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La démocratie de transit au Cameroun

De
206 pages
Un des intérêts majeurs de ce livre est d'attirer l'attention sur des faits d'actualité ou historiques concernant le Cameroun et d'en tirer toutes les conséquences et les incidences sur la situation démocratique du Cameroun.
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L'AFRIQUE FACE À SON DESTIN

Quel projet de développement en l'an 2000 ?

Du même auteur
Zone Franc: Outil de développement ou de domination? Le cas des Etats africains. Editions L'Harmattan, 1995.

@L'Harmattan, 1997 ISBN: 2-7384-5654-5

Jean-Baptiste N. WAGO

L'AFRIQUE FACE À SON DESTIN

Quel projet de développement en l'an 2000 ?
Préface de Lahsen Abdelmalki

Editions L'Harmattan
5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan INC 55, rue Saint Jacques Montréal (Qc) - Canada H2Y

"On ne connaît bien un peuple comme un individu que si cette connaissance à une certaine profondeur historique. Pour juger ou extrapoler, la connaissance du point actuel n'est pas suffisante. C'est celle de toute la courbe qui compte". Joseph KI-ZERBO (Histoire de l'Afrique noire. D'hier à demain, Hatier, 1978, p.9)

Remerciements
Que Lahsen ABDELMALKI, Maître de conférences en Sciences Economiques à l'Université Lumière Lyon II, et Lamine BODIAN, Enseignant à l'Université Lumière Lyon II, veuillent bien trouver ici l'expression de ma profonde gratitude et de mes remerciements. Leurs critiques et suggestions m'ont permis de réajuster mes idées et ma réflexion au cours de la rédaction de ce livre.

Préface
Aujourd'hui, l'Afrique est non seulement la région la plus pauvre de la planète, mais elle est aussi la seule à s'appauvrir. Depuis plusieurs. années, le continent avait habitué les observateurs à l'image d'un continent qui se délite et qui échappe à ses gouvernants. Parmi les facteurs qui accentuent le drame africain, il y a sûrement les causes lointaines, toujours opérantes, de la "traite des Noirs" aux colonisations contemporaines et aux migrations de maind'oeuvre, sans oublier les effets des rouages de la monnaie et de l'échange défavorables à un continent fortement cantonné dans la valorisation de ses produits primaires. Il y a aussi les accidents - parfois - imparables de lA nature comme les sécheresses peuvent en être l'une des illustrations les plus cruelles. Il y a enfin et surtout les erreurs humaines. Les dictatures politiques, le mal-gouvernement des États, les guerres de clans et les dépenses de prestige sont quelquesuns des aspects de la gestion publique en Afrique qui faisait autrefois dire à un Européen "comment voulezvous donner l'indépendance à des enfants? Ce serait le plus grand crime que l'Occident commettrait envers les Noirs que de leur donner leur indépendance" (Présence Africaine, 1969). De ce fait, à la fin du XXè siècle, la problématique de l'Afrique est celle d'une région qui doit mener la lutte simultanément sur deux fronts: celui de ses oppresseurs à l'extérieur et celui de ses propres tendances à 9

l'autodestruction à l'intérieur. C'est précisément à cette

question que s'attelle l'ouvrage de Jean-Baptiste WAGO à
travers trois moments successifs: l'Afrique sous influence (première partie), l'Afrique en mutation (deuxième partie) et Afrique des projets (troisième partie). Laissant de côté l'érudition, l'auteur choisit délibérément de saisir et d'interpréter, sur le vif et sans la moindre concession, les nombreux problèmes qui assaillent l'Afrique actuelle. A travers la douzaine de dossiers proposés, suivons l'auteur respectivement lorsqu'il traite des héritages du continent, de ses enjeux économiques actuels et des défis du futurs.
L'AFRIQUE MALADE DE SES HÉRITAGES

'

D'emblée, le livre ouvre sur les "facteurs internationaux de la régression africaine". Ce premier dossier vient opportunément rappeler le poids des legs de I'histoire et, en particulier, celui du colonialisme. Economiquement, ce dernier a appris aux pays africains à consommer ce qu'ils ne produisent pas et à produire ce qu'ils ne consomment pas. Jean-Baptiste WAGO rejoint les très nombreux ouvrages, rapports et articles qui analysent les désarticulations engendrées par la déstructuration des sociétés traditionnelles et les communautés villageoises. L'introduction du salariat urbain et ses conséquences sur la prolétarisation des ruraux font encore partie des conséquences inévitables du choc entre deux systèmes différents de vie et de mise en valeur.

De la colonisation internes

aux

dysfonctionnements

Tournant le dos au fardeau colonial, le rapport établi par l'Américain E. Berg (Banque Mondiale, 1981), au

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début des ajustements des années 1980, montrait que l'interventionnisme étatique inadapté était l'une des principales sources de la crise en Afrique. En 1989, le rapport annuel de la Banque renchérissait en soulignant qu'''il y a peu de désaccord sur le fait que l'origine principale des problèmes rencontrés dans le secteur industriel vient de ce que le développement passe obligatoirement par la croissance industrielle alors que les pouvoirs publics ont généralement misé sur les stratégies de substitution d'importations". Ce constat est complété par le diagnostic de la Commission Economique pour l'Afrique qui dénonce, en 1989, la négligence de l'agriculture et du secteur informel et des programmes de développement disproportionnés. De son côté, l'Organisation de l'Unité Africaine plaide que les échecs des politiques intérieures étaient, pour une grande part, responsables de la crise que traverse le continent en échouant, en particulier, à concevoir et à mettre en place des politiques agricoles soutenables, à encourager l'investissement productif et à aménager convenablement
Ie territoire.

L'aspect purement politique achève d'éclairer convenablement sur les contradictions africaines comme y invite le dossier consacré aux "facteurs endogènes de la régression africaine". Ainsi, de grands projets de prestige, accompagnés par leurs trains de corruptions, ont été entrepris ici et là pour entretenir l'image des chefs d'État. Des dépenses relativement disproportionnées ont été affectées à des ouvrages improductifs: les fameux "éléphants blancs". Ajoutons que les régimes africains sont aujourd'huiparmi les plus instables du monde après avoir partagé, durant longtemps, cette instabilité avec les régimes d'Amérique Latine et, dans une moindre proportion, avec ceux du continent asiatique. Les militaires, les fonctionnaires et une partie des populations Il

urbaines exercent des pressions permanentes sur les gouvernements en mettant à profit leur proximité aux centres du pouvoir. Et il n'est pas rare, comme on a pu le constater médiatiquement au Tchad, Nigeria, Rwanda, Burundi, de voir l'offre alimentaire utilisée pour diviser les clans ou pour affamer les opposants.

Un continent menacé d' "exclusion"
Les années 1990 ont confirmé que l'Afrique est également malade de sa mauvaise position au sein de l'économie mondiale. "Les pays africains et les autres pays pauvres sont les seuls responsables de leur situation difficile et devraient être reconnaissants au Fonds et à la Banque Mondiale pour leur aide généreuse" : ainsi est libellé le point de vue des' institutions de Bretton Woods rapporté il y a quelques années par B. Onimode (The IMF, the World Bank and the African Debt, London, Zed Books Ltd, 1989). Peu d'Africains partagent une affirmation aussi péremptoire. Sans ignorer les causes endogènes, comme nombre d'arguments peuvent l'attester, on peut admettre, sans qu'il faille insister, que les économies africaines sont aussi affectées par des heurts répétés avec les contraintes extérieures. Ainsi, au cours des années 1980, les exportations africaines ont connu une chute dramatique aussi bien en volume qu'en prix. A la suite des deux chocs pétroliers, les pays industrialisés ont dû faire face à la récession économique et à l'inflation en durcissant les politiques monétaires et fiscales et en fourbissant les outils antiinflationnistes. ~u-delà de son impact au sein même des économies développées, cette attitude a contribué à aggraver la situation des pays en développement. En Afrique, le ralentissement de la demande mondiale a provoqué un déclin drastique des exportations 12

compromettant ainsi la croissance de nombreux pays tributaires des marchés mondiaux. En effet, certains connaissent une concentration excessive de leurs exportations: un nombre très réduit de produits compte pour 70 à 90 % dans les gains d'exportation qui, en retour, comptent pour plus de 80 % dans les recettes publiques. Par un enchaînement logique des causes et des effets, ce sont ensuite les programmes économiques et sociaux qui sont stérilisés et le remboursement de la dette intérieure et surtout internationale qui devient impossible compromettantpar là même les crédits futurs. La crise de la dette africaine est née au centre de ces événements et elle a été ensuite alimentée par la hausse des taux d'intérêt à partir de 1980. Alors que les taux d'intérêt moyens sur les prêts extérieurs étaient de 3 à 5 %
dans les années 1960 - d'où .,lne incitation à l'endettement -

ils ont atteint 10 % dans les années 1970 et jusqu'à 20 0/0 au cours de la décennie 1980. Certains de ces taux étaient variables et pouvaient s'appliquer aux emprunts passés engendrant un effet boule de neige. .En 1982, au moment de la crise mexicaine, on savait que l'Afrique n'était pas plus solvable que ce pays d'Amérique centrale. Mais, à la différence du Mexique ou du Brésil, la plupart des États africains n'ont ni la dimension économique et politique, ni des montants d~ dette susceptibles de leur permettre d'influencer ou de menacer l'ordreéconomique et financier international
L'AFRIQUE MALADE DE SES STRUCTURES

L'issue aux blocages est-elle dans l'ajustement? L'interrogation revient à se demander si, nonobstant une incertitude toujours persistante sur l'impact des remèdes prodigués par les institutions de Bretton Woods, il faille faire durer une situation qui met en péril les bases 13

économiques déjà acquises, les liens sociaux et la légitimité des États. Jean-Baptiste WAGO préfère considérer que "l'incapacité des institutions internationales à penser la complexité du développement économique et à comprendre les besoins du Sud explique les déboires des nouvelles orientations économiques". Les lecteurs, en particulier les plus avertis, ne partageront probablement pas une opinion aussi tranchée qui se désolidarise de la dialectique tenace des faits à cette échelle: les -recommandations des institutions internationales opèrent avec violence surtout là où il y a carence de structures et où les États sont défaillants. Ce qui laisse une marge pour l'action. C'est pourquoi, plus modérément, on peut penser que la réponse viendra de la capacité des sociétés à supporter ou non les heurts internes et externes de la transition économique et politique. La congestion urbaine, les problèmes écologiques, les incuries des politiques de santé et d'éducation, la démocratisation de la vie politique sont autant de questions qui demeurent un véritable enjeu pour ceux qui sont chargés de les' étudier ou de les prendre en charge. Face à la multitude des difficultés et des menaces, la perspective qui dérange le plus est celle que dessine certains spécialistes sous la forme d'une "exclusion" du continent comme pourrait en témoigner son endettement excessif et son mal-ajustement.

Le piège de la dette
A propos de la dette internationale africaine, le secrétaire général de l'ONU déclarait en 1993 : «External Debt is a millstone around the neck of Africa.» D'un montant de 228 Mds de dollars, en 1993, elle représente environ 20 % de la dette de l'ensemble du monde en développement. Cela peut apparaître comme dérisoire 14

lorsqu'on compare la dette de chacun des États africains séparément à celle de pays comme le Brésil (I21 Mds de dollars), le Mexique (I13 Mds), l'Indonésie (84 Mds) ou la Russie (79 Mds). En réalité, elle pèse lourdement dans le PNB avec un ratio de 111,3 % pour l'Afrique subsaharienne et de 63,8 % pour le continent entier contre 35,1 % pour l'Amérique Latine et 22,8 % seulement pour l'Asie. La conjugaison de la stagnation économique du continent et du renforcement de sa dette a un prolongement logique. Depuis les dernières années, les transferts nets des flux financiers vers l'Afrique sont négatifs. Ce retournement des flux signifie une hémorragie qui vide progressivement l'Afrique du produit de son travail en faveur de ses créanciers qui ont de plus le chic d'apparaître comme ses sauveteurs. De sommets en conférences, les appels ne cessent de s'élever en faveur d'une annulation d'une partie de la dette. Tout le monde sait qu'il ne s'agit là que d'un pallîatif. Le vrai remède, selon Jean-Baptiste WAGO, réside dans la réorganisation des systèmes bancaires et l'engagement d'une dynamique réelle de développement économique qui incorpore un dispositif urgent d'amplification et de réorganisation de l'aide et qui permette de sortir du cercle vicieux de la dette (troisième partie): Tout le monde partagera ce point de vue.

L'Afrique: un continent en mal d'ajustement
Plusieurs chapitres du livre sont consacrés à aborder les enjeux des ajustements publics et à "désacraliser" les conséquences de la mondialisation sur l'Afrique. L'auteur montre, à juste titre, que l'ouverture du continent n'est ni nouvelle, ni en elle-même fatalement néfaste pour le continent. En effet, l'une des toutes premières 15

interventions de la Banque Mondiale en Afrique a eu lieu en... 1953 déjà. Une mission arrivait au Nigeria sur invitation du gouvernement colonial. Cette mission inspirera le premier plan de développement post-colonial de 1962-68. Depuis, le Nigeria est en relation constante avec la Banque Mondiale et le FMI. C'est aussi la période à partir de laquelle la "perfusion" des deux institutions en Afrique va commencer. Au cours de la décennie 1980, pas moins de trente pays d'Afrique sont soumis aux programmes d'ajustement. Paradoxalement, les plus riches d'entre eux, comme le Nigeria et le Gabon, ne sont pas ceux où les réformes ont été conduites avec le plus de délicatesse. En réalité, ce sont surtout les avis sur l'impact de ces programmes qui posent question en raison des divergences d'opinion. D'un côté, le FMI et la Banque Mondiale considèrent que leurs interventions ont atteint leurs buts. Mais, d'un autre côté, la Commission Economique pour l'Afrique a publié trois rapports dans lesquels elle met particulièrement en exergue les défauts et les effets négatifs de l'ajustement. En 1989, elle récidive en proposant une" alternative aux programmes des institutions de Bretton Woods. En 1990, le FMI se décide à reconnaître le bilan mitigé des actions entreprises: au cours de la décennie écoulée, le PNB/h a augmenté dans 5 pays et stagné ou reculé dans 16 autres pays parmi les 21 ajustés. Le revenu par habitant a chuté de 1,1 % par an dans l'ensemble de l'Afrique sub-saharienne alors qu'il a augmenté de 8,8 % dans l'ensemble des pays en développement et bondi de 6,4% dans les économies émergentes d'Asie. En 1994, la Banque Mondiale rectifie à son tour l'analyse. L'insatisfaction devant tant d'objectifs non atteints se justifie, mais la Banque Mondiale invoque, tour à tour et selon les pays, les facteurs climatiques, la stabilité ou l'instabilité politique pour éclairer' les résultats obtenus.
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Ponctuant ce débat sur les effets sociaux des..plans d'ajustement, l'UNICEF, dans un rapport au titre évocateur (Adjustment with human Face) revient sur les critères souvent évoqués pour apprécier la réussite des PAS: la stabilité macro-économique, la croissance du PNB, l'élimination des goulots d'étranglement structurels et la protection des groupes vulnérables. L'organisation relève que, parmi les 24 pays pour lesquels on dispose d'informations statistiques permanentes, seule l'lIe Maurice a atteint les quatre objectifs simultanément. A l'autre extrémité, plusieurs pays comme l'Éthiopie, le Zaïre, la Somalie, et la Tanzanie n'ont atteint aucun de ces objectifs. L'UNICEF attire l'attention sur la fragilisation du tissu social et souligne les retombées dangereuses sur les personnes vulnérables que sont les enfants, les femmes et les personnes âgées. Ce rapport a été à l'origine de l'introduction, par la Banque Mondiale, de la dimension sociale de l'ajustement (DSA) qui a permis, dans plusieurs pays, de concevoir des programmes spéciaux pour alléger l'impact négatif des programmes d'ajustement pour les secteurs d'activité et les groupes sociaux les plus sensibles.
L'AFRIQUE FACE A L'ESPÉRANCE CHANTIERS DU XXIÈME SIÈCLE DES

Embourbée dans ses difficultés de toute sortes., ballottée entre mal-développement et mal-ajustement, l'Afrique distille de temps à autres des embellies: telle reprise de la croissance, telle réduction de l'endettement ou telle négociation aboutie avec un bailleur de fonds, etc. Ces différents éléments donnent des raisons de croire à un retournement possible de la situation d'autant que les problèmes du continent sont aussi, au moins en partie, à la mesure de notre ignorance à leurs propos. Quelle est la part de l'économie non enregistrée dans la richesse? 17

Quelle est la profondeur des économies de la proximité et de la solidarité que celle-ci vienne de l'intérieur ou de l'extérieur? Quels atouts représenteront les énormes richesses naturelles du continent dans les décennies futures ? Personne n'est en mesure de répondre avec précision à ces questions aujourd'hui! Mais, on lira ici, avec beaucoup d'intérêt, le début de la deuxième partie consacré au "dynamisme des activités informelles". Tournant le regard vers le futur, l'auteur veut surtout convaincre que l'avenir de l'Afrique est à la mesure de ses grands chantiers mobilisateurs. Le débat se porte ici fatalement sur le projet démocratique seul.capable de résoudre les questions de l'État et du pouvoir toujours posés cruellement, de substituer l'effort au népotisme et la logique de la production à la logique de la rente. Il en est de même de l'intégration régionale posée, dès le plan de Lagos en 1980, parmi les priorités devant conduire à la coopération économique et à l' autosuffisance collective. Toutefois, se rappelant le grand pessimisme de G. Myrdal à propos de l'Asie, il y a une trentaine d'années, on ne peut manquer de s'interroger, avec quelque espoir, dans quelle mesure l'Asie peut être un exemple stimulant pour l'Afrique.

Les mirages démocratiques
La croyance selon laquelle la démocratie fonde le développement trouve sa source dans la définition même de ce dernier vocable. Le développement ne se réduit pas à un ordre de grandeurs dans les quantités, il revêt aussi une dimension structurelle. En d'autres termes, le développement doit être associé à la possibilité d'une satisfaction élargie des besoins fondamentaux des hommes: se nourrir, se protéger, mais aussi penser, écrire et se mouvoir, sans oublier les besoins de culture et 18

d'affection. Mais, l'inverse est également vrai. L'expérience a maintes fois montré que le développement est le meilleur appui à une démocratie qui dure. Pourtant, et l'ouvrage de Jean-Baptiste WAGO en fournit maintes illustrations dans la deuxième partie, combien il y a entre ces principes bien compris et leur traduction sur le terrain. Ainsi, en Afrique, les processus de démocratisation apparaissent doublement heurtés. D'abord de l'extérieur, car la contrainte extérieure et les pressions bien intentionnées - allusion ici aux ambiguïtés de la coopération franco-africaine - ralentissent les progrès économiques seuls capables de soutenir les efforts de changement. Ensuite, de l'intérieur car les initiatives des dernières années paraissent toutes achopper sur le manque d'expériences démocratiques et l'incapacité pour les principales catégories sociales représentées de s'entendre sur des règles de jeu claires et acceptées par tous. La transparence, les élections libres et la participation constituent des idées neuves dans un grand nombre de pays d'Afrique. Aussitôt acceptée la nécessité de conforter la libre expression de la presse et des oppositions longtemps bâillonnées,. on en est venu à comprendre que ce qui manquait le plus, c'étaient des procédures qui orientent les comportements. Il fallait donc définir de nouvelles règles de conduite: épurer les constitutions, concevoir des droits de la propriété et de l'entreprise, avoir des droits de la famille, définir un statut de la presse, etc. Ce fut notamment l'objet des fameuses "conférences nationales" qui ont suivi immédiatement l'effondrement du "bloc" de l'Est européen. Ces conférences ont dans l'ensemble produit peu de résultats. L'éveil à la question démocratique ne gomme pas, comme par décret, I'habitude des rangs et des privilèges cultivés. Toutefois, les "conférences" ont contribué à révéler l'étendue des crispations de types ethniques ou politiques. 19

Perspectives régionale

et promesses

de

l'intégration

Pour Jean-Baptiste WAGO, et on lui en donnera quitus en.raison à la fois des succès enregistrés à travers le monde et des acquis accumulés localement, l'un des défis du futur est l'amplification du phénomène des unions régionales (deuxième partie). A l'exclusion du Nigeria, de l'Égypte et de l'Afrique du Sud, aucun autre État africain ne dépasse trente millions d'habitants. La dimension des marchés et l'envergure de la demande sont donc trop réduits pour que chaque pays entreprenne de satisfaire ses besoins internes à partir de productions domestiques. Si chaque pays essaie de pourvoir seul à ses nombreux besoins, ses prix-de-revient seraient anormalement élevés dans toutes les activités où la production ne peut être économiquement rationnelle que sur une grande échelle. Si l'intégration ne va pas sans difficultés, ce simple principe permet néanmoins de comprendre l'enjeu de l'intégration économique régionale. On se souviendra qu'en Europe aussi, des travaux ont tenté d'évaluer le coût de la nonEurope, pour les ménages et les firmes, à plusieurs centaines de milliards d'Ecus. Une recension statistique rapide montre que l'Afrique est le continent qui compte le plus de zones et d'associations de pays à vocation économique et monétaire. Cette inflation d'institutions s'explique à la fois par la multitude des obédiences linguistiques et coloniales, les proximités géographiques et les conflits sur les objectifs et les méthodes. L'Organisation de l'Unité Africaine elle-même est l'aboutissement de cinq années de négociations entre les tenants de l'intégration et les défenseurs de la souveraineté des États. Au-delà des polémiques, habituelles dans le continent, sur les retombées des réformes et des expériences de 20

régionalisation, il reste les acquis: l'apprentissage de la discipline de gestion et de la solidarité dans le traitement des problèmes locaux. De leur côté, les experts militaires rattachent les questions de la sécurité et de la paix collectives au renforcement de ces zones intégrées et au degré d'autonomie qu'elles offrent à l'égard de pressions de toutes origines. Il faut dire que le fait a particulièrement son importance dans un continent considéré comme celui qui comporte le plus de conflits avérés et de risques de conflits nouveaux dans le monde.

L'Afrique est-elle toujours mal partie?
Il y a plus de trente ans, R. Dumont publiait "L'Afrique noire est mal partie" (1962). Il y dépeint prophétiquement une région du monde condamnée par les héritages politiques et économiques, les convoitises internationales et les mauvais choix de politique économique. A peine quelque années plus tard, l'économiste suédois G. Myrdal écrivait "Asian Drama" (1968) dans lequel il donnait la mesure de son pessimisme sur le sort de cette autre région de l'ancien "Tiers Monde". Depuis, l'histoire a rendu son verdict. Elle a condamné l'Afrique sub-saharienne à la stagnation économique et parfois, hélas, à une dérive marquée, selon les zones et l'enchaînement des événements, à la famine, aux conflits larvés, voire à la guerre. Elle a offert à l'Asie les moyens de sa régénération et lui permet même, aujourd'hui, de menacer la hiérarchie économique, technique et commerciale héritée de plusieurs décennies de domination sans partage de l'Occident. Au demeurant, si la sous-développement n'est pas une fatalité, le progrès économique et technologique n'est pas chose facile à manoeuvrer. A l'heure de la globalisation, le défi est jeté solidairement aux pays 21

d'Afrique eux-mêmes et aux pays riches, notamment ceux -nombreux - qui trouvent encore de raisons de produire ou de commercer avec les Africains et qui doivent aux premiers réparation au nom d'une solidarité qui est seule capable d'entretenir durablement l'intérêt commun. Qu'il s'agisse des institutions internationales ou des États, il leur faudra comprendre que les règles de jeu du commerce ne suffisent pas à faire le commerce actif. Le commerce ouvert entre deux zones de puissance économique et d'élasticités de production inégales favorise les plus forts et condamne les plus faibles, s'il n'est assorti d'accompagnement et de mesures d'attente. Ce principe indique qu'il faudra pour quelque temps encore améliorer (ou revoir) l'aide étrangère, l'assistance technique et le commerce pour s'adapter aux nombreux problèmes rencontrés sur le terrain et anticiper les besoins du futur. L'expérience africaine très variée des deux dernières décennies mOlltre elle-même que plus les compétences que l'État s'attribue sont vastes, plus la croissance du produit national dépend de la qualité de sa gestion. Plus grands sont les pouvoirs des dirigeants et plus le sort des habitants, dans l'immédiat et dans l'avenir, sont entre leurs mains. Les peuples pauvres sont logiquement portés à attendre la prospérité de l'action de leurs gouvernants, qui sont une réalité tangible et vivante, plutôt que du libre jeu des lois économiques qui font figure d'abstraction. Or, les élites politiques, administratives et économiques africaines sont, bien souvent et plus qu'ailleurs, insuffisantes en nombre et sont surtout inexpérimentées. L'ingratitude du travail détourne les plus hardis d'entre eux des tâches que requiert la construction du développement. D'autres succombent aux tentations immédiates et parfois au désespoir, faute de trouver implication et récompense dans les projets solidaires du développement.

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