La démocratie de l'ONU en Côte d'Ivoire

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La démocratie de l'Onu ? Une démocratie de parti pris, une démocratie de la vérité temporaire, une démocratie de la désinformation, une démocratie du marché : on y vend la paix, on y achète la guerre, une démocratie policière : on arrête et on emprisonne le candidat non reconnu par la Communanuté internationale. La démocratie passe-t-elle l'ONU du simple "machin" de De Gaulle au bras armé de la Françafrique ?
Publié le : dimanche 1 janvier 2012
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EAN13 : 9782296479050
Nombre de pages : 190
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© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
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diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-56704-7
EAN : 9782296567047 La Démocratie de l’ONU en Côte d’Ivoire Du même auteur
Congo démocratie aux éditions l’Harmattan :
Les déboires de l’apprentissage : vol. 1, 1995
Les références : vol. 2, 1995
La bataille de Brazzaville : vol. 3, 2000
Devoir de mémoire : vol. 4, 2001
La République des savants et des généraux : vol. 5, 2003
Du putsch au rideau de fer : vol. 6, 2006
Quelle Afrique dans la mondialisation économique ? Ligue, 1996
Matalana, la colombe endiablée, L’harmattan, 2004
Vers une éradication du terrorisme universel ? L’Harmattan, 2002
Trois questions sur l’Afrique : lettre à Nicolas Sarkozy,
L’Harmattan, 2007
La flambeuse, Bénévent, 2006
À cœur ouvert pour le Congo-Brazzaville, L’Harmattan, 2008
Les Noirs de l’Élysée aux éditions l’Harmattan :
Un palais pas comme les autres : vol. 1, 2010
Des présidents pas comme les autres : vol. 2, 2010
???????????????Calixte Baniafouna
La Démocratie de l’ONU
en Côte d’Ivoire
Du « machin » de De Gaulle
au bras armé de la Françafrique
L’HarmattanCollection IREA
Collection dirigée par David Gakunzi
Fournir des clés permettant de mieux comprendre
l'Afrique, son histoire, ses réalités et mutations actuelles,
ainsi que sa géopolitique, voilà l'ambition de cette
collection de l'IREA (Institut de recherche et d'études
africaines). La collection - qui réunit aussi bien des essais,
des monographies que des textes littéraires issus des
travaux et des débats animés par l'Institut - a pour vocation
de faire connaître au grand public les travaux d'auteurs
confirmés mais également ceux de jeunes talents encore
méconnus. Les ouvrages de la collection sont rédigées
dans une langue conviviale, vivante et accessible.
Dernières parutions
Calixte Baniafouna, Ce que France veut Afrique veut : le cas de
la Côte d’Ivoire, 2011. La démocratie néocoloniale de la France,
2011.
David Gakunzi, Libye : permis de tuer, 2011.
Roger Gballou, Côte d’Ivoire, le crépuscule d’une démocratie
orpheline, 2011.ES CRITIQUES, NOMBREUX QUI JALONNENT les
échecs des « soldats de la paix » pèsent
directement sur l’institution « mondiale » qui, en L
réalité, ne serait qu’un instrument au service des
plus puissants de ce monde. Et il ne manque pas
d’arguments solides aux tenants de cette thèse.
D’abord, les origines de l’ONU. De l’ancêtre Société
des Nations (SDN) qu’elle fut à l’actuelle Organisation
des Nations Unies (ONU) qu’elle est devenue l’ONU a
été créée par des conceptions impériales sous la forte
influence de l’empire colonial britannique. À l’origine,
Smuts Alfred Zimmern considère surtout la SDN comme
un moyen de préserver et d’étendre l’influence
britannique dans le monde notamment en renforçant les
liens entre Royaume-Uni et États-Unis. Ses conceptions
des relations internationales sont conservatrices et
colonialistes : les peuples « civilisés » auraient la
responsabilité morale de gouverner les peuples
« arriérés ». Il œuvre aux efforts de la SDN pour établir
un réseau international d’intellectuels et d’éducateurs, et
contribue en particulier à l’action de l’IICI (Institut
international de coopération intellectuelle, ancêtre de
l’UNESCO). Idéaliste, il estime que ces organisations
internationales doivent contribuer à la paix mondiale en
créant un esprit international par l’éducation plutôt que
par le droit ou en agissant sur les institutions. Instrument
au service des intérêts et de la politique des grandes
puissances, la SDN devenue ONU l’est restée davantage
et plus encore pour discipliner les nouvelles nations au
fur et à mesure qu’elles deviennent indépendantes et
intègrent l’institution mondiale. L’ONU reste donc une
propriété stratégique, politique, économique,
répréhensive et punitive des cinq membres permanents
du Conseil de sécurité (États-Unis, Grande-Bretagne, France, Russie, Chine) qui seuls en ont le droit de veto et
se partagent les faveurs avec leurs alliés puissants non
membres du Conseil. Du rôle protecteur des minorités
établi par les fondateurs de la SDN en faveur de l’Europe
de l’Est puis des juifs (M-Project) à celui du « maintien
de la paix et de la sécurité internationale » motivé par les
valeurs d’égalité, de justice, de Droits de l’Homme qui
sont bafouées par le système colonial et néocolonial,
l’ONU semble plus que jamais attachée à ses origines
impériales.
Ensuite, le choix des zones à sécuriser. Dans sa
version officielle, l’ONU n’interviendrait que dans des
situations où aucune des parties ne peut prétendre à la
victoire. Les exemples fourmillent cependant des zones
où la situation a été amplifiée par la présence de l’ONU
et, Dieu seul sait, des conflits qui ont trainé en longueur
alors qu’ils seraient vite circonscrits s’ils étaient laissés à
la sagesse des Africains entre eux sous l’arbre à palabre.
L’ONU intervient en réalité là où des intérêts d’une
puissance occidentale sont censés s’exposer aux menaces
du gouvernement local notamment lorsque cette
puissance est dans l’incapacité de régler seule le conflit
(crainte d’être traitée d’ingérence, de colonialisme, etc.).
Le terrain est d’autant propice au gain que la puissance
occidentale trouve toujours et forcément ses complices
parmi les nationaux (chantage de la puissance à se
désengager du pays, peur des dirigeants pas du tout ou
non correctement élus d’être lâchés par la puissance
souteneuse, etc.) qui eux revendiquent leurs intérêts
souvent égoïstes et individuels au nom du bien pour tous.
Enfin, la tendance à s’installer. Signe d’emprise, la
puissance « commanditaire » est d’autant tentée de faire
main basse sur les richesses du pays en conflit que la
mission de l’ONU s’étale dans le temps. L’on sait par
8ailleurs que les missions de l’ONU sont souvent
accompagnées des opérations dites « humanitaires » d’un
côté, des embargos ou des sanctions de l’autre comme
insuffisantes seraient déjà les souffrances de la
population en guerre : « affamer pour nourrir » telle est la
règle du jeu, une sacrée logique ! La puissance soutire ses
intérêts à fond ; l’ONU épargne son personnel du
chômage, un personnel dont le contrat de travail ne dure
que le temps d’une mission.
C’est en ayant tenu compte de toutes ces tristes
réalités que l’ONU fait son entrée en Côte d’Ivoire avec à
la clé le prétexte de faire la paix entre Ivoiriens en pleine
déchirure. Seulement voilà : sur le terrain, l’ONU se
laisse embarquer dans le jeu intéressé des puissances
mondiales qui consiste à s’associer dans un camp pour
isoler un autre au gré de leurs intérêts. En Côte d’Ivoire,
la France peine depuis des années à « dégager » un
président pas vraiment de son goût pour en placer un
autre, plus docile. Et ce, dans le malin jeu de la
démocratie. L’ONU quitte alors le terrain de la paix pour
jouer sur celui de la démocratie. Donc ? Donc aux côtés
de la France en tant que maître du jeu. Donc ? Donc dans
le camp d’Alassane Ouattara en tant que candidat de la
France. Alors, jouons ! « Démocratie ». Dans le langage
politique d’hier, d’aujourd’hui comme de toujours,
« démocratie » est un doux euphémisme pour dire en bon
français « régime politique dans lequel le peuple exerce
sa souveraineté ». Or, on oublie trop souvent : la
politique africaine de la France a beau être ce qu’elle est,
elle procure plus ou moins de souffrances au peuple
africain en fonction du chef de l’État français en place à
Paris. En politique africaine d’anciennes colonies
françaises en effet, le chef de l’État français est un parfait
acteur mitoyen, qui fait communiquer les divers
9segments de la société : chefs d’État africains, peuple
africain, organisations internationales dont l’ONU.
Quiconque se coupe de lui est condamné à l’échec. Or,
depuis le temps de la crise ivoirienne, l’acteur mitoyen
conservait à Laurent Gbagbo un chien de sa chienne.
C’est cet acteur mitoyen qui aboyait tout au long du
règlement de la crise, chacun avec son tempérament.
Sous Chirac, les négociations se font dans l’art
diplomatique, et l’ONU joue son rôle de pacification.
Nicolas Sarkozy arrive après avoir gaspillé tous ses
atouts dans l’euphorie de la victoire de 2007. Par un
comportement arrogant et narcissique, autoritaire et
capricieux ; par l’affichage de goûts de parvenu ; par un
soutien massif, exhibitionniste aux forces de l’argent ; et
surtout par des discours simplificateurs de l’existence
même de l’homme africain… Il est définitivement
déconsidéré aux yeux de la majorité des Africains. Il a
épuisé prématurément ses droits de tirage sur la
confiance due à un homme d’État. Mais, c’est à lui
d’instaurer la démocratie en Côte d’Ivoire. Et c’est lui
que l’ONU devra suivre. Et quand l’ONU suit, ce n’est
plus une institution mondiale pour la paix, c’est un
fougueux allié de Sarkozy pour la guerre. Quand un « élu
des urnes » est investi au pouvoir par des chars de
combat militaires, il devient fatalement prisonnier du
chef de guerre. Nous y sommes. En Côte d’Ivoire,
aujourd’hui, on voit les grenouilles sauter hors de la
marre dans toutes les directions. C’est la sanction de
l’échec de l’ONU : la « Communauté internationale » se
demande tout bas si elle ne devrait pas se mettre en quête
d’un nouveau « président de la Communauté
internationale », rassembleur de tous les Ivoiriens sans
exclusive. La guerre des grands contre les petits est donc
loin d’être terminée !
10Une démocratie des grands
contre les petits
OMBREUX SONT CEUX QUI S’ACCORDENT sur les
échecs de l’ONU. Il serait vain d’espérer Nrésumer dans ces quelques pages la litanie de
ces échecs, des injustices et des controverses à la notion
de paix impartis à l’ONU dans tous leurs détails.
Ce que nous savons peut-être moins, c’est que cette
organisation n’est jamais intervenue dans un pays
africain qui ne soit l’enjeu des intérêts particuliers d’au
moins une puissance occidentale. Et que dans les pays
pauvres ne profitent de l’ONU que les larbins locaux et
leurs clans au service du maître. Mobutu contre
Lumumba en RDC, Ouattara contre Gbagbo en Côte
d’Ivoire et bien d’autres en sont les exemples les plus
révélateurs dans le monde francophone. La RDC ne s’est
ni apaisée depuis, ni développée et encore moins
démocratisée comme l’avait promis l’ONU pour justifier
l’assassinat de Lumumba... il y 50 ans ! Les Grands y
règnent toujours en maîtres absolus. Petits, faibles ou pauvres : si vous êtes
du bon côté du droit évitez surtout de
faire appel à l’ONU
L’ONU ? c’est une propriété privée des Grands, des
Forts et des Riches :
Petits, s’abstenir.
Faibles, s’abstenir.
Pauvres, s’abstenir.
Surtout si vous êtes du bon côté de vos droits. L’ONU
ne débarque que si vos droits menacent les intérêts des
grands. Car un petit dans ses droits ? c’est un grand dans
la crainte de la perte de sa grandeur. Un faible dans ses
droits ? c’est un puissant dans la crainte de l’égalité. Un
pauvre dans ses doits ? c’est un riche dans la crainte du
partage équitable. Dès l’aube de la décolonisation de son
pays, Emery Patrice Lumumba l’a compris bien trop
tard ! Cinquante ans après, Laurent Gbagbo retombe dans
le panneau et l’a compris bien trop tard, lui aussi ! Mais
avaient-ils le choix pour éviter de faire appel à celui que
l’on présente comme le dernier recours quand on cherche
à se débarrasser des rebelles opposés à l’indépendance
des peuples qui ne demandent qu’à vivre dans la dignité
loin des soumissions et des ordres venus d’ailleurs ?
Comment le savoir quand ces hors-la-loi ne sont autres
que ceux-là mêmes qui se réclament être les détenteurs
du monopole du droit et du respect de la loi ? Quand on
réalise que l’ONU, c’est finalement le gendarme des plus
forts et leurs larbins locaux sur les plus faibles, il est
souvent trop tard ! L’ONU n’est qu’un instrument. Un
instrument juridique au service des puissances mondiales.
12Comme tout instrument de servitude, cette organisation,
dirigée par intérim par un Anglais, Sir Gladwyn Jebb (né
le 25 avril 1900, mort le 24 octobre 1996) les trois
premiers mois (24 octobre 1945 au 2 février 1946) de sa
création, l’armée de répression de l’ONU n’a jamais été
constituée que des soldats issus des pays pauvres.
L’ONU n’a jamais eu pour Secrétaire général un
ressortissant d’une puissance mondiale comme l’indique
le tableau ci-dessous.
Secrétaire Pays Dates (né – Commentaire Mandat général d'origine décédé)
16/07/1896 02/02/1946 Trygve Lie Norvège 30/12/1968 10/11/1952 Démission
Mort en fonctionDag 29/07/1905 10/04/1953 Suède Hammarskjöld 18/09/1961 18/09/1961
22/01/1909 30/11/1961 U Thant Birmanie
25/11/1974 31/12/1971
er21/12/1918 1 /01/1972 Kurt Waldheim Autriche 14/06/2007 31/12/1981
erJavier Pérez de 1 /01/1982 Pérou 19/01/1920 -Cuellar 31/12/1991
erBoutros 1 /01/1992
Égypte 14/11/1922 -Boutros-Ghali 31/12/1996
er1 /01/1997 Kofi Annan Ghana 8/04/1938 - 31/12/2006
erCorée du 1 /01/2007 Ban-Ki-moon 13/06/1944 -
Sud 31/12/2011
Liste des Secrétaires généraux de l'ONU depuis 1945
C’est bien le contraire du FMI, autre moyen de
répression, jamais dirigé par un ressortissant d’un pays
pauvre d’autant plus qu’il s’agit là de l’argent (nerf de la
13guerre). La « Résolution de l’ONU » est la principale
arme de maintien des pays les plus pauvres sous le joug
des pays les plus riches de la terre.
Des Résolutions. L’ONU en a signées en grand
nombre dans la recherche de la paix (ou de la guerre) en
Côte d’Ivoire. Mais elle a aussi signé des Résolutions
morales et invisibles sur le marché de sa représentativité
mondiale contre la sûreté de l’État ivoirien, contre
Laurent Gbagbo et contre les institutions ivoiriennes.
Paix de l’ONU incompatible avec dignitaires africains
Basta dignitaires africains ! Basta panafricanistes !
Toutes nos recherches, fouillées, ont été vaines dans le
souci de trouver une seule Résolution de la Société des
nations (SDN) ou de sa filleule Organisation des nations
unies (ONU) condamnant un seul crime commis par une
puissance occidentale contre l’homme noir. Ces crimes
vont du soutien aux gouvernements sud-africains pendant
l’Apartheid aux victimes des coups d’État et guerres
diligentés en Afrique par la France en passant par
l’assassinat des leaders noirs aux États-Unis suivant le
programme Conteil Pro. Jamais l’ONU n’a condamné les
États-Unis pour les crimes racistes ou l’assassinat de
Malcolm X ou Martin Luther King.
Jamais elle n’a condamné la France pendant les luttes
de décolonisation dans ses tortures, assassinats ou
déportations de milliers et de milliers d’Africains.
Jamais, jamais, jamais…
14L’ONU favorise, voire contribue au contraire et
depuis la nuit des temps, de manière directe ou indirecte,
à l’assassinat de tout nationaliste ou panafricaniste qui
oserait lever son petit doigt pour revendiquer
l’émancipation du peuple africain. Illustration faite pour
le moins sur deux des nationalistes-clés de l’Afrique.
PATRICE EMERY LUMUMBA, assassiné le 17 janvier
1961. Né le 2 juillet 1925, il n’aura vécu que moins de 36
ans. Sept mois à peine après l’accession du Congo ex-
Belge (République démocratique du Congo) à
l’autonomie administrative, pompeusement qualifiée
d’« indépendance », le Premier ministre Lumumba et
deux de ses ministres, Joseph Okito et Maurice Mpolo,
sont assassinés. Deux semaines après l'indépendance, des
troubles apparaissent au sein de l'armée du nouvel État et,
profitant de la situation, le pouvoir colonial belge
favorise la sécession de la riche province minière du
Katanga qui est « protégée » par des troupes venues de la
Belgique et des mercenaires, pour certains, français.
Désemparé, le Premier ministre Patrice Lumumba
croit devoir demander l'aide de l'ONU pour l'envoi des
Casques bleus afin de restaurer l'intégrité territoriale du
Congo, sous peine de solliciter l'aide de l'Union
soviétique. Le bouclier onusien attendu allait se
transformer en glaive ! En faisant pression sur la mission
de l'ONU au Congo, le gouvernement des États-Unis
d'Amérique du Nord et celui de la Belgique poussent les
Casques bleus à violer le mandat défini dans les
Résolutions du 14 et du 22 juillet 1960 du Conseil de
sécurité qui avait pour objectif de mettre un terme à la
sécession du Katanga et de rétablir la légalité
constitutionnelle du Congo. En désespoir de cause,
Patrice Lumumba se tourne vers l'Union soviétique et
obtient un soutien logistique effectif, sous forme de mise
15à disposition d'avions et des véhicules pour transporter
les troupes congolaises loyalistes.
Sur cette période, Patrice Lumumba dira : « Certains
ont voulu utiliser l'ONU, soi-disant pour placer le Congo
sous le statut international. Le Congo ne deviendra
jamais une colonie de l'ONU et ne sera jamais un pays
sous la tutelle de l'ONU. Et nous renonçons à toute
assistance de l'ONU. Ceux qui croyaient s'introduire
encore au Congo sous le couvert de l'ONU ne vont plus
entrer. »
Pour le camp dit « occidental », c'est le casus belli : le
président de la République du Congo, Joseph Kasavubu,
poste essentiellement honorifique, déclare le Parlement
dissous, et démet Patrice Lumumba de ses fonctions de
Premier ministre et de ministre de la Défense. Patrice
Lumumba destitue à son tour Joseph Kasavubu de ses
fonctions ; c'est l'impasse juridique avec deux légitimités
qui s'affirment.
Ivoiriens... à la fraîcheur de vos mémoires !
Le 14 septembre 1960, Joseph Kasavubu nomme
Joseph Désiré Mobutu commandant en chef de l'armée
qui le même jour exécute un coup d'État militaire.
Destitué, privé de visa pour les États-Unis, Patrice
Lumumba ne peut participer aux débats sur la
représentation du Congo à l'Assemblée générale de
l'ONU qui est revendiquée en même temps par son
gouvernement et celui de Kasavubu. Du fait
d'importantes pressions des États influents du Conseil de
Sécurité, les votes de la plupart des pays initialement en
faveur de Patrice Lumumba se reportent sur le
gouvernement issu du coup d'État militaire ; cette
délégation est reconnue représentation légale du Congo.
En octobre 1960, Joseph-Désiré Mobutu tente de faire
capturer Patrice Lumumba à son domicile; mais
16Lumumba est protégé par les soldats africains de la
mission de l'ONU au Congo à qui est lancé un ultimatum
pour qu'il soit remis à l'Armée dirigée par Mobutu.
Après s'être évadé le 27 novembre 1960, pour se
rendre à Stanleyville (actuelle Kisangani) pour tenter de
réinstaller son gouvernement au pouvoir, pourchassé,
rattrapé, ramené à Kinshasa, arrêté, maltraité sous le
regard jubilatoire de Mobutu et transféré à Thysville
(actuelle Mbanza-Ngungu) avant d’être livré à son pire
ennemi Moïse Thiombé au Katanga, Patrice Lumumba et
ses deux amis sont assassinés, et leurs corps dissous avec
l’acide.
Non ! cette histoire est celle de Patrice Emery
Lumumba de la République démocratique du Congo,
croyez-moi, vous qui vivez en direct celle de Laurent
Gbagbo de la Côte d’Ivoire en ce que ces deux histoires
se ressemblent comme émanant d’un même événement,
des mêmes acteurs, des mêmes puissances occidentales et
de la même époque !
Une preuve que de 1960 à 2011, rien de nouveau sous
le soleil en Afrique au regard de la situation actuelle en
Côte d'Ivoire ! Nombre d’autres martyrs africains sont les
fils de ce sous-continent assassinés sous la royale
indifférence de l’ONU : Samory Touré, Albert John
Luthuli, Ernest Ouandié, André Grenard Matsoua,
Kwame Nkrumah, Amilcar Cabral, Thomas Sankara... la
liste continue de s’allonger aussi vrai que la France a trop
de mal à faire le deuil de ses anciens obligés dont la
décolonisation n’a apporté aucune once de libération.
RUBEN UM NYOBE, assassiné le 13 septembre 1958.
Né en 1913, il n’aura vécu que 45 ans. Figure
emblématique de la lutte pour l'indépendance et la
réunification du Cameroun, comme Félix-Roland
Moumié et Ernest Ouandié avec qui il partage la même
17fin dramatique, Ruben Um Nyobe s’oppose au pouvoir
colonial français suscitant une prise de conscience
nationale et provoquant la décolonisation qui allait suivre
en 1960, après lui. Véritable virtuose de son époque, il
est à la tête du principal parti d’opposition, l’Union des
populations du Cameroun (UPC) quand il se rendra deux
fois aux Nations Unies grâce aux cotisations de pauvres
paysans camerounais afin de plaider la cause du
Cameroun.
C'est ainsi qu'il propose à l'ONU « un programme-
école, c'est-à-dire, un programme dont l’exécution
permettrait aux Camerounais de recevoir une formation
adéquate, pour pouvoir assumer les charges d’État
découlant du recouvrement de la souveraineté ». D'après
son allocution, c’est « pour permettre aux citoyens du
pays d’apprendre, pendant un laps de temps, à diriger,
sous l’égide d’un haut-commissaire de l’ONU, le
gouvernement de leur pays ». Quant à la durée du
programme-école, il propose une période de « dix ans
préparatoire à l’indépendance ».
L’ONU se dit disposée d’intervenir à condition que le
pays soit doté de son indépendance. Quand Ruben Um
Nyobe rentre au pays pour réclamer l’indépendance, il
bute contre un roc : la France coloniale. Pour toute
réponse de la France, le déploiement d’une arme efficace
qui consiste à « diviser pour mieux régner ». Elle
parvient à diviser les hommes, mais aussi le mouvement
UPC qui éclate en Évolution sociale camerounaise
(ESOCAM), Indépendants du Cameroun (INDECAM) et
Bloc démocratique camerounais (BDC). De « Nous ne
voulons pas du tout de l’indépendance » pour
l’ESOCAM et l’INDECAM à « Oui pour l’indépendance
mais pas pour le moment » pour le BDC, la
18marginalisation de l’UPC vis-à-vis de la France et de
l’ONU est vite consommée.
Mais « marginalisation » ne veut pas dire « mort » du
mouvement. Bien au contraire l’UPC devient un parti
national très actif dans les coins et recoins du pays. La
France ne trouve pas d’autre moyen de le clouer au
silence que de l’interdire purement et simplement. Mais
« interdire » et « affaiblir » ont des sens bien différents.
Dans la clandestinité du mouvement et le maquis que
prend son leader Um Nyobe, les membres sont encore
plus virulents qu’ils ne l’étaient à la lumière du jour.
Le maquis de Ruben Um Nyobe ? C’est un État dans
l’État. Il y crée, le 2 décembre 1956, au cours d’une
réunion de responsables de l’UPC, une armée dénommée
le Comité National d’Organisation (CNO) dont le chef
militaire est Isaac Nyobe Pandjok, un ancien combattant
de la Seconde guerre mondiale. Um Nyobe, lui, n’a pour
seules armes que la plume et le papier. Car il met aussi en
place une véritable administration parallèle à celle des
colons français au Cameroun. Cette administration établit
des actes civils et officiels tels que les actes de
naissances, les actes de mariages, les cartes d’identités
« kamerunaises », les titres fonciers, etc. Mai 1955, au
deuxième mois de maquis, des émeutes éclatent faisant
25 morts (2 Européens et 23 Camerounais dont un
policier) et 62 policiers blessés.
Le Haut commissaire, le Français Pierre Messmer,
engage des négociations avec les nationalistes pro-Um
Nyobe. Il met à la disposition de Mgr Thomas Mongo la
logistique (avion, matériel de détection, etc.) nécessaire
et suffisante pour repérer le leader. Pisté par les troupes
coloniales françaises, Ruben Um Nyobe est abattu dans
la forêt de Boumnyebel, le samedi 13 septembre 1958
dans l’après-midi.
19

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