitique de l’Arctique nord-américain : enjeux et pouvoirs,2011. Maria Isabel BARRENO,Un imaginaire européen,2010. Alicia BRUN-LEONARD, Constance d'EPANNES de BECHILLON,Albert Brun, un reporter insaisissable. Du Cuba Libre d'Hemingway à la capture de Klaus Barbie. 40 ans d'AFP, 2010. Erwan SOMMERER et Jean Zaganiaris (cood.),L'obscurantisme. Formes anciennes et nouvelles d'une notion controversée, 2010. Estelle POIDEVIN,L'Union européenne et la politique étrangère. Le haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune : moteur réel ou leadership par procuration (1999-2009) ?, 2010.
Introduction Hugues TERTRAIS
SOMMAIRE
LES HÉRITAGES La«piste Ho Chi Minh » maritime, itinéraire méconnu Christopher GOSCHA Un test : la crise des détroits (1958) Nicolas VAICBOURDT La perception des attachés de défense français dans la zone Pierre JOURNOUD Vu de Beijing : lévolution de la conception maritime de la Chine depuis les années 1950 YANGBaoyun Mondialisations, tradition maritime chinoise et Méditerranée asiatique François GIPOULOUX DE NOUVEAUX ENJEUX Les transferts de technologie dans le développement de la marine chinoise Alexandre SHELDON-DUPLAIX Locéan Pacifique dans la vision stratégique américaine Colonel Loïc FROUART Vers un«hub » énergétique ? Hervé L'HUILLIER Les ports chinois et la route maritime de lAsie Antoine FRÉMONT Vu de Paris : les contraintes de l«ascension pacifique » Amiral Alain OUDOT DEDAINVILLE
7
17 31 45 55
65
79 89 101 115 129
LES LIEUX DE TENSION
Lespace maritime chinois et le droitinternationalde la mer François CAMPAGNOLA
Entre Chine et Corées, une délicate délimitation Sébastien COLIN
Le litige sur-insulaire Senkaku-Diaoyutai Philippe PELLETIER
La question de la frontière maritime dans le golfe du Tonkin NGUYENThi Hanh
La stratégie chinoise en mer de Chine du Sud Général (2s) Daniel SCHAEFFER
Postface Général dArmée (CR) Christian QUESNOT
Orientation bibliographique Index des noms de personnes Index des noms de lieux
137
149
163
171
185
203
205 213 215
INTRODUCTION
Hugues TTRERSAI Université de Paris 1-Panthéon Sorbonne
Les signes se multiplientmais les dirigeants chinois naiment pas le motde lémergence dune puissance maritime chinoise. En avril 2009, àloccasion du 60eanniversaire de la création de la marine de lArmée de libération, les autorités navales de Beijing annoncent un ambitieux plan de modernisation de la flotte, devantêtre dotée dune renforcée de frappe et de projection en haute mer.ÀdrlefanipraitnehiapCa,clat0é82c0i participe égalementàlopération internationale de surveillance du trafic maritime dans le golfe dAden. Il est vrai que, depuis lannée précédente, Shanghai occupe la première place des ports mondiaux en tonnage, devant Singapour et Rotterdam : il nest plus rare en effet de croiser sur le canal de Suez un porte-conteneurs géant affrété par un opérateur chinois. Il ne sagit pasàproprement parler dun« sur la scretour »ène maritime mondiale, même si la mémoire nationale a retenu le périple de lamiral Zheng Heàtravers locéan Indien, jusquaux côtes somaliennes, au début duXVesiècle. La Chine navait encore jamais eu de flotte commerciale et militaireàvocation mondiale, comme elle semble maintenant en prendre le chemin. Lintérêt de la Chine pour la mer nen est pas moins ancien : il remonte pour lessentielàlépoque de la dynastie des Song (Xe-XIIIes.), plus particulièrementàla période dite des Song du sud (1126-1260), dont lactivité commerciale et maritime gravite autour de Hangzhou, actuellement au sud de la grande métropole de Shanghai. Les jonques chinoises faisaient alors pleinement partie du paysage des mers du Sud. Lépoque mongole et partiellement celle des Ming prolongent cet intérêt, mais la Chine paraît se recentrer sur lespace continentalàpartir duXVesiècle, alors que les premiers navires portugais se lancentàlassaut de la planète. Vue de la Cité interdite, doùle pouvoir impérial Qing (Mandchou) construit auxIIXVeetXIIVIesiècles la« la mer »,plus grande Chine deviendra globalement le lieu par oùle malheur arrive. Les commerçants navigateurs européens ne sont vraiment menaçants quauXIXesiècle :
8
Hugues TERTRAIS
mêmutrliseloPrsaepÉgais sentinstallàMacaqteualrrPeo1n55e7euroc installée làglise missionnaire rayonne sur toute lAsie, leu influence paraît rester périphérique. Mais la force de frappe occidentale, dabord commerciale et bientôt militaire, qui grossit avec les progrès foudroyants de la technique tout au long duXIXesiècle, impose alorsà Beijing de multiples pertes de souveraineté dans la zone littorale et maritime. Hong Kong passe en 1842 sous souveraineté britannique par le traité de Nankin (Nanjing), après la guerre dite«de l alorsopium », que les premières«sont autorisées. En 56 ans et parconcessions » vagues successives, de Canton (Guangzhou) au sudàWeihaiwei au nord, celles-ci et plusieurs«territoiresà répartis en une quinzaine debail », sites sur le littoral et le cours du Yangzi, y font reculer la souveraineté chinoise. Les concessions, vastes quartiers en extraterritorialitéà proximité des grandes cités traditionnelles, deviennent dailleurs les nouveaux pôles de lactivité économique en Chine. La menace japonaise, nourrie après 1868 par les progrès de la révolution Meiji, se profile bientôt derrière celle des Occidentaux. La guerre sino-japonaise de 1894-1895, conflit naval rapidement gagné par Tokyo, assureàce dernier la souveraineté sur lîle de Taiwan (Formose) et fait reculer linfluence chinoise sur la Corée. Le Japon, on le sait, ne sarrêtera pas là: après avoir imposé une défaire militaire aux Russes en 1904-1905, il lorgnera de plus en plus sur une Chine largement désorganisée, annexerade façon certes déguiséela Mandchourie, sinstallera au nord de la Grande Muraille avant de tenter, par linvasion militaire, dimposer un ProtectoratàlEmpire du Milieu. Dans la situation nouvelle créée par la défaite japonaise de 1945 et bientôt par la révolution chinoise de 1949, la zone littorale et insulaire séparant la Chine du Japon constituera une frontière et un nouvel enjeu. Tel est larrière-plan historique du dossier constituant cet ouvrage, qui chercheàexaminer les relations quentretient depuis 1954 la Chine avec la mer, donc avec une bonne partie de ses voisins, en termes de sécurité et de coopérations régionales. La Chine conserve toujoursmême amendéle régime communiste proclamé le 1eroctobre 1949àBeijing. Mais le monde a connu dans ce dernier demi-siècle un formidable basculement géostratégique, le faisant passer, au tournant des années 1990, de la confrontation soviéto-américaine, qui traversait la planète entière,àun monde dabord unipolairela toute puissance américainemais de plus en plus éclaté et multipolaire : la nouvelle Asie,àlinstar de la Chine, y acquiert une position forte,àdéfaut dêtre stable, presque une nouvelle centralité. Les relations de la Chine et de son espace maritime en ont étéàla fois le témoin, le révélateur et le lieuun lieu oùse joue une partie des relations internationales de demain.
Introduction
9
En 1954, la Guerre froide, plutôt chaude sur ce versant du monde, semble avoir achevé de restructurer lAsie pacifique. La conférence de Genève sur les guerres de Corée et dIndochine, alors que cette dernière vient de se terminer, pour lessentiel, dans la cuvette de Dien Bien Phu, ny trouve aucune autre solution que de revenir austatu quo antecelui de 1945, marqué par la division Nord-Sud des péninsules coréenne et indochinoise, conçue pour y organiser le désarmement des troupes d retour donc au 38occupation japonaise :eparallèle en Corée, ce qui correspondaitàléquilibre des forces après trois ans de guerre ; retour, non pas au 16eparallèle, comme en 1945, mais au 17e, pas très loin,à lissue dun conflit territorialement plus confus. La même année, Pacte de Manille, lesÉserttemea,deipruisUns-attdennttetvecparle lOrganisation du Traité de lAsie du Sud-Est (OTASE), une sorte dOTAN asiatique, mais qui ne prouvera jamais son efficacité. La ligne de front de Guerre froide descend dès lors depuis la Corée,à la hauteur donc du 38eparallèle, jusquau Vietnam, au niveau du 17en , e passant par le détroit de Taiwan (Formose) séparant les irréconciliables République et République populaire de Chine. Au sud, sa mise en place a déjàentraîune reconfiguration du premier conflit indochinois. LaRépublique démocratique du Vietnam (RDV) utilisait largement, via le Centre Vietnam, jamais repris par les troupes françaises, les possibilités offertes par la route maritime pour ses ravitaillements de tous ordres : dès le début des années 1950, ce rôle vital pour la résistance vietnamienne joué par la mer de Chine méridionale est remis en cause. Comme lexplique Christopher Goscha, la RDV se voit contrainte de repenser ses lignes dapprovisionnement dans lintérieur même de la péninsule (voir«Lapiste Ho Chi Minhmaritime, itinéraire méconnu », p. 17). La voie maritime, sérieusement contrainte par la pression des forces navales françaises, puis américaines, ne sera jamais complètement abandonnée par la République démocratique du Vietnam, même si la «piste Ho Chi Minh » proprement dite, terrestre donc et même trans-indochinoise, jouera ensuite le premier rôle. Cette ligne de front maritime de la Guerre froide, qui referme un bloc continental communiste centré sur la Chine et adosséàlURSS, connaît une grave crise en 1958àpropos desîles Quemoy et Matsu situées du côté continental du détroit de Taiwan,à250 ou 300 kilomètres de la grandeîle et demeurées sous le contrôle de Chiang Kai Shek. Plus barricadées que jamais, elles subissent en août 1958 des bombardements dartillerie massifs, qui vont durer quelque six semaines. Ce violent épisode, ainsi que lanalyse Nicolas Vaicbourdt, aura valeur de test (voir« des tensions : p. 31) », la crise des détroits (1958) :Un test sont apparues entre Beijing et Moscou, et la Chine simpose désormais,
10
Hugues TERTRAIS
dans la perception américaine, comme une puissance régionale avec laquelle il va falloir compter. Toutes ces évolutions gardent en effet une certaine opacité. La France le sait bien, qui rouvre en 1964 son ambassadeàBeijing mais nest plus, au moins depuis dix ans, la puissance asiatique quelle a pu êDéfense en poste dans la région, y compris en ses attachés de tre : Chine même, peinentàconnaîMarine de libération, ses moyens ettre la ses ambitions. La Chine sen tient cependant, par la force des choses,àla défense côtière, ce qui ne la met pas moins en contact avec laVIIeflotte américaine, justifiant aux yeux de Beijing plus de quatre cent «avertissements sérieux »àWashington. Mais, comme lexplique Pierre Journoud, malgré la modestie des moyens et par-delàles convulsions politiques, un certain volontarisme se fait jour pour une vraie ambition maritime (voir«La perception militaire française de lévolution maritime de la Chine dans les années 1960 », p. 45). Les années 1970 constituent un tournant, marqué par la visite de NixonàPékin (1972), la mort de Mao Zedong et de Zhou Enlai (1976) et le lancement des réformes qui allaient assurer la modernisation de la Chine. Avant mêla Chine populaire affirme ses droits surme ce virage, un espace maritime considérable. Les premiers moyens nouveaux dont elle veut se doter apparaissent assez tôt : une flotte submersible entre ainsi en activité en 1954. Mais la politique de réforme et douverture mise en placeàla fin des années 1970 accroît en proportion lintérêt de Beijing pour lespace maritime. Elle exige, comme le précise Yang Baoyun, de passer de la défense côtièreàune autre échelle stratégique, celle qui permet sassurer le contrôle dune vaste zone économique exclusive et au-delà(voir«Vu de Beijing : lévolution de la conception chinoise sur la mer depuis les années 1950 », p. 55). Lactuel développement de la Chine suppose en effet de participeràla sécurité des grandes routes dapprovisionnement. Sa stratégie maritime accompagne sa«montée paisible » en puissance. Mais oùse situe le c Tout en ?ur de ce nouvel horizon maritime renouant avec son lointain passé naval, la Chine inscrit son activité dans lespace maritime transnational qui se construit dans la région et qui, peut-être, en constitue le véritable centre. Reliées par des réseaux marchands internationaux, les métropoles portuaires structurent ce corridor maritime de lAsie de lEst dont la Chine nest que lune des pièces. Assiste-t-onàun basculement thalassocratique de la Chine, sinterroge François Gipouloux ? (voir«Mondialisation, tradition maritime chinoise et Méditerranée asiatique », p. 65). Les enjeux sont multiples. Lédification dune marine de guerre de même niveau accompagne bien sûr cette adaptation stratégique. Avant la