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La part du citoyen

De
135 pages
L'auteur fait apparaître la nécessité de renouveler la démarche politique en la fondant sur une assise citoyenne réinventée. Cette "part" du citoyen structure aujourd'hui une démocratie moderne dans laquelle l'expertise n'est plus le seul apanage des élus. Avec l'exemple des Conseils de développement dont il fut l'un des pionniers en France, l'auteur livre le témoignage d'une évolution sociétale profonde et met en lumière les potentialités de la première énergie renouvelable, celle de la citoyenneté.
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Introduction
La rapidité et l’importance de l’évolution actuelle des organisations humaines, dans un monde en mouvement permanent, concourent à faire croître la relativité des observations faites sur notre dispositif social et politique et les réflexions que nous formulons sur son évolution. La première rédaction de cet ouvrage avait été entreprise au cours de l’été 2008, avant qu’éclate la crise financière américaine et qu’apparaisse l’ampleur de ses conséquences avec, à la suite, un développement des débats politiques, partout dans le monde, à propos des élections américaines qui ont conduit à l’accession du sénateur Barack Obama à la Présidence. Ces évènements illustrent la dimension actuelle de la transformation des mœurs, introduite par l’utilisation des nouveaux outils du quotidien, en particulier ceux de la communication et des systèmes d’organisation économiques et sociaux qu’ils génèrent. Ils ont donné aussi à observer les effets de ceux-ci dans la vie sociale et dans le processus de formation des opinions dans les populations. La médiatisation croissante des évènements du monde permet aux individus de connaître toutes sortes d’évènements et de situations, souvent très différents de ceux de leur vie quotidienne. Ainsi, ils découvrent les grandeurs et les opérations du monde financier qui sont affichées par les médias. Après les millions, mesure encore familière, sont apparus les milliards, puis les dizaines et les centaines de milliards d’euros ou de dollars. Quel raccordement peut faire un individu, qui gère ses fins de mois en comptant ses euros restants, en écoutant ces grandeurs de l’argent dans
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le monde financier et la facilité apparente de leurs affectations ? Dans le même temps, nous sommes invités à nous réjouir du développement des connaissances humaines et des résultats de nos recherches, en nous informant de la récente découverte d’une exoplanète, à quelques dizaines d’années-lumière de notre Terre. C’est une information qui nous montre à la fois le progrès des connaissances et parallèlement la relative modestie, à cette échelle, de nos sujets et de nos problèmes actuels. C’est une invitation aussi à un temps d’arrêt pour évoquer l’immensité de l’Univers et les questionnements qu’il offre à notre réflexion. La nature et la dynamique de l’évolution des comportements des individus et de leurs interventions dans la vie publique sont traditionnellement analysées dans un rapprochement avec les règles de l’organisation politique et administrative nationale, les antécédents de l’histoire et couramment interprétés à partir des statistiques. À une époque où le vedettariat médiatique est à la mode, la transformation en cours des références et des activités politiques de l’individu-citoyen m’a semblé trop modestement prise en compte dans l’observation de la transformation de la société en général et celle des communautés humaines, de vie et d‘intérêts, que sont en particulier nos différentes collectivités. Mes observations, ces années dernières à différents postes de responsabilités, sur les ressources et les capacités des citoyens à se saisir aujourd’hui avec pertinence des problématiques soulevées par le changement sociétal et à conduire des analyses originales en parallèle de celles menées par les voies habituelles, m’ont conduit à rédiger

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cet ouvrage. Je souhaite qu’il favorise une prise de conscience de l’émergence d’une capacité d’intervention socio-politique des citoyens dans le débat public. Cette évolution modifie le jeu traditionnel des acteurs politiques et fait évoluer les actuelles modalités de notre vie démocratique. Les hommes et les femmes sont, souvent malgré eux, au cœur de la transformation en continu de notre société, par les effets qu’ils concrétisent dans leur vie quotidienne, du développement cumulé des savoirs et des outils de communication. De nos jours, une formation générale plus longue et plus complète, prolongée par une acquisition obligée de savoirs liés aux nouvelles technologies, font que les individus disposent d’un patrimoine consistant de connaissances et de savoir-faire. Cette base est régulièrement enrichie, à des degrés et des formes différentes, par le développement des moyens de communication, à l’origine des flux d’images et des commentaires associés qui leur font découvrir des mœurs, des concepts et des lieux où s’épanouissent des cultures de vie et des usages différents. Par ailleurs, ils offrent l’accession à des lieux de pouvoir ou de haute culture qu’ils n’avaient jamais été en situation de visiter, ou d’assister à des débats qui élargissent leur champ habituel de références. Cette exposition continue des citoyens à un flux d’informations et à des moyens d’apprendre, les incitent à questionner, mais aussi, également à échanger avec d’autres, ce qui élargit les capacités des individus à se saisir des problèmes de leur milieu, en particulier de la gouvernance de leur communauté de vie que constituent leur village, le quartier, la ville et les nouvelles structures d’association que sont les intercommunalités.

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Le jugement porté sur les décisions et les attitudes des dirigeants politiques, par la partie réactive de la population, prend de nouvelles formes et dimensions. Cette évolution résulte du développement des analyses individuelles, en relation avec les images et les commentaires des médias, mais aussi des échanges qu’ils génèrent dans la vie quotidienne. La demande d’information concrète par les citoyens sur les modalités de l’évolution dans leurs territoires de vie, est croissante et les rares lieux qui offrent la possibilité de débats, en dehors de l’engagement politique, sont de plus en plus fréquentés. L’allongement de la durée de la vie que nous observons a fait naturellement croître une population, toujours active, plus aisément disponible pour des échanges et des débats. Cette évolution globale génère une demande de lieux de croisement social et de débat public, et il faut saluer l’heureuse initiative que fut la loi Voynet en 1999, ouvrant la voie à la création de Conseils de développement (1). Leur création a souvent été, selon les cultures locales, assez difficile face à des attitudes politiques traditionnelles. Leur développement a cependant ouvert la voie à une vie démocratique nouvelle, apte à favoriser les rencontres de citoyens différents permettant des échanges, et à partir de ceux-ci de créer les bases d’une solidarité plus consciente qui favorise la convergence des opinions face aux choix à faire pour favoriser les actions collectives positives.

(1)

La loi de juin 1999 sur l’aménagement et le développement durable du territoire, dite “loi Voynet”, créant les Conseils de développement, a été adoptée en 1999

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Une autre préoccupation sociale et politique est apparue ces années dernières à propos de l’énergie. Elle occupe une place importante dans les esprits avec une prise de conscience généralisée des conditions de maintien des équilibres naturels de la planète et des effets des désordres climatiques. La notion de développement durable promu par de puissantes ONG a pénétré aisément les différentes couches des diverses populations de toutes sensibilités. Ce concept de développement durable est aujourd’hui à la base d’un renouvellement de l’analyse politique avec de multiples déclinaisons à tous les niveaux de l’organisation sociétale. Cette préoccupation généralisée développe une mobilisation croissante des individus, citoyens des différents territoires de vie, en générant une attention nouvelle aux dispositions prises par les élus, suscitant parfois des mouvements de refus à propos de projets de construction ou d’aménagements techniques. Observons également dans le même temps que la vie démocratique, en conséquence de la révolution technique des moyens de communication et des outils offerts à l’habileté et à la créativité des citoyens, est en voie d’évolution permanente. Peu sensible ces années dernières, cette transformation s’accélère avec les nouvelles générations de citoyens. Ceux-ci ont une pratique quasinaturelle des outils numériques et font naître de nouvelles manières de communiquer, mais aussi d’échanger, de partager et de réagir en développant des mondes nouveaux dans les espaces virtuels qui constituent de nouvelles planètes. Les citoyens et leurs nouveaux outils numériques créent des agoras modernes qui appellent de nouveaux discours

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et suscitent des débats d’une autre nature que ceux que nous avions jusqu’alors en référence. Ces nouveaux espaces d’expression entraînent des attitudes citoyennes différentes. Elles prendront consistance avec l’avancée des nouvelles générations vers la prise de responsabilités dans la conduite de nos affaires collectives. La part des citoyens dans la vie démocratique se transforme. Elle est en voie de prendre d’autres formes et de nouvelles capacités de participation et d’influence dans les affaires publiques.

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Le citoyen face à l’évolution du monde
L’apparition d’une nouvelle civilisation L’État dans la société française