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La démocratie immature

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120 pages
Existe-t-il un plus grand danger aujourd’hui que la rupture de l’indispensable pacte de confiance entre les citoyens et leurs représentants politiques ? Et si nous étions tous collectivement ET individuellement coupables ET responsables de cette crise démocratique majeure ? Jean-Philippe Zappa revient sur les raisons véritables des tensions politiques actuelles et avance des propositions originales pour tenter d’y remédier. Chacun d’entre nous, «simple» citoyen, élu ou journaliste est interpellé et mis face à ses responsabilités respectives. Un essai revivifiant qui n’épargne personne mais apporte une bouffée d’oxygène salutaire pour tous les citoyens attachés à leur pays et à la démocratie.
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Extrait
Le désenchantement permanent

Beaucoup trop de politiques se livrent depuis les débuts de la Ve République à un « coup d’Etat permanent », pour détourner l’expression de François Mitterrand, en spoliant littéralement les Françaises et les Français de la confiance et des espérances que ces derniers avaient placées en eux.
Pour mesurer ce désenchantement croissant à l’égard de la politique, il suffit simplement de se pencher sur l’évolution des taux d’abstention aux différentes élections sous la Ve République.
A de très rares exceptions près, depuis le début des années 80, l’abstention ne cesse de progresser scrutin après scrutin. « La Reine des élections » elle-même, l’élection présidentielle, n’échappe pas à cette tendance : en 1965, lors de la première élection du Président de la République française au suffrage universel direct, moins de 14 % de nos concitoyens n’ont pas pris part au vote, au premier comme au second tour. En 2012, les abstentionnistes représentaient 20 % du corps électoral. L’analyse des chiffres de l’abstention pour les autres élections devrait suffire à alerter tous les citoyens responsables.
Ainsi pour les élections législatives, le taux d’abstention est-il passé de 25 % en 1958 à 30 % en moyenne dans les années 80 pour dépasser les 40 % lors des deux derniers scrutins, en 2007 et en 2012, année de tristes et sombres records : 44,59 % au premier tour et 42,78 % au second. Ce qui signifie qu’un candidat élu avec un peu plus de 50 % des suffrages exprimés, comme c’est le cas pour l’immense majorité des députés, ne bénéficie en réalité du soutien que d’un électeur sur 4 dans sa propre circonscription. Pour les nombreux candidats élus en triangulaire ou quadrangulaire, la base est bien évidemment encore plus faible.
Pour les élections départementales comme pour les élections régionales, il est devenu la norme qu’un électeur sur deux ne se déplace pas. Pour les élections européennes, les électeurs et les électrices qui se déplacent représentent moins de 4 inscrits sur 10. Les élections municipales n’échappent pas à ce mouvement alors même que les 500 000 élus locaux sont régulièrement présentés comme les mandataires les plus proches et les plus appréciés des Français : 39 % d’abstention au premier tour lors des élections de 2014 et 38,72 % au second. Le risque existe aujourd’hui que notre pays ne devienne une « démocratie de l’abstention », à l’instar par exemple des Etats-Unis où la participation est généralement très basse, quel que soit le scrutin ; même l’élection présidentielle qui, à l’exception de celle de 2012 où le « phénomène Obama » mobilisa ses partisans comme ses opposants, n’attire qu’un électeur sur deux. Raison pour laquelle de nombreux scrutins locaux censés intéresser plus de votants sont organisés le même jour que les élections présidentielles. Jumeler systématiquement plusieurs scrutins est peut-être une idée à creuser.

Pour contenir un peu l’abstention naissante, Georges Pompidou, alors Premier ministre et candidat à l’occasion du 1er tour de l’élection présidentielle de 1969, émit une idée des plus originales : avancer d’une semaine la date d’ouverture de la pêche pour permettre aux amateurs de moulinets et d’hameçons en tout genre de déposer un bulletin dans l’urne ! Plus sérieusement, ramener aux urnes une majorité significative d’électeurs afin de renforcer la légitimité des élus nécessite une urgente réhabilitation de l’action politique…

Aujourd’hui, plutôt que de pointer du doigt les abstentionnistes ou les électeurs égarés, selon les termes de nombreux observateurs, vers des partis extrémistes, il serait plus judicieux de féliciter et de récompenser fiscalement (non, là je m’emballe) les électeurs qui continuent d’accorder leur confiance aux grands partis qui se sont succédé au pouvoir depuis 30 ans, oubliant trop souvent leurs promesses et le volontarisme affiché pendant les campagnes électorales.