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La médecine malgré elle

192 pages
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Ajouté le : 01 janvier 0001
Lecture(s) : 286
EAN13 : 9782296200586
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La médecine malgré elle

@ Editions L'Harmattan, ISBN: 2-7384-0585-1

1989

Docteur

E. HULOT-PIETRI

LA MÉDECINE MALGRÉ ELLE
Témoignage sur l'idéologie médicale française

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

AVANT-PROPOS

Encore un livre sur la médecine! Seulement son auteur n'est ni célèbre guérisseur ni professeur illustre. Il (ou plus exactement elle) est un des 60 000 généralistes qui parcourent inlassablement villes et campagnes; un de ces dinosaures qu'on nommait jadis avec affection, médecins de famille. Personne ne leur demande leur avis, les médias les ignorent, et voici quelques années, un ministre de la Santé les désignait comme les cancres de la profession. Ils vivent pourtant une réalité médicale bien différente de l'apologie généralement présentée. Méprisés par les Mandarins, harcelés par les démarcheurs de l'industrie pharmaceutique, exclus de la prévention et des décisions, ils voient leur domaine progressivement rétréci par la prolifération des spécialités. Les étudiants sont de moins en moiris préparés au métier qu'ils exerceront demain. Actuellement, il

n'y a presque plus rien de commun entre

«

la méde-

cine de pointe» hospitalière et la pratique quotidienne. L'institution hospitalière tend à prendre le contrôle des traitements où qu'ils aient lieu. Les malades sont réduits à l'état d'objets: ils n'ont pas droit à la vérité; ils subissent des examens systématiques, 5

souvent inutiles, parfois dangereux; ils courent le risque de devenir, à leur insu, matériel d'expérimentations discutables; ils sont abreuvés d'informations mensongères. Il est des traitements contraires à la morale médicale; leurs conséquences, à distance, peuvent être tragiques; les journalistes ne sont pas convoqués pour le constater. Certes, il existe encore des médecins et des professeurs sérieux et compétents. De jeunes diplômés compensent, par leurs efforts personnels, les carences de l'enseignement. Une médecine de qualité persiste. Les pratiques désastreuses rapportées ici ne sont pas toute la médecine; mais la situation s'aggrave alors que techniques et connaissances progressent. Notre santé est en péril, en faire un secret médical serait criminel; se taire, sous prétexte de ne pas inquiéter les malades, c'est être complice. Après 35 ans d'exercice, un médecin généraliste témoigne.

* Les observations cliniques, rapportées dans cet ouvrage, correspondent à des cas réels; elles n'ont pas été arrangées pour les besoins d'une démonstration. Seuls les noms, lieux et circonstances, susceptibles de permettre une identification, ont été modifiées. 6

PREMIERE PARTIE

LA LOI DU SILENCE

«

Si les gens qui ont eu un cancer
le savaient,
»

et
du

qui ont été guéris

le mythe

cancer

disparaîtrait.

Dix-septième

Professeur J.-C. Sournia journée de Santé Mentale (1) 20/11/1971

L'homme le plus seul que j'aie rencontré venait d'Afrique du Nord. Il ne parlait jamais, il ne semblait comprendre ni le français, ni aucun dialecte arabo-berbère courant. Appartenait-il à une très petite communauté de langue? Etait-il sourd ou amnésique? Avait-il perdu l'usage de la parole... ? ou décidé de se taire? «De toute façon, dit la surveillante, c'est un malade sans problème ». A l'internat de l'hôpital psychiatrique de F., le service de table était assuré par un Noir de haute taille, nu en toutes saisons... Sa fiche d'entrée por-

tait:

«

Noir américain,

muet, ne comprenant

pas le

français ». Un dimanche, un sous-officier sénégalais lui rendit visite. On les entendit rire et parler ensemble... en français. Le lendemain, il se taisait à nouveau. Dans cet hôpital moderne, chaque malade a sa chambre avec cabinet de toilette et télévision; les repas sont servis et les soins assurés sur place. Seul manque le téléphone.
«

La nuit, je rêve à mes années de forteresse

»,

me confiait un vieux général. J'ai assisté à des consultations spécialisées de soixante malades; la plupart nécessitaient des déci-

sions vitales.

,

Certains «grands patrons », s'accommodent volon'tiers de ce rythme et l'imposent à leurs collaborateurs. L'encombrement des services de pointe, entretenu 9

par la publicité des médias, est un excellent prétexte pour échapper au dialogue sans perdre sa bonne conscience. L'évolution de la médecine a introduit à l'hôpital divers techniciens, étrangers à la vocation de soins; les infirmiers doivent désormais s'intégrer à leur équipe.
«

L'infirmière d'aujourd'hui, écrit le Docteur Ose-

nat (2), n'est pas rebutée par le malade, mais ce dernier n'entre pas dans le cadre de ses préoccupations essentielles ». Les soins ordinaires et l'écoute sont délégués à

l' aide-soignante, définie par décret « au service du malade », mais elle doit s'abstenir de toute information d'ordre médical. Dans les années 60, rapporte le Professeur H. P.

Klotz:

«

Quelqu'un, à la direction de l'Assistance

Publique, avait proposé de créer, dans chaque service, un poste de préposée à l'humanisation qui se tiendrait dans le bureau d'accueil de la surveillante ». (3) Certains services ont recours à des psychologues ou à des psychanalystes.

Un malade m'a raconté:

«

Il est venu un type

bizarre... Il m'a posé de drôles de questions... Je ne savais pas quoi répondre... J'avais peur de me faire mal voir... D'ailleurs, ma maladie, il ne la connaissait pas. Depuis 1985, les Hôpitaux de l'Assistance Publique ont embauché des TUC*, ces jeunes chômeurs

à mi-temps et quart du

«

minimum vital» ; ils sont

chargés des relations humaines... Médecin consultant dans une grande ville de Russie, mon arrière-grand-père rédigeait en latin sa correspondance professionnelle. Les Soviétiques auraient
* TUC: Travaux d'Utilité Collective.

10

conservé cette coutume, d'autant plus efficace que leur alphabet est différent. Un malade du Pavillon des Cancéreux» (4) est renvoyé à son médecin de secteur, porteur d'une
({

fiche

({

casus inoperabilis ».

Nos maîtres s'expriment en français, devant un patient supposé incapable de comprendre le sens des paroles qui ne lui sont pas directement adressées... La Loi du silence ne connaît pas d' exception, lorsque le malade est lui-même médecin...

Dans le

({

Quotidien du Médecin» (QM) du 6

novembre 1984, le Docteur C. raconte son scanner. A l'arrivée, il fut enfermé dans un isoloir, sans recevoir d'information sur les modalités d'un examen à l'époque tout nouveau. Une manipulatrice posa devant lui six verres pleins à avaler rapidement. Il lui dit rejeter tout ce qu'il absorbait, mais elle ne sembla pas l'entendre. Immobilisé sur le dos, il percevait des ordres

lointains:

({

Respirez... Ne respirez plus... ». Il vomit

et fut réprimandé par le manipulateur. Enfin l'examen se termina et on le pressa de partir. Le professeur Grellet, radiologiste, chef de service, a tenu à joindre son témoignage: ({ Tout ce qui est décrit ici se passe partout... Ceux qui s'occupent des préparatifs sont des manipulateurs qui ont une vocation technique; quant aux médecins... leur préoccupation majeure est représentée par l'ordinateur ». En 1960, je fus personnellement hospitalisée dans un service de l'Assistance Publique. Après deux semaines de black-out, le chef de service m'examina un matin devant la cour des étudiants, détaillant à haute voix ses constatations. Je dis: «Alors, j'ai... » ({Ecoutez, mon petit, nous parIl m'interrompit:
Il

Ions entre médecins, ne vous mêlez pas de conversations auxquelles vous ne pouvez rien comprendre ». Après l'intervention, je demandai copie de mes examens... Ils s'étaient, par hasard, égarés. Un autre confrère voulait voir ses clichés; l'énormité de cette prétention remonta jusqu'au Patron (un ancien camarade d'internat). Il refusa: Tu es médecin, on le sait; maintenant, oublie-le et sois un bon malade» . Des dieux hospitaliers, le bon malade attend l'autorisation de survivre ou de mourir. Un psychiatre raconte: «Un an plus tard, quand les souffrances d'Armance devinrent intolérables, on décida de l'aider à mourir. Les médecins lui ont expliqué que, comme on ne pouvait plus la soulager, on allait lui poser une perfusion qui la ferait dormir... Elle n'a pas posé de questions, mais j'ai su qu'elle avait compris... » (5) Oserai-je demander quel est cet « on» qui a décidé? et pour qui les souffrances étaient intolérables ? La malade, le médecin incapable de supporter son échec, ou l'Institution? Le Bon Malade a souvent une famille digne de lui... Le mari et la mère de Mme Lagrange, après décès à domicile, ramènent son corps à l'hôpital où elle avait dit vouloir mourir. (5) Un père écrit au cancérologue de sa fille: « Si vous croyez, Docteur, qu'une autopsie de Françoise puisse être utile à vos recherches... ) et une mère: « Si le corps de ma pauvre Marie peut encore servir» (6)

UNE LONGUE

TRADITION

DE MENSONGE

A la fin de la dernière guerre, un gentil médecin 12

de campagne, voulant rassurer une patiente, lui affirma que, par suite d'une erreur de laboratoire, on l'avait amputée d'un sein non cancéreux. Une cascade de procès s'ensuivit. La stratégie de l'époque rendait déjà cette confusion impossible; la tumeur était enlevée et analysée sur place. S'il ne s'agissait pas de cancer, le chirurgien refermait l'incision; dans le cas contraire, il pratiquait l'opération de Halsted: ablation en masse du sein, des plans sous-cutanés, des muscles pectoraux et du tissu cellulaire de l'aisselle. Il est facile d'imaginer avec quelle angoisse la femme au réveil « cherchait» son sein. Vers 1965, quelques équipes commencèrent pour les formes limitées à remplacer le Halsted par l'ablation de la tumeur suivie de radiothérapie. En 1970, l'actrice Françoise Prévost dut attendre le renouvellement du pansement au troisième jour pour savoir qu'elle gardait son sein. Jusque-là, elle n'avait pas osé interroger le chirurgien, pourtant un ami, ni l'infirmière... (7) En 1966, un ancien officier de commando subit l'amputation d'un poumon, pour une prétendue obli. qué trois semaines plus tard pour radiothérapie, il demanda des explications, je lui fabriquai une demivérité: « quelques» (sic) cellules cancéreuses découvertes à l'examen de la pièce opératoire. Mis au courant de cet arrangement, le chirugien

tération tuberculeuse de la bronche-souche. Convo-

hurla:

«

les malades n'ont rien à demander, ils doi-

vent nous faire confiance; en matière de cancer, il n'y a qu'une attitude: mentir, mentir, jusqu'au dernier souffle ». Celui du malade, je suppose. Recevant le faire-part de décès d'un camarade de résistance je téléphonai à sa femme... Un cancer, on n'avait rien pu faire? 13

- Notre médecin pensait aux rayons, mais j'ai préféré qu'il ignore la vérité jusqu'au bout. On l'avait laissé mourir pour lui éviter de savoir que sa maladie pouvait être mortelle. D'après un récent sondage de la Ligue contre le Cancer, (1983) la majorité des médecins français resteraient partisans du mensonge. Les « Latins» contrairement aux Anglo-Saxons ne supporteraient pas la vérité. Guérie depuis dix ans d'une leucémie, une fille de confrère fit une tentative de suicide, heureusement ratée... Elle avait lu, dans l'édition 1970, du Larousse Médical que la leucémie ne guérissait jamais définitivement. On n'était pas parvenu à lui cacher le nom de sa maladie, mais seulement qu'elle en était guérie.

LE MALADE ET SA VERITE

Au médecin

lui parlant
«

de son cancer,

Freud
»

aurait répliqué:
Or quelques
«

De quel droit me dites-vous cela?
à Stefan Zweig: mainma vie depuis

mois plus tôt, il écrivait avec qui je partage
»

Il s'agit d'une nouvelle attaque de mon cher vieux (Impact Médecin (I.M.) le 16.10.82).

carcinome

tenant seize ans.

Quelques malades, de plus en plus rares, revendiquent ingénument leur droit au mensonge. Des femmes disent avoir au sein, un truc,une boule, un machin, un kyste... tout en acceptant les traitements les plus agressifs.
«

Ne me dites pas que c'est un cancer gémit cette
vieille dame... sinon je me tue. un minuscule «baso-cellulaire », can-

insupportable Elle avait 14

cer de la peau à évolution très lente. Un dermatologue la traita avec le diagnostic de verrue et elle continua à tyranniser sa descendance. Pour certains intégristes, dire la vérité relève du pouvoir médical. L'un d'eux a raconté sa lutte impuissante pour convaincre un de ses amis, entêté à garder ses illusions ou à les feindre. (8) Depuis quelques années, se développe la mode de la vérité matraque. Assommé par un discours scientifique qui le dépasse, le malade est prêt à tout accepter, des expérimentations les plus douteuses à la mort programmée. A l'opposé, le diagnostic est souvent nié rétrospectivement dans les cas favorables: «un cancer,

mais voyons vous ne seriez plus là ! »
Cette attitude fréquente chez le praticien s'oppose à la surveillance à vie imposée par les spécialistes. Ainsi sur les 7 à 800 000 Français guéris d'un cancer, la moitié ignore qu'ils en ont eu un et l'autre qu'ils en sont guéris. Refusée au malade, la vérité est généralement livrée, toute crue à sa famille. A l'annonce qu'on va lui enlever l'utérus, une malade du Pavillon des Cancéreux se lamente « c'est la fin de ma vie, mon mari va me quitter ». Son médecin, une femme, lui répond: vous n'avez rien à lui dire, il ne l'apprendra jamais. Aucune loi ne délie le médecin du secret professionnel à l'égard de la famille du malade.

LE DROIT DE CHOISIR Qu'est-ce que c'est encore ces piqûres? Kostoglotov. demande

15

- Des piqûres très importantes pour votre vie. - Mais plus précisément quelle est leur action? - Quel besoin avez-vous de précision? Vous ne comprendriez pas. Pourtant l'étudiante Zoé lui dit la vérité: - Aux femmes on injecte des hormones masculines et aux hommes des hormones féminines... de fortes doses peuvent faire pousser de la barbe aux femmes et des seins aux hommes. Kostoglotov interroge le seul médecin homme du service: est-ce que le traitement fini, son désir reviendra? L'autre élude la question:
«

Ce ne sont pas les nanas qui font tout le bon

côté de la vie, ça ne fait qu'empêcher de s'occuper des choses sérieuses ». Et Kostoglotov: A moi il ne reste rien de plus sérieux. (4) Finalement il refuse le traitement, fort discutable dans son cas et obtient sa sortie... Nous connaissons la suite; c'est la vie de Soljenitsyne. Cela arrive aussi aux médecins. Un matin sous la douche le Docteur Rolande M. fut d'emblée certaine. En 1955, l'amputation ne se discutait pas. Le Docteur M. n'en voulait à aucun prix. Un chirurgien promit de se borner à l'ablation de la tumeur (elle était minuscule) mais il prévint le mari qu'en cas de cancer il pratiquerait l'intervention classique et mettrait la malade devant le fait accompli. A l'époque, c'était au mari d'autoriser sur sa femme les interventions dangereuses ou mutilantes. Celui de Rolande M. refusa de mentir. La tumorectomie suivie de radiothérapie est aujourd'hui un protocole courant pour les cancers de bon pronostic. Celui de Rolande M. l'était; il mit 12 ans à la tuer.

16

LE SECRET

MEDICAL, POUR QUOI FAIRE?

Au printemps de 1944, les autorités d'occupation prétendirent imposer aux médecins la dénonciation des blessés du maquis. Le Professeur Portes, Président de l'Ordre*, adressa à tous ses confrères un télégramme, leur rappelant qu'« appelés auprès de malades ou de blessés, ils n'ont d'autre mission à remplir que de leur donner des soins ». Parmi ces blessés se trouvaient des auteurs d'attentats contre l'armée allemande. Plusieurs médecins payèrent de leur vie le respect du secret médical. Inscrit dans le Code Civil depuis 1810, celui-ci est en effet un droit du malade qu'il protège contre toute indiscrétion à l'égard de son employeur, de l'Administration, de sa propre famille... voire de la Justice. C'est singulièrement au nom du secret médical que les hôpitaux français refusent au malade la communication de son dossier. La loi du 6 janvier 1978 sur l'accès aux documents administratifs précise en

effet:

«

Lorsque l'exercice

du droit d'accès s'appli-

que à des informations à caractère médical, cellesci ne peuvent être communiquées à l'intéressé que par l'intermédiaire d'un médecin qu'il désigne à cet effet ». Encore ce médecin n'est-il pas obligé de transmettre les informations reçues. Lui aussi possède le pouvoir outrancier de décider ce que le malade est en droit de savoir (d'après le Monde du 11 février 1989, il aurait souvent le plus grand mal à obtenir communication du dossier de ses patients). Le 24 janvier 1984, le Parlement de Strasbourg

* Pourtant

nommé

par

le régime

collaborateur

de Vichy. 17

adoptait «la Charte Européenne des droits du patient» lui reconnaissant notamment ceux: - de consulter personnellement son dossier hospitalier; - d'accepter ou de refuser la poursuite des soins; - de recourir aux tribunaux pour juger d'atteintes éventuelles à ses intérêts; - de se faire représenter par des organismes indépendants (QM 30/01/84). Quelques semaines plus tard, Edmond Hervé, alors sous-secrétaire d'Etat à la Santé, répondait à une question de parlementaire: - «Il convient d'observer en premier lieu que, compte tenu du caractère technique des renseignements, le malade ne pourrait, bien souvent, les interpréter... » - «Il peut arriver parfois que le dossier médical contienne, en termes intelligibles pour un profane, des indications dont la révélation directe au malade pourrait 'le perturber gravement» (Journal Officiel 5/03/84). Ainsi, l'ignorance où le malade est maintenu aurait une justification double et contradictoire: il est à la fois incapable de comprendre... et incapable de supporter ce qu'il comprend... Force resta donc, en France, à la loi du silence. En 1986, dans une lettre au ministre de la Santé, un hospitalisé exposait au refus de communication qui venait de lui être réitéré, trois objections majeures: - «Commerciale: c'est le seul article, à ma connaissance, dont une personne qui l'a payé se voit refuser l'acquisition; - Médicale: le citoyen est le maître absolu de sa santé, et personne ne peut s'arroger le droit de la gérer en dehors de lui, y compris le secret médical, qui n'est pas l'apanage du médecin, mais du patient; 18

- Sociale: on nous rebat les oreilles du déficit de la Sécurité Sociale, du coût des soins, du prix de revient, mais ce simple abus de pouvoir coûte des sommes importantes, du fait qu'il y a lieu, dans beaucoup de cas, de doubler ou même tripler les examens ». (Cité par l'Impatient, Mars 86). Par une interprétation extensive, certains services de cancérologie n'accordent aucun renseignement au médecin « désigné» ; ils prétendent que le malade, devant être suivi à vie en centre spécialisé, n'aura plus jamais de médecin hors de l'hôpital.

Le refus de communiquer n'est pas une exclusivité hospitalière. Le Conseil de l'Ordre est parfois saisi de cas où des médecins du travail refusent de donner au médecin traitant les raisons de l'opposition à l'embauche ou de la mise en incapacité (Concours médical CM 28/09/86). Du secret opposé au malade, on peut parfois se demander s'il s'agit du secret médical à proprement parler, du secret industriel, relatif aux risques professionnels ou du secret administratif, couvrant certaines erreurs médicales. Des enquêtes américaines ont pourtant montré que les malades au courant (fût-ce de l'aspect expérimental des soins) suivent mieux leur traitement, sont moins anxieux et... font moins de procès. J'ai constaté, au cours d'un long exercice professionnel. que les médecins, les cliniques et les hôpitaux avaient d'autant plus tendance à détourner le secret médical en secret envers le malade, qu'ils avaient à cacher davantage de carences dans leur pratique.

19