La gauche ou Le malade imaginaire

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Quel avenir pour l'école ? Quelle offre de logement ? Quelle protection de la santé ? Comment lutter contre les discriminations ? Les questions sont aises, les réponses sont difficiles. Malade imaginaire, la gauche française est ronge par la division. Pour lui redonner du tonus, l'auteur propose de : revenir aux valeurs des âpres fondateurs (Jaurs, Mends-France, Proudhon) ; généraliser les réussites de Grenoble, Lille et Paris en matière d'innovation, de culture et d'emploi ; supprimer le cumulé des mandats...
Publié le : lundi 1 septembre 2008
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EAN13 : 9782296586451
Nombre de pages : 188
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Remerciements sincères à
Claude GARRIER, épris de justice et d’Afrique
et à Ariane NEVEUX pour la photo de couverture© L’Harmattan, 2008
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
9782296063921
EAN : 9782296063921Sommaire
Remerciements sincères à
Page de Copyright
Page de titre
LISTE DES AUTEURS
INTRODUCTION
REVENIR AUX SOURCES
CHAPITRE I - Jaurès ou la vertu de l’engagement
CHAPITRE II - Pierre Mendès France et l’éthique
de la vérité
CHAPITRE III - Proudhon ou l’économie solidaire
SATISFAIRE LES BESOINS FONDAMENTAUX
CHAPITRE IV - L’école de l’avenir
CHAPITRE V - Pour une santé durable
CHAPITRE VI - L’ascenseur logement
CHAPITRE VII - Comment lutter contre les
préjugés ?
PORTER LES NOUVELLES DYNAMIQUES
CHAPITRE VIII - La culture au cœur du
développement des villes
CHAPITRE IX - Paris, l’emploi à force de volonté
CHAPITRE X - Grenoble : l’innovation, l’emploi et
le progrès social
PARTAGER LES POUVOIRS
CHAPITRE XI - Une politique des entreprises
CHAPITRE XII - Plutôt que moins d’État, mieux
d’État
CHAPITRE XIII - L’émergence des pouvoirs
locaux
BÂTIR UN MONDE PLUS JUSTE
CHAPITRE XIV - Démystifier le capitalisme
financier
CHAPITRE XV - Pour un vrai co-développement
avec l’Afrique
CONCLUSION - 43 PROPOSITIONSLa gauche ou Le malade
imaginaire
Arthur NeuvilleLISTE DES AUTEURS
Louis BAGILISHYA
né en Afrique, économiste,
actuellement collaborateur d’une grande métropole
française
Olivier BÉNÉVENT
ENA, Ministère des comptes publics,
de la fonction publique et de la réforme de l’État
Hamou BOUAKKAZ
adjoint au Maire de Paris
Catherine CADOU
interprète de conférences et traductrice
Catherine CULLEN
adjointe au Maire de Lille, écrivain et traductrice
Geneviève FIORASO
députée, adjointe au Maire de Grenoble
Jean-Pierre GUÉRIN
professionnel des collectivités locales, élu local
Martial HERBLOT
collaborateur à la Mairie de Paris de 2001 à 2007,
en charge des questions économiques
Clara HOMBERT
cadre dans un organisme de logement social
Emmanuelle HOSS
avocate de formation, aujourd’hui collaboratrice du
Maire de Paris,
en charge des secteurs économiques
Clément LAYET
enseignant de philosophie depuis 2005
Jean-François PALENTE
haut fonctionnaireNicolas PASSANI
haut fonctionnaire
Christian SAUTTER,
ancien ministre, adjoint au Maire de Paris
François STASSE
auteur de « L’héritage de Mendès France » (Seuil
2004)
Henri VERDIER
ancien élève de l’École Normale SupérieureINTRODUCTION
CONNAISSEZ-VOUS MAGRITTE, ce peintre de la
réalité quotidienne qui introduit la vie dans la tension
existant entre l’œuvre et son titre ? À Tourneville, en
Normandie, où nous avons tenu des réunions
éditoriales passionnées, c’est une reproduction de sa
célèbre Pomme intitulée « Ceci n’est pas une pomme
» qui nous accueillait et veillait sur nos agapes
animées. C’est de ce lieu, devenu le berceau de notre
travail collectif, qu’est né le nom de l’auteur fictif de cet
ouvrage, Arthur Neuville, symbolisant notre désir de
faire œuvre commune. Comme la pomme de Magritte,
nous avons écrit ensemble : « Ceci n’est pas un
programme », encore moins une contribution ou une
motion pour le prochain congrès du Parti socialiste de
novembre 2008. Ce n’est qu’un cri d’espoir et de vie
pour réveiller les malades imaginaires que nous
sommes.
Au départ, les deux signataires de l’introduction ont
décidé de réagir, agacés par les atermoiements d’une
gauche passive, divisée et inaudible, alors que la route
ouverte par nos prédécesseurs est encore et
inlassablement à défricher et que les défis des temps
présents et à venir sont bien trop pressants pour nous
permettre de nous déchirer ou de « jouer perso ».
Nous avons donc réuni un groupe de seize hommes
et femmes engagés à gauche, en moyenne
quadragénaires, pour réfléchir ensemble et produire
un ensemble de propositions concrètes visant à
nourrir le débat sur la régénération de forces de
progrès, minées par des maladies intestines. Chaque
chapitre a été discuté par tous, mais chacun des
auteurs conserve l’entière responsabilité de son texte
et de ses suggestions.
Nous sentons une urgence à nous situer clairement
sur des valeurs de progrès et de solidarité,
confisquées par le chef de l’État et parfois négligées
par des dirigeants de gauche qui oublient le sens du
bien commun.
Le progrès est une valeur de gauche et notre
groupe a voulu se rassembler autour d’idées phares
dont l’éclat est aujourd’hui terni par des discours vidés
de sens. Il est temps que la gauche se tourne vers
l’éducation plutôt que la sélection par l’échec, la PME
innovante plutôt que la finance, l’esprit d’entreprendre
plutôt que la rente.La solidarité s’oppose à l’envahissant « chacun pour
soi » et à sa variante plus subtile, « l’entre soi ». Tous
n’ont pas les mêmes chances au départ de la vie, au
commencement de leur vie professionnelle, à l’accès
aux besoins fondamentaux de logement, de santé,
d’éducation, de culture. Chacun, s’il en fait l’effort, doit
être épaulé dans son parcours de réussite. Et la
gauche doit défendre, en priorité, les salariés
précaires, les exploités avec ou sans papiers, les
jeunes sans diplôme, les personnes discriminées, les
seniors sans emploi et sans retraite décente. Chacun
doit avoir une deuxième chance.
Nous, les deux animateurs, ressentions le besoin de
démystifier la mondialisation actuelle en lui opposant
systématiquement la valeur oubliée de
l’internationalisme. Cette globalisation financière n’est
pas une fatalité. Contrairement à ce que l’on veut
nous faire croire, il n’y a pas de lois naturelles de
l’économie, semblables à la loi de la gravitation
universelle (la pomme de Newton !). L’économie est le
fruit de l’histoire, de la société et du progrès
technique. La croissance des « trente glorieuses » a
élevé le pouvoir d’achat, accru les échanges
mondiaux, épargné pour mieux investir dans le
progrès technique.
Le despotisme sans règle qui caractérise aujourd’hui
le capitalisme mondial, dont la « folie » est dénoncée
par certains de ses meilleurs avocats, met la liberté
des échanges au service des plus forts et épuise les
richesses de la planète dans une perspective de profit
à courte vue. Cette folie peut aller jusqu’à la guerre,
quand une oligarchie convoite des ressources (de
pétrole) de plus en plus rares. Principe de paix et
d’action commune, l’internationalisme doit être, plus
que jamais, le visage d’une gauche engagée.
Nous n’acceptions pas le discours dominant selon
elequel, en France, en ce début du XXI siècle, il n’est
possible que de détruire les acquis du passé, sous
peine de périr dans une compétition impitoyable. Nous
croyons qu’il est possible de réagir et d’agir, de
résister et de conquérir, à condition d’éviter de tomber
dans l’un des deux travers qui sont les fossoyeurs de
la gauche. Celui de la révolution autoproclamée,
d’abord, qui permet le confort de grands discours
radicaux, laissant toute latitude au système de
poursuivre sa route chaotique et oppressive. Celui de
la gestion limitée, ensuite, qui, après quelques
protestations vertueuses, se satisfait du traintrain de
l’existant.
Comment résister à la pression d’un systèmemondial, quand la France, avec 1% de la population
mondiale, est exposée à la compétition des continents
américain et asiatique ? Comment résister à un
discours omniprésent et omniscient proclamant que,
depuis la chute du communisme, il n’est d’autre avenir
que celui décrit par la propagande libérale ? Comment
retrouver la liberté de penser et la volonté d’agir ?
Nous avons donc rassemblé ce groupe d’amis et de
complices qui croient tous, fermement, que la situation
est grave, mais pas désespérée. Nous nous sommes
imposé de revenir aux sources des visionnaires, les
grands prophètes du socialisme et de la République
(Jaurès, Mendès France, Proudhon), et de réfléchir
aux leçons des formidables bâtisseurs que furent les
membres du Conseil National de la Résistance, dont le
seul objectif était Le Bien Général. C’est à l’aune du
bien général que toutes les politiques devraient être
mesurées. À cette aune, sont systématiquement
condamnés les lobbies, chapelles politiques et lois de
circonstance qui pourrissent la vie commune. Adieu
les « niches » de toutes sortes et les féodalités de
plus en plus puissantes qui paralysent la pensée et
même l’imagination. Autrefois facteurs de progrès
pour tous, les fameux acquis sociaux sont devenus
des épouvantails agités par tel groupe contre tel autre.
Quand le sens des mots est détourné au sommet de
l’État, il est naturel que la morale et le moral partent à
la dérive.
Nous avons voulu dire notre ras-le-bol et proposer
des projets précis, décrypter le charabia des paroles
habiles et creuses, dénoncer les fausses solutions et
débrouiller les écheveaux juridiques, énoncer des
règles claires. Un exemple nous semble, à tous deux,
cardinal : pourquoi le cumul des mandats est-il une
pratique exclusivement française ? Le non-cumul
absolu est une urgence qui permettra de vivifier le
tissu politique et rééquilibrer les pouvoirs. Un autre
exemple : la complexité des catégories de logements
sociaux engendre une opacité qui bénéficie aux «
combinards » et introduit la confusion entre logement
d’urgence et logement social… laissant, une fois de
plus, le champ libre aux « spécialistes ».
En regroupant des hommes et des femmes
engagés dans l’action, nous voulions partir de
l’expérience de terrain pour suggérer des
améliorations de la gestion publique au service d’un
bien commun redéfini et revigoré.
Par ailleurs, et ce n’était pas la moindre de nos
motivations, nous avons tous voulu exprimer notre
fierté d’être de gauche. La passion politique n’est pas
forcément vouée à l’échec ou uniquement génératricede profits personnels. Nous avons exploré sans peur
et sans calcul un champ de propositions s’inscrivant
dans une perspective cohérente. Nous voulons tous
une société diverse et dynamique, où les besoins
fondamentaux de chacun sont reconnus et traités
avec le respect qu’ils méritent.
En fait, il fallait retrouver le chemin du respect. Nous
avons écouté et entendu cette revendication première
des hommes et des femmes de ce pays, en particulier
des jeunes des banlieues : le droit au respect. Ils nous
montrent le chemin d’une société telle qu’elle devrait
être. Cette revendication vaut pour tous et partout : à
l’école, à l’hôpital, dans l’entreprise, chacun a droit au
respect et le déni de ce droit fondamental est la
source des disfonctionnements les plus patents du
système.
Nous avons donc affronté le système économique
actuel et lui avons appliqué le Principe de la Pomme :
« Ceci n’est pas un paradis ». Ce n’est pas parce qu’il
n’y a pas d’alternative qu’il faut accepter, tel qu’il est,
un système capitaliste dont la pratique actuelle est
injuste et dangereuse et dont les valeurs sont
contraires à celles que nous chérissons. La liberté du
plus fort n’est pas la liberté de tous. L’inégalité des
revenus et des richesses n’est pas l’égalité des
chances à laquelle a droit tout enfant à sa naissance.
L’individualisme exacerbé nie la nécessaire fraternité
entre tous les hommes de tous les pays.
Ce système déploie toutes les séductions de
l’innovation, récupérant ainsi la valeur du progrès qui a
toujours été au cœur du socialisme. Il permet à de
nouvelles classes moyennes de travailleurs qualifiés
d’apparaître dans les grands pays émergents que sont
la Chine, l’Inde ou le Brésil. Mais on ne peut occulter
que, dans sa variante présente, celle du capitalisme
financier, le système économique hégémonique
accentue les inégalités jusqu’à un point de rupture. Sa
logique de profit à courte vue épuise les ressources de
la planète et compromet l’avenir de l’humanité.
Mais nous ne tombons pas dans l’excès inverse : «
Ceci n’est pas un enfer ». Une économie humanisée
est possible à condition de s’appuyer sur quelques
leviers qui ont fait leurs preuves. L’entreprise est,
eaujourd’hui comme au XIX siècle, la pierre angulaire
du système économique et social. Nous nous
étonnons, tous deux, que le projet de nouvelle «
Déclaration de principes du Parti socialiste » n’y fasseaucune référence. Les regards tournent autour de
cette réalité incontournable sans l’effleurer.
L’entreprise, c’est le « ça » des socialistes : elle est
aux socialistes ce qu’était la sexualité pour la
bourgeoisie au temps de Freud. On y pense tout le
temps sans en parler jamais. C’est pourtant là que se
forme la valeur, valeur financière pour les libéraux,
valeur travail pour nous. C’est principalement là qu’elle
est répartie, l’État n’intervenant que dans un second
stade pour corriger la distribution des revenus et
organiser les services publics.
La France a besoin d’entreprises dynamiques pour
jouer jeu égal dans la compétition mondiale. C’est
l’effort de recherche, public et privé, d’enseignement
supérieur, qui déterminera la place de notre pays.
Notre opposition au capitalisme financier n’est pas
incompatible avec le respect que nous portons à
l’entrepreneur qui combine du travail, de l’épargne et
de l’innovation pour produire de nouveaux biens et
services, destinés à se répandre soit sur le marché
mondial soit sur le marché local. Ce que nous
dénonçons tous deux, c’est le despotisme des fonds
de retraites, d’Amérique et d’ailleurs, qui poussent à
une rentabilité toujours plus élevée de leurs capitaux.
Ce que nous dénonçons tous deux, c’est la
perversité des spéculateurs qui font tourner l’argent au
casino planétaire et accaparent une fraction excessive
de la richesse créée par les entreprises.
Des entreprises toniques ? Oui, mais humanisées
de quatre façons :
• par la création d’une comptabilité en
emplois. La masse salariale ne résume pas la
valeur d’une main-d’œuvre. Le nombre et la
qualification des salariés méritent une
meilleure place qu’un petit coin du rapport
social.
• par la modulation des prélèvements publics
selon l’accroissement ou l’affaiblissement du
capital humain. Une entreprise qui recrute et
forme ses salariés paierait moins d’impôts et
de cotisations. Les start-ups et les PME
innovantes seraient enfin favorisées.
• par le renforcement de la présence
syndicale. La social-démocratie suppose un
contre-pouvoir syndical puissant et uni. Les
représentants du personnel pourraient être
tous élus le même jour et être présents dans
les conseils d’administration, comme lerecommandaient le programme du Conseil
National de la Résistance (1944) et le rapport
Sudreau (1975).
• par la promotion de l’économie sociale et
solidaire, fondée sur les valeurs coopératives
et mutuellistes chères à Proudhon, pour
employer les exclus et explorer les marchés
insuffisamment rentables des services à la
personne et du développement durable.
De l’économie sociale et solidaire, il est naturel de
passer à la société. La France vit derrière un paravent
commode, celui de l’égalité formelle entre ses citoyens
dont les droits sont inscrits dans la Déclaration des
Droits de l’Homme et du Citoyen. Mais « ceci n’est ni
l’égalité ni la fraternité ». La France vit dans une
hypocrisie qu’il faut dévoiler et corriger. Et nous ne
pouvons faire grief au seul système économique de
cette hypocrisie. Elle est enracinée dans un système
social qui discrimine jusqu’à la ségrégation.
Commençons par l’école, qui est sur la ligne de
front de la lutte contre la misère matérielle et morale.
Dans les quartiers les plus difficiles, sont envoyés les
professeurs les plus inexpérimentés, qui doivent
enseigner des programmes rigides et abscons, avec
pour résultats que tant de jeunes deviennent
inemployables et que tant d’autres sont aliénés par
une publicité marchande qui les prive de citoyenneté.
De nombreuses propositions sont présentées ici, dont
l’envoi de professionnels du soutien scolaire dans les
quartiers difficiles et un enseignement de la
philosophie dès la fin du collège. Nous croyons en
l’École publique pour former des citoyens critiques et
constructifs. Nous pensons qu’il faut modifier la
formation des enseignants.
Le droit au logement vient d’être reconnu comme un
droit opposable, et c’est une décision tardive mais
juste. Mais cette annonce restera vide de sens tant
que les logements sociaux seront trop peu nombreux,
mal répartis et mal occupés. Il faut refonder un
parcours résidentiel, qui commence par un logement
social, se poursuit par un logement intermédiaire et
débouche sur une accession sociale à la propriété.
Cela conduit à ce que les occupants qui ne
remplissent plus les conditions pour résider en
logement social, paient un surloyer qui aligne leur
quittance sur le prix du marché.
L’assurance-maladie n’est pas le gouffre financier
que certains ont plaisir à dénoncer, mais un
investissement qui débouche sur plus de croissance etplus de bien-être. Au lieu de culpabiliser les citoyens,
accusés d’abuser de la Sécu et surchargés de
franchises et autres frais de lunettes et de dentition,
une politique de gauche doit être axée sur la
prévention et sur la proximité (dispensaires et aide à
domicile des personnes âgées). La bonne gestion est
nécessaire, mais n’empêchera pas la consommation
médicale de croître. C’est pourquoi cet investissement
social doit être financé par la contribution de tous les
revenus, y compris ceux du capital et aussi par la
fiscalité sur l’héritage.
Loin d’être un luxe de seigneurs ou d’oisifs, la
culture est, elle aussi, un investissement dans l’avenir.
Elle est le quatrième pilier du développement durable
(avec l’économique, le social et l’écologique). Elle
génère des industries culturelles dynamiques. Les
ambitions culturelles de Lille et de Barcelone ont eu
des retombées touristiques et économiques
incontestables. Encore faut-il que la culture soit
partagée par tous et pénètre tous les quartiers d’une
ville vivace. Et que tous les enfants, particulièrement
les plus déshérités, aient un véritable accès à
l’enseignement artistique.
Le plein emploi, le bon emploi, celui qui est durable
et qui respecte les qualités des personnes, est la
boussole de tout projet de progrès, comme Paris a
voulu le montrer. Il est impossible de se résigner à voir
se multiplier les emplois précaires, les travailleurs
pauvres, les exclus, les sans-papiers traités comme
des sans-droits. Quand la gauche de gouvernement
se borne trop souvent à défendre les travailleurs «
statutaires » (agents du service public et salariés de
30-50 ans des grandes entreprises), elle oublie la
masse croissante des « précaires ». Dans le jeu
capitaliste actuel, les hasards, les aléas sont de plus
en plus fréquents et importants et, tel le choc frappant
des boules de billard, c’est la dernière en ligne qui est
violemment chassée. Les entreprises créeront
davantage d’emplois si la fiscalité modulée, évoquée
plus haut, est mise en place. Encore faut-il que tous y
aient accès. Nous pensons, tous deux, que l’on ne
peut faire l’économie d’une politique
d’accompagnement des exclus, de protection des plus
faibles, de régularisation des étrangers occupés
quoique sans papiers.
Comment empêcher que discrimination rime avec
ségrégation ? Comment éviter que les personnes en
situation de handicap soient reléguées dans des lieux
particuliers, parfois avec les meilleures intentions du
monde ? Comment éviter la génération peu spontanéedes ghettos où les plus pauvres, les étrangers sont
reclus ? Il faut une approche radicalement neuve du
handicap. Au lieu d’être source d’exclusion, « l’autre »
peut devenir une source d’enrichissement des
échanges. En fait, la langue des signes et le braille
peuvent être de formidables outils d’apprentissage
pour tous, d’ouverture sur la diversité. Elles devraient
donc être enseignées à tous les enfants pendant
l’heure de la cantine. Nous pensons que, comme en
Suède, les discriminés doivent loger au milieu de la
cité. Le débat fut vif sur les statistiques ethniques, et
nous deux y sommes favorables, après réflexion, car
nous rejetons l’hypocrisie.
Pour finir, abordons le domaine politique pour
constater que « Ceci n’est pas une démocratie réelle
». Un travers français, de droite et de gauche,
consiste à régler tous les problèmes par la
promulgation d’une nouvelle loi. Mais il y a un domaine
où il est impératif de légiférer : c’est celui du mandat
unique de chacun des élus. Nous pensons tous deux
que le mandat unique ne doit pas concerner que les
parlementaires. Jaurès a démontré que l’on pouvait
être parlementaire à plein temps sans perdre le
contact avec le « terrain » des luttes sociales. Toutes
les démocraties, sauf la nôtre, fonctionnent selon ce
principe de l’incarnation du bien commun par des
personnalités qui consacrent tout leur temps de travail
à leur mandat unique qu’il soit national, européen,
départemental ou municipal. Sans ce mandat unique,
il n’y aura ni renouvellement du personnel politique ni
véritable parité au bénéfice des femmes et des
discriminés. Il n’y aura pas d’équilibre des pouvoirs
entre l’exécutif, le législatif, le judiciaire. Si les
commissions parlementaires ne tournent pas à plein
temps, il n’y aura jamais d’évaluation sérieuse de la
politique menée par l’État. L’exemple de la
commission sur le procès d’Outreau montre ce dont
sont capables nos députés quand ils se consacrent
pleinement à la tâche pour laquelle ils ont été élus.
Ce préalable étant posé, nous avons cherché à
pousser la réflexion dans le sens de la vérité et de la
simplicité.
La vérité, c’est celle de Jaurès s’engageant à fond
pour pallier les conséquences sociales de la première
révolution industrielle, défendant les ouvriers de la
mine ou de la verrerie, les ouvrières du textile, les
petits fermiers exploités, les fonctionnaires privés du
droit de grève. Aujourd’hui, la troisième révolutionindustrielle est en marche et les exploités ne sont plus
les mêmes. Ils sont parmi les « précaires » de
l’industrie et des services.
La vérité, c’est celle de Mendès France, qui voulait
rendre à l’État sa légitimité démocratique par la
pratique de la vérité : la vérité des faits, la vérité des
projets. La gauche ne sera crédible que si elle expose
sans fards la difficile réalité économique et sociale de
notre pays. Elle ne sera enthousiasmante que si elle
présente des projets ambitieux mais inscrits dans les
contraintes de finances publiques en berne.
La vérité, c’est celle de Proudhon, qui a refusé
l’exploitation des travailleurs des premières
manufactures et qui a tâtonné pour trouver une
synthèse entre l’économie et la liberté. Écrasé par les
ricanements des marxistes, il resurgit avec son utopie
d’une société fondée sur la coopérative de production
et la mutuelle de protection.
La simplicité, c’est ce dont le citoyen a vraiment
besoin pour se retrouver dans le labyrinthe d’autorités
enchevêtrées, dont la complexité est génératrice
d’arbitraire ou d’influences occultes de puissants
groupes de pression. Soulignons-en trois dimensions.
La première est la réforme du statut de la fonction
publique, devenu un maquis juridique inextricable où la
protection de corps particuliers l’emporte souvent sur
le service du public. La proposition est de revenir à
l’esprit du Statut issu de la Libération, qui distinguait le
mérite, instituait la mobilité dans l’intérêt du service et
variait selon la pénibilité des tâches accomplies. Ce
retour à Maurice Thorez permettrait, par exemple, de
nommer plus facilement dans les quartiers les plus
difficiles, les policiers ou les enseignants les plus
qualifiés, jeunes ou anciens, mieux payés.
La deuxième est la clarification de la
décentralisation selon le principe : une collectivité, une
responsabilité, un impôt. Les régions consacreraient la
taxe professionnelle au développement économique.
Les départements, l’impôt foncier à la politique sociale.
Les communes, la taxe d’habitation aux services
publics de proximité. Les députés, qui ne seraient plus
liés par des mandats locaux, devraient mettre en
place une vraie péréquation : plus de dotations de
l’État aux collectivités les plus en difficulté et faisant le
plus d’efforts ; et moins de crédits aux collectivités qui
ont un fort potentiel fiscal et traînent les pieds pour
construire des logements sociaux.
Dernière simplification : nous pensons quel’implication des citoyens dans les choix publics et
dans le fonctionnement des services collectifs n’est
qu’une complication apparente. Elle peut éviter bien
des sottises et améliorer l’efficacité du service public.
Elle sera d’autant plus facile lorsque les habitants
auront compris « qui fait quoi » parmi les multiples
responsables qu’ils côtoient.
Sans vouloir ni pouvoir couvrir tous les sujets, nous
avons jugé indispensable de sortir de l’Hexagone et
nous avons découvert, là aussi, des marges de
manœuvre assez remarquables. La France ne peut
ignorer les tourments du monde, la montée criante
des inégalités, l’instabilité croissante du capitalisme
financier, le gaspillage inquiétant des ressources
naturelles. Nous argumentons sur trois devoirs.
Le premier devoir est de résister et conquérir, dans
le cadre de cette globalisation financière qui nous est
imposée.
Résister en plaidant pour une plus grande stabilité
du système, à défaut de la paix universelle, par le
biais de la taxation, au moins européenne, des flux
financiers à très court terme. Ce sont eux qui
véhiculent la spéculation sur les monnaies, les actions,
les matières premières, pétrole et alimentation en tête.
Des pays, le Chili et la Malaisie, l’ont fait avec succès.
Nous reprenons les idées bien connues sur la
régulation des taux de change, sans trop d’illusion sur
la lucidité du système financier planétaire, qui ne se
réforme qu’après de violentes crises.
Conquérir en jouant à fond le jeu de l’innovation, qui
passe par des politiques précises dont Grenoble
donne un bon exemple : un « cluster » qui réunit au
sein de la ville des universités regroupées, des
laboratoires publics correctement financés, des
entreprises privées, petites, moyennes et grandes,
motivées.
Le deuxième devoir est celui de l’indispensable co-
développement avec l’Afrique.
L’Europe et la France ont besoin de l’Afrique, dont
une partie de la jeunesse est parfois tentée par l’exil si
aucun espoir ne leur est ouvert sur place. Quelques
idées concrètes sont d’ouvrir, avec un réalisme
audacieux, le dossier de l’annulation de la dette ;
d’encourager l’agriculture africaine vivrière par une
réduction des subventions agricoles européennes ; de
renouer avec une ambitieuse politique d’échanges
universitaires, jouant à fond de l’enseignement à
distance permis par les nouvelles technologies de la

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