Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 17,25 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

La dissuasion nucléaire

De
224 pages
A la fin de la Guerre froide, 7000 armes nucléaires - missiles, bombes, mines - étaient prêtes à l'emploi en Europe. Mais à quoi de telles armes sont-elles destinées ? Pour donner une réponse, ce livre s'appuie sur une base documentaire de plus de 350 documents originaux américains, russes et chinois. Les engins nucléaires et leurs effets sont présentés ; le mode d'élaboration des plans de tir et de leur mise en oeuvre est analysé.
Voir plus Voir moins

>]? ?? ?]} v?ov ]?
Dv?o?u?o}]

? ?s } >E^/
>]???? ]}vv?o ]?
Dv?o?u?o}]














































© L'HARMATTAN, 2012
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-96598-0
EAN : 9782296965980 A qui l’aurait oublié, le drame de Fukushima vient de rappeler que
l’atome est infiniment dangereux. Il est source d’agressions masquées,
persistantes et finalement mortelles. Pourtant, ce n’est là qu’un accident civil
rapidement combattu sans que l’on ait eu à déplorer d’explosion nucléaire.
Combien de morts aurait-on compté si la centrale avait explosé comme cela
s’est produit à Tchernobyl ? Que serait-il advenu si une frappe nucléaire,
optimisée pour tuer, avait été programmée sur le site de la centrale?
Allons plus loin encore : Qu’adviendrait-il de la planète si la puissance
des 20.000 têtes nucléaires qui, aujourd’hui, restent assemblées dans le
monde, était libérée ? Leur potentiel de mort permet de faire disparaître
toutes les métropoles, de toutes les villes de quelque importance dans le
monde – au total, exterminer de un à deux milliards personnes.
?X?>/^YhZEh'hZ >/Zddh:KhZ^>
Sans doute une convulsion nucléaire est-elle jugée aujourd’hui très
improbable et, pour certains, invraisemblable. La catastrophe de la centrale
de Fukushima l’était également. Il serait fou d’oublier qu’au niveau d’un
chef d’Etat, surtout s’il dirige son pays en dictateur, rien, même le recours au
nucléaire, n’est à exclure. Il n’y existe pas pour un détenteur de l’arme
nucléaire de degré zéro de la folie. Et il est difficile d’oublier que l’option
d’une guerre nucléaire, même si elle ne s’est jamais concrétisée, a bien été
présente dans les discours et dans les têtes pendant les dernières décennies.
Cuba n’a pas été la seule alerte très sévère que le monde ait connue. Ce
serait passer sous silence les sept autres crises graves au cours desquelles les
plans d’emploi de forces nucléaires ont été activés : le Blocus de Berlin, le
Bombardement de Quemoy et de Matsu par l’artillerie chinoise en 1954,
l’expédition de Suez en 1956, l’invasion de la Tchécoslovaquie au mois de
juin 1968, le projet de bombardement des installations nucléaires chinoises
par la Russie en 1969, la guerre du Kippour en octobre 1973, la guerre du
Cachemire entre l’Inde et le Pakistan en 1990 et depuis, l’Inde et le Pakistan
ont pu faire monter en ligne leurs missiles nucléaires dans l’éventualité d’un
combat décisif, notamment à la suite de l’attentat commis contre le
^KWZ
hyD/>/Z^[,KDD^
?X ^^ [ZD^ KhZ &/Z /^WZ 2dZParlement indien en 2002. Une crise tous les huit ans en moyenne. La
prochaine pourrait survenir à propos de Taïwan.

L’apocalypse n’a donc pas eu lieu, mais la peur était bel et bien là. Les
feux sont restés pendant des années à l’orange. Une situation en fin de
compte, bénéfique, puisque c’est la crainte de l’adversaire et du caractère
insoutenable de sa riposte qui a donné à la dissuasion sa raison d’être, en a
justifié les moyens et lui a conféré une réalité. La déraison, les paranoïas
étaient au cœur de fantasmes qui sont devenus source d’équilibre et garantie
de paix – un beau paradoxe qui invite à la réflexion.

Nous pensons pourtant que les temps présents sont apaisés. Il est vrai
que les armes nucléaires ne sont plus constamment brandies, comme elles
ont pu l’être pendant les quarante années de l’affrontement ouvert entre les
Etats-Unis et l’Union soviétique. Mais elles restent bien présentes ; les
missiles qui pourraient les emporter sont constamment modernisés et Les
Etats-Unis, la Russie, la France, le Royaume-Uni, la Chine l’Inde, le
Pakistan qui les détiennent pensent qu’elles seules peuvent garantir leur
sécurité sur le long terme. La polémique autour des projets de l’Iran montre
clairement que l’éventualité d’une menace nucléaire brandie par une
nouvelle puissance est condamnée par la Communauté internationale.
Un risque demeure, mais pour autant le pire jusqu’ici n’a pas été inscrit
dans l’histoire. Car les Présidents des Etats-Unis et les Premiers Secrétaires
du Parti communiste de l’URSS, ont su, pendant cinquante ans, dans leur
propre camp, tenir tête aux partisans de la guerre nucléaire. Conscients de
l’horreur nucléaire, ils ont tous, en dernier ressort, refusé de lancer la
première frappe nucléaire. Il revenait à l’autre de commencer, mais ils se
tenaient prêts à riposter aux frappes adverses, des frappes redoutées,
attendues, mais qui n’ont jamais eu que des existences virtuelles.
?X?> E[:'hEh/^D W
Par chance pour nos civilisations, l’adversaire désigné - d’un côté,
l’Impérialisme, de l’autre, le Communisme - était plus sage que ce que l’on
répétait aux opinions publiques respectives. Ici comme là, on s’interdit
l’irréparable. Aucun Président américain, aucun Premier secrétaire du Parti
communiste soviétique n’a envisagé ni accepté de lancer la première frappe
nucléaire. Leur horreur de l’atome était telle qu’ils ne pouvaient avoir de pire
décision à prendre que de devoir riposter à une attaque nucléaire. (On
trouvera une étude approfondie des stratégies des principales puissances
nucléaires, qui sont illustrées ici par quelques exemples, dans l’ouvrage « La
6
Z'ZDKZd>ZD/ZDissuasion nucléaire : Les terrifiants outils de la paix », chez le même
éditeur.)
Harry Truman a été le premier opposant à la guerre atomique.
L’homme devait être hanté par les morts d’Hiroshima et de Nagasaki. Il
signifie ce refus, dans son testament politique, son dernier message sur l’Etat
de l’Union : « La guerre de l’avenir peut être un conflit dans lequel un
homme est capable d’un seul coup de mettre fin à des millions de vies, de
démolir les grandes villes du monde, d’effacer les réalisations culturelles du
passé, et détruire la structure même d’une civilisation qui a été bâtie
lentement et avec peine par des centaines de générations. Pour un homme
raisonnable, la guerre nucléaire est tout simplement impossible. » [nuclear
war impossible for rational men].
Quelques années plus tard, en 1954, le principe de représailles massives
est, toutefois, énoncé par le Secrétaire d’Etat, John Foster Dulles. Mais
toujours, elles ne peuvent être envisagées qu’en réponse à une agression
communiste contre les Etats-Unis ou leurs Alliés. Cette éventualité est,
certes, jugée improbable, mais on doit toujours se préparer au pire. Le
Strategic Air Command est prêt à combattre le Malin personnalisé sur la
terre par l’Union Soviétique. Sa mission : lui interdire à jamais de pouvoir
nuire.
La mise en garde est sans appel, et pourtant ! Au pire moment de la
guerre de Corée, lorsque les forces communistes occupèrent la quasi totalité
de la Corée du Sud semant la désolation et la mort, quand l’Etat-major
américain demanda au Président Eisenhower l’autorisation de frapper la
Chine, celui-ci refusa.
Aussi, à peine établis, les plans de frappes massives vont être rangés
pour être oubliés dans ces coffres où dorment les archives secrètes. Deux
mois après son arrivée aux affaires, John Kennedy demande plus de mesure :
« les Etats-Unis veulent d’autres choix qu’un renoncement indigne ou des
représailles illimitées » ajoutant « Nos armes ne seront jamais utilisées "en
premier" quel que soit l'agresseur..... Le risque de dégénérescence d'une
petite guerre en un conflit majeur ne doit pas résulter de la mauvaise
évaluation d'un incident ou de la mauvaise interprétation des intentions de
l'adversaire. »
Chez John Kennedy, le refus de la guerre nucléaire est quasiment
physique. On le voit profondément choqué et furieux de la présentation d’un
plan qui envisage une première frappe nucléaire préventive de l’URSS et de
ses résultats : des dizaines de millions de morts. Il est révolté au point de
7

??}v >Zv?] ?? ?? v???] u ?] v?]W }??????] ??? o}demander que le sujet même de la réunion soit classé secret. Dean Rusk, le
Secrétaire d’Etat, témoigne de sa hantise face à la guerre nucléaire : « il n’a
jamais évoqué le risque d’être assassiné mais ce que serait son destin s’il
devait appuyer sur le bouton. »
Dix ans passent, la guerre du Viêt-Nam déstabilise les Etats-Unis qui
endurent leur première défaite, sans que l’option nucléaire revienne à l’ordre
du jour. Au contraire, le Président Richard Nixon donne aux forces
nucléaires américaines un nouvel objectif : « Il ne s’agit plus de gagner la
guerre nucléaire, mais de la stopper. » La dissuasion a changé de nature.

Les Présidents passent, mais le refus demeure. Ce que sont les affres
d’un Président, Ronald Reagan en a fait la confidence en 1985. «Vous êtes
là, dans le calme du bureau ovale, quand survient l’alerte. L’attaque a été
lancée, les missiles sont en route. Et vous êtes assis là sachant qu’il n’y a
pas moyen de les arrêter. Tout ce que vous pouvez faire c’est parier pour
savoir quelle portion du pays va être détruite et la seule réponse que vous
pouvez avoir est d’appuyer sur le bouton avant qu’ils soient là. Même si
vous devez mourir qu’ils meurent aussi. Un silence avant de se poser la
question que tous les journalistes posent au Président. ? « Serez-vous
capable d’appuyer sur le bouton ? Et tous les présidents de répondre
immédiatement « Oui », mais sans en être convaincu. »
A l’Est, même rejet, les Premiers secrétaires ne veulent pas de guerre
nucléaire.
Pour les communistes, l’atome est inutile. C’est ce qu’affirme la
doctrine : en cas d’attaque des pays capitalistes, en fin de guerre, c’est le
socialisme qui triomphera. Aussi l’Union soviétique n’a-t-elle pas à recourir
au nucléaire pour obtenir la victoire. Si Moscou doit se doter d’armes
nucléaires, c’est qu’elles constituent un bouclier atomique dont la seule
finalité est de rendre la guerre impossible.
Il faut attendre 1960 pour que ce bouclier prenne forme. Mais quand
enfin des fusées soviétiques ont été en mesure de menacer New York,
Washington ou Chicago, les forces stratégiques des Etats-Unis étaient telles
que les responsables soviétiques savaient que, même après l’attaque la mieux
réussie, une riposte américaine anéantirait comme annoncé leur pays. Ainsi à
l’Est comme à l’Ouest, dès le tout début des années 60, on sait qu’un
échange nucléaire aboutira à la destruction de son propre pays. Aussi, lors de
la crise de Cuba, quelques heures ont suffi pour que le risque d’apocalypse
8
E
} ?? v} u??}v? ?? []ou? ?] ]o ?u?}?? u}???]s’évanouisse. On a répété à l’envie, et le monde a retenu, que la guerre
nucléaire avait été évitée de justesse. Eh bien non !
Tout comme John Kennedy, Nikita Khrouchtchev récusait l’option
nucléaire. A la demande pressante de Fidel Castro de prendre l’initiative
d’une frappe, il répondit : « Vous proposez que nous soyons les premiers à
lancer une frappe nucléaire contre le territoire de l’ennemi. Vous vous
rendez compte à quoi cela conduirait. : ce ne serait pas une simple frappe
mais le début d’une guerre thermonucléaire mondiale. A l’évidence, les
Etats-Unis subiraient de très lourdes pertes, mais l’Union soviétique et tout
le camp socialiste endureraient également de grandes souffrances. … Certes
Cuba est prêt à mourir héroïquement, mais nous ne combattons pas
l’impérialisme pour mourir. » Un refus absolu, définitif.

Dix ans plus tard, le successeur de Nikita Khrouchtchev. Léonid
Brejnev exprimait un refus physique de l’atome. En 1972, acteur d’un
exercice qui démontrait qu’une guerre nucléaire entraînerait 80 millions de
morts, c’est un Léonid Brejnev, tremblant et en sueur, qui se refuse de
conclure la simulation en appuyant sur le bouton qui, en théorie, doit
déclencher la riposte. Il ne participera plus à aucun exercice et, en 1975, un
oukase interdit toute première frappe nucléaire soviétique.

L’Etat major soviétique partageait les vues du Premier secrétaire. Dès
le début des années 70, les généraux soviétiques considéraient que l’arme
atomique n’avait pas sa place en Europe sur un champ de bataille. Elle
paralyserait les manœuvres des forces des pays du Pacte de Varsovie. Le
Maréchal Akhromeev confirme : « A aucun moment l’URSS n’a eu
l’intention de faire usage en premier d’armes nucléaires. Militairement celui
qui prendrait l’initiative aurait l’avantage, mais en pratique aucun des deux
côtés ne gagnerait. » Pour le Haut commandement, les armes nucléaires
n’ont pas d’utilité militaire, leur intérêt ne peut être que politique.
?X?> EhWh/ZKhZ>
Bien évidemment, les chefs d’Etat n’avaient pas le droit de laisser
deviner leur doute. Leur résolution suicidaire ne pouvait être suspectée, sauf
à décrédibiliser toute volonté défensive et à encourager une attaque adverse.
Il leur était d’autant plus facile de masquer leurs hésitations qu’ils
étaient prisonniers des idéologies et des peurs qui en sont inséparables. Ils
redoutaient sincèrement la folie agressive de leur vis-à-vis. – d’un côté, celle
qui était consubstantielle au communisme, de l’autre, celle qui était
inséparable de l’impérialisme. Ils ne pouvaient ni ne devaient s’abstraire du
9
Zd^>Zpire. Ils demandèrent donc aux états-majors d’en imaginer l’emploi, aux
industries de défense de forger les armes de Vulcain. Et la poursuite
ininterrompue de programmes stratégiques, toujours plus sophistiqués
démontrerait leur inébranlable détermination.
Pourtant, sur le fond, les deux « Grands » étaient d’accord. On le sait à
présent, ils se refusaient à être celui qui assénerait le premier coup de poing.
Pas plus que l’OTAN n’envisageait d’agresser l’Empire communiste
(comme le redoutait Moscou), l’Union Soviétique n’était tentée de rompre
l’équilibre de Yalta et d’envahir l’Europe de l’Ouest. En dépit de cette
situation de fait, peurs et paranoïa conjuguées ont fait que, pendant des
décennies, on s’est préparé un affrontement, à une apocalypse qui n’avait de
réalité que dans les intentions que l’on prêtait à l’adversaire.

On sait à présent que les pays européens, pas plus que les Etats-Unis
n’ont jamais été menacés par une première frappe nucléaire surprise. Au plus
tard, en 1973, des deux côtés, on en avait acquis la certitude.
C’est ce que nous apprend un rapport de la CIA : l’Etat-major
américain savait que les Soviétiques n’étaient pas en mesure de lancer une
attaque surprise et en retour ils avaient la preuve que les Soviétiques avaient
bien perçu qu’ils ne seraient pas menacés par une première frappe
américaine. Qu’on en juge :
− Des deux côtés, on savait que l’Armée rouge ne disposait pas de
missiles, en nombre suffisant et surtout assez précis, pour désarmer
les Etats-Unis par une frappe soudaine,
− Symétriquement, il était patent que Moscou ne redoutait pas de
frappe surprise américaine puisque :
o La majorité des bombardiers russes étaient au sol,
uniquement regroupés sur cinq bases,
o les deux tiers des sous-marins porteurs de missiles stra-
tégiques étaient dans les ports,
o il y avait bien une défense anti-missile autour de Moscou,
mais alors que l’on comptait 64 silos, une trentaine d’inter-
cepteurs seulement étaient déployés.

En 1984, lors d’un examen des décennies précédentes, la CIA observait
qu’à aucun moment, la communauté occidentale du renseignement n’avait
observé des préparatifs militaires dont l’ampleur et la durée pouvait laisser
redouter une entrée en guerre contre l’OTAN.
10 Bientôt trente ans ont passé, où en est-on ? Il n’y a plus de secret.
Moscou et Leningrad - qui a retrouvé son nom : Saint-Pétersbourg -, ne sont
plus des cibles potentielles, mais des destinations touristiques. Pourtant le
monde en reste à un régime de paix armée.
Les engins nucléaires sont donc toujours présents. Depuis vingt ans,
leur nombre est resté approximativement constant. Deux acteurs font le
marché : la Russie avec 12.000 têtes suivie par les Etats-Unis avec 9.600
têtes ; à eux deux ils monopolisent 95% du marché. Chez les petits
fournisseurs, la France, le Royaume-Uni, la Chine, l’Inde, le Pakistan, Israël,
on se contente de la suffisance nucléaire, de moyens nucléaires défensifs.
Ainsi le nucléaire, comme un diamant, est là pour durer. Mais c’est un
diamant noir ! Aussi les interrogations sur ces armes, sur leur emploi et en
fin de compte sur le concept même de dissuasion restent nécessaires.
11


A l’origine de cet ouvrage on trouve une exploitation systématique du
web, qui a permis d’accéder à plusieurs centaines de documents de
grand intérêt, dont un grand nombre initialement « SECRET ».

L’URL de ces documents moment où ils ont été exploités est
systématiquement donnée, mais l’expérience montre que l’information
en ligne est fugace. Le seul moyen d’être assuré de ces sources est d’en
faire une copie et de la stocker sur une base de données dédiée. C’est ce
à quoi nous nous sommes astreint. Les principaux documents ou
extraits de documents ayant contribué à la rédaction de cet ouvrage ont
été réunis dans une base de données dédiée. Cette base de donnée est
stockée sur le site de .

Dans un souci de transparence, ces références sont mises
gracieusement à la disposition du lecteur. Les notes en bas de
page donnent donc
- l’adresse internet du document au moment de la rédaction de
l’ouvrage,
- le nom donné au document sur le site de .

Ainsi le document donnant la liste de toutes les têtes nucléaires
américaines a pour référence :
Complete List of All U.S. Nuclear Weapons ,
http://nuclearweaponarchive.org/Usa/Weapons/Allbombs.html ,
Base\Complete_List_of_All_U.S._Nuclear_Weapons.pdf

Pour accéder aux liens actifs des compléments d’ouvrage, rendez-
vous à la page du livre “La dissuasion nucléaire” sur le site des
éditions L’Harmattan http://www.editions-harmattan.fr/index.asp
et téléchargez le document “Bookmark – La Dissuasion
Nucléaire”.




12 Tout fini par se savoir : d’abord le secret de Polichinelle, le principe des
bombes « atomiques » à fission. Mais également le vrai secret, le ressort
caché des bombes à hydrogène. Ce déclic que les chercheurs américains,
russes, britanniques et français ont mis des années à découvrir. Tout est à
présent accessible à tous, sur la Toile.

Il n’y a plus de mystère, mais cela ne suffit pas pour que les engins
nucléaires fleurissent. Car faire exploser un engin nucléaire c’est relever un
défi : il faut disposer de plutonium, un métal qui n’existe pas dans la nature
et qu’il faut obtenir par transmutation dans les réacteurs nucléaires (depuis
des années, l’Iran s’y efforce en vain). Il faut encore pouvoir savoir en tirer
un maximum d’énergie et pour cela pétrir la masse métallique fissile en une
fraction de microseconde, grâce à l’explosion programmée d’explosifs sur-
énergétiques. Une arme atomique c’est un concentré de science et de
technologie.
Des centaines de millions d’internautes peuvent aujourd’hui savoir
comment explosent les bombes à fission et les engins thermonucléaires.
Soit ! Mais pour autant, la sécurité du monde n’est pas mise en péril. Il ne
suffit pas de savoir, il faut également pouvoir et c’est une toute autre affaire.
?X?> KD &/^^WKE
C’est par le phénomène de fission que tout commence. Dès que l’on
rassemble une masse suffisante de combustible nucléaire, celui-ci entre en
réaction. La destruction des réacteurs de la centrale japonaise de Fukushima
vient de le rappeler à tous. Mais à l’inverse des centrales civiles où la
réaction est permanente et contenue, les militaires ont pour objectif de
constituer une masse critique de matière fissile qui explose au moment
voulu, en donnant naissance à un maximum d’énergie.
(]??]} vv ?o ?]
Le principe de la fusion nucléaire est le suivant : quand un noyau lourd
d’uranium ou de plutonium, capture un neutron, un noyau composé se
>/^
?XD/^Ki ^^Zd^[EdE^KEd>forme. Il est instable et au bout d’un temps très court se désintègre en
plusieurs fragments. Mais cette désintégration : (on dit encore cette fission)
produit des neutrons qui, à leur tour peuvent, réagir sur des noyaux voisins
qu’ils brisent, générant plusieurs nouveaux neutrons, initiant ainsi une
réaction en chaîne. Le temps moyen entre deux fissions est le centième de
-8 microseconde, 10 seconde.

Figure 1Processus de réaction en chaîne
Pour que la réaction en chaîne s’amorce, un volume suffisant de
matière fissile doit être conditionné pour qu’un effet de masse puisse jouer.
Une figure rend compte de cet effet de masse.

Figure 2 Principe de la masse critique
Considérons un neutron initial repéré d’un .S’il est émis dans un
petit volume, la plupart des neutrons secondaires, résultats de collisions,
s’échappent. Au contraire, dans un grand volume, les neutrons secondaires
entrent en collision dans la masse, sont absorbés et une réaction en chaîne
peut s’amorcer.
14 La masse critique est fonction de la
géométrie du volume fissile. Elle est
minimale pour une sphère. La masse critique
est alors d'environ 50 kilogrammes pour
l'uranium 235 et de 10 kilogrammes pour le
plutonium 239. Les armes légères ont un
cœur de plutonium.
Figure 3 Le sergent. Herbert Lehr porteur du
cœur en plutonium du premier engin nucléaire
1
(plus probablement de la moitié du cœur)
}v??] ???]v } u??? ?]? ??]? ??o}r
?]??
L’état habituel d’une bombe, c’est le
stockage et l’attente. Et hors du moment précis de l’explosion, la masse
critique ne doit pas être assemblée et se trouve donc divisée en masses sous-
critiques, incapables de donner naissance à une réaction en chaîne quelles
que soient les circonstances : incendie, accident.
Deux procédés permettent de constituer la masse critique :
− un procédé élémentaire « gun type », l’engin atomique élémentaire
des débutants
− une implosion sphérique, beaucoup plus difficile à mettre en œuvre,
mais que l’on retrouve dans la quasi-totalité des engins.
?X' ?v ???
C'est la technique du canon. Son principe « élémentaire » consiste à
projeter un bloc de matière fissile sous-critique contre un autre bloc lui aussi
sous-critique, pour constituer une masse fissile explosive.
Il est optimisé en jouant sur la forme des masses, en projetant un bloc
cylindrique creux en direction d’une cible compacte. L’explosion
proprement dite est déclenchée lorsque la balle creuse vient coiffer la cible.

1 Sgt. Herbert Lehr delivering the plutonium core (or more probably half of it),
http://nuclearweaponarchive.org/Usa/Tests/Trlehrcore.jpg
On rappelle : pour accéder aux liens actifs des compléments d’ouvrage, rendez-vous à la page
du livre “La dissuasion nucléaire” sur le site des éditions L’Harmattan http://www.editions-
harmattan.fr/index.asp et téléchargez le document “Bookmark – La Dissuasion Nucléaire”.
15

Figure 4 : Bombe à insertion. 1. Puissante explosion pour lancer la balle en
uranium - 2. Canon - 3. Balle creuse en uranium - 4. Cible en uranium
C’est ce processus relativement simple à maîtriser, considéré comme le
plus sûr, qui a été retenu pour la bombe d’Hiroshima.
?X/u o}?? ] }v ??Z ]? ??
Le second procédé consiste à reconstituer une sphère de matériaux
fissiles. La sphère supercritique est réalisée par le compactage d’une sphère
de plus grand diamètre mais creuse, donc sub-critique.
La difficulté est de réaliser une onde de choc sphérique, ce qui est
obtenu par la conjonction de trois explosifs : un explosif extérieur qui initie
l’explosion d’un second explosif intermédiaire, de forme telle qu’il génère
une onde de choc sphérique. Celle-ci a son tour va faire détonner une
enveloppe explosive puissante qui va transformer la sphère creuse en une
masse supercritique. On aboutit ainsi au schéma de principe des premiers
engins réalisés.

Figure 5 :Plan d’une Bombe à implosion (source : Programme atomique suédois)
La puissance de la bombe est fonction du temps pendant lequel la
masse fissile reste en configuration supercritique avant d’éclater par un
16
processus mécanique, cette fois-ci ordinaire. Plus le temps est long, plus la
masse désintégrée est importante et plus la puissance générée est grande.
Pour conserver le plus longtemps possible l’intégrité de la masse fissile, on
fait appel à une enveloppe de métal lourd (temper) qui par inertie contiendra
pour un temps la masse supercritique.
Si tout se passe comme prévu, 20% de la matière fissile peut être
consommée avant que la masse critique ne se désagrège. La puissance de la
bombe est alors à son maximum.

C’est autour de ce principe qu’a été conçu l’engin « Fat man » lancé sur
Nagasaki. Une des difficultés est que la durée totale du processus s’exprime
en microsecondes. C’est sur cette durée que l’onde de choc doit être
parfaitement formée et programmée, aussi puissante et aussi parfaite que
possible. L’ingénieur nucléaire est d’abord un spécialiste des explosifs. Ce
n’est pas par hasard que la revue de la division des applications militaires du
CEA a pour nom « Choc ».
&/^^/KEKW
La détonation d’une arme atomique est le résultat d’un processus
mécanique explosif qui associe intimement de la matière fissile à des
neutrons. Des neutrons qui sont le principe actif du processus.
Pour améliorer les armes à fission, on va donc jouer sur le paramètre
neutronique. L’idée forte et de tirer parti de la température existant au cœur
de la matière fissile pour mettre en fusion un mélange de deutérium qui va
générer un flux intense de neutrons. Un flux qui va booster le processus de
fission. Où va-t-on loger le mélange gazeux deutérium tritium ? Tout
simplement dans la partie creuse de la sphère d’uranium. Ce gaz sera injecté
au moment de la mise à feu de l’engin.

Le mélange deutérium tritium est optimisé pour que la réaction
nucléaire

puisse intervenir à des conditions de température et de pression relativement
faciles à obtenir.
La mécanique de la bombe va s’en trouver profondément modifiée. Ce
nouveau flux de neutrons va permettre de diminuer le temps pendant lequel
17
KZE'>
>[D ,zZW DK WZhZ^hZ > ?X?la matière fissile doit être maintenue intègre. On peut donc remplacer
l’enveloppe de métal lourd (l’uranium 238) par une sphère de béryllium.
Pourquoi du béryllium ? Parce qu’il réfléchit les neutrons qui
s’échappent. Ceux-ci sont renvoyés vers le cœur en fission, l’explosion est
plus rapide, plus intense. Et pour parfaire le tout, l’abandon de l’enveloppe
2de métal lourd permet de réduire les dimensions et le poids de la bombe.

C’est sur ce principe représenté par la figure suivante qu’a été
construite toute une famille d’engins.

Figure 6 : Architecture sécurisée Swan d’une bombe à fission exaltée
Lors de la mise à feu, à mesure que progresse l’explosion, l’enveloppe
intérieure évolue d’une forme elliptique vers une sphère. La sphère doit être
parfaite lorsqu’elle impacte le cœur de la bombe. Cette condition n’est
réalisée que si les deux détonateurs sont mis à feu simultanément. Si par
accident un détonateur est activé, la sphère ne peut pas se former et la charge
nucléaire centrale est détruite sans pouvoir exploser.

Une des caractéristiques majeures de ce type d’engin est que la
puissance de l’arme est déterminée par le volume de gaz mis en fusion. Il est
notamment possible de concevoir des armes de très petite puissance. Des
armes « tactiques », que l’on pourra engager sur les champs de bataille. C’est
selon ce principe qu’ont été notamment conçues les micro-charges Davy
Crockett, destinées en particulier au théâtre d’opération européen.
Eh>/Z?X?>^^d,Z^&h^/Z
Dans les armes thermonucléaires, l’essentiel de l’énergie n’a plus pour
origine la fission de l’uranium ou du plutonium, mais la fusion de
l’hydrogène.

2 Nuclear Weapon design-2, http://wapedia.mobi/en/Nuclear_weapon_design?t=3. ,
Base\Nuclear Weapon Design-2.pdf
18
KEDDKLe tour qui permet d’initier la fusion de l’hydrogène a été trouvé
indépendamment par Edward Teller aux Etats-Unis, Igor Tamm et Andreï
Sakharov en Union soviétique, en Chine par Yu Min , dont le nom
3même est resté secret jusqu’en 1988 et par Michel Carayol en France. Dans
les années 80, c’était un secret absolu, seuls quelques ingénieurs, les
concepteurs de bombes y avaient accès. Les militaires, les politiques, en
URSS le KGB n’y avaient pas accès. Mais cela n’est plus, à présent il est
4rendu accessible à tous. Le voici.

A l’origine de l’énergie d’une tête thermonucléaire, la fusion d’un
cocktail détonnant de lithium, de deutérium et de tritium. Cette charge est
mise en fusion par les effets du rayonnement émis par l’explosion d’une
première bombe atomique à fission, jouant le rôle d’allumette.

Le secret repose dans l’initialisation du processus de fusion. Il fallait
imaginer un processus de compression du mélange gazeux (il rend la mise à
feu plus facile) concomitant avec la mise en température du carburant
nucléaire par le flux de rayons X générés par l’allumette atomique.

Figure 7 : Architecture des première bombes américaines
(source : Carey Sublette)
Dans cette architecture dite de Teller-Ulam, les premiers inventeurs :
− l’explosif de puissance déclenche la fission du premier étage et
génère un flux X intense,

3 Académie chinoise de génie chimique, http://baike.baidu.com/view/196985.htm
4 Race for the Super ,
https://netfiles.uiuc.edu/mragheb/www/NPRE%20402%20ME%20405%20Nuclear%20Powe
r%20Engineering/Race%20for%20the%20Super.pdf , Base\Race_for_the_Super.pdf
19
?D− ce flux vaporise une enveloppe d’uranium qui va jouer un double
rôle de piston pour mettre le mélange sous pression extrême et de
bougie d’allumage,
− la bougie entre en fission et met en fusion le mélange compressé,
− l’enveloppe externe d’uranium (choisie car c’est un métal lourd)
contient le mélange pendant la phase de fusion, qui ne dure que
5quelques microsecondes. .
La figure suivante est une vue des étapes successive de l’explosion
6thermonucléaire. .


Figure 8 : Les étapes de la mise à feu d’une charge thermonucléaire
La suite des états s’interprète ainsi :
1. La bombe avant l’explosion.
2. Mise à feu de la charge primaire fissile,
3. La phase de fission génère un flux de rayons gamma et X, chauffant
l’enveloppe de la charge secondaire,
4. Le carburant fissile et l’allumette centrale sont comprimés et portés
à très haute température, des millions de degré.
5. La phase de fusion est déclenchée. Elle sera très rapide.
6. Une dernière phase n’est pas représentée : la désagrégation
7mécanique des composantes de la bombe .

5 Fusion design , http://whyfiles.org/186ed_teller/3.html , Base\Fusion_Design.pdf
6 Teller–Ulam design, http://en.wikipedia.org/wiki/Teller-Ulam_design#DOE_statements ,
Base\Teller-Ulam_design.pdf
7 Teller–Ulam design, http://en.edia.org/wiki/Teller-Ulam_design#DOE_statements ,
Base\Teller-Ulam_design.pdf
20 Quelques chiffres donnent un ordre de grandeur des valeurs physiques
quasi instantanément atteintes. La vitesse des gaz dans l’engin dépasse les
8300 kilomètres par seconde et les pressions atteignent 5,3 milliards de bars .
La première charge thermonucléaire bombe était haute comme un
building de 3 étages, pesait plus de 500 tonnes et était alimentée avec du fuel
cryogénique, du deutérium liquide. Sa puissance aurait été de 10,4
9mégatonnes. Aujourd’hui, on en est à des engins d’une centaine de kilos ou
même moins.
Une fois de plus on peut se rassurer : tous les secrets des bombes à
hydrogène n’ont pas encore été révélés. On sait vers quoi aller, mais on ne
sait pas comment.
^K>h?X?>^hZK//d
Un dispositif de sécurité absolu doit interdire toute explosion des
bombes, quelles que soient les circonstances. Pour être à l’abri d’actions
terroristes, faute du code approprié, la mise à feu doit être impossible. Les
architectures, les dispositifs qui sont garants de la sécurité, sont donc une
partie essentielle des engins nucléaires.
Les bombes sont rendues sûres par toute une série de mesures
complémentaires qui reposent sur un principe fondamental : l’explosion
n’est permise que si des conditions strictes d’emploi qui ont été
programmées (altitude, timing) sont réunies. Des dispositifs mécaniques, des
montages électroniques et des logiciels se conjuguent pour permettre la
constitution de verrous, de barrières et de garde-fous.
1. Le blocage du mécanisme de constitution de la masse critique. La
présence de matériaux inertes dans le creux de la sphère de matériel fissile
rend mécaniquement impossible le compactage de la masse critique. Ce
tampon est évacué lorsque la bombe est armée,
2. La constitution d’une "zone d’exclusion " à l’intérieur duquel se
trouve le dispositif électronique qui commande la détonation de la bombe.
Cette zone est isolée électriquement, blindée, et ne peut pas être perturbée
par un rayonnement extérieur,

8 Teller–Ulam design, http://en.edia.org/wiki/Teller-Ulam_design#DOE_statements ,
Base\Teller-Ulam_design.pdf
9 Les explosions nucléaires en images, http://www.astrosurf.com/luxorion/quantique-bombes-
atomiques-pic.htm
21
Zdd3. Le dispositif de mise à feu est isolé de la charge par une « porte »
actionnée mécaniquement lors de l’armement de la bombe : un "strong
10link",
4. L’armement de la bombe n’est possible que si le code de mise à feu
a été reçu, tapé par deux opérateurs dans des conditions telles qu’il soit
impossible à un seul homme de les taper simultanément : la "two men rule",
5. La bombe est définitivement désarmée si l’on observe un évènement
(choc violent, incendie, explosion, …) pouvant avoir pour origine soit le
crash du vecteur (avion) soit toute action extérieure,
6. Enfin une fois que l’engin est armé, un dernier niveau "environne-
mental sensing devices" (ESDs) interdit la détonation de l’arme si elle n’est
pas à proximité de son point programmé d’explosion. Ce dispositif prend en
compte des paramètres tels que l’accélération dans la phase de chute, la
température et la pression. Si ces paramètres ne sont pas détectés selon une
séquence convenable et dans une plage de valeurs acceptables, l’explosion
reste interdite.
A plusieurs reprises à la suite d’accidents divers les architectures de
sécurité ont dû jouer leur rôle. En Italie, par exemple, à quatre reprises, entre
octobre 1961 et août 1962 des missiles mobiles Jupiter de 1,4 mégatonne ont
été frappés par la foudre qui a enclenché l’alimentation électrique de la tête
nucléaire. A deux reprises le mélange « boostant » tritium-deutérium a été
injecté dans une tête partiellement armée. A la suite de ces incidents graves,
une protection anti-foudre de type paratonnerre a été mise en place sur les
11sites de missiles.
?X?> >Eh>/ZdZdW'ZEdZd
Les pays possesseurs d’engins nucléaires ont donc su produire de la
matière fissile uranium et plutonium en quantité suffisante, ils ont acquis les
connaissances scientifiques permettant de concevoir, de dimensionner les
engins et les savoir-faire nécessaires à leur réalisation. Ils sont ainsi devenus
membre du Club nucléaire.
Le Club nucléaire, est une structure fermée et prestigieuse. Les cinq
membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU en sont membres.
L’admission s’effectue en deux temps :
− la petite carte est obtenue après l’explosion d’une arme à fission,
− la grande carte après l’explosion d’un engin thermonucléaire.

10 Principles of Nuclear Weapons Security and Safety,
http://nuclearweaponarchive.org/Usa/Weapons/Pal.html
11 Jupiter missile, http://en.allexperts.com/e/j/ju/jupiter_(missile).htm
22
dWh/