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La lutte contre le crime à New York

De
167 pages
Cet ouvrage raconte comment la volonté d'un homme transforme New York, ville réputée être parmi les mégapoles les plus dangereuses, en une ville accueillante, avec un haut niveau de sécurité, prisée par les touristes, le monde des affaires et de l'intelligentsia. Une étude sociologique et criminologique fortement documentée qui rend compte de la lutte contre le crime entreprise par le Maire de New York, Rudolph Giuliani, malgré les réactions de l'opposition et des partisans des Civils Rights.
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Introduction
Pourquoi ce livre ? Je suis venue à New York en 1974. La ville était dans un état extraordinaire. La délinquance, les bandes, rythmaient les horaires des promenades dans la ville et la fréquentation de certains quartiers. Lorsque notre délégation eût déposé ses valises au Hilton et s’est apprêtée à visiter la ville, le portier nous a aimablement suggéré de laisser nos passeports à l’hôtel. Cet homme nous a expliqué que si nous étions attaqués et nos passeports volés lors de notre excursion dans la ville, nous aurions des difficultés avec l’immigration pour pouvoir répartir… Le musée Guggenheim était un site à visiter, mais l’endroit peu sûr à partir de 18 heures. Se promener dans Central Park à compter d’une certaine heure n’était pas recommandé. La délinquance était là, constamment, et empêchait de faire ceci ou cela, obligeait à la prudence. Le car qui nous a emmenés visiter Harlem s’est approché prudemment de la limite de ce quartier réputé difficile. Nous longions une sorte de frontière interne à la ville, et de l’autre côté de celle-ci, je pouvais apercevoir une bande de jeunes garçons latino ou noiraméricains qui nous regardaient, les uns tenant des pierres à la main, prêtes à être lancées. Pas question de s’aventurer hors du car. J’avais le sentiment d’une sorte de guerre interne qui divisait la ville en morceaux, fréquentables ou interdits. Quant au Bronx, il ne fallait pas y penser. Cette atmosphère de guerre s’accompagnait du bruit des sirènes de voitures de police hurlant toute la nuit et le jour, donnant la sensation d’une constante insécurité et d’une agitation quasi permanente.

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Lorsque je suis revenue à New York des années plus tard, j’ai été étonnée du calme de la ville. Plus de bruit de sirènes à part celles, de temps en temps, des ambulances. Il n’y avait plus de quartiers interdits. Les forces de polices étaient présentes, mais discrètes. Je pouvais aller en métro ou je voulais : Harlem, le Bronx. Central Park était devenu un lieu où jouent les enfants et où se promènent les familles. Je me suis trouvée dans le Bronx dans un quartier nord éloigné un soir de Noël, étant allée visiter une congrégation religieuse qui œuvrait dans la réinsertion. Je suis revenue downtown, où je vis, sans souci, en toute sécurité, me promenant dans les rues sous la neige pour rejoindre le métro puis rentrer chez moi près de Wall street. La ville avait complètement changé. Ce changement était dû au travail du Maire : R.Giuliani qui avait décidé de « nettoyer » la ville d’une délinquance qui en faisait une des villes les plus dangereuses du monde. Le changement était si complet, si radical, que je décidai de m’intéresser à l’homme et sa méthode pour obtenir un tel résultat. Malgré les excellents résultats obtenus qui favorisent la vie économique et touristique de la ville, j’ai été étonnée de rencontrer un barrage de critiques acerbes quand j’évoquais le nom de Giuliani. Je pensais que décidément les hommes ne savent pas ce qu’ils veulent… Ils sont heureux lorsqu’on les débarrasse de la délinquance qui empoisonne les quartiers mais semblent cependant conserver une compassion et un certain romantisme pour le monde de la délinquance, oubliant ses méfaits et ses victimes. J’ai parfois rencontré de telles attitudes en France, une compassion étonnante pour les malfaiteurs comme si ceux-ci étaient eux-mêmes des victimes… Certes si leur enfance était souvent celle d’une victime, on ne peut omettre que les actes qui les incriminent sont ceux d’un adulte doué de discernement… R.Giuliani avait eu d’autant plus de courage et avait dû sans doute faire preuve de ténacité pour œuvrer dans un environnement humain si ambivalent et, après coup, si peu reconnaissant.

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La lutte contre la délinquance, surtout quand elle a eu le temps de s’organiser, de devenir maître de quartiers entiers, de se former en bandes, est une forme de guerre qui réclame des stratégies rationnelles. Ces méthodes doivent être systématisées pour être efficaces, ce qui fut le cas de Giuliani qui prit les mesures nécessaires mais aussi d’autres, peu populaires, pour accompagner les premières. Il fut vivement critiqué et l’homme continue à l’être aujourd’hui, comme si ceux qui le critiquent avaient oublié dans quel état était la ville. Les critiques semblent venir d’une intelligentsia appartenant au parti démocrate, mais sans aucun doute les victimes de la délinquance dans les quartiers populaires doivent se souvenir et se féliciter de pouvoir enfin vivre dans des quartiers tranquilles et qui prennent de la valeur chaque jour. Un avocat français dont les honoraires sont prestigieux vient d’acheter un immense appartement du côté de la 130e rue. Les investissements bénéficient aux habitants et sont rémunérateurs d’emplois.

PREMIÈRE PARTIE : L’HOMME ET SA MÉTHODE

1- L’homme et la situation à New York

a- Qui est le Maire Giuliani ?

Giuliani est un homme né à Brooklyn, d’une famille d’émigrés italiens. Famille simple. L’homme donne quelques éléments de sa vie dans un livre écrit sur le management. Ce qu’il en dit est sympathique. (Le leadership, ed Miramax, Hyperion,2002). Comme beaucoup d’américain venus de l’immigration, il aime parler de son « héritage », non pas héritage culturel, mais ses origines. Les grands-parents sont arrivés aux États Unis, le grand-père Rodolfo n’avait que 20 dollars en poche et ne parlait pas la langue. Cela en dit déjà long sur la motivation de cette famille, sa ténacité, ce que la première génération a pu vivre, ce dont les parents de Giuliani ont hérité et transmis à leur fils. Le Maire est resté très proche de son enfance, de ses racines, il l’aime en parler à titre d’exemple. Les valeurs du Maire sont : liberté, courage, et aussi loyauté. Sans doute aussi vouloir réussir dans cette société démocratique qui donne à chacun sa chance. On retrouve ces caractéristiques dans le livre que R. Giuliani écrit à propos du management : avoir des croyances et savoir les communiquer, faire de son mieux, faire face, ne pas baisser les bras

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mais trouver des solutions, et aussi : savoir s’entourer de gens de haute qualité. Ici on retrouve la valeur de l’exemplarité. Le Maire se voudra lui-même exemplaire, s’appliquant à tenir les promesses faites à son électorat. Dès la première année de ses fonctions, il va aussitôt s’y employer et, nous le verrons plus loin, les mesures succèdent aux mesures. On sent que l’homme sait où il va, sait ce qu’il veut. New York étant devenu en grande partie un territoire criminel, celui-ci constitue un véritable laboratoire pour un homme venu du droit, de la lutte policière à un haut niveau. L’homme a de l’expérience et il sait très exactement, et avec ses valeurs et son expérience du droit et de la criminalité, comment il va s’y attaquer. Il va trancher, combattre sur plusieurs fronts, faire face avec réalisme, résister aux critiques qui ne manqueront pas, sans changer sa ligne d’action. Le Maire veut changer l’opinion à propos de la ville. Il veut aussi changer l’état d’esprit des habitants. Redonner à « la grande pomme qui est en train de pourrir » son prestige. Faire changer cette ville qui est fuie et redoutée, car l’insécurité y règne et les homicides y sont nombreux. En faire un centre prestigieux et touristique. Dans cette lutte que va entreprendre cet homme avec une équipe resserrée, et qu’il veut loyale, s’intriquent plusieurs facteurs : un aspect affectif en lien avec son enfance, son admiration pour ses quatre oncles policiers et le cinquième qui est pompier, son caractère qui est celui d’un obsessionnel avec son goût de l’ordre, du contrôle, de la méticulosité, traits qui peuvent convenir « en temps de crise » et sont même très adaptés aux situations de crise, mais qui le sont moins dans les périodes d’accalmie. Sans doute des traits à l’origine de la détestation dont, au fur et à mesure du rétablissement de l’ordre dans la ville, Giuliani est devenu l’objet. Son caractère qui le pousse à contrôler, à mettre de l’ordre jusqu’à l’extrême, va le rendre impopulaire. Par exemple, quand il va « s’attaquer » non plus à des criminels qui méritent d’être poursuivis, mais aux chauffeurs de taxi. Rompant avec le style des taxis new yorkais qui sillonnent librement et rapidement la ville, s’arrêtent au bras lève du passant qui les interpelle, Giuliani a voulu là aussi mettre la marque de son caractère, de sa méticulosité personnelle qui ne laisse pas d’être teintée d’un certain

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rigorisme par trop de souci de contrôle. Quand il n’y a plus de grand criminels à maîtriser Giuliani « ronge son frein ». Il veut alors mettre les chauffeurs de taxi en rang d’oignons aux bornes prévues à cet effet, mais si peu utilisées qu’on sait à peine qu’elles existent. Ce fut un tollé. D’une part parce que ce n’était pas dans les habitudes des habitants de New York, gens pressés, généralement soucieux d’efficacité, auxquels un taxi « sous la main » au hasard de la rue, convient davantage que faire la queue pour en avoir un. Par cette mesure-la, Giuliani n’était plus en position de rétablir l’ordre mais de vouloir inscrire un ordre nouveau dans la vie new yorkaise, à l’encontre des us et coutumes. L’homme fut vécu comme un tyran à l’encontre des honnêtes gens… Le new yorkais est épris de liberté, il en a besoin pour son génie inventif, il lui est insupportable d’être mis au pas. Giuliani s’est laissé ici entraîné par son caractère, il a manqué de mesure et de réalisme. Il est un perfectionniste, il veut prendre possession de la ville de New York, se l’approprier, la modeler selon son rêve. Sans doute un rêve d’enfant qui est là en lui et lui fait commettre des erreurs. Cette réglementation fut une erreur qui lui a valu l’inimitié profonde de toute une ville. Le Maire suivant s’est empressé de pactiser avec les taxis et les piétons et ces deux acteurs sont redevenus bons enfants, heureux d’exprimer l’esprit et la démocratie new yorkaise : liberté et respect. À ce sujet, je me souviens lors de l’hiver 2007 de la grève décidée par les unions (syndicats) des taxis, sous la « mayoralty » Blomberg. Cette ville immense fit face et résolut le problème : grève et trafic. Les taxis reçurent l’autorisation du Maire de charger plusieurs clients en demandant à chaque client le prix de la course. Ainsi la grève était respectée et le trafic des voitures maintenu par le prix des courses. Tout se passa dans la convivialité et la bonne humeur. Giuliani prit une autre mauvaise décision : empêcher les piétons de traverser hors les panneaux de signalisation en les barricadant dans les trottoirs. Oui, des barricades enserrant les trottoirs pour empêcher les indisciplines de traverser ailleurs qu’aux passages piétons… Le jour où Giuliani prit cette mauvaise décision, il se mit en quelque sorte lui-

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même à la porte de la ville, d’autant plus que ses habitants avaient été soulagés de la criminalité quotidienne et avaient bien l’intention de retrouver le goût de la liberté et de l’insouciance... Giuliani commit un de ces méfaits que l’on pardonne difficilement, ses symptômes l’avait entraîné à la faute de goût, un crime que l’intelligence new yorkaise n’accepte pas. D’ailleurs, cette histoire de barricader les piétons sur leur trottoir confina à la farce. Un habitant poursuivit le Maire en justice parce que la barricade instaurée avait barré, condamné l’entrée de son building. Le quartier choisi n’était pas insignifiant non plus… Madison avenue… Autant les amendes pleuvant, au début, sur les petits gangsters quittant le trottoir pour menacer les chauffeurs étaient bienvenues et s’étaient opposées efficacement à cette sorte de délinquance appelée « jaywalking », autant empêcher le citoyen de quitter le trottoir avait été mal vécu… La passion du contrôle avait entraîné Giuliani trop loin et devait lui valoir des critiques après coup fort injustes pour sa croisade de la tolérance zéro mais appliquée aux criminels. Il faut savoir ne pas se tromper de cible.

L’homme et sa préparation au combat contre le crime : préparation, élections et gouvernance Le Maire est un homme simple, élevé dans un quartier fort d’une grande tradition délinquante ou plus exactement mafieuse : Brooklyn, puis plus tard Long Island. L’homme, élevé sur ce territoire, a appris à connaître ce qu’il en est et de l’immigration et de la délinquance. De la lutte entre mafias et polices. Il fréquente des jeunes gens nés aussi sur ce territoire. Il fréquente le collège puis se dirige vers des études de Droit. Après des études à Brooklyn (Bishop Loughlin Memorial high School), Manhattan college, dans le Bronx, il fréquente l’université de Droit (New York University Law School) . Il ne fait pas partie de la grande bourgeoisie de la ville et fréquente une université de qualité mais pas celle où vont les enfants des familles riches. Ensuite il commence à travailler pour le juge Lloyd macMahon. Puis à 29 ans, il est nommé chef de l’unité des

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Narcotiques (chief of the Narcotic unit) et s’élève au rang de « exécutive US attorney ». Enfin, en 1975, il est recruté par Washington DC. Il fait son chemin comme procureur dans un cabinet célèbre de Washington. Là, il fait preuve de courage et s’attaque à un des maîtres de la mafia italienne, affaire qu’il résoudra avec précision et efficacité. Plus tard, il continue son travail sur New York. Son travail sur New York précédant son élection est à prendre en compte. En effet, au titre de « associate Attorney général », en 1981, il supervise tous les « US Attorney’s offices » et leurs agences, le bureau des « corrections », l’agence contre la drogue et les «US Marshall ». En 1983, il est nommé « US Attorney » pour le quartier dit « southern » de New York où il dirige la lutte contre la drogue, contre le crime organisé, contre la corruption et poursuit, en tant que procureur, les « white collar crimes ». On cite son action très efficace et le chiffre de 4152 « convictions » ( condamnations) est donné… dont seulement 25 sont « reversals ». Enfin, en 1989, il entre dans la course pour les élections à la Mairie de New York comme candidat à la fois du parti républicain et du parti libéral. Il perd de très peu les élections, le Mayor Dinkins l’emporte. Dinkins sera le premier Maire afro-américain de New York, il vient du quartier de Harlem. Il a promis de lutter contre la délinquance, lui aussi. Giuliani se représente en 1993, axant sa campagne sur la qualité de vie, le crime, les affaires et l’éducation. Il est élu avec une faible majorité. On dit que les votes hispaniques l’ont aidé à gagner les élections. Il devient alors le 107e Maire de New York et le premier Maire républicain depuis de longues années. New York est un fief démocrate, il arrive en « terrain ennemi ». Il va mener son programme au pas de charge, soulevant hostilités et mouvements sociaux. Cependant, il réussit son programme et se représente en 1997, il est à nouveau élu avec une petite majorité. Ce deuxième mandat lui permettra d’étendre son programme, mais l’urgence de la situation

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criminelle ayant disparue, les décisions du Maire sont davantage mal vécues et renforcent l’hostilité à son encontre. Il est un homme pour les temps de crises. L’homme n’est pas intimidable. Il est ambitieux, mais ne se perd pas en chemin. Il suit des routes réalistes en accord avec ses convictions. Cet homme n’a jamais oublié les chemins de son enfance et « les chemins obligés » à parcourir par celui qui n’est pas issu des familles huppées de la ville. Il fait souvent référence à son enfance, paroles rapportées par les journaux de l’époque (NY Times). Par exemple, il répond à une étudiante qui se plaint de manquer d’argent pour aller fréquenter les grandes universités que si elle est suffisamment motivée, elle pourrait travailler même à la lumière d’une chandelle à défaut d’électricité. Il parle de lui, étudiant, aidant son père à servir les plats, ou les laver, dans le restaurant que son père dirigeait à Long Island. Il aime souligner la valeur de l’effort et du mérite, cela fait partie de son expérience, cela fait aussi partie des valeurs américaines. La valeur du courage, les valeurs démocratique et d’entreprise. Giuliani croit au rêve américain, aux valeurs américaines. Il ressemble parfois à un enfant qui vit son rêve. En vérité beaucoup d’américains vivent ainsi, dans une Amérique où la vie n’est pas toujours facile mais qui reconnaît les valeurs singulières de l’entreprise, du « tout est possible », d’un grand rêve. Giuliani l’exprimé, il en a la conviction. « Les Américains sont liés par la croyance en la démocratie et au capitalisme, le respect de la vie et la règle du Droit » - Giuliani. Il est un Corleone à l’envers, un parrain qui guerroie contre les délinquants. On raconte que le Maire aime particulièrement regarder le film « le Parrain ».. Ses rendez-vous matinaux avec ses équipes ressemblent aux meetings du Parrain mythique du film. Mais lui fait partie du camp de la police, ça fait aussi partie de son héritage selon la définition américaine. En apprenant puis faisant son métier de procureur, il fait aussi son chemin en politique, dans le Parti Républicain où il rend des services

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et est apprécié. Reagan règne à l’époque de ses jeunes années de formation, plus tard étant devenu Maire, ce seront les années Clinton. Après cette formation dans l’exercice de sa profession et en politique, R. Giulani a décidé de se présenter aux élections de Maire à New York basant sa candidature sur la lutte contre la délinquance et le crime. L’homme n’est pas un faiseur, il sait de quoi il parle par expérience. Il promet de mettre celle-ci au service de la ville. Il tiendra parole. Au premier tour, il se heurte aux coteries de la ville, aux groupes démocrates, aux gens en place. Il ne sera pas élu. Son rival est Dinkins. Il a fait lui aussi la même promesse lors de sa campagne pour la Mairie : débarrasser la ville de la criminalité. Il est élu, mais sa promesse ne sera pas tenue… Dinkins a laissé peu de traces dans la mémoire des new yorkais. Si l’évocation du nom de Giulani soulève des critiques acerbes, Dinkins est oublié et semble après coup, insignifiant. Giulani ne sera élu qu’à l’élection suivante, marquant par-là sa rigueur et sa ténacité. Ceux qui ont triomphé de lui aux premières élections n’ont pas su redonner à la ville un caractère de « normalité », de ville libérée de la délinquance et des bandes. Tout le travail reste à faire et Giulani se propose à nouveau. Sans doute l’insuccès de son prédécesseur dans cette lutte fait, entre autre, le lit de sa victoire. Giulani est élu et met en œuvre ce qu’il a promis lors de la campagne électorale : « nettoyer » la ville des gangs, de la pègre, du crime organisé et des mafias qui prétendent diriger les quartiers. Giuliani, par métier, sait que cette lutte sera rude, et qu’elle doit être systématisée. Des mesures impopulaires devront être prises pour être efficaces et il lui faudra aussi toucher à des zones de droits qui font le lit de la marginalité ou naît la délinquance… Il sait que les causes de celle-ci sont multifactorielles et parce qu’il en a une connaissance de terrain et l’expérience, il ne néglige rien, aucun facteur, pour réussir sa lutte. Fils d’émigrés simples, muni de valeurs solides, il n’est pas atteint de sensiblerie ou de fausse culpabilité comme peuvent l’être parfois les fils trop nantis de la grande bourgeoisie qui veulent d’avantage séduire et souvent se faire pardonner d’être riche… Giuliani sait que des quartiers pauvres, de l’immigration entre autre italienne, peuvent surgir des mafieux, des

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criminels mais aussi des gens qui travaillent, réussissent, sont aux côtés des forces de l’ordre. Cet aspect multifactoriel des causes de la criminalité, cette théorie là va faire de lui un gagnant dans cette lutte. Pus tard, on essaiera de minimiser son action, on analysera celle-ci sous l’angle d’une causalité linéaire. À tort, la criminalité est un ensemble, le fait d’une petite société qui se forme aux dépends de l’autre, celle des honnêtes gens. Elle trouve des niches partout où elle peut s’engraisser : les zones de pauvreté, les zones lucratives par le jeu du racket et de la corruption. En cela, Giuliani, fort de son expérience, ne commet pas d’erreur. C’est vrai, la grande pomme est en train de pourrir : au nord le Bronx, Harlem et ses bandes, terrorisant les petites gens mais aussi en entraînant d’autres dans le sillage. La criminalité est aussi dans le bas de la ville : les mafias et le marché au poisson, ses rackets. Elle est aussi dans les aires industrielles qui sillonnent la ville : entre autres, certaines compagnie qui font le nettoyage des poubelles. La criminalité existe dans toutes les classes sociales de la ville, elle est donc aussi à haut niveau. Giuliani n’est pas un naïf. Il va faire en 1999 une conférence à Londres sur le crime des cols blancs… La criminalité bénéficie aussi de la corruption : la police au premier chef, mais aussi parmi ceux qui font métier de gestion. Les fraudes sont nombreuses, d’autant plus quand les budgets reçus sont importants. Car si la pauvreté permet au crime de trouver des bras, elle peut être aussi une source d’abondance pour les gestionnaires qui ont accès à certains budgets. C’est à tous ces faits que Giuliani va avoir à faire et il va s’y employer méthodiquement. Au système du monde du crime, il va opposer l’esprit de système. Sans aucun doute, son grand-père sera un modèle affectif qui donnera un atout certain à l’homme. Son grand-père policier, admiré par lui, le rend proche de la police, de ces hommes qui luttent au quotidien contre la pègre et son mépris des êtres humains. Il comprendra ces hommes, les organisera pour plus d’efficacité, les valorisera dans leur travail et, sur le terrain, les soutiendra même au moment de bavures immanquables dans ce genre de lutte. Ce qui entraînera les protestations et les tollés des opposants qui ne crient pas