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La Diplomatie sur le vif

De
224 pages
Roland Dumas a été l’un des principaux acteurs d’une période exceptionnelle sur le plan des relations internationales : chute du mur de Berlin, fin de la guerre froide, émergence d'un Sud contestataire, création de l'euro, avènement de la mondialisation – autant de ruptures qui ont refaçonné le monde contemporain.L'ancien ministre d'État, qui fut un ami proche de François Mitterrand et le maître d’œuvre, si ce n’est à penser, de sa politique étrangère, analyse ici ce lent et difficile passage entre deux siècles. S'exprimant avec distance et lucidité, il est sollicité par les questions, les commentaires et les objections d’un universitaire reconnu dans le domaine des relations internationales et d’un journaliste spécialisé sur ces questions. À la croisée des mémoires et du livre de débat, ce document mêle récits et confidences sur la façon dont furent prises les décisions gouvernementales et multilatérales à des moments décisifs de l’histoire, avec les considérations sur l’avenir du monde et des relations entre les pays d’un homme d’État qui a toujours aimé se présenter hors des « passages cloutés » de la diplomatie.
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Couverture
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Catalogage Électre-Bibliographie (avec le concours de la Bibliothèque de Sciences Po)

La diplomatie sur le vif / Roland Dumas ; dialogues avec Bertrand Badie et Gaïdz Minassian. – Paris : Presses de Sciences Po, 2013.

RAMEAU :

– France : Relations extérieures : 1981-1995 : Récits personnels

– Dumas, Roland (1922-…) : Entretiens

DEWEY :

– 327.44 : Politique étrangère – France

ISBN epub : 978-2-7246-8899-3

Photo de couverture : François Mitterrand et Roland Dumas © Georges Gobet/AFP.

La loi de 1957 sur la propriété individuelle interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation des ayants droit (seule la photocopie à usage privé du copiste est autorisée).

Nous rappelons donc que toute reproduction, partielle ou totale, du présent ouvrage est interdite sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3, rue Hautefeuille, 75006 Paris).

2013 © PRESSES DE LA FONDATION NATIONALE DES SCIENCES POLITIQUES

LA DIPLOMATIE

SUR LE VIF

Roland Dumas

Dialogues avec Bertrand Badie et Gaïdz Minassian

UNE CHAÎNE COMMENCÉE À TROIS

Ce livre est le fruit d’une rencontre et d’un travail à trois. Des événements vécus et suivis de près par trois personnalités différentes : un acteur de la vie politique et de la diplomatie françaises, un universitaire qui regarde les choses de loin ou de haut, un journaliste dont la vocation est d’être dans le présent et de poser des questions. Voilà les trois participants.

Ce n’est pas simplement un livre sur le passé, fût-il agréable et intéressant, mais aussi sur l’enseignement que l’on peut tirer de ce passé. Un philosophe célèbre n’a-t-il pas écrit : « Le passé éclaire le présent » ?

Fruit d’une discussion à bâtons rompus sur les événements qui ont marqué les années majeures des deux septennats de François Mitterrand, l’ouvrage intéressera tous les spécialistes curieux de comprendre dans le détail ce qui oriente la pensée et la réflexion politiques.

Mais c’est avant tout un livre sur le futur. Les lecteurs constateront que chacun des acteurs y joue son rôle. Les questions posées par le journaliste et le professeur d’université montrent à quel point la curiosité peut être positive.

Les faits évoqués dans cet ouvrage sont utiles à la comparaison avec le temps présent et, davantage encore, pour éclairer l’avenir. On verra bouger les forces en présence dans le monde. On verra apparaître les antagonismes. On verra surtout naître des risques de conflits, d’affrontements et de guerres, et se modifier les pactes. Dans toute solution adoptée lors de difficultés aiguës germent déjà les conflits de demain.

Pour être plus clair, prenons un exemple. Le problème qui s’est posé aux Alliés en 1939 tire en grande partie son explication des traités qui ont été signés à la fin de la première guerre mondiale. Qui pouvait s’en soucier alors ? Personne, hormis quelques personnalités fortes et visionnaires. Et qui peut prévoir les conséquences des modifications, insensibles mais bien réelles, apportées aux traités d’aujourd’hui sur les relations internationales futures ?

La volonté conjuguée des trois auteurs s’articule dans le temps qui s’écoule. Elle puise ses réflexions, ses constatations, dans ce que furent les échanges mondiaux au cours des dix dernières années, ainsi que dans les nouvelles bases qui ont été jetées par les uns et par les autres sur l’organisation du monde.

Par sa conception, cet ouvrage traduira – j’en suis certain – une vision originale des événements que l’on peut anticiper aisément à partir du passé récent. Sans doute bien des choses y manquent encore, qui apparaîtront lorsque les chercheurs auront accès aux documents encore interdits, aux révélations qui seront faites, comme nous avons essayé de le faire ici, mais la connaissance n’est-elle pas le long chemin que l’on parcourt à plusieurs, en relais, en échange des connaissances des uns et des autres ?

Roland Dumas

TROIS MAILLONS,
TROIS REGARDS SUR LE MONDE

L’homme a tout connu de la politique étrangère de la France de 1981 à 1995. La diplomatie de François Mitterrand, c’est lui. Son action, ses éléments de langage, ses équivoques, son sens de la rhétorique et ses secrets. Pendant quatorze ans, dont une bonne partie au Quai d’Orsay ou dans les palais de la République, Roland Dumas a vu mourir le monde de l’après-guerre, emportant dans la tombe les tragédies d’un XXe siècle agonisant, avec pour seul faire-part l’espoir d’un autre monde : la fin de la guerre froide et la chute de l’URSS, la construction européenne au-delà des égoïsmes nationaux, les crises du Proche-Orient et ses perspectives de paix, l’ouverture des Asies sur le monde, la renaissance d’une Afrique meurtrie par les dégâts des rivalités Est-Ouest et de la décolonisation, jamais vraiment achevée.

Ce basculement dans le XXIe siècle, Roland Dumas et les hommes de sa génération l’ont préparé avec audace mais aussi avec gravité. Audace, car il fallait faire preuve d’initiatives unilatérales, bi ou multilatérales pour rompre avec ce monde bipolaire figé. Gravité, car l’accumulation de faux-pas pouvait être fatale pour la réorganisation du système international et surtout pour les générations futures.

Si la rupture de 1989-1991 a consacré l’avènement d’un nouveau monde, celui de la mondialisation, la roue de l’histoire ne s’est pas pour autant arrêtée de tourner, malgré les prophéties néolibérales ou millénaristes. Au contraire, l’histoire, c’est bien connu, est têtue. La cassure de 1989-1991 est incontournable, mais les lignes de fractures du XXe siècle sont restées, elles aussi, visibles jusqu’à nos jours. Les crises d’adolescence du tourbillonnant XXIe siècle ne résultent pas de la césure entre deux millénaires. Leur généalogie remonte au tournant des années 1980. Et ne pas tenir compte du temps long dans l’analyse, c’est ne pas comprendre que l’histoire a ses exigences, que les crises ont une mémoire et que si certains théoriciens sont amnésiques, les sociétés ne le sont pas.

Le témoignage de l’un des principaux acteurs français du renversement du monde confirme ce lent et difficile passage de témoin entre deux siècles. Et se priver d’un tel témoignage, qui nous fasse vivre de l’intérieur le déroulement des processus mondiaux et découvrir la façon dont les décisions gouvernementales et multilatérales ont été prises à des moments décisifs de l’histoire de l’humanité, aurait, sinon constitué un acte de défaillance dans la sociologie des acteurs des relations internationales, du moins formé un vide dans la recherche universitaire. Pour éviter cette erreur, mais aussi pour compliquer la tâche et contribuer à la réflexion générale, au message du diplomate se sont ajoutées les approches d’un universitaire et d’un journaliste. Trois fonctions, trois regards qui démontrent – faut-il le rappeler ? – souvent dans la divergence que les relations internationales sont désormais ouvertes aux acteurs de la société civile et non plus réservées aux agents diplomatiques traditionnels.

Et pourtant, ces trois regards sont complémentaires. Outre la sincère affinité pour l’international, le diplomate, l’universitaire et le journaliste partagent la méthode de l’analyse critique et sont sans cesse appelés à remettre en question leurs approches, au moins pour éviter le piège de la certitude. Ces regards croisés, objets de huit séances de travail de 150 minutes chacune – une par chapitre thématico-géographique –, qui constituent l’ossature de l’ouvrage, portent exclusivement sur les deux septennats de la politique étrangère de François Mitterrand, pour des raisons d’unité de réflexion – la diplomatie française –, d’unité de cohérence – l’expérience d’un seul et même acteur – et d’unité de temps – la fin de la guerre froide et ses premiers effets. Sans pression, ni condition. Au contraire, les échanges ont toujours été libres, les entretiens transparents et le ton parfois franc comme on dit… dans le langage diplomatique.

Gaïdz Minassian

Journaliste

TROIS CHARNIÈRES DE L’ORDRE MONDIAL

Roland Dumas fut à la tête du Quai d’Orsay à une époque que tous les internationalistes tiennent pour emblématique et cruciale. Peu de ministres ont ainsi suivi « à vif » des événements aussi fondateurs. Que l’on y songe un moment : la chute du mur de Berlin, la préparation de l’euro, l’entrée en force (ou en faiblesse) du Sud dans les relations internationales… Derrière ces faits d’histoire, ce sont bel et bien les dernières secousses de la seconde guerre mondiale qui se font sentir. Évidemment, nos décennies sont hypothéquées par cette ignorance structurelle : sommes-nous dans le bricolage d’une scène internationale qui se cherche ou dans l’invention progressive d’un système international mondialisé qui entrera durablement dans les typologies ? Tel est l’enjeu du récit que nous livre ce grand acteur de la diplomatie de cette fin de siècle : décrit-il l’invention au quotidien d’une post-bipolarité sans forme précise ou la fondation d’un système international inédit ?

L’équivoque de la notion prisée de « post-bipolarité » en dit long sur un système international que l’on n’ose nommer que par référence obscure à son passé : ce soir du 9 novembre 1989, chacun savait quel monde on quittait, mais, semble-t-il, peu de choses sur celui qui arrivait… Et même, que connaissait-on de ce monde révolu ? Était-il un aménagement d’une inévitable polarisation internationale, appelée à se refaire, ou un mode provisoire de gestion de la sortie d’un gigantesque conflit mondial ? Autrement dit, convenait-il de s’émanciper totalement des mœurs internationales de naguère ou d’assurer une prudente continuité à peine repensée ? Roland Dumas nous fait part de ses interrogations, comme de celles de François Mitterrand, sceptique devant la pérennisation de l’OTAN, craignant l’émergence d’une nouvelle Sainte-Alliance. Peut-être les historiens jugeront-ils que le continuisme frileux, inauguré par George H. Bush et confirmé par Bill Clinton, fut à la base de bien des échecs, ou du moins d’occasions manquées, recyclant la Russie dans une semi-adversité, réinventant un nouveau front géopolitique, opposant cette fois le Nord au Sud, et pérennisant un Occident dans une posture désormais hégémonique. Triste bilan d’un illustre événement, prolongement décevant d’une belle soirée d’automne.

En réalité, la question était bel et bien de savoir si le camp soviétique était simplement défait ou si la chute du mur de Berlin n’annonçait pas surtout l’avènement géopolitique de cette mondialisation que l’économie avait déjà conçue. Si la seconde option semble la plus probable, c’est en faveur de la première que la plupart des acteurs avaient tranché. Si la première supposait la disparition des pôles, la seconde invitait à leur réinvention. Aussi isolait-on la Russie, qu’on allait même punir en la rétrogradant en puissance moyenne, cherchait-on à antagoniser la Chine, au moment même où celle-ci choisissait d’entrer de plain-pied dans la mondialisation, se trouvait-on de nouveaux ennemis, en stigmatisant toute une série de « rogue states » face auxquels on ressortait la vieille canonnière. Probablement se trompait-on d’époque.

L’intérêt que notre interlocuteur porte au Sud, son désir explicite d’approcher les nouvelles diplomaties « déviantes » ou « rebelles » de manière différente n’en sont que plus intéressants : l’affrontement Est-Ouest une fois disparu, le Moyen-Orient, l’Asie orientale, l’Afrique, l’Amérique du Sud devenaient porteurs d’autres messages internationaux, probablement irréductibles à la grammaire coloniale comme à celle de la bipolarité. Ici aussi, les occasions de refondation ont probablement été perdues. Les tenants d’une approche classique sont prompts à se conforter dans l’idée un peu désabusée que, finalement, rien ne change : la dernière décennie du XXe siècle a vu se développer plus de conflits encore que du temps de la bipolarité et la chute du Mur n’a rien apaisé. Que le conflit israelo-palestinien fût relancé, que la Corne de l’Afrique fût un nouveau brasier, que le Golfe de Guinée vînt à s’enflammer et que le conflit afghan se pérennisât au-delà de l’URSS : n’était-ce donc que l’effet de la concurrence millénaire entre les puissances ? Ne voyait-on pas naître en direct une autre conflictualité, due à d’autres facteurs, faits de mondialisation, de défaut d’intégration, de dissonances et de ressentiments de toute sorte ?

Et nous autres, Européens, qui préparions alors la monnaie unique ? Était-ce l’invention d’un avenir confiant la régulation à l’échelon macrorégional ou un mélange d’illusions venant clore le cauchemar des guerres européennes et de palliatifs destinés à faire face à une mondialisation redoutée ? Il n’est pas sûr que la réflexion ait été menée jusqu’à son terme, même vingt ans après, lorsque l’on découvre amèrement les désillusions qui ont suivi. N’était-ce pas étrange de lancer ce projet monétaire au moment même où l’on songeait à ralentir le processus d’intégration politique, pour accueillir une douzaine de nouveaux membres sortis d’une tout autre histoire ?

Période passionnante, faite d’occasions probablement manquées, celle que nous décrit Roland Dumas sera la favorite des historiens. Ils découvriront en l’homme qui dirigeait alors le Quai d’Orsay un ministre probablement différent. Celui avec qui nous avons échangé a toujours aimé se présenter hors des « passages cloutés » de la diplomatie. Homme libre, dont le seul vrai lien politique est celui qu’a forgé son amitié avec François Mitterrand, il nous a touchés par sa lecture personnelle et passionnée du monde, émancipée des automatismes de la politique du quotidien et portée par des convictions acquises dans la conduite de la vie : il en reste une certaine hauteur.

Bertrand Badie

Professeur des universités



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