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La Nouvelle-Calédonie pour l'intégration mélanésienne

De
287 pages
Les cinq pays qui composent la Mélanésie (Papouasie Nouvelle-Guinée, Salomon, Vanuatu, Fidji, Nouvelle-Calédonie) appliquent une dynamique intégrative et, parmi eux, La Nouvelle-Calédonie (comme l'y incite l'accord de Nouméa de 1998) compte y jouer tout son rôle. Cet ouvrage tente d'apporter les réponses aux questions : qu'est-ce que la Mélanésie ? La Nouvelle-Calédonie, terre mélanésienne ? L'intégration mélanésienne sans la Nouvelle-Calédonie ? Quel rôle pour la Nouvelle-Calédonie dans l'intégration mélanésienne ?
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REMERCIEMENTS
La Maison de la Mélanésie remercie chaleureusement pour leur aide très précieuse afin que ce colloque ait pu se tenir dans les meilleures conditions :

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le Secrétariat d’État à l’Outre-Mer le Fonds Pacifique le Haut-commissariat de la République en Nouvelle-Calédonie le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie la province Sud de la Nouvelle-Calédonie l’Agence Universitaire pour la Francophonie l’Université de la Nouvelle-Calédonie l’Institut pour la Recherche et le Développement, Nouméa Goro Nickel Société Le Nickel l’ambassade de France en Australie la Communauté du Pacifique l’Institut de Droit d’Outre-Mer de l’Université Paul Cézanne Aix-Marseille III l’Université du Pacifique Sud l’Université Aston de Birmingham, Royaume-Uni.

OUVERTURE DU COLLOQUE
Yves Dassonville Haut-commissaire de la République

Madame la Vice-présidente du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, Monsieur le Président de l'Université, Messieurs les Membres du gouvernement, Monsieur le Sénateur, Messieurs les Professeurs, Monsieur le Directeur de l'IRD, je n'ai, en ce qui me concerne qu'à bénir sans restriction ce colloque qui est organisé pendant quelques jours sur le thème de l'intégration mélanésienne de la Nouvelle-Calédonie. En effet, la question mélanésienne, la question de l'identité kanak, tiennent une place particulière dans la démarche de l'État, depuis 20 ans, ici, en Nouvelle-Calédonie, tant sur le plan interne que sur le plan externe. Sur le plan interne, je rappelle que l'État, signataire et partenaire de l'accord de Nouméa a réservé une place essentielle à la notion d'identité kanak dans le dispositif institutionnel de l'accord de Nouméa, comme le rappelait, il n'y a pas si longtemps, en Nouvelle-Calédonie, Monsieur Christnacht : la légitimité kanak est pleinement reconnue, en droit comme en fait. L'identité est une notion complexe sur laquelle se penchent historiens, anthropologues, sociologues, psychologues. Elle trouve ses racines dans le passé, mais se construit aussi au quotidien, et c'est surtout à ce niveau que se situe la responsabilité de l'État. Dans ce domaine, ses initiatives ont été nombreuses. Dans le cadre des accords de Matignon – Oudinot, d'abord, la création de l'agence de développement de la culture kanak puis ensuite, la création du centre culturel Tjibaou, qui a été inauguré les 4 et 5 mai 98, et dont nous avons fêté le dixième anniversaire, ont été les premiers socles de cette affirmation culturelle. Le CCT est un lieu d'affirmation de la culture kanak, un lieu également de création contemporaine, de rencontres et d'échanges avec les autres cultures océaniennes. Pour l'année 2008, l'État participe au budget du centre à hauteur environ de 2,6 millions d'euros. L'accord de Nouméa et la loi organique qui le décline, créent aussi, et définissent les missions du sénat coutumier, composé de 16 membres, issus des 8 aires coutumières. Ce sénat coutumier exerce des fonctions délibératives et consultatives sur les questions ayant trait aux signes identitaires et aux affaires coutumières. Je l'ai d'ailleurs saisi, ce sénat coutumier, récemment, comme la loi organique me le permet. Je l'ai saisi sur deux questions : sur la mise en valeur des terres coutumières, et également sur l'insertion des jeunes Mélanésiens dans la société moderne. L'agence de développement rural et d'aménagement foncier, l’ADRAF, est un autre outil mis en place, depuis 1978. Vous savez que la problématique du foncier reste une préoccupation majeure, en termes de développement économique et social. Elle pose aussi la question délicate de la cohabitation sur le territoire de populations qui relèvent du droit commun et de celles relevant du droit coutumier. Voilà quelques exemples du soutien que l'État a

apporté à la construction d'une identité, la reconnaissance, le respect d'une identité kanak en Nouvelle-Calédonie. Sur le plan externe, l'État est également intervenu pour promouvoir l'insertion de la Nouvelle-Calédonie dans son environnement régional. Et dans le cadre de cette politique, l'État a accordé une attention toute particulière aux échanges destinés à mieux faire connaître la culture kanak. Nous avons un outil qui s'appelle le fonds de coopération économique, sociale et culturelle pour le Pacifique, qui dépend du ministère des affaires étrangères et qui consacre une enveloppe d'environ 3 millions d'euros pour promouvoir l'insertion régionale des collectivités territoriales dans le Pacifique. La Nouvelle-Calédonie bénéficie largement de ce fonds. Parmi les initiatives ayant trait à la culture kanak, je citerai les projets suivants : l'organisation, en 2007, d'une saison de la Nouvelle-Calédonie en Nouvelle-Zélande, avec notamment le déplacement d'une troupe chorégraphique kanak et de groupes musicaux, qui ont été très appréciés. L'ouverture d'une ligne budgétaire destinée à la circulation des projets culturels dans la zone, dont bénéficient principalement les expressions de la culture kanak, et puis, la convention de coopération avec le Vanuatu sur financement paritaire État – gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, avec l'appui également de la province Sud, qui porte donc sur un pays de l'aire mélanésienne. Ces exemples pour vous dire que, non seulement l'État accepte l'insertion de la Nouvelle-Calédonie dans son aire géographique, notamment dans l'aire mélanésienne, mais que l'État l’encourage. L'État souhaite effectivement que la Nouvelle-Calédonie puisse, en tant que telle apparaître dans l'environnement régional, qu'elle puisse conclure des accords et monter des coopérations avec ses voisins, qu'elle puisse faire partie d’organisations internationales comme la loi organique le lui permet et comme elle le fait déjà. Notre souhait est de permettre que la géopolitique et l'environnement régional soient pris davantage en compte par la Nouvelle-Calédonie et ses institutions, que malgré les différences de statuts, que malgré les différences de niveaux de vie, on puisse tout faire pour que la NouvelleCalédonie s’intègre dans son environnement régional, et en premier lieu dans son environnement mélanésien. J'ai reçu, il y a quelque temps, une délégation du Fer de Lance mélanésien, délégation de niveau technique, et j'ai été assez frappé par le caractère très cordial de ces entretiens, entre des représentants du Fer de Lance et le représentant de l'État. Tout s'est passé de manière extrêmement apaisée. Je crois que le processus mis en œuvre, depuis 1988, renforcé par l'accord de Nouméa en 1998, est un processus apprécié par tous les pays de la zone, que ce soit les grands pays, Australie, Nouvelle-Zélande, ou que ce soit les pays insulaires, plus petits, qui se rendent compte que la donne a changé, que la Nouvelle-Calédonie est en train d'accéder à des compétences de plus en plus importantes, qu'elle a sa visibilité, sa vie propre dans le Pacifique et que tout ceci est vivement encouragé par le gouvernement français. Voilà quelques réflexions que je voulais vous livrer, et je vous remercie.

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Déwé Gorodey Vice-présidente du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie

Monsieur le Haut-commissaire, Monsieur le Président de l'Université, Monsieur le Directeur de l'IRD, mes chers collègues du gouvernement, Mesdames, Messieurs les élus, Messieurs les Sénateurs, Mesdames, Messieurs, c'est avec joie que le gouvernement participe aujourd'hui à l'ouverture de ce colloque consacré à l'identité mélanésienne, parce qu'aujourd'hui, l'évolution historique de notre pays est actuellement placée sous les signes identitaires. Vous savez que nous sommes justement, aux côtés des signes de la République, en train de faire un travail sur les signes identitaires de ce pays, comme prévus dans l'accord de Nouméa. Vous savez aussi que depuis le 1er septembre, les officiers publics coutumiers ont remplacé les gendarmes dans leur travail sur ce qu'on appelait autrefois le procès verbal de palabre, et qu'on appelle aujourd'hui le procès verbal d'actes coutumiers ; c'est la reconnaissance des actes coutumiers, au même titre que les actes du droit commun. Nous sommes aussi, actuellement, en train de nous intégrer, comme l'a dit M. le haut-commissaire, dans l'espace régional, et c'est le point fort que nous avons été défendre à la dernière session du Forum du Pacifique, en commençant à assumer, avec les autres pays du Pacifique, des problèmes tels que la gouvernance, le réchauffement climatique, la solidarité entre les pays du Pacifique, et je dois dire qu'au niveau du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, par exemple nous avons prévu 58 millions de francs d'aide au Vanuatu, cette année. Au gouvernement nous nous intégrons petit à petit, comme l'a dit M. le haut-commissaire, dans cet espace de la Mélanésie. Et je voudrais, avant de vous encourager, vous tous qui êtes venus des extrémités du globe, vous souhaiter de nous aider, de bien nous accompagner dans notre intégration, à la fois dans la Mélanésie et dans le Pacifique, en discutant, en permettant un bon débat sur les conditions de cette intégration régionale, puisque vous savez que nous, les Mélanésiens francophones, nous sommes quand même, jusqu'ici, isolés dans cet océan anglophone qu'est le Pacifique. Aujourd'hui, l'État est là pour nous accompagner dans ce sens-là, et il faut savoir que l'année prochaine, le troisième sommet France – Océanie se tiendra, ici, à Nouméa, et nous, au niveau du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, nous nous ferons un plaisir d’y participer. Donc, je vous souhaite à toutes et à tous un bon travail, de bons débats et un bon colloque. Merci beaucoup.

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Jean-Marc Boyer Président de l’Université de la Nouvelle-Calédonie

Monsieur le Haut-commissaire de la République, Madame la Vice-présidente du gouvernement, Monsieur le Membre du gouvernement chargé de l'enseignement et de la recherche, Monsieur le Sénateur de la République, Mesdames, Messieurs les élus, Messieurs les Présidents de province, mes chers collègues, Mesdames et Messieurs, le Professeur Paul de Deckker, mon collègue, mais aussi expert de l'Université de la Nouvelle-Calédonie pour la thématique qui va nous intéresser pendant ces deux jours, à savoir, ce colloque sur la Nouvelle-Calédonie pour l'intégration mélanésienne, organisé par la Maison de la Mélanésie, m'a demandé de dire un mot à l'occasion de l'ouverture de ce colloque, et c'est bien sûr avec un très grand plaisir que je le fais. Quand je constate qui sont les intervenants, à la fois issus du monde politique, du monde diplomatique, et du monde universitaire, ainsi que leurs hautes compétences et qualités, je ne peux qu'applaudir au succès de cette manifestation. Peut-être, et là, c'est l'universitaire, président de l'UNC, qui parle, peut-être, aurait-il pu y avoir un petit peu plus d'intervenants issus de l'université de la Nouvelle-Calédonie. Mais ce colloque est une première, et nul doute, qu'à l'avenir, d'autres enseignants chercheurs de l'UNC apporteront leur pierre à l'édification de cette Maison de la Mélanésie. Ces deux journées réunissent des talents qui vont se pencher sur une question lancinante pour la Nouvelle-Calédonie, à savoir : l'appréhension des réalités de ses voisins mélanésiens, le rôle ou les rôles qu'elle peut jouer en leur sein, et contribuer au développement économique, au développement social, culturel, parmi d'autres. Donc, c'est tout naturellement que j'adresse mes encouragements à tous, pour que ce colloque fondateur de la Maison de la Mélanésie connaisse un franc et grand succès. Les spécialistes sont les universitaires de la maison ; je m'associe complètement évidemment à leur thématique et je leur laisse la parole. Je vous remercie.

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La Nouvelle-Calédonie n’est pas un lieu incertain
Pr Jean-Yves Faberon, Co-directeur de la Maison de la Mélanésie

Il y a quelques années, en 2002, Paul de Deckker et moi-même organisions ici même un colloque sur l’État pluriculturel. À cette occasion notre collègue Francis Delpérée, Sénateur et Baron du royaume de Belgique évoquait notre complémentarité en disant qu’elle est inscrite dans nos noms patronymiques : le mien venant du latin faber, l’ouvrier, et celui de Paul signifiant en flamand le couvreur. Dans un tel contexte, il n’est pas étonnant que nous ayons fini par construire ensemble une maison, et nous vous présentons donc la Maison de la Mélanésie, centre pluridisciplinaire de recherches consacré aux cinq pays de la Mélanésie. Au moment d’organiser la première manifestation de ce nouvel organisme, et de définir un thème fondateur, nous avons choisi de commencer effectivement par les fondations, c’est-à-dire de parler d’abord de la terre (et Paul ne s’intéresse pas qu’à la toiture, loin de là). La terre, en Mélanésie plus qu’ailleurs, c’est l’essence de l’être. Et nous qui avons eu la volonté d’installer à Nouméa la Maison de la Mélanésie, nous voulons d’abord dire que la Nouvelle-Calédonie est une terre mélanésienne. Sur cette terre vivent aujourd’hui différentes communautés, et pas seulement des Mélanésiens (le pluriculturalisme, nous l’avons étudié dans ce précédent colloque que j’évoquais tout à l’heure) et ce n’est pas une originalité unique en Mélanésie, puisque c’est aussi le cas à Fidji. D’ailleurs même des autochtones, aux Iles Loyauté, ont leurs origines ailleurs, en Polynésie. Ce que nous voulons dire ensuite, avec ce colloque, c’est que non seulement la Nouvelle-Calédonie, terre française de Mélanésie, s’inscrit résolument dans la région mélanésienne, mais encore qu’elle peut aujourd’hui jouer un rôle pour l’intégration mélanésienne elle-même. La Nouvelle-Calédonie n’est pas un lieu incertain. Ce premier colloque la Maison de la Mélanésie est une défense et illustration de cette formule qui fait son intitulé : « La Nouvelle-Calédonie pour l’intégration mélanésienne », et qui est un axe politique ardemment défendu depuis plus de dix ans par les gouvernements de la Nouvelle-Calédonie et de la République française, et expressément exprimé dans l’accord de Nouméa.

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Ce n’est pas un hasard si des messages du plus haut niveau gouvernemental nous sont envoyés, à ce colloque, de France, d’Australie, de Papouasie NouvelleGuinée… Notre colloque se tient grâce à la présence parmi nous de Fidjiens, Ni-Vanuatu, Papous, Salomonais, de Calédoniens de différentes ethnies, ainsi que d’Australiens et de Français de métropole. Les universités de la Mélanésie y sont toutes représentées, ainsi que plusieurs universités d’Australie et de France métropolitaine. Je ne les citerai pas toutes, mais permettez-moi de remercier les miennes : l’université de Montpellier et celle d’Aix-Marseille qui, elles, ont tant d’égards envers moi. J’avais à l’ouverture du colloque de 2002, cité la romancière belge Amélie Nothomb en disant que « stupeurs et tremblements » ne nous avaient pas été épargnés lors de l’organisation de cette manifestation d’alors. Sans aides financières, rien n’aurait été possible, aussi tenons nous à souligner que nous ne serions pas réunis ensemble ces deux jours sans la confiance immédiate que nous ont accordée le Gouvernement de la République avec le Fonds Pacifique, le Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, la Province Sud de Nouvelle-Calédonie avec son inlassable représentant Bernard Chérioux, l’Agence universitaire de la francophonie avec l’Université de la Nouvelle-Calédonie, ainsi que la Société Le Nickel et Goro Nickel. Merci pour votre confiance et merci à l’IRD de nous accueillir à nouveau dans ce splendide amphi. Merci à tous pour votre présence. La Nouvelle-Calédonie, terre française pour l’intégration mélanésienne n’est pas un lieu incertain : elle sait qui elle est et ce qu’elle veut ; ce colloque va l’expliquer.

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Prolégomènes
Pr Paul de Deckker Co-directeur de la Maison de la Mélanésie

Il m’appartient de vous donner quelques explications concernant nos deux journées de colloque, aboutissement de plusieurs mois de travail, de contacts fructueux et d’ambitions qui se concrétisent aujourd’hui grâce à nos intervenants dont je ne peux que trop saluer les mérites et les hautes compétences. Mais avant toute chose, qu’en est-il de cette Maison de la Mélanésie dont le colloque d’aujourd’hui est la manifestation fondatrice. Jack Lang et son prédécesseur au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche ont souhaité que les universités françaises s’ouvrent sur le monde de manière proactive. Ils ont pensé ainsi à accoler aux universités des Maisons de Pays que le ministère de la Recherche doterait financièrement pour les accompagner dans leur développement. C’est ainsi qu’est née la Maison du Japon à l’université de Strasbourg, celle de la Malaisie à l’université de la Rochelle, parmi d’autres. J’ai beaucoup été présent à la Conférence des présidents d’universités à Paris lorsque j’assurais la direction de mon université et je m’y suis fait beaucoup d’amis. L’un d’entre eux, le professeur Gérard Binder, président de l’université de Mulhouse Haute Alsace à l’époque, est venu en vacances en Calédonie et à Vanuatu. Je l’ai invité à dîner chez moi et c’est lors de ce repas en 2003 qu’il m’a convaincu de monter cette maison de la Mélanésie, non pas donc une maison de pays mais une maison de région. Dans le rapport que Jack Lang lui avait demandé d’établir sur les maisons de pays, il a fait une place spéciale pour la Maison de la Mélanésie en demandant qu’une considération particulière lui soit réservée tant en termes de reconnaissance officielle que de dotation financière. Les gouvernements changent, les présidents d’université aussi… Lorsque Sir Michael Somare, Premier ministre de Papouasie Nouvelle-Guinée, est venu en avril 2005 en Nouvelle-Calédonie, honoré d’un doctorat honoris causa de l’université de la Nouvelle-Calédonie dont il a tiré une grande fierté, nous avons parlé de projets de collaboration universitaires entre nos deux pays. Ceux-ci n’ont pu se réaliser comme nous l’entendions car la politique et ses joutes conflictuelles font également partie de l’univers académique… Mais je me suis dit que l’ouverture officielle de la Maison de la Mélanésie serait la porte d’entrée pour concrétiser toutes sortes de projets de coopération. Ses statuts 17

sont parus au Journal officiel de la Nouvelle-Calédonie en janvier de cette année, précisant ses objectifs principaux : à savoir favoriser la recherche sur la Mélanésie. À peu près au même moment et cela montre que nous sommes dans le vrai, une fondation à Sydney était créée sur un projet semblable au nôtre. Lors de l’inauguration de cette fondation, le ministre australien du Pacifique, Duncan Kerr, précisait qu’il ne fallait pas oublier que la Nouvelle-Calédonie faisait aussi partie de la Mélanésie aux côtés de la PNG, des Salomon, de Vanuatu et de Fidji. Je lui ai demandé de venir participer à notre colloque et, à son grand regret, il ne le peut dans la mesure où il projette d’être à Nouméa le 11 novembre prochain pour y rejoindre notre ministre de tutelle, Yves Jégo. Tout comme Sir Michael Somare, ces trois personnalités ministérielles m’ont fait parvenir un courrier demandant qu’il soit lu en début de colloque pour souhaiter bons vents à la Maison de la Mélanésie et plein succès aux travaux entrepris lors du colloque dont les résultats, publiés dans des actes, intéresseront au plus haut niveau les décideurs politiques concernés par la Mélanésie. Cet adoubement politique est non seulement une reconnaissance mais aussi un encouragement dont la Maison de la Mélanésie saura se montrer digne par la qualité de ses travaux et de ses recherches. À cet égard, la lettre du Premier ministre de Papouasie Nouvelle-Guinée sera inscrite dans les textes fondateurs de la Maison de la Mélanésie. Sir Michael Somare, en effet, lui donne une feuille de route. L’Agence universitaire de la Francophonie reconnaît la Maison de la Mélanésie et l’a insérée dans un réseau institutionnel mondial qui court du Caire à Cluj en Roumanie, à Cantho et Hochiminville, à Dakar et encore vers les Amériques et l’Afrique du Sud à Pretoria. Je suis personnellement heureux que le président de l’université de la NouvelleCalédonie ait accepté de la conventionner avec l’agence universitaire par le truchement de notre université de la Nouvelle-Calédonie au service de laquelle elle oeuvrera. L’idée et l’origine du colloque de la réunion annuelle du Forum du Pacifique à Tonga l’an dernier. Le président du Congrès de la Nouvelle-Calédonie, Harold Martin, y a déclaré combien la Nouvelle-Calédonie, oeuvrant dans une continuité politique avec Madame Thémereau, entendait contribuer par ses expertises diverses au développement de la région insulaire. Avec mon collègue et ami, Jean-Yves Faberon, nous avons considéré dès lors que la Maison de la Mélanésie a un rôle à jouer en la matière en fournissant les éléments de connaissance propres à la Mélanésie. C’est ce que nous allons découvrir pendant ces deux journées. Notre projet a bénéficié de l’intérêt de plusieurs institutions qui l’ont manifesté, en contribuant à son financement. La liste les recensant est en quatrième de couverture du programme. Je remercie ces institutions et ces sociétés du fond du cœur car cela montre, comme le souhaite le Président de la République et Madame Valérie Pécresse, ministre des Enseignements supérieurs et de la Recherche, que secteurs

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public et privé peuvent collaborer dans le souci de l’intérêt général. Le soutien financier que nous apporte le Premier ministre de la Papouasie Nouvelle-Guinée est également remarquable. Enfin, et je vous certifie que j’en ai organisé des colloques dans des moments difficiles, à Paris 7-Jussieu avec Pierre Lagayette sur « Etat et Pouvoir dans le Pacifique en 1985 » alors que les événements calédoniens rendaient des discussions sur cette question politiquement incorrectes, sur « Évolution du droit et coutume autochtone » avec Jean-Yves Faberon à Nouméa en 1994. Les actes, publiés en français et en anglais, ont servi pour la rédaction du texte de l’accord de Nouméa. Toujours avec Jean-Yves, « l’Etat pluriculturel » publié à Bruxelles chez le prestigieux Bruylant, sans subvention, est aujourd’hui épuisé. Pour tous ces colloques, nous n’avons eu que très peu de défections de personnes qui, contactées et ayant donné leur accord d’y venir et d’y participer, se désistaient par la suite. En sociologie, le père fondateur de la discipline, Emile Durkheim, a établi une typologie des suicides : suicide spectaculaire, suicide d’honneur, suicide amoureux, suicide anomique, etc. Là, j’ai envie d’établir une typologie des désistements liés aux maladies diplomatiques : déjà dans la Rome antique, la maladie diplomatique était connue mais pas avec la fréquence de celle qui a affecté notre colloque : mal de dos, mal d’amour, incapacité scientifique de rédiger la communication, obligation scolaire, etc. Certains m’ont dit et me disent que le sujet est trop sensible et qu’il ne fait pas bien de s’y trouver… J’ai des difficultés à le croire. Mais si c’était le cas, je me dirais à nouveau que la Maison de la Mélanésie entame une route qui est celle du défrichement pour servir l’avenir de nos populations, de leurs identités, de leurs cultures et de leurs enfants. Enfin, pour terminer, le Pacifique insulaire vient de perdre l’un de ses grands serviteurs, décédé à Apia, capitale des Samoa, le 9 août dernier. Il s’agit de Greg Urwin, diplomate australien nommé secrétaire général du Forum du Pacifique en 2003. On lui doit l’architecture du Plan Pacifique, auquel le Forum s’attache depuis quelques années pour son développement social et économique. Ce diplomate a œuvré durant toute sa carrière pour les peuples du Pacifique qu’il aimait. Australien dans l’âme marié à une Samoane, il ne voulait aucune exclusive et un esprit constructif l’animait constamment. Nous ici, en Nouvelle-Calédonie, nous lui devons notre positionnement au sein du Forum en tant que membre associé de l’institution régionale, demain de membre à part entière. Aussi, je vous convie à accepter avec moi que notre colloque, notre conférence d’aujourd’hui et de demain soit dédiée à la mémoire de ce grand diplomate rassembleur.

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Déclaration du Premier ministre de Papouasie Nouvelle-Guinée
L’Honorable Grand Chef Sir Michael Somare

Je regrette sincèrement de n’être pas en mesure de me rendre personnellement à votre colloque pour marquer un grand moment avec la création d’un lieu permanent pour nos cultures mélanésiennes vieilles de 50 000 ans et qui risquent d’être oubliées et perdues. Ce serait une tragédie si nous laissions nos riches traditions et coutumes disparaître et ainsi priver nos enfants et nos petits-enfants de la connaissance de nous-mêmes – en tant que Mélanésiens. Je remercie les gouvernements de la Nouvelle-Calédonie et de la France d’avoir pris cette noble initiative pour préserver et promouvoir le patrimoine, faire de la recherche et suivre les mutations qui se produisent dans l’ensemble politique et culturel mélanésien. Cette initiative vient en complément à d’autres efforts collectifs entrepris pour promouvoir l’identité mélanésienne sous les auspices du Fer de Lance mélanésien, du Festival culturel mélanésien et du tournoi de football mélanésien. En tant que l’un des fondateurs de mon pays, la Papouasie Nouvelle-Guinée, j’ai la grande satisfaction de constater que la Nouvelle-Calédonie et le gouvernement français, à travers la Maison de la Mélanésie et l’Université de la NouvelleCalédonie, sont les premiers à décider de donner à la Mélanésie un foyer consacré à la sauvegarde de nos cultures qui préserve nos coutumes et nos traditions sous toutes leurs formes. Dans le passé, nos légendes, nos généalogies et nos coutumes se transmettaient oralement d’une génération à l’autre. Heureusement, aujourd’hui, ce dialogue se poursuivra et cette fois-ci il sera préservé et hébergé à la Maison de la Mélanésie. Permettez-moi également de suggérer que la Maison de la Mélanésie envisage d’inclure dans le champ de ses activités la restitution du patrimoine culturel aux lieux auxquels il appartient. Comme vous le savez, nombreux sont les objets culturels et les objets sacrés qui nous appartiennent et qui se trouvent dans de nombreux musées et collections privées dans le monde entier.

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La Maison de la Mélanésie pourrait servir de vecteur pour coordonner les efforts des pays mélanésiens en vue de récupérer quelques-uns de ces artefacts sous l’égide du programme de l’UNESCO pour la restitution de la propriété culturelle. Nous appartenons à un pays riche de mille tribus mélanésiennes avec actuellement 832 langues différentes au sein de nos nombreuses populations. Je sais que Fidji, les îles Salomon, le Vanuatu et la Nouvelle-Calédonie doivent être dans la même situation, quoique sur une échelle moins grande. Je pense que de ce fait nous partageons le même point de vue sur cette question. Alors que du travail est fait dans nos pays respectifs de Mélanésie pour préserver nos langues, nos modes de vie traditionnels doivent faire face aux idées, aux techniques et à la pensée modernes. C’est pour cette raison que j’apprécie et je souscris totalement à l’objectif de cette grande institution en cours de création, non seulement pour préserver notre passé mais pour engager une recherche et un dialogue constructifs de façon que nous puissions poursuivre notre parcours de Mélanésiens parallèlement aux autres cultures dans notre région et dans le monde. Je pense que le progrès des cultures autochtones dans le monde d’aujourd’hui peut être grandement renforcé du fait que nous disposons d’institutions comme la Maison de la Mélanésie, qui nous permet de découvrir notre identité et de savoir comment nous pouvons ajouter de la valeur au monde autour de nous. Je vous rends hommage pour vous être lancés dans cette noble entreprise et je souhaite le plus grand succès à vos colloques, à votre recherche ainsi qu’à la mise sur pied de votre catalogue et de vos collections. Pour ce qui me concerne, je suis honoré d’avoir été invité à faire partie du Conseil de la Maison de la Mélanésie en tant que membre d’honneur et j’accepte avec grand plaisir. Au nom du gouvernement et du peuple de la Papouasie Nouvelle-Guinée, pour renforcer la recherche, je fais don à la Maison de la Mélanésie de la somme de 50 000 dollars américains.

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Déclaration de Duncan Kerr
Secrétaire d’État aux Affaires des îles du Pacifique Gouvernement d’Australie

Je regrette de ne pas être à même de participer à cette importante discussion qui fera date. J’aurais été heureux d’avoir l’occasion de parler et de partager avec vous idées, connaissances et réflexions sur cette question importante qu’est l’intégration de la Nouvelle-Calédonie à la Mélanésie. Il me faut tout d’abord reconnaître le rôle important que la France a eu et continue d’avoir dans la région. La France est un partenaire important et influent dans le Pacifique ; son rayonnement et ses investissements continus ne doivent pas être considérés comme allant de soi. Toutefois, de notre point de vue, l’intégration de la Nouvelle-Calédonie à la Mélanésie est un oxymore. Si la Nouvelle-Calédonie fait actuellement partie de la France, elle fait également, aux plans géographique, culturel, linguistique, social et économique, partie intégrante de la Mélanésie et, au-delà, de la région Pacifique. En cette période importante pour l’histoire de notre région, l’Australie est également en quête de sa place au sein de cette dernière. Pendant un siècle nous sous sommes définis de toutes les façons possibles comme entité séparée et distincte de la région dans laquelle nous vivons et travaillons. Sous le gouvernement travailliste de Kevin Rudd, cette façon de voir a changé. L’Australie se présente elle-même avec fierté non seulement comme un pays du Pacifique (et même comme une île du Pacifique) mais également comme membre d’une région plus étendue, l’Asie-Pacifique. Au travers de notre nouvelle approche vis-à-vis de la région, nous visons un modèle de partenariat qui encourage à la fois des liens plus larges et une intégration politique et économique bien plus grande avec nos amis et voisins de la région. La Nouvelle-Calédonie et ses populations font face à de nombreux défis liés à son avenir et à sa future intégration à la Mélanésie. Soyez assurés que l’Australie partage vos appréhensions et vos inquiétudes mais également votre aspiration à un avenir brillant dans cette magnifique région où se trouvent nos deux territoires. Je souhaite un grand succès à votre colloque et attends les résultats constructifs qui, j’en suis persuadé, en découleront.

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Lettre de Monsieur Yves Jégo
Secrétaire d’État chargé de l’Outre-Mer
Paris, le 29 août 2008

Messieurs les professeurs, La maison de la Mélanésie, que vous dirigez, consacre un colloque, les 4 et 5 septembre prochains, à l’intégration de la Nouvelle-Calédonie dans son environnement mélanésien. Le caractère pluridisciplinaire des contributions manifeste l’ampleur du colloque : identités, droit et relations internationales, perspectives historiques… L’insertion de la Nouvelle-Calédonie dans son environnement régional constitue l’un des objectifs majeurs du processus mené depuis les Accords de Matignon en 1988. Cette volonté commune a été réaffirmée en décembre 2007 lors du comité des signataires de l’accord de Nouméa. Ces derniers se sont félicités des initiatives prises dans le sens d’une plus grande insertion régionale de la Nouvelle-Calédonie dans le Pacifique. L’État, en étroite concertation avec la Nouvelle-Calédonie, participe avec détermination à l’atteinte de cet objectif et mobilise à cet effet son réseau diplomatique, en particulier le Secrétariat permanent pour le Pacifique, ou encore ses instruments financiers de coopération. Mais les relations institutionnelles comme les outils de coopération régionale ne sauraient résumer le sujet de l’insertion de la Nouvelle-Calédonie dans son environnement mélanésien : le colloque des 4 et 5 septembre invite également à considérer cette insertion sous l’angle de la culture et sous celui de l’histoire. Je forme le vœu que ce colloque contribue à sensibiliser chacun, chercheur comme citoyen, aux enjeux multiples de l’insertion de la Nouvelle-Calédonie dans la région et, en particulier, dans son environnement mélanésien. En vous félicitant pour l’organisation du colloque des 4 et 5 septembre auquel je souhaite un plein succès, je vous prie d’agréer, Messieurs les professeurs, l’expression de mes sentiments les meilleurs.

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Rapports introductifs

Qu’est-ce que la Mélanésie ?

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