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La France et la République populaire de Chine

De
133 pages
Le 27 janvier 1964, un bref communiqué publié simultanément à Paris et à Pékin annonçait l'établissement des relations diplomatiques entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République populaire de Chine. En ces temps de guerre froide, alors que la RPC se situait depuis sa fondation en marge de la communauté internationale, les contextes et les répercussions de la décision prise par le général de Gaulle furent de nature multiple. Cet ouvrage se propose de revenir sur ces contextes et répercussions de la normalisation des relations entre la France et la RPC.
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Titre

Sous la direction de

Françoise Kreissler et Sébastien Colin

 

 

 

 

 

 

La France

et la République populaire de Chine

 

Contextes et répercussions

de la normalisation diplomatique

 

1949-1972

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Image 1

Copyright

Des mêmes auteurs

 

Françoise Kreissler, L’action culturelle allemande en Chine.

De la fin du XIXesiècle à la Seconde Guerre mondiale,

Paris, Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, 1989.

 

Sébastien Colin, La Chine et ses frontières,

Paris, Armand Colin, 2011.

 

Sébastien Colin, La Chine, puissance mondiale,

Paris, La Documentation française, 2015.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© L’Harmattan, 2017

5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr

EAN Epub : 978-2-336-79286-6

Liste des acronymes

LISTE DES ACRONYMES

AAFC

Association des amitiés franco-chinoises

AFDET

Association française pour le développement de l’enseignement technique

AFP

Agence France-Presse

AO

Asie-Océanie

APFC

Association populaire franco-chinoise

BCEN

Banque commerciale des pays de l’Europe du Nord

BDIC

Bibliothèque de documentation internationale contemporaine

BnF

Bibliothèque nationale de France

CADN

Centre des archives diplomatiques de Nantes

CAEF

Centre des archives économiques et financières

CCPIT

Council for the Promotion of International Trade

CCPPC

Conférence consultative politique du peuple chinois

CEC

China Export Corporation

CECMC

Centre d’études sur la Chine moderne et contemporaine

CED

Cercle d’études et de documentation

CEFC

Centre d’études français sur la Chine contemporaine

CERM

Centre d’études et de recherches marxistes

CGT

Confédération générale du travail

CHINCOM

China Committee

CNAM

Conservatoire national des arts et métiers

CNIEC

China National Import-Export Corporation (Compagnie nationale d’importation et d’exportation de Chine)

CNPF

Conseil national du patronat français

CNRS

Centre national de la recherche scientifique

COCOM

Coordinating Committee for Multilateral expert control

COMECON

Council for mutual economic assistance

CRH

Centre de recherches historiques

CWIHP

Cold War International History Project

DAEF

Direction des affaires économiques et financières

DBPO

Documents on British Policies Overseas

DNSCE

Direction nationale des statistiques du commerce extérieur

DREE

Direction des relations économiques extérieures

DST

Direction de la surveillance du territoire

EA

Équipe d’accueil

EHESS

École des hautes études en sciences sociales

FCML

Fédération des cercles marxistes-léninistes

FLN

Front de libération national

FOB

Free on board

FSGT

Fédération sportive et gymnique du travail

IEP

Institut d’études politiques

IMEC

Institut Mémoires de l’édition contemporaine

INALCO

Institut national des langues et civilisations orientales

INED

Institut national d’études démographiques

INSEE

Institut national de la statistique et des études économiques

IPAS

Indépendants et paysans d’action sociale

LGDJ

Librairie générale de droit et de jurisprudence

MAE

Ministère des Affaires étrangères

MCMLF

Mouvement communiste marxiste-léniniste de France

MITI

Ministry of International Trade and Industry

MRP

Mouvement républicain populaire

N.E.P.

Nouvelle politique économique

Onu (O.N.U.)

Organisation des Nations Unies

Otan

Organisation du traité de l’Atlantique Nord

PC

Parti communiste

PCC

Parti communiste chinois

PCF

Parti communiste français

PCMLF

Parti communiste marxiste-léniniste de France

PCUS

Parti communiste d’Union soviétique

PLD

Parti libéral-démocrate

PME

Petite et moyenne entreprise

POUP

Parti ouvrier unifié polonais

PUAM

Presses universitaires d’Aix-Marseille

PZPR

Polska Zjednoczona Partia Robotnicza

Voir POUP

 

RDA

République démocratique allemande

RFA

République fédérale d’Allemagne

RI

Républicains indépendants

RMRB

Renmin ribao

RPC

République populaire de Chine

RPF

Rassemblement du peuple français

RS

Républicains sociaux

SCAP

Supreme Command for the Allied Powers

SFAC

Société des forges et ateliers du Creusot

SFIO

Section française de l’Internationale ouvrière

SNCF

Société nationale des chemins de fer français

TSF

Transmission sans fil

UDSR

Union démocratique et socialiste de la Résistance

UMR

Unité mixte de recherche

UNR

Union pour la nouvelle République

URI

Union des républicains et des indépendants

URP

Union des républicains progressistes

URSS (U.R.S.S.)

Union des républiques socialistes soviétiques

INTRODUCTION

L’établissement des relations diplomatiques entre la France et la République populaire de Chine (RPC) le 27 janvier 1964, décidé par le général de Gaulle avec ses plus proches collaborateurs, fut perçu comme un « coup de tonnerre dans le ciel diplomatique »1, du fait surtout de son imprévisibilité en cette période de guerre froide et de tensions sino-soviétiques. Interprété comme une réorientation de la politique étrangère du président français qui souhaitait se dégager du monde bipolaire qui avait émergé à la fin des années 1940, cet événement phare capte l’attention et provoque les réactions de nombreux pays et gouvernements. De fait, la décision du général de Gaulle prend au dépourvu le monde politique occidental, mais également le bloc communiste qui, en dépit des tensions sino-soviétiques, n’en considère pas moins ce choix comme une indéniable avancée politique.

En France, la reconnaissance de la RPC constitue un acte fort de la politique gaullienne, auquel, notons-le, les instances gouvernementales et parlementaires ne sont pas associées. En même temps, et il nous semble opportun de le rappeler ici, ne serait-ce que de façon succincte, nombre d’acteurs politiques français posaient la question de la reconnaissance de la Chine communiste depuis la création de la RPC en octobre 1949. Plusieurs personnalités politiques françaises s’étaient d’ailleurs rendues en Chine dès les années 1950 et avaient à l’occasion de leur voyage eu des contacts et échanges officieux avec les dirigeants chinois. Bornons-nous ici à énumérer quelques-unes de ces visites non officielles : la mission sénatoriale Edmond Michelet en septembre 1955, le voyage d’Edgar et de Lucie Faure en mai-juin 19572, celui de Pierre-Mendès France3 et de Roland Dumas4 en juillet-août 1958, celui de François Mitterrand5 en janvier-février 1961, et la mission Edgar Faure en octobre-novembre 1963, laquelle allait en définitive enclencher le processus de reconnaissance de la République populaire de Chine par la France quelques semaines plus tard.

En invitant ces responsables politiques, via des organismes semi-officiels – il s’agissait en général de l’Institut du Peuple chinois pour les Affaires étrangères que Lucie Faure qualifie judicieusement de « marché parallèle de l’amitié »6 –, Pékin signalait à la France que l’établissement de relations diplomatiques était envisageable.

Si ces personnalités politiques invitées en RPC avant la normalisation des relations bilatérales ont fait état de leur voyage et de leurs observations dès leur retour en France, nous sommes bien moins informés des nombreux débats et discussions que suscita la question de la reconnaissance de la République populaire de Chine au sein des institutions parlementaires et ce, dès la fondation de la RPC. Il nous semble intéressant de rappeler ici combien certains sénateurs et députés français s’attachaient régulièrement à évoquer la « question chinoise ». Si, à l’évidence, la question de l’Indochine occupe, jusqu’au milieu des années 1950, une place prépondérante dans les discussions parlementaires sur l’Extrême-Orient, plusieurs sénateurs et députés n’en considèrent pas moins que celle de la Chine communiste lui est directement reliée, et soulèvent régulièrement la question de la reconnaissance de la RPC par la France, tout en posant simultanément celle de l’admission de la Chine communiste à l’Onu.

Le rappel de ces débats parlementaires contribue à éclairer le processus de la normalisation franco-chinoise pendant les quinze années (1949-1964) au cours desquelles les gouvernements successifs de la France ont fait le choix de l’immobilisme face à la RPC, tandis que certains parlementaires tentaient en vain de dialoguer sur cette question avec leurs dirigeants gouvernementaux. Une simple lecture chronologique, que nous proposons ci-dessous, illustrée de quelques commentaires de parlementaires étant intervenus au fil des années sur la « question chinoise », rend compte de la persistance de cette question dans les débats parlementaires. C’est ainsi, par exemple, que lors de la séance du 1er décembre 1950 à l’Assemblée nationale, le député MRP Henri Pierre-Grouès (dit l’abbé Pierre, 1912-2007) intervient de manière fort explicite sur la « question chinoise » :

« […] Depuis plus d’un an, notre commission des affaires étrangères a voté une motion par laquelle elle exprimait le désir des représentants du peuple de voir le Gouvernement prendre enfin, avec réalisme, en considération l’existence d’une masse de 450 millions d’habitants dont on a voulu jusqu’ici affecter d’ignorer l’existence politique. […]

Nous dira-t-on que reconnaître ce gouvernement de Chine, et l’admettre à l’O.N.U. n’est pas possible parce qu’il est communiste et que, de ce fait, on estime qu’il n’est pas respectueux de la déclaration des droits de l’homme votée par l’O.N.U. ? Mais alors pourquoi ceux qui allèguent un tel argument n’ont-ils pas le courage d’aller au bout de leur raisonnement et de prendre l’initiative d’une motion demandant que l’U.R.S.S. soit exclue de l’Organisation des Nations Unies ?

Leur argument est en réalité sans poids ; il est indéfendable. […] »7

Le groupe des députés communistes, de son côté, dépose dès 1951 deux propositions de résolution, invitant l’une « le Gouvernement à faire demander par ses représentants à l’Organisation des Nations Unies l’admission de la république populaire de Chine », l’autre invitant « le Gouvernement français à reconnaître, en fait et en droit, le gouvernement de la république populaire de Chine »8.

C’est donc peu après la création de la RPC que la question de l’établissement des relations diplomatiques avec la Chine communiste est clairement posée par plusieurs parlementaires appartenant à différents partis et groupements politiques, sans toutefois susciter auprès du gouvernement une réelle résonance.

En juin 1954, lors d’une discussion sur la guerre finissante en Indochine et la Conférence de Genève (avril-juillet 1954), le commentaire du député socialiste Alain Savary (1918-1988) s’avère d’une remarquable concision : « Je voudrais dire un mot du problème chinois. M. le ministre des Affaires étrangères l’a éludé. Nous n’attendions pas de lui un grand discours. Nous attendions de lui un acte : la reconnaissance de la Chine de Mao-Tse-Toung. […] Ce geste n’a que trop tardé »9.

À partir du milieu des années 1950, après la Conférence de Genève, puis celle de Bandung (avril 1955), au cours desquelles le savoir-faire diplomatique du premier ministre Zhou Enlai (1898-1976) est unanimement reconnu par les milieux dirigeants politiques français et internationaux, plusieurs parlementaires français posent avec de plus en plus d’insistance la question de la reconnaissance de la RPC par la France, mais continuent à se heurter à un silence très diplomatique de la part du gouvernement qui souhaite rester en retrait sur cette question.

En février et mars 1955, les sénateurs Jacques Debû-Bridel (RPF, 1902-1993), Léo Hamon (non-inscrit, 1908-1993) – l’un des parlementaires les plus engagés sur la « question chinoise » –, ainsi que le député Jacques Bardoux (RI, 1874-1959), incitent tour à tour le gouvernement à régulariser « les rapports entre la France et le gouvernement de la Chine populaire »10. Au passage, ces parlementaires relèvent et regrettent « l’absence de la France » en Asie, la France étant à leurs yeux une des rares grandes puissances à ne pas avoir reconnu le gouvernement de Mao Zedong (1893-1976), rappelant que le Royaume-Uni avait, lui, établi des relations diplomatiques avec Pékin11. Mais le gouvernement français campe sur sa position attentiste pour se conformer à la ligne intransigeante des États-Unis qui s’opposent de façon catégorique à la reconnaissance de la Chine communiste.

En novembre 1955, après son retour en France, la commission sénatoriale composée des sénateurs Edmond Michelet (MRP, 1899-1970), Bernard Chochoy (SFIO, 1908-1981), René Enjalbert (RI, 1890-1976) et Léo Hamon, laquelle au cours de son déplacement en Indochine s’était rendue en RPC (20-24 septembre 1955) sur invitation gouvernementale chinoise, dépose auprès du Conseil de la République une proposition de résolution « tendant à inviter le Gouvernement à normaliser effectivement et rapidement les relations entre la France et la République populaire de Chine »12.

À peine un mois plus tard, le député Édouard Bonnefous (UDSR, 1907-2007) s’élève à l’Assemblée nationale contre les règles d’admission pratiquées à l’Onu, qui conduisent à « refuser la Chine de Mao Tsé Toung et accepter cette indéfendable fiction : Tchang-Kaï-Tchek représentant la Chine ! »13.

Mi-février 1957, son collègue Robert Chambeiron (URP, 1915-2014) interpelle à son tour le gouvernement sur sa politique à l’égard de la RPC, plus particulièrement sur « les motifs invoqués à plusieurs reprises pour justifier le refus de reconnaître le Gouvernement de Pékin, alors que des pays, telle la Grande-Bretagne qui, comme la France, adhèrent également à l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, ont depuis longtemps noué des relations diplomatiques avec la Chine » et « sur les inconvénients de caractère économique, commercial et culturel qui découlent pour la France de l’attitude négative du Gouvernement »14.

Début mars 1957, le député Raymond Dronne (RS, 1908-1991) dépose une nouvelle proposition de résolution, la France ne pouvant « continuer à ignorer un pays qui compte six cents millions d’habitants ». Si la France a bien pris des contacts officieux avec la Chine populaire, poursuit le député, « ces relations fragmentaires et quasi confidentielles sont demeurées sans grandes conséquences pratiques ». Et de pointer la politique gouvernementale française qui s’aligne de façon inconditionnelle sur celle de son allié étasunien. Selon le député, « la France a intérêt à renouer des relations officielles et à commercer avec la Chine. Elle n’a pas besoin pour cela de la permission de Washington, qui ne prendra pas notre avis quand il jugera bon de changer de politique ». Cette décision, poursuit le député, n’implique « aucune adhésion d’aucune sorte au régime communiste. […] Elle signifierait que la France recouvre son indépendance et sa liberté d’action diplomatique »15.

L’immobilisme des gouvernants français face à la « question chinoise » est régulièrement souligné par les parlementaires, qui ciblent plus particulièrement l’inefficience et l’absence d’engagement du ministère des Affaires étrangères, que le sénateur Michel Debré (RPF, 1912-1996) – futur ministre des Affaires étrangères – rappelle en février 1956 en des termes pour le moins malicieux : « Sans vouloir critiquer la grande Maison qui borde le quai d’Orsay, je peux dire que lorsqu’elle ne veut pas penser à quelque chose, elle sait très bien le faire ! »16. Constat aussitôt corroboré par son collègue Jacques Debû-Bridel en des termes tout aussi francs et directs : « […] monsieur le ministre des Affaires étrangères, je me permets de nouveau, profitant de ce débat, d’attirer votre attention sur les problèmes de nos relations avec la Chine populaire. […] Avec mon ami, M. Michel Debré, je me permettrai de vous dire : secouez vos services […] »17.

Les discussions et débats parlementaires sur la « question chinoise » se poursuivent au cours des premières années de la Ve République, sans toutefois laisser apparaître une évolution de la politique gouvernementale. À intervalles réguliers, le ministre des Affaires étrangères se voit confronté à la question de savoir s’il ne « serait [pas] temps d’étudier concrètement la question de la reconnaissance du gouvernement de la République populaire de Chine par le Gouvernement français ? »18. Quant au chef du gouvernement, plusieurs parlementaires lui rappellent – en des termes parfois lyriques – la situation quelque peu anormale qui règne au sein de l’Onu : « En contemplant l’agréable chatoiement des couleurs des pavillons qui flottent devant le palais de New York, ne vous est-il jamais arrivé de penser avec quelque inquiétude à une absence, celle du peuple le plus nombreux du globe qui pourrait bien être aussi, avant peu, le plus puissant ? »19.

Pendant quelque temps encore, les parlementaires soumettront la « question chinoise » au gouvernement, lequel persiste à garder le silence ou à rappeler à l’occasion que sa politique diplomatique doit rester fidèle à l’allié étasunien. Même lorsque le général de Gaulle prend à l’été 1963 – une fois la guerre d’Algérie terminée – la décision d’établir prochainement des relations diplomatiques avec la RPC, seuls ses proches collaborateurs en sont informés. L’envoi à Pékin de la mission Edgar Faure (octobre-novembre 1963) ne semble pas avoir suscité d’attention particulière dans l’opinion publique. Quant au commentaire condescendant du sénateur Guy Petit (URI, 1905-1988) s’interrogeant sur l’envoi en Chine de « M. Edgar Faure, chargé d’on ne sait quelle mission […] »20, il traduit bien le degré de désinformation dans lequel étaient maintenus les parlementaires. Après le retour à Paris de son envoyé spécial Edgar Faure, c’est en collaboration avec son premier ministre Georges Pompidou et son ministre des Affaires étrangères Maurice Couve de Murville, que le général de Gaulle enclenche rapidement le processus de la reconnaissance de la RPC. Les choses iront très vite, et c’est par un bref communiqué du 27 janvier 1964 que les Français et le monde sont informés de l’établissement des relations diplomatiques entre Paris et Pékin.

Désormais, cet événement majeur, constitue un moment clé dans l’histoire de la relation franco-chinoise et s’impose au fil des années, des commémorations décennales, des rencontres gouvernementales bilatérales, comme un véritable « lieu de mémoire » de la relation franco-chinoise.

Issu des travaux présentés lors du colloque La France et la République populaire de Chine : contextes et répercussions de la normalisation, 1950-1964 (Paris, INALCO, 13 novembre 2013), cet ouvrage se propose d’élargir la thématique de la reconnaissance de la RPC par la France stricto sensu, en prenant en compte, dans un premier temps, la multiplicité des acteurs de la sphère économique, intellectuelle, culturelle, qui en France se sont impliqués de façons diverses en faveur de la normalisation des relations. Dans un second temps, l’ouvrage s’ouvre aux dimensions internationales et offre une perspective comparative en analysant les relations entre la Pologne et la RPC et les processus de normalisation diplomatique entre la RPC et la RFA d’une part, la RPC et le Japon d’autre part, dépassant ainsi le champ de la relation bilatérale franco-chinoise.

L’historienne Marie-Claire Bergère se rendit pour la première fois en Chine au début de l’automne 1957 et rédigea à son retour des « Notes de voyage » publiées au cours de l’année 1958 dans la revue Technique, Art, Science. D’un commun accord avec l’auteur et la revue susmentionnée, nous avons décidé de le republier en préambule de cet ouvrage, précédé d’un bref texte introductif, « Soixante ans après », que Marie-Claire Bergère a bien voulu rédiger à l’occasion de la publication de cet ouvrage.

Dans sa contribution, Christine Chaigne revient sur le processus de la reconnaissance de la RPC par la France, qu’elle compare d’une façon imagée à une valse en trois temps. Le premier temps est celui du droit qui, au regard de la notion d’effectivité, présente la reconnaissance comme inéluctable et donc inévitable sur le plan politique, la question de la date de la normalisation des relations restant cependant en suspens. Ainsi, si les diplomates en poste en Chine ont exprimé très tôt l’espoir d’une reconnaissance rapide du nouveau gouvernement communiste, la question de l’Indochine, et en particulier le fait que la RPC ait reconnue le gouvernement de Hô Chi Minh dès janvier 1950 ainsi que l’importante aide militaire octroyée par les États-Unis à la France, rend impossible sur le plan diplomatique un tel acte et pousse les autorités françaises à le différer. Ce deuxième temps, celui de l’attente, prend fin en 1954, date de la Conférence de Genève au cours de laquelle les représentants des deux pays dialoguent. Il faudra néanmoins encore dix ans pour que ces premiers contacts débouchent sur la reconnaissance officielle, le tournant définitif étant les accords d’Évian (mars 1962). Car avec la fin de la guerre d’Algérie, le soutien qu’accordait la RPC au FLN algérien cesse en effet d’être un obstacle et le général de Gaulle peut alors « reconnaître le monde tel qu’il est ».