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La défense des intérêts de l'état d'Israël en France

De
124 pages
Qui sont les défenseurs des intérêts de l'Etat d'Israël en France ? Quelles sont leurs motivations ? Comment agissent-ils ? Est-il vraiment pertinent de parler de "lobby pro-israélien" ? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles ce livre entend répondre. Marc Hecker analyse méthodiquement la politique étrangère de la France au Proche-Orient depuis la création de l'Etat d'Israël, plaçant ainsi le "lobbying" pro-israélien dans une perspective historique. Puis il adopte une analyse sociologique afin d'étudier les pratiques actuelles des défenseurs des intérêts d'Israël en France.
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La défense des intérêts de l'Etat d'Israël en France

site: www.librairieharmattan.com e.mail: harmattanl@wanadoo.fr
(Ç) L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-9228-6 EAN: 9782747592284

Marc HECKER

La défense des intérêts de l'Etat d'Israël
en France

A vant-propos de Denis SIEFFERT Préface de Michel GURFINKIEL

L'Harmattan
5-7, me de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

FRANCE
L'Hannattan Hongrie

Espace L'Harmattan

Kinshasa

L'Harmattan

!tafia

L'Harmattan

Burkina Faso

Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16

Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa

Via Degli Artisti, 15 10124 Torino

1200 logements villa 96 12B2260

1053 Budapest

- ROC

ITALIE

Ouagadougou12

Collection« Inter-National»
dirigée par Denis Rolland avec Joëlle Chassin, Françoise Dekowski et Marc Le Dorh.

Cette collection a pour vocation de présenter les études les plus récentes sur les institutions, les politiques publiques et les forces politiques et culturelles à l'œuvre aujourd'hui. Au croisement des disciplines juridiques, des sciences politiques, des relations internationales, de l'histoire et de l'anthropologie, elle se propose, dans une perspective pluridisciplinaire, d'éclairer les enjeux de la scène mondiale et européenne. Série générale (déjà parus) : E ; Anduze, La franc-maçonnerie au Moyen-Orient et au Maghreb. Fin XIX:début xxe. E; Anduze, Lafranc-maçonnerie de la Turquie ottomane. E. Mourlon-Druol : La stratégie nord-américaine après 11-septembre. S. Tessier (sous la dir.), L'enfant des rues (rééd.). L. Bonnaud (Sous la 00.), France-Angleterre, un siècle d'entente cordiale A. Chneguir, La politique extérieure de la Tunisie 1956-1987 C. Erbin, M. Guillamot, É. Sierakowski, L'Inde et la Chine: deux marchés très différents? B. Kasbarian-Bricout, Les Amérindiens du Québec P. Pérez, Les Indiens Hopi d'Arizona. D. Rolland (dir.), Histoire culturelle des relations internationales. D. Rolland (dir.), Political Regime and Foreign Relations. D. Rousseau (dir.), Le Conseil Constitutionnel en questions.

Pour tout contact: Denis Rol1and, denisrolIand@freesurf.fr Françoise Dekowski, fdekowski@freesurf.fr

Marc Le Dorh, marcledorh@yahoo.fr

SOMMAIRE

Avant-propos de Denis Sieffert Préface de Michel Gurfinkiel Introduction.. .. ..

7 .13 19

Première partie: La « politique arabe» de la France ou la genèse de la défense des intérêts d'Israël

31

Chapitre J : L'évolution de la politique jil"ançaiseau MoyenOrient de J945 à J969 ... 33 Chapitre 2 : La position de la France à l'égard d'Israël de Georges Pompidou à Jacques Chirac: le poids de I 'héritage gaullien 47 Seconde partie: Les modalités de la défense des intérêts d'Israël en France
Chapitre J : Les principaux France acteurs de la défense d'Israël en 69

67

Chapitre 2 : Les pratiques de la d~fense des intérêts d'Israël en France 93

Conclusion.

. . . . . . .. . . . . . . . . . . .. .. . . . . . . . . .. . . . . . . .. .. . .. . . . . . . . . . . . . . . .. . . .

. . . . . . . . . .. ... 111

Table

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Ce livre est la version revue et corrigée d'un mémoire de troisième cycle réalisé dans le cadre du Diplôme d'Etudes Approfondies de Relations Internationales (option politique et diplomatie) de l'Université

Paris 1 Panthéon - Sorbonne. Ce travail a été dirigé par Monsieur le
Professeur Camille Mansour et a fait l'objet d'une soutenance devant un jury composé de Monsieur le Professeur Jean Klein et de Monsieur Michel Girard. L'Université n'entend donner aucune approbation ou improbation aux opinions émises dans cette étude. Ces opinions doivent être considérées comme propres à leur auteur.

Liste des sigles employés ADELMAD : Association des Elus Locaux et Maires Amis d'Israël AFIRST: Association Franco-Israélienne pour la Recherche Scientifique et Technique AFP: Agence France Presse AIPAC: American Israel Public Affairs Committee CRIF : Conseil Représentatif des Institutions Juives de France FSJU : Fonds Social Juif Unifié FLN: Front de Libération Nationale IRIS: Institut de Relations Internationales et Stratégiques KKL : Keren Kayemeth Leisrael OLP : Organisation de Libération de la Palestine ONG : Organisation Non Gouvernementale ONU: Organisation des Nations Unies OTAN: Organisation du Traité de l'Atlantique Nord SDN: Société des Nations UEJF: Union des Etudiants Juifs de France UPJF: Union des Patrons et Professionnels Juifs de France WIZO: Women 's International Zionist Organization

AVANT-PROPOS

Invité par l'auteur

ou par l'éditeur - à occuper ici l'ingrate

fonction du «pro-palestinien », je vais surtout m'empresser d'oublier ce jeu de rôle pour dire aussi librement que possible, et sans égards pour les étiquetages, ce que le sujet m'inspire. Mais en cette matière plus qu'en toute autre, il est toujours utile de dire d'où l'on parle, et où l'on souhaite en venir. J'agis, j'écris et je parle en vertu d'une conviction solidement ancrée, et de longue date, qu'il faut un Etat palestinien, à peu de choses près dans les frontières de l'armistice de juillet 1949, que l'on appelle le plus souvent de 1967 (ce sont les mêmes), et qu'il convient d'avancer vers cet objectif sans biaiser. Et dans cet énoncé, ce sont les derniers mots qui font la différence. On croise tant de gens qui sont pour « la paix », pour un « Etat palestinien », voire même pour une décolonisation de la Cisjordanie, mais pour qui ce n'est jamais ni le bon moment de le dire, ni jamais utile d'en tirer les conséquences politiques, qu'il faut parfois hélas se méfier des pétitions de principe. La paix? Toutes sortes de paix existent, même celle qui ferait suite à une annexion des territoires palestiniens et à un transfert massif de leur population arabe; même celle qui suivrait la destruction d'Israël. La paix de Pétain est transposable dans toutes les situations. Un Etat palestinien? Toutes sortes d'« Etats palestiniens» sont envisageables, depuis deux ou trois agglomérations enchâssées dans un univers de colonisation, jusqu'à la grande Palestine mandataire d'avant 1948. Ma conviction est donc qu'il n'y a qu'une seule vraie paix possible, celle qui repose sur le droit, l'application des résolutions des Nations unies, et qui satisfait la revendication nationale palestinienne, telle que celle-ci est exprimée depuis 1988. On doit aller vers cette paix, ce droit et cet Etat, pleinement, sans détours, et sans tricheries. Ce sont précisément les détours et les tricheries qui m'ont amené, au cours des dernières années, à élever le ton de mon

engagement. J'invite le lecteur à me suivre dans mon raisonnement. Il verra que je ne l'éloigne pas du sujet remarquablement traité dans les pages qui suivent par Marc Hecker. Je l'y conduis au contraire. Pour ma part, je ne peux envisager la question de la défense des intérêts israéliens en France de façon statique, an-historique. Ou, pour le dire autrement, je ne suis absolument pas choqué que des Français puissent défendre des intérêts israéliens, ou 1'« intérêt d'Israël », encore que celui-ci n'est peut-être pas simple à définir. Dans une société capitaliste, il peut y avoir des intérêts commerciaux. Et, de toute façon, l'existence d'une relation affective n'est ni niable, ni méprisable. C'est vrai pour tous les pays. C'est encore plus vrai de la relation franco-israélienne, en raison de 1'Histoire, de la binationalité de nombreuses familles, et d'un sentiment de double appartenance que seuls les dogmatiques ne peuvent ni comprendre ni tolérer, ou qu'ils ne comprennent que pour eux-mêmes et jamais pour les autres. L'idée d'un groupe d'hommes et de femmes sensibles à l'intérêt d'Israël et actifs dans la société française ne me révulse pas. Mais c'est ici qu'il faut réintroduire l'Histoire. Car la question se pose toujours des circonstances et des moyens. La question se pose aussi du statut de ces groupes de pression ou des personnages qui se livrent à cette activité. Le soutien à Israël n'a pas exactement le même sens selon que l'on craint honnêtement pour l'existence de cet Etat, ou que l'on fait mine de craindre au moment précis où Israël conduit une action de colonisation intense et de répression dans les territoires palestiniens. Il n'a pas non plus le même sens, selon que l'on est ambassadeur, chargé de communication d'une grande entreprise franco-israélienne, ou journaliste, ou encore intellectuel affirmant en toute circonstance son amour de la « vérité» et de la «justice », ou même député de la République abusant de son mandat pour désinformer ses électeurs. Il n'a pas le même sens, selon que l'on fixe à ce soutien certaines bornes, ou que l'on agit selon le détestable principe «la fin justifie les moyens ». Ce qui est insupportable ce n'est pas qu'Israël soit aux yeux de certains de nos concitoyens une «terre d'amour », pour reprendre le titre des articles que Kessel consacra à la Palestine des années 1920, mais que l'amour puisse aveugler, et rendre injuste jusqu'à la plus insupportable mauvaise foi, et au déni d'existence et de droits d'un autre peuple.

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Or, I'histoire du lobbying pro-israélien est encombrée de ces exemples où l'affirmation légitime du droit d'un Etat à exister devient soutien inconditionnel à tous ses gouvernements jusque dans les aspects les plus condamnables de leur politique répressive et coloniale. L'usage surabondant de références à de nouvelles menaces de génocides, et de répétitions de l'Histoire à l'identique, de réincarnations d'Hitler en Nasser, au moment de l'aventure franco-israélo-britannique de Suez, en 1956, ou à la veille de la guerre de juin 1967, puis en Arafat, particulièrement depuis le début de la deuxième Intifada, en septembre 2000, et jusqu'à la mort du leader palestinien, montre que tous les arguments et tous les excès sont bons pour masquer un débat qui ne devrait jamais sortir, en France, de son champ politique. L'« hitlérisation », et maintenant, la «benladisation» du mouvement palestinien, ou du monde arabe, visent au total à fonder une sorte d'essentialisme arabo-palestinien, évidemment antisémite et terroriste. La cause coloniale du conflit n'a plus de place dans cette représentation. C'est précisément à quoi s'emploient depuis septembre 2000, quelques intellectuels et une partie de la presse communautaire. La représentation qu'ils ont proposée de l'échec de Camp David me semble à cet égard relever significativement de la désinformation la plus cynique. L'idée qu'un « partage de Jérusalem» aurait été offert à Arafat (et refusé par celui-ci) a été largement diffusée par des professionnels de la désinformation, alors que « l'offre généreuse» se limitait à octroyer aux Palestiniens une souveraineté sur les bourgs d'Abou Dis et d'Anata, situés hors de la ville, et de Shu Afat et Sur Bahir, intégrés à la grande Jérusalem étendue pour englober les nouvelles colonies. De même, une lecture constamment tendancieuse, et volontairement alanniste, du droit au retour a pennis de faire accroire à une volonté de destruction d'Israël, alors que les discussions de Taba, en janvier 2001, comme l'accord de Genève de décembre 2003 ont montré que la résolution de cette question n'était pas irréaliste, dans le respect des uns et des autres. Cette intense propagande s'est plus profondément insinuée dans la société française au cours de ces années avec une amplification délirante du discours sur les actes d'antisémitisme (<< une année de cristal », avait dit, sans honte, Alain Finkielkraut en 2002), et avec des tentatives de criminalisation des mouvements

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pro-palestiniens, et l'opprobre jeté sur des auteurs ou des militants dénonçant la répression israélienne. Ce lobbying s'est exercé jusqu'à conduire Jean-Christophe Rufin à assimiler dans un rapport officiel antisionisme et antisémitisme. Je précise ici au passage que l'antisionisme ne me semble nullement une condition à la défense des droits nationaux palestiniens. Mais de là à criminaliser ce qui appartient à la sphère de l'opinion, il y a évidemment une marge! Au total, sous différentes fonnes, la pression s'est exercée pour ôter au terrorisme palestinien tout rapport avec la colonisation, et le confondre dans le vaste choc des civilisations cher à l'administration Bush. Quel que condamnable puisse être ce terrorisme aveugle, le couper de toute racine historique relève de l'imposture, et vise à transformer le conflit israélo-palestinien en conflit de civilisation, voire en conflit inter-religieux sans issues. Le but étant toujours de reléguer la colonisation, qui a doublé au cours des années dites d'Oslo (1993-2000), au rang d'anecdote. En outre, et de façon plus marginale, des groupes de pression extrémistes ont mené bataille dans la société française, parfois pour suggérer l'ignoble. C'est le cas de cette tentative visant à faire passer la mort d'un enfant dans les bras de son père, en septembre 2000, au croisement de Netzarim, dans la bande de Gaza, pour une mise en scène de la télévision française de service public. Nous avons là un exemple de la bataille d'image. Tant de gamins palestiniens ont été tués en quatre ans par des soldats israéliens sans que des groupes de pression pro-israéliens en France ne le contestent jamais! Mais dans le cas du petit Mohamed Al Durah, il y avait des images. Comme si ce n'était pas la mort d'un enfant qui était insupportable, mais le fait que celle-ci fût filmée. Dans leur marginalité ces accusations ne seraient que méprisables si elles étaient clairement démenties et combattues par les instances officielles du judaïsme en France. A notre connaissance, ce n'est pas le cas. Et c'est ici peut-être que se trouve posée la question la plus grave. Dans son immense majorité, l'opinion française reste à peu près insensible à cette propagande. Elle continue d'identifier le conflit israélo-palestinien pour ce qu'il est, et se refuse de confondre les causes et les effets. La revendication nationale palestinienne est toujours perçue, et de plus en plus, comme éminemment légitime. Mais dans son impuissance, cette

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propagande n'en est que plus coupable car elle produit une opinion dans l'opinion au sein d'une partie de la communauté juive. Et elle est pour beaucoup dans un certain sentiment de mal-être et d'incompréhension qui peut à certains moments isoler culturellement et affectivement, une partie de la communauté de l'ensemble de la société française. Le lecteur trouvera dans le travail très complet, et à notre connaissance sans précédent, de Marc Hecker une sorte de cartographie vivante des vecteurs par lesquels passe l'influence d'Israël en France. Par la précision de ses défmitions, Marc Hecker a su déjouer les pièges que tend naturellement un sujet passionnel. Il propose, en plus du constat, une analyse lucide et pertinente. Au moment de souhaiter à tous une bonne lecture, j'ai envie de soulever une question paradoxale: serait-il absurde de considérer qu'il y a parmi ceux qui défendent le droit des Palestiniens à un Etat, bon nombre de pro-Israéliens éclairés? Et corrélativement, que ceux qui sont prêts à user de tous les moyens pour défendre le pire de la politique coloniale israélienne, ruinent la cause qu'ils croient défendre? L'affirmer n'est surtout pas pour moi un jeu de l' esprit.
Denis Sieffert

Directeur de la rédaction de l'hebdomadaire Politis, et auteur de La Guerre israélienne de l'information (avec Joss Dray), La Découverte 2002, et Israël-Palestine, une passion .française, La Découverte 2004.

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