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La démocratie néocoloniale de la France

De
208 pages
L'ONU, instrument au service de la France et d'autres grandes puissances, plus particulièrement sous le règne de Ban-Ki-moon, intégrera-t-elle officiellement dans sa Charte la politique de la Françafrique qui consiste à faire et défaire les dirigeants africains ? La manière forte avec laquelle la France a installé Alassane Ouattara au pouvoir sera-t-elle généralisée dans les autres anciennes colonies françaises ?
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© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-56702-3
EAN : 9782296567023 La Démocratie néocoloniale de la France Du même auteur
Congo démocratie aux éditions l’Harmattan :
Les déboires de l’apprentissage : vol. 1, 1995
Les références : vol. 2, 1995
La bataille de Brazzaville : vol. 3, 2000
Devoir de mémoire : vol. 4, 2001
La République des savants et des généraux : vol. 5, 2003
Du putsch au rideau de fer : vol. 6, 2006
Quelle Afrique dans la mondialisation économique ? Ligue, 1996
Matalana, la colombe endiablée, L’harmattan, 2004
Vers une éradication du terrorisme universel ? L’Harmattan, 2002
Trois questions sur l’Afrique : lettre à Nicolas Sarkozy,
L’Harmattan, 2007
La flambeuse, Bénévent, 2006
À cœur ouvert pour le Congo-Brazzaville, L’Harmattan, 2008
Les Noirs de l’Élysée aux éditions l’Harmattan :
Un palais pas comme les autres : vol. 1, 2010
Des présidents pas comme les autres : vol. 2, 2010
???????????????Calixte Baniafouna
La Démocratie néocoloniale
de la France
5 cartes électorales pour un Président de la Communauté
internationale en Côte d’Ivoire
L’HarmattanCollection IREA
Collection dirigée par David Gakunzi
Fournir des clés permettant de mieux comprendre
l'Afrique, son histoire, ses réalités et mutations actuelles,
ainsi que sa géopolitique, voilà l'ambition de cette
collection de l'IREA (Institut de recherche et d'études
africaines). La collection - qui réunit aussi bien des essais,
des monographies que des textes littéraires issus des
travaux et des débats animés par l'Institut - a pour vocation
de faire connaître au grand public les travaux d'auteurs
confirmés mais également ceux de jeunes talents encore
méconnus. Les ouvrages de la collection sont rédigées
dans une langue conviviale, vivante et accessible.
Dernières parutions
Calixte Baniafouna, Ce que France veut Afrique veut : le cas de
la Côte d’Ivoire, 2011. La démocratie de l’ONU en Côte d’Ivoire,
2011.
David Gakunzi, Libye : permis de tuer, 2011.
Roger Gballou, Côte d’Ivoire, le crépuscule d’une démocratie
orpheline, 2011.« Si vouloir vivre en hommes libres, c’est être antifrançais, alors
nous le sommes et nous le serons toujours », Messali Hadj, figure
emblématique algérienne de la lutte pour les indépendances, in el
Ouma, 1939. AVANT-PROPOS
« S’il ne vous reste plus pour seule marque de produits
manufacturés en « démocratie » que le système politique que vous
soutenez au Congo Brazzaville, au Cameroun, au Gabon, en
République centrafricaine, au Tchad, au Togo, au Burkina Faso
ainsi que la livraison que vous venez de faire tout récemment en
Côte d’Ivoire, et si c’est cela que vous appelez « démocratie », alors
l’Afrique n’a absolument pas besoin de vos libertés
fondamentales », message de Calixte Baniafouna à un député
français présent à une Conférence de l’association Transparency
international France.
E NE SUIS PAS IVOIRIEN : je n’ai donc voté ni pour
Gbagbo ni pour Ouattara. Mais ce qui se passe Jen Côte d’Ivoire s’est d’abord passé dans mon
pays d’origine, le Congo Brazzaville.
Il est difficile, pour celui qui a assisté en direct aux
images d’horreurs : vols, viols, massacres gratuits,
pillages, braquages, destructions multiformes de rester
indifférent quand tout cela se répète à l’identique
ailleurs, et pour les mêmes raisons.
Il est encore beaucoup plus difficile de se taire au
risque de passer pour un complice quand on connaît
parfaitement la machination utilisée par le commanditaire des crimes pour inverser la réalité des
faits et faire de telle sorte que la victime devienne le
bourreau, le rebelle soit accepté comme la personne
loyale et que les médias s’en mêlent dans un lynchage
médiatique mensonger, diffamatoire, humiliant et
disqualifiant qui pousse à la mort celui qui n’était que
sur le juste chemin du droit, de la vérité et de la liberté.
Il s’agit ici d’explorer et de faire comprendre ce qui
constitue sans doute l’une des élections présidentielles
les plus coûteuses et les plus médiatisées au monde, et
dont l’un des candidats finalistes est le mieux aimé tandis
que l’autre, le plus banni de la « Communauté
internationale » : la crise postélectorale ivoirienne.
Cela aura été en tous les cas l’élection africaine la
plus longuement et méticuleusement préparée qui a
impliqué en huit (8) ans, depuis les accords de Paris
(Linas-Marcoussis en janvier 2003) jusqu’à l’accord de
Ouagadougou (mars 2007) en passant par les accords
d’Accra (septembre 2002, mars 2003, juillet 2004) et les
accords de Pretoria (avril 2005) un nombre
impressionnant d’acteurs : pouvoir, rébellion armée,
partis politiques ivoiriens, Communauté économique des
États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), Union africaine
(UA), France, États-Unis, Union européenne (UE),
Francophonie, Nations Unies (ONU), médiateurs
successifs morts et vivants (le Ghanéen John Agyekum
Kufuor, le Togolais Gnassingbé Eyadema, les Sud-
africains Thabo Mbeki et Jacob Zuma, le Burkinabè
Blaise Compaoré, le Gabonais Omar Bongo, le
Congolais Denis Sassou Nguesso, le Béninois Yayi Boni,
10le Malien Toumani Touré, le Cap-verdien Pedro Pires,
etc. etc.) Une première en Afrique ! Et ce n’est pas tout.
Il a fallu à la « Communauté internationale »
notamment à la France et à l’ONU - pour parvenir à ce
qui semble être, dans l’esprit d’une catégorie
d’analystes, la fin d’une longue crise marquée par
l’investiture d’Alassane Ouattara -, l’intervention en
etrois mandats de deux chefs d’État de la V République
française (Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy), et en deux
mandats de deux Secrétaires généraux de l’ONU (Kofi
Annan et Ban-Ki-moon).
Coût en termes de négociations : 6 Accords nationaux
et internationaux, 23 Déclarations par le président du
Conseil de sécurité, 57 Lettres adressées par le
Secrétaire général ou par le Conseil de sécurité, 43
Rapports du Secrétaire général, 36 Résolutions du
Conseil de sécurité, 28 Communiqués du Comité de suivi,
476 Communiqués de presse, etc. Sans compter le coût
financier, la quantité de larmes et de sang versés tant par
les Ivoiriens que par le personnel de l’institution
mondiale.
Véritable bombe à fragmentation, la crise ivoirienne
n’a jamais autant uni ou divisé les intellectuels africains,
du moins depuis les années 1960 où la décolonisation a
été acceptée comme une indépendance pour certains, un
fusil qui n’aurait fait que changer d’épaule pour
d’autres.
« Ah ! l’Afrique est maudite », a-t-on entendu ici et là
de la bouche des Africains dans les rues des capitales
11africaines comme de la bouche de la diaspora dans les
rues des villes occidentales. C’était le 3 décembre 2010 à
l’annonce de la victoire de Laurent Gbagbo par le
Conseil constitutionnel alors que certains Africains
venaient, la veille, de féliciter la victoire d’Alassane
Ouattara sous les termes d’« enfin un exemple de
démocratie réussie en Afrique ! ».
Leur désolation est d’autant justifiée que la
« Communauté internationale » a immédiatement
reconnu et félicité le « vrai » gagnant de l’élection
présidentielle que serait Alassane Ouattara. Plus
rassurant, Barack Obama sur qui se sont reposés tant
d’espoirs et d’attentes des Africains dès l’annonce de son
nom à la tête de la plus grande puissance du monde a lui
aussi reconnu et félicité le même gagnant.
C’est à de tels moments - quand la France qui n’a
jamais voulu de cette démocratie (autre que celle de la
soumission à l’ancienne métropole) dans ses anciennes
colonies d’Afrique subsaharienne se met au-devant de la
scène, quand l’ONU qui n’a jamais su ce qu’est une
élection dans ce marais des républiques bananières y
consacre des sommes énormes, quand Barack Obama qui
a insisté sur le salut des Africains qui passerait non pas
par des hommes forts mais par des institutions fortes fait
fi de l’existence d’institutions en Côte d’Ivoire - qu’il faut
s’interroger sur le bienfondé de l’intérêt « subit » des uns
et des autres dans la crise d’un pays africain qui est loin
d’être une particularité en Afrique, qu’il s’agisse de son
ampleur ou de sa durée.
12La crise ivoirienne, par le réveil qu’elle a suscité au
monde entier et la manière dont elle a été résolue si
« résolue » elle l’est avec l’éviction de Laurent Gbagbo
et l’installation d’Alassane Ouattara au pouvoir fait
appel à une série d’interrogations.
La crise ivoirienne par sa mondialisation et son
information donnée aux médias occidentaux qui réalisent
seulement maintenant qu’il existe hors de leurs frontières
eet en plein XXI siècle des « dictateurs accrochés au
pouvoir » aidera-t-elle à imposer ce même lynchage
médiatique sur les dictateurs des pays comme le Congo
Brazzaville, le Gabon, le Cameroun, la Centrafrique, le
Tchad, le Togo et le Burkina Faso qui broient
impitoyablement leurs populations avec le soutien de
ceux-là mêmes qui ont fait de la crise ivoirienne non plus
une affaire d’État mais une affaire personnelle ?
La crise ivoirienne au regard de la diversité d’acteurs
qu’elle a mobilisés en vue de la résorber ne traduit-elle
pas là un message fort que l’Afrique toute entière adresse
au reste du monde selon lequel les Africains ne sont plus
condamnés à subir des difficultés et leur place n’est plus
celle de simples pourvoyeurs de matières premières dont
les prix sont d’ailleurs fixés par les acheteurs au mépris
d’un ordre économique juste ?
La crise ivoirienne est-elle l’ultime message venu du
tréfonds des tombeaux africains, adressé à la nouvelle
élite africaine par les ancêtres et tous les martyrs tombés
pour la liberté, à l’instar de Samory Touré, Albert John
Luthuli, Ernest Ouandié, André Grenard Matsoua, Ruben
Um Nyobé, Patrice Emery Lumumba, Kwame Nkrumah,
13Amilcar Cabral, Thomas Sankara message qui
consisterait à faire le choix décisif entre résister aux
pressions de ceux-là qui, comme par hasard, nous
apportent aujourd’hui la « démocratie » sur un plateau
d’argent comme ils ont bien su le faire dans les années
1960 avec les « indépendances » qui représentent
aujourd’hui ce qu’elles sont, et se réembarquer pour 50
ans de plus dans leur bateau qui n’a qu’une seule
direction : les institutions de Breton Woods et continuer
à subir ce que chacun subit actuellement ?
Par cette implication hors du commun dans la
résolution d’un conflit particulier parmi tant d’autres
devenus récurrents en Afrique la France a-t-elle enfin
compris que le privilège de son partenariat avec ses
anciennes colonies d’Afrique ne pourrait être maintenu
que dans un contexte de liberté et de respect mutuel ?
Combien d’Africains savent actuellement au profit de
qui les Occidentaux qui se sont levés comme un seul
homme en enrôlant à leur cause de nombreux Africains
pour défendre la « démocratie » en Côte d’Ivoire l’ont-ils
fait, et combien savent pourquoi certains Occidentaux
(politiques, experts, médias, etc.) jusque-là silencieux ou
soutenant du bout des lèvres, se mettent-ils aujourd’hui à
critiquer librement l’ingérence de la France en Côte
d’Ivoire ?
Combien d’Africains peuvent jurer sur la tombe de
leurs ancêtres que la France est prête aujourd’hui à
recommencer ce qu’elle vient de faire en Côte d’Ivoire,
au Congo Brazza pour dégager Sassou Nguesso, au
Gabon pour disqualifier Ali Bongo, au Cameroun pour
14remercier Paul Biya, en Centrafrique pour se passer de
François Bozizé, au Tchad pour remplacer Idriss Deby,
au Togo pour casser la dynastie Eyadema, ou au Burkina
Faso pour stopper l’indétermination des mandats de
Blaise Compaoré ?
Autant de questions qui devraient expressément
préoccuper la conscience de tout Africain « réfléchi ».
Qu’un jour les Africains parviennent eux aussi à
embarquer à l’unisson pour la cause africaine certaines
opinions occidentales comme les Occidentaux viennent
de le faire en Côte d’Ivoire pour l’intérêt d’« on ne sait
pas encore qui » en attendant qu’Alassane Ouattara
prouve aux yeux du monde entier qui lui a fait confiance
qu’il n’est pas un plus dans le rang de « Sassou-Bongo-
Biya-Bozizé-Deby-Eyadema-Compaoré » !
À croire que le tombeur de la Françafrique arrive au
palais dans les chars de celui-là même qui est le
propriétaire de l’idéologie, il faut réfléchir par deux
fois !
Ce livre, loin de constituer un simple travail
d’écrivain, est un livre d’intellectuel engagé. C’est un
avertissement très important, voire indispensable dès lors
que ce livre est à la fois un message et un appel aux
Africains de tous bords et de toutes tendances à un
passage immédiat à l’acte pour une revue, en milieux
officiels (accords, contrats, diplomatie, etc.) :
- de la relation irrespectueuse de la France sur ses
anciennes colonies d’Afrique subsaharienne : que
15personne n’y attende rien de la France mais aux
Africains d’agir ;
- d’une autre manière d’implication de l’Afrique dans
les organisations mondiales (ONU, FMI, Banque
mondiale, etc.) qui promettent paix et développement
mais pourvoient guerres et pauvreté.
16INTRODUCTION
« Si aujourd’hui les Français apprennent sans révolte les
méthodes que d’autres Français utilisent parfois envers des
Algériens ou des Malgaches, c’est qu’ils vivent, de manière
inconsciente, sur la certitude que nous sommes supérieurs à ces
peuples et que le choix des moyens propres à illustrer cette
supériorité importe peu », Albert Camus, in Combat, 1947
(l’aveuglement colonial).
La chose s’appelle maintenant
« Démocratie »
A Y EST !LA CHOSE EST RÉACTUALISÉE. Cette
fois-ci au nom de la démocratie. Au nom de la Ç
démocratie bafouée par un « dictateur accroché
au pouvoir ». Allez en démocratie ! Mais allez donc en
démocratie, à condition que ce soit à Paris de « dicter » la
loi. C’est Paris qui fixe les règles du jeu. Paris choisit le
candidat préféré du peuple africain. Paris punit les
insoumis. C’est la démocratie française appliquée aux
obligés. Une démocratie néocoloniale
Démocratie néocoloniale ? C’est quoi ? De Gaulle
appelait cela « colonisation » ; Sarkozy l’appelle
« démocratie ». Les temps ont changé. Les règles
demeurent les mêmes. Les procédés, les mêmes. Les
résultats, les mêmes. Les discours, les mêmes. En 1960,
de Gaulle « tourne » la page de l’histoire coloniale, du
moins en théorie. Hommage appuyé aux bâtisseurs de
l’Empire, mais primat de l’intérêt national. Recentrage
économique, force de frappe et coopération bien
comprises prennent le relais de la France impériale.
Et cinquante ans plus tard ? Dans un environnement
international devenu hostile à la perpétuation du
néocolonialisme, la France a pourtant beaucoup de mal à
admettre la perte de ses possessions d’Afrique
subsaharienne en général, la Côte d’Ivoire en particulier
en tant que levier de l’axe ouest-africain. Contrairement à
de nombreuses affaires dans lesquelles la France a été
impliquée les 50 dernières années, la crise ivoirienne aura
été la seule affaire qui n’a créé aucune fracture au sein de
la rédaction de la presse écrite ou de l’audiovisuel, la
seule qui aura fait l’unanimité des journalistes sans se
diviser, de la classe politique gauche-droite sans qu’un
seul politicien aussi « modéré » qu’« extrémiste » soit-il
n’ose lever un petit doigt de différence. Une preuve que
les ex-colonies africaines manquent tant à la France et
qu’un référendum portant sur le retour aux colonies en
Afrique ne pourrait que trouver une adhésion populaire
spectaculaire. Tous les hommes politiques français en
sont conscients d’autant que ceux parmi eux qui se
disaient proches de Laurent Gbagbo n’en ont jamais fait
18un mystère. Mais comment reconquérir le terrain dans un
monde qui a de plus en plus horreur des archaïsmes dont
le néocolonialisme occupe la tête de liste ? Le monde a
horreur des archaïsmes mais les archaïsmes donnent des
idées aux conservateurs. Tous les peuples du monde
aspirent à la liberté. Qui dit liberté dit démocratie. Le
prétexte est ainsi trouvé. Maintenant on ne badine plus :
ils doivent penser comme nous.
Une démocratie dictée depuis Paris
Démocratie, un mot venu de loin ! Les sociétés d’où il
vient sont individualistes. Un individualisme affirmé et
constitutionnalisé. La démocratie oblige droit de
suffrage : un droit individuel. Elle oblige élection. Elle
oblige liquidation des corporatismes et de l’ensemble des
structures collectives. Mais en Afrique les
comportements sont collectifs. L’exercice du droit de
suffrage qui est de nature individuelle dans les sociétés
natives de la démocratie devra donc s’adapter aux
comportements électoraux fondés dans une large mesure
sur une appartenance tribale, ethnique ou religieuse dans
les sociétés africaines. Chaque village, chaque région a
une position majoritaire et minoritaire stable quel que
soit le programme du candidat. Les oscillations du corps
électoral sont d’autant importantes que le vote est
réellement libre. L’exercice démocratique devient encore
plus complexe quand le « maître-donneur-de-leçons » se
fait « peuple » à la place du peuple en opérant le choix
19d’un candidat préféré, un gagnant d’avance. En Côte
d’Ivoire plus que tout autre pays africain où le problème
de discipline néocoloniale se pose le moins, la France
débarquant avec un candidat-clé-en-main, use de tous les
moyens pour persuader les Ivoiriens de s’aligner et pour
fabriquer un consensus artificiel contraire au concept
même de démocratie. D’où les multiples pressions en
faveur du candidat de l’étranger « choisi ». Pour Laurent
Gbagbo pourtant… il faut qu’on en termine ! Ces
élections, Laurent Gbagbo les veut. Après tout la
démocratie a toujours été au centre de son combat. Le jeu
ne vaut pas la chandelle. Sûr de lui, il s’y jette, pieds et
mains liés. Gbagbo va ainsi dans cette maison
particulière pour jouer. Rassuré de dédommager de ses
frais le maître de la maison. Il dépose alors sous le
chandelier une partie du grain. Convaincu que cet argent
servirait à payer entre autres objets, la chandelle. Faut-il
que la chandelle mérite forcément les soins que Laurent
Gbagbo prend, les peines qu’il se donne, la dépense qu’il
fait. Surtout que les rebelles deviennent loyalistes. Le
langage parlé par les uns n’est plus ésotérique pour les
autres. La démocratie prend l’allure d’une représentation
d’opéra ! Quand Laurent Gbagbo se rend compte que le
théâtre est éclairé à la lueur des bougies, que la durée de
cette représentation est liée à la durée de vie des bougies,
qu’il fallait réduire d’autant le texte afin que la
représentation puisse se faire tant qu’il y a de l’éclairage,
et que le jeu n’en vaut pas la chandelle, il est bien trop
tard. Pour avoir sauté trop haut dans le souci de glisser le
plus facilement possible la balle dans le panneau, il finit
par y tomber lui-même et ne s’en relèvera pas. L’allusion
lui sera fatale ! La France enseigne à ses anciennes
colonies d’Afrique noire que son Dieu se change en pain
20