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La France et ses DOM, une rupture annoncée

De
258 pages
La Martinique est terre française depuis cinq siècles. Une exploitation sans pitié durant la période de l'esclavage et pendant la colonisation a laissé place à la citoyenneté, à l'éducation des masses, à la fabrique d'une élite surdiplômée. Mais ce bien être relatif et l'éducation ont généré un esprit de revanche exacerbé. Les Martiniquais, dans leur majorité, se sentent français mais ressentent une gêne, un mal-être face au discours martelé par les séparatistes qui oublient trop que seule une économie solide permet de regarder l'avenir.
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À mes amis très chers, Georges et Christiane Giraud, dont l’amitié fidèle m’est très précieuse. À la presse écrite locale, dont la censure partisane m’a obligé à trouver un autre moyen de faire entendre une voix différente de la pensée unique.

Introduction
L’ensemble de ce livre commencé en 2000 a été achevé le 28 décembre 2008. Le lecteur y trouvera des considérations et des faits pas forcément présentés selon la chronologie usuelle. Ce deuxième volume fait suite à « Le choix de la République française ou l’autonomie des roitelets ». On y trouvera encore des redites. Cette insistance répond à la persistance de ceux qui ont la parole et en usent quotidiennement pour propager des thèses dommageables pour notre avenir. Il est bon de répéter des vérités, accompagnées de faits concrets sur lesquels on peut prendre appui pour parler sans travestir le réel. La situation politique, sociale et économique de notre île et les orientations de nos élus exigent que l’on soit bien renseigné et que l’on réfléchisse à ce qui nous est proposé au niveau d’une évolution institutionnelle. Le projet de nos élus est de nous ôter le droit d’être français, en passant d’abord par l’autonomie – pour rassurer et endormir – et en aboutissant à leur visée ultime : l’indépendance. Le président du conseil régional de la Martinique a décidé, subitement, d’organiser un congrès, le 18 décembre 2008, juste avant les fêtes de fin d’année. Ce congrès a eu lieu uniquement pour créer un statut d’autonomie déguisé en assemblée unique. Ce fut une démonstration d’autoritarisme : on y a vu s’agiter le chef, le sous-chef, les acolytes et les malheureux sans-grade, quasi réduits au silence. La Martinique a assisté à un show où les opposants se sont vu refuser d’autorité tout ce qu’ils demandaient ou proposaient. Dès l’ouverture, le chef indépendantiste annonce sa couleur : l’article 74 réglera la vie quotidienne martiniquaise. Très rapidement, il a exigé de passer au vote pour ou contre l’autonomie, soit pour ou contre le passage de la Martinique à l’article 74. Il y a eu trois votes dont le deuxième ressemblait fort à un traquenard contre la population, et même à une supercherie. Il s’agissait de voter pour ou contre une assemblée unique, ce qui était un vote inutile puisque, dès le premier vote, une majorité avait accepté l’autonomie dans l’article 74. Le deuxième vote devenait alors inutile et dérisoire. En effet, le territoire français est régi par une constitution dont l’article 74 ne prévoit jamais deux collectivités ; il instaure une assemblée territoriale qui ne s’appelle pas assemblée unique. Il faut donc cesser de jouer sur les désignations. L’autonomie élimine d’autorité la région et le département, remplacés par une assemblée territoriale. Quand on parle d’assemblée unique, il s’agit ni plus ni moins d’une seule assemblée, mais pas d’autonomie selon l’article 74. Cependant, une assemblée unique, possible dans l’article 73 permettrait d’éliminer les compétences partagées, ou les doublons ; c’est ce que la commission Balladur met en place 7

en ce moment, à la demande du président de la République, pour régler ces dysfonctionnements des collectivités de l’ensemble des départements du territoire français. Les élus autonomo-indépendantistes martiniquais, avides de pouvoir politique personnel, se sont jetés à l’eau sans bouée de sauvetage pour une autonomie dont ils ignorent totalement les tenants et les aboutissants puisqu’ils spéculent sur l’exemple des minuscules territoires et ex-communes du nord de la Guadeloupe devenues autonomes en février 2007, ce qui est un peu court pour juger l’exemple valide et concluant. Tout ceci dénote une certaine inconscience de nos élus qui n’ont vécu que dans le velours français. La population martiniquaise semble beaucoup plus avertie que ses élus : elle peut voyager et elle voyage. Vouloir lui faire avaler cette pilule faussement dorée de Saint-Martin n’est pas très futé. Nous savons tous qu’à Saint-Martin il n’y a rien. L’île est dépendante à 100 % des importations de la métropole, de la Guadeloupe et de la Martinique. La mortalité infantile y est forte. La population dépendra toujours des infrastructures de santé de la Guadeloupe et de la Martinique, car l’île ne pourra jamais offrir les mêmes soins que les deux départements antillais. La difficulté, c’est qu’il faudra que leur collectivité assure financièrement, et, vu le coût des soins dispensés dans les CHU des Antilles, Saint-Martin souffrira énormément. En cette fin d’année 2008, les dirigeants de cette collectivité ont besoin de 400 millions d’euros pour refaire les installations d’hygiène et les infrastructures sanitaires. Ils ne les ont pas, et l’État n’est pas pressé de faire ces cadeaux. Alors de grâce, contentons-nous de compatir pour Saint-Martin qui va découvrir les surprenantes suites de son choix statutaire et gardons-nous de l’envier ou de la suivre. Les élus martiniquais sont d’une naïveté effrayante. Car en voulant prendre exemple sur Saint-Martin, fraîchement devenue PTOM, ils démontrent qu’ils sont hors des réalités de l’autonomie. Restons sur Saint-Martin, avec les visites de son ex-président, Louis Constant Fleming, dans plusieurs ministères durant deux mois, à Bercy, à l’Intérieur, à l’Outre-Mer, à la Justice, à l’Immigration, pour solliciter de l’aide, invoquant le statut de RUP1 que lui a accordé le Gouvernement, sans en connaître la limite. Il dit : « Maintenant que SaintMartin est sortie de la Guadeloupe, on s’aperçoit que proportionnellement, la situation à propos de l’immigration est aussi catastrophique qu’à Mayotte, ou en Guyane ». Il découvre, un peu tard, une fois devenu autonome, certaines réalités. Et ces découvertes pénibles vont se multiplier… Il est inquiet pour ses futures relations avec l’Union européenne, et il a raison. Malgré une partie du droit commun dont il bénéficiera en attendant le sort que lui réservera le traité

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Région ultrapériphérique

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simplifié de l’Union européenne, il rejette l’idée de devenir comme sa jumelle Sint-Maarten, il veut négocier un statut spécial avec la commission européenne. Cela veut dire que ce qu’il croyait possible avant la loi organique fixant son autonomie l’inquiète, après coup, sérieusement. Et il a de quoi, car pendant sa tournée de supplications dans les ministères, il s’est rendu à l’Élysée. Mal lui en a pris. Il s’est entendu dire et même rappeler que le statut de RUP signifiait aussi « des contraintes ». Ce sera difficile pour la nouvelle collectivité de SaintMartin « d’avoir le beurre, l’argent du beurre et la fermière », voilà ce qu’on lui a signifié. Le débat sur notre futur institutionnel est donc relancé. Mais quel débat ? Et autour de quoi ? Le passage à l’article 74 ? La peur de prononcer le mot autonomie par les élus en dit long sur leur crainte d’alerter la population. Alors, pour mieux embrouiller les esprits de leur « peuple », ils remettent en concurrence les articles 73 et 74. Le député-maire de Fort-de-France dit qu’il ne prendra pas position entre les articles 73 et 74. Pourquoi cette hésitation alors qu’il est élu de la République française, assis dans un fauteuil feutré de parlementaire lié au droit commun de l’article 73 et qu’il sait tout le bien qu’il lui apporte, à lui et aux électeurs foyalais2, depuis soixante ans ? La population martiniquaise assiste à une deuxième farce en cinq ans. La première, c’était un « toilettage », disait le président du conseil général, en tandem avec quelques malins de la faculté de droit. Il ne s’agissait pas d’une accession à un statut, affirmaient-ils. En définitive, aucun d’eux ne savait de quoi il retournait. Mais, par crainte de la vérité, et surtout de peur d’être ridiculisés devant la population martiniquaise, ils ont fui le débat qui leur était proposé par le professeur de droit, Mme Le Pourriet, leur ancienne collègue de l’université des AntillesGuyane à la Martinique, venue spécialement de Paris. C’était tout simplement le Chat en sac, suivant le proverbe créole « Nou pa ka achté chat en sac », c’est-àdire qu’on n’achète pas sans avoir vu la marchandise – ici la loi organique. Avec bon sens, les Martiniquais ont répondu NON à tout changement, en décembre 2003, désavouant leurs élus. Ce deuxième congrès du 18 décembre 2008 qui nous fait basculer dans l’article 74 nous remet face à tous les risques. Car la loi organique – élaborée à Paris – nous dictera l’organisation de l’autonomie et nous mettra vraiment devant toutes nos responsabilités, financières et autres, sans les dotations que nous percevons dans le droit commun en tant que département et citoyens européens. Les élus n’osent pas le dire, mais c’est une réalité. L’article 74, c’est également

Habitant de Foyal, c'est-à-dire de Fort-Royal (ancien nom de Fort-de-France) dans sa prononciation créole

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la sortie du droit commun, ce droit dont nous jouissons grâce à Aimé Césaire depuis 1946, et que nous perdrons avec son cortège d’acquis en tout genre. En 2003, les autonomistes et nos professeurs de droit disaient que nous garderions l’identité législative, c’est-à-dire toutes les lois et tous les règlements pris par le Parlement, qui s’appliquent actuellement de plein droit dans les DOM. Avec l’autonomie selon l’article 74, aucune loi ne s’appliquera plus automatiquement. Ce seront des lois d’exception et des conventions puisque nous entrerons dans la spécialité législative (ce qui veut dire que des lois seraient conçues uniquement et spécifiquement pour nous, ce qui se passe déjà pour les autres COM, sans leur apporter de bénéfice visible). La présence de l’État et celle de l’Europe seront bien moindres : il ne faudra plus s’attendre à continuer de percevoir les fonds de l’État – nous dépendrons du président du territoire de la Martinique et des fonds qu’il pourra trouver, tout en sachant que notre île cumule des déficits d’exportation abyssaux, au bénéfice d’une importation colossale de près de 80 % de notre consommation. Les COM ou collectivités d’outre-mer, que les élus martiniquais veulent nous voir intégrer, ne bénéficient pas des fonds européens à taux plein comme actuellement les DOM. La Martinique entrée dans l’article 74, donc dans l’autonomie, deviendra un PTOM ; elle ne sera plus qu’associée à l’Union européenne. Si les élus, par naïveté, croient qu’ils garderont les mêmes rapports avec l’Europe, ils se trompent gravement. Perdre le droit commun de la France, État membre de l’Union européenne, ne garantit plus, d’office, la possibilité de rester dans l’article 299-2. L’Union européenne nous obligera comme la partie hollandaise de Saint-Martin, Sint-Maarten, à devenir PTOM régi par l’article 299-3. Ne cherchons pas à bercer la population dans l’irréalisme, mais disonslui la stricte vérité de ce qui nous tombera dessus sans que nous puissions inverser la logique politique. Il ne s’agit pas, pour nous Martiniquais, d’avoir un roitelet et des ministres assis sur un trône et de croire que nous allons accepter leurs jérémiades et les multiplications d’impôts indirects, les nombreuses taxes qu’ils seront obligés d’appliquer en remplacement des transferts de fonds venant de l’État et de l’Union européenne. Le président de la nouvelle collectivité sera dans l’obligation d’imposer une fiscalité insupportable qui amènera les entreprises et les gens les plus prospères à quitter l’île. Le choix de l’autonomie fait le 18 décembre 2008 par le congrès sera accompagné du revers de la médaille. Ce choix de l’idéologie politique est un risque non calculé. À moins que l’intelligence de notre population, rejetant à nouveau la demande d’autonomie des élus, lors d’une prochaine consultation, ne nous sauve d’une catastrophe annoncée. Les demandes d’autonomie des élus se bornent à nous répéter sans cesse qu’il leur faut plus de pouvoirs alors précisément que ces derniers en ont à foison et 10

qu’ils sont dans l’incapacité d’agir. De toute évidence, ils se montrent défaillants. Politiquement et juridiquement, ils peuvent déjà tout faire : les adaptations, les référendums locaux, l’expérimentation, les dérogations et beaucoup plus. Ils disposent, sans en user, du pouvoir normatif, c’est-à-dire qu’ils peuvent appliquer nos propres normes sur place, grâce à la décentralisation. Mais ces élus au pouvoir depuis plusieurs décennies, ont géré les affaires courantes, sans grande ambition, sans projet audacieux, sans vouloir intégrer les énergies de notre jeunesse. Nos jeunes, diplômés ou pas, sont obligés de quitter l’île faute de pouvoir y trouver un emploi. La population est démoralisée par les problèmes de la vie quotidienne, le chômage, la vie chère, les embouteillages, les grèves, les violences et les délinquances liées à la drogue. Ce mécontentement est savamment créé et entretenu par des idéologues irresponsables. Et nos élus, face à ces responsabilités qu’ils assument si difficilement, nous proposent avec aplomb de tout régler, mais seulement dans l’autonomie ! Que la France se retire, qu’elle rapatrie ses fonctionnaires, nous réglerons nos affaires entre nous ! Qu’elle continue cependant à nous financer, mais sans contrôler ce que nous ferons chez nous. Il me semble que d’anciennes colonies ont expérimenté ce système, avec les malheurs que l’on peut observer pour leur population. Évitons de faire les frais de ces fantaisies, ouvrons grand les yeux.

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I- Les relations entre la France et les Antilles : constat de rupture
Quand rien ne va plus dans un couple, quand il n’y a plus de dialogue, quand il n’y a plus l’envie de vivre ensemble et quand les relations deviennent agressives, à la limite des injures, une seule solution s’impose : le divorce et la rupture totale. Les rapports entre les élus de gauche antillo-guyanais et le gouvernement en place ne sont pas vraiment cordiaux ni courtois. Mais il y aurait mauvaise foi à ne pas signaler que la détérioration vient des élus autonomistes revanchards qui n’ont pas admis la chute de Lionel Jospin ; ledit Jospin – en bon trotskiste – leur apportant l’autonomie sur un plateau. La défaite est si amère qu’elle a engendré une sorte de haine inexplicable. Alors que le seul interlocuteur est le gouvernement nommé, cette rupture tant souhaitée par une minorité de la population s’est brutalement installée dans le calcul du Gouvernement, ce qu’on peut comprendre, vu l’ardeur que mettent les élus de gauche à pourrir les relations entre eux et l’État. Il serait pourtant beaucoup plus sage de réserver une poire pour la soif, car, à trop vouloir tirer sur la corde, on finit par la faire céder. Les élus séparatistes oublient qu’ils auront besoin de la France et qu’à force de jouer les gros bras, ils risquent d’accentuer le processus de rupture largement entamé dans leur tête. Car, aveuglés par leurs idéologies, ils sont déjà dans l’après-France ; pour eux, la rupture est consommée, ou en passe de l’être. Il ne fait aucun doute qu’ils nous dirigent obstinément vers une rupture avec la France. Tous les indices le montrent : par exemple, on entend déclarer, par un élu, lors du congrès qu’il ne reçoit pas de conseil d’un Blanc (pourtant mandaté par le Gouvernement). On entend plusieurs élus dire à leurs électeurs que les élections françaises ne nous intéressent pas. Un élu UMP annonce, dans France-Antilles, qu’il ne veut pas qu’un « béké France » lui dise ce qu’il a à faire… Il y a véritablement beaucoup d’exaspération et de provocations, ce qui conduit à installer volontairement une situation de rupture, non seulement avec le Gouvernement, mais aussi avec les Français de métropole.

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Quand la rupture devient une logique, une obligation de se séparer de la France
Cette situation détestable, voulue par les élus antillo-guyanais, entretenue et relayée par certains médias distillant sournoisement des informations allant dans le sens du poil des révolutionnaires, ne peut qu’être prise en compte par le Gouvernement. Lionel Jospin, faux idéaliste, nous menait sournoisement vers la sortie. Tout le monde laisse faire. Mais le gouvernement Raffarin, choisissant la voie démocratique, nous propose un référendum. Sans lui, l’affaire était dans le sac. En Corse aussi, les révolutionnaires sont contre le référendum (les socialistes également sont contre la consultation des Corses et des Antillo-Guyanais). Tout cela est logique, puisqu’ils ne représentent qu’une minorité : ils sont furieux et inquiets. Si les Antillais et la métropole veulent se séparer, il serait plus sage de s’asseoir autour d’une table et de dialoguer, le plus sereinement possible, en attendant le verdict des urnes. Si les résultats donnent raison au Gouvernement et aux séparatistes qui veulent, chacun de leur côté, aller à la rupture, il faudra bien mettre les choses en place, activer les processus, trouver des modalités de séparation honorables. Le nouveau député de gauche martiniquais, dès son élection, a rappelé et confirmé que les Martiniquais veulent la rupture avec la France ! Si nos politiques élus et nos chefs de partis nous mènent là où nous ne voulons pas aller, n’est-ce pas nous qui les avons mis en place ? Alors, ne faisons plus de chichis. Qui ne comprendrait pas la France de vouloir se séparer des Antilles ? Plutôt que d’entretenir de mauvaises relations, franchissons le pas, et tant pis s’il y a de la casse. Dans les ruptures, il y a toujours un perdant et un gagnant. Ce n’est pas la France qui perdra. Elle s’enlèvera une épine du pied. Nous, nous perdrons la stabilité politique, le soutien économique, l’appartenance à un ensemble reconnu. Si telle est la volonté des populations…

Quand la situation s’envenime
Rupture, séparation ! Mais quels sont les arrangements financiers ? La France continuera-t-elle à nous assurer un niveau de vie inégalé dans la Caraïbe ? Les élus pourront-ils réclamer et exiger des rallonges budgétaires ? Ils veulent garder la carte d’identité française, mais faire des « lois-pays », éviter tout contrôle de leurs actes et signer des traités avec les pays voisins… Est-ce réaliste ? 14

Il semble que nous sommes sur le chemin de la rupture par consentement mutuel, grâce aux efforts de nos élus et de nos « intellectuels » qui n’arrivent pas à faire le deuil de nos ancêtres esclaves et qui ne veulent pas lâcher cette spécificité – parmi tant d’autres – avec tous les avantages de réparation que cela est censé nous apporter. Des générations sont élevées selon le principe « Ne jamais oublier, ne jamais pardonner ». Ne jamais oublier, certes. Jamais ! Mais ne jamais pardonner, c’est ouvrir la porte à la maladie mentale, aux affrontements stériles, c’est mortifère. Vouloir ajouter la haine raciale est criminel. On a pourtant vu en Afrique les ravages de l’« ivoirité » et des luttes interraciales. La vengeance qu’on imprime dans le crâne des jeunes est le meilleur poison pour les empêcher d’avancer et d’être fiers d’eux-mêmes et de leurs capacités à apporter au monde. Les séparatistes font un bien mauvais usage de l’histoire en voulant rester enchaînés. Avec beaucoup de cynisme d’ailleurs, car on a rarement vu des « fils d’esclaves » aussi repus, aussi égoïstes et inconscients des problèmes réels de mal-être d’une société fragile et sans projet ; des « élites » aussi aveugles pour ne pas vouloir voir les exemples de séparations calamiteuses entre les pays européens et leurs anciennes colonies ; des « rêveurs maniaques » qui continuent à prôner le modèle cubain, alors que la population cubaine crève du manque de liberté et de moyens pour vivre dignement. Le problème, c’est que ceux qui manipulent la population iront gentiment se réfugier en France où souvent ils possèdent des propriétés, et où ils continueront à exercer leurs métiers de fonctionnaires ou autres. Ou ils iront jouer les réfugiés politiques dans des pays francophones dans lesquels ils continueront de gémir sur les malheurs du peuple noir, pendant que ceux qui n’ont pas de moyens financiers ou de diplômes resteront à pourrir sur place, en tendant la main à la communauté internationale – voir l’exemple haïtien. À part la dignité du malheur extrême, je ne constate aucune espérance chez ces voisins caribéens. La France n’a pas d’intérêt majeur à garder les Antilles. Ne croyons pas qu’elle nous mènera une guerre « néo-coloniale ». Interrogeons-nous vite sur ce que nous voulons, et disons clairement que nous souhaitons rester citoyens français, que nos séparatistes sont minoritaires et que c’est pour cela qu’ils crient si fort et que nous voulons enfin une société qui regarde devant elle, sans complexe, sans haine et avec dignité.

Les turpitudes politiciennes des idéologues martiniquais
Voyons ce que disait l’un des sénateurs de la Martinique, président du conseil général, dans l’une des plénières avant la consultation de 2003, en 1997, le 15

19 mars, soit six ans avant. Ce sénateur est l’artisan avec Lionel Jospin de la Loi d’orientation 2000 pour l’outre-mer, qui fut l’un des meilleurs coups fourrés jamais osés dans les Antilles françaises. C’est lui qui est à l’origine d’un rapport demandé par Jospin qui rédigea une mouture titrée « La voie de la responsabilité » un titre qui en dit long… Ceux qui comprennent, tant mieux, et ceux qui ne comprennent pas, tant pis pour eux. Écoutons les paroles du parlementaire autonomiste. Il s’agit d’une intervention en plénière où il évoqua : « Les limites du fonctionnement de la région monodépartementale de la Martinique et l’intérêt d’une assemblée unique ». Il poursuit, à peu près dans ces termes : personne mieux que les élus, qui en font l’expérience depuis une quinzaine d’années, ne peut tirer un bilan du système de coexistence de deux assemblées sur un même territoire qui a été mis dans les départements d’outre-mer – il oublie de dire que plusieurs collectivités fonctionnent ensemble, harmonieusement, sur des territoires délimités en métropole –, mais il parle des dysfonctionnements liés à l’existence de deux collectivités département/région, ici. Il dénonce le système de partenariat particulièrement complexe à mettre en œuvre : État, Europe, département, région. Or, sans ces entités, pas de fonds ! On pourra le vérifier si par naïveté la population martiniquaise suivait l’idéologie de ces élus. Le parlementaire explique dans sa note que la gestion de ces entités porte préjudice à tout développement véritable de la Martinique, mais n’explique pas non plus comment ils feraient sans le concours de ces différents acteurs bailleurs de fonds : l’Union européenne, l’État, le département, la région et surtout le régime ultrapériphérique lié inévitablement et indéfectiblement aux articles 299-2 du traité d’Amsterdam et 73 de la Constitution française régissant les départements ; lequel article 73 nous place dans le droit commun. Une autonomie (article 74) éliminerait d’un seul trait tous ces liens fondamentaux, qui, disons-le clairement, diminueraient ou supprimeraient tous les fonds conséquents dont nous bénéficions actuellement. Le citoyen martiniquais voudrait savoir pourquoi les institutions en place ne fonctionnent pas. Est-ce l’incapacité des élus à maîtriser nos institutions et à s’entendre pour le partage des responsabilités ? La réponse semble évidente : la faute incombe à l’incapacité d’agir utilement des élus martiniquais. Là-dessus, il n’y a pas de doute. Le sénateur et président du conseil général de la Martinique, farouche partisan de l’élimination du département, au bénéfice de l’autonomie dotée d’une assemblée territoriale, avec un gouvernement et ses ministres, explique, en même temps, que l’« instrument deux assemblées » que l’on a mis entre nos mains depuis 1983 ne serait pas si mauvais qu’il y paraît ; ce qui signifierait, bien évidemment, que les élus locaux n’ont pas su jusqu’ici maîtriser le mode d’emploi d’un instrument pas si complexe. L’intervenant confirme l’incapacité à agir des élus locaux. Au moins a-t-il le mérite – la naïveté, ou le cynisme – de 16

l’avouer. Et il y a matière à s’inquiéter quand ce monsieur dit dans ce paragraphe qu’on leur aurait mis deux assemblées entre les mains. Étaient-ils des moutons de Panurge à l’époque ? C’est pain bénit pour des gens comme le philosophe Finkelkraut qui n’est déjà pas très tendre avec les Antilles. Il dirait que les élus locaux de la Martinique sont des incapables et qu’ils se comportent comme dans une république bananière, car comment expliquer qu’en tant qu’élus de gauche, sous un gouvernement de gauche, mené par François Mitterrand, ils se soient laissé imposer deux assemblées sans qu’aucun parlementaire de gauche ait voulu et pu refuser et demander à garder le département, la seule assemblée qui existait à l’époque ? Et pourquoi, quand la droite avait tiré la sonnette d’alarme, doutant de l’utilité d’une deuxième assemblée sur le même territoire, avait-elle été vilipendée par ceux-là mêmes qui contestent depuis 1997, au point d’exiger l’autonomie ? C’est pour ce type de comportement que les Antillais français sont vus comme des enfants gâtés de la République, qui ne savent pas ce qu’ils veulent. C’est bien la gauche socialiste qui a mis entre les mains des élus de gauche incapables ces deux assemblées. L’intérêt était idéologique : il fallait accentuer les pouvoirs de la gauche dans les DOM. Donc, la gauche antillaise est seule responsable des enchevêtrements des compétences des deux assemblées. Rien ne les empêche de changer ces imperfections puisque la loi d’orientation 2000 pour l’outre-mer leur donne le droit de faire des propositions afin d’éliminer les doublons. Eh bien non ! Ils préfèrent continuer de se lamenter sur leur immobilisme volontaire, ce qui leur permet de revendiquer avec véhémence leur autonomie. Je crois que les simples élus locaux qui n’avaient pour mandat que de gérer les collectivités régionales et départementales outrepassent leurs pouvoirs en s’érigeant en constituants, prônant en amont la suppression du département, donc du droit commun ; car en faisant le choix de décider en congrès, sans l’accord préalable de la population, puis le choix de saisir le chef de l’État pour une consultation populaire, c’est mettre les populations (de Guadeloupe et de Martinique) devant le fait accompli. Ils ont prétendu apporter des éléments afin que ces citoyens puissent faire des choix fondamentaux qui engageraient leur avenir, mais avec des idées déjà bien arrêtées. En réalité, il n’y a eu qu’un seul choix proposé par eux, puisque rester dans le droit commun ne faisait pas partie des choix possibles. Ils ne proposaient que le pouvoir autonome, en expliquant que c’était l’amorce d’un débat ; débat qui ne pouvait avoir lieu puisqu’ils n’admettaient que leur point de vue. Ceux qui osaient ne pas penser comme eux étaient déclarés dépassés, archaïques, oxydés… avec toutes sortes de propos, à la limite discourtois et insultants. Ce qui m’a le plus étonné, c’est que l’intervenant parlementaire est, je le répète, sénateur de la République française. Pour mieux influencer ses amis élus locaux (peu convaincus par la tournure posturale qu’ils sont dans l’obligation d’adopter), il s’appuie sur les parlementaires métropolitains. Je le cite : « Nos 17

collègues métropolitains (qui jusque-là sont considérés toujours comme des colonisateurs par les élus de gauche de la Martinique) en sont tellement convaincus qu’ils n’ont jamais tant débattu qu’actuellement des problèmes posés par la décentralisation (sans pour autant être aussi excessifs à l’égard du Gouvernement puisqu’ils n’ont pas rejeté dans l’une de leurs plénières la décentralisation comme l’ont fait les assemblées régionale et générale de la Martinique). » Le sénateur feint d’oublier tout ce qui est dit, ici, contre les métropolitains par des élus. Ils ne veulent plus des pouvoirs français, ces pouvoirs doivent être domiciliés, rapatriés à la Martinique ; ledit pouvoir est « embastillé à Paris » (voici quelques-unes des réflexions « révolutionnaires » de futurs roitelets). On peut dire que ce sont des réactions épidermiques, mais tout de même, s’appuyer sur les parlementaires métropolitains qui ne rejettent ni la départementalisation ni le droit commun ne me paraît pas objectif, puisque le sénateur martiniquais lui, demande son autonomie à la France. Son exemple est caduc : depuis, les Antillais ont rejeté ces propositions d’autonomie, mais les élus autonomistes et indépendantistes martiniquais reviennent à la charge, grâce au gouvernement de Jacques Chirac. Et pourtant, au même instant, le parlementaire député-maire de la ville de Fort-de-France adresse un courrier au Premier ministre Fillon, en date du 20 mai 2008 – je rappelle que ce monsieur est un autonomiste invétéré, qu’il ne jure que par l’autonomie de la « nation martiniquaise » quoique la Martinique soit toujours un département ; mais s’il considère qu’on peut appliquer le mot nation à un département, laissons-lui la responsabilité de cette opinion. Dans sa farouche détermination à parvenir à l’autonomie, il demande, dans ce fameux courrier au Premier ministre, de lui indiquer les initiatives que le Gouvernement compte prendre afin de permettre que l’œuvre d’Aimé Césaire retrouve sa place dans l’enseignement… Étonnant quand on sait que M. Aimé Césaire a mené avec acharnement une lutte de chaque instant contre, comme disent certains à la Martinique, « le colonisateur français » ; aujourd’hui encore le député exige l’autonomie de ce département, mais voudrait que ledit colonisateur inscrive dans les programmes de français de la République les œuvres d’Aimé Césaire ! C’est à n’y rien comprendre. Cette posture ambiguë me perturbera toujours. Ils rejettent l’autre, mais voudraient que cet autre fasse étudier aux jeunes Français les textes de quelqu’un qui a toujours combattu la France. Le député-maire de Fort-de-France veut éliminer la départementalisation, mais demande que les petits métropolitains apprennent Césaire… Quelle contradiction ! On ne peut pas rejeter tout ce qui vient de la France et exiger d’être dans les manuels scolaires de celui qu’on rejette. Je prévois effectivement des actions de roitelets si la Martinique devenait autonome. J’ai déjà cité dans le tome I des actions précises telles que la désobéissance contre les lois de l’État, ou des décisions prises unilatéralement, sans l’accord du Gouvernement. Ils ne s’arrêteront pas là. Un exemple significatif : les indépendantistes ont décidé d’instaurer une date 18

commémorative de l’abolition de l’esclavage, ce qui n’est pas choquant ; mais que ne feront-ils pas quand ils seront à la tête de leur assemblée autonome ? Sans vouloir faire un quelconque procès d’intention, j’ai l’impression qu’ils s’attaqueront aux symboles forts de la République, comme par exemple ses dates commémoratives telles que le 14 Juillet, le 11 Novembre, le 8 Mai et tout ce qui nous lie à la France. Alors que nous sommes un département français, ils ont déjà envoyé des signaux forts en ce sens : l’emblème de la République, le drapeau tricolore ne flotte plus sur le fronton de certaines collectivités telles que le conseil régional et certaines mairies. Les petits rois (roitelets) en ont décidé ainsi. On a assisté à des actions politiciennes discutables, au cours desquelles les nationalistes ont forcé physiquement à la fermeture des hypermarchés pour leur fameuse date de commémoration, le 22 mai. On voit bien que la démocratie et la liberté d’agir, de faire et de penser ne font pas partie de leur vocabulaire. Si, alors que nous sommes un département français, ils contraignent autoritairement les commerces à fermer, je vois mal ce qui les arrêtera une fois devenus autonomes. Il y a encore plus fort : la justice a condamné un directeur de banque pour s’être indûment servi des fonds de la banque pour un bénéfice personnel ; on lui demande de rembourser à la banque douze millions d’euros. À quoi la Martinique a-t-elle assisté ? L’homme s’est installé devant la banque qu’il dirigeait, entamant une grève de la faim, soutenu activement par une télévision locale plutôt indépendantiste. On a vu une pétition de soutien signée par des parlementaires autonomistes et indépendantistes suivis par d’autres élus, sous les feux des médias. Notre ex-directeur, pourtant de droite, a obtenu gain de cause : au lieu de douze millions d’euros, la banque ne lui réclame plus que neuf cent mille euros. Du coup, les employés de cette banque se sont mis en grève pour protester contre cette incroyable largesse faite au directeur indélicat. Ce qui signifie que même les décisions de justice ne seront pas respectées et appliquées dans l’autonomie. Il suffira que les nationalistes fassent pression sur l’entreprise et sur la justice. Voilà le comportement des futurs roitelets. Les Martiniquais en verront beaucoup plus. C’est l’un des motifs, parmi tant d’autres, pour lequel je ne ferai pas confiance à ces dirigeants politiques dans l’autonomie. Nous, Martiniquais, savons pertinemment qu’il régnera une sorte d’anarchie où les puissants feront les lois au fur et à mesure de leurs intérêts propres. Nous craignons que cette île se balkanise, que chacun devienne intolérant. Ceux qui croient que l’autonomie apportera plus de solidarité et du travail pour tous se trompent. Il existera une espèce de loi du plus fort, une organisation de clans. Si la drogue circule déjà en grande quantité dans notre département, si des délinquants sont mis en prison pratiquement tous les jours, si des armes se trouvent si facilement, qu’en sera-t-il une fois que nous serons devenus autonomes ? Les familles ne sortent plus le soir, les restaurants se vident, les voyous armés sillonnent notre île à la recherche de mauvais coups. Si leurs raids 19

se terminent aux urgences du CHU de la Martinique, où les bagarres s’achèvent parfois à coups de feu, si, bien souvent, le silence de la nuit est brutalement interrompu par des chasses aux truands par la brigade anti-criminalité (la BAC) ou par les hélicoptères de la gendarmerie, munis de puissants projecteurs – si en plein jour on voit les policiers et les gendarmes armés jusqu’aux dents rechercher des malfrats, que deviendrons-nous lorsque l’on poursuivra les uns et pas les autres, selon les protections et les connivences ? Dans ce contexte déjà dangereux pour la vie des anonymes, pendant que cette insécurité prend de l’ampleur, pendant que le chômage gangrène la société, les élus autonomistes et indépendantistes n’ont rien d’autre à faire que de se disputer, à qui sera le premier à devenir président du territoire autonome de la Martinique. La violence extrême ne les concerne pas. Nos jeunes s’entretuent, des adultes se font agresser ou abattre pendant que nos élus consacrent beaucoup de temps à leur autonomie contre la France. L’évolution institutionnelle est leur priorité absolue. Ils sont pris dans une telle aspiration de pouvoir que la population martiniquaise est laissée dans un tourbillon de violence et d’incompréhension. Notre vie quotidienne sera forcément encore plus bouleversée dans un statut d’autonomie. Seuls les élus demandeurs n’arrivent pas à l’imaginer. Pourquoi ? Parce qu’ils se prennent pour des surhommes, des messies.

La révolution élitiste à la Martinique
(Écrit le 6 mai 2004) Comment ne pas s’attarder sur cette entreprise élitiste qui depuis des années vise à diriger la Martinique vers un destin sans issue pour le petit peuple ? Le but ultime est la prise du pouvoir par une oligarchie locale, avec le retrait en douceur de la France. L’approche de la consultation de décembre 2003 a mis tout ce beau monde dans une excitation sans précédent. Chacun se prépare, suppute, tâte la résistance de l’autre… On attaque ceux qui risquent de mettre à mal l’entreprise intéressée, car, bien sûr, qui dit pouvoir dit gros sous, grosses indemnités multipliées par trois ou plus, et, en manœuvrant bien, plus aucun contrôle de l’État français. Et nos élites ont de gros besoins ; pour elles, le pouvoir s’assortit d’un train de vie et d’un confort à la hauteur de leur grandeur et de l’histoire. L’idée de toujours, c’est de transformer la société martiniquaise, sans forcément avoir un projet de société nouvelle, sans prévoir de développement économique. En lieu et place d’une réflexion personnelle innovante et sérieuse, ils se contentent de proposer des modèles dépassés, venus d’ailleurs et qui ont échoué partout, en créant des tyrannies et de la misère. Ils n’approfondissent jamais 20

d’ailleurs la présentation de leur plan parce qu’ils n’y ont pas sérieusement réfléchi et que rien de solide n’a été imaginé : aucun professionnel de l’économie – entrepreneurs, professeurs, techniciens – ou si peu, n’a été consulté. Pour amuser le peuple et éviter les vraies questions sur le quotidien qu’ils nous improviseront, ils disent qu’ils imposeront le créole dès la maternelle et jusqu’en faculté. Tout cela sans concertation. Mais, avec, en but non avoué, l’exclusion de tous les non-créolophones. La xénophobie s’installe clairement. Prenons le cas d’un principal de collège d’une petite commune de l’intérieur de la Martinique que l’un de nos journalistes plutôt nationalistes attaque dans son journal. Le principal – blanc – a un problème de relation avec un autochtone. L’affaire a pris de telles proportions et les propos tenus sont tellement forts qu’il ne peut que s’agir de racisme. Ce cas n’est pas isolé, mais tout le monde minimise, tant que c’est un Noir qui attaque un Blanc.

Tous les prétextes seront bons pour exclure
(Écrit avant le 7 décembre 2003) Les emplois occupés par des métropolitains sont déjà remis en cause dans les pseudo-projets. On oublie que cette pratique de discrimination positive, dès lors qu’elle sera légitimée ici, pourra jouer également en notre défaveur sur le reste du territoire national français. Ce dans tous les domaines, et notamment dans les facultés en métropole. Nous, Martiniquais, risquons de faire les frais de ces annonces et pratiques douteuses. Faut-il rappeler qu’il y a plus de deux cent mille Martiniquais en France ? Le repli identitaire est l’indice d’un vrai malaise de société, et fermer la porte aux autres n’est pas la bonne solution ; cela ne peut constituer un programme de gouvernement viable. Le plus incompréhensible, c’est que ceux qui distillent ce venin parlent d’universalité, d’échanges, de rencontres avec l’autre. Ils se frottent déjà les mains tellement ils sont pressés de prendre leur revanche dérisoire sur le « colonialiste » et les postes qu’il occupait. Il est fort possible que, si le « oui » l’emportait lors du référendum de décembre 2003, je sois qualifié de manière désagréable, ne serait-ce que parce que j’ai une vision très négative des hommes qui dirigeront la nouvelle collectivité. Tout ce que nous avons pu entendre lors du fameux congrès, dit par ces mêmes hommes, et ce qu’ils ont éludé (l’économie et le projet de société), les dérives de tous ordres, tout cela nous donne vraiment à réfléchir. Je crois que les rapports deviendront insoutenables pour ceux qui ne partagent pas l’insouciance et la xénophobie. Ces mêmes hommes qui dénoncent Le Pen, ses idées, ses 21

comportements, agissent comme lui, emploient ses idées, ses principes et ses arguments !

Des élites avides de pouvoir
Qui sont-ils ? Ce sont des gens bien sous tous rapports qui ont pour la plupart bien réussi leur scolarité – donc profité des apports de l’État « colonialiste » – et qui occupent des postes importants (dans les lycées, collèges et facultés, dans la communication, dans les professions libérales) grâce à Lionel Jospin qui a su placer ses pions. Ils sont tous à bac +++, mais ils prétendent que l’enseignement – celui qui les a faits – ne convient pas à des petits Antillais et veulent transformer, limiter, refermer l’accès à la connaissance universelle. Avec des gens moins formés, il est clair qu’on manipule mieux. Pour eux, en revanche, ils veulent toujours plus : plus de postes, plus de pouvoir, plus de responsabilités sans entraves. Comme Gargantua, ils dévorent méthodiquement les honneurs et les avantages. Ils ne reculent devant rien, les amis, les copains servent de marchepieds, à charge de revanche. Comme le pouvoir est lié à l’argent, certains peuvent penser que c’est seulement l’argent qui les motive. Mais il y a plus : le prestige, l’influence, l’autorité. Et le pouvoir rend fou, même quand on s’en approche seulement (voir les dérives langagières). Si certains gardent une conscience, ils sont une minorité.

Des nantis révolutionnaires
Il s’agit de fonctionnaires à 80 %, avec de bons postes, des enseignants qui n’ont jamais hésité à s’absenter au bénéfice de leurs activités politiques, sans songer que leurs absences répétées pouvaient contribuer à l’échec scolaire. Mais ils dénoncent l’absentéisme quand ils sont installés au pouvoir. De même, les professeurs de faculté interprètent les textes à leur manière et sous couvert d’informer la population sur l’évolution statutaire, font de la politique partisane, alors même qu’ils se devraient d’être neutres en public. Mais tous vont manifester dans les rues pour ne pas perdre leur titre de fonctionnaires d’État. Visiblement, devenir fonctionnaires territoriaux, être gérés par eux-mêmes ne leur convient pas. Ils ne veulent pas que leur carrière soit gérée sur place, que leur salaire soit dépendant du pouvoir local. Ils ne veulent pas renoncer aux 40 %, aux garanties salariales, à l’avancement encadré, aux stages en métropole. Et beaucoup encensent le modèle cubain sans voir son totalitarisme et critiquent les programmes venus de métropole. 22

Ces privilégiés ont le ventre bien rempli, voyagent, vivent à l’aise dans un pays de liberté, et ils refusent de voir la misère qui nous environne. Lorsqu’ils auront pris le pouvoir, ils assurent que nous garderons tous les avantages, sans dire comment ils réussiraient ce tour de force, vu l’absence de ressources naturelles de notre île, ni comment ils maintiendraient la démocratie et ses valeurs. Ils n’hésitent pas à entraîner la masse vers l’aventure pour avoir, eux, leur part du gâteau. D’ailleurs, si les choses allaient mal, ils ont les moyens et les diplômes pour partir, dans un territoire resté démocratique et égalitaire. La seule chose qui les motive, c’est de placer les leurs, avec ou sans diplôme(s), et d’avoir le pouvoir. Peu importe si nous devenons une république bananière.

Ils veulent leur révolution culturelle
Leur projet, c’est de contrebalancer la culture française (dont ils sont nourris) avant de l’effacer. Pour mettre quoi ? Ce n’est pas très précis, mais ce qui ressort, c’est l’enfermement sur nous-mêmes, le SMIG culturel. Alors que le créole est une langue orale, non fixée par des règles (voir les controverses des intellectuels), avec peu de textes, variable d’une île à l’autre, certains prétendent en faire la langue nationale, base de tous les autres enseignements. Alors que la mondialisation et notre environnement voudraient que l’anglais, l’espagnol, le portugais … deviennent des priorités, à côté du français ! On imagine mal l’école qu’ils proposeraient à la masse, mais on pressent bien que leurs enfants bénéficieraient du lycée français pour former les élites futures. Que deviendraient les jeunes sortis du système scolaire créole qui voudraient intégrer des facultés en France métropolitaine ? Seront-ils obligés de passer un concours et de subir une humiliante mise à niveau de plusieurs mois avant d’être acceptés à concourir ? Quel serait le programme de créole, d’histoire, de physique, de mathématiques, de philosophie ? Que garderait-on et que rejetterait-on pour retrouver notre « dignité » ? C’est la seule présence française qui est rejetée. Déculturation, acculturation, génocide… voilà des mots qui refleurissent sporadiquement et qui sont le fonds de commerce de gens mal intentionnés et sans projet pour leur pays. Chassons la France, les métropolitains, tout ira mieux. Discrimination positive, exclusion de l’autre, ce n’est pas la dignité, c’est du racisme tout simplement. Et c’est ça, l’ambition de nos élites !

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Le débat actuel sur l’évolution institutionnelle est un faux débat
Pour comprendre cette rage de changement institutionnel dans les DFA, plus précisément aux Antilles, pour bien comprendre ce désir, il faut remonter à la traite qui conduisit en esclavage des Noirs africains, sur les terres d’Amérique. On ne peut remettre en cause la douleur extrême de cette diaspora forcée. Cette douleur, on la retrouve partout, aux États-Unis, en Amérique centrale et latine, dans les grandes et petites Antilles. Donc, dans l’ensemble du bassin caribéen. Comme l’histoire nous le montre, cet esclavage a produit une rare violence, qui débute sur la terre africaine, où les plus pacifiques se voyaient pourchassés par leurs propres frères africains et embarqués à Gorée3, ou ailleurs sur les côtes, pour un voyage sans retour. Ce marché terrible était alimenté par des pratiques ancestrales, mais surtout par la demande forte des Européens ; les Arabes n’ont pas laissé passer cette occasion de s’enrichir eux aussi. Habitués des razzias, ils pillaient, tuaient, convertissaient et vendaient dans toute la péninsule arabique, la Turquie et l’ensemble des pays arabes cette main-d'œuvre gratuite. Les Européens, animés par un souci de développer au plus vite les Antilles et de rentabiliser les terres octroyées par le roi, ont voulu produire massivement, rhum, sucre, indigo, tabac… La main-d’œuvre esclave fut exploitée férocement, son humanité niée. Les Africains furent transportés comme des marchandises, jetés par-dessus bord en maintes occasions et accablés de sévices et de tâches inhumaines.

La traite négrière et l’esclavage marquent toujours les esprits
Que ce passé de violence et de crimes contre l’humanité impunis, que ces humiliations quotidiennes dans le travail forcé laissent des traces dans les esprits, cela se conçoit et se voit chez nous. On ne peut oublier, d’autant que l’on n’a pas eu de dédommagement, ni même d’excuses véritables. Ici, en Martinique, les descendants des esclavagistes, « les békés », continuent de profiter de leur position dominante (terres, fortune, entreprises, etc.) et vivent volontairement dans un semi-apartheid. Et les populations descendantes

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Îlot côtier du Sénégal à 4 km de Dakar qui fut l'un des principaux centres de départ des Africains razziés

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d’esclaves ont l’impression que la France maintient les clivages – en tout cas, elle n’a rien fait contre. Les relations maîtres/esclaves, dominants/dominés n’ont guère changé en profondeur, de là le sentiment revendicatif diffus qui sous-tend nos relations sociales et qui les rend si explosives. Quel que soit le gouvernement en place, de droite (pendant vingt-cinq ans) ou de gauche (pendant trente ans), les relations békés/nègres sont immuables. Les premiers possèdent l’ensemble des richesses de la Martinique et restent à l’écart, sans geste significatif pour la masse ; les relations se limitent au monde du travail. Pour le pays, surtout pour les intellectuels, ce sont toujours des rapports de maîtres à esclaves. Aucun gouvernement n’a cherché à établir une situation plus égalitaire et la frustration s’amplifie. D’autant que la population a évolué, grâce, il faut le dire, à l’école de la République qui nous a permis de nous instruire, de connaître notre passé, de comprendre et de réfléchir. La France, seule parmi les autres États esclavagistes, a vraiment permis aux descendants d’esclaves de devenir des hommes libres et des citoyens responsables. L’Angleterre, l’Espagne, la Hollande et le Portugal n’ont pas favorisé une telle généralisation de l’instruction dans leurs anciennes colonies. Ce qui crée, paradoxalement, du mécontentement, et tourne, chez quelques intellectuels ou chez quelques révolutionnaires à la revendication permanente. Ils vivent en état d’insurrection mentale continue. La France n’a jamais compris ce profond malaise de la masse et cette rage chez quelques-uns.

Ce qui devait arriver arrive
Depuis de longues années, des intellectuels de tout bord font valoir ce devoir de mémoire, mais des idéalistes plus radicaux, inspirés par des doctrines révolutionnaires issues de l’ex-URSS et de notre voisin cubain, affichent des velléités de révolution culturelle et de révolution, tout simplement, relayés par ceux à qui la couleur de leur peau continue à poser problème. Leurs messages passent à tous les niveaux : éducation des historiens, radios, publicité. La France – l’autre bord – est désignée responsable de tous nos maux. Tous les moyens sont bons pour les séparatistes pour lancer leurs messages et la France qui n’a jamais su voir la profondeur du traumatisme leur fait la part belle. Nos déboires économiques, notre incapacité à organiser notre transport, notre mévente de la banane, les touristes qui nous fuient, c’est la France ! Il faut donc s’en séparer, retrouver notre dignité, nous gérer nous-mêmes. Avec quelles ressources ? Pas grave ! Rien ne vaut la dignité – fût-ce avec le ventre vide et un seul homme, un roitelet, pour nous gouverner. Bonjour les dérives ! Toutes les 25