La dissuasion nucléaire

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Aujourd'hui encore, 12 000 têtes nucléaires sont dans le monde, prêtes à l'emploi. Un potentiel de mort suffisant pour liquider un quart de l'humanité. Pourtant, il n'y a jamais eu de risque d'apocalypse. Pendant 50 ans, conscients de l'horreur nucléaire, les présidents des Etats-Unis et les Premiers secrétaires du parti communiste de l'URSS ont tenu tête aux partisans de la guerre. Voici l'incroyable saga de cette dissuasion.
Publié le : vendredi 1 juin 2012
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EAN13 : 9782296495081
Nombre de pages : 276
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La dissuasion nucléaire
Les terrifiants outils de la paix
Edouard VALENSI





La dissuasion nucléaire
Les terrifiants outils de la paix














































© L'HARMATTAN, 2012
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris

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diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-96599-7
EAN : 9782296965997 1. DES INSTRUMENTS DE MORT QUI FONT LA PAIX
1.1 UN MODÈLE DE FIN DU MONDE
Les spectateurs de la première explosion nucléaire, le 16 juillet 1945
sont les témoins bouleversés du premier phénomène tellurique créé par la
science et la technologie. Un gigantesque, éblouissant et terrifiant soleil d’or
enrichi de rouges, de violets et de bleus éclaire tout l’espace. Il bondit vers le
ciel, colorant toute la terre alentour ; un météore créé par l’homme. A coup
sûr, la plus belle expérience scientifique de tous les temps ! Sur le coup, ce
fut la stupéfaction, l’émerveillement et une peur instinctive. Car tous les
acteurs présents comprennent qu’ils ont devant eux un modèle de fin du
monde. L’enfer est dans le ciel. Terrifiant !

On sait à présent que l’on dispose d’une arme effroyable. Un parfait
outil de mort, une arme d’épouvante. Elle va être lancée pour terroriser le
Japon, pour l’amener à résipiscence. Car le Japon s’acharne à combattre
contre le reste du monde. Il a rejeté l’ultimatum qui lui a été signifié : c’est le
Premier ministre lui-même qui a annoncé que le Japon voulait « l’ignorer. ».
La décision n’est prise qu’après une longue discussion associant
militaires, scientifiques et politiques. Toutes les options sont envisagées, y
compris la frappe de Tokyo. La conclusion des réflexions est qu’il est
impossible de se contenter d’une frappe marginale, une ville importante doit
être visée. La frappe doit être exemplaire!
Sur la liste des cibles potentielles Kyoto, un patrimoine de l’Humanité,
est la première, parce qu’elle est peuplée d’intellectuels à même d’évaluer la
signification stratégique de la frappe. Elle est cependant sauvée au dernier
moment par le Secrétaire à la Guerre, Henry Stimon, qui avait admiré la ville
lors de sa lune de miel. C’est donc Hiroshima, septième ville japonaise par
ordre d’importance et jusqu’ici épargnée, qui est retenue. Le 6 août, à peine
trois semaines après la première explosion, l’enfer n’est plus au ciel, mais
sur la terre.
Les dommages sont effroyables et démontrent que cette bombe est une
réalité terrifiante et imparable. C’est la preuve par la mort. L’explosion ne
met pas simplement fin à la seconde guerre mondiale, mais à une possible et
redoutée nouvelle déflagration planétaire qui ne peut même plus être
envisagée par un chef d’Etat raisonnable. De cela nous sommes redevables
aux deux cent mille pauvres victimes d’Hiroshima, et de Nagasaki, les héros
involontaires et passifs des seules frappes nucléaires jamais ordonnées.
1.2 CENT MILLE TÊTES NUCLÉAIRES
Le nucléaire s’est imposé. Désormais, pour les grandes puissances,
c’est autour de l’atome que va se focaliser la pensée militaire, que vont
s’organiser les armées et que seront refondées les stratégies. L’atome impose
des choix que les budgets vont contribuer à concrétiser.
1.2.1 Toujours plus d’armes pour surpasser l’adversaire
Immédiatement après les premières explosions, les Etats-Unis, en
situation de monopole, se voient invulnérables. Pour rester hors d’atteinte ils
se hâtent de se protéger. Six mois à peine après l’explosion d’Hiroshima,
tout transfert de technologie nucléaire se trouve interdit, même vers leur
meilleur allié d’hier, le Royaume-Uni. Peine perdue ! En 1951, l’Union
Soviétique dispose d’une technologie propre. S’engage alors une course à la
kilotonne sans fin et sans but défini.
Les armes nucléaires sont d’abord et surtout l’affaire de deux pays, les
Etats-Unis et l’Union Soviétique. Ils détiennent 90% ou plus de l’arsenal
mondial. Ils font le marché et structurent l’univers nucléaire. Une course
éperdue s’engage. Chacun cherche à dépasser son vis-à-vis. Les Etats-Unis
mèneront jusqu’aux années 80. On est en pleine absurdité. Américains et
Soviétiques, poussés par leurs experts, leurs peurs, leurs idéologies et des
faucons de toutes espèces dimensionnent leurs forces au plus haut. Bien au
delà du nécessaire et même du justifiable.
On ne connaîtra sans doute jamais quelles sommes cumulées ont été
investies pour les armements nucléaires, mais on peut en estimer l’ordre de
grandeur : cinq mille milliards de dollars 2010. Les têtes nucléaires, bombes
et obus sont produits en masse aux Etats-Unis comme en Union soviétique.
Aux plus beaux jours, l’unité de compte est la dizaine de milliesr de têtes.
Au total, environ cent mille bombes ont été assemblées.

Ces armes étaient nécessaires pour soutenir une guerre nucléaire
raisonnée, maîtrisée, pouvant s’étendre sur plusieurs semaines en restant
toujours assuré d’anéantir un adversaire persistant dans une folie agressive.
Sans doute, depuis le tout début des années 60, Américains et Russes sont
persuadés qu’il ne peut pas y avoir de gagnant dans une guerre nucléaire où
6
l’on joue perdant-perdant. Mais peut-on être assuré qu’un adversaire
demeurera toujours rationnel ? Dans le doute, il faut s’armer.
1.2.2 Non pas des moyens de combat, des facteurs de dissuasion
A quoi ces armes qui n’ont jamais servi étaient-elles destinées ? Et
chacun de répondre d’un mot : « Dissuasion ». Les Etats nucléaires ajoutent
unanimes : « Les armes nucléaires ne sont pas des moyens de combat, mais
des facteurs de dissuasion de la guerre. Au contraire d’autres types d’armes,
elles assurent des fonctionnalités politiques dans le monde moderne.»
Peuton les croire ?
Beaucoup a été écrit sur la dissuasion. Les ouvrages se comptent par
centaines. Cependant, pour leur plus grand nombre, ces livres privilégient les
approches politiques de la dissuasion ; la défense y est traitée comme une
des composantes des relations internationales. Les propos sont enrichissants,
mais force est de constater que l’accent est mis sur des considérations
extérieures au fait nucléaire proprement dit. Partant, ces ouvrages peinent à
expliquer comment le surarmement nucléaire a pu s’imposer à tous ?
Pourquoi tant d’hommes politiques, tant d’experts ont-ils pu, ont-ils voulu
croire au pire. Le secret a joué son rôle, mais il n’explique pas tout. Ces
ouvrages ne s’appesantissent peut être pas assez sur les armes, sur leur
emploi, en un mot sur les aspects militaires de la dissuasion dont découlent
de singuliers équilibres entre Etats.

Pour donner à la dissuasion toute sa dimension, il ne faut pas la
considérer comme un objet d’étude en soi, mais modestement montrer
comment elle se matérialise en fonction des armes qui en font la substance,
de leurs effets, des missiles dont le nombre et les caractéristiques
déterminent les conditions d’emploi. Il est ainsi possible de faire apparaître
quel contenu les pays détenteurs du feu donnent à la dissuasion, en fonction
de la perception qu’ils peuvent avoir de leurs intérêts vitaux et des
particularités de leur environnement sécuritaire. C’est là une approche
« Bottom-Up », pour reprendre une terminologie américaine, qui s’oppose à
l’approche traditionnelle « Top-Down ».
Ici, la technologie, les lois de la physique fixent les degrés de liberté
dont peut disposer le diplomate. La dissuasion va apparaître, pour chaque
pays, singulière. Elle n’a donc pas eu le même sens pour les Etats-Unis et
pour l’Union soviétique pendant la guerre froide. Un concept particulier - la
dissuasion du Faible au Fort - trouve sa logique et sa crédibilité en France. Et
c’est probablement à un concept voisin que se réfère la Chine.
7
1.3 LES ARMES, LEUR EMPLOI, LES DÉFENSES
Ainsi, la dissuasion ne peut pas être le fruit de la seule détermination
d’un chef d’Etat, d’une nation. Même si cette détermination est une
condition nécessaire, elle n’est pas suffisante. La dissuasion ne se décrète
pas, elle résulte de la possession d’armes, des plans de tirs que ses vecteurs
permettent d’élaborer, des dommages ici attendus, là redoutés.
Aussi, dans l’approche retenue dans cet ouvrage, vous voici conviés à
acquérir, un savoir minimal sur les armes nucléaire et leurs effets, nécessaire
pour appréhender quelles sont les contraintes qui s’imposent aux Etats dans
l’élaboration de leur politique de défense et des options qui pouvaient nourrir
leur stratégie.
1.3.1 Un produit de la plus haute technologie
Que retenir des bombes : sur le principe, il n’y a plus de secret. Non
seulement les plans des bombes sont accessibles à tous sur la toile, mais tous
les perfectionnements qui ont été apportés au schéma de base y sont
détaillés. Il ne reste qu’à construire l’engin, et c’est là que la réalisation
d’une arme nucléaire se révèle être une formidable aventure scientifique et
technique.
L’obtention d’une masse importante de produits fissiles en est l’étape
première. La plus visible, car l’enrichissement de l’uranium est un processus
extrêmement lent et demande l’accumulation d’équipements lourds. Les
déboires de l’Iran qui, année après année n’y parvient toujours pas, montrent
la difficulté de l’entreprise.

Mais là n’est peut-être pas l’essentiel. Pour réaliser une déflagration
atomique, il faut, grâce à l’explosion programmée à une fraction de
microseconde près d’une enveloppe d’explosifs sur-énergétiques, maintenir
intègre, pendant le plus longtemps possible, un gâteau d’uranium et de
plutonium dont la température s’exprime en millions de degrés centigrades La
réalisation d’une bombe thermonucléaire est encore plus délicate, car c’est
l’explosion d’une première bombe atomique qui porte à plusieurs milliards
d’atmosphères et à plusieurs millions de degrés le mélange gazeux dont la
fusion sera à l’origine de l’explosion principale. Elle a pendant des années
été un défi pour les Etats-Unis, la Russie et la France.

Ce savoir-faire reste inaccessible aux terroristes, au commun des Etats.
Seuls des pays scientifiquement avancés, qui ont jugé que l’atome était une
nécessité vitale, sont parvenus à produire du combustible nucléaire en qualité
8
suffisante. Tous les autres, de la Suisse à l’Argentine en passant par la
Suède, ont renoncé. Car il n’y a pas de projet nucléaire au rabais, la
détermination et l’engagement d’un pays doivent être sans faille. Les
grandes puissances nucléaires : Etats-Unis, Russie, France ont conduit
d’énormes programmes de recherche destinés à assurer à la fois la fiabilité
des engins qui doivent donner à tout coup la puissance programmée, leur
miniaturisation pour rendre leur mise en œuvre la plus souple possible,
faciliter leur emploi et permettre l’emport par des missiles à très longue
portée.
1.3.2 La mort à l’échelle humaine
C’est par centaines que se comptent les différents modèles de bombes,
conçues pour tous les usages.
− Les plus puissantes qui ont vu leurs beaux jours dans les années 60
étaient capables de raser les plus grandes agglomérations, Moscou,
New York, Leningrad, Paris ou Londres. Trop lourdes, elles ne
pouvaient être transportées que par des bombardiers lourds. On les
retrouve aujourd’hui sur des présentoirs, dans les musées.
− Les bombes « standard », d’une centaine de kilotonnes, disposant
d’un rayon d’efficacité de 3 kilomètres, se retrouvent partout. Elles
équipent les missiles à têtes multiples américains, soviétiques et
français. Pour tenir en phase de rentrée dans l’atmosphère, elles sont
contenues dans un cône en céramique d’à peine un mètre de haut.
Chaque pays est bien évidemment doté de sa propre version.



Le succès a été au rendez-vous : bombes mégatonniques ou bombes
d’une centaine de kilotonnes pour les missiles à tètes multiples sont à
l’échelle humaine. Les unes et les autres capables de détruire une capitale.
Compter environ 1 kilo par kilotonne. Un coffre de voiture suffit pour
9
transporter une bombe thermonucléaire américaine, russe ou française. (Le
lecteur qui souhaiterait en savoir plus sur les armes nucléaires pourra se
référer à l’ouvrage « La Dissuasion Nucléaire : Manuel d’emploi », ouvrage
frère, chez le même éditeur.)
1.3.3 Boule de feu, onde de choc et impulsion électromagnétique
L’explosion d’un engin atomique dans l’atmosphère a pour résultat
direct, primaire, l’émission massive de rayonnements : des neutrons, des
rayons gamma et X. Ce rayonnement entre en collision avec les atomes de
l’air environnant : une énergie formidable est absorbée quasi-instantanément
par une masse d’air réduite. Dès la millionième de seconde après
l’explosion, il y a création autour du point d’explosion d’une boule de feu
dont la température se chiffre en dizaine de millions de degrés.
Si l’air est brûlant, c’est qu’il a absorbé le rayonnement initial mortel.
Ce faisant, il fait écran. L’origine nucléaire des phénomènes a disparu.
L’énergie de la bombe est transférée dans la boule de feu qui donne
naissance
− pour les deux tiers à de l’énergie mécanique avec génération d’une
très puissante onde de choc,
− pour un tiers à de l’énergie thermique ; les échanges thermiques sont
à l’origine de vents très puissants pouvant aller jusqu’à 350
kilomètres à l’heure. Des vents à leur tour destructeurs.
Il est donc légitime d’assimiler l’explosion d’une arme nucléaire à celle
d’un explosif classique : à la masse de TNT qui aurait créé une boule de feu
équivalente à celle qu’il a créée.
Pour évaluer et prédire les effets des armes, 2.000 explosions
expérimentales ont été réalisées. La moitié d'entre elles étaient américaines. A
partir de quoi des manuels d’emploi ont été rédigés. Le plus connu d’entre
eux : « The Effects of Nuclear Weapons » est un ouvrage complet calcul de
l’altitude d’explosion en fonction de la puissance de la bombe, distance
limite permettant de garantir la destruction des constructions, tables pour le
calcul des pertes humaines : tout y est. Un document secret ? Non pas, il a
été vendu en librairie, il est aujourd’hui accessible en ligne, accessible à
tous.
De son contenu, pour bâtir des plans d’emploi, on ne retiendra que
l’impact des explosions atmosphériques sur les constructions et les
conséquences sur les réseaux de distribution électrique des explosions à très haute
altitude.

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Les expériences, ont montré que les bâtiments, les hommes étaient
principalement sensibles à l’onde de choc. L’onde de choc se manifeste par
un pic de surpression destructeur. On considère que les bâtiments touchés
par une surpression de 5 psi (pound per square inch) soit selon le système
métrique 0,34 kg/cm2 sont ruinés, en tout cas totalement inutilisables. Ce
que démontre la figure témoignant des effets d’une onde de choc de 5 psi sur
une construction traditionnelle en brique.


Figure 1 : Conséquence d’une onde de choc de 1,7 psi et de 5 psi
sur une maison en briques non renforcée
Les immeubles de pierre et de béton ont des murs porteurs qui résistent
à des surpressions de 5 psi, mais l’intérieur est dévasté

Les conséquences des explosions sont habituellement évaluées à
l’emporte-pièce selon le principe du Cookie-Cutter :
− on calcule le rayon du cercle à l’intérieur duquel la surpression due à
l’onde de choc atteint ou dépasse 5 psi. Là, tout n’est que ruines,
mais à l’extérieur aucun effet significatif n’est à prendre en compte,
− il en est de même pour les hommes. On admet qu’aucun ne survit
dans la zone où l’ode de surpression dépasse 5 psi. Qu’en première
approximation, ils sont indemnes au-delà. Des estimations à
caractère opérationnel qui ne prennent pas en compte les effets
différés des explosions,
− ce ne sont là que des approximations, mais il doit être conservé en
mémoire que les marges d’erreur sur les effets des armes atteignent
ou dépassent 10%.

Le rayon d’efficacité, c’est-à-dire le rayon des cercles à l’intérieur
desquels la surpression dépasse 5 psi, est fonction de la puissance des
bombes. Il croît comme la racine cubique de la puissance. Le rayon d’effi-
11
cacité d’un petit engin de 1 kilotonne est de 670 mètres, celui d’une bombe
de 20 kt (la bombe d’Hiroshima) est de 1.800 mètres ; 6.700 mètres pour une
bombe puissante de 1 mégatonne. Qu’une telle bombe explose à Paris au
dessus de Notre Dame et les 20 arrondissements de Paris ne sont plus.
1.3.4 L’impulsion électromagnétique
Pour qu’il y ait onde de choc, il faut que l’explosion ait lieu dans
l’atmosphère. A très haute altitude, à 100 kilomètres par exemple, quasiment
dans le vide, le résultat est tout autre. Faute de molécules d’air absorbant le
rayonnement, il ne peut y avoir formation d’une boule de feu. Le
rayonnement produit par l’explosion se propage à grande distance. Lorsqu’il
se dirige vers la terre il finit par trouver la haute atmosphère dont il arrache
les électrons. Les électrons rendus libres sont accélérés par le champ
magnétique terrestre et génèrent une forme d’éclair étendu.

Figure 2 Processus de création de l’impulsion électromagnétique
C’est l’effet d’impulsion électromagnétique d’IEM, en américain
« Electro Magnetic Pulse », EMP. L’éclair qu’il génère perturbe les circuits
électriques, fait sauter les sécurités. Non seulement les alarmes se
déclenchent, mais en particulier les réseaux de distribution électrique
moyenne tension disjonctent, entraînant la rupture généralisée de la
distribution de courant. Des heures, voire des jours sont nécessaires pour
qu’une situation normale puisse être rétablie.
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L’horizon marque la limite des effets : l’IEM affecte tous les points de
la terre vus depuis le point d’explosion. D’immenses zones habitées sont
perturbées.
1C’est ce que montre la figure suivante .

Figure 3 Zones affectées par des impulsions électromagnétiques
en fonction de l’altitude d’explosion
Des explosions nucléaire à très haute altitude ne tuent pas, mais
entraînent des perturbations généralisées à l’échelle d’un pays. Elles ont
donc immédiatement séduit les stratèges. Car elles sont perçues par des
millions de personnes sans entraîner la mort. Un dernier avertissement sans
frais.

Si l’on en croît des sources officielles américaines, de telles frappes,
préstratégiques, auraient été envisagées par la France.
1.3.5 Une seule défense : l’évacuation des villes
Pour des populations, se protéger contre une explosion nucléaire, c’est
d’abord survivre à l’onde de choc, c’est ensuite demeurer dans une ville

1 High Altitude Electromagnetic Pulse (HEMP) and High Power Microwave (HPM) Devices:
Threat Assessments , http://digital.library.unt.edu/govdocs/crs/permalink/meta-crs-6028:1 ,
Base\High_Altitude_Electromagnetic_Pulse_Assessments.pdf
13
dévastée, radioactive. On peut construire des abris durcis, comme cela a été
fait en Suisse, mais que deviennent les habitants survivants dans une ville
qui n’est plus que ruines et incendies. Ou encore, dans la plus atroce
panique : que deviendraient les habitants d’une capitale épargnée mais dont
toutes les issues (routes, voies de chemin de fer) sont bloquées par une
couronne d’explosions nucléaires.
La seule mesure de défense efficace est l’évaluation des villes. Des
plans d’évacuation ont été étudiés aussi bien par les Etats-Unis que par
l’Union soviétique. C’est pour permettre l’évacuation des grandes
métropoles que le réseau des grandes autoroutes américaines a été initié par
l’Administration du Président Eisenhower, au début des années 50. Les plans
les plus achevés voyaient la population des grandes métropoles essaimer en
petites communautés de quelques milliers de personnes (permettant le
maintien d’une vie sociale santé, enseignement, …), réparties uniformément
sur le territoire.
Toute une littérature a été publiée sur le sujet, des guides sont toujours
en ligne, mais ils sont ignorés, oubliés. .Car plus personne ne pense
aujourd’hui à se protéger contre le risque de frappes nucléaires.
L’apocalypse est sortie des esprits. Elle était présente naguère. C’est dire que pour
chacun d’entre nous la menace nucléaire « institutionnelle » venant de pays
2considérés comme raisonnables est évanouie.
1.4 TOUS STRATÈGES
Le risque nucléaire ne fait plus les grands titres. Pourtant la menace
nucléaire est toujours là. Plusieurs milliers d’engins sont maintenus en
condition opérationnelle par les Etats nucléaires. Un nombre suffisant pour
rayer de la carte toutes les villes d’importance et liquider ainsi un quart
environ de l’humanité.
L’atome militaire peut donc nous effrayer encore. Et cet ouvrage
apporte tout ce qui est nécessaire pour tenter de répondre à la question que
chacun se pose : quel est l’avenir du nucléaire dans les prochaines années ?
Il propose un savoir et des clés permettant de percevoir ce qu’est l’avenir
d’un monde marqué par :
− la mésentente entre Etats-Unis et Russie,
− les inquiétudes que font naître deux Etats mal agissant : la Corée du
Nord et l’Iran,

2 Ici encore, le lecteur qui souhaiterait en savoir plus sur les armes nucléaires pourra se référer
à l’ouvrage La Dissuasion Nucléaire : « Manuel d’emploi pour les chefs d’Etat, les généraux
et les simples citoyens », chez le même éditeur.
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− et la menace la plus grave qui pèse sur le monde, le risque
d’affrontement nucléaire entre les Etats-Unis et la Chine autour de
Taïwan.
C’est à une aventure politico-militaire à laquelle, lecteur ami, vous êtes
convié. Il vous est proposé de vous placer au même niveau que les
conseillers proches des chef d’Etat et de raisonner en grands politiques à
l’emploi des forces nucléaires. Et ainsi vous donner les moyens d’exprimer
un avis réfléchi, sur le futur de la dissuasion.

L’exposé ne privilégie aucun pays, même s’il est fait largement
référence à des documents américains. Les Etats-Unis sont le plus souvent
cités. Mais c’est parce qu’ils ont, plus que tout autre, réfléchi sur les
concepts de dissuasion ; et surtout, c’est parce que, plus que tout autre, ils
ont fait connaître leur doctrine, considérant
− que l’on ne peut pas dissuader si on ne communique pas
− qu’en faisant connaître leurs intentions à des pays animés de
sentiments hostiles, ils réduisent les risques de fausse interprétation.

Ce qui est publié aux Etats-Unis peut donc choquer. Car la nation
américaine considère que la vérité sert finalement la cause de la paix et
qu’au final, toute la vérité est due aux citoyens. Mais assurément, ce qui est
révélé à Washington est caché ailleurs. Il n’y a donc pas lieu d’incriminer le
pays qui s’impose d’être transparent, au-delà même du raisonnable. Il faut
lui en savoir gré. Ce livre ne serait pas sans l’obligation d’informer le
citoyen qui est un des points hauts de la démocratie américaine.

Un dernier point encore, pour que votre lecture soit apaisée : cet
ouvrage n’est guère qu’un ouvrage de technicien des forces nucléaires. Ce
n’est en aucune manière un travail d’historien. Il ne doit pas être parcouru
comme tel, même s’il y est fait part belle à des documents originaux. Ici la
reconstitution du passé n’est pas une finalité, c’est un outil pour comprendre
le présent, pour imaginer notre futur.

15

A l’origine de cet ouvrage on trouve une exploitation systématique du
web, qui a permis d’accéder à plusieurs centaines de documents de
grand intérêt, dont un grand nombre initialement « SECRET ».

L’URL de ces documents au moment où ils ont été exploités est
systématiquement donnée, mais l’expérience montre que l’information
en ligne est fugace. Le seul moyen d’être assuré de ces sources est d’en
faire une copie et de la stocker sur une base de données dédiée.C’est ce
à quoi nous nous sommes astreint. Les principaux documents ou
extraits de documents ayant contribué à la rédaction de cet ouvrage ont
été réunis dans une base de données dédiée. Cette base de donnée est
stockée sur le site de .


Dans un souci de transparence, ces références sont mises
gracieusement à la disposition du lecteur. Les notes en bas de
page donnent donc
- l’adresse internet du document au moment de la rédaction de
l’ouvrage,
- le nom donné au document sur le site de .


Ainsi le document « Présidential Review Memorandum » a pour
référence :
Presidential Review Memorandum NSC-10,
http://fas.org/irp/offdocs/prm/prm10.pdf ,
Base\Presidential_Review_Memorandum_NSC-10.pdf

Pour accéder aux liens actifs des compléments d’ouvrage,
rendezvous à la page du livre “La dissuasion nucléaire” sur le site des
éditions L’Harmattan http://www.editions-harmattan.fr/index.asp
et téléchargez le document “Bookmark – La Dissuasion
Nucléaire”.



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2. LES ETATS-UNIS : DOMINATEURS ET RATIONNELS
La fin des peurs nous permet d’examiner quel a été le cheminement
parallèle des Etats-Unis et de l’Union Soviétique dans le domaine nucléaire.
L’indulgence devra être au rendez-vous pour faire accepter les a priori, les
préjugés, les craintes non fondées, les complaisances vis-à-vis des groupes
de pression qui ont imposé le développement d’arsenaux monstrueux. La
compréhension sera aussi nécessaire pour faire admettre qu’il a fallu tant
d’années pour que la dissuasion devienne ce qu’elle doit être : un outil de
paix ; pour que l’Atome, devenu enfin objet de raison, réintègre la logique de
Clausewitz.

Le discours américain doit être pris comme référence.
− Il est le seul organisé, rendu public, avec la volonté de faire au mieux
pour contribuer au maintien de la paix par la liberté donnée aux
peuples. Au mieux pour les Etats-Unis d’abord, mais également pour
les alliés des Etats-Unis et enfin pour le Monde,
− C’est un discours défensif, jamais les Etats-Unis n’ont eu l’intention
d’attaquer l’empire soviétique. Les forces nucléaires américaines
n’ont jamais eu d’autre finalité que dissuasive, contrairement à ce
qu’ont pu sincèrement croire les dirigeants soviétiques
autointoxiqués,
− Partant de frappes massives punitives dans les années 50, la stratégie
américaine a progressivement évolué vers toujours plus de souplesse.
Une évolution ininterrompue, quelles qu’aient été les équipes au
pouvoir : démocrates ou républicaines, et quel qu’ait été
l’environnement militaire (guerre de Corée, du Viêt-Nam,).
− C’est un discours de paix. Il n’y a eu pour les Etats-Unis, au niveau
présidentiel, qu’une seule politique : assurer la paix. C’est cette
politique qui a été retenue, non sans quelques nuances et parfois des
retours en arrière, par tous les présidents qui se sont succédé, d’Harry
Truman à Barack Obama.

De cette finalité donnée au dispositif nucléaire, il faut convaincre
l’appareil communiste. Aussi la doctrine américaine doit-elle inclure une
composante didactique. C’est par l’intermédiaire de déclarations officielles
de Présidents, de Secrétaires à la Défense, de Chefs d’État-major diffusés par
tous les canaux possibles : documents officiels de grande diffusion,
déclarations de responsables politiques et militaires, publications par le
gouvernement américain de pièces volontairement non classifiées ou
déclassifiées, que le contenu de la doctrine américaine a été porté à la
connaissance des responsables soviétiques, et au-delà, du monde.
2.1 UNE ARME ABSOLUE POUR STOPPER LA GUERRE
Hiroshima est à jamais le symbole de l’horreur nucléaire, et pourtant ce
n’est pas pour briser le Japon que les Etats-Unis se sont engagés dans
l’aventure nucléaire, mais pour répondre à la barbarie nazie.
Contre la barbarie nazie, le premier grand programme scientifique du
ième20 siècle
La seconde guerre mondiale n’était pas encore déclarée, lorsqu’au mois
d’août 1939, à l’initiative de Leo Szilard, Albert Einstein écrit au Président
Franklin Roosevelt pour que les Etats-Unis s’engagent dans l’étude d’une
3bombe atomique :
Des travaux récents de E. Fermi et L. Szilard dont le manuscrit m’a été
communiqué me laissent penser que l’Uranium peut être, dans un très
proche futur, une nouvelle et importante source d’énergie. …
Au cours des quatre derniers mois les travaux de Joliot en France aussi
bien que ceux de Fermi et de Szilard aux Etats-Unis ont montré qu’il est
possible d’initier une réaction en chaîne. Il en résulte une situation qui
demande un suivi et si nécessaire une action rapide de votre
Administration…..
Ce nouveau phénomène permet la construction de bombes et il est
concevable – sans que l’on puisse en être certain – que des bombes
extrêmement puissantes pourront être réalisées. Une seule bombe de ce type,
transportée par un navire et explosant dans un port pourrait bien détruire
tout le port ainsi que les territoires environnants, etc..

3 Einstein to Roosevelt, August 2, 1939 , http://www.dannen.com/ae-fdr.html ,
Base\Einstein_to_Roosevelt_ August_2, 1939.pdf
On rappelle : pour accéder aux liens actifs des compléments d’ouvrage, rendez-vous à la page
du livre “La dissuasion nucléaire” sur le site des éditions L’Harmattan
http://www.editionsharmattan.fr/index.asp et téléchargez le document “Bookmark – La Dissuasion Nucléaire”.
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Ce texte montre que ni Einstein, ni personne ne savent encore ce que
pourrait être une bombe atomique. Aussi, on reste confondu devant la
confiance que le Président Roosevelt et ses conseillers ont pu avoir dans la
science et dans la parole des scientifiques pour lancer les Etats-Unis dans
cette aventure insensée qu’était le projet Manhattan.
Il n’a fallu que deux ans pour que le projet prenne corps. La lettre
d’Einstein est transmise et présentée au Président au mois d’octobre 1939 ;
dans un premier temps celui-ci se contente de créer un « Uranium
Commitee », doté d’un budget de six mille dollars. Les débuts sont
modestes, mais grâce à la lucidité et la confiance d’un des conseillers ami du
Président, Vannevar Bush, le Manhattan Project prend immédiatement
forme. Le programme de construction d’une bombe est approuvé le 9
octobre 1941. Deux ans ont suffi pour que le premier grand projet
ièmescientifique du 20 siècle soit lancé. L’effondrement de la France qui a
laissé le Royaume-Uni désarmé n’a pu que souligner l’importance et
l’urgence du projet.

Quelques chiffres pour rappeler les dimensions du programme
Manhattan. Il a fait collaborer jusqu’à 130.000 personnes pendant quatre ans,
dont une pléiade de prix Nobel. Il a représenté un budget d’environ deux
milliards de dollars 1945 soit 25 milliards de dollars 2010.
On connaît très précisément quelle a été l’organisation scientifique et
industrielle qui a permis de mener à bien ce projet, grâce au Smyth Report
qui rend compte dans le détail de la conduite de tous les aspects du
programme Manhattan. Si le rapport ne divulgue rien sur la bombe, il n’en
n’a pas moins été un document de référence inestimable aussi bien pour les
équipes russes que pour les équipes française.
19

Figure 4 Le rapport Smyth : Conduite du programme atomique Manhattan
Une ville importante doit être visée, pour que la frappe soit
démonstrative
Tout est mis en œuvre pour que le programme aboutisse au plus vite
Cependant l’Allemagne s’écroule avant que la bombe ne soit au point, et
c’est contre le Japon qui s’acharne à combattre contre le reste du Monde que
les premières armes atomiques vont être programmées.
À la fin de la conférence de Postdam, un ultimatum est signifié au
Japon, sommé de se rendre sans condition sans quoi il subira de graves
destructions. L’ultimatum est rejeté ; c’est le premier ministre lui-même qui
annonce que le Japon veut « ignorer » l'ultimatum A la suite de ce refus, la
décision d‘employer l’arme atomique n’a pas été prise à la légère. Elle a fait
l’objet de nombreux débats, où les responsables scientifiques du projet
Manhattan siégeaient à côté des officiers généraux.
Devant l’acharnement japonais, on s’est résolu à une frappe
démonstrative, qui persuade le Japon que les Etats-Unis disposent d’une
arme absolue.

La ville choisie est sujet d’expérience. Elle doit rendre évidente aux
plus acharnés que le Japon sera anéanti s’ils persistent. Il est impossible de
se contenter d’une frappe marginale. Une ville importante doit être frappée.
La ville visée doit :
20
− s’étendre sur au moins 3 miles,
− ne pas avoir été l’objet de raids
antérieurs,
− l’explosion doit générer des
4dommages importants.

Sur la liste des cibles potentielles
Kyoto est la ville préférée, parce que
peuplée d’intellectuels à même d’évaluer la
signification stratégique de la frappe. Elle
est sauvée au dernier moment par Henry
Stimon, Secrétaire à la Guerre qui avait Figure 5 Henry L.Stimons,
admiré la ville et ses inestimables trésors Secretary of War,
lors de sa lune de miel. C’est donc responsable en dernier ressort
Hiroshima, jusqu’ici épargnée septième vil- du programme Manhattan
le japonaise par ordre d’importance qui est
finalement retenue.
La frappe n’a donc pas d’impact direct sur les combats. Sa finalité est
politique : avoir raison de l’obstination d’un pouvoir militaire. Cependant, à
court terme, l’atome manquera son objectif, puisque ce ne seront pas les
morts d’Hiroshima et de Nagasaki qui convaincront l’Empereur, mais le
bombardement de Tokyo, plus proche et plus meurtrier.
Il faudra donc attendre quelques semaines pour que l’apocalypse
atomique soit perçue pour ce qu’elle est : une menace qui n’est plus à
l’échelle humaine. Non pas seulement par les japonais mais par le monde
entier, et à jamais.
Les pauvres morts d’Hiroshima qui ont permis à la dissuasion d’être
Une des analyses les plus lucides des conséquences de la destruction
d’Hiroshima est sans doute celle de Charles de Gaulle. Il déclare en 1962 au
cours d’un Conseil des ministres : « Il fallait bien qu’elle frappe la première
fois. Pour mettre le Japon à genoux, il fallait lui fournir la preuve que cette
bombe était une réalité terrifiante et imparable.
Et il fallait que cette bombe mette fin à la seconde guerre mondiale,
pour que la perspective de son emploi dissuade d’en entreprendre une
troisième. Sans quoi on n’aurait jamais cru à sa vertu.

4 Target Committee, Los Alamos, May 19-11, 1945 ,
http://www.dannen.com/decision/targets.html,
Base\Target_Committee_Los_Alamos_May_10-11_1945.pdf
21
Sans Hiroshima l’armement nucléaire n’aurait pas fait plus d’effet
qu’un revolver à eau.
5Truman a eu du cran. Il en fallait.»
La troisième guerre mondiale n’a pas donc eu lieu. A quoi avons-nous
échappé ? Le tableau des morts pré-nucléaires des deux guerres mondiales
6doit rester dans nos mémoires : Au total 40, 50 millions de morts peut-être ;
on n’en saura jamais le compte, même approché.

Pays Pertes Pertes civiles Pertes % de la
militaires totales population
URSS 13.600 7.500 21.100 10,0 %
Pologne 120 5.300 5.420 15,0 %
Allemagne 4.000 3.000 7.000 12,0 %
Yougoslavie 300 1.200 1.500 10,0 %
Japon 2.700 300 3.000 4,0 %
France 250 350 600 1,5 %
Italie 300 100 400 1,0 %
Royaume-Uni 326 62 388 0,8 %
États-Unis 300 - 300 0,2 %
Chine Entre 6.000et 20.000
Figure 6 Les morts de l’ère pré-nucléaire (milliers d’hommes)
On était resté sur des chiffres comparables avec la criminelle et absurde
guerre de Corée, voulue par Staline : environ quatre millions de morts entre
1950 et 1953.

C’est en regard de ces chiffres que s’inscrivent les morts d’Hiroshima
et de Nagasaki. Selon les évaluations le bombardement d’Hiroshima, une
ville qui abritait 310.000 personnes
− a eu immédiatement pour effet la mort de 70.000 atteints par l’onde
de choc et l’incendie,
− victimes auxquelles se seraient ajoutées dans les mois qui ont suivi
de 20.000 à 70.000 personnes supplémentaires décédées des suites de
7leurs blessures, de leurs brûlures et de manque de soins appropriés, .

5 Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle., Nous pourrons tuer vingt millions d’hommes.
6 D'après Marc Nouschi, Bilan de la Seconde Guerre mondiale, Le Seuil, 1996.
7 The Effects of the Atomic Bombings ,
http://www.ibiblio.org/hyperwar/AAF/USSBS/AtomicEffects/AtomicEffects-2.html ,
Base\The_Effects_of_the_Atomic_Bombings.pdf
22
− donc de 90.000 à 140.000 morts.
Les pertes auraient été du même ordre sur Nagasaki : un total de 80.000
personnes étaient décédées en fin d’année 1945 sur une population initiale de
8250.000 personnes.
Ces pauvres morts sont les héros involontaires et passifs à qui nous
sommes redevables de la paix qui, tant bien que mal, s’est instaurée entre les
grandes puissances du Monde.
2.2 DES REPRÉSAILLES MASSIVES POUR COMBATTRE LE MAL
Les effets des armes atomiques sont apocalyptiques, mais ils sont
réversibles. Telles sont les conclusions des études conduites sur les sites
d’Hiroshima et de Nagasaki. Conclusion confirmée par des programmes
expérimentaux conduits sur le Nevada Test Site et sur les Pacific Proving
Grounds de l’atoll de Bikini.
Les effets apocalyptiques des armes atomiques sont clairement indiqués
dans le rapport Top Secret, adressé au Président des Etats-Unis, à présent
9déclassifié « The Evaluation of the Atomic Bomb as a Military Weapon ».
10Tout est dit : Si elles sont utilisées en nombre, les bombes atomiques,
peuvent non seulement réduire à néant les moyens militaires de toute nation,
mais également en démolir les structures économiques et sociales interdisant
leur rétablissement sur une longue période. Avec ces armes, surtout si elles
11sont employées en conjonction avec d’autres armes de destruction massive
comme, par exemple, des bactéries pathogènes, il est tout à fait possible de
dépeupler de vastes zones de la surface terrestre, ne laissant que des
vestiges des ouvrages matériels de l'homme.
De l’emploi irraisonné de l’arme atomique peut résulter la fin du
monde, mais en même temps l’exemple japonais montre qu’une ville

8 How many persons perished in or survived the atomic bombings?
http://www.rerf.or.jp/general/qa_e/qa1.html ,
Base\How_many_persons_perished_in_the_atomic_bombings.pdf
9 The Evaluation of the Atomic Bomb as a Military Weapon ,
http://www.trumanlibrary.org/whistlestop/study_collections/bomb/large/documents/pdfs/zoo
m=100 , Base\The_Evaluation_of_the_Atomic_Bomb.pdf
10 If used in number, atomic bombs not only nullify any nation’s military effort, but ca
demolish its social an economic structures and prevent their reestablishment for a long
period of time. With such weapons, especially if employed in conjunction wit other weapons
of masse destruction as, for example, pathogenic bacteria, it is quite possible to depopulate
vas areas of the earth surface, leaving only vestigial remnants of man’s material works.
11 Incidemment, on observe que c’est dans ce rapport qu’il est fait mention pour la première
fois « d’armes de destruction massives ». C’est donc un concept ancien que George Bush a
remis dans l’actualité
23
bombardée peut renaître de ses ruines. Quelques semaines après l’explosion,
12des tramways circulaient sur les voies laissées intactes par l’explosion.
Hiroshima était immédiatement reconstruite dès la guerre achevée,
permettant à Paul Nitze en revenant sur les lieux de conclure qu’un pays peut
reprendre vie après une explosion nucléaire.
L’atome ne fait donc pas disparaître toute vie. Il est donc possible de
concevoir des plans d’emploi nucléaires.
Faute de pouvoir espérer un mode de paix sans armes, à quoi les
EtatsUnis aspirent, le rapport The Evaluation of the Atomic Bomb as a Military
Weapon formule des recommandations précises pour le développement et la
13mise en œuvre des armes atomiques. Elles seront intégralement suivies.
L’apocalypse est programmée.
14War is our profession; peace is our product. "
Conscients de la menace que la Bombe fait peser sur l’humanité, les
Etats-Unis du Président Truman, proposent en 1946, avec le Plan Baruch,
l'élimination des armes atomiques. C’est un plan courageux, généreux, à
bien des égards prophétique. Il donne à un organisme des Nations-Unies,
l’International Atomic Development Authority, le monopole de l’extraction
et du traitement de l'uranium et du thorium, de la construction et de la
conduite des installations permettant l’exploitation de l’énergie nucléaire.
Tous les pays dans le monde doivent renoncer à l’atome militaire ; après
l'implantation d'un système international de contrôle et de sanction, les
armes américaines seront confiées à l’ONU qui deviendra également
détenteur de tous les savoir-faire atomiques.
Hélas, ce plan reste lettre morte, car immédiatement rejeté par l’Union
soviétique qui se sait minoritaire au sein des Nations-Unies, et surtout pour
qui il est vital de détenir la Bombe face aux Etats-Unis. La course à l’atome
est programmée à terme.

Pour l’heure, la Russie des années 40 ne peut en aucune façon menacer
directement les Etats-Unis. Aussi c’est l’extension du communisme que les
Etats-Unis entendent contenir en Europe grâce à des aides militaires et
économiques.

12 Paul Nitze Interview, http://www.achievement.org/autodoc/page/nit0int-5
13 The Evaluation of the Atomic Bomb as a Military Weapon ,
http://www.trumanlibrary.org/whistlestop/study_collections/bomb/large/documents/pdfs/zoo
m=100 , Base\The_Evaluation_of_the_Atomic_Bomb.pdf
14 Devise du Strategic Air Command jusqu’en 1958
24
Le 12 mars 1947, devant le Congrès Harry Truman déclare : « Je crois
que les États-Unis doivent soutenir les peuples libres qui résistent à des
tentatives d'asservissement. Je crois que nous devons aider les peuples libres
à forger leur destin. Je crois que notre aide doit consister essentiellement en
un soutien économique et financier ; à maintenir la liberté des États du
monde et à les protéger de l'avancée communiste. »
Le discours est mesuré : le plan Marshall en est l’élément central, il va
permettre à l’Europe de repartir ; Paul Nitze a été l’un de ses concepteurs.
Mais le discours est insupportable pour l’URSS de Staline qui voit le Monde
séparé en deux camps : le camp impérialiste et antidémocratique, le camp
anti-impérialiste et démocratique.» « Le but que se donnent les États-Unis
est l'établissement de la domination mondiale de l'impérialisme américain.
C'est aux partis communistes qu'incombe le rôle historique de se mettre à la
15tête de la résistance au plan américain d'asservissement de l'Europe. »
C’est par l’Union soviétique que la guerre froide est déclarée.
La guerre froide, mais pas d’hostilités déclarées car l’arme atomique est
un recours absolu en réserve face à la menace communiste. Les Etats-Unis
en conserveront le monopole de fait jusqu’au milieu des années 50.
Les moyens nucléaires, qui soutiennent la politique américaine sont
réduits En octobre 1947 les forces américaines de la naissante Air Force se
limitent à 18 B29 opérationnels pour emporter des bombes atomiques et 11
16équipages qualifiés. D’aussi faibles moyens ne peuvent avoir que des
objectifs démographiques.

Figure 7 Le bombardier B29 (source : Marty McGuire)

15 La doctrine Jdanov http://fr.wikipedia.org/wiki/Doctrine_Jdanov
16 The origin of U.S. Nuclear Strategy ,
http://www.airpower.maxwell.af.mil/airchronicles/bookrev/rearden.html
25
Les premiers plans américains ne considèrent que la frappe de villes.
En 1946, le plan Pincher envisageait la frappe de 20 villes soviétiques
par 50 bombes. Ce plan conserve néanmoins une forte composante
prospective puisque, faute de matière fissile, l’arsenal américain n’est crédité
que de 9 bombes en 1946, 13 en 1947 et 15 au mois de juillet 1948. Il donne
cependant des orientations précises au Department of Defense pour se
17préparer à répondre à une éventuelle dégradation du contexte stratégique.

En 1948, les Etats-Unis qui ont le monopole de l’arme nucléaire
peuvent se donner l’élimination du communisme russe comme objectif, en
cas de guerre générale provoquée par l’Union soviétique.
− Interdire à la Russie soviétique toute domination sur des territoires
extérieurs aux frontières de l’Etat russe qui sera autorisé à exister
après la guerre,
− Détruire les structures et les réseaux qui ont permis aux leaders du
Parti Communiste de soumettre à leur autorité morale et
disciplinaire des citoyens ou des groupes de citoyens dans des pays
que les communistes ne contrôlent pa.,
− Etre assuré que le régime ou les régimes qui pourront exister sur le
territoire traditionnel de la Russie après la guerre
o 1. n’auront pas de forces armées suffisantes pour conduire
une guerre,
o 2. ne pourront rien imposer qui s’apparente à l’actuel
rideau de fer,
− De plus, si un quelconque régime bolchevique subsiste dans une
portion du territoire de l’Union soviétique, qu’il ne contrôle pas une
part suffisante du potentiel militaro-industriel de l’Union soviétique
qui lui permette d’entrer en guerre avec tout autre régime qui puisse
18exister sur le territoire russe traditionnel.
Le communisme doit être éliminé et l’actualité va conforter la majorité
de la société américaine dans cette conviction. Le rideau de fer qui s’étend
sur l’Europe, la crise de Berlin, l’explosion de la première bombe soviétique
et l’absurde et féroce guerre de Corée allaient à la fois être à la source du
développement des forces stratégiques américaines et à l’origine d’une peur

17 The State, Society, and limited nuclear wa ,
http://www.sunypress.edu/p-2056-the-statesociety-and-limited-n.aspx , Base\The_State_Society_and_limited_nuclear_war.pdf
18 NSC-162/2 A report to the National Security Council ,
http://www.fas.org/irp/offdocs/nschst/nsc-162-2.pdf , Base\NSC-162-2_A_report_to_the_National_Security_Council.pdf
26
viscérale, collective : une « Peur Rouge ».et d’un anticommunisme qui dure
encore.

L’avion étant le seul vecteur disponible dans les années 50, Le Strategic
Air Command de l’Air Force se développe à marche forcée, il devient la
19principale ligne de défense et l’ultime moyen d’attaque des Etats-Unis . Il
répond aux provocations soviétiques et les contient.
Très vite le Strategic Air Command donne une réalité aux plans
d’emploi atomiques. Ainsi “Fleetwood“ conçu à la suite du blocage de
Berlin prévoyait sous trente jours, la destruction de 70 villes soviétiques par
20un bombardement massif de 133 bombes. Ce même volume était retenu par
le Joint War Plan Trojan pour une première frappe, pouvant être suivie de
frappes complémentaires d’un volume au moins égal visant des objectifs
économiques : raffineries de pétrole ; centrales électriques, …etc.
L’Air Force est capable de détruire le pouvoir soviétique.
La guerre nucléaire est au-delà de la rationalité
Pour le Président, les frappes nucléaires restent l’ultime recours face à
la dictature communiste. Cependant la mise en œuvre effective des frappes
américaines : le seuil de la décision, les objectifs, l’échelonnement, reste une
décision du Président. Comment les frappes auraient-elles été programmées
reste une énigme. On peut même douter qu’un plan précis n’ait jamais été
arrêté.
Ce ne peut être qu’une mesure ultime qui n’est envisagée que lorsque
tout aura été tenté, en vain. Dans le dernier message sur l’Etat de l’Union,
Harry Truman, sans doute poursuivi par les morts d’Hiroshima, tient à
déclarer : « la guerre de l’avenir sera un conflit dans lequel un homme
pourrait d’un seul coup mettre fin à des millions de vies, démolir les grandes
villes du monde, effacer les réalisations culturelles du passé, et détruire la
structure même d’une civilisation qui a été bâtie lentement et avec peine par
des centaines de générations.
Pour un homme raisonnable, la guerre nucléaire est impossible :
21nuclear war impossible for "rational men. »

19 The origin of u,s; Nuclear Strategy ,
http://www.airpower.maxwell.af.mil/airchronicles/bookrev/rearden.html
20 Attacking Russian Cities : Two Countervalue Scenaros.,
http://www.nrdc.org/nuclear/warplan/warplan_ch5.pdf , Base\Attacking_Russian_Cities.pdf
21 Harry Truman Sate of Union Address 1953,
http://www.infoplease.com/t/hist/state-of-theunion/164.html
27

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