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La France et le Royaume-Uni face au défi de l'Amérique nouvelle

169 pages
La puissance des Etats-Unis est-elle un défi ou une chance pour les Européens ? Un certain nombre d'événements politiques ont, en un an, modifié les relations entre la France et la Grande-Bretagne. Mais nous affrontons les mêmes problèmes : vieillissement des populations, l'éducation et l'école à repenser ; les finances publiques à rééquilibrer ; les immigrants à intégrer. L'Union européenne et les Etats-Unis doivent reconstruire ensemble un véritable partenariat stratégique. Avec l'élargissement et les réformes structurelles, c'est le plus grand chantier auquel l'Europe devra s'atteler dans les dix années à venir.
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ACTES DU COLLOQUE
La France et le Royaume-Uni face au défi de l'Amérique nouvelle

site: \v\v-w.librairiehartnattan.co1n diffusion.harmattan@wanadoo.fr e.mail: harmattan1@wanadoo.fr ~ L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-00436-9 EAN : 9782296004368

FONDATION

SINGER-POLIGNAC

Présidée par Édouard BONNEFOUS
Chancelier honoraire de l'Institut de France Ancien ministre d'État

ACTES DU COLLOQUE
La France et le Royaullle-Uni face au défi de l'Amérique nouvelle

Organisé par Jean-Marie LE BRETON
Président de l'Association France-Grande-Bretagne Ancien Ambassadeur

Le 19 octobre 2005

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

FRANCE
L'Hannattan Hongrie Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest Espace L'Harmattan Kinshasa L'Harmattan Italia L'Harmattan Burkina Faso Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa RDC Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

-

Sommaire
o UVER TUR E.. . . . . . . . . . . . . . . . . .. .. . . . .. .. .. . . . . . . .. . . . . .. . . . . . .. . . . .. . . . . . . .. . . .. . . .7

Jean-Marie Le Breton

Les relations franco-britanniques Roger Fauroux

aujourd'hui

9

Le défi politique et culturel américain Michèle Gendreau-Massaloux , ,. , L A merlque a-t-e Ile cesse' d etre europeenne '" '? Lord Roper Le point de vue d'un historien: politique et militaire américain Emmanuel Le Roy Ladurie Les populations
Pierre Joxe

11

. .............. 19

la France face au défi 29

immigrées dans nos sociétés

39

La bibliothèque
Goo gle

numérique

européenne:

le défi de

.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . .65

Jean-Noël Jeanneney

Allocu tion de Sir John Holmes

77

Le dollar et l'euro: points de britannique sur l'euro face au dollar Christian de Boissieu

vue

français

et 91

Quelle place pour la France et le Royaume-Uni monde de demain ? Denis MacShane La communauté euro-atlantique Grande-Bretagne? Kalypso Nicolaïdis

dans le 111

est-elle d'actualité

en .123

Le monde américain représente-t-il toujours pour les Britanniques et pour les Français? Charles Grant

l'avenir 133

Attitudes françaises et britanniques à l'égard de l'unilatéralisme de la politique étrangère américaine 143 Alain Dejammet Quelle place pour la France et le Royaume-Uni monde de demain ? Alexandre Adler CONCLUSION Roger Fauroux REMERCIEMENTS Jean-Marie Le Breton 6 dans le 153

.165

.169

OUVERTURE
Jean-Marie Le Breton Président de l'Association France-Grande-Bretagne, ancien ambassadeur

Il me revient d'ouvrir le colloque de l'Association FranceGrande-Bretagne sur « La France et le Royaume-Uni face au défi de l'Amérique nouvelle ». Mes premiers mots seront pour remercier la Fondation Singer-Polignac qui nous offre une admirable hospitalité et remercier le président Édouard Bonnefous, qui ne pourra malheureusement pas être des nôtres ce matin, et à qui j'adresse un message de respect et de sympathie. Je remercie nos amis qui viennent d'outre-Manche et qui sont avec nous. Je remercie aussi nos amis de province. Il y a trente-sept associations France-Grande-Bretagne en France. Un certain nombre de ces associations ont fait le voyage à Paris pour cette réunion, votre présence à vous tous m'est extrêmement précieuse. Monsieur Roger Fauroux a accepté de présider ce colloque. Je lui cède la parole.

Les relations franco-britanniques aujourd'hui
Roger Fauroux Président honoraire de Saint-Gobain, ancien ministre

Il y a tout juste un an, monsieur l'ambassadeur, votre association avait choisi pour thème de son colloque, sous la présidence de René Rémond, « La France et le Royaume-Uni dans un monde en mutation ». Cette année, les États-Unis se sont invités en tiers dans ce dialogue. Là n'est pas l'essentiel car je doute qu'ils en aient été jamais absents. En revanche, un certain nombre d'événements politiques ont, en un an, modifié l'environnement dans lequel se jouent les relations entre nos deux pays. Il y a eu 1" échec piteux du référendum français sur la Constitution européenne qui a plongé l'Europe dans un état de léthargie dont elle finira sans doute par sortir, mais il faudra pour cela certainement un peu de temps - ou beaucoup - et sans aucun doute beaucoup de soIns. Et sont intervenues dans plusieurs pays des élections générales qui, elles aussi, ont déplacé les lignes. George Bush et Tony Blair ont été réélus. Le résultat des dernières élections allemandes, tout récent, est inattendu. Mais, plus surprenante encore, du moins par rapport aux habitudes des Français et des Anglais, est la sortie de crise que les Allemands ont inventée avec la gauche et la droite gouvernant bras dessus bras dessous. Il est vraisemblable que

le couple franco-allemand qui est rival du nôtre, en quelque sorte, s'en trouvera désactivé pour quelque temps. Sur la portée réelle de tous ces événements, nous en saurons peut-être un peu plus après le Conseil européen qui se tiendra dans les tout prochains jours sous présidence britannique. Nous assisterons à coup sûr à de belles empoignades à propos du budget européen, toujours en panne, et de la politique agricole commune. Ces sujets ne sont pas nouveaux, mais il est vrai que les temps sont sinon mauvais, du moins difficiles, pour les relations entre nos deux pays. Au-delà de la fameuse guerre des modèles qui a un aspect sans doute plus métaphysique que concret, et au-delà de quelques sujets concrets de mésentente, nous avons assisté à une accumulation de susceptibilités épidermiques à des niveaux divers qui n'ont pas arrangé le climat. Personnellement, j'ai connu d'un peu plus près une époque, maintenant assez lointaine, pendant laquelle Margaret Thatcher et François Mitterrand qui, idéologiquement, n'étaient d'accord sur rien et se situaient aux antipodes l'un de l'autre, étaient soudés par une sorte de fascination réciproque qui leur permettait finalement de s'entendre. En particulier, c'est ainsi que le fameux problème, toujours récurrent, de la contribution britannique au budget de la Communauté a été réglé. Nous n'en sommes pas encore là aujourd'hui.

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Le défi politique et culturel américain
Michèle Gendreau- Massaloux, Conseiller d'État, recteur de l'Agence universitaire de la francophonie

En organisant cette rencontre, votre association et son Président ont entendu, me semble-t-il, aborder une question d'actualité et signifier, ce que je trouve pertinent, qu'il n'est sans doute pas aujourd'hui de relation duelle entre deux nations qui ne doive être examinée à la lumière de son contexte mondial. Ils l'ont fait en dehors du cadre commémoratif des célébrations de l'Entente Cordiale, mais déjà l'on pouvait remarquer l'an passé que nombre des réflexions portant sur cet événement avaient amorcé un débat sur la dimension contemporaine du dialogue France-GrandeBretagne. L'on ne peut pas davantage traiter sous forme de simple description photographique le sujet que vous vous êtes donné: il renvoie selon moi à des évolutions de long et de moyen terme, que vous marquerez avec plus de détails que ce que je pourrais faire dans cette introduction. Le titre qui m'a été « suggéré» est lui-même un clin d'œil à l'histoire. En 1967, Jean-Jacques Servan-Schreiber, fondateur de l'Express, admirateur de Kennedy, publiait Le défi américain et annonçait: « Ce qui menace de nous écraser n'est pas un torrent de richesses, mais une intelligence supérieure de l'emploi des compétences ». Ce constat, que reprenait la gauche sous le thème de la « colonisation de la

France par le capital étranger »1, n'avait pourtant pas la simplicité d'une prophétie catastrophiste. Comme le rappelle Serge Halimi dans un récent numéro du Monde diplomatique2, il n'était pas question de préconiser pour l'Europe un processus de pure imitation, et le «modèle»

américain le concept a depuis envahi les media - était mis
en rapport sans parti pris, au moins apparent, avec deux autres: le modèle japonais, qui associait modernisation et garantie de l'emploi, et le modèle suédois, qui se caractérisait par une forte progressivité de l'impôt, une faible différence entre le revenu moyen des employeurs et des employés, le développement économique étant assuré par la volonté d'intégration dans l'entreprise ou la collectivité. En évoquant ce point, je voudrais aussi signaler le risque de voir s'insinuer, ici comme en de nombreux lieux, une rémanence de cet ancien et toujours vivace antiaméricanisme dont Philippe Roger a remarquablement décrit la genèse et le déploiement dans la culture française, mais dont parfois les Anglais eux-mêmes se sont faits les pourvoyeurs. Entre 1815 et 1835 par exemple, alors que « les Parisiens se fournissent à Londres de jockeys, d'aventures médiévales et de redingotes 3», plusieurs ouvrages - Basil Hall, Travels in America in the years 1827 and 1828, Thomas Hamilton, Men and Manners in America (1833), et surtout Frances Trollope Domestic Manners of the Americans (1832) - partent en campagne contre l'inculture de l'Américain moyen, le mercantilisme ambiant, la grossièreté des divertissements. Mrs Trollope singulièrement « confère l'autorité de la chose

1

Richard Kuisel, Seducing the French: The dilemma of Americanization,

University of California, Berkeley, 1992, p.169. 2 Octobre 2005. 3 Philippe Roger, L'ennemi américain, Paris, Seuil, 2002, p.80. 12

vue et vécue à un ensemble de traits né,ratifs déjà largement acceptés par le public cultivé européen» . D'où le fait qu'à la guerre de Sécession apparaisse en France une véritable mythologie de la race anglo-américaine, qui lie la France aux Sudistes contre les Yankees et les Britanniques. La victoire du Nord serait en effet « le triomphe du Yankee, appelé par la voix du sang à se réunir tôt ou tard à l'Anglais en un front commun dirigé contre les Latins et donc contre les Français, suzerains et protecteurs de la latinité ». Mais cette construction ne va pas jusqu'à l'amalgame: comme l'écrit l'auteur d'un opuscule, Du Panlatinisme5 (1863), qui résume l'armature du discours antiaméricain, la Grande-Bretagne, vieille puissance assagie, « ne se laisse pas aller aux égarements de la présomption », préfère « enseigner par le commerce la civilisation européenne aux innombrables peuples de l'Asie, de l'Afrique et de l'Océanie », et représente le bon côté du «levier de civilisation» anglosaxon. Les Américains, apprentis sorciers de leur race, «suppriment les forêts de l'Amérique septentrionale », «improvisent les villes », effacent ou tendent à effacer les autres variétés de la race blanche, détruisent ou réduisent à l'esclavage les autres races. Représentation dépassée? À voir, et sans accumuler les références je me contenterai, pour souligner mon interrogation, de m'attarder un instant sur le mot de défi, qui figure dans le titre de ce colloque comme dans celui de mon intervention et semble tout indiqué pour aborder notre sujet. Certain président de la République française enjoignait, d'ailleurs, à ses collaborateurs de le proscrire... Pour ma part, je relève dans les dictionnaires qu'il implique une relation à deux, j'oserais dire un duel, relation agonistique et qui
4
5

Id., p.82. Dr Alfred Mercier, Du Panlatinisme, Paris, Librairie Centrale, s.d. [1863]. 13

annonce que l'un des deux va apporter la preuve de sa supériorité. Après le défi, il doit y avoir non une construction commune mais la déroute du perdant et dans le défi il y a, déjà, de la défiance. Comment dès lors lire sans préjugé la relation des deux anciennes superpuissances à l'hyperpuissance ? Trois remarques un peu lapidaires avant une proposition de méthode et quelques chiffres liés au terrain que je connais le moins mal, celui du monde étudiant. Première remarque, concernant la culture. Elle me vient d'un philosophe disparu, Jacques Derrida, que je cite: Toute culture est originairement coloniale. Ne comptons pas seulement sur l'étymologie pour le rappeler. Toute culture s'institue par l'imposition unilatérale de quelque « politique »de la langue. La maîtrise, on le sait, commence par le pouvoir de nommer, d'imposer et de légitimer les appellations. On sait ce qu'il en fut du français en France même, dans la France révolutionnaire autant et plus que dans la France monarchique. Cette mise en demeure souveraine peut être ouverte, légale, armée ou bien rusée, dissimulée sous les alibis de l'humanisme «universel », parfois de l'hospitalité la plus généreuse. Elle suit ou précède toujours la culture comme son ombre 6 Deuxième remarque, concernant le projet impérial d'exportation de la démocratie, que l'on attribue souvent, surtout depuis la guerre d'Irak, aux seuls États-Unis d'Amérique et à leur allié politique anglais. Je rappelle, comme l'avaient fait Christopher Johnson et Guy Sorman lors du colloque sur l'Entente Cordiale de 2004, la phrase du général de Gaulle inscrite au pied de sa statue au rond point

6

Jacques Derrida, Le Monolinguisme de l'autre, Paris, Galilée, 1996,

p. 68. 14

des Champs-Élysées: «Il y a un pacte vingt fois séculaire entre la grandeur de la France et la liberté du monde ». Troisième remarque: la dimension économique des impérialismes politiques est aujourd'hui décryptée avec netteté, tant dans ce qui compose l'attrait du «modèle» américain que dans la relation de 1'hyperpuissance aux autres États du monde. Elle avançait masquée, tant à l'époque des conquêtes amérindiennes où la conversion religieuse apparaissait comme le primum mobile, qu'au temps des colonialismes où une place prépondérante était accordée - au moins dans les discours officiels - à la mission civilisatrice des grandes puissances. Cette clarification me semble conduire tout droit à la raison essentielle de l'attrait durable
- et fondé - du «modèle» américain. Je crois ce modèle

vigoureux, malgré les inégalités que viennent d'exposer à la

face du monde - et des Américains eux-mêmes

les

cyclones de Louisiane, malgré l'allure de promenade sur une corde raide de la croissance du PIB des États-Unis, malgré l'émergence de nouvelles puissances économiques, dont la Chine ou le Brésil. La proposition de méthode, fondée sur les trois remarques qui précèdent, et en particulier sur la dernière, consisterait à examiner les relations entre puissances, superpuissances et

hyperpuissance démocratiques - et j'insiste sur l'adjectif, car
je ne crois pas le raisonnement valable à propos de régimes où les libertés individuelles sont menacées ou encore

embryonnaires- selon le modèle gravitationnel proposé en
1997 pour décrire les évolutions des langues du monde par Abram de Swaan, un sociologue néerlandais dont les travaux ont été repris et développés par un nombre important de linguistes talentueux. Selon Abram de Swaan, la constellation mondiale des langues peut être représentée comme une structure astronomique, dans laquelle des langues situées au 15

niveau « planétaire », entourées elles-mêmes de leurs langues « satellites », sont à leur tour reliées à une langue « supercentrale », solaire en quelque sorte. Rapportée aux systèmes politiques et culturels démocratiques, cette métaphore indiquerait que l'influence mondiale de l'hyperpuissance peut se conjuguer à des phénomènes distincts liés au poids, relatif mais non négligeable, des systèmes de rang inférieur. Ainsi, pour conclure sur deux sujets d'actualité, les comportements des jeunes élites expliqueraient la relative mais étonnante stabilité des chiffres de mobilité étudiante entre les trois pays, États-Unis/France/Grande-Bretagne. Attrait majeur des universités américaines, les plus liées à une recherche de haut niveau et qui absorbent le tiers des étudiants étrangers de la planète, mais «seulement» 8 000 britanniques et 7 000 français. Attrait important, et qui augmente, des institutions de Grande-Bretagne, qui accueillent 13 000 étudiants américains et 12 000 français. Attrait bien moindre, mais qui ne diminue pas, des institutions d'enseignement supérieur françaises, qui bon an mal an comptent 3 000 inscrits en provenance des États-Unis, et 3 000 en provenance de Grande-Bretagne. Il faudrait évidemment ajouter à ces chiffres une analyse des autres nationalités de provenance: la majorité des étudiants étrangers en France est africaine et maghrébine, en GrandeBretagne, européenne, aux Etats-Unis, asiatique. Il conviendrait également de prendre en considération le fait qu'en France le nombre total d'étudiants étrangers a beaucoup diminué au cours des années 1985-1997, le niveau de 1985 n'ayant été retrouvé qu'en 2003, et la France, pendant longtemps située juste derrière les États-Unis en termes d'accueil, se plaçant maintenant derrière la GrandeBretagne et l'Allemagne. Mais il faudrait aussi remarquer 16