La chute de Bagdad

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Dans les mois qui suivent la chute de Bagdad, l'anarchie qui s'aggrave chaque jour en Irak, provoque un sentiment de malaise en occident. Ce livre est la chronique d'une guerre controversée qui a dressé l'une contre l'autre la force et la conviction d'une nation et tous les défenseurs de la légalité internationale. On y retrouvera l'affrontement des arguments et des doctrines des camps du oui et du non, ainsi que le journal des combats, d'après les récits des correspondants de guerre.
Publié le : dimanche 1 février 2004
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EAN13 : 9782296348967
Nombre de pages : 314
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LA CHUTE DE BAGDAD
Chronique d'une guerre controversée I A mon fils Guillaume FIT JON,
étudiant en communication, et à tous les correspondants
de guerre en Irak. Alain FILLION
LA CHUTE DE BAGDAD
Chronique d'une guerre controversée
L'Harmattan L'Harmattan Hongrie L'Harmattan Hahn
5-7, rue de l'École- Hargita u. 3 Via Bava, 37
Polytechnique 1026 Budapest 10214 Torino
75005 Paris HONGRIE ITALIE
FRANCE
L'Harmattan, 2003
ISBN : 2-7475-5842-8
EAN : 9782747558426 AVANT-PROPOS
« Il est temps que la conscience humaine
se réveille... il est temps que ce monstrueux sommeil
des consciences finisse »
Victor Hugo
(après les massacres de Napoléon III)
« La guerre est un constat d'échec, elle ne doit être utilisée qu'en
dernier recours, lorsque toutes les voies de la diplomatie ont été
épuisées », cette pensée à soutenu la conviction de la France
pendant toute cette joute diplomatique entre la conviction de
Jacques Chirac et la doctrine de G.W. Bush. Depuis le 12
septembre jusqu'au 7 mars, même s'il a progressivement laissé
émerger des motivations de circonstance, l'unique dessein de la Maison- Blanche se résume à : « Saddam va payer » tandis qu'en
face, la France n'a jamais changé de cap.
On a vu s'affronter la force contre le droit international dans le
but de détruire une autre force qui méprise les droits humains.
Cette lutte historique n'a eu que deux résultats : des vaincus et
des victimes. Les deux principaux protagonistes, Washington et
Paris, G.W. Bush et Jacques Chirac, ont divisé le monde en deux
camps entraînant chacun, l'un dans sa doctrine, l'autre dans sa
conviction, la moitié de la planète. Et cela pour savoir si, quand
et comment ont allait anéantir un despote et blesser pour le
sauver, un peuple malheureux après un demi-siècle de séismes
politiques, suivi de 20 ans de misère.
Voilà pour les victimes. Les vainqueurs ce sont les armes et la
technologie, les vaincus ce sont la diplomatie, le droit et les
institutions. G.W. Bush et ses faucons néo- conservateurs n'ont
pas su gérer le capital de sympathie du monde acquis depuis le
11 septembre 2001. Jacques Chirac et les Européens n'ont pas su
convaincre ni l'Europe, ni les autres nations du Conseil de
Sécurité. Des deux côtés, c'est un constat d'échec de la
diplomatie.
Ce qui l'a emporté c'est la force et sans délai, contre la légalité
assortie d'une paix différée à plus tard. L'impérieuse et urgente
nécessité ressentie par une Amérique traumatisée par le
11 septembre, contre la sagesse et la noble idée de paix, soutenue
par l'immense voix des peuples à travers le monde.
L'un, convaincu de l'urgence a pensé opérer l'abcès à chaud,
l'autre, prévoyant l'avenir a voulu en tirer une expérience
thérapeutique applicable ensuite aux autres abcès du monde.
L'histoire dira s'il y avait ou non urgence. Si le despote de Bagdad
est reconnu coupable, l'action américaine s'en trouvera a
posteriori légitimée. Si l'on découvre, au contraire, qu'il n'y avait
pas d'armes de destruction massive opérationnelles, la conviction
8 française et le camp du refus remonteront dans l'opinion des
gouvernements. Dans les deux cas, pour les opinions du monde
entier, la voix généreuse de la France restera toujours portée aux
nues. Mais même dans ce dernier cas, les dirigeants américains
garderont de la France dans cette crise, l'image incompréhensible
d'un empêcheur, d'un discoureur distingué mais angélique, d'un
conseiller mais pas d'un payeur. Faut-il craindre un remodelage
de l'ONU, vieux projet dans les cartons, où la France perdrait ses
privilèges ou bien penser, comme Jacques Chirac, que tout sera
oublié ? C'est sans importance. Aux nues dans les opinions
publiques du monde, la France ne perdra-t-elle pas en influence
politique ? La France pourra toujours prétendre après coup, que
la poursuite des inspections quoique lentement engagée, aurait
fini par payer, sans faire de victimes. La France dira qu'il n'y avait
pas le feu au lac. Elle soutiendra que même coupable,
Saddam Hussein, le pistolet sur la tempe aurait fini par rendre ses
armes. Mais serait-il pour autant parti ?
La guerre a commencé par une illusion. L'opération « choc et
stupeur » ... et tremblements (pardon Amélie Nothomb) qui
pensait décapiter le régime, n'a fait trembler que palais et
pyramides, mais à l'intérieur pas de pharaon. Au contraire, bien
vivant, le raïs gagne la première bataille : celle des images. Il les
déguste en ricanant et en soufflant au plafond de longues volutes
de son havane. « Bush le petit... » aurait articulé le despote dans
une séance d'imprécation le 21 mars. Tiens, le raïs aurait-il des
lettres ? Ferait-il référence au pamphlet de Victor Hugo intitulé
« Napoléon le petit » 1, où il fustige le massacre des Parisiens par
Napoléon III le 2 décembre 1851 ?
Pendant ce temps, les Chiites résistent dans toutes les villes du
Sud. Des Irakiens en civil harcèlent durement les convois de
Sème
ravitaillement, à Nassyria, Nadjaf et Karbala. Au jour de
guerre, le véritable visage de l'ennemi se révèle sous son vrai jour,
Victor Hugo « Napoléon le petit », Editions Nelson.
9 c'est la guérilla. Une guerre à mort contre l'envahisseur, qui se
voulait libérateur. Dès ce moment, chose impensable jusqu'à ce
jour, l'armée se plaint ouvertement de n'avoir pas été préparée à
ce genre de guerre. Le Pentagone aurait grossièrement sous-
estimé la capacité de combat des Fedayin.
Ce à quoi, piquée dans son honneur, la Maison Blanche a
répliqué que c'était là des critiques idiotes (« sie »). L'opinion
selon laquelle Donald Rumsfeld, le ministre américain de la
Défense, se serait trompé de guerre, est donc de celles qui
eussent arraché au Grand Duc de Malborough son exclamation
fameuse : « Sottise ! Sottise ! . Le ton est alors monté au
Pentagone, déjà le siège d'observation peu amène sur la mauvaise
appréciation des promesses turques et la pénurie consécutive de
soldats sur le front Nord. De ces querelles qui, du fond du
Pentagone, ont transpiré au grand jour, il est sorti la décision de
renforcer l'armée par 120.000 hommes supplémentaires.
L'après Saddam, le troisième acte du drame est arrivé porteur de
plus de questions que de réponses. La solution pour l'avenir reste
floue.
Après avoir chassé le clan au pouvoir, l'ambition d'installer une
démocratie en Irak est-elle réaliste ? Rassembler ne serait-il pas
déjà un succès ? Apporter un peu de pluralisme et de respect des
libertés individuelles, éviter l'ébullition et le regain de terrorisme
international ne serait-il pas déjà une victoire ? Il restera les deuils
et la reconstruction, il restera à savoir comment G. W. Bush
entend conduire et organiser sa nouvelle gouvernance du monde,
s'il entend régner seul sur la planète. Au-delà de l'expression
instinctive qui embrase aujourd'hui la rue arabe, il devra
s'attendre à voir se construire une opinion et une société civile
arabe et islamique, d'un bout à l'autre de l'ancien empire
ottoman, où règnent aujourd'hui les dictatures. Il devra s'attendre
à la levée des peuples. Napoléon a voulu le faire, aucune armée
ne lui a résisté, ce sont les peuples qui l'ont vaincu. Dans cette
10 perspective, l'Europe ne doit plus tourner en rond, les discours
creux de Bruxelles doivent laisser la place à la décision lucide.
Si l'Europe ne sait pas tirer la seule leçon qui soit à la hauteur de
cette crise, elle restera ce qu'elle est, un grand marché laitier et
elle rétrogradera de 15 ans. Il est temps pour l'Europe de mettre
un terme à sa léthargie car dormir c'est mourir. Si, au contraire,
elle s'éveille, si elle forge une politique extérieure puissante, elle
pourra alors espérer peser sur l'avenir du monde, servir de
contrepoids à l'hyper puissance et freiner les ardeurs de ces
Américains parfois trop impulsifs.
On est tenté de relire ici la belle phrase que le grand Churchill
, « Que le monde serait beau... si écrivait le 26 juillet 1938 2
seulement les grands Etats de l'Europe et leur gouvernement
voulaient s'unir pour prendre ensemble quelques mesures
simples et résolues. »
Ce livre a été écrit sans polémique. Il est la simple relation des
faits. L'auteur a essayé d'épargner au lecteur son avis personnel,
pour ne mettre en lumière que les arguments des deux doctrines
et leur enchaînement chronologique. La crise et la guerre,
décrites à chaud, comme un journal de guerre, n'auront pu, sans
doute, éviter des lacunes ou des erreurs. Si quelque personne
souhaitait voir modifier les propos qu'on lui fait tenir, ses
remarques seront, bien entendu, prises en compte pour les
prochaines éditions.
2 Winston Churchill, Journal politique, 1936-1939, Amiot-
Dumond, Paris.
11 I
L'IRAK ET LES RACINES
DE LA CRISE Si vous passez un jour à Bassora, prenez la peine de pousser
jusqu'au port de Fao, quand la nuit fait illusion et cache les
bateaux rouillés. Vous rencontrerez partout la misère et peut-être
Ali, un vieux pêcheur chiite de 65 ans. Il a le teint halé sous la
barbe, son turban bleu cache ses cheveux gris, le regard est
résigné mais fier. Il vous montrera du doigt les soldats iraniens à
deux encablures de l'autre côté du Golfe. Tout comme le font les
94 soldats de pierre alignés le long du quai de Bassora, il
désignera l'Iran. L'ennemi. Il vous dira peut-être comment son
père a vu arriver d'Iran il y a près d'un siècle les soldats anglais en
marche vers Bagdad. Si vous savez vous montrer patient, il vous
racontera comment tout a commencé.
L'ascension de Saddam Hussein
C'est pendant la deuxième guerre mondiale que l'Irak, royaume
sous mandat britannique depuis 1920, au lendemain du partage
de l'Empire ottoman, connaît le premier d'une longue série de
séismes politiques. Ils vont ouvrir la route à la plus cruelle des
tyrannies. Cette première catastrophe est le fait de Rachid Ali, qui
aidé de quelques colonels, s'empare brièvement du pouvoir en
soulevant une révolte à Bagdad.
Depuis cette date le pays est secoué régulièrement par des
putschs et les nationalistes arabes alternent au pouvoir avec la
monarchie soutenue par Londres.
C'est en octobre 1959 que fait son entrée sur la scène politique
un jeune serai-professionnel de 22 ans du nom de Saddam
Hussein. Ce militant du parti nationaliste laïc, le Baas, vient d'être
blessé dans une tentative d'attentat rue Rachid, visant la personne
d'Abdel Karim Kassem, le général Président ; lui-même vient
tout juste l'année précédente de renverser la monarchie et de
proclamer la république.
15 Après l'échec de cette première tentative pour renverser le
gouvernement communiste, Saddam Flussein s'enfuit à Damas
puis au Caire pour refaire surface à Bagdad en 1964, où il va
opérer au sein d'un parti Baas clandestin et musclé. Mais quelque
temps plus tard, alors qu'il allume la mèche d'une bombe
artisanale sur les marches du palais présidentiel, Saddam Hussein
est arrêté et jeté en prison. Ce n'est qu'en 1966 avec l'aide du
chef du parti Baas, Ahmed Hassan Al Bakr, que Saddam Hussein
réussit à s'évader. Deux ans plus tard, le 30 juillet 1968, après un
ultime coup d'état militaire, le parti Baas accède au pouvoir.
Nommé général puis chef du renseignement et de la sécurité,
Saddam Hussein attend juillet 1979 avant de succéder à son
parent à la présidence.
L'arrivée au pouvoir du futur homme fort de Bagdad est
annoncée au monde par une purge sanglante dans les rangs de
l'opposition du Baas. Dans les premières semaines du nouveau
régime, Saddam Hussein convoque son parti.
L'immense salle de conférence résonne du bruit des
applaudissements de 400 personnes, lorsque, précédé d'un long
cigare, le maître de Bagdad monte sur l'estrade et s'avance vers le
micro. Il marche lentement, comme un homme chargé de soucis.
Au premier rang, Tarek Aziz, son ministre des Affaires
étrangères, le regard absorbé dans ses pensées. A côté de lui, son
beau-frère, le chef d'état-major le Général Khairalleh.
De sa voix un peu cassée, avec un large geste de la main, le
conférencier annonce calmement la découverte d'un complot
syrien visant sa personne. Puis un de ses fidèles, Mashhadi
désigne un par un les traîtres par leurs noms ; tête baissée, 21
conspirateurs sortent sous la garde d'agents de sécurité. On ne les
reverra plus..
16 Commence alors au début dans le plus grand secret, mais bientôt
au grand jour, une période de terreur comme jamais n'en a connu
l'Irak. La chasse aux suspects s'abat sur toutes les institutions,
depuis l'armée jusqu'aux syndicats et aux étudiants.
A la fin des années 1970, le maître de Bagdad est au faîte de sa
puissance.
L'un de ses premiers actes sera de nationaliser le pétrole. Il
cherche d'abord un appui au Kremlin. C'est l'époque où Moscou
pousse ses pions vers l'Egypte, la Syrie et en Mer Rouge. En
1972, un traité est signé entre l'Irak et l'Union Soviétique. Le Ut
est nationalisée. Saddam Hussein juin 1972, l'Irak Petroleum CI
ouvre alors une ère de prospérité pour l'Irak ; et le peuple se
prend à espérer. Il vise désormais à faire de l'Irak, qui possède du
pétrole, de la terre et une grande population, une puissance
régionale. Il modernise l'agriculture, lance de grands travaux
routiers à la manière soviétique et se penche sur l'école au point
que le taux de scolarisation va tripler en quelques années.
L'université de Bagdad se transforme. Saddam Hussein offre à ce
moment à l'occident l'image du héros progressiste et laïc épris de
technologie. Les chefs occidentaux le courtisent et lui octroient
des aides dans tous les domaines y compris le domaine nucléaire.
S'il ne craint plus rien à l'intérieur, ses relations avec son voisin
l'Iran s'enveniment dès le printemps de 1979 au lendemain de la
proclamation par l'Ayatollah Khomeiny de l'islamisme radical.
17 Le conflit Iran-Irak
Deux idéologies rivales, héritières des longues haines accumulées
entre l'empire ottoman et la Perse chiite depuis le XVI ème siècle,
séparent Bagdad de Téhéran. Une guerre sans merci s'engage, sur
l'initiative de Bagdad. Après une percée irakienne de
10 kilomètres en territoire iranien en septembre 1980, la guerre
s'enlise.
Sans son pétrole, Saddam Hussein n'aurait sans doute pas dû
survivre à la révolution iranienne, mais grâce à son précieux or
noir, toutes les démocraties occidentales soutiennent le dictateur.
La France, elle-même, lui fournit des armes. On assiste alors à
une véritable course à l'ouverture de lignes de crédits, chacun
sachant que grâce au pétrole l'Irak est solvable. Aucun pays du
Tiers-monde n'a jamais encore bénéficié de la technologie
occidentale comme l'a fait Saddam Hussein. C'est grâce au blé et
au riz américains que l'Irak a pu continuer sa guerre.
L'aide américaine commence dès 1982, sous la présidence de
Ronald Reagan, dont George Bush est le vice-président. En mai,
l'offensive iranienne jusqu'en territoire irakien inquiète
Washington ainsi d'ailleurs que les états du Golfe. Fermant les
yeux sur les avertissements de la CIA et du Pentagone qui
dénoncent la connivence de Bagdad avec le terrorisme
international, George Bush expédie à Bagdad des hélicoptères
Hughes à usage civil, et des hélicoptères Bell pour « arroser les
récoltes. »
En 1983 et 1984, Ronald Reagan dépêche à Bagdad
Donald Rumsfeld, l'actuel ministre de la Défense afin de renouer
des relations diplomatiques avec Saddam Hussein. Dès lors tout
est mis en oeuvre pour aider l'Irak, fournitures, exportation de
18 produits agricoles avec un crédit aux exportations alimentaires de
plus de 500 millions de dollars.
En dépit des mises en gardes du Ministère des finances dès
novembre 1989, à quelques mois de l'agression de l'Irak contre le
Koweït, George Bush aurait octroyé à ce pays environ un milliard
de dollars'.
Dès son arrivée à la Maison Blanche, vers la fin de 1988,
George Bush fournit à Bagdad des équipements de technologie
duale, pouvant s'appliquer dans les usages civils ou militaires, ce
qui est le cas de la majeure partie des composants électroniques
du domaine aérospatial et des NTIC4. Le chiffre avancé pour des
fournitures technologiques aurait atteint 600 millions de dollars5.
Mais en même temps que les Américains arment l'Irak, ils
prévoient déjà que cet arsenal sera détruit. Le trop puissant Irak
serait un danger pour Israël. Le piège Koweïtien aurait-il été
voulu et tendu par les Américains ?
Les pays occidentaux, inquiets du raz de marée intégriste, se
concertent. Américains et Russes, qui ne souhaitent pas qu'il y ait
un vainqueur ni une modification des frontières, font en sorte
qu'aucun des belligérants ne l'emporte dans ce conflit qui traînera
huit ans. Epuisé, exsangue, l'Iran signe la paix le 18 juillet 1988.
Un million de morts, des centaines de milliers de blessés et de
prisonniers.
A peine sorti de la guerre, Saddam Hussein est confronté à un
nouveau problème : la révolution kurde. Ce peuple montagnard
qui constitue le cinquième des 23 millions d'Irakiens.
3 Eric Laurent, La guerre des Bush.
4 NTIC : Nouvelles technologies de l'information.
5
19 Les 5000 Kurdes gazés à Halabja
Saddam Hussein réprime brutalement la révolte kurde en
ordonnant à l'armée le 16 mars 1988, d'utiliser les gaz chimiques
contre le village de Halabja où 5.000 Kurdes, dont de
nombreuses femmes et des enfants, trouvent la mort dans les
plus atroces souffrances.. Le président Bush, pas plus qu'aucun
autre chef d'état ne semble s'être indigné contre cet acte de
barbarie, que certains iront jusqu'à attribuer non à Saddam
Hussein mais aux Iraniens.
La première guerre du Golfe
Au lendemain du massacre kurde, au mois d'août 1988, le Koweït
accroît sa production de pétrole, et cela en violation des accords
de l'OPEP. Saddam Hussein, qui estime avoir combattu seul
pour le compte de tous les Arabes exige alors l'annulation de sa
dette envers les pays arabes qui l'avaient aidé dans le conflit Irak-
Iran.
Le 2 août 1990, Saddam Flussein donne l'ordre à ses troupes
d'envahir le Koweït et en quelques heures il contrôle le
cinquième du pétrole produit à travers le monde. L'ONU réunit
aussitôt le Conseil de Sécurité d'où sortira une coalition de 30
nations unanimes pour délivrer le Koweït du nouveau barbare.
L'opération « Tempête du désert » commencée le
17 janvier 1991, et achevée le 28 février laissera cent mille morts
20 du côté de l'Irak, contre 500 dans les rangs de la coalition
occidentale.
Si les Américains et les Russes affichent le même et noble but de
délivrer le Koweït, la politique de G. Bush, vise en secret à
abattre Saddam.
Mais après avoir détruit et refoulé les débris de l'armée de
Saddam Hussein à l'intérieur de l'Irak, la Maison-Blanche
ordonne à son armée de ne pas aller jusqu'à Bagdad. Encouragé
par l'Arabie Saoudite, qui craint de voir arriver les Chiites au
pouvoir G. Bush fait le choix de s'arrêter devant une invasion de
l'Irak dont il juge les conséquences imprévisibles.
François Mitterrand, fidèle à sa position de respect du droit
international appuie fortement le parti de ne pas entrer en Irak.
La victoire alliée se traduit par la libération du Koweït,
l'instauration de sanctions internationales et d'un embargo sur
l'Irak. Or, cet embargo va se révéler une punition pour le peuple
plus que pour son chef Les souffrances qu'il engendre divise les
consciences du monde occidental.
Dès ce moment, battu et humilié pour la première fois, Saddam
Hussein sait que s'il veut survivre, il doit se protéger. Dès 1992 il
crée sa garde républicaine spéciale : la Division d'or, chargée de
sa protection personnelle avec la Sécurité spéciale.
Ne se fiant qu'aux membres de sa famille, Saddam Hussein,
nomme son demi-frère au poste de Ministre de Intérieur et son
autre demi-frère à la tête de son cabinet. La presse est placée
entre les mains de son fils Oudaï qui devient rédacteur en chef de
Babel, le journal du parti. Son premier gendre Hussein Kamel
prend en main l'industrie et notamment l'industrie de
l'Armement. Son second gendre, Saddam Kamel préside une
21 section du département de la sécurité. L'autre fils de Saddam
Hussein, Qusay, prend la direction de la sécurité spéciale.
Si l'on en croit les récits d'un ex-conseiller 6 de Saddam Hussein,
son maître va alors s'entourer du système de Sécurité le plus
sophistiqué qu'on n'ait jamais vu chez aucun dictateur de ce
monde. Afin de dépister les ennemis, plusieurs de ses sosies
circulent à travers le pays. Si un visiteur désire un entretien, celui-
ci y est conduit dans une voiture aux vitres opaques et subit une
visite médicale pour détecter un explosif ingéré par un kamikaze.
L'embargo contre l'Irak
L'embargo imposé à l'Irak intervient dès le 6 août 1990, au
lendemain de l'agression contre le Koweït. Le 3 avril 1991 à un
mois de la fin du conflit, l'ONU fixe les conditions du
désarmement du régime de Bagdad. En mai 1996, elle accorde
une assouplissement du régime des sanctions avec la résolution
« pétrole contre nourriture ». L'Irak pourra désormais livrer du
pétrole et acheter en échange de la nourriture et des
médicaments. Mais l'Irak interrompt ses ventes de pétrole en juin
2001.
6 Saïd K. Aburish : «Le vrai Saddam Hussein ».
22 Bagdad met brutalement fin aux inspections
Jusqu'en 1998, date à laquelle les derniers représentants de
l'ONU seront jetés dehors, l'Irak s'enfonce dans la misère, tandis
que Saddam Hussein, isolé, médite sur la façon de relever la tête.
Abandonné à son sort, le raïs de Bagdad est lâché par les pays
arabes. Tandis que dans le sud, est créée une zone d'exclusion
aérienne, pilonnée par les raids aériens américains britanniques,
Saddam Hussein envisage en 1994, des mesures de redressement
économique et reconnaît officiellement le Koweït. En 1995 il est
réélu président de la République par 99,96% des électeurs.
Condamné à détruire ses armes de destruction massive, le régime
de Bagdad ne cède aux inspecteurs de l'ONU que pas à pas et
avec la plus mauvaise volonté du monde. En dépit de
l'assouplissement des sanctions dues au programme « pétrole
contre nourriture », le régime au pouvoir continue à braver
l'ONU.
s'aggrave pour atteindre son La crise avec l'UNSCOM 7
paroxysme en 1998, époque à laquelle Kofi Annan, le secrétaire
général de l'ONU, parvient à éviter un conflit en ouvrant la voie
à un réexamen global du désarmement irakien.
Au moment où, vers la mi 1998, une grande partie de l'arsenal
interdit semble avoir été démantelée, Saddam Hussein accuse les
Américains de vouloir maintenir les sanctions tant qu'il sera à la
tête du pays. Il demande l'indépendance de la Commission de
contrôle, chargée de faire le point sur l'état du désarmement, et
réclame des délais ainsi que la garantie de la levée de l'embargo
dès le constat effectif du désarmement.
Organisme de contrôle de l'ONU.
23 Kofi Annan tente de défendre ce point de vue à l'ONU puis, face
à l'opposition de G. Bush, il essaie de convaincre Saddam
Hussein de modérer ses exigences tout en garantissant la levée de
l'embargo, dès que l'Irak aura rempli ses obligations.
Si Saddam Hussein est prêt à se ranger à l'avis de Kofi Annan,
comme le lui conseille Tarek Aziz, certaines déclarations du
conseiller de Bush l'incitent à craindre le maintien des sanctions
quoi qu'il fasse.
Encouragé par la victoire du Baas aux élections législatives en
mars 2000, et ne pouvant supporter la visite par les inspecteurs
de l'ONU des palais personnels, le régime expulse d'Irak les huit
derniers agents de l'ONU.
En représailles, l'année 2001 verra les frappes anglo-américaines
sur Bagdad mais aussi la tragédie du 11 septembre. Celle-ci va
déclencher l'état de guerre permanent contre le terrorisme
international et va provoquer un tournant majeur dans la crise
irakienne.
En octobre 2002, un référendum l'emporte par un oui à 100%
pour reconduire pour sept ans Saddam Hussein à la présidence
de la République.
En janvier 2002, G. W. Bush désigne l'Irak comme membre de
« l'axe du mal » avec l'Iran et la Corée du Nord.
24 L'arsenal de la terreur
Depuis l'expulsion des derniers employés de l'ONU, soit environ
quatre ans, aucun inspecteur n'a pu mettre les pieds en Irak.
Pendant tout ce temps, qui aurait pu empêcher le régime de
refaire clandestinement son arsenal de destruction massive ?
Selon des témoignages de transfuges irakiens, l'Irak aurait obtenu
des assistances étrangères en violation du régime des sanctions.
Certes les inspecteurs savent ce qu'ils ont détruit en 1991, des
milliers d'obus et de missiles SCUD, quantité de gaz moutarde,
de gaz innervants et autres produits capables d'effets
dévastateurs. Malgré cela, Colin Powell affirme chaque semaine
qu'il détient des preuves patentes selon lesquelles l'Irak continue
à produire des armes chimiques. Selon l'hebdomadaire Le Point,
l'ONU aurait des preuves tangibles selon lesquelles l'Irak aurait
acheté en 2002-2003 des stocks d'atropine, un antidote puissant
destiné à protéger ses troupes.
Quant aux armes biologiques, anthrax et toxine botulique, leur
production commencée dans les années 80, semble
opérationnelle dès l'expulsion des inspecteurs mais aucun stock
n'a cependant été prouvé.
Quant à l'arme nucléaire, l'objectif suprême de Saddam Hussein,
les inspecteurs de l'AIEA (Agence Internationale de l'Energie
Atomique) se sont assurés que les installations de recherche et de
production n'existent plus depuis la guerre du Golfe. Cependant
Colin Powell a réaffirmé le 7 mars 2003 à l'ONU que la CIA
détiendrait des preuves confirmant que l'Irak aurait acheté du
matériel nucléaire et notamment ces fameux tubes d'aluminium
de très haute précision découverts par les inspecteurs en février
dernier.
25 Enfin subsiste le problème des missiles destinés à transporter ces
armes redoutables sur leur cible, les soldats de la coalition ainsi
que les pays voisins, le Koweït et Israël. Malgré les destructions
de 1991, certains experts pensent que des missiles SCUD seraient
dissimulés en Irak. Quant aux missiles à moyenne portée de type
AI-Samoud 2 dont le rayon d'action dépasse les 150 kilomètres
autorisés, une vingtaine a été détruite à la date du 7 mars.
De terribles atteintes aux droits humains en Irak
Au plus fort de la nouvelle crise, l'un des arguments des partisans
de la guerre réside dans le mépris du régime de Bagdad pour les
droits humains.
Kate Gilmore, la secrétaire générale d'Amnesty International,
s'exprime le 9 novembre 2002 devant le Forum Social Européen
de Florence : « Vingt-quatre millions de femmes, d'enfants et
d'hommes irakiens sont sous la menace d'attaques militaires.
Beaucoup d'entre eux ont déjà eu à subir de terribles atteintes
aux droits humains du fait de leur propre gouvernement et ont
été touchés par les conséquences des sanctions imposées par les
Nations unies. Si la guerre est déclarée, une seule chose est
certaine : beaucoup d'Irakiens mourront. Ils seront tués par les
bombes et les balles des Etats-Unis et de leurs alliés. Ils seront
tués par les forces de sécurité irakiennes s'ils osent s'élever contre
le gouvernement irakien, comme ils l'ont fait en 1991.
Ils risquent d'être nombreux à périr en fuyant pour trouver un
refuge, comme en 1991 lorsque les pays voisins ont refusé de leur
accorder l'asile. Et personne ne sait quel sort les attend dans un
Irak d'après-guerre, ni de quelles exactions ou bouleversements
ils seront victimes. »
« Le président Bush et le Premier ministre Tony Blair ont
invoqué le bilan du régime irakien en matière de droits humains
26 pour justifier une action militaire. Mais cette référence sélective
aux droits humains n'est qu'une manipulation du travail des
défenseurs des droits humains. N'oublions pas que les
gouvernements occidentaux se sont montrés indifférents aux
informations concernant les nombreuses violations des droits
humains en Irak avant la guerre du Golfe. Ils sont restés
silencieux lorsque des milliers de civils kurdes non armés ont été
exterminés à Halabja en 1988. Et ils continuent à négliger les
conséquences des sanctions qui ont porté atteinte au droit à la
nourriture, à la santé, à l'éducation et, dans de nombreux cas, à la
vie de centaines de milliers de personnes, parmi lesquelles de
nombreux enfants. »
Répression des opposants au régime, emprisonnement arbitraire,
exécutions sommaires, destruction en masse des villages kurdes,
génocide à l'arme chimique, telle est la liste simplifiée des
atteintes aux droits humains reprochés au régime de Bagdad, par
le Rapport du Département d'Etat sur l'Irak pour l'année 2001.
Amnesty International, dans son rapport du 5 avril 2001 dénonce
les décapitations de plusieurs femmes accusées de prostitution
perpétrées à Bagdad en octobre 2000 sans aucun jugement
« L'Anfal » la répression massive contre les minorités civiles du
Nord de l'Irak aurait rasé plus de 2.000 villages et tué entre
50.000 et 100.000 kurdes. La région de Mossoul à Kirkuk, où
sont concentrées les richesses pétrolières du Nord de l'Irak, a été
débarrassée des kurdes. Au total selon le Haut Commissariat des
Nations Unies pour les réfugiés, le nombre de réfugiés atteindrait
trois à quatre millions de personnes.
27 L'effet dévastateur de l'embargo
A ces souffrances du peuple Irakien s'ajoute_ l'effet des sanctions
radicalement opposé à l'objectif initial des Nations Unies. Les
conséquences de l'embargo sont d'autant plus dévastatrices que
les aides octroyées ne vont pas intégralement soulager les misères
de la population.
Indignée en décembre 2001, la Fédération internationale des
Droits de l'homme (FIDH), déclare : « les sanctions contre l'Irak
au regard des droits de l'homme constituent une méthode
dévastatrice, injustifiée et inacceptable. Cet organisme a demandé
à mener une enquête internationale pour évaluer objectivement
sur le terrain les effets de l'embargo en Irak, mais le régime de
Bagdad n'a pas daigné répondre.
Selon un rapport de l'UNICEF, le taux de mortalité des enfants
de moins de cinq ans a doublé en dix ans, passant de 56 à 131
pour 1.000. Un quart des enfants ne va plus à l'école et les
bâtiments scolaires sont endommagés pour plus du tiers. On
observe une pénurie persistante de médicaments et de matériel
hospitalier.
La livraison par une entreprise française d'appareils de respiration
assistée a été bloquée plusieurs mois par le comité des sanctions
de l'ONU. Le personnel hospitalier, payé misérablement déserte
les hôpitaux.
Médecins du monde, l'une des ONU françaises autorisées en Irak,
oriente son action sur la chirurgie et les soins intensifs
pédiatriques à Bagdad, à Bassora et Mossoul. Cet organisme
alerte la communauté internationale sur la pénurie clinique qui
frappe tout spécialement les enfants.
28 Au-delà des pénuries matérielles c'est la société tout entière qui
est traumatisée ; on assiste à une véritable régression planifiée par
l'ONU. Dans une société irakienne qui se délite sous nos yeux
sans perspective d'avenir, l'embargo porte de terribles atteintes
aux droits humains fondamentaux, à la santé, à l'alimentation, à la
vie.
En 2002, la situation sanitaire s'est encore aggravée. Écoutons
Philippe Luxereau, Médecin du Monde, de retour de mission en
Irak :
- La population est fatiguée car les conditions de vie s'avèrent
très dures. Le système d'eau potable et d'assainissement se trouve
mal en point. A Bassora, par exemple, plus abandonnée que la
capitale, les égouts sont à ciel ouvert. Les coupures d'électricité
ponctuelles existent dans l'ensemble du pays. Dans les petites
villes de province, les bâtiments sont dans un état de
délabrement avancé.
Sur les marchés on trouve de tout mais les produits coûtent très
cher et restent inaccessibles pour la plupart des Irakiens. Les
salaires sont extrêmement bas (une infirmière touche 3 dollars
par mois !) et les gens sont donc obligés d'exercer plusieurs
métiers pour survivre. La pauvreté a augmenté et de plus en plus
d'enfants mendient dans les rues.
Cette situation contraste profondément avec celle d'avant car
l'Irak était un pays riche et développé où les gens bénéficiaient
d'un niveau de vie assez élevé. Mais depuis l'embargo, un
véritable recul s'est opéré.
- Et au plan sanitaire ? lui demande le journaliste.
- L'ancien système de santé gratuit et très bien organisé avec une
bonne couverture vaccinale, dont la population jouissait
auparavant n'existe plus. Aujourd'hui le niveau sanitaire du pays
29 s'est considérablement dégradé, les Irakiens n'ayant plus accès à
l'ensemble des moyens médicaux.
Les enfants sont les plus fragiles et donc les plus touchés. Ils
souffrent de maladies pulmonaires, diarrhéiques, de malnutrition.
Ils peuvent mourir de la rougeole, les vaccins étant difficiles à
conserver à cause des nombreuses pannes d'électricité. Il y a
également une réapparition de la tuberculose, d'ailleurs la
réhabilitation de centres antituberculeux devient l'une des
priorités actuelles du régime. Enfin dans la région de Bassora,
plus défavorisée, on observe de nombreux cas de pneumonie.
Depuis la résolution «pétrole contre nourriture » de l'ONU, les
hôpitaux nationaux reçoivent davantage de médicaments mais
certains tels que les isotopes qui servent à traiter les cancers, les
problèmes de thyroïde, restent cependant interdits... Ces
médicaments contiennent de la radioactivité et sont donc
suspectés d'être utilisés à des fins militaires.
30 H
LES PILIERS DE LA DOCTRINE
BUSH

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