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La Lituanie au quotidien

De
140 pages

Dans la Lituanie soviétique rayée de la carte, oubliée, abandonnée, dans la Lituanie renaissante, dans la Lituanie européenne moderne, entre 1981 et 2008, l'auteur a rencontré une foule de lituaniens de tous horizons. Voici les témoignages d'acteurs obscurs de la renaissance lituanienne.

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Ajouté le : 01 février 2009
Lecture(s) : 314
EAN13 : 9782336257990
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La Lituanie au quotidien

Du même auteur

Vent d'Irlande, Éditions Tequi, 2007.

@ L'Harmattan, 2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.Iibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.ft harmattan l@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-07595-5 EAN : 9782296075955

Jean Bigot

La Lituanie au quotidien
Portraits d'une renaissance

L'Harmattan

Mare Balticum Collection dirigée par Viviane du Castel
La collection «Mare Balticum » vise à faire redécouvrir une région qui se trouve hors du champ traditionnel des intérêts politiques, économiques, voire culturels de la France. Or, depuis 1995, date d'entrée de la Suède et de la Finlande dans l'Union européenne (UE), celle-ci s'est élargie à la région baltique. Ce processus va encore s'amplifier en 2004, avec l'adhésion à l'UE et à l'OTAN de la Pologne, de la Lituanie, la Lettonie et de l'Estonie. La région concernée est défmie comme l'ensemble des pays qui bordent la Baltique: Pologne, Lituanie, Lettonie, Estonie, Finlande, Suède et Danemark, ainsi que les régions russes de Kaliningrad et de Saint-Pétersbourg. Si cette collection n'a pas vocation à traiter des Hinder du littoral allemand de la Baltique, elle inclut la thématique liée à l'ancienne et profonde influence allemande en Lettonie et Estonie. Depuis la dislocation et la disparition de l'URSS, la région baltique connaît une métamorphose de sa situation géopolitique et géostratégique avec le retour de la Pologne à une véritable indépendance et la renaissance des trois Etats baltes. Ainsi, cette aire expérimente des recompositions politiques, économiques, sociales et culturelles. Les trois Etats baltes, notamment, développent des réseaux de coopération qui constitue autant de moyens pour leur réinsertion dans l'Europe, tout en cherchant à préserver les bases du développement de cultures et d'identités nationales trop souvent opprimées, voire niées. Si le monde francophone méconnaît trop souvent le monde baltique, l'inverse est beaucoup moins vrai. Aussi, à l'heure des retrouvailles entre Européens, les éditions L'Harmattan ont souhaité combler cette lacune en créant la collection «Mare Balticum ». Celle-ci se donne pour but de présenter les multiples aspects des peuples et des cultures de l'aire baltique en publiant des ouvrages abordant les domaines suivants: - Littérature (traduction ou bien éditions bilingues et unilingues) : des romans contemporains à la poésie et aux chants populaires ou épiques. - Histoire et géopolitique. - Géoéconomie. - Thèses et mémoires universitaires. - Ethnographie et linguistique.

PREFACE
Nul épanouissement n'est possible, nul sens à sa vie ne peut être donné, sinon par rapport aux autres et pour les autres. Et souvent dans cette quête inconsciente, un évènement, je n'ose dire le destin, marque et rythme notre vie. C'est une aventure personnelle que nous confie l'auteur, un amour, une passion qui sera décrite simplement, avec pudeur, une narration de mille petits faits et gestes qui font l'histoire de chacun de nous, de notre terroir, de notre pays et dont la somme se compilera dans une histoire universelle. Partout le monde est beau, à la condition qu'avec les moyens dont chacun dispose, nous participions à sa construction pour éradiquer ce qui est noirceur et développer ce qui est merveilleux. L'auteur est amoureux de l'Europe, de l'Irlande à la Lituanie, cette Europe que nous nous efforçons de bâtir. Il est tombé comme il le reconnait, dans le "chaudron lituanien" aux confins de la Mer Baltique. Il y a puisé de la force, il en a donné. Quelle belle leçon d'histoire, faite de petits riens qui enrichissent une réflexion, une action. Merci Jean. Car l'auteur par ses rencontres, par ses parcours, a non seulement perçu en Lituanie l'âme d'un peuple souffrant, asservi par un régime totalitaire, qui résistait au tréfonds de lui-même pour conserver ses valeurs ancestrales tournées naturellement vers l'ouest. Il a également participé à la résurrection de la Lituanie, quand celle-ci en se soulevant, a enfoncé un coin dans l'empire soviétique jusqu'à l'effondrement de l'URSS. La Lituanie est libre aujourd'hui, elle fait partie naturellement de l'Union Européenne. Elle s'est reconstruite âprement, avec courage, et là encore, l'auteur y a participé pour aider les plus pauvres, les enfants des rues en particulier. Depuis, la Lituanie retrouve son visage d'antan, elle vous invite à la visiter dans sa modernité désormais européenne: le "chaudron" reste toujours aussi attirant. Hélas, la Russie a peu changé. Et de par le monde, beaucoup de personnes continuent à souffrir, le totalitarisme n'a pas disparu. L'homme est loin de soupçonner toutes les forces qui sont en lui. Elles sont profondes, nous le sentons à travers le récit de l'auteur, et ceci vaut pour chacun de nous. Je souhaite de tout cœur à tous les lecteurs, que cet ouvrage leur révèle le potentiel d'énergie dont ils disposent dans leur vie quotidienne, pour agir et se mouler dans une action plus universelle.
Ricardas Backis, Ambassadeur de Lituanie

Avant-propos
Il était une fois un pays dont le nom avait disparu des livres d'histoire ... A travers le monde, certains se souvenaient et entretenaient la flamme du souvenir. C'était le temps où le monde était coupé en deux par un rideau de fer. Seuls des privilégiés obtenaient l'autorisation de franchir le rideau... le plus souvent des sportifs. J'ai eu cette faveur ... alors que le rideau s'était transformé en mur. Le monde parlait alors de guerre froide. Au retour, j'ai recherché ceux qui ici ne voulaient pas laisser mourir ce pays rayé de la carte. J'ai découvert que leur patrie, la Lituanie avait une longue et riche histoire qui méritait d'être mieux connue. Une visite au Palacio Vecchio de Florence révèle en fait une extraordinaire carte de la grande Lituanie qui permet de confondre ceux qui ont trahi la vérité historique. De rencontre en rencontre, une vaste fresque naissait, un peu à la mode de Bruegel le vieux... Panoramas... Folklore... Vie rustique. Insensiblement les grands paysages s'animaient en une fresque allégorique à la manière de Nicolas Poussin, dans une atmosphère singulière et vibrante à la manière de Turner. Je n'avais jamais imaginé que j'allais partager aussi intimement la vie de tant de Lituaniens tandis qu'eux mêmes allaient vivre un réveil si animé au milieu de jeux d'ombre et de lumière. J'ai souvent changé les prénoms pour respecter la pudeur et la discrétion. Décrire l' enchainement souvent providentiel des évènements ouvre des pistes d'exception au détour desquelles les personnages se révèlent. Souvent, ils baignent dans une ambiance de recueillement profond comme ceux des tableaux de leur compatriote Ciurlionis. Quand le temps était suspendu, souvent, à l'image du pays vaporeux, le visage des personnages s'assombrissait avant de s'éclairer. .. leur âme jaillissait dans sa complexité.

CHAPITRE I Zalgiris l'étincelle

Au rythme des saisons

Tout a commencé par une rencontre sportive dans un pays qui n'avait pas d'existence légale. Je me suis senti attiré par la chaleur qui rayonnait des premiers acteurs côtoyés dans la grisaille et l'imaginaire. Depuis ce jour de janvier 1981 où j'ai débarqué dans ce pays, l'Europe et le monde ont vécu une véritable révolution politique, économique et technologique. On a insensiblement sacrifié l'homme sur l'autel d'une économie tournée d'abord vers le profit. Depuis peu de temps des voix s'élèvent pour réclamer une nouvelle politique de civilisation. La saga lituanienne que je vis depuis presque trente ans est débordante d'individus qui ont vécu dans plusieurs mondes sans jamais quitter le sol de leur village, dans une patrie ballotée au vent de l'histoire. Je veux vous les faire découvrir dans leur simplicité et dans leur diversité. Ayant vécu de fantastiques bouleversements, ils illustrent les prémices d'une nouvelle civilisation, ses attentes et ses dangers aussi. Il était une fois un rideau de fer. Je l'avais vu se construire dans ma jeunesse. Je vivais ici à l'ouest, ils vivaient là-bas, derrière, à l'est. Stéphanie était au-delà de cette ligne qui partageait l'Europe. Un jour de janvier 1981 l'équipe de basketball du Mans devait affronter l'équipe championne d'URSS, au-delà de la ligne dans une république socialiste, soviétique appelée Lituanie. J'y ai rencontré Stéphanie. Il était une fois un pays rayé de la carte, qui ne voulait pas mourir, Lietuva.

Il était une fois un enfant de France qui chantait « Maréchal nous voilà» dans une France occupée. Et puis, un jour cet enfant a vu arriver à la ferme des « Bourdonnières » un étrange véhicule marqué d'une large étoile blanche. Cet enfant venait de vivre une guerre et d'être libéré de l'occupant. Au mur de la cuisine familiale, cet enfant faisait avancer sur une simple carte en papier des drapeaux, il y avait la bannière étoilée américaine, l'Union Jack anglais, le drapeau à croix gammée et le drapeau rouge de l'Union Soviétique marqué de la faucille et du marteau jaune. La guerre ce fût le quotidien de cet enfant de France pendant cinq années. J'étais cet enfant tout à coup sorti de la guerre alors que là-bas on parlait toujours de guerre froide, alors que la présence de l'occupant se prolongeait. Ma petite jeunesse s'est partagée entre ma grand-mère maternelle et la bibliothèque verte. La guerre m'avait ravi ce grand-père dont on entretenait le souvenir. Mon univers c'était un jardin, c'était un grand et beau jardin tiré au cordeau. C'était le domaine de mon père. Notre maison n'était ni à la ville ni à la campagne. Cette maison était grande ouverte sur le jardin, pour moi elle offrait une possibilité d'évasion sur le monde. Ce monde inconnu, ce monde mystérieux se dessinait jour après jour sur un objet familier. Un banal abat-jour au plafond de ma chambre avec son décor de montagnes allait symboliser le monde. J'en revois les détails encore aujourd'hui ... pentes vertigineuses... rochers marbrés de neige. .. sapins dressés à la conquête du ciel. J'étais un enfant de la plaine, un enfant du bocage, nos arbres n'avaient pas la majesté de ces sapins qui me fascinaient. Depuis, j'ai eu la chance de pouvoir beaucoup voyager, mais c'est toujours avec émotion que je repense à ce panorama de mon enfance sous lequel je dévorais le monde des livres. Les mers de Chine, les sables d'Afrique et d'Asie ou les glaces du Mackenzie étaient devenus des familiers de mon environnement. Ma maison ouvrait toutes grandes ses portes et ses fenêtres à ce monde extérieur... Je pense souvent au paradoxe de cette vie simple dans cette maison apparemment fermée, dans cette maison où je me sentais en sécurité, protégé 12

de tout et où pourtant je vivais pleinement une aventure merveilleuse à la découverte d'un univers si différent du nôtre. C'était mon secret. Le bocage parcouru sur ma bicyclette m'avait livré tous ses mystères intimes. Avec «Troyat Tant que la terre durera» m'avait dévoilé les grands espaces de la Russie où je me sentais aussi à l'aise que dans les bois voisins de la Foresterie. Très tôt après la maternelle avec Marco Polo, Sindbad le marin, ensuite avec Jules Verne, s'évader était devenu un rite, une seconde nature. Cependant, c'est toujours sur mon paysage de montagnes que je m'endormais chaque soir et c'est lui qui m'a laissé aussi de très fortes images de dépaysement.

La vie d'un enfant né dans la campagne sarthoise, entre les deux guerres mondiales se déroulait simplement, au gré des saisons, dans un cadre immuable fait de simplicité et de certitude. Aussi sûrement que le printemps suit I'hiver, l'été allait succéder au printemps et précéder l'automne. Les travaux saisonniers rythmaient mon année. La rentrée scolaire a toujours été associée à la vendange de nos quelques rangs de vigne et, la fin des classes était synonyme de fenaison. A chaque saison j'associais des odeurs et des couleurs, j'aimais particulièrement I'hiver avec ses longues heures de lecture, ses veillées où le parfum de vin chaud à la cannelle se mêlait à l'odeur des châtaignes grillées. Chez nous l'électricité était encore utilisée avec parcimonie. J'aimais cette atmosphère d'ombre et de lumière où je me sentais bien, où je me sentais confortable. Nous étions tous assis autour de la table de cuisine pour profiter d'un peu plus de clarté lorsque ma mère abaissait le contrepoids de porcelaine de la nouvelle lampe à suspension. Lorsqu'avait été introduit ce dernier cri du progrès en éclairage, je revois la fierté de mon père toujours à l'affût de nouveauté. .. Autour de chez nous, quelques anciens avaient refusé l'électricité qui leur faisait peur et dans les villages de nombreuses fermes étaient encore à l'écart des lignes électriques. J'entends encore mon père cherchant à convaincre nos amis récalcitrants et je mesure aujourd'hui mon privilège. L'avenir semblait tout tracé pour moi, enfant du bocage, je n'attendais rien de l'avenir et pourtant j'espérais tout du futur. Si le chemin parcouru a été bien au-delà de mes espérances c'est peut-être parce que mon enfance bien que limitée était lumineuse et remplie de rêves. 13

L'horizon n'était pas large entre le lustre de ma chambre et l'abatjour de la cuisine, mais la fée électricité opérait un miracle. Quand j'ai lu Charles Baudelaire beaucoup plus tard, j'ai aimé son cri saillant « Ah ! Que le monde est grand à la clarté des lampes ». Nos loisirs d'enfance étaient rudimentaires. Je faisais partie de ce petit nombre d'entre nous passionnés par la collection de timbres. J'avais obtenu l'autorisation de rendre visite, les jeudis après-midis à quelques grands du cours complémentaire. Leurs collections me faisaient rêver et je n'avais qu'un désir, les égaler. A cette époque, il n'était pas question d'argent de poche. J'avais heureusement une source de revenus très particulière. J'étais un privilégié. Mon père m'avait confié un carré de notre jardin, un carré bien situé près d'un point d'eau. J'ai entretenu mon jardin dès le plus jeune âge. J'étais fier de mes radis, mes carottes, mes céleris, mes petits-pois, mes haricots et mes melons. Je bêchais, je semais, je plantais, je sarclais, je récoltais. Ma mère vendait séparément ma production. Avec mes recettes pendant des années outre l'addition des dernières nouveautés techniques des coureurs du Tour de France sur mon cher vélo, j'achetais des timbres. Je me procurais chaque année les catalogues des spécialistes pour suivre l'évolution des cours. Les négociations étaient passionnées, ma collection s'enrichissait. J'ai appris la géographie en collectionnant des timbres mais j'ai aussi perfectionné mes connaissances historiques. L'installation de la lampe à suspension amovible allait faire vivre mes timbres. Les couleurs des vignettes anciennes étaient peu variées et souvent bien ternes: gris, ocre, bistre, vert foncé et le bleu nuit dominaient. Les dessins étaient fades et les textes sans relief. L'éclairage rapproché allait tout changer et c'est ainsi que les veillées familiales d'hiver sont à jamais associées aux timbres poste. Avec des cartes à portée de la main un monde extraordinaire naissait sous la lampe pendant que ma mère tricotait et que mon père tressait des paniers. Azerbaïdjan, Afghanistan, Perse, Argentine, Canada... pays de rêve où je transposais évidemment mon paysage familier... les montagnes de mon lustre étaient grandes à la clarté de la lampe. Et puis tous ces noms exotiques c'était fabuleux. Je me contentais de rêver et je peuplais mes rêves d'hommes et de femmes recouverts de vêtements multicolores ... Formidable pouvoir d'imagination de l'enfance. 14

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