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La liberté ou la mort, mourir en député, 1792-1795

De
368 pages
Entre 1792 et 1795, 86 membres de la Convention nationale ont eu une mort non naturelle. Comment sont décédés ces hommes dont la devise était « La Liberté ou la mort » ? Sous le couperet de la guillotine ? Assassinés ? Suicidés ? En prison, en mission ou en déportation ? Pendant deux siècles, l’historiographie s’est emparée de cette question politiquement sensible, avec des visions partisanes : ici favorables aux Girondins, là aux Montagnards, parfois hostiles aux deux. Fondé sur des archives inédites, l’ouvrage présente les rouages juridiques qui ont permis ces éliminations politiques. Le Peletier et Marat sont aussi deux cas célèbres, assassinés en 1793, puis entrés au Panthéon. Mais qui connaît tous les autres itinéraires particuliers ? Plus complexes, ils sont révélés par les sources policières, judiciaires et médicales, et donnent chair au récit. Au fil des chapitres, Michel Biard s’interroge sur les origines et les conséquences de ces morts brutales. Il offre une vision neuve des luttes politiques et des épurations successives de la Convention au temps de la « Terreur ».
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LA LIBERTÉ OU LA MORT
DU MÊME AUTEUR
Ouvrages personnels Collot d’Herbois. Légendes noires et Révolution, Lyon, Presses universi-taires de Lyon, 1995 Missionnaires de la République. Les représentants du peuple en mission (1793-1795), Paris, Éditions du CTHS, 2002 ; version revue, Paris, Ven-démiaire, 2015 Les Lilliputiens de la centralisation. Des intendants aux préfets, les hésita-tions d’un « modèle français », Seyssel, Champ Vallon, 2007 Parlez-vous sans-culotte ? Dictionnaire du père Duchesne (1790-1794), Paris, Tallandier, 2009, réédition en format poche, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points », 2011 Procès-verbaux de la Société populaire de Honfleur (1791-1795), Paris, Édi-tions du CTHS, 2011 1793. Le siège de Lyon. Entre mythes et réalités, Clermont-Ferrand, Lemme Éditions, 2013
Ouvrages en collaboration (avec Gwennole Le Menn),L’Almanach du Père Gérard(édition bilingue, français-breton), Saint-Brieuc, Skol, 2003 (avec Pascal Dupuy),La Révolution française. Dynamiques, influences, dé-bats (1787-1804), Paris, Armand Colin, coll. « U », 2004 (avec Philippe Bourdin et Silvia Marzagalli),Révolution, Consulat et Em-pire (1789-1815), Paris, Belin, coll. « Histoire de France », 2009 (dir.),Les Politiques de la Terreur, Actes du colloque de Rouen (2007), Rennes, Société des études robespierristes, Presses universitaires de Rennes, 2008 (dir.),La Révolution française. Une histoire toujours vivante, Paris, Tallan-dier, 2010, réédition en format poche, Paris, CNRS Éditions, 2014 (dir. avec Bernard Gainot, Paul Pasteur et Pierre Serna),Extrême ? Iden-e e tités partisanes et stigmatisation des gauches en Europe (XVIII-XXsiècle), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2012 (dir. avec Philippe Bourdin),Robespierre. Portraits croisés, Paris, Armand Colin, 2012 ; réédition 2014 (dir.),Querelles dans le clocher, Rouen, Publications des universités de Rouen et du Havre, 2013 (dir. avec Philippe Bourdin, Hervé Leuwers et Pierre Serna),1792, entrer en république, Paris, Armand Colin, 2013 (dir. avec Jean-Numa Ducange),Passeurs de révolution, Paris, Société des études robespierristes, 2013 (dir. avec Hervé Leuwers),Visages de la Terreur. L’exception politique de l’an II, Paris, Armand Colin, 2014
MICHEL BIARD
LA LIBERTÉ OU LA MORT
Mourir en député 1792-1795
T ALLANDIER
Ouvrage publié avec le concours du Centre national du livre
©Éditions Tallandier, 2015 2, rue Rotrou – 75006 Paris www.tallandier.com
« […] Mon amitié pour Vergniaud, voilà mon crime ; eh bien !Je suis encore plus criminel que vous ne le pensez. Témoin de ses travaux, de ses efforts et de ses succès en faveur de la liberté, de ses vœux pour la république dès les premiers jours de la révolution, épris de ses talents qui sont ses crimes, admirateur de son courage […] je l’aimais de la plus tendre amitié, aujourd’hui qu’il est dans les fers, je le vénère […]. » « Il n’y a rien de nouveau que l’arrestation de Duprat, Mainvielle, et un autre député des Bouches-du-Rhône, qui sont tes voisins, dans ce moment, sans que tu t’en doutes.J’ignore quand viendra notre tour ; à tout événement le sage est préparé !»
Extraits de deux lettres de Boyer-Fonfrède à Vergniaud, emprisonné au Luxembourg, 7 fin juillet 1793 ; AN, F 4775 43.
« Montrons à la fois une sagesse profonde et une énergie invincible. Et moi seul j’offre de les braver. Ils pourront m’assassiner, mais moi seul, tant que je vivrai, je serai terrible à tous les intrigants. […]Il n’y a plus pour nous qu’une alternative, ou de devenir les lâches esclaves d’une faction, ou de mourir pour la liberté.Non, je le jure, ma patrie ne sera pas esclave d’un Brissot, d’un Brunswick, et de quelques hommes que je ne veux pas nommer. Nous saurons mourir, nous mourrons tous. » Maximilien Robespierre à la séance du club des Jacobins du 13 mars 1793, Œuvres de Maximilien Robespierre, Paris, Société des études robespierristes, 2011, t. IX, p. 326.
Introduction
Employée par les colons insurgés au cours de la guerre 1 2 d’Amérique , ensuite propagée en Europe et présente dès les débuts de la Révolution française, la devise « La Liberté ou la mort » possède un sens si fort qu’elle n’a jamais cessé d’être utilisée. En l’an II, Beffroy de Reigny la place dans l’une de ses pièces de théâtre, où douze phalanges venues de différentes cités grecques se réunissent au Pirée et se pré-parent à combattre l’« ennemi commun ». Au début de la quatrième scène, elles se présentent devant les spectateurs, deux par deux, chacune portant une enseigne. Sur celle qui accompagne la phalange athénienne, qui a l’honneur de paraître dans le premier groupe, on lit : « Lacédémone, 3 la Liberté ou la mort . » Cette association entre Sparte et Athènes renvoie aux guerres médiques, à la fin desquelles, avant de livrer l’ultime grande bataille contre les Perses à Platées (479 av. J.-C.), en Béotie, les Grecs coalisés auraient prêté un serment qui illustre cette devise : « Je n’accorderai pas plus de prix à ma vie qu’à la liberté. » En réalité, ce serment, connu par différentes versions, semble être une e invention d’auteurs duIVsiècle av. J.-C., donc postérieure aux faits. On le trouve, entre autres, dans un discours attri-bué à Lycurgue, modèle de discours patriotique très lu au 4 siècle des Lumières . Depuis une autre guerre d’indépen-dance, dans les années 1820, cette même Grèce a pris pour devise nationale« Elefthería í thánatos », tandis que les neuf bandes du drapeau grec renverraient aux syllabes des deux mots ainsi liés. Toutefois, la devise « La Liberté ou la mort »
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LA LIBERTÉ OU LA MORT
e ne figure dans aucun texte grec ancien et, auXVIIIsiècle, ce dévouement à la cause de la liberté est également connu à travers les écrits d’auteurs romains. On le trouve notamment dans lesVies des hommes illustresde Plutarque, l’un des ouvrages alors les plus consultés. Dans laVie de Brutus, il met en effet les mots suivants dans la bouche de Marcus Junius Brutus (celui qui frappe César) : « [Mon devoir sera…] de 5 défendre la liberté et de mourir pour elle . » Formés par un enseignement qui repose sur la langue latine, et dans lequel les humanités et la rhétorique sont e essentielles, les collégiens duXVIIIsiècle découvrent l’Anti-quité grecque et romaine à travers des récits de ce type, plus ou moins légendaires, toujours riches en exemples donnés par des « héros ». En 1789, dans un plaidoyer précoce en faveur de la république, chargé de références à l’Antiquité, Camille Desmoulins écrit ainsi : « Chers concitoyens, il faut que ce soit un grand bien que la liberté, puisque Caton se déchire les entrailles plutôt que d’avoir un roi. […] Abâ-tardis par la servitude, nous ne concevons pas les douceurs et le prix de la liberté. […] Comme la face de cet empire est changée ! Comme nous sommes allés à pas de géants vers la liberté ! Altérés d’une soif de douze siècles, nous nous sommes précipités vers sa source dès qu’elle nous a été montrée. Il y a peu d’années, je cherchais partout des âmes républicaines, je me désespérais de n’être pas né Grec ou Romain. […] Moi-même, j’en fais l’aveu avec franchise, moi qui étais timide, maintenant je me sens un autre homme. À l’exemple de ce Lacédémonien, Otriades, qui, resté seul sur le champ de bataille et blessé à mort, se relève, de ses mains défaillantes dresse un trophée, et écrit de son sang :Sparte a vaincu. Je sens que je mourrais avec joie pour une si belle cause ; et percé de coups, j’écrirais 6 aussi de mon sang :La France est libre. » Caton d’Utique, qui préfère se suicider plutôt que d’assister à la victoire de 7 César ; Othryadès , blessé, qui se tue avec son arme pour ne pas survivre à ses compagnons ; mais aussi Léonidas et ses
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