La Méditerranée à l'épreuve de la mondialisation

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Ce numéro se donne pour ambition d'animer la réflexion sur les conditions et les perspectives de succès de l'Union pour la Méditerranée, sans oublier l'état actuel des défis.

Publié le : lundi 1 septembre 2008
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EAN13 : 9782296203136
Nombre de pages : 259
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@ L'Harmattan, 2008 5.7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion. harmattan @wanadoo.fr harmattan 1 @wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-06088-3 EAN : 9782296060883

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Revue périodique

L'HARMA

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Revue périodique paraissant trois fois par an, publiée par C(5~ ()1titmt centre associatif interculturel N° d'enregistrement 25020302 Directeur de publication Wafik Raouf waflk.Jaouf@hotmail.com
Coordinateur Ata Ayati ataayati@yahoo.fr Lectures et Michel Monique Alexandre corrections Guillon Jouffroy Lengagne

Comité de lecture . Djamshid Assadi,

Groupe E.S.C.

Dijon-Bourgogne 8 Fabrice

Balanche, Université de Lyon II 8 Lotti Bennour, Université de Technologie de Be!fOrt-Montbéliard 8 Jacques Fontaine, CNRS et Université de Franche-Comté 8 Gérald Gaillard, Universitéde Lille . Philippe Haeringer, Université de Paris X-Nanterre 8 Edmond Jouve, Université de Paris V 8 Salah Oueslati, Université de Poitiers

C(8'lI/}t()~

: 89, Avenue du Roule

92200 Neuilly (France) Tél: 01.47.22.90.12 Fax: 01.47.45.41.36 eurorient@free.fr www.eurorient.net

Pourquoi la revue EurOrient ?
Un pont entre deux mondes

En un temps où l'Orient et l'Occident semblent revivre un épisode d'incompréhension réciproque, à la fois culturelle, politique et économique, il est bon de jeter des ponts. Une longue histoire d'interdépendance entre ces deux berceaux de civilisation invite à ce rapprochement. Cette revue proposée par des intellectuels des deux versants de la Méditerranée souhaite apporter sa contribution, ne craignant pas d'élargir l'échange à l'ouest jusqu'en Amérique, à l'est et au sud jusqu'au plus profond de l'Asie et de l'Afrique. Les sujets publiés sont souvent de l'ordre des sciences politiques, mais concernent également les questions de société, le monde urbain, les défis économiques et les migrations. En filigrane apparaissent des visions du monde et de l'homme qui parfois convergent, parfois s'éloignent. Mais l'échange des savoirs est la meilleure façon d'additionner les expériences et d'en valoriser la diversité.

Revue publiée avec le concours du Centre national du livre

La loi du 11 Mars 1957 interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l'auteur ou ses ayants droits, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal.

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n° 27 - 2008

Méditerranée à l'éprouve de la mondialisation Marchés, sociétés civiles et cultures
Sous la direction de Djamshid Assadi Professeur au vu e E.S. C. Di .on-Bour. 0 e

Sommaire
* Présentation
... ... ... ..1

* Jean-Louis Remouit L'histoire contemporaine du partenariat entre le Nord et le Sud de la Méditerranée: E'V'euxet défisde l'union .11
Bonet Fernandez * Hicham Abbad et Dominique Les enjeux de la coopération entrepreneuriale entre l'Europe et la Méditerranée: Le casdu partenariat entre les distributeursrançais et les PME f marocaines .23

Dorra Yahiaoui * L'orientation stratégique des ressources humaines dans l'espace EuroMéditerranéen: Cas desmultinationales françaisesen Tunisie 47 Saeed Paivandi * La mobilité internationale des étudiants et la circulation des cerveaux entre les deux rives de la Méditerranée: Le casde la France 65
* Molka Abbes L'impact de la confiance sur la satisfaction du consommateur et son engagement avec l'enseigne: Cas de la distribution deparfums et cosmétiquesen Tunisie ..... .... ............. 93

Fatma Smaoui * Le consommateur tunisien et la mode: entre l'Orient et l'Occident? Une étudeexploratoire .123

Mario d'Angelo * L'attractivité culturelle et touristique monde * Jean-Guillaume Ditter L'Albanie: De l'autarcieà la mondialisation

de la Méditerranée

dans le ..139

149

* Thirry Coville Les économies du Golfe Persique face à la mondialisation: Orientl'autreunionnaturelle our la Méditerranée p ? François Vallançon * De la Démocratie: Considérationsnon)inactuelles (

Le Mqyen167

.177

* Rasoul N amazi Les droits de l'Homme sont-ils universels? L'analYsecomparative u contexte d cultureldesdeux rivesde la Méditerranée .183 * Steven Ekovich Prolégomènes à toutes considérations sur la sécurité en Méditerranée
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .199

* Père Geoffroy Marie La question du religieux et l'Union Méditerranéenne
Annexes.

207
.219

Revue des livres 8 Hichem djaït: La vie de Muhammad.
histoire Espanal: Lacoste: de l'Islam à l'usage de tous.

.227 8 Antoine Sfeir: Brève
Béatrice Patrie et Emmanuel

.

Méditerranée. Adresse au Président de la République. Géopolitique de la Méditerranée.

.

Yves

Revue des revues...

235

.

Cultures & Conflits, n° 69 - printemps 2008.
et de la Méditerranée, n°

. Revue
.

des mondes
Confluences

musulmans

121-122.

Méditerranée, n065 - printemps 2008. . La pensée de Midi, n023, février 2008. Politique Américaine, nOlO, printemps 2008.

.

Présentation

La Méditerranée: de l'Union avec l'Europe à la mondialisation
'Union pour la Méditerranée est la dernière tentative en date de "pax" pour une région vieille de plusieurs millénaires et comptant plus de 400 millions d'habitants aujourd'hui. Du "mare nostrum" romain jusqu'à la décolonisation des pays du Sud après la deuxième guerre mondiale, en passant par l'Église d'Alexandrie, la "nouvelle Rome" de Byzance, l'empire Ottoman et la colonisation des pays méridionaux par l'Europe septentrionale pendant trois siècles, la Méditerranée a été à la fois le théâtre de multiples affrontements territoriaux, religieux, ethniques et le carrefour de dialogues et de rencontres. La Méditerranée, terre de tensions

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La paix est-elle possible sans «pax» imposée entre les pays adossés à la «mer au milieu des terres », avec ses 38000 kilomètres de pourtour? A priori, il semble que rien ne prédispose les riverains de la Méditerranée à s'entendre et encore moins à œuvrer de concert. Les dissemblances, qu'elles soient économique, politique, sociale, etc. sont considérables. La plus manifeste des dissonances réside sans doute dans le fait que la paix rapproche de plus en plus les pays du Nord, alors que dans le Sud, les conflits fragilisent les rapports entre les nations. Du Maroc à la Turquie, les conflits armés ou querelles frontalières compliquent toute tentative de coopération: Syrie-Liban, Grèce-Turquie, Chypre du NordRépublique de Chypre, le Sahara occidental, le statut de Jérusalem, le problème de l'eau en Cisjordanie et surtout la question palestinienne. S'y ajoutent les rapports entre les mouvements fanatiques des trois religions monothéistes de la région-même si les extrémistes issus de la mouvance islamiste sont aujourd'hui beaucoup plus en vue- et les réminiscences des rapports entre le colonisateur et le colonisé. La question socioculturelle n'est pas moins équivoque. Les peuples des rivages nord et sud de la Méditerranée, peuvent-ils vivre

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pacifiquement ensemble et coopérer efficacement alors que les attentats comme ceux de Madrid et de Londres ou l'affaire des caricatures de Mahomet, ont avivé dans le Nord des peurs, attribuées à tort ou à raison, aux maux en provenance du Sud? Cette question ne cesse d'être posée d'une manière récurrente avec la libre circulation des personnes originaires de la Méditerranée du Sud et le développement des communautés immigrées en Europe. Faut-il attendre la fm des affrontements armés d'une part et l'apaisement des tensions sociales d'autre part, pour prendre conscience qu'il existe également un vrai gouffre politique entre les deux rives de la Méditerranée? Faut-il rappeler qu'alors que la démocratie s'enracine et se répand dans l'Europe méditerranéenne, des régimes politiques bien différents se dessinent de l'autre côté de la Méditerranée: la république devient héréditaire dans les pays comme la Syrie, l'Égypte et la Libye. Les présidents en exercice en Tunisie, au pouvoir depuis 1987, et en Algérie, s'apprêtent à faire modifier la Constitution dans leur pays pour s'offrir respectivement une présidence à perpétuité et un troisième mandat pour Bouteflika en Algérie. D'une façon générale, à l'exception de la Turquie, à l'Est, le reste du pourtour méditerranéen non-européen semble être viscéralement à l'écart des évolutions démocratiques qui traversent plusieurs pays en voie de développement dans le monde. Peut-on alors raisonnablement espérer en la pérennité d'une Union dans laquelle sont censés travailler ensemble les dirigeants démocratiquement élus et ceux qui persistent à maintenir leurs réseaux au pouvoir ? La fracture économique entre le Nord et le Sud ne creuse pas moins le fossé qui les sépare politiquement. Les pays de la rive sud réalisent 50°/0 de leurs échanges avec l'Union européenne tandis que 8°1o de son commerce extérieur s'effectue dans le sens contraire. Par ailleurs, les Européens de la Méditerranée produisent 90°/0 du PNB du bassin alors qu'ils ne représentent que 40°/0 de la population. Si l'on considère le produit intérieur brut (FIB) par habitant en parité de pouvoir d'achat entre 1990 et 2006, les écarts entre les deux régions se sont accrus ces dernières années. Seul un taux de croissance annuel de 7 °/0 à 8 °/0 au Sud pourrait réduire cet écart. L'on peut légitimement reprocher, à la grande majorité des gouvernements de l'autre côté de la Méditerranée, leur incapacité à assurer la croissance économique et à faire participer les populations aux opportunités qu'offre la mondialisation. Finalement, il faudrait rappeler le problème épineux que pose l'absence ou la place extrêmement timide de la société civile dans les plans d'union méditerranéenne. Qui peut encore douter aujourd'hui du

rôle des organisations non-gouvernementales et du secteur privé pour favoriser une insertion efficace et harmonieuse des sociétés dans la mondialisation en cours? La Méditerranée, un potentiel économique et humain

On peut encore ajouter d'autres malheurs et motifs d'inquiétude à cette liste. Mais telle n'est pas notre intention. Ce numéro se donne en réalité pour ambition d'animer la réflexion sur les conditions et les perspectives de succès de l'Union pour la Méditerranée, sans oublier l'état actuel des défis. Les raisons d'espérer pour le succès et même le triomphe de l'Union pour la Méditerranée sont bien réelles. En effet, le bilan des relations institutionnelles et interétatiques en vue de la promotion du partenariat entre les rives de la Méditerranée n'est pas tout à fait négatif- malgré les résultats inférieurs aux attentes. Le dialogue officiellement instauré entre l'Union Européenne et les pays méditerranéens du Sud a su encourager et sponsoriser le programme de la Banque européenne d'investissements (BEI), notamment en faveur du développement de l'Algérie, de l'Égypte, de Gaza et de la Cisjordanie, d'Israël, de la Jordanie, du Liban, du Maroc, de la Syrie et de la Tunisie. Les opérations menées par la BEI en Turquie sont placées sous tutelle du département Europe du Sud-est. Jean-Louis Remouit replace les projets méditerranéens de coopération dans une perspective historique afm d'analyser les raisons des échecs ultérieurs et surtout pour proposer corollairement des idées assurant le succès institutionnel de l'Union pour la Méditerranée (L' histoire contemporainedu partenariat entre le Nord et le Sud de la Méditerranée: Enjeux et défis de l'union). Jean-Guillaume Ditter évoque, par ailleurs, le cas de l'Albanie (L'Albanie, de ! autarcie à la mondialisation), écartée du monde sous le régime d'Enver Hoxha et convertie à une économie ouverte après la chute du régime communiste, pour rappeler que la simple ouverture du pays ne suffit pas pour s'intégrer avec succès à la mondialisation. Selon lui, les institutions adaptées doivent régulariser et soutenir le processus d'intégration dans la mondialisation. Thierry Coville constate un mode de mondialisation semblable chez les voisins du Golfe Persique de la Méditerranée (Les économiesdu Golfe Persique face à la mondialisation). Pour lui, la mondialisation des économies du Moyen-Orient, malgré certains résultats relativement favorables sur le plan macro-économique, reste celle d'économies en

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voie de développement, essentiellement exportatrices de matières premières et importatrices des produits manufacturés. Il propose, comme l'auteur de l'article sur l'Albanie, des réformes institutionnelles.

Le dynamisme de la société civile dans la Méditerranée du Sud
Parallèlement aux initiatives institutionnelles, la société civile se met également en mouvement dans la Méditerranée du Sud. J}exemple suivant nous invite à être optimiste. Avant l'adoption de la nouvelle Constitution en 1989 qui reconnaît le multipartisme, il n'y avait que quelques "associations civiles" en Algérie, toutes contrôlées par l'État. Aujourd'hui, il en existe plus de 60 000. Dans cette perspective de la promotion de la société civile au Sud, l'Union Européenne, comme les États-Unis, demandent en contre-partie de leurs aides une participation croissante de la société civile au processus de développement. Ces efforts doivent être consolidés de sorte que la société civile dans les pays du Sud puisse participer davantage aux tentatives de coopération entre les rives de la Méditerranée. L'Europe, le premier pourvoyeur d'aide en Méditerranée, privilégie son soutien, depuis octobre 2002, au secteur privé et à la création d'un environnement favorable à l'investissement. Hicham Abbad et Dominique Bonet Fernandez dévoilent dans leur article comment, dans le contexte du libre échange, le partenariat entre deux acteurs économiques des sociétés civiles implantées sur les deux rives de la Méditerranée, les petites et moyennes entreprises agroalimentaires au Maroc d'une part et la grande distribution européenne d'autre part, peut s'avérer mutuellement bénéfique. Dorra Yahiaoui s'intéresse également au développement des coopérations internationales dans la zone euro-méditerranéenne, marqué par un flux croissant de délocalisations des multinationales des pays du Nord vers ceux du Sud (L'orientation stratégique des ressourceshumaines dans l'espace Euro- MéditetTanéen. Cas des multinationales françaises en Tunisie). Pour son analyse, elle s'appuie sur le cas des politiques de G RH (gestion des ressources humaines) des multinationales françaises au sein de leurs filiales tunisiennes. Dorra Yahiaoui constate des pratiques identiques en matière de gestion des ressources humaines entre la France et la Tunisie; ce qui témoigne d'une certaine similitude comportementale économique entre la société civile du Nord et celle du Sud de la Méditerranée. Le

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comportement des Méditerranéens du Sud serait-il alors si différent de celui des voisins du Nord dans le domaine politique? S'y apparente la contribution de Saeed Paivandi qui étudie la mobilité estudiantine, conune flux potentiel de travailleurs qualifiés, pendant ou après les études (la mobilité internationale des étudiants et la circulation des cerveaux entre les deux rives de la Méditerranée. Le cas de la France). Il constate que la France et l'Europe constituent toujours une destination privilégiée des jeunes candidats à l'immigration, surtout en provenance du Maghreb et du Moyen-Orient. Selon lui, à rebours de l'idée communément admise que les pays sous-développés, auxquels font cruellement défaut les cadres nécessaires à leur développement, reçoivent une assistance technique des pays riches, ce sont les pays sousdéveloppés qui, chaque année, fournissent des médecins, des ingénieurs ou des professeurs aux pays industriels. Mais le débat sur le retour des élites humaines qualifiées mis à part - bien qu'indispensable pour le développement du Sud, on peut légitimement se poser la question suivante: le Méditerranéen du Sud, surtout lorsqu'il est qualifié, est souvent sollicité par les pays du Nord pour s'intégrer dans la sphère économique de leurs sociétés civiles. Le Méditerranéen du Sud n'est pas moins bien intégré politiquement. Pourquoi douter alors de sa capacité à construire une société civile dans son pays d'origine, basée sur la démocratie et l'économie de marché, à l'instar de celle du Nord? MoIka Abbes étudie à son tour l'importance de la confiance pour le développement des échanges et transactions dans la sphère économique et d'affaires de la société civile d'un pays méditerranéen du Sud, la Tunisie. A partir des résultats probants de son étude, l'on peut légitiment s'interroger sur les préalables de l'instauration de la confiance dans d'autres aspects de la vie sociale, de même que sur les possibilités d'extension de cette confiance économique vers le politique et le social. Fatma Smaoui adopte une approche économico-sociale originale et analyse la vitalité de la société civile dans le Sud (Le consommateur tunisien et la mode: entre l'Orient et l'Occident?). Elle montre comment les consommateurs tunisiens, à travers la « consommation de la mode », trait caractéristique de la société moderne de consommation, cherchent à se distinguer, se construire une identité non-conformiste et s'identifier aux groupes de leurs choix. En vertu de ce qui précède, il semble que la société civile méditerranéenne du Sud soit bien présente, quoique à sa manière et en observant intelligemment les contraintes politiques. En tout cas, pour ne

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pas se heurter aux rapports complexes qui régissent les relations entre pouvoir politique et société civile dans les pays du Sud, le projet d'Union pour la Méditerranée se veut beaucoup plus pragmatique que les projets précédents et surtout celui de Barcelone. L'Union pour la Méditerranée vise en fait à développer de nouveaux mécanismes de coopération entre les pays riverains, sans aller jusqu'à l'intégration. Les désaccords politiques ne doivent pas bloquer le dynamisme de coopération. Mais l'Europe démocratique ne vendrait-elle pas alors son âme si elle ignorait intentionnellement ou renvoyait au deuxième plan la question politique et celle des droits de l'Homme dans les pays de la Méditerranée du Sud? L'on peut assurément répondre négativement à cette question qui sous-tend la capitulation morale et la recherche de l'intérêt économique pour prix de l'abandon des valeurs humanistes. En fait, si l'on considère que les questions politiques, telles que la paix, la démocratie et les droits de l'homme sont l'aboutissement du développement économique et de l'insertion productive dans la mondialisation, alors les entreprises économiques et politiques ne se neutralisent pas, mais se complètent. C'est en avançant sur des coopérations concrètes, de plus en plus étroites que l'on peut créer des liens de solidarité entre les peuples. Dans le domaine de la démocratie politique, François Vallançon et Rasoul Namazi procèdent à une analyse théorique et ouvrent de nouvelles perspectives concernant l'existence de formes alternatives de la démocratie et des droits de l'Homme et les possibilités d'enracinement de ceux-ci dans d'autres aires géographiques que celle de l'Europe où la démocratie moderne est née. François Vallançon se demande si la démocratie constitue toujours un bienfait ou si elle l'est seulement à certaines conditions (De la Démocratie: Considérations (non) inactuelles). Il propose de voir d'autres formes de démocratie, figurative et abstraite, à l'instar de la métaphore picturale. La démocratie figurative serait illustrée par un visage symbolique, reconnaissable par tous les citoyens; alors que dans la démocratie abstraite, la représentation chasse et remplace les présents et les oblige à se reconnaître dans des abstractions. Rasoul Namazi s'intéresse au concept des droits de l'Homme et se demande si celui-ci est une valeur purement occidentale d'origine grecque et chrétienne, ou plutôt une œuvre humaine universelle, quoique née en Occident sous sa forme moderne? Sa réponse est sans équivoque: il n'est pas un produit « naturel et automatique» de l'Occident, mais une

invention moderne.

universelle,

aboutie

d'une

manière

contingente

en Occident

La Méditerranée,

entre l'Europe

et le monde

Le périmètre de l'Union est maintenant conftrmé : seraient membres de plein droit tous les pays riverains de la Méditerranée, soit 25 pays, y compris le Portugal, la Jordanie et la Mauritanie qui sont déjà membres de divers processus de coopération méditerranéenne. L'UE en tant que telle, comme la Ligue arabe, seraient également membres de plein droit. Compte tenu du destin historique et mondial de la Méditerranée, il semble fort vraisemblable que l'avenir du projet de l'Union pour la Méditerranée dépasse le cadre strict des pays riverains car il peut encourager ou décevoir toute tentative de coopération entre riches et pauvres pour sortir de la misère et rejoindre le monde de la prospérité et de la liberté. Mario d'Angelo explique justement dans son article (L'attractivité culturelle et touristique de la Médite17"anée dans le monde) le lien particulier qui existe entre tourisme et culture pour insister sur l'exemplarité et l'attractivité de l'aire méditerranéenne en tant que carrefour des culturesmondes. Si la Méditerranée est un exemple de développement pour d'autres pays du Sud et un bassin de confluence de plusieurs culturesmondes; alors, pour bien réussir, l'Union pour la Méditerranée doit pouvoir intéresser et impliquer d'autres puissances d'inspiration démocratique, et ouvertes à l'économie de marché et au libre-échange, dans le monde. A cet égard, les projets tels que celui de "Grand MoyenOrient" des Américains et ceux élaborés par les pays méditerranéens doivent plutôt se compléter que se neutraliser en rivalité. A ce propos, Steven Ekovich avance que la f111de la Guerre froide devrait réorienter l'attention des deux berges de l'Atlantique vers le Sud et surtout la Méditerranée orientale, des rives du «Levant» au Golfe Persique, région qui représente des intérêts stratégiques
indéniables, pour les Américains, Européens et

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Japonais.

Toutefois,

précise-t-il, le cadre d'analyse devrait inclure non seulement l'ensemble des accords réciproques entre les États mais également des relations entre les populations, sous-groupes et entités économiques. Pour lui, l'éventail des problématiques de sécurité s'est donc élargi, incluant toutes les relations d'ordre économique, politico-militaire, social et culturel. Le

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concept de sécurité s'est en fait élargi pour inclure un système d'interdépendance entre des composants économiques, écologiques, politiques et stratégiques, mais également des variables sociales et psychologiques plus ou moins intangibles, telles que le sentiment de confiance, et la manière d'envisager le présent et de construire le futur (Prolégomènesà toutes considérationssur la sécuritéen Méditerranée). Je laisserai le mot de la fin de ce numéro spécial sur la Méditerranée au père Geoffroy-Marie. Son article (La question du religieux et l'Union Méditerranéenne) n'était pas initialement destiné à jouer le rôle de conclusion dans ce numéro. La décision m'est venue a posteriori. Mais, l'idée et l'analyse du père Geoffroy-Marie complètent, en effet, les contributions plutôt économiques et politiques des autres auteurs. Le père Geoffroy-Marie propose d'orienter le débat d'une manière urgente vers l'identité de l'Homme et la culture pour que le bassin méditerranéen devienne le lieu privilégié d'un dialogue fructueux entre les peuples, les civilisations judéo-chrétienne et islamique, de même qu'entre le monde occidental et le monde oriental. Dans cette perspective, il se demande si le fait religieux est une force ou une entrave à l'V nion Méditerranéenne. Compte tenu du fait que le bassin méditerranéen se caractérise par une mosaïque de traditions religieuses et d'éthiques culturelles si différentes, sa question, de même que sa tentative de réponse, méritent la réflexion et le débat: Avec la mondialisation, notamment celle des moyens de communication, une religion ne peut plus s'émanciper du reste du monde et s'aff11'mer comme l'unique voie de sagesse. Elle est invitée à une rationalité par la voie philosophique et à répondre à certaines visées des droits de l'homme qui se sont progressivement imposées en Occident et qui influencent aujourd'hui l'Orient. Au-delà de toute confession religieuse, les droits de la personne peuvent constituer le dénominateur commun, le fondement le plus profond de la culture et de la religion. Entre le syncrétisme stérile des croyances et l'intolérance religieuse au nom d'une vérité divine, la rationalité religieuse réconciliera l'attachement à une croyance spécifique avec le respect des autres approches du divin: tuer au nom de Dieu, torturer, aliéner j'homme sous quelques formes que se soient, nepeut être validépar une quelconque spécificitéreligieuse.Car si Dieu existe et qu'il est le créateur, l'homme est sa créature et Dieu ne peut admettre qu'on aliène l'Homme en son Nom!

Ce numéro spécial, essentiellement axé sur la sphère économicopolitique, ne pouvait ignorer l'importance de la spiritualité dans la formation des cités méditerranéennes et le rôle qu'elle peut jouer, à côté d'autres facteurs, de nature économique, politique et institutionnelle, pour l'union de la Méditerranée.

Djamchid Assadi C(Sw~()ncnt Paris, juin 2008

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L'histoire contemporaine du partenariat entre le Nord et le Sud de la Méditerranée:
En~jeux et défis de j'union

Jean-Louis
Administrateur du Centre d'Études Philosophiques

Remouit
(CEPHI)

Résumé
L 'Union pour initiatives (PEV). Cette politique la Médite1Tanée proposée par EuroPéenne la France fait suite aux premières réalisées par la Commission dans le cadre de sa politique de voisinage (( s'est trouvée concrétisée dans le Processus de Barcelone)) afin de de part et d'autre de la Méditerranée. cependant la création d'une institution aux futures relations N ord-S ud Faisant La proposition française, politique spécifique qui suite à un exposé de

relancer le dialogue Nord-Sud sans être originale, présente donne un cadre construit

l'historique du projet d'Union, on montre que le point de vue traditionnel qui consiste à poser que les pro/ets commerciaux et culturels visant à valoliser les économies mutuelles est insuffisant, et que l'élaboration d'un préambule à l'Union est indispensable à la pérennité du projet. Dans ce cadre, la reconnaissance qu'Aristote constitue UII pivot commun de la politique et de la philosophie, pourrait constituer le socle conceptuel à l'Union sans pour autant en effacer l'approche pragmatique. Mots clés : Union pour la Méditerranée, Processus de Barcelone, Dialogue 5 +5.

Abstract la Médite1Tanée )), recentlY proposed by France, follows the previous first steps realised by the European Commission referring to is neighbourhood politics. The Union pour dialogue on each part of the Mediterranean
introduce however the set

((

That politics as been translated to the '7Jarcelona Process" toward the target of the north-south sea. The French proposa!, which is not the first,

up

of a political

institution

which

build

a frame

for

the next

north-

of the successive works about the Barcelona Process, we Sh01Vthat the traditional point of view which consists of raising the use of commerce and culture to enlarge the econo1J!)l is insufficient. We propose therefore a preaJnble to the south relationships. Following the presentation Union recognizjng that Aristote's for all the Mediterranean politics and philosophy should be the shared depal1ure point approach. countries without neglecti1zg the pragmatic

Key words : Union pour la Méditerranée, Processus de Barcelone, Dialogue 5+5

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a proposition française d'Union pour la Méditerranée n'est pas une nouveauté. Elle fait suite aux tentatives de l'Union Européenne visant à rapprocher l'Europe de ses nouveaux voisins frontaliers. Le processus dit de Barcelone en a été la dernière expression et son résultat, en termes de coopération nord-sud, ne s'est pas révélé à la hauteur de ses ambitions. Parmi les facteurs qui ont contribué à son échec relatif, il faut y voir un frein des États-Unis, mais aussi l'échec des pourparlers de paix au Moyen-Orient ainsi que l'incompréhension du Nord vis-à-vis du Sud tout autant que la méfiance du Sud vis-à-vis du Nord. L'exposé qui suit veut montrer que, sans la mise en place d'un préambule étayé, négocié, compris et associé à un dialogue culturel, le fonctionnement d'institutions régulant le voisinage européen en général et au sud en particulier ne peut guère déboucher.

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Les antécédents

de l'Union pour la Méditerranée

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12

L'initiative de l'Union Européenne Occidentale (DEO), en retrait depuis 2002 (voir le rapport de l'UEO sur le rapport entre l'Europe et le sud-méditerranéen dans la webographie), faisant suite à la chute de l'Empire Soviétique et la menace à l'est ayant disparue dans sa forme classique, visait à reporter ses moyens sur la sécurité brune, terme consacré pour désigner la menace terroriste. Cette initiative pris forme dès 1992 avec les pays du Maghreb et la Mauritanie. A ces pays se joignirent ensuite, l'Égypte en 1995, la Jordanie en 1995 et Israël en 1998. Ce groupe réunit les minis tres des affaires étrangères une fois par an. L'UEO avait été créée en 1954 pour réaliser une communauté de défense réunissant l'OTAN et l'Europe. Elle est maintenant en sommeil. Une autre tentative de coopération méditerranéenne s'est vue jour dès 1994, avec l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) qui a proposé un groupe de contact à vocation défensive entre l'Europe et la Tunisie, le Maroc, l'Algérie, l'Egypte, Israël puis la Jordanie. La même année, la France et l'Égypte créent un espace de réflexion sur la problématique méditerranéenne, le « forum méditerranéen », regroupant l'Algérie, l'Égypte, l'Espagne, la France, la Grèce, l'Italie, le 11aroc, le Portugal, la Tunisie et la Turquie. Puis la commission européenne mit en place une politique de voisinage appelée PEV (politique Européenne de Voisinage). Son champ d'action est celui des Pays méditerranéens et de l'Est européen.

La Commission utilise, pour mettre en œuvre la PEV, le programme EuropAid, programme de coopération multipartite au service du développement. EuropeAid coordonne les financements du budget européen d'une part et du fond européen de développement d'autre part. Par ses interventions, l'Union Européenne est devenu le premier donateur au monde. C'est le Conseil de l'Union qui f1Xe le cadre politique d'EuropeAid et détermine les budgets que vote le parlement de Strasbourg. EuropeAid est contrôlé par la Cour des Comptes Européenne. Pour ce qui concerne notre sujet, il convient de rappeler que la vision de la Commission correspond à une méditerranée élargie. Par ordre alphabétique nous trouvons l'Algérie, l'Arménie, l'Azerbaïdjan, la Bélarusse, l'Égypte, la Géorgie, Israël, la Jordanie, le Liban, la Lybie, la Moldavie, le Maroc, la Palestine, la Syrie, la Tunisie et l'Ukraine. La France, pour sa part, a créé en 1990 la Fondation méditerranéenne d'Etudes Stratégiques (FMES), association de type loi 1901, qui a pour objectif de contribuer à la sécurité et la paix dans l'espace méditerranéen et pour le développement des pays du Sud de la Méditerranée. Le tournant du processus de Barcelone

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Lors de la Conférence de Barcelone des 27 et 28 novembre 1995, l'Autorité palestinienne, Chypre, Egypte, Israël, Jordanie, Liban, Malte, Maroc, Syrie et Tunisie, lancent le « Partenariat euro-méditerranéen », autrement appelé Euromed. Ce processus, traduit en quatre volets, sécuritaire, commercial, fmancier et fmalement migratoire, a comme objectif l'édification d'une zone de libre échange. Cette mise en place est prévue pour 2010 avec les appuis fmanciers de la Banque Européenne d'Investissement (BEI) et des Programmes sectoriels divers. Des moyens militaires de police et de maintien de l'ordre, tels que l'EUFOR qui est une force terrestre permanente et l'EUR01\1A.RFOR qui constitue une force maritime non permanente, sont intégrés au Processus de Barcelone. En ce qui concerne, la Sécurité civile au Sud et la défense européenne, rappelons que dans le nouveau traité de Lisbonne (Article 4), la sécurité des pays partenaires relève de la souveraineté nationale de chaque état membre. Mais dans son article 24, le traité de Lisbonne réitère la disposition, en vigueur depuis Maastricht (du 7 février 1992), selon laquelle «la compétence de l'Union en matière de politique

étrangère et de sécurité commune couvre (... ) l'ensemble des questions relatives à la sécurité de l'Union ». Il laisse donc la porte ouverte à des dispositifs de sécurité communs. A ce titre, l'Europe est intervenue comme force de police dans les théâtres suivants: Liste des interventions Nom d'opération Artémis MPUE civile EUFOR Althéa EUSEC RDC civile EU]UST-Lex EU BAM Rafah civile EUPOL COPPS civile EUPOL RD EULEX récentes Théâtre de la communauté européenne Date 2003 2003 2004 2005 2005 2005 2006 2007 2008

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Dans le cadre général des interventions européennes, nous pouvons notamment isoler trois interventions récentes en zone méditerranéenne: l'opération militaire ALTHEA en BosIDe-Herzégovine, dont la restructuration s'est opérée durant l'année 2007, avec une réduction des effectifs; la mission de police de l'UE en Bosnie, lancée en janvier 2003, et dont le mandat a été prorogé f1112007; et la mission EPUE Kosovo, chargée de préparer la plus importante mission que l'Uruon envisage de mener au Kosovo, et à laquelle les Etats-Unis ont déjà signalé leur intention de participer. Les partenaires méditerranéens internationaux des projets de coopération

La description des projets de coopération méditerranéens serait incomplète sans l'analyse des stratégies d'autres acteurs internationaux à l'égard de la Méditerranée. Une attention particulière doit être portée à l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN) et à La Ligue Arabe. Après la chute de l'Empire Soviétique, au lieu de se dissoudre, l'OTAN, née en avril 1949 avec le traité de Washington, se donne comme objectif stratégique la lutte contre le terrorisme et s'étend dans le

même temps aux pays de l'est européen. Déjà très impliquée dans la sécurité de l'Europe, l'OTAN s'est rapidement trouvée associée, avec ses moyens, à la politique de voisinage de l'Europe en méditerranée. C'est ainsi que l'OTAN est devenue non seulement partenaire d'Euromed, mais également celui de plusieurs pays méditerranéens: -Plan trans-saharien contre le terrorisme (fSCP : Trans-Sahara Counter - Terrorism Partnership) organisé par Ie commandement américain en Europe avec le Tchad, le Mali, la Mauritanie, le Maroc, le Niger, le Nigéria, le Sénégal, la Tunisie et l'Algérie depuis le premier exercice Flintlock de 2005. -Manœuvres militaires Active Endeavour avec l'Algérie et l'Egypte combinant les forces navales de l'OTAN de Méditerranée et de l'Atlantique depuis 2005. -Création du CAERT à Alger le 13 octobre 2004 (Centre Africain d'Etudes et de Recherches sur le Terrorisme). -Plan Pan-Sahel fmancé par les USA à hauteur de 100 millions de dollars au profit du groupe Niger, Mauritanie, Mali, Tchad, Algérie et Maroc. -Plan «Dialogue Méditerranéen» de l'OTAN initié dès 1994 et signé avec la Turquie en 2004 à Istanbul en concurrence des initiatives européennes d'Euromed. Le dialogue méditerranéen de l'OTAN est organisé depuis fm 2007 autour de deux dispositifs: l'initiative de coopération d'Istanbul, et le forum méditerranéen. L'Initiative de coopération d'Istanbul (ICI) vise à promouvoir une coopération pratique avec les pays intéressés de la région du MoyenOrient élargie qui souscrivent à l'objectif et au contenu de cette initiative, notamment en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive. Le forum méditerranéen est un forum de consultations politiques et de coopération pratique vieux d'une dizaine d'années, qui comprend un élément bilatéral et un élément multilatéral. La seconde réunion a eu lieu à Bruxelles le 7 décembre 2007, réunissant des représentants de l'Algérie, l'Égypte, d'Israël, de Jordanie, de Mauritanie, du Maroc et de la Tunisie. L'autre partenaire de facto, La Ligue Arabe, est membre de droit de l'Union pour la Méditerranée. La Ligue Arabe est crée à l'initiative des Anglais le 22 mars 1945 à Alexandrie, avec sept pays fondateurs: l'Egypte, l'Irak, le Liban, l'Arabie saoudite, la Syrie, la Transjordanie et le Yémen nord, membres

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fondateurs. Depuis, il s'est joint la Libye en 1953, le Soudan en 1956, le Maroc et la Tunisie en 1958, le Koweit en 1961, l'Algérie en 1962, le Yémen du Sud en 1967 (réuni au Yémen du Nord depuis 1991, le Bahreïn, le Qatar, les Emirats Arabes Unis et Oman en 1971, la Mauritanie en 1973, la Somalie en 1974, Djibouti en 1977 et les Comores en 1993 et l'OLP représentant la Palestine en 1976. La naissance
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de l'Union

pour la Méditerranée

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L'idée d'un projet d'Union Méditerranéenne n'était pas nouvelle. On peut faire remonter son origine au traité de Marrakech du 17 février 1989 qui devait aboutir après que les discussions aient commencé en 1983 à l'initiative de la France, baptisé «Dialogue 5+ 5 », ce projet réunissait outre la France, le Portugal, l'Espagne, l'Italie et Malte pour les pays du Nord, le Maroc, l'Algérie, la Tunisie, la Libye et la Mauritanie pour les pays du Sud, d'où le terme de 5+5. Ayant été suspendu pendant la guerre du Golfe, le Dialogue 5+5 fut relancé en 2001 sur les trois thématiques de la sécurité, de l'économie et des migrations. Il réunit chaque année les ministres de la défense des 10 pays concernés pour traiter essentiellement de la surveillance maritime. Un comité directeur se réunit tous les six mois pour débattre des questions pratiques. Le sujet des migrations illégales, ou non désirées, prenant l'importance que lui donne l'actualité, la conférence annuelle est élargie depuis la réunion d'Oran en 2005 aux ministres des affaires sociales et aux ministres de l'intérieur. Le rapport Mus elier-Guib al, paru en décembre 2007, fait un point sur le dialogue euro-méditerranéen et propose un certain nombre de dispositifs pour relancer la coopération et l'instauration d'une nouvelle institution: Par la suite, le Conseil européen des 13 et 14 mars 2008 adoptent à l'unanimité un nouveau projet intitulé « Union Pour la Méditerranée ». Les conclusions de la Présidence slovène de l'Union européenne à ce propos sont laconiques: « Le Conseil européen a approuvé le principe d'une Union pour la Méditerranée qui englobera les États membres de l'UE et les États riverains de la Méditerranée qui ne sont pas membres de l'UE. Il a invité la Commission à présenter au Conseilles propositions nécessaires pour déftnir les modalités de ce que l'on appellera "Le processus de Barcelone: une Union pour la Méditerranée", en vue du sommet qui se tiendra à Paris le 13 juillet 2008.

Le glissement de la dénomination d'Union méditerranéenne vers l'Union pour la Méditerranée (UPM) marque que le projet ne soit plus celui de la simple initiative française mais celle des 27 états européens de l'UE. Elle se composerait ainsi: Un conseil de la Méditerranée à l'image du Conseil de l'Europe avec un secrétariat permanent Une charte des 27 Etats membre de l'UE et des pays riverains Des dispositions fmancières avec un budget, un livret d'épargne euro-méditerranéen (huit milliards euros transitent chaque année de l'Europe vers le Maghreb) Une politique de développement pour l'agriculture, l'énergie et

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Le fmancement des projets serait basé exclusivement sur les fonds alloués dans le cadre du processus de Barcelone, complétés par des financements issus de partenariats public-privé. L'Union serait coordonnée par deux directeurs en provenance d'un Etat membre de l'UE et d'un pays du Sud. Nommés pour deux ans, ils pourraient disposer d'un secrétariat léger de 20 personnes, et dont le siège pourrait se trouver à Barcelone ou à Marseille. L'Union Européenne et la Ligue Arabe en sont membres de droit. Elle réunit tous les pays sur la base du volontariat. Les pays concernés sont les 27 États membres de l'UE et les 12 États du sud et de l'est de la méditerranée. La Turquie réserve pour l'instant son avis, bien qu'elle ait été rassurée par l'appel de Rome, qui précise que ce projet n'interférerait pas avec son processus d'adhésion. Le Liban et la Syrie ne se sont pas encore prononcés. Le premier sommet de chefs d'états et de gouvernements aura lieu le 13 juillet 2008 à Paris et sera suivi d'autres sommets tous les deux ans. Les raisons d'échec du processus de Barcelone

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Bien que l'idée d'union autour de la Méditerranée soit consensuelle partout, au nord comme au sud, l'initiative de Barcelone n'a pourtant pas pris corps faute d'avoir été satisfaisante. Oublier ou ignorer

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