//img.uscri.be/pth/f9d75f6e73b0452070fb63025da8ebffe3fa3ac9
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

La Côte d'ivoire face à son destin

De
137 pages
Qui est pour l'expérience démocratique en Côte d'Ivoire, qui est le plus à même de garantir la liberté des citoyens ? Qui donne de bons signaux pour lutter contre la corruption ? Qui porte un programme lisible et crédible ? Qui est pour la solidarité et le partage ? Les élections ne seront pas une fin en soi en Côte d'Ivoire, mais certainement un nouveau départ si tous les Ivoiriens se montrent responsables.
Voir plus Voir moins

La Côte d’Ivoire face à son destin

Afrique Liberté Collection dirigée par Claude KOUDOU
Afrique Liberté est une collection qui accueille essais, témoignages et toutes œuvres qui permettent de faire connaître l’Afrique dans toute sa diversité et toute sa profondeur. Cette collection qui reste ouverte se veut pluridisciplinaire. Son orientation sera essentiellement axée sur les rapports entre l’Afrique et l’Occident. Elle refuse l’afro-pessimisme et se range résolument dans un afro-optimisme réaliste. Sur quels repères fonder l’Afrique d’aujourd’hui ? Telle est une des questions majeure à laquelle cette collection tentera de répondre. Afrique Liberté se veut un espace qui doit explorer l’attitude de l’Africain ou des africanistes dans ses dimensions mentale, scientifique, culturelle, psychologique et sociologique. Dans un monde en proie à de graves crises, un des enjeux majeurs de cette plate-forme serait de voir comment faire converger les différents pôles de compétences pour hisser l’Afrique à la place qui doit être véritablement la sienne.

Déjà parus Adack Gilbert Kouassi, L'art dans la société wè de Côte d'Ivoire, 2010, Gaston Ouassénan, Pauvre petite orpheline, 2010. N. L. Gayibor, N. A. Goeh-Akué, Histoires nationales et/ou identités nationales, 2010. René Babi, Amédée Pierre, le dope national, 2010. Atsain Narcisse tiburce, Le triomphe des sans voix, 2010. Amara Koné, Les héritiers de la misère, 2010, Jérôme Trabi Botty, Comprendre la liberté syndicale en Côte d'Ivoire, 2010. Faustin Kouafio Blékanh, Une démocratie à l’africaine pour un développement durable : cas de la Côte d’Ivoire, 2009.

Coordonné par

Claude Koudou

La Côte d’Ivoire face à son destin
Et si l’Afrique était Gbagbo ?

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-13268-9 EAN : 9782296132689

Dédicace

Remerciements
Nos remerciements vont d’abord à Son Excellence le professeur Pierre Aimé Kipré, Ambassadeur de Côte d’Ivoire en France qui a donné de son savoir et de son savoir-faire académiques, dans la célébration du cinquantenaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire et dont les conseils avisés nous ont par ailleurs guidés dans la réalisation de ce travail. Nous rendons également hommage à Son Excellence Monsieur Zady Gbaka Richard, Président du Réseau Côte d’Ivoire Diaspora (Ambassadeur de Côte d’Ivoire en Inde) qui a beaucoup aidé dans la concrétisation de cette journée de réflexion. Que Monsieur Denis Pryen, Directeur général fondateur des éditions L’Harmattan qui se montre souvent disponible pour nous appuyer, trouve ici l’expression de notre profonde gratitude. Que le ministre Gnamien Yao trouve ici l’expression de notre reconnaissance pour avoir accepté de participer à cette initiative. L’honneur revient bien entendu, à tous ceux qui, de près ou de loin, ont contribué à la sortie de cet ouvrage. Enfin, les membres de la Diaspora ivoirienne en particulier et celle panafricaine en général doivent voir à travers cette initiative du Réseau Côte d’Ivoire Diaspora (RECID), combien la mutualisation de nos expériences et la convergence des talents respectifs sont capitales pour élever notre Afrique vers les cimes du progrès, dans ce contexte de mondialisation.

Position du problème
« Côte d’Ivoire : Du cinquantenaire aux élections – quelles perspectives ? » Tenter de trouver des éléments de réponse à une telle question nous conduit à examiner une autre : « Quels sont les enjeux des élections présidentielles du 31 octobre 2010 ? » Pour répondre, nous commencerons par citer des propos de Claude Guéant, Secrétaire général de l’Elysée, à l’occasion de sa visite de travail de 48 heures, en Côte d’Ivoire, au début de ce mois d’octobre : « Ce que j’ai noté, c’est de la part de tous mes interlocuteurs, et notamment des trois candidats les plus importants à l’élection présidentielle qui est proche, la volonté vraiment unanime de tenir ce scrutin. Pour nous, c’est très important parce que cela va ouvrir une ère nouvelle à la Côte d’Ivoire, une ère qui sera à nouveau de développement, de coopération pleine et entière avec la communauté internationale et d’abord avec la France qui y est prête, qui y est résolue. Je crois donc que c’est un profond motif de satisfaction de savoir que cette élection va avoir lieu bientôt. […] Il y a des liens très particuliers qui existent entre les deux pays, il faut que cette coopération reprenne pour le bénéfice de tous et d’abord du peuple ivoirien. C’est une relation sans réserve qui permettrait à la France de répondre à tous les souhaits du peuple ivoirien dans le domaine de la coopération économique, dans le domaine de la formation, dans le domaine de la défense et de la sécurité, dans le domaine diplomatique. Nous avons parlé de tous les sujets et nous sommes prêts à parler de tous les sujets.

9

Ce n’est pas la peine de se voiler la face : il y a eu des évènements douloureux qui se sont passés, parfois dramatiques ces dernières années, qui ont pu laisser des souvenirs pénibles dans l’état d’esprit des deux peuples. Nous sommes prêts à parler de tout. C’est le propre des amis de se parler franchement de tout. […] La Côte d’Ivoire est un pays qui a un potentiel de richesse et de développement qui est considérable. Et dans sa jeune histoire, elle en a fait la démonstration. Il suffit de parcourir cette ville d’Abidjan, c’est la première fois que j’y viens, pour voir que c’est une vraie capitale, et une vraie capitale moderne qui est prête pour accompagner un développement économique. Un pays pour se développer doit avoir des relations avec le reste du monde et des relations sans aucune réserve. Donc le fait pour la Côte d’Ivoire d’aborder cette nouvelle étape, grâce à l’élection présidentielle, sera un gage d’un renouveau économique, je n’en doute pas un seul instant. »1 "La France est décidée à tout faire pour reprendre sa coopération avec la Côte d'Ivoire. Et cela, dans le respect de la souveraineté des Ivoiriens […] Je suis venu en Côte d'Ivoire à la demande du président Sarkozy, parce qu'une page de l'histoire de la Côte d'Ivoire est en train de se tourner. Une ère nouvelle s'annonce, à laquelle chacun aspire, les Ivoiriens, bien sûr au premier chef, mais aussi tous les amis de la Côte d'Ivoire et, par conséquent, la France"2. Nous lisons dans ces propos que la France veut désormais intégrer le fait que la Côte d’Ivoire est un pays souverain. Quel aveu ? En fait, Claude Guéant nous réveille là des
1 2

RFI : Côte d’Ivoire / France - Article publié le : dimanche 03 octobre 2010 ; Notre Voie ; quotidien ivoirien du 4 octobre 2010.

10

illusions dont son pays nous a abreuvés depuis les indépendances soit cinquante années durant. Guéant nous dit que la France va porter un nouveau regard sur son ancien pré carré : "la Côte d'Ivoire est un Etat souverain et elle n'est pas un Etat moins souverain que la France. C'est d'égal à égal que nous devons travailler ensemble entre partenaires"3. Dont acte ! Mais c’est parce que Laurent Gbagbo a posé le sujet de discussions d’égal à égal avec l’ancienne puissance tutélaire, que son régime a connu la tentative de renversement dont les séquelles semblent bientôt connaître un terme. Cela pose la question suivante : « A quelle(s) condition(s) les propos non moins diplomatiques du Secrétaire général de l’Elysée peuvent-ils être respectés ? » C’est là l’un des enjeux majeur des élections qui s’ouvrent. Nombre d’indices nous indiquent que dans la crise actuelle, l’ex-rébellion est la face visible de l’iceberg. En effet, prenant pour prétexte une crise identitaire supposée ou réelle, manifestation de « l’ivoirité », - terme conceptualisé par Henri Konan Bédié et ses partisans4 -, l’ancienne puissance tutélaire va s’opposer à la volonté de Laurent Gbagbo, de mettre fin au monopole et aux contrats léonins5 dont elle jouit depuis plusieurs décennies. La volonté de Laurent Gbagbo revient à travailler naturellement dans l’intérêt de ses concitoyens.

3 4

Ibid

L’ivoirité. « Nous avons forgé “l’ivoirité” qui souligne la qualité de ce qui est ivoirien, au sens culturel et identitaire. Mais nous aurions pu, tout aussi bien, choisir le mot “ivoiritude”. » ; http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJA HS02p038-045.xml3/-democratie-Henri-Konan-Bedie-Felix-Houphouet-Boignypouvoir--HKB-dans-le-texte.html.

Claude Koudou, « Côte d’Ivoire ; Pour un nouveau mode de coopération entre l’Afrique et la France ; Ed. L’Harmattan ; 2005 ». 11

5

Après huit années de crise, après moult artifices (résolutions aux nations unies, interdictions de voyages de proches de Laurent Gbagbo ; provocations de tensions socioéconomiques pour que le peuple se retourne contre Laurent Gbagbo ; …) sans compter des intimidations d’autres ordres, la France se rend finalement à l’évidence. Monsieur Claude Guéant répond donc au ton de la posture endossée par les autorités ivoiriennes actuelles. En effet, Laurent Gbagbo veut que la Côte d’Ivoire, indépendante et souveraine conduise elle-même son destin. Une illustration de cette volonté est le refus de Laurent Gbagbo, d’emmener défiler des soldats ivoiriens (à Paris, sur les Champs Elysées) le 14 juillet 2010. Aussi, le Président de la République de Côte d'Ivoire a-t-il refusé d'assister au sommet France-Afrique de mai 2010 à Nice (France) où la plupart des chefs d'Etat africains étaient réunis autour du Président français, Nicolas Sarkozy. Le cinquantenaire, Laurent Gbagbo a voulu le fêter de façon responsable. C’est en effet, l’organisation d’un grand Colloque international de haute portée historique et scientifique qui s’est tenue à Yamoussoukro, du 01 au 05 août 2010. Grâce à la pertinence et au savoir-faire de Son Excellence le professeur Pierre Aimé Kipré, - illustre historien et Ambassadeur de Côte d’Ivoire en France -, des savants et sommités du monde universitaire et scolaire, ont travaillé de façon acharnée à animer des ateliers et des séances plénières, avec la participation d’autres catégories socio-professionnelles pour produire des publications qui vont être mises à disposition pour la postérité.. Dans le voyage de Claude Guéant, ce qui ne doit pas échapper à notre compréhension – et qui est essentiel pour les Ivoiriens – est la démarche pour l’amorce de la purgation d’un contentieux, conformément au vœu du président ivoirien. Il convient ici de rappeler que le différend entre la Côte d’Ivoire et la France a atteint son paroxysme à
12

l’occasion de « l’expédition punitive » de novembre 2004 : destruction des aéronefs de l’armée ivoirienne, tueries à l’Hôtel Ivoire de manifestants pacifiques, attaque de la résidence du président Gbagbo, …, suite à un bombardement à Bouaké qui s’est soldé par la mort de neuf soldats français. Les autorités ivoiriennes demandent depuis : que la lumière soit faite sur la nébuleuse qui entoure la mort des neuf soldats français ; que les aéronefs soient restaurés et que les victimes des tueries à l’Hôtel Ivoire soient indemnisées …

Par ailleurs, ce que l’on ne dit pas assez c’est que nombre de Français qui étaient partis de la Côte d’Ivoire, au plus fort de la crise y sont retournés. Et l’Etat ivoirien a continué de montrer des gages de bonne volonté notamment en restaurant ou en réhabilitant également les établissements scolaires français en Côte d’Ivoire. Dans nos propos, il faut rappeler que la Côte d’Ivoire a été dirigée par le Président Houphouët jusqu’en 1993. Ce sont ainsi plus de trois décennies de vie de ce pays qui ont vu trente années d’une ère monopartite et trois années de multipartisme. Lorsque le Président Houphouët décède le 7 décembre 1993, la constitution qu’il avait taillée sur mesure permet à Henri Konan Bédié de lui succéder suivant les dispositions l’article 7 de cette loi organique. Laurent Gbagbo a respecté cette Constitution en ne s’opposant pas à son application. Mais alors qu’une crise socio-économique sévissait déjà – à partir des années 80, c’est vraiment la première fois que la Côte d’Ivoire a failli basculer dans une instabilité politique.
13