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LA MOUVANCE DES COMMUNISTES CRITIQUES

De
200 pages
Ce livre offre la photographie à un moment précis d’une mouvance politique difficile à cerner dans la complexité de ses courants. Il se présente comme la mise en parallèle systématique, pour la première fois peut-être, de la parole des militants et du discours des leaders, sur un plan de stricte égalité et à partir des mêmes questions. Ce livre donne à entendre les propos de quelque 90 militants et leaders recueillis au cours de séries d’entretiens de groupe. Les questions posées portaient sans complaisance sur des points centraux pour le communiste aujourd’hui : l’histoire du mouvement communiste au XXème siècle, les raisons de l’engagement militant, les rapports de la pratique à la théorie, la situation présente, les objectifs à court et moyen terme.
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LA MOUVANCE DES
COMMUNISTES CRITIQUES
Enquête sur le désarroi militant
une écoute sociopsychanalytique Gérard MENDEL, Jean-Luc PRADES et Déhora SADA
LA MOUVANCE DES
COMMUNISTES CRITIQUES
Enquête sur le désarroi militant
une écoute sociopsychanalytique
Éditions L'Harmattan L'Harmattan Inc.
55, rue Saint-Jacques 5-7, rue de l'École-Polytechnique
Montréal (Qc) — CANADA H2Y 1K9 75005 Paris
© L'Harmattan, 1997
ISBN : 2-7384-5559-X PRESENTATION
Le Groupe Desgenettes de Sociopsychanalyse( 1 ) a été contacté à l'été
1995 par plusieurs personnalités appartenant à la mouvance des com-
munistes critiques et se situant à l'intérieur ou bien à l'extérieur du
Parti Communiste. Etaient représentés des «Refondateurs » autour du
journal «Futurs » avec Guy Hermier, Roger Martelli et un proche de
« Futurs », Anicet Le Pors ; la Ligue Communiste Révolutionnaire
(L.C.R.) avec Alain Krivine et François Dietrich ; la Convention pour
une Alternative Progressiste (C.A.P.) créée autour de l'Alternative pour
la Démocratie et le Socialisme (A.D.S.) avec Charles Fiterman, Claude
Poperen, Gilbert Wasserman ; et « Confrontations » avec Philippe
Herzog et Bernard Marx. La demande était celle d'un «état des lieux »
préparant un Colloque en fin d'année, avec la perspective éventuelle de
regroupements ultérieurs permettant une action plus unitaire.
Pour mener à bien cette enquête, vingt et un entretien semi-directifs
d'une durée de deux heures environ chacun ont été exécutés lors de
deux temps distincts et à partir de deux questionnaires reproduits inté-
gralement en annexe, à la fin de la troisième partie de ce livre.
Lors du premier temps, dix entretiens soumis à des groupes de trois
personnes ont été menés par Mireille Bitan-Weiszfeld, Jean-Luc Prades
et Débora Sada.
L'analyse des réponses, au cours d'une deuxième phase, par le Groupe
Desgenettes, a permis l'élaboration d'un deuxième questionnaire pro-
posé dans un troisième temps à onze groupes plus importants en
nombre (une dizaine de personnes chacun). Les intervenants, Jean-Luc
Prades et Débora Sada ont ensuite procédé (4ème phase) à une nouvelle
restitution au Groupe Desgenettes.
( I) Groupe d'intervention psycho-sociologique et de recherche créé en 1971 par Gérard
Mendel. Pour une présentation sommaire, cf. note au début du 7ème chapitre (3ème partie).
5 Gérard Mendel a alors pu rédiger le texte présenté au Colloque de Saint
Denis, le 26 Novembre 1995, qui se trouve reproduit dans la troisième
partie de ce livre (6ème chapitre).
L'idée de réaliser un livre nous est venue d'un organisateur : Françoise
Davisse.
Il a donc fallu retranscrire près de cinquante heures d'enregistrement,
tâche réalisée par Jean-Luc Prades et Débora Sada.
Jean-Luc Prades fut chargé de la rédaction de l'ensemble des quatre
premiers chapitres constituant la première et la plus importante partie
de l'ouvrage intitulée : «Les militants ont la parole », travail mené à
bien grâce à l'appui de Gérard Mendel. Il s'agissait de s'efforcer de
rendre intelligibles - en les classant - les réponses des 90 personnes
réunies dans 21 groupes à une vingtaine de questions distribuée dans
deux questionnaires. Trouver les lignes de confluence et de divergence;
séparer les thèmes ou points de vue consensuels de ceux qui opposent,
les positions majoritaires de celles paraissant plus marginales... : telles
étaient quelques unes des missions de l'étude.
Il va s'en dire que les ambiguïtés, les contradictions repérées entre les
groupes, à l'intérieur d'un même groupe, dans le discours d'une même
personne, n'ont pas facilité la rédaction et l'exposition des propos. Le
parti-pris de recherche de cohérence n'a pourtant jamais oblitéré l'exi-
gence visant à faire apparaître les impasses, les blocages... La forme
même des matériaux bruts, le basculement des propos de la forme orale
originelle à une forme écrite, exigeaient le maintien et la reprise d'ex-
traits conférant au texte final l'aspect inévitable d'un «collage» de cita-
tions.
Notons enfin que ces citations restent évidemment anonymes. En
revanche, il nous a semblé - en accord avec les membres du groupe des
organisateurs - qu'indiquer l'origine groupale de la parole donnerait
une information utile au lecteur, en rapport avec les objectifs de cette
enquête. C'est pourquoi les citations sont suivies d'une mention indi-
quant cette origine.
La deuxième partie de l'ouvrage (intitulée «La parole aux leaders et
aux organisateurs ») regroupe dans le cinquième chapitre les propos
extraits des entretiens de groupe de la troisième phase de notre inter-
vention (réponses aux trois questions du deuxième questionnaire). Ces
textes de cinq leaders (Philippe Herzog, Alain Krivine, Anicet Le Pors,
Claude Poperen, Gilbert Wasserman), ont tous été revus par leurs
auteurs.
6 Dans la troisième partie (« La parole du groupe Desgenettes ») se
trouve le texte déjà évoqué de l'intervention de Gérard Mendel au Col-
loque de Saint Denis (sixième chapitre). Le septième et dernier chapitre
écrit par Gérard Mendel et Jean-Luc Prades est consacré à la méthodo-
logie de l'intervention.
Enfin, tout au long de la réalisation de l'enquête et de l'ouvrage, des
réunions régulières avec les organisateurs ont permis à ces derniers de
suivre l'avancée du travail et de faire part de leurs remarques.Françoise
Davisse, Roger Martelli (de «Futurs ») et Alain Krivine (de la LCR)
furent les plus assidus. Qu'ils soient remerciés.
L'intérêt de ce livre nous paraît double. Tout d'abord, il offre la photo-
graphie à un moment précis d'une mouvance politique difficile à cer-
ner, dans la complexité de ses courants. Mais aussi, et pour la première
fois peut-être, il se présente comme la mise en parallèle systématique, à
partir des mêmes questions et sur un plan de stricte égalité, de la parole
des militants et du discours des leaders.
7 PREMIERE PARTIE
LES MILITANTS ONT LA PAROLE. CHAPITRE PREMIER
DE LA REVOLUTION BOLCHEVIQUE A UN
PROJET DE SOCIETE POUR LE XXIème SIECLE OUVERTURE
Ce premier chapitre reprend les questions posées lors de la première
phase de notre dispositif d'intervention (1). Pour être plus précis,
disons qu'il n'en retiendra que six sur les neuf constituant le question-
naire originel. Chacune des trois restantes permettra d'introduire cha-
cun des trois chapitres qui vont suivre.
En restituant la plupart des thèmes abordés au cours de cette première
série d'entretiens, thèmes « travaillés », prolongés et précisés à partir du
deuxième questionnaire, ce chapitre se présente comme un chapitre
introductif. Il permet de balayer tout un ensemble d'interrogations
posées au mouvement communiste tout au long de son histoire circons-
crite ici au titre donné à ce chapitre : «de la révolution bolchevique à
un projet de société pour le XXIème siècle».
Ce chapitre a été divisé en trois grandes parties : la première traite des
deux questions (4 et 5) relatives au passé : la révolution bolchevique et
les raisons de l'échec (ou du refus) du communisme seront envisagées.
La deuxième partie relèvera davantage du présent et abordera des thé-
matiques générales (question de la prévision scientifique en politique et
celle de la définition de la « classe » porteuse de changement social)
permettant de faire un point sur le positionnement actuel des militants
sur ces sujets. Cette partie répondra au traitement des questions 2 et 3
de la première phase.
La troisième partie, enfin, s'occupera du futur par un questionnement
ayant trait aux moyens (réforme / révolution) et aux fins (projet de
société) reprenant ainsi les questions 6 et 7 de la phase 1.
Le plan qui suit rend compte de ce découpage.
13 PLAN DU CHAPITRE PREMIER
De la révolution bolchevique à un projet de société
pour le XXIème siècle.
I LE PASSE : REVOLUTION BOLCHEVIQUE ET
ECHEC (OU REFUS) DU COMMUNISME AU
XXème SIECLE
1. La révolution de 1917: «Il fallait ou (...) il ne fallait pas (...) ?»
2. Echec du communisme et «utopie tueuse (...) de la table rase et,
de l'homme nouveau ».
H - LE PRESENT : GENERALITES - LA QUESTION
DE LA PREVISION SCIENTIFIQUE EN
POLITIQUE ET CELLE DE LA CLASSE
OUVRIERE COMME CLASSE MOTRICE (OU
PAS) DU CHANGEMENT
3. « On ne peut pas tout prévoir !»
4. « 70 % de la population d'aujourd'hui ; sont-ils pour autant
classe motrice du changement social ?»
III - L'AVENIR : REFORME / REVOLUTION ET
PROJET DE SOCIETE
5. «Réforme / Révolution : un couple à histoires !»
6. «Un projet de société communiste future : c'est vers où on
va ! ».
NOTES
14 I - LE PASSE : REVOLUTION BOCHEVIQUE ET
ECHEC OU REFUS DU COMMUNISME
AU XXe SIECLE
«J'ai du ruai à répondre à cette question. Il me
semble qu'il s'agit de la question du bilan qu'on
est en train de faire, tous... »
Parmi les neuf questions soumises lors de la première phase de notre
dispositif aux quelques dix groupes de personnes interrogées, deux
concernaient le passé : les questions 4 et 5 que nous allons énoncer (2) :
Question 4 : «L'échec ou le refus du communisme au XXème siècle
vous paraît-il du à : un défaut d'analyse théorique ? Un problème d'or-
ganisation ? Une question de personnes ? Un universalisme trop abs-
trait ? L'évolution du capitalisme ? Classer ces réponses dans un ordre.
On peut en ajouter d'autres ».
Et la question 5 : «Sachant ce que vous savez, aurait-il mieux valu que
la révolution bolchevique de 1917 n'ait pas eu lieu ? Réponse par oui
ou par non. Question complémentaire : quel était le type de société en
URSS ? Communiste ? Capitaliste d'Etat ? Autre ? ».
C'est d'abord à la restitution des réponses à cette dernière question que
nous allons nous attacher. Nous verrons que les positions des uns et des
autres sont ici tranchées comme l'induisait la question puisqu'elle
demandait de répondre positivement ou négativement avec, toutefois,
pour un grand nombre de personnes, un désir de mettre en perspective
leurs réponses. Enfin, on se contentera de mentionner la grande variété
des réponses à la question complémentaire sur la définition du régime
en URSS.
1. La révolution de 1917: «Il fallait ou (...) il ne fallait pas (...) ?»
« On aurait pu connaître bien pire !»
« Ca a donné (...) l'enfer pour la vie des gens ! ».
Il y a d'abord ceux pour qui cette révolution d'Octobre 1917 reste à
défendre : «C'est mieux qu'elle ait eu lieu».
15 Pourquoi 7 Parce qu'il « y a des choses qui ont été positives pour les
Russes » (Groupe «Futurs »).
« Il vaut mieux que cette révolution ait eu lieu, explique quelqu'un
d'autre, car c'est après que ça s'est gâté (...). Les conditions objectives
de cette révolution n'étaient pas très bonnes. Mais elle prouvait qu'il
était possible de faire quelque chose, de faire une révolution, de renver-
ser le capitalisme, de mettre en place un système potentiellement très
différent (...). Ca a servi ! Ca a bouleversé toute la vision du monde et
notamment celle que pouvait avoir la classe ouvrière (...). Ca a démon-
tré que c'était possible de s'attaquer de manière radicale au
capitalisme (...)»
En concordance avec ce point de vue, une autre réponse : «On peut
essayer d'imaginer le monde s'il n'y avait pas eu cette révolution. On
aurait pu connaître bien pire !»
Enfin, dans le même sens : «Ils ont osé (a écrit Rosa Luxembourg). Au
delà de tous les problèmes (...), c'est incontournable comme apport
politique ! » (Groupe LCR).
Par opposition, d'autres pensent au contraire qu'il aurait mieux valu
que cette révolution d'Octobre n'ait pas eu lieu ; ils se situent «par rap-
port à ce que ça a donné comme régime ensuite : l'enfer pour la vie des
gens » (Groupe « ADS/CAP »).
Entre ces deux positions, beaucoup prendront la tangente en contextua-
lisant par exemple la question :
«Je ne peux pas juger sur l'opportunité ou pas de la révolution et
encore moins dire s'il aurait mieux valu ou pas ...
Poser cette question au moment où tout s'effondre ... et avec les capaci-
tés qu'a le capitalisme pour se rétablir ! La seule chose que je dirais,
c'est qu'on ne peut pas avoir un jugement de valeur si on ne prend pas
Octobre 17 dans un ensemble qui va du conflit de 14-18 en Europe et la
crise de 29 (...)» (Groupe «Intellectuels »).
Ainsi, la mise en perspective historique et sociale de la révolution
d'Octobre peut parfois servir - comme dans les propos qui vont suivre -
à modifier quelque peu les termes de la question en invitant à se mettre
à la place des bolcheviques pour y répondre :
16 « Il faut prendre cette question en deux dimensions. L'une, c'est la
révolution elle-même : comme elle a été faite, ses enjeux, etc... L'autre
revient à se demander si le communisme est quelque chose de raison-
nable ou une simple utopie ! Le débat a eu lieu. Je veux dire par là qu'il
y a des documents qui montrent que les gens du Parti bolchevique se
sont posés la question de savoir s'il fallait ou pas faire la révolution.
C'était un acte réfléchi. Il était question de la réforme agraire - entre
autres - et ils se sont aperçus qu'il n'y avait pas d'autres issues à cette
question dans le cadre du régime qui avait été mis en place après la
révolution de février. Si la révolution n'avait pas eu lieu, c'était la
guerre (...). C'était la seule chose raisonnable à faire...
Mais, dans ces conditions, la révolution pouvait-elle durer ? Les gens
du Parti Bolchevique pensaient qu'il ne pouvait y avoir de développe-
ment durable de la révolution sans extension au reste de l'Europe. Ils
considéraient que ce qui se passait chez eux était la première mâche. La
question pourrait être : si la révolution avait pu avoir lieu en 1923 en
Allemagne, les choses n'auraient-elles pas été différentes ?
Au fond, est-ce que le projet du communisme en Europe était immature
ou est-ce qu'il était insuffisant ? Pour moi, c'est ça la vraie question !»
(Groupe «Intellectuels»).
«Est-ce qu'il aurait mieux valu qu'il y ait un régime qui aurait mis sur
pieds un système capitaliste ? s'interroge quelqu'un d'autre avant de
répondre : «Je ne sais pas. L'histoire n'a pas tranché comme ça. Elle a
fait différemment» (Groupe «Anciens»).
Aussi préfère-t-on souvent se prononcer sur les effets de cette révolu-
tion ; «(...) Je ne pourrais pas dire qu'il fallait ou qu'il ne fallait pas
parce que - de toute façon, on ne voit que les effets de cette révolution»
(Groupe «Confrontations»).
«Je crois tout de même, avance une autre personne du même groupe,
que la révolution a pas mal aidé à instituer une forme d'organisation de
pouvoir dans les organisations communistes qui leur ont fait beaucoup
de mal (...). Ce n'est pas la révolution mais la façon dont elle a été ins-
trumentalisée et institutionnalisée en se repliant sur elle-même. Le sou-
tien au système soviétique est devenu aussi une fermeture par rapport
au mouvement de la société et du monde. Là encore, on voit la négation
de la démocratie et de la subjectivité, et le pouvoir collectif au-dessus
17 des individus (...). Ce qui me semble être le plus dangereux, c'est la
façon dont le P CF a adhéré automatiquement à la révolution sans pou-
voir faire la moindre critique aux aberrations qui se passaient à l'Est. Et
là encore, il faut bien dire que la révolution a créé ce qu'elle était
appelée à combattre : l'Etat coercitif, le totalitarisme, l'accumulation
du pouvoir ...» (Groupe «Confrontations »).
« L'erreur, affirme une autre personne, c'était de considérer que la
Révolution Russe pouvait avoir une portée universelle et, avec la Troi-
sième Internationale, on a exporté un truc qui était typiquement russe»
(Groupe «Anciens »).
Pourtant, tout n'est pas à ranger au chapitre des inconvénients ; certes,
« ce qui s'est passé a contribué à rendre l'idée communiste odieuse à
beaucoup de gens et notamment ceux qui ont vécu là-bas ». En
revanche, « ça a un immense avantage : nous permettre de savoir ce
qu'il ne faut pas faire (...) ; d'analyser les défauts qui ont commencé au
moment de la révolution parce que - si la mode actuelle, c'est de dire
que Staline était dans Lénine qui était lui-même dans Marx - il n'en
reste pas moins que les bolcheviques étaient obligés d'improviser (...)»
(Groupe «Anciens »).
Finalement, si l'on se réfère à l'ensemble des réponses à cette question,
le bilan est plutôt mitigé et l'indétermination assez grande expliquant
très probablement la difficulté à répondre à la question complémentaire
que nous avions posée. Peu de développements conduisant à caractéri-
ser le régime dont la Révolution russe avait accouché ; seules en notre
possession des définitions lapidaires que nous contenterons d'énumé-
rer :
«A partir de la prise de pouvoir de Staline : régime type exploitation »
(Groupe LCR). «Ni socialiste, ni communiste, ni capitaliste : société
figée » (Groupe LCR). « Société où la bureaucratie momentanément
écartée (révolution) est revenue » (Groupe LCR).
D'autres définitions :
« Capitalisme d'Etat : dans les rapports de production, ils n'ont pas
inventé d'autres formes ; ils ont copié» (Groupe ADS / CAP).
D'autres parlent « de socialisme archaïque », « d'une première expé-
rience brouillonne » (Groupe «Futurs ») ; ou : « société autocratique»
18 (Groupe « Futurs ») et pour le même groupe une définition insistant sur
«l'aspect mafieux du régime».
2. Echec du communisme et «utopie tueuse (...) de la table rase et
de l'homme nouveau»
« On a pris un coup sur la carafe et on
attend !»
A cette question, on obtient presque autant de réponses différentes que
d'interlocuteurs. Rares sont ceux qui ne voient qu'une seule raison à cet
«échec» dont on parle plus volontiers que de «refus » (3), même chez
cette personne l'attribuant sans plus de précisions «à un défaut d'ana-
lyse théorique et à l'évolution du capitalisme» (Groupe ADS / CAP).
« C'est une question difficile, dira quelqu'un d'autre, parce que je ne
pense pas qu'il y ait une seule raison qui expliquerait l'échec du com-
munisme. Peut-être, la première chose que je dirais, c'est que l'échec
du communisme, il faut aller le chercher avant la chute du mur de
Berlin. Justement dans les causes qui nous ont amené là ! Je dirais qu'il
y a plusieurs niveaux de réponses. D'une manière générale, je dirais
qu'un système qui a été conçu pour être libérateur est devenu une
espèce de totalitarisme d'Etat, «la dictature du prolétariat» (...).
Dans ce sens là, le système communiste des pays de l'Est a complète-
ment oublié les dimensions individuelles et il a donné priorité aux idées
plutôt qu'aux personnes (...). Malheureusement, ce n'est pas seulement
la situation des pays de l'Est mais aussi celle des organisations commu-
nistes, avec par exemple la théorie du centralisme démocratique. Il est
important quand même de dire que je ne suis pas en train d'affirmer
l'échec de la théorie marxiste (...).
Loin de là, je crois qu'elle a donné un éclairage fondamental sur les
questions sociales mais l'utilisation et l'instrumentalisation de laquelle
elle a été l'objet a réduit la richesse de la pensée de Marx à des tech-
niques d'organisation du pouvoir (...). Je crois, que d'une façon géné-
rale, c'est finalement la fermeture et le non respect de la différence qui
a été à l'origine de l'échec du communisme (...) (Groupe «Confronta-
tions »).
Cette idée est développée par un autre membre du même groupe :
19 «Je crois qu'une des choses qui a amené au refus du communisme est
l'élimination de la subjectivité par une sorte d'idéologie du collectif.
L'individu est effacé derrière un collectif qui se présente comme supé-
rieur et comme détenteur d'une vérité. Ils ont voulu créer un consensus
qui est trompeur (...) et ils ont fini par créer un système autoritaire.
C'est finalement des questions de pouvoir : la centralité, les perma-
nents... Le système communiste est devenu un pouvoir d'appareil
bureaucratique et cette bureaucratie a anéanti l'être humain ; il soumet
les personnes en leur imposant des dogmes qui ne lui appartient pas. Je
crois qu'il faut respecter les trajectoires personnelles des gens. On ne
peut pas imposer aux gens ce qu'ils doivent penser et ce qu'ils doivent
faire. Je crois qu'il y a aussi - comme vous le dites dans votre question-
naire - un défaut d'analyse théorique car on continue à travailler avec
des catégories très anciennes, des catégories qui ne rendent pas compte
de la complexité de la réalité actuelle» (Groupe «Confrontations»).
Le défaut d'analyse théorique reste l'une des raisons la plus souvent
évoquée presque toujours associée à d'autres :
«Je retiens, parmi les options que vous donnez, le défaut de l'analyse
théorique, l'évolution du capitalisme et l'universalisme trop abstrait
mais pas du tout des erreurs de personnes. J'ajouterais, comme un fac-
teur en plus, ce qui s'est passé en URSS dans les années 30 avec la
bureaucratisation du système. Un régime qui s'est déguisé en commu-
nisme mais qui a mis en place un système très opposé et qui a introduit
une confusion sur les buts réels du communisme. En ce qui concerne le
défaut d'analyse théorique lié aux années 30, il y avait une croyance en
une économie non-marchande qui pouvait se planifier ; on a oublié les
aspects de la marchandisation et, en dépit de l'oeuvre de Marx, on a cru
que dans le communisme, l'Etat restait quelque chose d'essentiel »
(Groupe «Intellectuels »).
Il y aurait eu tromperie : «On a utilisé le mot de communisme pour une
chose frauduleuse qui ne l'était pas » (Groupe «Anciens »).
« C'est toute la base de l'échec, poursuit un autre, parce qu'il y a
quelque chose de terrible à vouloir convertir une philosophie en base
d'action politique (...). J'ai vu un film hier à la télévision : «Le Goulag
international ». J'ai dit à ma femme (elle a été à Auschwitz) : «On va
regarder quand même ça ! ». Ils ont arrêté des communistes allemands,
polonais, français et on les a mis dans des caves abominables. Ma
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