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La construction de l'Europe

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74 pages

Pour comprendre la construction de l’Europe, il est nécessaire de connaître son histoire, réfléchir à son économie, décrypter les enjeux politiques. Ainsi les auteurs présentent-ils l’Europe selon trois dimensions : culture, espace, puissance.

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QUE SAIS-JE ?
La construction de l’Europe
Culture, Espace, Puissance
FRANÇOIS DE TEYSSIER
HEC Diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris Professeur (e. r) délégué de l’université de Boston (États-Unis) Membre émérite du directoire de l’EFAP
GILLES BAUDIER
Maîtrise d’histoire Ancien chargé de cours à l’École supérieure de guerre interarmées Professeur au pôle universitaire Léonard-de-Vinci
Cinquième édition refondue 15e mille
Dédicace
À la mémoire de Jean Monnet (1888-1979)
« Les Européens avaient oublié qu’ils partageaient depuis toujours une même culture et une même civilisation. Ils redeviendront eux-mêmes lorsque ce fait deviendra également évident pour tous. »
En souvenir de Denis de Rougemont (1906-1985) et de la princesse Bibesco (1886-1973)
« L’Europe unie n’est pas un expédient moderne, économique ou politique, c’est un idéal qu’approuvent depuis mille ans tous les meilleurs esprits, ceux qui ont vu loin. »
Du même auteur
(François de Teyssier) Milieux financiers et communication, Puf, coll. « Que sais-je ? », n° 3327, 1998.
Entreprise et Environnement, Éditions d’Organisation (épuisé).
Le Management des intelligences, en collaboration, Publibook, nouvelle édition actualisée, 2004. Traduction du présent ouvrage en grec (Éditions Daedalus).
978-2-13-063429-4
Dépôt légal – 1re édition : 2000 5e édition mise à jour : 2014, août
© Presses Universitaires de France, 2000 6, avenue Reille, 75014 Paris
Sommaire
Page de titre Dédicace Du même auteur Page de Copyright Présentation Les élections européennes du 25 mai 2014 et leurs conséquences PREMIÈRE PARTIE – Culture et histoire Chapitre I – Le mythe Europe et la naissance des États modernes I. –La Méditerranée, source d’ « Europe » II. –Les fondations du Moyen Âge Chapitre II – De l’Europe en gestation à l’Europe en construction I. –L’Europe des princes II. –Détruire pour reconstruire DEUXIÈME PARTIE – Espaces et organisations Chapitre I – Espace européen et espaces en Europe I. –Approches géopolitiques II. –Approches socio-économiques et culturelles Chapitre II – Évolution des organisations I. –Des institutions imbriquées II. –L’ordre communautaire TROISIÈME PARTIE – L’Europe puissance Chapitre I – L’Union Européenne et l’économie sociale de marché I. –Les politiques de compétence exclusive ou partagée II. –L’intégration financière européenne Chapitre II – L’Ordre européen et le monde I. –Sur la voie de la mondialisation II. –L’Europe paneuropéenne III. –Quel avenir pour l’Europe puissance ? Quelques dates clés pour la construction européenne Index des principaux sigles
Présentation
« Un ouvrage de plus sur la construction européenne est-il nécessaire, alors qu’il en existe des dizaines et que l’ouverture de nombreux sites Internet multiplie les possibilités d’information sur l’Europe ? », écrivions-nous en janvier 2000 pour présenter la première édition de ce « Que sais-je ? ». Son succès nous a prouvé que cette interrogation était vaine puisqu’en quinze ans, quatre éditions mises à jour ont été épuisées. En voici une cinquième version, revue et actualisée. L’originalité de cet ouvrage est non seulement de transmettre des connaissances, mais de proposer une méthode de réflexion. Si la science économique est parfois qualifiée de pseudoscience, c’est qu’elle est, dans ses principes, extrêmement simple. En revanche, ses applications sont toujours difficiles : un modèle économique n’est jamais directement reproductible dans la réalité, et l’économie européenne, en prise avec le monde réel, est pluridisciplinaire par sa logique même. Cet ouvrage part donc d’une idée simple : pour comprendre la construction de l’Europe, il faut réfléchir à son histoire ; pour saisir les raisons de certaines évolutions, il faut évoquer des principes aussi bien politiques qu’économiques ; pour envisager l’avenir, il faut analyser des enjeux d’ordre environnemental. Telles sont les trois parties de cet ouvrage qui aurait pu s’intitulerL’Europe en trois dimensionsdont le sous-titre est explicite : et Culture, Espace, Puissance. On ne s’étonnera donc pas que le style et le ton de l’ouvrage ne soient pas homogènes. Sa logique, en effet, n’est pas strictement universitaire. Les thèmes majeurs ne reprennent pas les découpages classiques, de façon à mieux faire saisir la continuité géopolitique de l’Europe, dans sa réalité culturelle et historique, économique et sociale. Nos lecteurs ont ainsi à leur disposition un outil qui leur permet de mettre l’Europe en perspective depuis l’Antiquité jusqu’au XXIe siècle. La première partie de cet ouvrage, Culture et histoire, n’est pas chronologique : elle présente, sous divers éclairages, des événements ayant marqué le continent et les analyse pour mieux comprendre le présent de l’Europe des Vingt-Huit ainsi que l’avenir de l’Union. La deuxième partie, Espaces et organisations, apporte des précisions sur les institutions de l’Union européenne, ainsi que sur leur fonctionnement tel qu’il résulte des traités, en particulier du traité de Lisbonne. La troisième partie, l’Europe puissance, explique les politiques de compétence exclusive ou partagée de l’Union et ouvre quelques perspectives sur l’avenir de l’ordre européen face à la mondialisation. Ce parti pris – peu usuel dans les habitudes pédagogiques françaises – de juxtaposer des aperçus historiques, des concepts économiques et des données politiques a donné pleine satisfaction aux lecteurs des quatre premières éditions. Nul doute qu’il en soit de même pour cette cinquième édition, refondue et mise à jour à l’heure où sont constatées bien des incertitudes quant à l’avenir de l’Europe, ainsi que nombre d’incompréhensions quant au fonctionnement de ses institutions, comme sont venues le rappeler les élections européennes de mai 2014.
Les élections européennes du 25 mai 2014 et leurs conséquences
Du 22 au 25 mai 2014 se sont tenues les huitièmes élections du Parlement européen, dans les 28 États membres de l’UE. Voulues depuis 1979 au suffrage universel pour susciter un sentiment de « citoyenneté européenne », ces élections ont une fois encore manqué à cet objectif. En dehors des États où le vote est obligatoire, le taux d’abstention est partout très élevé : 57 % des inscrits pour la France et plus de 40 % dans la moyenne des États membres. Un problème de communication ? Peut-être. Mais plus certainement un désintérêt pour les travaux de parlementaires qui sont pour la plupart sans contacts suivis avec leurs électeurs au cours de leur mandat. Quant aux résultats, ils font apparaître une forte poussée de l’euroscepticisme, notamment en France, au Royaume-Uni et au Danemark où les listes des partis europhobes sont arrivées en tête, ces élections ayant été dominées, comme les précédentes, par des considérations nationales. Le président François Hollande rappelait au lendemain de ces élections que l’Europe, pour être efficace, devrait se retirer là où elle n’est pas nécessaire. Qui oserait affirmer le contraire ? Ce souhait était déjà celui des pères fondateurs, le principe de subsidiarité (voir p. 82) avait été posé à cet effet, et « réduire le poids de Bruxelles » est une ambition affirmée depuis longtemps par diverses personnalités politiques. Changer l’Europe, réorienter l’Union, réformer les institutions, autant de déclarations de principes censées plaire aux opinions publiques… Et que dire de cette formulation simpliste entendue au cours de la campagne électorale, qui a pu laisser croire aux électeurs que, par leur vote, ils désigneraient « pour la première fois, le futurprésident de la Commission européenne» ? Certes, avant les élections, six grands partis européens avaient proposé leurs candidats pour cette fonction, notamment Jean-Claude Juncker pour le PPE et Martin Schulz pour le PSE. Mais c’était aux chefs d’Etat et de gouvernement des 28 États membres réunis en Conseil européen, qu’il appartenait de désigner le candidat sur lequel le Parlement se prononcerait (voir p. 74). « Tenant compte du résultat des élections » ayant placé en tête le PPE, ils choisirent, le 27 juin, Jean-Claude Juncker par 26 voix sur 28. Et c’est finalement ce dernier que le Parlement européen a élu président de la Commission, le 15 juillet. Ainsi en est-il des arcanes de la démocratie dans l’UE… Quant au renouvellement des autres institutions, il aura suivi un calendrier très contraint :
– avant le 24 juin : constitution, au sein du Parlement européen, de groupes politiques (à ne pas confondre avec les partis politiques européens). Devant réunir au moins 25 eurodéputés représentant au minimum 7 États membres. 7 groupes parviennent à se former. Rouage essentiel du Parlement, ces groupes proposent des candidats à tous les postes importants dont le Président du Parlement et décident entre autres des questions à traiter en session plénière. – 1er juillet : élection du président du Parlement européen. Martin Schulz est réélu avec 409 voix des 612 suffrages exprimés sur un total de 751 députés ; – juillet / août : tractations dans le cadre du Conseil européen pour les désignations des 28 commissaires (un par État membre) et du futur président du Conseil européen ; – courant septembre : audition par le Parlement européen des candidats désignés aux postes de commissaires ; – courant octobre : présentation par le président de la Commission de son équipe et de son programme devant le Parlement.
PREMIÈRE PARTIE
Culture et histoire
Chapitre I
Lemythe Europe et la naissance des États modernes
I. – La Méditerranée, source d’ « Europe »
1.Les Grecs découvrent l’Homme De la légende à l’histoire.La nymphe Europe était belle, dit la légende. Fille du roi de Tyr, elle se baignait sur la plage de Sidon, lorsque Zeus s’approcha d’elle, métamorphosé pour la séduire en un magnifique taureau blanc. Conquise, Europe se risque vers l’animal et monte sur son dos. Le taureau s’élance aussitôt dans les flots et l’entraîne jusqu’en Crète. De leur union naît Minos, premier roi de Crète. Quelle réalité se cache derrière ce mythe ? Des soldats crétois ont-ils enlevé Europe ? Le nom de cette princesse signifie-t-il « celle qui voit loin » ou « celle qui a un beau regard » ? Serait-ce un mot d’origine akkadienne désignant l’Occident où le soleil se couche ? On se perd en conjectures ! Seule certitude, c’est dans cetteMéditerranée que la civilisation minoenne essaime dès 1700 av. J.-C. Aux barbares achéens de la Grèce, elle apporte, avant que de disparaître vers 1400, l’art de la navigation et du négoce. La civilisation mycénienne est née de cette rencontre. Elle s’effondre à son tour brusquement vers 1200. Au VIIIe siècle, les poèmes homériques tentent d’en retrouver la mémoire. Ainsi, tandis que l’Iliade chante la vertu guerrière des Achéens embarqués pour Troie, et fait d’Achille le plus accompli de ces héros, l’Odysséeencense Ulysse. Navigateur sage et infatigable, il incarne l’idéal humain d’une nouvelle ère. L’histoire de l’individu commence. La spiritualité qui va faire l’Europe est en train de naître. Naissance de la cité et de la démocratie.Que s’est-il passé entre 1150 et 750 ? On l’ignore. L’usage de l’écriture s’est alors perdu. Pourtant, c’est au cours de ces « temps obscurs » que lacitéapparaît et avec elle ses hommes libres qui, quel que soit le régime politique auquel ils sont soumis, ont conscience d’appartenir à un même corps. Ce n’est pas Corinthe ou Athènes qui prend une décision, mais les Corinthiens, les Athéniens, autrement dit les citoyens qui participent au pouvoir politique. Tout au long de la période archaïque, leur nombre tend à s’élargir, à la faveur des troubles sociaux opposant une aristocratie détentrice du pouvoir et le reste du peuple, de plus en plus revendicatif car conscient de sa valeur : plébéiens enrichis par le développement du commerce et de l’industrie, simples soldats impliqués dans la défense de la cité. À Athènes où ladémocratie est née, cet élargissement du corps civique est d’abord l’œuvre d’un aristocrate, Solon, qui, en 594, divise le peuple athénien en quatre classes censitaires, leur accorde le droit de vote et reconnaît aux deux premières la possibilité d’accéder au pouvoir. Le tyran Pisistrate, en favorisant la libération des paysans, ainsi que l’essor de l’économie et du commerce, crée, à sa suite, des conditions favorables pour d’autres conquêtes démocratiques. Aussi, lorsqu’en 510 la tyrannie s’effondre, Athènes, forte de ses avancées économiques et sociales, peut-elle entreprendre les dernières réformes parachevant la démocratie. Celle-ci atteint cependant ses limites avec Périclès (443-429). Alors que les citoyens les plus pauvres reçoivent la possibilité d’accéder à l’archontat, ce stratège parvient, par ses capacités d’orateur, pendant quatorze ans, à se faire reconduire annuellement dans ses fonctions et à contrôler ainsi le destin d’Athènes. Démocratie et démagogie vont désormais de pair.
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